Archives de catégorie : soignant/soigné

Relations soignant/soigné. Episode 1 : Diane 35

Tout le monde n’est pas d’accord avec mon point de vue radical : il aurait fallu interdire Diane 35 et ses génériques. Voir ICI.
Je reprends l’histoire de consultation 163 : LA.
Mademoiselle A, 18 ans, est venue avec sa copine qui est restée dans la salle d’attente.
Le dossier m’indique qu’elle n’a pas consulté au cabinet depuis environ trois ans.
Elle a une gastro, elle n’est pas allée en cours aujourd’hui, elle va mieux, c’est à dire qu’elle n’a pas besoin de médicaments, mais elle voudrait bien un certificat pour le lycée.
Je lui fais mon plus beau sourire.
« Ah, encore une chose, il faudrait que vous me prescriviez Diane 35… »
La jeune fille a trois boutons sur le visage cachés il est vrai par une épaisse couche de maquillage.
Nous commençons à parler du pays.
Je lui pose deux ou trois questions et je retiens ceci : elle a eu « tous » les traitements possibles pour l’acné (mais elle arrive à n’en citer aucun pas plus que ceux ou celles qui les ont prescrits), elle n’a jamais pris Diane 35, elle est complexée par ses boutons, elle n’arrive pas à survivre avec… 
Je lui dis : « Je ne vous prescrirai pas Diane 35 »
Elle : Mais Pourquoi ? Maintenant vous avez de nouveau le droit.
Moi : Ce n’est pas une question de droit. Je n’en prescris pas comme ça, sans avoir examiné la situation, sans avoir fait d’examens complémentaires. Connaissez-vous bien les risques de ce médicament ?
Elle : Oui. J’ai regardé sur internet, j’ai vu tous les risques, je les assume. A vous de prescrire.
Moi : Ce n’est pas comme cela que cela se passe. Je ne suis pas votre machine distributrice de Diane 35. 
Elle : Vous ne vous rendez pas compte de ma souffrance, je ne peux presque plus me montrer, j’en ai fait une phobie. Il faut m’aider. Vous ne pouvez pas comprendre…
(Je suis presque en train de pleurer et mon esprit fonctionne à cent à l’heure : l’empathie, l’empathie, l’empathie. Je sens que Dominique Dupagne me surveille (ICI) et qu’il me dit : Il est interdit d’interdire, il y a des patientes qui ont besoin de Diane 35, pourquoi s’en priver, du moment que les patientes sont informées, qu’elles sont au courant, la liberté individuelle, ne nie pas la capacité des patientes à prendre des décisions lucides concernant leur santé (sic)… Est-elle informée, d’ailleurs ?)
La polémique suscitée par la publication du livre de Martin Winckler et sa conviction que les médecins sont des brutes (définition : « personnage grossier et vulgaire ». La lecture du dictionnaire historique de la langue française –Le Robert. Dirigé par Alain Rey– est passionnante sur l’évolution du sens du substantif qui fut d’abord masculin, ah, le genre, mais c’est hors sujet) ou plutôt sa posture personnelle, tous les médecins sont des brutes, sauf moi, permet d’envisager cette consultation d’une façon différente. A ceci près sans doute que ma transcription et les commentaires de l’époque ne rendent sans doute pas compte de la véracité des faits. Le lecteur a intérêt à se méfier 1) que je n’embellis pas, 2) que je ne transforme pas afin d’anticiper les commentaires, 3) que je ne me mets pas dans la posture de celui qui s’autocritique pour mieux se valoriser (tout le monde peut se tromper mais c’est encore mieux de le reconnaître), 4) que je n’omets pas des faits qui pourraient ne pas aller dans le sens de ma « thèse », à condition qu’il y en ait une, 5) que je n’enlaisis rien…

Mademoiselle A, 18 ans, est venue avec sa copine qui est restée dans la salle d’attente.
Le dossier m’indique qu’elle n’a pas consulté au cabinet depuis environ trois ans.

Je signale donc en passant que cette jeune femme, dont je connais les parents qui m’ont désigné comme médecin traitant, soit n’est jamais malade, ce qui, à cet âge, devrait être la norme, soit va ailleurs entre deux, ce qui est son droit le plus strict, soit a désigné un autre médecin comme médecin traitant (ce qui est le cas en consultant le site Ameli).

Elle a une gastro, elle n’est pas allée en cours aujourd’hui, elle va mieux, c’est à dire qu’elle n’a pas besoin de médicaments, mais elle voudrait bien un certificat pour le lycée.

