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MSP3

J’ai fait une pause. Un médecin compréhensif et des formateurs à l’écoute m’y ont aidée. Un arrêt de travail et de la chimie pour le cerveau ont également été salvateurs. À l’IFAS, ma tutrice s’est occupée de tout. Elle m’a trouvé un stage de remplacement en catastrophe et a fait reporter le stage optionnel au mois de juillet. Elle m’a aussi écoutée, rassurée et encouragée.
Il y a eu la dernière journée à l’école, qui marquait la fin de l’avant-dernier stage. Quasiment la fin de la formation. Revoir mes camarades de promo, les écouter parler de leur stage et de la fameuse MSP3, voir les résultats affichés dans le hall et, en face de mon nom, la mention « absente », j’avoue, c’était difficile. Les écouter parler de leurs projets professionnels, alors que j’étais encore en plein doute sur les miens, me donnait une étrange sensation de décalage. Et puis, j’avoue, j’avais peur. Et honte. Parce que si je ratais la MSP sur le stage à venir, je devrais la repasser sur mon stage optionnel. Mais j’avais choisi le SSIAD, et ce n’était pas possible de faire une MSP à domicile. Il me faudrait donc trouver un autre stage optionnel. En juillet. Dans un service où, sans doute, certains de mes collègues de promo feraient déjà leurs armes en tant que jeunes professionnels. Vous imaginez le malaise.
Il y a eu mon affectation de stage. En EHPAD, à une heure de chez moi. Dans un établissement qui dépendait du même pôle de gériatrie que l’EHPAD de mon premier stage. Joie. Autant vous dire que j’y suis allée la peur au ventre. Peur de croiser des membres de l’équipe du premier stage (ça tourne beaucoup par ici). Peur de devoir me justifier sur mon parachutage inopiné. Et surtout, peur d’être médiocre une fois de plus.
Il y a eu le premier jour de stage. La rencontre avec le cadre, rassurant. La découverte de l’équipe, bienveillante. Alors oui, c’est loin. Oui, c’est grand. Oui, il y a beaucoup de résidents pour trop peu de soignants. Mais ici, l’équipe est souriante, encadrante, le cadre de santé est présent. Ici, je peux poser des questions et trouver des réponses. Ici, j’ai l’impression que j’apprends, que je progresse. Ici, je me sens bien. Et ça se répercute sur mon stage. Et sur mon moral.
Il y a eu la revalidation de la MSP d’ergonomie, que j’avais superbement ratée, à cause d’un stress pas du tout maîtrisé. 19,75/20. Une jolie revanche.
Et il y a eu, enfin, la MSP3. J’ai travaillé dur. Le matin, je me levais à 4h30, partais à 5h30, arrivais à 6h30 et, après mes heures, restais sur le lieu de stage pour bosser mes démarches de soins. J’avais une semaine et demie pour préparer l’examen, j’ai vécu ces dix jours à fond. J’ai peu dormi, à peine vu mes enfants et me suis droguée au café. La veille de la MSP, j’étais du soir. Je suis rentrée chez moi à 22h, me suis couchée aussitôt, n’ai pas pu dormir avant minuit à cause d’un baby Georges d’humeur joueuse, me suis levée à 3h30, ai relu et corrigé mes démarches et suis partie à 5h pour arriver, épuisée et anxieuse, à l’EHPAD. Transmissions, stress, relecture, stress, café, stress, questions diverses, stress, préparation du chariot, stress, encouragements de l’équipe, stress, arrivée de ma tutrice, stress, choix du patient, stress… et c’est parti. Après, ça a roulé. Démarche de soins, toilette, diagramme, besoins perturbés, attente. Bizarrement, sans stress. Regards complices de mes jurys, interdiction de donner le résultat avant une bonne semaine mais leur sourire en sortant du bureau me met sur la voie. « Vous pouvez dormir tranquille » me dit ma tutrice. « Tu peux même très bien dormir tranquille » rajoute mon encadrante. Message reçu. MSP réussie.
Et maintenant? Il me reste deux semaines de stage. Puis trois semaines en SSIAD. Il me faut des bonnes notes, histoire de rattraper les évaluations pas terribles de mes deux premiers stages. Mais j’ai regagné en confiance, alors je repars du bon pied. Je finirai en retard, mais je finirai. Après ça, il me faudra attendre début octobre pour être diplômée. En attendant, il faut que je trouve un boulot au plus vite, ce qui s’avère compliqué étant donné que j’arrive en retard et sans diplôme sur le marché du travail. Mais j’ai le moral. Je vois arriver la fin de la formation, et je suis réellement heureuse d’avoir tenu bon malgré les difficultés. Et, enfin, je commence à me faire à l’idée que je suis capable d’être aide-soignante, malgré tout.

