Archives de catégorie : histoire de vaccination

LE DésORDRE DES CLOWNS ?

Une quinzaine de billets publiés sur ce blog évoque le thème des vaccins majoritairement pédiatriques. Je défie quiconque de trouver un seul élément au sein de ces écrits comme au sein de la centaine d’articles de ce blog, reflet partiel de ma pratique loin d’être parfaite, allant à l’encontre des données de la science. Mes derniers billets ont exclusivement traité de l’extension de l’obligation vaccinale. Je me suis clairement exprimé contre cette extension seul ici ou en m’associant à quelques confrères dansune lettre commune. Tant que la loi n’est pas entrée en vigueur, j’estime que l’on est en droit de s’exprimer et qu’il est toujours temps de participer à sa façon au débat.

J’assume et je réitère cette prise de position qui se fonde essentiellement sur deux piliers.

Premièrement, au-delà du seul thème de la vaccination et en dehors des situations d’urgence, je conçois ma place de médecin comme celle d’un copilote. Le patient ou le parent d’un enfant est le pilote, je ne fais que l’accompagner sur le chemin de la santé. Je tente de le guider au mieux, selon ses choix, avec des conseils, des avis, des préconisations, des prescriptions.

Second pilier, tous ces éléments que je mets à disposition du pilote doivent être argumentés le plus scientifiquement et le plus indépendamment possible tout en respectant bien évidemment la déontologie et la législation quand loi il y a.

Ce n’est pas plus compliqué que ça. Pour moi, la relation de soin verticale est d’un autre âge. Laissez-vous tomber paisiblement de votre piédestal de toubib les amis, je vous assure que c’est indolore !

Dans un récent billet, je relatais mes difficultés et mes questions face à un père ayant refusé les vaccinations pour son enfant. Ayant échoué à assurer mon rôle de copilote durant cette consultation, tout proche de la sortie de piste, la première conclusion venant à l’esprit est que l’obligation réglera ce genre d’échec. Je n’ai pourtant pas tiré cette conclusion-là, j’ai tiré de cette mauvaise expérience d’autres réflexions qui malheureusement se vérifient jour après jour.

J’ai toujours considéré que le plus important n’était pas forcément une décision prise un jour, mais toutes celles qui en découleraient le lendemain puis le surlendemain.

Illustrations :

Dans ce billet (LA CONFRULTATION) publié le 7 octobre 2017, j’évoquais la possibilité de rendre obligatoire la vaccination contre le Human PapillomaVirus (HPV) visant essentiellement à lutter contre les infections pouvant mener au cancer du col de l’utérus.

Une dizaine de jours après, lors de l’examen en commission des lois à l’assemblée nationale de l’article concernant l’extension de l’obligation vaccinale, le rapporteur de la loi ne disait rien d’autre :

«  Il ne faut pas qu’on ait peur de débattre, au-delà de la question de la vaccination obligatoire, sur les étapes suivantes, sur ce qu’il y aura après pour protéger les enfants. Peut-être qu’un jour nous arriverons à débattre sereinement de la question du papillomavirus dans le cancer de l’utérus, etc… »

Nous pouvons facilement supposer avec ces quelques lignes, que dans la tête de ce député et médecin, la loi étendant l’obligation à onze vaccins n’est possiblement qu’une étape avant d’autres.

Toujours dans ce fameux billet, j’exprimais l’idée suivante : l’Ordre des Médecins s’étant félicité dans un communiqué de l’extension de l’obligation vaccinale, ne pourrait-on pas désormais lui demander de faire régner l’ordre ?

Dans une récente interview, le Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins en personne tenait des propos semblant aller dans ce sens.

Mais de quel ordre parle-t-on ?

Un peu de dérision pour détendre l’atmosphère.

Le désordre n’est-il pas mis et alimenté par des clowns ?

Rapide flash-back sur l’obligation vaccinale :

-2013/2014 : le Haut Conseil de la Santé Publique s’accapare du sujet de l’obligation vaccinale et rend son avis : « Politique vaccinale et obligation vaccinale en population générale » consultable sur ce site.

Naïvement, de ma place de médecin copilote, j’interprète cet avis comme un premier pas vers la levée future de l’obligation.

-2016 : une Concertation Citoyenne à l’initiative de Marisol Touraine n’amène ni les citoyens ni les professionnels à se prononcer en faveur d’une extension de l’obligation. C’est pourtant l’unique option choisie par les experts et retenue par la ministre Touraine.

-printemps 2017 : Mme Touraine passe le flambeau au Professeur Buzyn, passage durant lequel l’ex-ministre appuie sur la nécessité absolue de faire passer cette extension.

-automne 2017 : l’extension est actée pour les enfants à naître à partir de janvier 2018.

Dès l’avis du HCSP de 2014, j’étais donc à côté de la plaque, un vrai clown !

Rappelons cependant qu’entre temps, la Société Française de Santé Publique s’est plutôt exprimée contre cette extension d’obligation vaccinale comme le Collège National des Généralistes Enseignants tout en sachant que la pratique vaccinale fait grandement partie de la pratique de médecine générale. Bien qu’il ne soit pas un institut d’EXPERTS vaccinologues, on peut penser sans pousser le bouchon trop loin que le Collège de Généralistes possède une expertise certaine sur la question.

MAIS.

Il manque sans doute un élément fondamental dans ce déroulé rapide ayant conduit au vote de l’obligation des onze vaccins pédiatriques. J’ai omis d’introduire l’intervention d’un autre clown. Je pense que paradoxalement et n’en déplaise à ses nombreux aficionados, le clown Joyeux a tristement servi la cause des promoteurs de l’obligation. Il a habilement capté le projecteur sur lui. L’Ordre des Médecins a tenté de le rattraper, de le radier, en vain jusqu’à ce jour, participant à intensifier la lumière sur ce clown qui a réussi quasiment à lui seul à précipiter la décision experto-gouvernementale d’imposer ces vaccinations sans débat serein. Décision applaudie et soutenue par une quarantaine de sociétés savantes (et syndicats médicaux pour gonfler les rangs ?) dont on peut se demander sans être insultant pour quelques-unes d’entre elles de quel niveau d’expertise et d’indépendance sur la question elles peuvent se glorifier par rapport à une instance comme le CNGE.

Ainsi, modeste clown parmi les clowns, de simple copilote, cette décision va me faire remonter demain sur la selle de pilote, laissant vacante celle de copilote, le patient-parent étant quant à lui relégué passager arrière seconde classe en route sur un drôle de chemin tortueux.

C’est justement parce que nous sommes à la proche veille de l’application plus que probable de cette décision que les clowneries de toutes parts s’intensifient. On ne s’entend, ou plutôt, on ne s’écoute pas. On raccourcit, on travestit, on fait des amalgames maladroits voire malhonnêtes.

D’anciennes gloires de la médecine nobélisées jadis mettent en scène leurs pitreries comme si elles souhaitaient conclure leur parcours non pas par un tour mais par un bras d’honneur adressé aux institutions qu’elles ont pourtant servi des décennies. Les patrons flingueurs dézinguent sans retenue à la manière d’adolescents rebelles confirmant que la vieillesse est un retour à l’enfance.

Le Président de l’Ordre en père fouettard tente de les remettre dans le cadre ou de les y en faire sortir, on ne sait plus trop. Propos ciblés sur ces clowns-là ou plus larges sur des médecins qui ne rigolent pas sur ce sujet-là ? On s’y perd.

Trois de mes confrères ont réagi aux mots du Président Bouet sous des angles différents, complémentaires et très intéressants : 
La colère et le trouble nous font tous parfois sortir de nos gonds, surtout lorsque l’on se sent injustement visés. C’est humain et utile.

Il est dommage de constater que certains journalistesqui plus est, médecins, dont le rôle me semble être de se distancier du feu de l’actualité pour mieux la présenter tombent à leur tour dans la caricature et l’amalgame participant mieux que personne au désordre des clowns. 


Ainsi va la vie.