1) Est-ce que le fait d’avoir une gastro nécessite d’aller consulter un médecin ? Sans doute pas. Et d’ailleurs elle est « guérie », elle n’a pas besoin de médicaments selon moi mais elle en demande quand même, sans conviction, certes, mais elle insiste un peu. 2) Ma position de dire, « quand on a une gastro, on ne consulte pas », est-elle, à la lumière de ce qu’on lit ici ou là de la part des associations de patients, une position a) paternaliste, b) arrogante, c) méprisante, d) brutale, e) idéologique, f) sachante, g) inappropriée, h) aveugle (je ne cherche pas le motif caché qui serait par exemple « je veux prendre diane 35 pour mon acné mais c’est en fait pour ne pas dire à mes parents que je prends la pilule…parce que j’ai un copain – ou des copains »)… ? 2) un certificat pour le lycée : pourquoi l’éducation nationale ne se cantonne-t-elle pas à observer les décrets qui stipulent (j’ai un courrier type au cabinet) que ce genre de certificat est inutile, gaspilleur de temps, et cetera mais, comme me l’a dit officiellement un CPE au téléphone, « l’éducation nationale a ses propres règles », ce qui m’a laissé sans voix et la lycéenne sans certificat.

Je lui fais mon plus beau sourire.
« Ah, encore une chose, il faudrait que vous me prescriviez Diane 35… »
La jeune fille a trois boutons sur le visage cachés il est vrai par une épaisse couche de maquillage.
Nous commençons à parler du pays.
Je lui pose deux ou trois questions et je retiens ceci : elle a eu « tous » les traitements possibles pour l’acné (mais elle arrive à n’en citer aucun pas plus que ceux ou celles qui les ont prescrits), elle n’a jamais pris Diane 35, elle est complexée par ses boutons, elle n’arrive pas à survivre avec… 

Je reprends ce que j’ai dit plus haut. Mon commentaire personnel ‘…trois boutons sur le visage… », n’est-elle pas une position : a) paternaliste, b) arrogante, c) méprisante, d) brutale, e) idéologique, f) sachante, g) inappropriée, h) aveugle (je ne cherche pas le motif caché qui serait par exemple « je veux prendre Diane 35 pour mon acné mais c’est en fait pour ne pas dire à mes parents que je prends la pilule…parce que j’ai un copain – ou des copains)… ?. Quand la jeune femme dit qu’elle est « complexée », qu’elle ne peut « survivre », est-ce vrai, simulé, exagéré, manipulateur ou ne va-t-elle pas se jeter sous un autobus en sortant d’ici parce que je ne lui aurais pas prescrit Diane ? Ai-je le temps durant ma consultation de médecin généraliste surchargé d’interroger une patiente vagabonde qui joue sur le versant sentimental pour me faire prescrire un médicament controversé alors que, certainement, son médecin traitant a refusé de lui prescrire la fameuse pilule ? Quant au dermatologue, comment s’est passée la consultation ? Si je n’ai pas suffisamment de temps (nous pourrions ouvrir ici un long débat sur le temps de consultation en médecine générlae libérale), j’ai sans doute le devoir de m’assurer, ce que je fais, que la jeune femme n’est pas en danger immédiat par ma non prescription (elle pourrait avoir besoin d’une contraception urgente, d’urgence, ou immédiate) comme je devais m’assurer qu’elle ne le serait pas en prenant cette pilule, mais j’ai jugé, et on se trompe tout le temps, que je ne prenais pas de risque (en écrivant ces lignes je me suis assuré que la jeune femme, qui n’est jamais revenue me voir, une brute, vous dis-je, est bien vivante) en ne la prescrivant pas. Par ailleurs on peut également considérer que « trois boutons sur la figure » n’est pas une urgence…

Je lui dis : « Je ne vous prescrirai pas Diane 35 »

Voici la brutalité dans toute sa crudité. La brutalité de l’homme en blanc (je pourrais faire un commentaire sur l’expression « les brutes en blanc » utilisée par Winckler : datée, ancienne, soubiranesque, old school) dans toute sa splendeur. Déjà, en passant, je ne porte pas de blousz blanche pour travailler. N’oublions pas non plus dans ctte relation soignant/soigné une composante wincklerienne forte, celle de la mâle traitance. Tout membre (actif) d’une association de patients me dirait (violemment) : « IL N’EST PAS POSSIBLE DE PARLER COMME CELA A UNE PATIENTE. » Enfin, c’est vrai, mais il ne faut pas sortir la phrase de son contexte. Ensuite, je prends un autre exemple qui va éclairer la suite, si un patient me demande un dosage de PSA dans le cadre d’un dépistage individuel, il m’arrive, après beaucoup de temps perdu, de céder. Je ne suis pas un obsessionnel du non, de mes convictions, de mes idées, de mes croyances, tout ce que vous voulez, et, après que j’ai expliqué au patient, après que j’ai informé le patient, hein, pas éduqué, c’est lui qui sera dans le pétrin de la gestion de son PSA qui sort des normes et qui n’est ni synonyme de cancer, ni synonyme de cancer mortel, je l’aurais prévenu, il aura compris ce qu’il voulait, il aura entendu ce qu’il voulait entendre, il aura dénié, il n’aura pas compris, et il finira sa vie aux mains des urologues. Et j’entends encore, il m’arrive d’avoir des voix en ces temps confus, les associations de patients ou, mieux, les représentants des associations de patients, hurler : « parce que vous n’avez pas bien expliqué ! » Ouais, comme dirait Kundera… quand quelqu’un te dit que tu es un poisson, que faire d’autre que de lui dire « Oui je suis un poisson ? » 

Elle : Mais Pourquoi ? Maintenant vous avez de nouveau le droit.