PS1 : merci pour votre soutien. J’étais vraiment mal quand j’ai écrit les derniers billets, vos commentaires pleins de confiance et de bienveillance m’ont beaucoup aidée.

PS2 : 28,5/30 à la MSP et note maximale en stage. Je crois que ça va 😉 (et toc pour la cadre dragon!) Continuer la lecture

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Vide

L’année a été dure.
Les cours, les stages, la promo, la vie de famille, la précarité, la fatigue… Je n’avais pas imaginé que c’était tout ça, la formation. Bien sûr, j’avais lu des témoignages, sur des forums, des blogs. J’avais vu des étudiants en souffrance, qui disaient que c’était dur, j’avais lu que certains craquaient et lâchaient en cours de route. Mais moi, j’avais confiance. Je me croyais au-dessus de ça. Parce que j’avais déjà fait une formation, parce que j’avais une famille, parce que j’étais un peu plus âgée, parce que j’avais déjà traversé des choses pas faciles, et puis, je l’avoue, parce qu’il y avait des gens qui m’avaient dit que je serais une bonne soignante. Alors, confiante et naïve, je me croyais protégée par tout ça. Mon cursus, ma famille, mon âge, mon expérience, mes amis, me tiendraient à l’écart des difficultés. Une année de formation, un diplôme, un boulot à la clé, et à nous le retour à la vie « normale », avec des horaires « normaux » et un salaire « normal »! Tout était planifié, tout allait bien se passer.
Les cours? Niveau V, ça devait être à ma portée voyons, il suffisait de bien réviser.
Les stages? Facile, il suffirait d’être naturelle, d’écouter, d’obéir aux consignes, et ça se passerait très bien.
La vie de famille? Tout allait bien se passer, je ne verrais pas beaucoup les enfants cette année mais c’était pour une bonne cause.
La précarité? Allez, encore dix petits mois à tenir, dix mois ce n’était rien, et puis c’était délicieux les pâtes, on pouvait faire plein de recettes avec, regardez les Italiens!
La fatigue? Hé ho c’est bon, j’avais deux gosses, c’était pas une petite formation qui allait m’effrayer hein!
Confiante je vous dis! Et naïve. Et un peu conne aussi.
Je n’avais pas prévu le stress des évaluations.
Je n’avais pas imaginé que la position de stagiaire serait si difficile.
Je n’avais pas pensé que la vie de famille serait à ce point bouleversée.
Je n’avais pas anticipé les dépenses supplémentaires dûes aux (longs) trajets à répétition.
Je ne m’attendais pas à être épuisée à ce point.
Bref, je croyais que ça irait, et puis non.
Je croyais que je serais une bonne élève et une bonne stagiaire, et puis non.
Je croyais qu’à la maison ça irait, que ces quelques mois ne seraient qu’un mauvais moment à passer en attendant des jours meilleurs, et puis non.
Tout faux sur toute la ligne.
J’ai ramé pour apprendre mes cours et je me suis vautrée en stage.
J’ai été fatiguée et j’ai crié sur mes enfants.
J’ai pleuré.
J’ai craqué.
Je me suis arrêtée.

Aujourd’hui, je ne sais plus où j’en suis. Je dois rattraper mon stage et passer la MSP3. Mes collègues de promo seront diplômés début juillet et auront du travail cet été. Je ne serai pas diplômable avant septembre ou octobre. En attendant, je ne suis rien. Ni aide-soignante ni auxiliaire de vie. Rien. Je suis à la maison pendant que les autres sont en stage. Je tourne en rond pendant qu’ils tournent dans les services. Je pleure sur mon échec pendant qu’ils se félicitent de leur réussite.
Je me sens vide. Sans envie, sans vie. Sans projet. Je ne sais même plus si je veux encore être aide-soignante. À quoi bon? Si je ne suis pas capable de m’intégrer dans une équipe, comment ferai-je pour travailler? Si je ne peux pas tenir la cadence, comment serai-je efficiente? Si je ne sais pas supporter les remarques, comment pourrai-je progresser?
Mon bel enthousiasme, mes idéaux, tout ça s’est envolé. Il ne me reste que l’amertume de n’être finalement qu’une élève médiocre, pas fichue de réussir là où personne n’échoue. Médiocre vous dis-je.
Et vide.