Demain, les médecins pilotes qui hier et aujourd’hui imposent des vaccins recommandés sans en informer clairement et loyalement leurs patients seront enfin en conformité avec la loi. Leur siège de pilote sera renforcé. En d’autres termes pour ceux qui n’auraient pas compris ce que j’évoque là ou qui fermeraient volontairement les yeux, régulièrement chaque jour des vaccinations (mais bien d’autres choses allant parfois à l’encontre des données de la science comme cet exemple) sont pratiquées sans explications préalables, sans information sur les obligations, les recommandations, les bénéfices, les risques, et tout ce monde de clowns s’en accommode.

Si demain l’Ordre sanctionne un médecin ne respectant pas la législation vaccinale, il sera dans son bon rôle aussi bien qu’il le serait à mon sens aujourd’hui s’il venait à s’exprimer voire à rappeler à l’ordre un médecin ayant imposé en catimini une recommandation vaccinale. D’ailleurs, ces pratiques-là n’auraient-elles pas participé elles aussi à la défiance vis-à-vis des vaccins ? Tenez bon les gars, dans quelques semaines vous aurez réussi à passer mieux que d’autres entre les largesses des mailles du filet.

Vivement que la fin de cette triste partie soit sifflée, que les pitreries cessent, qu’après le désordre, chaque clown retire son nez, descende de scène, de son piédestal, pour justement prendre de la hauteur et que tous les acteurs retrouvent non pas un peu d’ordre mais au moins quelques pincées de sagesse et d’humilité.

Clownement vôtre.  

Continuer la lecture

Publié dans extension obligation vaccinale, histoire de législation, histoire de vaccination | Commentaires fermés sur LE DésORDRE DES CLOWNS ?

LES EXPERTS épisode 4 : FIN DU SUSPENSE ?

Le premier épisode de la série avait été diffusé ici même début 2014 après que les experts du Haut Conseil de la Santé Publique se soient mis d’accord pour recommander officiellement la vaccination orale contre la gastroentérite à rotavirus.
 
Nous nous étions alors interrogés sur le bien-fondé de cette prise de position pour ce vaccin aux rares mais possibles complications pour le moins fâcheuses.

 
Nous sommes revenus sur le sujet dans un second épisode dans lequel nous nous félicitions que le ministère de la santé n’ait pas suivi cette recommandation dans le calendrier vaccinal 2014.

Récemment, dans un contexte de pénurie vaccinale « pandémique », un troisième épisode relayait une lettre que l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament adressait aux professionnels de santé.
La lecture de l’intitulé du courrier permet de se faire une petite idée sur le sujet : « Rotarix et RotaTeq, vaccins contre les infections à rotavirus : Rappel sur la prise en charge de l’invagination intestinale aiguë post vaccinale »
L’insoutenable suspense autour de cette vaccination semble être tombé en ce mois de mai 2015 lorsque les experts du HCSP ont publié ici : Avis HCSP ce qui ressemble fortement à un rétropédalage puisqu’il est clairement annoncé que la recommandation vaccinale est suspendue.

On peut en conclure que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, donc que nos experts sont tout sauf des imbéciles. Voilà de quoi être relativement rassuré.

Mais on peut également y voir une certaine précipitation lors de la publication de leur avis de 2013 qui recommandait la vaccination alors même que les données qu’ils possédaient à cette époque pour émettre leur conclusion n’étaient pas fondamentalement différentes de celles de 2015… Comme quoi, avec des données similaires, il est possible d’arriver à des conclusions diamétralement opposées. Voilà de quoi être relativement effrayé.

Continuer la lecture

Publié dans gastroentérite, HCSP, histoire de vaccination, rotavirus, vaccination | Commentaires fermés sur LES EXPERTS épisode 4 : FIN DU SUSPENSE ?

LA COQUILLE ?

 

J’ai récemment lu un article relevant le paradoxe entre le discours des autorités de santé encourageant la vaccination alors que notre pays rencontre une pénurie durable de vaccins.
 
L’auteur prolifique de cet article intitulé :
 
Les autorités de santé : «Faites-vous vacciner !». «Plus de vaccins !» disent les pharmaciens
 
est médecin, journaliste, et fut en charge de la rubrique médecine du célèbre quotidien Le Monde pendant une trentaine d’années.
 
L’article consultable icifut publié quelques jours auparavant sur le célèbre et très visité site internet Slate.fr .
 
J’imagine que ces deux publications ont été lues par des milliers de personnes.
 
Une partie que l’on peut retrouver dans les deux articles m’a chagriné car elle me semble prêter à confusion.
 
La voici :
 
 
Sur Slate.fr :

 
 
 
Et sur le blog de l’auteur : 
 
 
 
 
En lisant cette phrase, je comprends, et j’imagine que la majorité des personnes comprend que la vaccination contre la varicelle fait partie des recommandations vaccinales en population générale alors qu’en 2015 en France elle n’en fait pas partie et cela depuis plusieurs années.
 
Sachant que certains n’aiment pas spécialement être « titillés » par des petits merdeux de mon genre, et qu’une coquille peut facilement s’infiltrer dans un écrit, je me suis permis de suggérer précautionneusement à l’auteur de l’article en question que le vaccin contre la varicelle ne fait pas partie des recommandations.
 
A ma grande surprise, l’auteur a répondu, persisté et signé. Cette vaccination est selon lui recommandée, sa référence officielle étant un site non pas médical mais administratif dont la dernière mise à jour date d’avril 2014 et dans lequel peut bêtement s’être glissée une petite coquille. Pourquoi pas ? Même sur un site officiel on peut trouver des coquilles non ? Alors ? C’est l’œuf qui fait la poule ou l’inverse ? L’erreur n’est-elle pas humaine ? La corriger est-il surhumain ?
 
Ce qui est dommage, c’est que lorsqu’une coquille se glisse quelque part, elle peut vite faire des petites et semer encore plus de confusion.
 
Voici ce que je lis dans mon quotidien régional du 24 avril 2015 :

 
 
 
 
 
Il y a dans cet article plusieurs coquilles comme par exemple l’âge des premiers vaccins. On vaccine à 2 ET 4 mois et non pas à 2 OU 4 mois.
 
 
On retrouve bien sûr la coquille du site de l’administration française relayée sur slate.fr et ainsi de suite, lisez bien :

 
 

 
 
Je suis un peu médecin, pas du tout journaliste, je n’écris pas dans un célèbre journal, ni sur un site renommé, je n’ai pas de relecteur, je fais plein d’erreurs, mais mes rares lecteurs savent déjà ou sauront désormais que malgré ce qu’on peut lire ici ou là, la vaccination contre la varicelle ne fait pas partie des recommandations en population générale.
 
Voici le calendrier 2015 des vaccinations obligatoires et recommandées en population générale : (pas une trace de la varicelle, pas une vésicule, encore moins le moindre millimètre de croûte de varicelle).


Voici précisément qui peut être concerné par cette vaccination particulière :

 
 
Toutes ces recommandations particulières sont ici.

Pourquoi cette vaccination n’est pas à ce jour recommandée en population générale en France ?

Pour faire court et simple, la varicelle est une infection virale causée par le Virus Varicelle Zona (VZV) généralement bénigne, survenant majoritairement durant la petite enfance. Elle peut parfois se compliquer et s’aggraver notamment lorsqu’elle survient à un âge plus tardif. On sait que recommander la vaccination en population générale ne permettrait pas d’ atteindre une couverture vaccinale totale. On considère à ce jour que cette vaccination risquerait alors de faire reculer l’âge de survenue de la maladie, là où elle est possiblement plus grave (balance bénéfices/risques défavorable). Cela pourra peut-être changer, mais à ce jour en France c’est ainsi. Rappelons au passage que la varicelle ne fait plus partie des maladies à éviction obligatoire des collectivités (crèches, écoles,…) depuis plusieurs années (2007). 

 
Il y a suffisamment de suspicion et de polémiques dans le domaine de la vaccination, il serait bon que journalistes et médecins (encore plus quand on est les deux mon capitaine) n’ajoutent pas de confusion.
 
Moralité : jeunes carabins, petits externes, timides internes, vieux médecins isolés en fond de cambrousse, et tout citoyen, gardez toujours un petit œil critique sur ce qu’on vous raconte ou ce que vous lisez, et faisez-vous confiance !
 
