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PETIT UPPERCUT A LA FACE DU GRAND REMPLACEMENT

Avertissement :
En raison d’un risque élevé de déculturation, ce billet est fortement déconseillé aux plus cultivés d’entre vous.
 

On peut penser que je m’éloigne de la médecine pour glisser sur un terrain bien sombre et dangereux. D’autant qu’il n’est nullement besoin de faire de la publicité à un courant de pensée dont les grands serviteurs s’enorgueillissent de compter chaque jour les innombrables tapis rouges déroulés par les différents médias du pays. Mais aucune inquiétude à avoir. D’une part parce que les quelques arguments avancés ici seront tous tirés de mon illégitimité assumée autant que de mes méticuleuses imprécisions. D’autre part parce que la médecine ne sera jamais très loin du sujet. Quant à une éventuelle publicité, je dirais qu’il est tout simplement moins difficile de faire face à un ennemi dont on connaît le visage, rien de plus. Comme en médecine d’ailleurs, il est sans doute moins difficile aussi bien pour le soignant que pour le patient de combattre un mal que l’on a réussi à identifier.
 
J’avais introduit mon précédent billet en parlant de ramassage de patates. Pendant que certains préfèrent cacher leurs origines paysannes, je les assume volontiers, et oui je le reconnais, j’en suis même fier. On ne peut imaginer ce que j’ai pu tirer de mes observations lorsque petit, je suivais à la trace les sabots de mes « bouseux » de grands-parents. Alors je réitère le procédé pour ce billet qui va tout de suite entrer dans le vif du sujet grâce à l’élevage de lapins de mes aïeux. Je me souviens que pendant que ma grand-mère castrait les mâles, mon grand-père se rendait chez un voisin du village, voire dans un village voisin, à la recherche d’un bon mâle reproducteur. Depuis des lustres on avait observé dans les campagnes que la reproduction entre lapins d’un même élevage menait à des spécimens de plus en plus fragiles, voire à l’extinction de l’élevage. Il était ainsi nécessaire d’apporter le matériel génétique d’un mâle extérieur, d’un étranger, pour au contraire renforcer et préserver l’élevage. Tout à fait intéressant n’est-ce pas ?
 
Il y a quelques années, une thèse est née. Sournoisement, cette thèse fait son petit bonhomme de chemin, distillée tantôt par une personnalité politique, tantôt par un journaliste, puis par un écrivain, etc… Cette thèse, c’est la thèse dite du grand remplacement dont voici ce que rapporte Wikipédia à son sujet :
 
« Le grand remplacement est un néologisme politique introduit par l’écrivain français d’extrême droite Renaud Camus en 2010. Il exprime l’idée qu’à la faveur de l’immigration et des différentiels de fécondité, les « minorités visibles », en premier lieu d’origine noire et maghrébine, tendent à devenir majorité sur des portions en expansion constante du territoire français métropolitain, et que la logique de ce processus est de conduire à une substitution de population au terme de laquelle la France cessera d’être une nation essentiellement européenne. »
 
Si cette thèse venait à se vérifier, la solution pour y remédier serait vite trouvée : fermons les frontières, replions-nous sur nous-même et copulons gaiement ensemble, rien qu’entre nous, afin de préserver le peuple France ! Ouf, nous sommes sauvés.
 
Mouimoui… Moui mais… Moi j’ai la thèse de l’élevage des lapins de mes grands-parents en tête. Donc problème, ça ne colle pas. Bon OK, nous les humains on fait peut-être pas ça comme les lapins, du moins, moins souvent et moins vite, du moins vous, moi ça ne regarde personne. Bref, le truc du grand remplacement, si on se fie à mon histoire de lapins, ben, il en prend un coup dans l’aile non ? (Ou plutôt derrière les oreilles, lapins-oreilles, restons cohérents). Petit risque de fragiliser le peuple France jusqu’à l’extinction paisible non ? OK, il est vrai qu’il est maladroit de nous comparer à la cuniculture.
 
Allez, passons du monde animal au monde conjugal, soyons sérieux un instant. Nul besoin d’avoir fait médecine pour savoir ce qu’est la consanguinité. Je me souviens avoir entendu dire quand j’étais gamin que si un type avait un enfant avec sa cousine, ou pire avec sa sœur, alors l’enfant risquait de ne pas être « normal » (pour rester poli). Comme c’est un truc qui ne se fait pas, alors Dieu les punit. Évidemment, il y a une autre explication qui tient un peu plus la route. Et je n’avais pas eu à l’époque la lucidité pour faire le lien avec les lapins. Il suffit de comprendre qu’une éventuelle anomalie génétique aura plus de risques de se révéler et de se développer en faisant reproduire entre eux les membres d’une même famille. Au contraire, à part quand on n’a pas de bol et même si parfois c’est beaucoup plus compliqué que ça, ce risque sera diminué grâce au brassage génétique, en mélangeant les gènes de gens qui n’ont aucun lien de parenté.
 
Historiquement, l’homme a plutôt cherché à explorer le monde, à découvrir d’autres territoires, d’autres peuples. Bien sûr, cela n’a pas forcément été un long fleuve tranquille, loin de là, mais globalement il a cherché à se mélanger. Entre membres d’une même tribu, puis avec les tribus voisines. Entre membres d’un même village, puis avec les villages voisins. Entre membres d’un même pays, puis avec les pays voisins et même lointains. Je mettrais ma main à couper que si un jour on découvrait des extraterrestres, quelques accouplements verraient le jour. Évidemment, sous conditions d’une physiologie adaptée et d’une plastique non rebutante et encore.
 