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Témoignage d’EAS

Sarah m’a contactée via le blog. On a un peu discuté et, devant la similitude de nos expériences, elle a accepté de partager son ressenti sur la formation d’aide-soignante et les stages. Je l’en remercie.
Elle est présente sur Twitter ici : @MerandSarah


Bonjour
Je m’appelle Sarah, et je suis devenue élève aide-soignante en septembre 2013.
J’ai dû reporter ma formation à cause des échecs en stage et je voudrais vous faire partager mon témoignage.
Mon premier stage était dans une clinique privée spécialisée. Je suis tombée sur une équipe très soudée qui était distante et froide aussi bien avec les stagiaires qu’avec les patients. J’essaye de faire abstraction des griefs que j’accumule à leur encontre et tente de travailler sur ce qu’elles me reprochent. Or je suis perplexe et paniquée à l’écoute du nombre de leurs critiques. Elles me reprochent ma sensibilité, mon stress, mon manque de rigueur, mon manque de concentration, ma spontanéité, le fait que je ne connaisse rien au milieu hospitalier, que je ne sache rien faire, que je n’aille pas assez vite, que j’apprenne mal, etc.
J’ai l’impression d’être nulle, j’ai peur de ne jamais réussir à être assez bien pour devenir aide-soignante mais je m’accroche. C’est raté pour ce stage, mes notes sont catastrophiques, mais sur mon appréciation il est marqué que le contact passe bien avec les patients et que je suis à l’écoute de ce que l’on me dit.
Je travaille, questionne, recherche, me remets en question, inlassablement, et je parviens, malgré un côté relationnel avec l’équipe toujours très difficile (malgré mon travail sur cet aspect là, mon stress modifie mon comportement, me fait perdre mes moyens, je dis n’importe quoi, oublie, fais répéter… ce qui rend souvent difficile le contact avec l’équipe) à obtenir une amélioration dans mes stages suivants.
Je parle toujours autour de moi à mes proches et collègues des difficultés que j’ai, et ce qui me frappe c’est que malgré la gentillesse, l’envie d’aider, la compréhension et la bonne volonté, peu de gens comprennent ce que je traverse, ce qui me fait peur et me questionne d’autant plus (qu’est-ce que je fais de mal, qu’est-ce qui cloche chez moi, etc.)
Une psy me parle de surdouance qui expliquerait les soucis relationnels, ça me paraît peu probable (j’ai déjà été testée petite) mais je me renseigne quand même, à l’heure d’aujourd’hui je ne sais toujours pas, je vais passer des tests cet été.
J’arrive à mon quatrième stage épuisée moralement et tout de suite l’établissement (contrairement aux deux derniers) ne me fait pas bonne impression du tout. Le personnel n’a pas de quoi travailler, les absences sont nombreuses et les remplacements faits à la dernière minute, les patients ont les cheveux sales (ils sont douchés une fois tous les deux mois environ, lorsqu’il y a le temps, ou alors par les stagiaires).
On me fait comprendre que je servirai à faire ce que l’équipe ne peut pas faire. Je travaille seule, avec des patients âgés hémiplégiques, déprimés, parkinsoniens. Je dois les presser, les retourner dans tous les sens, faire leur toilette n’importe comment, leur faire mal parce que je les ai mobilisés seule, parce que je n’ai pas pris le temps, parce que je dois être à l’heure. C’est tout. Ma référente m’accable de reproches et je n’en peux plus. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus parce que je ne comprends rien, parce qu’elle ne comprend rien, parce que j’ai mal de faire le travail que je fais, que je veux bien qu’on me dise que tout est de ma faute, mais qu’alors on me dise comment faire de façon logique et compréhensible parce que là je ne sais plus.
J’atterris en larmes dans le bureau du cadre, qui me dit que j’ai à construire ma façon d’entrer en relation, qu’il n’arrive pas à me cerner, qu’on dirait que je ne veux pas être aidée, que je suis hautaine, que peut-être je suis trop mal pour faire ce métier.
Peut-être. Peut-être. Vous êtes cadre infirmier, vous êtes intelligent, vous êtes compétent, effectivement je suis la seule stagiaire parmi les cinq présentes à galérer comme ça. Mais je veux avancer. Je veux avancer sur moi, je veux apprendre, je veux comprendre, je veux devenir capable. Alors je m’accroche.
Je rate ma MSP qui était perdue d’avance et naufrage la fin de mon stage en arrêt maladie.
J’arrive au cinquième stage à bout mais avec un peu d’espoir quand même.
L’équipe est gentille et compétente mais je n’arrive à rien, alors que j’ai deux MSP pour ce stage. Je suis déboussolée, j’ai perdu toute confiance en moi. Alors cette fois je lâche. Je ne peux pas expliquer comment je suis arrivée au cinquième stage avec aussi peu d’aptitudes techniques, pourquoi les autres réussissent et pas moi, mais ça m’est inacceptable, alors j’arrête.
Voilà où j’en suis.
Si vous avez conseils ou expériences, ça m’intéresse.