PS : au cas où une petite coquille se soit malencontreusement glissée dans ce billet, merci de me le faire savoir, je corrigerai… peut-être… sauf si c’est pour la conjugaison du verbe faire. Je sais qu’on dit faiteset non pas faisez, non mais alors, je sais un peu causer la France quand même. Donc re-moralité : tout lire calmement avant de trop s’exciter, ça peut éviter d’attraper des boutons !


Continuer la lecture

Publié dans histoire de précisions, histoire de vaccination, journalisme et santé, varicelle | Commentaires fermés sur LA COQUILLE ?

LES EXPERTS épisode 3 : AYEZ CONFIANCE

 
Heureusement que nous avons des experts, ayez confiance…
 
Il y a depuis quelque temps une pénurie de vaccins, de certains vaccins, pas tous.
 
Il est par exemple devenu quasiment impossible en France et ailleurs pour le moment et apparemment pour longtemps de faire vacciner son enfant avec le vaccin pentavalent Diphtérie-Tétanos-Polio-Coqueluche-Haemophilus.
 
Car voyez-vous, de grands fabricants comme GSK ou Sanofi seraient dépassés par la demande mondiale d’autant que la production d’un vaccin est complexe et longue, environ un an et demi. Ce sont eux qui le disent. Soit.
 
Sauf que ce qui est compliqué et long pour le vaccin pentavalent ne semble pas l’être pour le vaccin hexavalent contenant le vaccin contre l’hépatite B en plus des cinq autres, connu sous le nom d’Infanrix Hexa, et 1,5 fois plus coûteux donc 1,5 fois plus rentable pour le fabricant.
 
Rappelons au passage, juste comme ça de façon tout à fait innocente, qu’il ne semble pas avoir été compliqué et long de produire et fournir un vaccin à forte demande mondiale lors de l’épisode de la grippe H1N1. Atchoum ! Oups, excusez-moi, juste un petit éternuement, rien de bien méchant. Roselyne revient ! Euh non en fait reste où tu es et demande à Marisol de te rejoindre je crois que ça ferait du bien à tout le monde…
 
Heureusement nous avons des experts, et un ministère, ayez confiance…
 
Face à la tension d’approvisionnement de ces vaccins, de probables experts ont dû conseiller la ministre de la santé sur la conduite à tenir à donner à patients et médecins.
 
Car voyez-vous, la loi française impose la vaccination des enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Cette obligation vaccinale a d’ailleurs tout récemment été jugée conforme à la constitution républicaine par le conseil constitutionnel.
 
Voilà donc ce qui est diffusé sur le site du ministère de Marisol Touraine afin de respecter l’obligation vaccinale donc la loi malgré la pénurie :
 
 
 
 
Le 1er point est le suivant : la vaccination du nourrisson telle que prévue au calendrier des vaccinations est maintenue avec l’utilisation du vaccin hexavalent (infanrix Hexa®).
 
On peut se dire que la ministre est gentille, elle nous dit quoi faire, youpi chouette !
 
On peut être au contraire un peu mesquin et se dire que la ministre cautionne finalement une stratégie des laboratoires pour se faire un peu plus de fric en prenant par la même occasion médecins et parents en otages puisque du fait d’être le seul disponible, le vaccin recommandé mais non obligatoire hexavalent s’impose.
 
On pourrait en fait dire beaucoup de choses sur ces préconisations ministérielles.
 
Je me contenterai d’un point pouvant paraître anodin, celui-ci :


 
Cette information officielle, simple, claire nette et précise, soumise par des experts, validée par une ministre est fausse. S’il est vrai que certaines (pas toutes) PMI fournissent les vaccins lors des consultations, elles ne possèdent pas de filières de production spécifique, leurs maigres stocks s’écoulent ou sont déjà écoulés. Pour celles qui ne fournissent pas les vaccins, elles n’ont aucun stock, et prescrivent les vaccins que les patients vont chercher à la pharmacie. C’est assez simple à comprendre. Il est relativement impressionnant que sur un point aussi simple le ministère divulgue une information fausse. Qu’en est-il des points légèrement plus complexes ?…
 
Heureusement que nous avons des experts, ayez confiance…
 
Toujours au sujet de vaccinations, des experts avaient donné leur avis sur les deux vaccins oraux contre la gastro entérite à rotavirus. C’était mi-février 2014.
 
J’avais lu cet avis qui recommandait cette vaccination. Probablement par manque de maturité et d’humilité, je n’avais pas tellement eu confiance. Alors j’avais publié mon avis, à moi, le mien, tout mimi. Je l’avais intitulé justement LES EXPERTS afin de partager mes doutes et questionnements.
 
C’était fin février 2014 ici : LES EXPERTS épisode 1
 
Comme dans le domaine vaccinal, certains rappels sont importants, au printemps 2014 j’avais fait une sorte de petite piqûre de rappel : LES EXPERTS épisode 2.
 
 
Un an après, en mars 2015, voici ce que les professionnels de santé reçoivent sur le sujet de ces deux vaccins de la part de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé :
 

 
 
 
La lettre dans sa totalité et de meilleure qualité est consultable sur le site suivant : ANSM.
 
Ce genre de courrier ne me semble finalement pas tellement mettre en confiance.
 
Heureusement que nous avons des experts, ayez confiance, imaginez le bordel sans eux !
 
Nous avons indéniablement besoin d’experts, fiables, et non corrompus.
 
 
Nous avons peut-être aussi un peu beaucoup passionnément à la folie besoin de médecins non experts. Le médecin du futur en général, généraliste en particulier, doit sans doute être considéré et formé comme un filtre à prescriptions plus que comme un mitrailleur prescripteur à la botte des experts eux-mêmes à la botte de … vous m’avez sans doute compris.
 
 
PS : dans le domaine de la vaccination je suis un NINI : ni anti-vaccin, ni pro-vaccin à tout-va. J’essaie d’avoir un certain esprit critique avec mes maigres outils et mes quelques connaissances de base pour tenter de conserver une position raisonnable non pas pour moi mais pour les patients, rien de plus. Et c’est pas facile…
 

Continuer la lecture

Publié dans Avis d'experts, histoire de vaccination, pénurie vaccinale, rotavirus | Commentaires fermés sur LES EXPERTS épisode 3 : AYEZ CONFIANCE

FAIRE, DÉFAIRE, LE SAVOIR-NE PAS FAIRE ?

 
Il s’agit de la première consultation que je réalise en compagnie de l’interne nouvellement arrivée, débutant son troisième semestre de spécialité en médecine générale. Nous n’imaginons pas encore les nombreuses pistes de réflexions qui s’en suivront.
 
Visite du quatrième mois d’un nourrisson sans antécédent, en parfaite santé. Fastoche.
 
Il est prévu de lui faire sa deuxième série de vaccins recommandés par le calendrier vaccinal. Premier enfant du couple. Maman relativement anxieuse notant ses questions sur un papier pour ne rien oublier.
 
Cette maman signale que ce matin au réveil son enfant a présenté une fièvre modérée, avec rhinorrhée, ainsi qu’une selle liquide. De quoi aborder avec cette maman autant qu’avec l’interne la prise en charge de la fièvre, les signes de mauvaise tolérance, la prise en charge d’une éventuelle diarrhée, les signes de mauvaise tolérance. De quoi se poser des questions, comme vacciner ou reporter les vaccins ?
 
La maman me demande si je vais prescrire un antibiotique ?!…
 
Je me demande pourquoi cette maman me demande si je vais prescrire un antibiotique ?!… Vraiment les mamans hein ?… Quoi les mamans ? Ne critiquons pas trop vite les mamans.
 
La maman m’apprend que son bambin a déjà présenté une fièvre autour de l’âge de un mois et demi, apparemment modérée et bien tolérée. Elle avait alors emmené son enfant chez un médecin nommé exclusivement pour ce billet le Docteur A. Bashung. Plutôt un bon réflexe de la part de cette maman d’aller consulter pour une fièvre chez un enfant de cet âge.
 