Tout jeune et frais interne, j’ai saisi l’opportunité d’accomplir une partie de ma formation de médecin aux Antilles. Quelques années plus tard, j’y suis retourné pratiquer mon métier. D’ailleurs, petite anecdote au passage, lors de mon dernier voyage en Martinique, j’étais assis quelques rangs derrière un certain Éric Z. qui ne volait pas ce jour-là en première classe et qui ne parlait pas encore à cette époque-là de suicide des Français. Heureusement car au milieu de la carlingue survolant l’immensité bleu marine de l’Atlantique, j’aurais vraiment flippé ma race. J’aurais sincèrement préféré voyager en compagnie d’un people (si on peut appeler ça ainsi…) légèrement plus glamour avec lequel je me serais empressé de prendre un formidable selfie aussitôt divulgué aux faux lovers de mon compte Twitter pour montrer à quel point je voyage avec des gens importants à défaut de l’être moi-même mais voilà, le hasard ne fait pas toujours aussi bien les choses qu’on ne le dit. Snif. Je me suis donc tapé durant huit heures de vol cette tête de fouine, ce sinistre clown du PAF qui me donne l’envie de dire que je suis à fond pour la liberté d’expression, à condition de ne pas atteindre l’overdose d’expression… Bon, je voulais brièvement évoquer mon expérience martiniquaise. D’après ce que j’ai compris, vivaient peinards sur cette île magnifique, les indiens Caraïbes. Christophe Colomb (ou un autre) a découvert ces territoires. Les Européens ont pointé leur nez, et la pointe de leurs épées… Les habitants paisibles ont été chassés, exterminés. Des esclaves d’Afrique y ont été envoyés pour travailler. L’esclavage a été aboli. D’autres peuples sont arrivés d’Inde, de Chine. Et parmi tous ces gens, certains se sont mélangés pour donner une population métissée, chabins, coolies, etc… Aujourd’hui, de nombreux Antillais vivent en métropole. Ce bref rappel historique forcément incomplet et imprécis, désolé je ne suis pas historien, montre qu’il y a eu ici le remplacement atrocement douloureux d’un peuple par un autre. Personne ne peut le nier, nous sommes les héritiers innocents de ce passé. La seule chose que nous pouvons faire aujourd’hui, c’est ne pas oublier pour éviter que ça recommence un jour. Mais quand j’entends certains bons vieux franchouillards n’ayant jamais mis les pieds là-bas, encore moins plongé le nez dans un bouquin d’histoire, affirmer que ces « gens-là » (leurs compatriotes) ne sont que des « nègres fainéants et racistes contre les blancs », en plus de me faire mal comme des lames de rasoirs enfoncées dans les tympans, je me dis qu’on est vraiment à 10 000 lieues de sortir de l’auberge et que les théoriciens du grand remplacement peuvent recruter finger in the nose le gland décontracté le sphincter anal relâché comme jamais.
 
Je sais qu’il peut paraître difficile de percevoir le lien que je commence à tisser entre grand remplacement / Antilles / et médecine, mais patience, ça arrive.
 
Pour argumenter leur théorie, ces types nous amènent justement sur le terrain médical en brandissant les chiffres et le test de dépistage de la drépanocytose. Pour faire simple, la drépanocytose est une maladie génétique entraînant une anomalie de l’hémoglobine touchant principalement les populations d’Afrique, des Antilles, mais aussi d’Inde et du Moyen-Orient. Elle peut encore se retrouver en Grèce et en Italie. C’est vraiment une saloperie de maladie sournoise et douloureuse. Je me souviendrai longtemps de cette magnifique petite princesse de six ans en larmes, hospitalisée pour la énième fois, à qui je tenais la main un soir de garde lorsque j’exerçais il y a peu dans un service de pédiatrie en Martinique. En manipulant des statistiques concernant cette pathologie qui touche justement des gens qu’ils n’aiment pas, les extrémistes tentent de prouver que le grand remplacement est en marche en France. « Tremblez  Français ! Barricadez-vous ! Vite, à l’abri ! Les étrangers nous envahissent, se reproduisent à vitesse grand V, enfantent nos femmes et leur refourguent le gène de la drépanocytose ! C’est affreux ! La preuve, nous sommes obligés de dépister cette maladie qui progresse à vue d’œil sur NOTRE territoire ! ». Bon OK, si vous voulez les gars, mais détendez-vous un peu. Premièrement, petit exemple, les Antillais des Antilles et de métropole que l’on dépiste, ils sont Français hein et depuis longtemps. Ensuite, tous les dépistés aux Antilles ne sont pas forcément des bébés à risque. J’en ai la preuve vivante. Quand j’étais interne en Martinique, j’ai eu un bébé. Il est né à la maternité de l’hôpital de Fort-De-France. Alors que ni ma femme, ni moi ne faisons partie d’une population à risque de drépanocytose, mon fils, petit bébé blanc au milieu de ses charmants bébés conscrits noirs a eu droit au dépistage systématique de la maladie. Et boum, un cas de plus pour faire gonfler les statistiques prouvant l’insoutenable avancée du remplacement. Aux Antilles françaises, le dépistage néonatal de la drépanocytose est systématique, contrairement à la France métropolitaine où il cible les populations à risque.
 
S’offusquer qu’un test de dépistage fiable et utile bénéficie majoritairement à nos compatriotes de couleur (Antillais, Français originaires de zones géographiques à risque) ainsi qu’à nos amis étrangers naissant sur le sol français me fait vomir. Personnellement, j’ai plutôt tendance à m’offusquer lorsque des examens de dépistage se révèlent discutables voire possiblement nocifs.
 
Au-delà de la manipulation de chiffres que chaque camp tente de faire parler en sa faveur et du petit nombril de chacun, je me pose cette question : et si la drépanocytose était un moyen de préserver l’espèce humaine ?
 
Je m’explique.
 
Pendant qu’on s’excite sur l’épidémie liée au virus Ebola (qui mérite bien sûr une grande vigilance, mais pas forcément une dramatisation médiatique), on oublierait presque que le paludisme (encore appelé malaria) tue plus de 600 000 personnes par an dans le monde selon l’OMS (1 million selon d’autres sources). Quand on lit ce que peut raconter le vieux borgne sur Ebola ici, on peut aisément imaginer l’érection voire le priapisme que pourrait lui engendrer les chiffres du paludisme, ces milliers de morts s’observant majoritairement en Afrique, chez des enfants.
 