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Pause

Ce matin, à 8h, j’aurais dû passer la MSP 3. Ce matin, à 8h, je buvais un café tout en écoutant Amélie me parler de sa prochaine évaluation de mathématiques.
Je ne serai pas aide-soignante en juillet. Je le vis un peu mal.
J’ai passé le week-end à tergiverser.
Idée numéro un : retourner en stage lundi matin, faire mon travail cor-rec-te-ment, préparer la MSP, la réussir, finir mon stage en montrant les fabuleux progrès réalisés grâce à cette mise au point, prouver à l’équipe et à la cadre que je peux être une bonne aide-soignante… Et accessoirement, me le prouver à moi-même. Sauf que pour ça, il faut y croire. Manque de pot, je n’y crois plus. Je suis incapable de préparer quoi que ce soit, incapable de réussir le moindre soin, alors un stage et une MSP… Peine perdue! Passons à…
Idée numéro deux : tout pareil, sauf que je m’arrête après la MSP. Il faut juste réussir à donner le change deux ou trois jours, histoire de valider l’examen, et après je peux m’écrouler, j’ai le droit. Sauf que même ça, j’en suis incapable. Me retrouver face à eux est réellement au-dessus de mes forces. J’ai peur et j’ai honte. Passons à…
Idée numéro trois : être malade et ne pas être en état, pour de vrai, d’y retourner. Sauf qu’une maladie, ça ne s’attrape pas si facilement que ça, et je ne suis pas suffisamment bonne comédienne pour simuler un pneumothorax. Personne n’a la varicelle dans mon entourage, dommage. Une gastro, c’est trop court et une scarlatine, trop long. Passons à…
Idée numéro quatre : me blesser. Voilà, ça c’est facile, et je peux le faire toute seule comme une grande : un marteau, une portière de voiture, un couteau… J’ai l’embarras du choix! Il suffit juste de doser les coups, pas besoin d’aller jusqu’à la fracture ouverte non plus! Seule ombre au tableau, il faut quand même que je sois d’attaque pour le prochain stage, ça ne me laisse que deux semaines pour me rétablir, c’est un peu court comme délai. Passons à…
Idée numéro cinq : mourir. Tout simplement. Bye bye la formation, la précarité et tout le reste. Mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise épouse… À quoi cela sert-il de continuer? Sauf que bon, un enterrement, c’est cher, on n’a pas les moyens. Et puis être orphelin(e), je connais, c’est pas la joie, je veux pas ça pour mes enfants. Et puis c’est con mais j’aime mon mari, je veux pas lui faire de peine. En plus mourir, c’est compliqué, faut pas se louper, parce que les séquelles d’un suicide raté ne sont pas très excitantes. Passons à…
Idée numéro six : arrêter la formation. Trouver un travail, n’importe lequel, coiffeuse de poneys ou éleveuse de sauterelles, et oublier mes rêves de soin et de bientraitance. Faire comme si cette année n’avait jamais existé, comme si je n’avais rien vu, rien appris. Oublier le fucking stage à Pétaouchnok et l’EHPAD bientraitant à côté de chez moi, oublier les visages des soignants et des soignés, oublier l’école et les élèves. Oui mais… Tout ça pour ça? Tous ces cours, toutes ces questions, tous ces échanges… Pour rien? Non, impossible. Passons à…
Idée numéro sept : écouter (enfin!) les conseils qu’on me donne. M’arrêter et souffler, parler et pleurer. Ne pas y retourner. Renoncer à la note de stage (médiocre), à la MSP (perdue d’avance), à ma progression (nulle). Aller dès lundi chez un médecin, parler (calmement) de la situation, me faire aider. Prendre un arrêt-maladie et de quoi aller mieux. Puis aller à l’IFAS, affronter ma honte et ma peur et expliquer tout ça. Sans pleurer. Sans craquer. Prier pour ne pas me faire virer.