Un traitement antibiotique par Josacyne a alors été prescrit, « à donner en cas de persistance de la fièvre ». Je ne saurai jamais ce qu’a dit exactement ce médecin, le Dr Bashung, ni ce qu’il a vu. Il faut toujours se méfier des discours rapportés. Mais voilà ce que la maman semble avoir compris, et elle peut difficilement avoir inventé l’ordonnance d’antibiotique. De la Josacyne ?!… Il faut oser ! Osez osez Josacyne, plus rien ne s’oppose à la nuit, rien ne se justifie… Sacré Bashung !
 
Voilà de quoi discuter avec l’interne qui à ma grande satisfaction n’est pas restée de marbre face à cette situation. La fièvre chez un nourrisson de moins de trois mois, la prescription d’un antibiotique au cas où, à l’aveugle, laisser seule la mère juger de l’intérêt de donner ce traitement, le risque de décapiter une infection, la médecine cow-boy, la médecine du faire et prescrire à tout prix, etc… Tout cela n’a évidemment pas été dit comme ça devant la maman, et il y a eu une discussion off. Ce qui équivaut à se cacher derrière cette sacro-sainte déontologie en protégeant une médecine qu’on refuserait pour soi et les siens tout en s’évitant quelques tracasseries ordinales…
 
Avec l’interne, nous décidons qu’il n’y a aucune urgence à vacciner ce bambin aujourd’hui, cela peut attendre quelques jours.
 
La maman est d’accord et semble même rassurée. Elle en profite pour me demander si l’on pourra vacciner son enfant contre la gastro-entérite ?!…
 
Je me demande pourquoi la maman me demande si l’on pourra vacciner son enfant contre la gastro-entérite ?!… Un vaccin ne faisant pas encorepartie des recommandations et dont j’avais consacré un billet : LES EXPERTS. Vraiment les mamans hein ?… Quoi les mamans ? Ne critiquons pas trop vite les mamans.
 
La maman qui vient de reprendre le boulot m’apprend qu’elle a récemment rencontré le médecin du travail. Je n’ai absolument rien contre les médecins du travail. C’est d’ailleurs une espèce en voie de disparition qu’il serait à mon humble avis judicieux de préserver et réintroduire rapidement avant qu’il ne soit trop tard. Mais ce médecin du travail en particulier aurait fortement conseillé à cette maman de faire vacciner son enfant contre la gastro-entérite, car durant sa vie de bambin, il chopera automatiquement la gastro-entérite (donc le vaccin évitera avec certitude que maman prenne des jours pour enfant malade, je barre car ça c’est moi qui invente). Je ne saurai jamais ce qu’a dit exactement ce médecin du travail. Il faut toujours se méfier des discours rapportés. Mais voilà ce que la maman semble avoir compris : « il faut absolument vacciner mon enfant contre la gastro ».
 
Voilà de quoi discuter avec la maman et l’interne qui manifestement ne sait pas trop quoi dire sur ce vaccin. Si cette maman décide de faire vacciner son enfant, aucun souci. A condition qu’elle sache auparavant qu’il s’agit d’un vaccin contre le rotavirus et non contre toutes les gastro (on aime faire ce genre de raccourcis comme vaccin anti-HPV = vaccin contre le cancer du col de l’utérus ou encore vaccin contre la grippe = vaccin contre toutes les viroses hivernales… Serait-ce pour occulter tout débat quant à l’efficacité et la pertinence de ces vaccins ?). A condition qu’elle sache également qu’à l’heure où nous réalisons cette consultation, ce vaccin ne fait pas partie des recommandations, qu’il n’est donc pas remboursé et relativement coûteux. Et qu’elle sache surtout qu’il existe un risque d’invagination intestinale aiguë post-vaccinal, ce n’est pas moi qui l’invente, c’est écrit noir sur blanc dans le rapport des experts du Haut Conseil de la Santé Publique :
 
« Le Haut Conseil de la santé publique recommande que l’information sur le risque d’invagination intestinale aiguë soit systématiquement délivrée par les professionnels de santé aux parents des enfants vaccinés. »
 
Je n’ai absolument rien contre les pharmaciens, je sais que certains pourront s’offusquer de la question qui va suivre mais tant pis je pose ma question : quid de ce genre de demande lorsque les vaccinations se réaliseront dans les officines ?
 
Après toutes ces discussions, un certain temps s’est écoulé, on n’a quasiment rien fait, on pourrait même dire qu’on a passé du temps à défaire…
 
Alors il est temps de passer à l’examen clinique de ce bébé de quatre mois.
 
L’enfant présente une plagiocéphalie.
 
La maman m’apprend qu’elle couche son enfant sur le côté ?!…
 
Je ne me demande pas pourquoi la maman couche son enfant sur le côté ?!… Mais même en présence d’une plagiocéphalie, la position recommandée pour prévenir la mort subite du nourrisson reste il me semble le couchage sur le dos. Vraiment les mamans hein ? Quoi les mamans ? Ne critiquons pas trop vite les mamans.
 
Elle tente de me rassurer en me disant qu’elle utilise un cale-bébé. Allez, un cale-bébé, encore une piste de discussion. Vraiment les mamans et les fabricants de matériel de puériculture hein ?
 
La maman m’apprend que pour la plagiocéphalie de son fils, elle est allée voir un ostéopathe. Je n’ai absolument rien contre les ostéopathes, mais celui-ci aurait conseillé le couchage latéral, et le cale-bébé. Je ne saurai jamais ce qu’a dit exactement l’ostéopathe. Il faut toujours se méfier des discours rapportés. Mais voilà ce que la maman semble avoir compris.
 
Elle voit que je tique. Je regarde la jeune interne, sage comme une image, dont l’insolente jeunesse me crache un bon coup de vieux à la gueule. La vie quoi. Désolé, mais même en pleine consultation, j’ai des artéfacts de ma vie personnelle qui viennent promptement piqueter la grisaille de mon cortex cérébral. Quel mauvais professionnel je suis ! Le pire est à venir lorsque cette seconde de réflexion intime s’éteint et que je me reconnecte à la consultation en cours. Je ne sais pas si c’est bien, si c’est correct, mais voilà, je me suis lancé pour dire que je comprenais que l’aspect esthétique de cette plagiocéphalie puisse déranger cette maman. Mais qu’à ma connaissance, aucun bébé n’était mort de plagiocéphalie, en revanche, les positions et conditions de couchage, c’est une autre histoire.
 
On part dans des explications, des conseils, ça prend du temps. Une fois de plus, je me vois défaire ce qu’un autre professionnel du soin a (aurait) fait.
 
Une seule et unique consultation, la première avec la nouvelle interne, de nombreuses pistes de discussions et de réflexions. Un véritable feu d’artifice, le baptême du feu. La consultation a duré un certain temps. J’ai le luxe (pour l’instant) de pouvoir faire des consultations longues.
 
Pour «faire», un quart d’heure suffit amplement, même cinq minutes. Pour «défaire», il faut plus de temps. Défaire, déprescrire, réévaluer. Normalement dans bien d’autres domaines, c’est l’inverse, on détruit plus vite qu’on ne construit. Un truc clocherait-il ? Ou alors est-ce moi qui n’ai rien compris ? Ai-je loupé un épisode ? Suis-je si con que ça ? Ai-je vraiment le niveau pour accueillir des internes ? Ai-je eu le bon discours face à cette maman angoissée, le tact et la mesure ? Ne l’ai-je pas plus angoissée encore ?
 
Quelques jours après, je l’attends avec son bambin pour faire les vaccins.
 
A l’heure du rendez-vous : personne, lapin.
 
Aussitôt je me dis que mon discours n’a pas été le bon et qu’elle a fui. Puis je repense à la fièvre débutante, l’enfant a peut-être été hospitalisé.
 
Alors je frissonne à l’idée d’une consultation du quatrième mois qui n’a jamais eu lieu quelques années plus tôt, relatée ici derrière ces mots.
 