Mais, y a un mais. Même si ces chiffres sont dramatiquement impressionnants, tous les Africains ne meurent pas du paludisme, et justement, les porteurs sains du gène d’une forme de drépanocytose ainsi que les personnes atteintes de cette même forme de la maladie sont protégés contre le paludisme.
 
Le paludisme est une très vieille maladie, apparue il y a des milliers d’années.
 
La drépanocytose, j’en sais rien. Mais ça me fait penser aux bactéries sur lesquelles tu balourdes des seaux d’antibiotiques. Au bout d’un certain temps, les bactéries résistent et tu sélectionnes une population de bactéries résistantes contre laquelle tu te casses les dents.
 
A l’échelle de l’humanité, à l’échelon de notre belle planète et non pas d’un pays recroquevillé, en imaginant l’avancée du réchauffement climatique et l’éventuelle expansion du paludisme, n’en déplaise aux théoriciens du grand remplacement, ne peut-on pas se demander si cette saloperie de drépanocytose n’est pas un des prix à payer pour préserver l’espèce humaine ? Une sorte de rempart génétique contre laquelle le moustique anophèle vecteur du parasite plasmodium viendrait buter ?
 
Si tel était le cas, ce raisonnement poussé à l’extrême ne serait plus un simple petit uppercut, mais une sacrée belle droite pouvant faire tomber KO l’argument avancé par les souffleurs de braises du grand chaos.

Ces souffleurs aiment nous servir la soupe de la déculturation. Que cette soupe tiède et fade nous vienne de la clique camusienne comme zemmourienne, je ne crois pas une seconde à la déculturation, à cette déculturation-là, étroitement liée à l’immigration qui induirait ce grand remplacement. La culture est une histoire d’héritages, de sentiments, de choix, d’abstrait, de subjectivités, mêlant réalité et irrationnel. Tout cela se multiplie à l’infini, s’enrichit, mais ne doit être ni divisé, ni hiérarchisé. Au contraire tout se rejoint comme les cours d’eau.
Remonter à la source, aux origines. Les origines ?
Dans ma culture, j’ai entendu parler d’Adam et Ève. Croire ou ne pas croire fait partie de l’intime, là n’est pas le sujet. Mais lorsque j’entends un Maghrébin prénommer son fils Adam ou sa fille Hawa, avons-nous une langue, un passé, une culture si différente ? Ne sommes-nous pas de lointains cousins ? Le risque de déculturation est-il si élevé ? Si oui, qui touche-t-il le plus ?
Même sans avoir embrassé des études pour devenir toubib, même issu du fin fond d’un bled paumé, tout le monde a entendu parler d’Hippocrate et de son fameux sermonserment. Mais qui a conscience de toute l’importance de médecins comme Avicenne, moins connu sous le nom d’Abu Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina (on comprend pourquoi), ou encore Rhazès ? Que serait la médecine, la chirurgie d’aujourd’hui sans l’influence de la médecine arabe (ou perse pour ne froisser personne) d’avant-hier (du Moyen Age) exportée partout en Europe ?
Je pense qu’un lointain cousin arabe aurait bien des choses à m’apprendre si je le laissais me susurrer quelques mots à l’oreille de temps en temps, histoire d’enrichir ma culture personnelle…
Ma culture ou mon inculture médicale ? Que serait-elle sans mes rencontres avec ces médecins étrangers, métissés, ou issus de l’immigration dont je parlais dans ce billet intitulé Etrangitude ? 
 
Pour finir, deux expressions populaires tirées de la classe sociale déculturée à jamais dont je fais partie me viennent à l’esprit :
 
« Je suis mort de trouille » et « L’espoir fait vivre ».
 
Je sais qu’on peut avoir peur de mourir. En revanche je ne sais pas s’il est possible de mourir de peur, mais j’ai remarqué que dès que quelqu’un essaie de provoquer et jouer sur les peurs, il y a généralement derrière ça soit quelque chose à vendre, soit une quête de pouvoir. Donc dans le doute, méfions-nous de ces mauvais joueurs, ces bonimenteurs, mais n’ayons pas peur et positivons pour préserver la vie, mes petits lapins !
 
« … il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie
que nous n’avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer
et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force
et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite. »
 
Aimé Césaire
 
Extrait du Cahier d’un retour au pays natal.


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LES CHIENS ABOIENT, LA CARAVANE PASSE…

Ça a débuté quelques semaines après le cru 2013 d’Octobre Rose.
 
Je tombais par hasard nez à nez avec un mammobile, long semi-remorque rose transportant personnel et matériel destinés à effectuer le dépistage du cancer du sein.
 
Les femmes âgées de 50 à 74 ans étant encore à ce jour invitées tous les deux ans à passer une mammographie de dépistage selon les recommandations nationales, on peut penser qu’offrir le service d’une unité mobile de dépistage en plus de l’offre radiologique libérale ou hospitalière se justifie, notamment dans les contrées reculées. On en reparlera à la fin de ce billet.
 
Je précise qu’il est question ici du dépistage systématique dans la population générale et non des femmes présentant des risques nécessitant un suivi particulier.
 
C’est alerté par le surprenant message inscrit en gros sur la remorque du camion visible sur la photo ci-dessus « Utile dès 40 ans-On a toutes à y gagner » que je me suis mis à fouiner un peu au point d’avoir l’envie d’en faire un billet : La papamobile à son âge OK mais la mammobile à cet âge ? 
 
