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Refondation de la médecine générale. Réflexion 5 : vers la Sécession.

Après seulement 4 billets sur la refondation de la Médecine Générale et en pleine période estivale où l’audience est moins soutenue que d’habitude, je me rends compte de l’inanité d’une telle entreprise et les commentateurs que je remercie vivement sont aussi désolés que moi. J’avais prévu de développer sur nombre de sujets concernant à mon sens la médecine générale, et il n’est pas exclu que je le fasse, mais j’ai l’impression d’aligner des truismes, d’accumuler des évidences et de parler dans le désert.
La médecine générale que nous avons envie de pratiquer (et ce nous est informel et contient toutes les expériences personnelles) ne nous a pas été enseignée, ne continue pas à être enseignée et ne le sera jamais dans le contexte actuel.
Le contexte actuel est connu : les Facultés de Médecine ne préparent pas, dans les années de formation, à exercer la médecine mais à passer l’Examen Classant National (ECN) qui permettra aux gagnants de devenir des spécialistes et, au pire, des ultra spécialistes d’organes ou de sous-organes, et aux perdants d’être des médecins généralistes non formés au terrain sociétal.
Le contexte actuel est connu : la Société (on excusera ce terme générique) veut médicaliser la vie en se servant des médecins comme des instruments zélés et obéissants ce cette ambition totalisante et consumériste. Les médecins (pardon pour cette généralisation qui choquera certains mais qui se fonde sur les chifres de vente de certains médicaments ou sur le nombre de prescriptions d’examens complémentaires) participent allègrement à cette perversion de la médecine, acceptant d’être des « opérateurs », des facilitateurs, des prescripteurs, des artisans de la remédiation, des roues de secours pour réintégrer les salariés et autres dans le circuit productif ou des enfants dans le circuit éducatif, voire des tueurs dans le cas de l’euthanasie active…
Le contexte actuel est connu : le consumérisme médical est entretenu, voulu, au nom de la croissance, au nom du CAC 40, au nom de la santé des cabinets médicaux, des centres de santé ou de la CNAM sous le regard bienveillant de l’industrie (les médicaments et les matériels) qui conduit en sous main (et n’y voyez pas un complot) la commercialisation et la vente des médicaments et des matériels. 
La contexte actuel est connu : la médiatisation de la médecine consumériste fondée sur le désir du bonheur absolu, de l’hédonisme, du recul de la mort, est entretenue par la télévision où les journalistes vedettes et médecins tels MC et JDF surfent sur la vague en invitant les professeurs les plus pervertis et en soutenant les campagnes de l’Eglise de Dépistologie  avec un zèle touchant et trébuchant (comme les espèces).
Le contexte actuel est connu : les patients veulent être entendus et font tout pour l’être, cédant parfois aux sirènes des subventions de l’industrie, des agences de communication, changeant de médecins quand le médecin refuse de se laisser faire et de laisser entraîner dans les délires hédonistes, considérant non l’organe malade mais le patient malade et magnifiant des charlatans qui les « écoutent » et leur promettent des lendemains qui chantent.
Le contexte actuel est connu : les services hospitaliers sont devenus des lieux d’hyperspécialisation où les spécialistes du ménisque gauche du genou droit opèrent sans avoir parlé au patient et chronomètrent leurs interventions pour tenter de battre des records… A quoi cela peut-il bien servir que d’avoir passé l’ECN si c’est pour dilater à vie l’interventriculaire antérieure ?
Le contexte actuel est connu : faire disparaître les médecins généralistes (je n’ai pas dit la médecine générale qui sera toujours « pratiquée » à la va-vite, comme Monsieur Jourdain pratiquait le prose sans le savoir, ou à la va-comme-je-te-pousse) qui contestent en tous domaines les diktats de la Faculté et les remplacer (délégation des tâches) par des officiers de santé à la Charles Bovary.
Je m’arrête là.
La Sécession semble être une solution.
Je parcourais hier, à la suite d’une discussion sur twitter (@docdu16), le site du Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE, ICI) que j’ai souvent critiqué pour ses molles positions sur la vaccination, sur les dépistages du cancer du sein et de la prostate, entre autres, et, à ma grande surprise, je me suis rendu compte que sur nombre de sujets et de commentaires, ils étaient à cent lieues de la politique officielle de la Faculté de Médecine. Et que cela ne changeait rien.
Sécession donc pour ne pas nous laisser dicter nos conduites par des universitaires véreux qui « croient » aux dépistages multiples et variés, ne pas nous laisser dicter nos conduites par la CNAM qui « croit » aux bilans systématiques de santé (privatisés par ailleurs), ne pas nous laisser dicter nos conduites par des enseignants académiques qui délivrent des messages scientifiques erronés en raison de leur ignorance, de leur cupidité et de leur soif de pouvoir. 
La Sécession, donc. 
Et maintenant : comment l’organiser ?
Nous disons oui à tout et à tout le monde.
(Image : Le Palais de la Sécession à Vienne (Autriche) de Joseph Maria Olbrich – 1897)

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Publié dans MEDECINE GENERALE, REFONDATION, SECESSION | Commentaires fermés sur Refondation de la médecine générale. Réflexion 5 : vers la Sécession.