Je cherche le numéro de téléphone sur le dossier médical. Je saisis mon combiné. La maman me répond : « Oui bonjour docteur, j’arrive, je me gare. Quoi ? 10 h 00 ? Mais non la secrétaire m’avait donné un rendez-vous à 11 h 00. »
 
Ouf.
 
La fièvre n’a duré que deux jours, modérée, bien tolérée. La maman s’est renseignée sur le vaccin contre la gastro-entérite et a décidé de ne pas le faire. Elle couche désormais son bébé sur le dos.
 
On a quasiment rien fait, à part discuter…
 
Faire, défaire, refaire.
 
Il est de toute évidence important d’acquérir un savoir-faire. Il est souvent dangereux de se lancer sans savoir-faire. Mais le principal ne réside-t-il pas également dans le savoir-ne pas faire? Le savoir-ne pas faire n’a-t-il pas autant sinon plus de valeur ? Le principal savoir-faire à exploiter et améliorer de la médecine de premier recours n’est-il justement pas ce savoir-ne pas faire ?
 
Arrêtant un instant de me gratter le nombril du bout de l’index tout en repensant aux réflexions liées à cette histoire de consultation, j’ai tout à coup l’envie de lancer un regard vers l’horizon. J’imagine les probables nombreuses autres histoires de consultation similaires dans d’autres domaines effectuées par mes confrères. Comme tout le monde, j’ai entendu parler d’un récent mouvement de grève de bon nombre d’entre eux. Une colère et un ras-le-bol que je comprends mais un mouvement que j’estime brouillon, maladroit, mal venu. Du pain béni pour nos dirigeants devant bien se gausser dans leurs bureaux cossus de la capitale, ravis de voir possiblement fondre la cote de popularité jalousée de tout un corps professionnel. Et pourtant…
 
Avec l’accumulation de textes législatifs pondus ces dernières années par différents ministres bouffons de la santé de tous bords, n’y a-t-il pas un réel danger de définitivement faire exploser ce rempart nécessaire que représente la médecine de premier recours, cette médecine tirant sa noblesse et l’une de ses spécificités dans le savoir-ne pas faire ?
 
Cette digue déjà bien trop fissurée évitant parfois aux patients d’aller se noyer dans les flots d’une médecine du faire à tout prix résistera-t-elle encore longtemps ?
 
Regrattons-nous le nombril du bout de l’index un instant : que fera la maman de ce bambin de quatre mois au milieu de cette future jungle sanitaire que nous construisent sournoisement toutes ces têtes pensantes, les «grands» de ce pays, secrètement acoquinés à de géants prédateurs assoiffés d’argent qu’ils jurent pourtant combattre («mon ennemi c’est la finance» disait même l’un d’entre eux) ? Je la vois déambuler cette jeune maman, l’œil hagard, faussement rassurée d’être vaguement accompagnée par quelques techniciens de la santé, véritables pantins articulés via des lianes au bout desquelles officieront en toute liberté assureurs privés et firmes pharmaceutiques. Welcome to the jungle !
 
«Le tact et la mesure. Une information loyale, claire et appropriée» qu’ils disent…
 
Enfin, réveillons-nous de ce mauvais rêve. Vivons au jour le jour en respectant les coutumes. Nous sommes en janvier 2015, tout va bien dans le meilleur des mondes et tout ira mieux en se serrant la ceinture de deux ou trois trous. Évidemment juste après des fêtes durant lesquelles le gavage humain suit celui des oies et canards, c’est toujours un peu rude car la logique voudrait qu’il faille plutôt la desserrer mais bon voilà. Alors bonne année à tous mes petits canards et avant tout, BONNE SANTE !…

Continuer la lecture

Publié dans histoire de consultation, histoire de remise en question, histoire de savoir-ne pas faire, histoire de vaccination | Commentaires fermés sur FAIRE, DÉFAIRE, LE SAVOIR-NE PAS FAIRE ?