 
C’est ainsi qu’au passage de la caravane rose, les premiers aboiements du caniche engendrèrent ceux d’autres chiens(nes). Un groupe informel de soignants/patientes se forma pour relayer, réactiver et compléter le message comme ici chez :
 
 
 
Cela donna même l’occasion à Martine Bronner de nous révéler le rêve dingue d’égalité hommes-femmes qu’elle fit : Lis ça, on peut en rire mais pas que…
 
Et chose inespérée, l’Institut National du Cancer (INCa) répondit à l’interpellation d’Hélène La Crabahuteuse. Cette réponse est consultable dans les commentaires de son billet déjà cité plus haut. En voici des extraits :
 
« Il est, en effet, tout à fait juste de rappeler que le programme national de dépistage organisé du cancer du sein porte sur la tranche d’âge 50-74 ans…
 
…Pour la tranche d’âge 40-49 ans, les bénéfices attendus sont effectivement moindres alors que les risques sont plus élevés (cancers radio-induits, surdiagnostic)…
 
…Nous considérons qu’il n’y a pas lieu, en l’état des évaluations et recommandations nationales actuelles, de proposer ni de soutenir un dépistage par mammographie à des personnes de 40-49 ans sans facteur de risque particulier, que ce soit ou non en mammobile…
 
…Il revient à l’Agence régionale de santé (ARS) du Languedoc-Roussillon de se prononcer sur le sujet… »
 
Il n’est pas toujours aisé de comprendre tout ça, je vais donc tenter de t’en faire une traduction. Caricatures, exagérations, imprécisions diront certains, tant pis. Le poids des mots le choc des photos l’ont toujours emporté sur les formulations couilles molles. Alors je traduis :
 
 
Pratiquer une mammographie de dépistage à des minettes de 40 berges en parfaite santé ne présentant aucun risque ne permet pas forcément de détecter un cancer du sein mais expose de façon non négligeable à en trouver un là où il n’y en a pas avec pour conséquences de biopsier voire pire de traiter des personnes inutilement. Sachant que le traitement ne se résume pas à la prise d’un gramme de paracétamol et en voiture Simone mais plutôt à l’artillerie chirurgie radio-chimiothérapie et son cortège d’effets plus qu’indésirables, je te laisse imaginer le tableau. Si ça ne te parle toujours pas, peut-être qu’imaginer ta femme, ta maîtresse, ta fille, ton amie, ta jeune patiente, avec un sein en moins alors que tout allait bien t’aidera à y voir plus clair. Bon, OK, dans la majorité des cas, ça n’ira pas jusque-là, mais avoue que le simple fait d’attendre le résultat d’une biopsie (geste invasif) qui n’aurait même pas dû être réalisée, peut t’occasionner quelques journées d’angoisse au point de ne pas seulement te passer l’envie d’aller à ton cours de zumba.
 
Le mammobile est la principale cible de ce billet, mais le propos vaut tout autant pour le médecin généraliste, le gynécologue ou tout autre médecin qui prescrirait cet examen de dépistage en moins de deux sur un coin de bureau sans la moindre explication : « Tenez ma brave, vous venez d’avoir 40 ans, alors à partir de maintenant vous ferez cet examen tous les ans. Comme on dit hein, mieux vaut prévenir que guérir et plus on fait ça tôt, mieux c’est… » La patiente repart ainsi rassurée par un ramassis de conneries avec son ordonnance pliée en deux au fond de son sac à main. Oui, nous parlons essentiellement ici de ce qui se voit dans le cadre du dépistage organisé, mais n’oublions surtout pas tout ce qui se pratique sans véritable cadre et qui est peut-être encore plus grave, à savoir le dépistage individuel fait par-dessus la jambe.

Le mammobile dès 40 ans, infime partie émergée de l’iceberg flottant dans les eaux troubles du dépistage du cancer du sein ?  Ce dépistage, meilleure façon de faire croire qu’on se préoccupe du sort des femmes sans mettre le moindre biffeton dans une véritable démarche de prévention ? (Dépister = traquer une maladie déjà apparue / Prévenir = éviter que cette maladie survienne).
 
Tu vois, le sujet est tout de même sérieux car les conséquences liées au mammobile dès 40 ans peuvent être plus que fâcheuses. D’où l’idée de l’INCa d’alerter l’Agence Régionale de Santé concernée par le mammobile 34, l’ARS étant une sorte d’antenne du ministère de la santé à l’échelon régional. Pour en savoir plus sur les ARS et observer leur grande réactivité, tu peux lire ça :
 
 
 
 
Voilà grosso modo où nous en sommes. Sauf que là, le cru 2014 d’Octobre Rose débute et que… et que l’on peut affirmer que des chiens peuvent aboyer jusqu’aux oreilles de l’INCa, la caravane continue de passer paisiblement. Car la photo ci-dessus avec ce message mensonger a été prise pas plus tard qu’il y a quelques jours. Les pratiques semblent donc inchangées.
 
Que pouvons-nous en conclure ?
 
Que le seul moyen moderne de communication entre l’INCa et l’ARS fut un pigeon voyageur déplumé s’étant trompé de direction ?

Que l’ARS en question a bien reçu le message mais que voyez-vous, il est délicat de faire changer des pratiques historiquement expérimentales… dans cette province tellement éloignée de Paris et tant pis pour les quelques minettes qui en paieront possiblement les frais sans le savoird’autant que c’est pas la sécu qui finance mais les communes hôtes ?
 
Que dans une société dans laquelle seuls le profit et l’argent de quelques-uns priment, rien d’étonnant à ce que le domaine de la santé soit contaminé jusqu’à la moelle ? Business is business, même s’il y a un risque de biopsier voire de mutiler deux ou trois nanas pour rien au passage ? Qu’importe, elles ne le sauront jamais ! Au pire, c’est réparable, il y a des prothèses mammaires en stock… Fuck l’intérêt du patient, in the pocket le fric même s’il pue ?!
 
Ouais je sais, c’est un peu hard, et j’entends déjà certains me dire que je vais trop loin… euh, n’inversons pas les rôles quand même et relisons ensemble à voix haute sous la baguette du chef de chœur la réponse de l’INCa :
 
« Pour la tranche d’âge 40-49 ans, les bénéfices attendus sont effectivement moindres alors que les risques sont plus élevés (cancers radio-induits, surdiagnostic) »
 
C’est pas moi qui l’ai inventé ça.
 