Cette phrase est magique. Si je n’en prescrivais plus c’était parce que je n’avais pas le droit d’en prescrire, et puisque le droit est revenu je dois lui en prescrire ; et le motif caché est tellement évident : si un médicament est commercialisé le patient a le droit de demander à son médecin de le prescrire. Cette notion de droit est sans doute lié à la notion plus générale du droit à la santé, maxime que l’on peut lire au fronton de tous les temples de la bonne conscience moderne ou plutôt de la bonne conscience de la modernité. Le problème est : qu’est-ce que la santé ? Si nous nous référons à la définition de l’OMS, il est évident que tout est possible :
La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.(ICI). Tout est possible, au sens, il faut tout faire pour y arriver.

Moi : Ce n’est pas une question de droit. Je n’en prescris pas comme ça, sans avoir examiné la situation, sans avoir fait d’examens complémentaires. Connaissez-vous bien les risques de ce médicament ?
Elle : Oui. J’ai regardé sur internet, j’ai vu tous les risques, je les assume. A vous de prescrire.

Cette jeune fille de dix-huit ans a tout compris, elle n’a pas eu besoin de lire McKeown, Illich ou Rawls, elle sait tout naturellement, elle pourrait faire des cours en faculté de médecine, elle s’est informée, elle a lu wiki ou elle a regardé Le journal de la santé ou Allo Docteur, et elle assume. 

Moi : Ce n’est pas comme cela que cela se passe. Je ne suis pas votre machine distributrice de Diane 35.

C’est mal de parler comme cela à cette jeune femme me soufflent les défenseurs des patients. C’est à moi d’assumer. Il y a un moment où il faut dire les choses.

Elle : Vous ne vous rendez pas compte de ma souffrance, je ne peux presque plus me montrer, j’en ai fait une phobie. Il faut m’aider. Vous ne pouvez pas comprendre…

Eh oui, elle a encore mille fois raison, il faut avoir été malade de la maladie dont souffre le patient assis en face de soi pour pouvoir en parler, pour pouvoir le traiter. C’est le bon sens. Les amputés parlent aux amputés. Les SEP parlent aux SEP. Les cardiaques parlent aux cardiaques. Un utilisateur du carburateur *** parle aux futurs utilisateurs du carburateur ***. Les anciens fumeurs parlent aux fumeurs. Ainsi, et je pèse mes mots, retenez bien, grâce à la modernité du discours des associations de patients et des Winckler addicts, on est passés par un tour de passe passe lumineux, de la période paternaliste du médecin qui parle à la maladie d’un patient qui n’existe pas à celle du patient malade qui ne parle qu’au médecin qui souffre ou qui a souffert de la même maladie que lui ! Je plaisante…

(Je suis presque en train de pleurer et mon esprit fonctionne à cent à l’heure : l’empathie, l’empathie, l’empathie. Je sens que Dominique Dupagne me surveille (ICI) et qu’il me dit : Il est interdit d’interdire, il y a des patientes qui ont besoin de Diane 35, pourquoi s’en priver, du moment que les patientes sont informées, qu’elles sont au courant, la liberté individuelle, ne nie pas la capacité des patientes à prendre des décisions lucides concernant leur santé (sic)… Est-elle informée, d’ailleurs ?)

Voilà, c’était le premier épisode de notre nouveau feuilleton. J’attends vos commentaires avec impatience.

Je voulais dire en passant que j’ai lu de nombreux billets et articles sur le livre de Marc Zaffran et qu’il y en a un qui m’a beaucoup touché, celui de Dix Lunes car elle a démonté l’ami Martin Winckler avec une seule remarque quand elle l’a cité parlant sur France 2 « Il y a énormément de très bons médecins en France, il y a énormément de gens qui sont tout à fait charmants mais ce qui n’est pas normal, c’est que ce ne soit pas la norme. » en s’étonnant que l’on puisse utiliser l’adjectif charmant… ICI qui n’est manifestement pas utilisé dans la nouvelle vulgate marxiste wincklerienne.

Continuer la lecture

Publié dans associations de patients, brute, DIANE 35, soignant/soigné, WINCKLER MARTIN | Commentaires fermés sur Relations soignant/soigné. Episode 1 : Diane 35

Ecrasage et piquetage

  La secrétaire de l’accueil réclame ma carte vitale et mes anciens clichés puis m’envoie m’asseoir là bas au fond du couloir à gauche. La manipulatrice radio appelle mon nom et m’installe dans un box en me demandant « d’enlever tout le haut y compris les bijoux et les piercings ». N’ayant ni bijou ni piercing, le déshabillage est rapide et je me retrouve à frissonner un peu dans […] Continuer la lecture

Publié dans Communication, confiance, CONSULTATION, Dépistage, Santé publique, soignant/soigné, Vie des femmes | Commentaires fermés sur Ecrasage et piquetage