LA LOI, LE MEDECIN ET LE PATIENT

Étant expert en rien, râleur sur tout, l’objet de ce billet n’est nullement de discuter de la pertinence ou de l’efficacité de certains vaccins. Il sera seulement question ici de détricoter la façon dont le législateur peut perdre médecins et patients au milieu de ses articles de loi. On pourrait imaginer que l’art de l’exercice de la médecine serait facilité s’il était régi par des textes législatifs (bouh, moi ça me fait froid dans le dos et la médecine ne serait plus un art). Qu’en est-il justement lorsque des textes existent ?
En France, dans la population générale, trois vaccins sont obligatoires, tous les autres sont recommandés. Puisqu’ils sont obligatoires, c’est la loi donc le législateur (le bon) qui les impose. Il s’agit des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, bien connus sous le nom de DTP. On trouve cette obligation vaccinale dans le code de la santé publique (CSP) :
-Article L3111-2 : « Les vaccinations antidiphtérique et antitétanique par l’anatoxine sont obligatoires, sauf contre-indication médicale reconnue ; elles doivent être pratiquées simultanément. Les personnes titulaires de l’autorité parentale ou qui ont la charge de la tutelle des mineurs sont tenues personnellement responsables de l’exécution de cette mesure, dont la justification doit être fournie lors de l’admission dans toute école, garderie, colonie de vacances ou autre collectivité d’enfants. »
-Article L3111-3 : « La vaccination antipoliomyélitique est obligatoire, sauf contre-indication médicale reconnue, à l’âge et dans les conditions déterminées par décret en Conseil d’État, pris après avis de l’Académie nationale de médecine et du Haut Conseil de la santé publique. Les personnes titulaires de l’autorité parentale ou qui ont la charge de la tutelle des mineurs sont tenues personnellement de l’exécution de cette obligation. »
Même si elle apparaît encore comme telle sur de nombreux formulaires d’inscription en collectivités ou en établissements scolaires, la vaccination contre la tuberculose n’est quant à elle plus obligatoire depuis 2007 (ça fait 7 ans, et les imprimés n’ont toujours pas été modifiés…).
Pour le médecin, ces textes sont simples et devraient donc faciliter son exercice :
« Bonjour Madame, pour votre petit, c’est facile, il faut faire le DTP, y a pas à chipoter, c’est la loi article L 31… tatatitatata ! ».
Fastoche, fingers in the nose ! Évidemment en pratique, je ne dis pas ça comme ça. Et en pratique, malgré la loi, ça n’est pas si simple que ça, car si je ne me trompe pas (si je me trompe, merci de me le faire savoir), le vaccin DTP seul n’existe pas pour une primo-vaccination et n’existe pas tout court pour les enfants de moins de 6 ans. D’après le calendrier vaccinal, il est recommandé de débuter les vaccinations à partir du deuxième mois de l’enfant avec un vaccin DTP contenant obligatoirement les vaccins recommandés contre la Coqueluche, l’Haemophilus Influenzae b, et plus ou moins l’Hépatite B soit 5 à 6 vaccins en une injection. Je répète que mon propos ne vise pas à remettre en cause ces vaccinations mais de mettre en perspective l’ambiguïté de la loi au regard de la pratique médicale.
Le médecin vaccinateur (la brute) qui n’a ni envie de perdre son temps (le temps c’est de l’argent) ni envie de se poser trop de questions (encore moins que le patient lui en pose) peut choisir l’option de vacciner grâce au cocktail de 6 vaccins sans aucune explication. C’est une option. Une option qui pour certains évite de mettre un caillou dans la chaussure du bon législateur, pour d’autres remplit les caisses des laboratoires pharmaceutiques. Une option qui permet également aux statisticiens de conclure que la couverture vaccinale s’améliore. Mais l’exercice d’une médecine respectueuse du patient impose avant tout de lui délivrer une information loyale et claire, surtout à mon humble avis lorsqu’il s’agit de lui injecter un produit dans le corps.
Mais problème : que dire aux parents qui souhaiteraient faire uniquement à leur enfant les vaccins rendus obligatoires par la loi mais que la pratique ne peut leur offrir ? Leur conseiller d’écrire au législateur ?
Si ces trois vaccins sont obligatoires, la logique veut que le fait de ne pas respecter la loi rende le patient hors la loi (le truand), donc sanctionnable.
La sanction est en effet prévue dans les textes : Article L3116-4 du CSP : « Le refus de se soumettre ou de soumettre ceux sur lesquels on exerce l’autorité parentale ou dont on assure la tutelle aux obligations de vaccination prévues aux articles L. 3111-2, L. 3111-3 et L. 3112-1 ou la volonté d’en entraver l’exécution sont punis de six mois d’emprisonnement et de 3 750 Euros d’amende. »
Six mois de prison, 3750 boules, ça calme hein ! Donc même si dans le cocktail de vaccins y en a qui sont seulement recommandés, le choix si on peut appeler ça un choix est vite fait.
En dehors de prévoir la punition, que sous-entend cet article ? Le médecin constatant qu’un enfant n’a pas été vacciné doit-il se positionner dans le cadre de la protection de l’enfance et aller jusqu’au signalement aux autorités compétentes ? Sachant que cet article du CSP précisant les sanctions fait également partie de la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance, même si cela peut paraître exagéré, il semble logique de se poser cette question.
Heureusement, la loi est là pour y répondre…
L’article R 3116-1 stipule que : « L’âge limite de l’enfant prévu à l’article L. 3116-2 pour l’exercice de l’action publique en vue de poursuivre des infractions aux dispositions des articles L. 3111-1 à L. 3111-3 est fixé :
– à dix ans pour les vaccinations antidiphtérique et antitétanique ;
– à quinze ans pour la vaccination antipoliomyélitique. »
Donc cool Raoul, on a largement le temps de laisser refroidir la patate chaude avant de la passer ni vu ni connu à quelqu’un d’autre.
Oui mais la loi est partout, tout le temps. Si tu souhaites inscrire ton bambin de quelques mois à la crèche, ou ton bout de chou de 3 ans à l’école maternelle, voilà ce que disent les textes : Article R3111-17 : « L’admission dans tout établissement d’enfants, à caractère sanitaire ou scolaire, est subordonnée à la présentation soit du carnet de santé, soit des documents en tenant lieu attestant de la situation de l’enfant au regard des vaccinations obligatoires. A défaut, les vaccinations obligatoires sont effectuées dans les trois mois de l’admission. »
Tu me diras, rien ne t’oblige à y inscrire ton enfant. Sauf qu’à partir de 6 ans, il y a l’obligation scolaire, donc l’obligation vaccinale et on revient à la case départ. Oui je sais, l’obligation scolaire est une obligation d’instruction et non une obligation d’inscription en établissement scolaire, ça chipote, ça chipote. OK.
Moi j’aime bien chipoter, alors je vais poursuivre avec une série de questions. Je répète, ce sont des questions, aucunement des affirmations ni le reflet de ce que je souhaiterais.
Rendre tous les vaccins recommandés obligatoires ?
Pour clarifier, simplifier, et conserver une certaine crédibilité, étant donné qu’il semble aujourd’hui plus risqué en France de mourir par exemple d’une complication de la rougeole ou de la coqueluche que de la diphtérie, alors pourquoi le législateur ne décide-t-il pas de rendre ces vaccins obligatoires ? Voire tous les vaccins obligatoires ?
S’il venait à se diriger dans cette voie, on imagine aisément qu’il prendrait d’abord la précaution d’abroger des textes comme l’article L3111-9  prévoyant les réparations des préjudices en cas d’accidents post-vaccinaux.
Au contraire, supprimer toutes les obligations vaccinales ?
Il paraît impossible d’appliquer la loi sur l’obligation vaccinale stricto sensu sans prendre les parents en otages avec d’autres vaccins recommandés. Par ailleurs, on peut imaginer que le fait d’avoir des vaccins obligatoires et d’autres simplement recommandés instille dans l’esprit des patients une hiérarchie entre ces vaccins : des injections obligatoires qui seraient donc plus importantes que les autres.
Ne rien changer ?
Laissons les médecins assis le cul entre deux chaises et se démerder avec la loi et les patients, la loi étant le bon, le médecin-vaccinateur la brute évitant au patient de devenir le truand.
Chipotons encore un peu plus.
La lutte contre les maladies infectieuses concernées par l’obligation vaccinale (DTP) comme d’autres passe par la vaccination mais pas que. Les mesures d’hygiène ont une place importante. L’obligation vaccinale ne crée-t-elle pas l’illusion qu’il s’agit là de l’unique moyen de prévenir les infections concernées tout en laissant supposer que l’impact de l’hygiène est négligeable ?
Enfin, les mesures d’hygiène et les conditions de vie s’avérant importantes dans cette lutte, une petite question quelque peu provocatrice : puisque le législateur impose la vaccination au couple médecin-patient, ne devrait-il pas en contrepartie s’imposer de garantir l’accès à des conditions de vie et d’hygiène convenables pour tous ? Soyons logiques non ?

Nous avons pu voir dans ce rapide billet non exhaustif que le seul domaine de la vaccination obligatoire amène à faire référence  à six articles de loi. Tellement occupé à rédiger des textes dans tous les domaines de notre  vie, il est aisé de comprendre que le législateur puisse parfois oublier de remplir sa déclaration fiscale une, puis deux, puis trois années de suite… On ne peut avoir la tête partout voyons. Mais attention, les mots ont un sens, petite leçon : le législateur est négligeant,  les membres du petit peuple sont quant à eux des truands, les chômeurs sont des fraudeurs, les SDF  sont SDF parce qu’ils le veulent bien (D pour Domicile et non pour Dents hein…), etc… Ces petits coups de canif offerts par l’actualité de ces derniers jours n’ont d’autre but que de dire qu’historiquement, au-delà du seul domaine vaccinal et médical, les décisions politiques ont eu une importance majeure dans l’amélioration de l’espérance de vie. Le triste spectacle de ces dernières années doit-il nous faire craindre le pire ?
Pour conclure sur le billet du jour, il me semble qu’un des piliers nécessaire à l’art de la médecine est l’instauration d’une relation de confiance entre le soignant et le patient. Je ne suis pas certain que ces articles de loi confrontés à la pratique quotidienne aident beaucoup dans ce sens.

Les articles de loi sont consultables sur le site Legifrance.

Ajouté le 11/09/2014 :
 
La question de l’obligation vaccinale a récemment été posée par le Dr Luc Perino sur son blog : Faut-il abandonner les obligations vaccinales ?
 
Et le sujet va même jusqu’à titiller les neurones des experts du Haut Conseil de la Santé Publique puisque par le plus grand des hasards, un avis y a été mis en ligne pas plus tard que le 10/09 : Politique vaccinale et obligation vaccinale en population générale
 

Continuer la lecture

Publié dans DTPolio, histoire de vaccination, loi, médecine, obligations vaccinales | Commentaires fermés sur LA LOI, LE MEDECIN ET LE PATIENT

LES EXPERTS épisode 2 : la ministre ne suit pas.

L’épisode 1 des Experts en intégrale et en VO est disponible gratuitement ici.

En voici un petit résumé :
 
Ce premier épisode visait à persifler à doses homéopathiques et dans une ambiance bon enfant au sujet de l’avis des experts du Haut Conseil de la Santé Publique émis en novembre 2013 sur la vaccination contre le rotavirus responsable chaque année de milliers de gastroentérites aiguës. L’avis préconisait de vacciner les nourrissons âgés de moins de 6 mois contre une infection dont le taux de mortalité est estimé en France entre 0,33 et 0,74 pour 100 000 enfants de moins de 3 ans par saison tout en sachant qu’il existe une augmentation du risque de survenue d’invagination intestinale aiguë liée à cette vaccination (5,6 cas pour 100 000 enfants vaccinés d’après une étude de surveillance en Australie).
 
Petite précision importante, ces vaccins étant à l’heure actuelle onéreux et non remboursés, les experts sous entendaient que la mise en place de cette stratégie vaccinale imposait une baisse des prix induisant des ratios coût/efficacité acceptables.
 
 
Épisode 2 : Les experts : la ministre ne suit pas.  
 