Bilan des courses :
 
  1. L’INCa est au courant, on en a la preuve et il ne peut plus fermer les yeux puisqu’il s’est prononcé et a délégué à l’ARS.
  2. L’ARS si elle est véritablement au courant n’a soit rien fait, soit tenté de faire mais sans succès.
 
Alors maintenant, que fait-on ?
 
Les instances ne bougent pas ou plus un sourcil. Silence radio (induit). Cela se passerait-il de la sorte s’il s’agissait du corps des hommes ? Se remueraient-elles le fion s’il était notamment question de l’excroissance masculine évoquée dans le rêve d’égalité de Martine ? (Si tu ne l’as pas lu, vraiment, lis-le)

 
Marisol Touraine, la ministre des affaires sociales et de la santé s’est vue refourguer les droits des femmes lors du dernier remaniement. Santé, social, droits des femmes, ça me semble beaucoup pour une seule personne mais au moins ce sujet devrait lui causer : un peu de cohérence pour la santé des femmes dont les droits sont quelque peu bafoués dans cette histoire serait la bienvenue non ?
 
Malheureusement je crains très honnêtement qu’elle soit trop occupée, voire noyée par tout son taf puisqu’il paraît, je dis bien il paraît car ma source n’est absolument pas fiable d’autant que j’y ajoute le mode plein gaz de sarcasme, qu’elle a déjà commencé à effacer les noms de marque sur quelques paquets de cigarettes qu’elle prévoirait d’aller installer en personne dans le rayon d’un buraliste de la capitale en compagnie de nombreuses caméras de BofFM TV voire Canal Plouc et que surtout toute ministre qu’elle est et malgré tout le respect qu’on lui doit, elle y pane tout bonnement que dalle à tout ça et que encore plus que surtout, demander de la cohérence à une personnalité politique c’est demander la Lune.
 
Donc même si la caravane passe et repasse, tant qu’ils ne seront pas muselés, quelques chiens continueront à aboyer pour alerter celles et ceux qui voudront bien les entendre.
 
Je répète car c’est important que ce billet concerne les femmes âgées entre 40 et 49 ans sans risque particulier.
 
Si tu es une femme âgée entre 50 et 74 ans sans facteur de risque, il reste à ce jour recommandé en France de te rendre dans ce genre de mammobile ou ailleurs (radiologie libérale, hospitalière) tous les deux ans pour bénéficier du dépistage du cancer du sein.
 
 
Sache cependant qu’une personne avec laquelle j’ai eu la chance de converser a écrit un livre très riche et très pertinent sur le sujet du dépistage du cancer du sein. Il s’agit du livre No mammo ?  de Rachel Campergue. Mon petit doigt m’a informé qu’un second ouvrage décoiffant sur ce thème sera disponible d’ici peu. Mais si tu n’as pas envie ou pas le temps de te plonger dans cette prose fournie, je t’invite au moins à lire ce billet sur le site « Voix médicales » qui détricote parfaitement bien le sujet. Juste histoire d’avoir une information claire, indépendante afin de choisir librement et en toute conscience de te faire dépister. Bonne lecture.


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Bac + 9 = 2000 Euros/mois ou l’ubiquité du foutage de gueule !

Le 21 août 2014, après une dizaine d’années de revendications syndicales, alors que tout le monde s’en tamponne goulûment le coquillard, les décrets « revalorisant » le statut des médecins territoriaux sont parus au Journal Officiel. Victoire !?!?
Signés s’il vous plaît de la main du premier ministre MANUEL VALLS, de la ministre de la décentralisation et de la fonction publique MARYLISE LEBRANCHU, du ministre des finances et des comptes publics MICHEL SAPIN, de la ministre des affaires sociales et de la santé MARISOL TOURAINE, du ministre de l’intérieur BERNARD CAZENEUVE, du secrétaire d’État chargé du budget CHRISTIAN ECKERT (heureusement qu’y en n’a pas un de plus car j’ai plus de souffle, inspiration profonde….. voilà, ça va mieux, et tu remarqueras au passage que le remaniement ministériel du 26/08 les a tous épargnés les veinards).
Comme on pourrait s’y attendre, il s’agit de revaloriser la grille indiciaire (le salaire) peu attractive des médecins exerçant au sein de la fonction publique territoriale, et de l’approcher voire de l’aligner avec les grilles d’autres fonctions publiques.
Les négociations ne datent pas d’aujourd’hui et une avancée importante semblait poindre en fin d’année 2013 puisque le cabinet de la ministre de la fonction publique annonçait qu’un décret revalorisant la grille des médecins territoriaux serait présenté au Conseil supérieur de la Fonction publique territoriale (CSFPT) en janvier 2014, en vue d’une publication au premier trimestre.
La publication au premier trimestre a donc eu lieu le 21 août… Boh, c’est pas bien grave hein, on n’est plus à quelques mois près ! Et pis y a fallu aussi collecter les gribouillis de toute cette tripotée de ministres. Tu vois bien, c’est pas si fastoche que ça !
Et pis pour le même prix, on n’a pas un mais DEUX décrets !!! Donc ça prend deux fois plus de temps sûrement.
Le projet de décret présenté en février 2014 était encourageant puisqu’il laissait entrevoir une honorable revalorisation notamment pour les médecins en bas de l’échelle autrement appelés « médecins de 2 èmeclasse ». Au passage, il faut probablement avoir l’esprit sacrément tordu pour pondre ce type de grilles. Comme quoi l’ENA & Co. forme (ate) des tronches encore plus zarbi que la fac de médecine…
Si tu veux juger sur pièces, c’est par là Décret 1 et Décret 2. Bon courage.
Au final, il y a bel et bien une revalorisation mais mais mais mais mais….. accompagnée d’un reclassement. Cela veut tout bonnement dire qu’un médecin ayant atteint un certain échelon se verra reclassé dans un nouvel échelon impliquant au mieux une petite revalorisation du type trois mars et un carambar, au pire rien du tout. Et pour couronner le tout, il pourra prétendre avancer dans les échelons moins vite qu’auparavant. Alors, tu la sens la belle entourloupe ?
Comme tu la sens pas trop et que j’ai du mal à résister à l’envie de détailler le sujet, voici du concret.
Le fucking tableau de la grille est là (un peu flou et de traviole, je sais) :