J’ai choisi la dernière solution.
Arrêt-maladie ok.
Anxiolytiques ok.
IFAS ok.
J’ai pleuré. J’ai craqué. Mais je n’ai pas été virée.

Message à ceux qui sont passés ici ou ailleurs : merci. Vous imaginez même pas à quel point vos mots m’ont fait du bien. Vraiment. Continuer la lecture

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EAS de merde

Voilà, le stage, c’est fini. J’arrête les frais. J’en ai pris conscience hier matin quand, planquée dans la réserve pour ne pas pleurer devant « eux », je me suis demandé s’il valait mieux avaler le bidon de javel ou me péter le poignet à coups de marteau pour échapper aux deux semaines qui me restaient à faire. Oui, parce qu’en plus d’être une sombre merde, je suis lâche. Je crois que quand j’en arrive à ce genre de pensées, il est temps que je fasse une pause.
Donc, pour résumer :
Je ne sais pas prendre soin des gens.
Je ne sais pas « faire les liens ».
Je ne sais pas m’organiser.
Je ne sais pas ce qu’est le métier d’aide-soignante.
Je mets les patients en danger.
Je ne respecte pas les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité.
Je dois très sérieusement me demander pour quelle raison je veux faire ce métier.
Il est inenvisageable que je puisse être diplômée dans un mois.
And, last but not least, je ne sais pas me remettre en question.
Je ne me cherche aucune excuse. Tout cela est sans doute vrai. Et même, ça ne m’étonne pas. Je suis tellement dans le brouillard depuis une semaine qu’il est plus que probable que j’aie accumulé toutes ces erreurs. Et cela fait sans doute un moment que je les accumule. Seulement, en début de formation, j’avais l’excuse d’être une élève débutante. Maintenant, je n’ai plus cette excuse. Je n’ai aucune excuse. Je suis incompétente, point.
 J’ai passé la matinée à essayer de bien faire. Mais, même en essayant, j’étais nulle. À chaque fois que je sortais d’une chambre, j’entendais des bribes de conversations :
« J’aimerais bien savoir combien elle a eu à sa dernière MSP »
« Elle pas dû valider tous ses modules, c’est pas possible »
« Il faudrait que l’IFAS nous procure les notes de ses précédents stages, on devrait les demander pour les prochains stagiaires »
« Une fille comme ça dans les services dans moins d’un mois, c’est carrément pas possible »
« De toute façon elle pourra jamais travailler, les équipes n’en voudront pas »
« Elle est nulle »
Et j’en passe.
Forcément, entre ça, le manque de sommeil et le fait que je saute un repas sur deux, je n’ai pas été très performante. Pour être honnête, j’ai été médiocre. Comme d’habitude. Je me suis occupée de « mes » patients, j’ai rempli les diagrammes, j’ai noté les transmissions. Mais tout était nul.
La cadre m’a appelée à la fin du service. Elle avait dit à l’équipe qu’elle voulait me voir et m’attendait visiblement depuis un moment. Forcément, n’ayant été ni à la pause ni au repas ni aux transmissions, trop occupée que j’étais à parfaire ma médiocrité naturelle (c’est du boulot, croyez-moi), je n’étais pas au courant. Forcément, la stagiaire qui ne répond pas à la convocation de la cadre, ça ne fait pas sérieux. Forcément, quand en plus ladite stagiaire essaie de fourguer son recueil de données au dernier moment à sa tutrice qui a fini son service, le tout devant le bureau ouvert de la cadre, ça aggrave largement les choses. Bref, tout faux. Si je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation, il m’a fallu moins de trente secondes pour comprendre que j’étais franchement dans la merde. Je me suis décomposée sur place. Incapable de réfléchir, incapable de répondre. Si j’avais été une bonne aide-soignante, j’aurais bien profité de l’occasion pour prendre mon pouls et ma tension, juste comme ça, par curiosité. Mais je ne suis pas une bonne aide-soignante.
Alors, pendant que la cadre énumérait froidement tous mes défauts et m’enjoignait de lui prouver que j’étais capable de progresser, mon regard s’est échappé par la fenêtre de son bureau. De là, je voyais le long couloir vitré que j’avais si souvent arpenté il y a deux ans. Le couloir que j’avais emprunté enceinte, puis jeune maman, puis orpheline. Au bout de ce couloir, une équipe formidable, qui avait accompagné mon père jusqu’au bout. Une aide-soignante qui m’avait apporté un bol d’eau chaude pour que je puisse me faire une tisane d’allaitement. Une autre qui était allée chercher une blouse propre pour pouvoir prendre mon tout jeune bébé dans ses bras. Une infirmière qui avait accompagné Amélie à l’espace de jeux du service de pédiatrie pas encore ouvert. Une équipe à laquelle j’avais rêvé de ressembler. En vain.
Alors, après l’entretien, j’ai rassemblé mes affaires et, sans dire au-revoir à personne, j’ai quitté le service. Mais je n’ai pas quitté l’hôpital. Je suis d’abord allée au bout du couloir. La veuve de mon père, qui y est hospitalisée en ce moment-même (triste coïncidence), n’était pas dans sa chambre, mais l’équipe était là. Il y a des sourires qui ne changent pas. Il y a de la bonté dans certains regards, de la douceur dans certains gestes.
J’ai repris le couloir dans l’autre sens et ai, enfin, quitté l’hôpital. Puis j’ai pleuré. Toute l’après-midi. Toute la soirée. Une partie de la nuit. Une bonne partie de la journée. Sans doute demain aussi.
Aujourd’hui, je renonce. Y retourner, finir le stage, passer la MSP… je ne m’en sens pas capable. Je ne sais plus rien. Je sais juste que je ne peux pas y penser sans pleurer. Parce que je me sens nulle. Parce que j’ai honte. Parce que j’ai peur. Parce que je me sens incapable de retourner dans ce service. Parce que je ne tiens plus. Parce que je craque. Parce que j’ai envie de tout oublier, de revenir en arrière et de n’avoir jamais commencé cette formation. Parce que l’année a été dure, terriblement dure. Parce que j’ai imposé ce choix à ma famille et que ça a été dur pour eux-aussi. Parce que je ne suis pas digne des efforts qu’ils ont faits pour moi.  Parce que je ne suis pas digne d’être aide-soignante, tout simplement.