Le 22 avril 2014, dans le cadre de la semaine européenne de la vaccination, la ministre des affaires sociales et de la santé en personneprésentait le calendrier vaccinal 2014. Maintenant qu’elle publie dans The Lancet, prestigieuse revue médicale internationale, rien de très surprenant.
 
A mon sens, pas de grandes nouveautés dans ce calendrier par rapport à son aîné de 2013. La vaccination contre le HPV chez les filles entre 11 et 14 ans passe de 3 à 2 doses. La stratégie du cocooning est renforcée afin de protéger les nourrissons contre la coqueluche. Et quelques recommandations sont précisées pour des cas particuliers.

Mais…

Mais pas un mot sur la vaccination contre le rotavirus !

Le calendrier vaccinal étant mis à jour sur la base des recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique, il semble donc que le ministère n’ait pour le moment pas suivi celle émise pour lutter contre la gastroentérite à rotavirus.

Je n’oserais en tirer la moindre conclusion, surtout après mon dernier post invitant à la modération : MODERATUS.

Néanmoins, et j’en suis désolé par avance, me dispenser de quelques réflexions, quelques questionnements m’est difficile. Alors voilà :

-La ministre des AFFAIRES SOCIALES et de la santé (la différence de taille de police est intentionnelle) serait-elle dubitative, elle aussi, quant à cette recommandation ?

-Serait-ce un signe de frilosité ? Ou au contraire de sagesse ? Aurait-elle besoin de temps, de prise de recul, contrairement au Président qui lui se lance sans hésiter dans un pari ?

-N’aurait-elle pas le même genre de proches conseillers amateurs de cirage de pompes ?

 
-Industriels et ministère n’ont peut-être tout simplement pas encore trouvé de terrain d’entente financier permettant d’autoriser le remboursement de ces vaccins en ces temps d’austérité de gestion rigoureuse.
 
On le saura sans doute dans l’épisode 3 qui ne devrait probablement pas sortir avant l’annonce du calendrier vaccinal 2015.
 
D’ici là, le suspens reste entier…


Continuer la lecture

Publié dans histoire de vaccination, vaccin gastroentérite rotavirus | Commentaires fermés sur LES EXPERTS épisode 2 : la ministre ne suit pas.

DISSECTION

 
Une petite séance de dissection de ce qui s’est passé récemment au sujet de la vaccination HPV est me semble-t-il très informative sur les procédés utilisés dans notre pays pour éviter tout débat clair et serein dans le champ sanitaire d’une façon générale.
Je rappelle au passage que l’article 35 du code de déontologie médicale stipule :

« Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. »

A mes yeux la problématique posée par la vaccination contre le HPV est la suivante :
 
« La Commission de la transparence rappelle qu’en l’état actuel du dossier, les résultats suivants ne sont pas établis :
 
– efficacité en termes de prévention des cancers du col (bien que des données complémentaires aient été apportées concernant spécifiquement les lésions précancéreuses CIN 3 et AIS, précurseurs immédiats du cancer du col),
 
– durée de la protection croisée n’est pas connue au-delà de 3,6 ans,
 
– immunogénicité dans les populations d’immunodéprimés (étude en cours),
 
– évaluation d’une modification éventuelle de l’écologie virale liée à l’introduction de la vaccination. »
 
Il s’agit là de textes tirés de la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (1), qui elle-même se base en général sur les rapports du Haut Conseil de la Santé Publique, qui lui-même se base sur l’avis du Comité Technique des Vaccinations (tu le sens le millefeuille…).
 
Il me semble donc que nous sommes assez éloignés de ce genre de références :
 

 
Genre d’ouvrages et de pensées que je ne cautionne absolument pas mais avec lesquels certains souhaitent faire l’amalgame dès qu’on émet la moindre contradiction. C’est d’ailleurs à mon humble avis justement grâce à une rigueur scientifique sans faille et le moins de zones d’ombre possible que l’on peut espérer lutter efficacement contre ce ramassis de conneries.
 
Les instances officielles semblent donc claires, et comme je l’ai déjà écrit ici : De la réactivité des ARS ou encore là :  Coupons des têtes !, je répète que je suis étonné, en dehors de tout parti pris politique, de voir le Président de la République parier sur cette vaccination dans le nouveau plan cancer.
 
S’étonner, douter, émettre des réserves ne signifie pas forcément être contre, encore moins mentir.
 
Voici encore une ou deux phrases tirées de l’avis (2) du HCSP sur la question :
 
« L’efficacité du vaccin Gardasil® sur le cancer invasif du col de l’utérus ne peut pas actuellement être démontrée puisqu’il existe un délai moyen d’au moins 15 ans entre l’infection HPV et la survenue d’un cancer. En revanche, l’efficacité des vaccins contre les papillomavirus humains peut être évaluée de manière indirecte par la prévention des lésions cervicales de haut grade (CIN2/3) qui font suite à l’infection (si le virus n’est pas éliminé) et précèdent le stade de cancer invasif. »
 
« De nombreuses études randomisées contrôlées ont été mises en place par la firmeen vue de l’autorisation de mise sur le marché.» (ce qui est important à remarquer est en gras et souligné par mes soins).
  
A la lecture de ces phrases, il me semble que dire aux patientes qu’il s’agit de la vaccination contre le cancer du col n’est pas une information loyale et claire. Elle le deviendra peut-être, mais à ce jour, elle ne l’est pas. Ensuite, les études prises en références par le HCSP ont été mises en place par la firme. Je n’en conclus rien, mais c’est intéressant et important à savoir… C’est tout.
 
Je pense que le doute est donc permis et difficilement sanctionnable…
 
Pourtant, lorsqu’un médecin exprime des doutes et des critiques contre un ardent défenseur de cette vaccination comme ce fut le cas ici sur le blog d’Hippocrate et Pindare, le rouleau compresseur se met en marche. Le médecin se fait rapidement étriller par la rédactrice en chef d’un site dit « spécialisé » au nom incroyablement pompeux de Journal International de la Médecine. Ouais, carrément ! Il suffit pourtant de gratter un peu et de lire la réponse du berger à la bergère : Qui désinforme vraiment ? pour s’apercevoir que le sérieux et la rigueur de ce site sont discutables. Malgré sa renommée apparemment et ouvrons bien les guillemets « internationale », je ne connaissais pas ce site qui comme d’autres possède à mes yeux deux intérêts majeurs. Le premier est de permettre d’observer les rouages de la promotion des produits de l’industrie pharmaceutique, ce genre de sites étant bien souvent à la botte des laboratoires même si leurs membres affirment la main sur le cœur être complètement indépendants, choses qu’ils pensent sans doute, je ne remets pas en cause leur sincérité.
 
Mais le second intérêt est finalement bien plus important pour chacun d’entre nous. Il est à découvrir ci-dessous en image :


 
 
(le JIM n’étant publié qu’en version numérique, il suffit d’en imprimer une ou deux pages selon l’importance de la commission quotidienne et ça devrait faire l’affaire. Pensons à la planète.)
 
 

Venons-en désormais au Professeur Vallancien qui sur son blog hébergé par le site du Monde titre son billet du 4 avril : « Gardasil, la pétition mensongère ».
 
J’ai apparemment plus ou moins utilisé les mêmes références que lui pour écrire ce billet, mais nous n’en avons pas sorti les mêmes phrases. Le résultat final est donc différent. Le fond comme la forme de son billet m’ont noyé d’informations plutôt indigestes et me laissent le goût d’une certaine précipitation. Je reconnais avoir l’impression que monsieur le Professeur jette toutes ses armes pour sauver le soldat Gardasil très légèrement non pas mis à mal mais mis en doute au plus grand désarroi du Général Sanofi-Pasteur-MSD. Cela est relativement intéressant quand on sait que c’est ce genre de leader d’opinion qui va user ses fonds de culotte sur les fauteuils cossus du ministère de la santé pour souffler de bons conseils aux oreilles des ministres qui s’y succèdent.
 