 

Si tu es normalement constitué, tu dois grosso modo paner que dalle à ce tableau, ce qui est plus que probablement fait exprès.
Voici une traduction : après 9 ans d’études et la spécialité de médecine générale en poche, tu peux tenter d’aller bosser dans la fonction publique territoriale, et ainsi être possiblement recruté comme médecin 2ème classe 1er échelon avec un indice brut de 528. Tu suis ? Non ? C’est normal. A cet indice brut correspond un indice majoré de 452 qui n’apparaît pas sur le tableau. Pourtant l’indice majoré, c’est important puisque c’est tes sous ! Le point d’indice, c’est à ce jour environ 4,63 Euros. Soit 4,63 multiplié par 452 = 2000 et quelques Euros bruts, auxquels tu peux ajouter une ou deux indemnités variables selon la collectivité qui t’emploie, donc en gros les 2000 euros + indemnités – cotisations = tu retombes sur tes pattes ce qui veut dire environ à vue de nez que ça te fait ton salaire mensuel net avant impôts. Bac + 9 = possiblement 2000 et quelques Euros par mois en début de carrière soit 24000 Euros/an avant impôts (je ne ferai aucun commentaire et laisserai le lecteur juger de lui-même si ça vaut le coup de faire 9 ans d’études tout en continuant à éructer que tous les médecins sont des nantis sans faire la distinction avec d’éventuels chirurgiens esthétiques implanteurs de cheveux qui les yeux dans les yeux les couilles dans le slip ont réussi à se hisser jusqu’au ministère du budget ni vu ni connu et vas-y que j’… bip). Revenons à notre jeune médecin territorial qui devra ensuite engranger entre 13 et 15 années et demi d’ancienneté pour atteindre l’indice majoré de 783 qui équivaut à l’heure actuelle si tu suis toujours à 3 600 Euros.
Très sincèrement, tout cela n’est qu’un micro-détail au milieu de la crise que traverse notre pays, de la misère et des graves conflits qui s’abattent sur notre si belle planète, nous sommes bien d’accord.
Ce petit détail est même plutôt rassurant puisqu’il montre le fabuleux don d’ubiquité du foutage de gueule. Que l’on soit médecin ou pas, soignant ou pas, fonctionnaire ou pas, salarié, libéral, pharmacien en colère, chômeur, étranger, RSAiste, CMUiste, jeune, vieux, etc, pas de jaloux, chacun dans son domaine a droit à son foutage de gueule venu tout droit de nos élites. S’il est un principe de notre belle devise nationale respecté à la lettre, c’est bien le principe d’égalité… face au foutage de gueule !
Mais au-delà de ce cas précis, ce détail sans grande conséquence sur le fond, ne peut-on pas s’inquiéter de la méthode employée par ces élites ? Faire miroiter des choses inatteignables, rouler dans la farine, entuber à tout-va, transpirer la mauvaise foi, les entourloupettes de dernière minute, tout cela n’est-il pas dangereux ? Pourquoi esquiver de réelles discussions entre adultes consentants ? Pourquoi ne pas dire : « écoutez les gars, les temps sont durs, ça on peut pas, on préfère être honnêtes »  pour mieux faire passer la pilule ? Mais non, les élites continuent à nous entourlouper comme des veaux. Heureusement ou pas, la majorité du peuple est sage.
Certains s’arment de ce genre de produit de sorte que ça fasse moins mal la prochaine fois en sachant qu’il paraît que c’est encore mieux en la mélangeant avec de la Xylocaïne :

 
D’autres rêvent secrètement à ça sans pour autant oser bouger le petit doigt :

J’avoue personnellement osciller très maladroitement entre les deux options.
Mais au final, face à l’épidémie galopante du désenchantement, j’ai bien peur qu’à force de se décrédibiliser en permanence, le pouvoir politique comme certaines faiblessesforces syndicales ne radicalisent les esprits d’un trop grand nombre au point d’ouvrir un boulevard à d’autres bien plus malveillants encore… J’espère me tromper lourdement.


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DISSECTION

 
Une petite séance de dissection de ce qui s’est passé récemment au sujet de la vaccination HPV est me semble-t-il très informative sur les procédés utilisés dans notre pays pour éviter tout débat clair et serein dans le champ sanitaire d’une façon générale.
Je rappelle au passage que l’article 35 du code de déontologie médicale stipule :

« Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. »

A mes yeux la problématique posée par la vaccination contre le HPV est la suivante :
 
« La Commission de la transparence rappelle qu’en l’état actuel du dossier, les résultats suivants ne sont pas établis :
 
– efficacité en termes de prévention des cancers du col (bien que des données complémentaires aient été apportées concernant spécifiquement les lésions précancéreuses CIN 3 et AIS, précurseurs immédiats du cancer du col),
 
– durée de la protection croisée n’est pas connue au-delà de 3,6 ans,
 
– immunogénicité dans les populations d’immunodéprimés (étude en cours),
 
– évaluation d’une modification éventuelle de l’écologie virale liée à l’introduction de la vaccination. »
 
Il s’agit là de textes tirés de la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (1), qui elle-même se base en général sur les rapports du Haut Conseil de la Santé Publique, qui lui-même se base sur l’avis du Comité Technique des Vaccinations (tu le sens le millefeuille…).
 
Il me semble donc que nous sommes assez éloignés de ce genre de références :
 

 
Genre d’ouvrages et de pensées que je ne cautionne absolument pas mais avec lesquels certains souhaitent faire l’amalgame dès qu’on émet la moindre contradiction. C’est d’ailleurs à mon humble avis justement grâce à une rigueur scientifique sans faille et le moins de zones d’ombre possible que l’on peut espérer lutter efficacement contre ce ramassis de conneries.
 