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Doutes

Avant-dernier stage.
Bientôt la MSP (Mise en Situation Professionnelle). Je croyais que ça irait, et puis non, ça va pas. J’ai peur. Je doute de moi. Je doute de tout et de tout le monde. J’entends des consignes contradictoires : changer l’eau, ne pas changer l’eau, mettre un tablier, ne pas mettre de tablier, changer le drap, ne pas changer le drap. Et j’en passe.
Je ne sais plus rien. Je ne sais plus « faire une toilette », je ne sais plus « communiquer », je ne sais plus « faire des liens ». D’ailleurs, ai-je jamais su faire tout cela? Je suis en fin de formation et je ne suis pas prête. Trop lente, trop désorganisée, trop tout. Ou pas assez.
Bientôt la MSP, et je vais être jugée en 1h30. Dix mois se joueront en une matinée. Sur un soin. Un diplôme contre une toilette. Une toilette parfaite. Ça tombe mal, je sais pas faire. Je sais sourire et me poser des questions qui ne servent à rien mais je ne sais toujours pas faire une toilette en technique en étant organisée.
Bientôt la MSP. Les modules écrits sont validés. Les stages aussi. Mais passer devant un jury, être observée, voir les examinateurs prendre des notes, échanger des regards, tourner autour du lit, ça me fait complètement paniquer. Et quand je panique, je fais des boulettes. Et je m’en rends compte. Et ça me fait paniquer… Bref, c’est sans fin. Alors que, seule avec le patient, ça va, je communique, j’observe, je m’adapte. Bref, je fais mon boulot.
Bientôt la MSP. Je la sens pas. J’ai pas envie d’y aller. J’ai juste envie de tout arrêter. Je sais pas ce qui m’a pris de passer ce concours. J’ai bêtement cru que ce serait merveilleux, et puis non. J’ai naïvement espéré faire un beau métier, et puis non. J’ai secrètement rêvé être une aide-soignante, et puis non.
Bientôt la MSP. État de stress maximal. Je ne mange plus, je crie sur les enfants, je pleure pour un rien. Je passe des heures sur une démarche de soins, des heures sur le Vidal, des heures sur la règle d’ORR. Et je passe à côté du spectacle de danse d’Amélie, des cascades de Georges et d’un certain nombre de choses plus ou moins importantes. Manger et dormir sont-ils des besoins absolument indispensables après tout?

Bientôt la MSP. Les quatorze besoins fondamentaux s’appliquent-ils aussi aux élèves aides-soignants? Pas si sûr.

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