En toute confraternité, même si je sais qu’il n’est pas toujours aisé de décrocher d’un métier exercé consciencieusement et avec passion, à plus de 68 ans, n’est-il pas temps pour lui de profiter d’une belle et douce retraite ? Et d’aller par exemple s’exercer à la pétanque ? Les boules, j’imagine qu’un professeur d’urologie, ça doit toucher. Tiens, je suis prêt à l’y inviter pour une jolie partie à l’ombre des platanes de la place de mon village peuchère ! A condition qu’il soit bon joueur et ne me soupçonne pas sans cesse de « turqueries malsaines » au cas où je venais à gagner la partie.
 
Pour résumer une fois de plus et avec plus de sérieux l’histoire du Gardasil, il ne s’agit pas d’être aveuglément pour, ni obstinément contre, il s’agit simplement d’obtenir plus de clarté pour à mon sens pouvoir respecter l’article 35 du code de déontologie médicale sus-cité. Pas de quoi en faire tout un fromage si ?


Quant aux procédés utilisés par le camp des promoteurs effrénés, il n’y a rien de très innovant. Un médecin charismatique largement médiatisé donne son avis musclé du haut de la pyramide. Quelques porte-voix peu talentueux aux compétences à vérifier relaient la parole en profitant au passage pour décrédibiliser la partie adverse qualifiée d’anti-progrès, laissant insidieusement planer le doute sur des mouvances limite sectaires. Et en voiture Simone, le tour est joué. Il suffit d’aller disséquer dans les confins de l’histoire comme dans certains événements plus récents pour vérifier que le procédé ne fait que se répéter de façon certes moins barbare de nos jours. Je parle ici seulement des procédés et ne veux surtout pas sous-entendre que l’affaire du Gardasil si affaire il y a se terminera de la même façon. Mais un lointain parallèle avec des faits passés me semble intéressant et les plus curieux pourront aller les disséquer :

-Fort heureusement, il n’est par exemple plus possible de nos jours de condamner au bûcher des médecins accusés de sorcellerie comme ce fut le cas sous l’Inquisition, alors que ceux-ci ne cherchaient qu’à comprendre et à expliquer.

 
-Les hypothèses de Semmelweis sur l’origine de la fièvre puerpérale rencontrèrent les plus vives critiques et hostilités de la communauté médicale, il aurait probablement lui aussi eu droit à la condamnation au bûcher sous l’Inquisition.

 
-Le lynchage et les attaques subis par Irène Frachon lors de la mise en lumière des effets du Médiator est un exemple parlant et récent à méditer.
 
-Même s’il profère régulièrement des propos peu élogieux sur ses confrères généralistes, rappelons-nous de l’alerte du Dr Patrick Pelloux lors de la canicule de 2003, et la légèreté du GRAAAND PROFESSOR DE PEDIÂÂÂTRIE MATTEI, alors ministre de la santé à l’époque où l’on pensait encore qu’un ministre de la santé était utile… Il ne s’agit pas ici de disséquer un procédé mais plutôt de rappeler que même un professeur de médecine aux fonctions honorables et au CV intimidant peut parfois se révéler un peu light au point de faire pschitt !
 
Il y aurait encore bien d’autres exemples à citer, mais ceux-ci me semblent emblématiques et méritent d’être disséqués. Bonne dissection ! Cela permettra peut-être à tous de conserver la tête froide, bien ancrée sur ses épaules, pour œuvrer dans le même sens…

(1) Avis de la commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé sur le GARDASIL (20/03/2013)
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2013-04/gardasil_modif_population_cible_avis2_ct_12747.pdf

 (2) Le vaccin Gardasil® et la stratégie de prévention globale des cancers du col de l’utérus : Avis et rapport du HCSP du 21/10/2011 http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=231


Continuer la lecture

Publié dans GARDASIL, HAS, HCSP, histoire de coup de gueule, histoire de vaccination, vaccin HPV | Commentaires fermés sur DISSECTION

COUPONS DES TÊTES !

 

En lisant le blog d’un confrère, je découvre dans son dernier billet qu’un « grand nom » de la médecine, Officier de la Légion d’honneur ainsi que de l’Ordre National du Mérite s’offusque contre des médecins signataires d’une pétition. Monsieur le Professeur va même jusqu’à se demander s’il ne serait pas possible de les poursuivre.
 
Étant moi-même signataire de cette pétition, je me sens évidemment quelque peu visé par ses propos que l’on pourrait qualifier de méprisants, arrogants, humiliants, etc… Mais autant s’arrêter là puisque rien ne sert d’envoyer des noms d’oiseaux par écrans interposés et surtout, nous sommes soumis au respect de la confraternité…
 
Alors posons calmement les choses. La pétition concerne la vaccination contre le Human Papillomavirus (HPV), souvent raccourcie à la vaccination contre le cancer du col de l’utérus. Pour ne pas polémiquer stérilement et éviter toutes peurs inutiles, un article très éclairant sur cette vaccination est disponible sur le site Atoute du Dr Dominique Dupagne.
 
En voici la conclusion :

Tout ce que l’on peut dire actuellement du GARDASIL et du CERVARIX se résume ainsi « Ce vaccin procure un bénéfice très faible, s’il existe, et expose à un risque très faible d’accident grave, s’il existe »
Il me semble que c’est peu pour justifier un tel battage publicitaire et une dépense de 400€ pour 400 000 jeunes filles tous les ans (160 millions d’euros). Une telle somme aurait peut-être été mieux utilisée en organisant au niveau national le dépistage par frottis, qui a fait ses preuves.

 
La fameuse pétition incriminée, même qualifiée de « pétition d’horreur » (consultable ici) demande la mise en place d’une mission parlementaire sur l’opportunité de cette vaccination.
 
En signant cette pétition, on peut vite être caricaturés en « anti-vaccin », « anti-progrès », et même pourquoi pas être « pour le cancer du col », hein pendant qu’on y est pourquoi pas aller jusque-là…
 
Me concernant, j’ai tout simplement signé cette pétition car j’ai besoin d’être éclairé sur le sujet, donc d’être éclairant pour les patients. J’ai d’autant plus besoin d’être éclairé que, bien que persistent des zones d’ombre plus sur l’efficacité que sur la dangerosité du vaccin, le Président de la République en personne l’a inscrit comme une priorité du plan cancer annoncé récemment. J’avoue avoir été très étonné par cette annonce. Alors l’idée de mouiller les politiques jusque sur leur terrain en demandant une mission parlementaire m’a plutôt séduit.
 
Quelque chose m’a peut-être échappé, mais je ne vois vraiment pas pourquoi le médecin qui a courageusement lancé cette pétition ainsi que tous les signataires devraient être poursuivis.
 
Le « grand professeur » se posant cette question a pour atout un CV bien fourni, mais comme on dit : l’habit ne fait pas le moine… Un temps chargé de diverses missions ministérielles, cela l’autorise probablement à défendre les recommandations quand celles-ci l’arrangent comme ça semble être le cas pour la vaccination contre le HPV, tout en les dénigrant avec vigueur quand elles ne vont pas dans son sens, comme c’est le cas pour le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA. Ce virtuose du grand écart peut donc élégamment poser la question de la sanction de ses confrères qui eux se posent la question de la clarté.
 
Sanctionner le questionnement, annihiler la réflexion, faire de certains grands pontes des distributeurs de dogmes à ne surtout pas contredire mais à faire appliquer par de pauvres petits médecins lobotomisés, c’est tuer la démocratie.
 
Cette façon de faire et de penser ne peut-elle pas mener loin, très loin, très très loin ?

 
 
Dans un élan de colère rendant souvent maladroit, j’avais initialement mis ici la photo d’un lieu peu avenant. Mais mon propre malaise ainsi que la sagesse de certains de mes confrères m’ont décidé à m’autocensurer.

Rien ne sert de caricaturer à outrance, ne prenons pas les défauts de certains, restons sereins et débattons confraternellement.
 
 
Ou alors, demandons-nous si les différents scientifiques venant tout récemment d’émettre de nouvelles réserves sur l’efficacité de ce vaccin ne devraient pas être poursuivis pour avoir fait leur métier en se questionnant…
 


Continuer la lecture

Publié dans cancer du col, histoire de coup de gueule, histoire de vaccination, vaccin HPV | Commentaires fermés sur COUPONS DES TÊTES !