Les instances officielles semblent donc claires, et comme je l’ai déjà écrit ici : De la réactivité des ARS ou encore là :  Coupons des têtes !, je répète que je suis étonné, en dehors de tout parti pris politique, de voir le Président de la République parier sur cette vaccination dans le nouveau plan cancer.
 
S’étonner, douter, émettre des réserves ne signifie pas forcément être contre, encore moins mentir.
 
Voici encore une ou deux phrases tirées de l’avis (2) du HCSP sur la question :
 
« L’efficacité du vaccin Gardasil® sur le cancer invasif du col de l’utérus ne peut pas actuellement être démontrée puisqu’il existe un délai moyen d’au moins 15 ans entre l’infection HPV et la survenue d’un cancer. En revanche, l’efficacité des vaccins contre les papillomavirus humains peut être évaluée de manière indirecte par la prévention des lésions cervicales de haut grade (CIN2/3) qui font suite à l’infection (si le virus n’est pas éliminé) et précèdent le stade de cancer invasif. »
 
« De nombreuses études randomisées contrôlées ont été mises en place par la firmeen vue de l’autorisation de mise sur le marché.» (ce qui est important à remarquer est en gras et souligné par mes soins).
  
A la lecture de ces phrases, il me semble que dire aux patientes qu’il s’agit de la vaccination contre le cancer du col n’est pas une information loyale et claire. Elle le deviendra peut-être, mais à ce jour, elle ne l’est pas. Ensuite, les études prises en références par le HCSP ont été mises en place par la firme. Je n’en conclus rien, mais c’est intéressant et important à savoir… C’est tout.
 
Je pense que le doute est donc permis et difficilement sanctionnable…
 
Pourtant, lorsqu’un médecin exprime des doutes et des critiques contre un ardent défenseur de cette vaccination comme ce fut le cas ici sur le blog d’Hippocrate et Pindare, le rouleau compresseur se met en marche. Le médecin se fait rapidement étriller par la rédactrice en chef d’un site dit « spécialisé » au nom incroyablement pompeux de Journal International de la Médecine. Ouais, carrément ! Il suffit pourtant de gratter un peu et de lire la réponse du berger à la bergère : Qui désinforme vraiment ? pour s’apercevoir que le sérieux et la rigueur de ce site sont discutables. Malgré sa renommée apparemment et ouvrons bien les guillemets « internationale », je ne connaissais pas ce site qui comme d’autres possède à mes yeux deux intérêts majeurs. Le premier est de permettre d’observer les rouages de la promotion des produits de l’industrie pharmaceutique, ce genre de sites étant bien souvent à la botte des laboratoires même si leurs membres affirment la main sur le cœur être complètement indépendants, choses qu’ils pensent sans doute, je ne remets pas en cause leur sincérité.
 
Mais le second intérêt est finalement bien plus important pour chacun d’entre nous. Il est à découvrir ci-dessous en image :


 
 
(le JIM n’étant publié qu’en version numérique, il suffit d’en imprimer une ou deux pages selon l’importance de la commission quotidienne et ça devrait faire l’affaire. Pensons à la planète.)
 
 

Venons-en désormais au Professeur Vallancien qui sur son blog hébergé par le site du Monde titre son billet du 4 avril : « Gardasil, la pétition mensongère ».
 
J’ai apparemment plus ou moins utilisé les mêmes références que lui pour écrire ce billet, mais nous n’en avons pas sorti les mêmes phrases. Le résultat final est donc différent. Le fond comme la forme de son billet m’ont noyé d’informations plutôt indigestes et me laissent le goût d’une certaine précipitation. Je reconnais avoir l’impression que monsieur le Professeur jette toutes ses armes pour sauver le soldat Gardasil très légèrement non pas mis à mal mais mis en doute au plus grand désarroi du Général Sanofi-Pasteur-MSD. Cela est relativement intéressant quand on sait que c’est ce genre de leader d’opinion qui va user ses fonds de culotte sur les fauteuils cossus du ministère de la santé pour souffler de bons conseils aux oreilles des ministres qui s’y succèdent.
 
En toute confraternité, même si je sais qu’il n’est pas toujours aisé de décrocher d’un métier exercé consciencieusement et avec passion, à plus de 68 ans, n’est-il pas temps pour lui de profiter d’une belle et douce retraite ? Et d’aller par exemple s’exercer à la pétanque ? Les boules, j’imagine qu’un professeur d’urologie, ça doit toucher. Tiens, je suis prêt à l’y inviter pour une jolie partie à l’ombre des platanes de la place de mon village peuchère ! A condition qu’il soit bon joueur et ne me soupçonne pas sans cesse de « turqueries malsaines » au cas où je venais à gagner la partie.
 
Pour résumer une fois de plus et avec plus de sérieux l’histoire du Gardasil, il ne s’agit pas d’être aveuglément pour, ni obstinément contre, il s’agit simplement d’obtenir plus de clarté pour à mon sens pouvoir respecter l’article 35 du code de déontologie médicale sus-cité. Pas de quoi en faire tout un fromage si ?


Quant aux procédés utilisés par le camp des promoteurs effrénés, il n’y a rien de très innovant. Un médecin charismatique largement médiatisé donne son avis musclé du haut de la pyramide. Quelques porte-voix peu talentueux aux compétences à vérifier relaient la parole en profitant au passage pour décrédibiliser la partie adverse qualifiée d’anti-progrès, laissant insidieusement planer le doute sur des mouvances limite sectaires. Et en voiture Simone, le tour est joué. Il suffit d’aller disséquer dans les confins de l’histoire comme dans certains événements plus récents pour vérifier que le procédé ne fait que se répéter de façon certes moins barbare de nos jours. Je parle ici seulement des procédés et ne veux surtout pas sous-entendre que l’affaire du Gardasil si affaire il y a se terminera de la même façon. Mais un lointain parallèle avec des faits passés me semble intéressant et les plus curieux pourront aller les disséquer :

-Fort heureusement, il n’est par exemple plus possible de nos jours de condamner au bûcher des médecins accusés de sorcellerie comme ce fut le cas sous l’Inquisition, alors que ceux-ci ne cherchaient qu’à comprendre et à expliquer.

 
-Les hypothèses de Semmelweis sur l’origine de la fièvre puerpérale rencontrèrent les plus vives critiques et hostilités de la communauté médicale, il aurait probablement lui aussi eu droit à la condamnation au bûcher sous l’Inquisition.

 
-Le lynchage et les attaques subis par Irène Frachon lors de la mise en lumière des effets du Médiator est un exemple parlant et récent à méditer.
 
-Même s’il profère régulièrement des propos peu élogieux sur ses confrères généralistes, rappelons-nous de l’alerte du Dr Patrick Pelloux lors de la canicule de 2003, et la légèreté du GRAAAND PROFESSOR DE PEDIÂÂÂTRIE MATTEI, alors ministre de la santé à l’époque où l’on pensait encore qu’un ministre de la santé était utile… Il ne s’agit pas ici de disséquer un procédé mais plutôt de rappeler que même un professeur de médecine aux fonctions honorables et au CV intimidant peut parfois se révéler un peu light au point de faire pschitt !
 
Il y aurait encore bien d’autres exemples à citer, mais ceux-ci me semblent emblématiques et méritent d’être disséqués. Bonne dissection ! Cela permettra peut-être à tous de conserver la tête froide, bien ancrée sur ses épaules, pour œuvrer dans le même sens…

(1) Avis de la commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé sur le GARDASIL (20/03/2013)
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2013-04/gardasil_modif_population_cible_avis2_ct_12747.pdf

 (2) Le vaccin Gardasil® et la stratégie de prévention globale des cancers du col de l’utérus : Avis et rapport du HCSP du 21/10/2011 http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=231


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COUPONS DES TÊTES !

 

En lisant le blog d’un confrère, je découvre dans son dernier billet qu’un « grand nom » de la médecine, Officier de la Légion d’honneur ainsi que de l’Ordre National du Mérite s’offusque contre des médecins signataires d’une pétition. Monsieur le Professeur va même jusqu’à se demander s’il ne serait pas possible de les poursuivre.
 
Étant moi-même signataire de cette pétition, je me sens évidemment quelque peu visé par ses propos que l’on pourrait qualifier de méprisants, arrogants, humiliants, etc… Mais autant s’arrêter là puisque rien ne sert d’envoyer des noms d’oiseaux par écrans interposés et surtout, nous sommes soumis au respect de la confraternité…
 
Alors posons calmement les choses. La pétition concerne la vaccination contre le Human Papillomavirus (HPV), souvent raccourcie à la vaccination contre le cancer du col de l’utérus. Pour ne pas polémiquer stérilement et éviter toutes peurs inutiles, un article très éclairant sur cette vaccination est disponible sur le site Atoute du Dr Dominique Dupagne.
 
En voici la conclusion :

Tout ce que l’on peut dire actuellement du GARDASIL et du CERVARIX se résume ainsi « Ce vaccin procure un bénéfice très faible, s’il existe, et expose à un risque très faible d’accident grave, s’il existe »
Il me semble que c’est peu pour justifier un tel battage publicitaire et une dépense de 400€ pour 400 000 jeunes filles tous les ans (160 millions d’euros). Une telle somme aurait peut-être été mieux utilisée en organisant au niveau national le dépistage par frottis, qui a fait ses preuves.

 
La fameuse pétition incriminée, même qualifiée de « pétition d’horreur » (consultable ici) demande la mise en place d’une mission parlementaire sur l’opportunité de cette vaccination.
 
En signant cette pétition, on peut vite être caricaturés en « anti-vaccin », « anti-progrès », et même pourquoi pas être « pour le cancer du col », hein pendant qu’on y est pourquoi pas aller jusque-là…
 
Me concernant, j’ai tout simplement signé cette pétition car j’ai besoin d’être éclairé sur le sujet, donc d’être éclairant pour les patients. J’ai d’autant plus besoin d’être éclairé que, bien que persistent des zones d’ombre plus sur l’efficacité que sur la dangerosité du vaccin, le Président de la République en personne l’a inscrit comme une priorité du plan cancer annoncé récemment. J’avoue avoir été très étonné par cette annonce. Alors l’idée de mouiller les politiques jusque sur leur terrain en demandant une mission parlementaire m’a plutôt séduit.
 
Quelque chose m’a peut-être échappé, mais je ne vois vraiment pas pourquoi le médecin qui a courageusement lancé cette pétition ainsi que tous les signataires devraient être poursuivis.
 
Le « grand professeur » se posant cette question a pour atout un CV bien fourni, mais comme on dit : l’habit ne fait pas le moine… Un temps chargé de diverses missions ministérielles, cela l’autorise probablement à défendre les recommandations quand celles-ci l’arrangent comme ça semble être le cas pour la vaccination contre le HPV, tout en les dénigrant avec vigueur quand elles ne vont pas dans son sens, comme c’est le cas pour le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA. Ce virtuose du grand écart peut donc élégamment poser la question de la sanction de ses confrères qui eux se posent la question de la clarté.
 
Sanctionner le questionnement, annihiler la réflexion, faire de certains grands pontes des distributeurs de dogmes à ne surtout pas contredire mais à faire appliquer par de pauvres petits médecins lobotomisés, c’est tuer la démocratie.
 
Cette façon de faire et de penser ne peut-elle pas mener loin, très loin, très très loin ?

 
 
Dans un élan de colère rendant souvent maladroit, j’avais initialement mis ici la photo d’un lieu peu avenant. Mais mon propre malaise ainsi que la sagesse de certains de mes confrères m’ont décidé à m’autocensurer.

Rien ne sert de caricaturer à outrance, ne prenons pas les défauts de certains, restons sereins et débattons confraternellement.
 
 
Ou alors, demandons-nous si les différents scientifiques venant tout récemment d’émettre de nouvelles réserves sur l’efficacité de ce vaccin ne devraient pas être poursuivis pour avoir fait leur métier en se questionnant…
 


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