Archives de catégorie : famille

Remise des prix de l’AISS. La CNAF primée pour son offre globale de service aux familles

Jeudi 30 mai 2013, à l’occasion du Forum européen de l’Association internationale de Sécurité sociale (Aiss) qui s’est tenu à Istanbul, la Caisse nationale des Allocations familiales a reçu un certificat de mérite de bonne pratique de Sécurité sociale pour son offre globale de service aux familles. Ce projet qui figurera en position stratégique dans la future COG en négociation avec l’Etat, s’appuie sur le souci de mieux articuler la … Continuer la lecture

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Mémoire (2)

« Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », dit un proverbe africain.

J’ai deux ans. Mes parents travaillent et mon grand frère va à l’école. Je passe mes journées chez une nounou. Ce n’est pas une bonne nounou. Elle crie. Elle cogne. Elle attache les enfants à la table pour aller faire tranquillement ses courses.
Les bleus sur mes jambes? « La petite est tombée. »
Les traces aux poignets et aux chevilles? « Les marques de chaussettes, les élastiques… »
Mes hurlements tous les matins en arrivant chez elle? « Pfff, quelle comédienne cette enfant! »
Finalement, la chute du lit parental pendant une sieste me sauvera de cette folle. Médecin, hôpital, trauma crânien, clavicule fracturée depuis… Plusieurs jours… Tu m’étonnes que je pleurais, j’avais mal! La suspicion des médecins, la honte de mes parents, de n’avoir rien vu, de passer pour des tortionnaires. Finalement il n’y aura pas de plainte, c’est la femme d’un collègue alors… Alors voilà.
Je n’ai aucun souvenir d’elle. Je ne connais même pas son nom. Si je la croisais dans la rue je serais sans doute incapable de la reconnaître. Si elle était encore nounou je lui confierais peut-être Georges… Sans savoir.
Ceux qui savent sont morts. Et moi je reste avec mes questions. Qui? Comment? Où? Et surtout, pourquoi?

J’ai trente-six ans. Je trie les photos retrouvées chez mon père. Des visages, des lieux, encore des visages.
Photo carrée en couleurs. Là, dans ce jardin ensoleillé, ce sont mes parents. Vacances à Vindrac, ma grand-mère habite l’appartement au-dessus de la mairie. La piscine gonflable, la bouée canard, le petit banc orange. Souvenirs d’enfance, de vacances.
Photo de classe. La gamine timide qui regarde ailleurs en tirant sur la manche de son pull, c’est moi.  Adolescence.
Portrait en noir et blanc. Ce beau jeune homme en uniforme, c’est mon grand-père. Regard ténébreux, belle prestance, pas étonnant que ma grand-mère en soit tombée amoureuse. Mais au fait, comment se sont-ils connus?
Photo jaunie aux bords dentelés. Une vieille dame entourée d’enfants. Je ne reconnais ni les visages ni la maison.

Des photos, par dizaines, par centaines. Des albums, des cadres, des jolies pochettes de studio. Et des visages, plein. Et derrière ces visages, des histoires. Des histoires que je ne connais pas. Des histoires d’amour, des histoires de voyages… Des histoires connues de mes parents, de mes grands-parents. Mais tout le monde est mort, tout le monde a oublié.
Je regarde ces visages que je n’ai pas connus, ces maisons dans lesquelles je n’ai jamais mis les pieds, ces couchers de soleil sur des plages que je n’ai pas foulées.
Des souvenirs qui ne m’appartiennent pas, et dont je suis pourtant dépositaire.

Faites parler vos parents.  Recueillez leurs souvenirs. Faites votre arbre généalogique avec eux. Regardez ensemble les photos de leur jeunesse.

Leurs histoires, c’est votre histoire. Continuer la lecture

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1000 kilomètres

L’an dernier, mon anniversaire, c’était tout pourri.
Je perdais mon boulot, mon père était hospitalisé, et je n’apprenais ces deux nouvelles que le lendemain. Forcément, les mois qui ont suivi, c’était pas génial non plus. Bon ok, Georges est né, et ça c’était merveilleux. Mais à part ça… Bref, 2012, à part la naissance de baby boy, c’est pas franchement une année à retenir. Alors bon, j’ai attaqué 2013 pleine d’espoir.  Cette année sera mon année, qu’on se le dise! Le concours d’aide-soignante, c’est fait. Le boulot… euh… c’est pour bientôt. Les enfants, ça va, merci. La maison, euh… bon, joker! La famille, ça va. Oh, quelques petits soucis de temps en temps, on vieillit hein, comme tout le monde, mais globalement ça va. Du coup, cette année, mon anniversaire sera un jour de fête, avec un gâteau, des bougies et des cadeaux. Et même, cerise sur le gâteau, on sera en voyage, et ça s’annonce plutôt sympathique.
Trois jours d’expo pour le boulot de mon mari, deux jours de voyage, deux jours de détente, et au milieu de ça quelques rencontres, des découvertes et des retrouvailles, tout ce que j’aime. Une petite semaine de virée en famille, papa maman et les enfants, les beaux-parents s’occuperont des poissons rouges en notre absence.
Les expos, c’est crevant, il faut occuper les enfants toute la journée, discuter avec les clients, charger/décharger la voiture matin et soir… C’est crevant mais c’est chouette, surtout quand on s’arrange pour retrouver des amis le soir et refaire le monde autour d’une bonne table. Le soir, on rentre et on se couche, complètement nazes, il faut vite dormir pour attaquer la journée d’après.

Pendant ce temps, à 1000 kilomètres de là, un monsieur sent sa poitrine se serrer. Douleur thoracique, douleur au bras gauche, forcément ça fait tilt, surtout quand on se sait cardiaque, surtout quand on sort de l’hôpital affaibli par une vilaine infection, surtout quand on n’est plus tout jeune.

Nous, on dort, on ne sait pas.

Pendant ce temps, une épouse inquiète appelle le Samu. Une ambulance arrive, le vieux monsieur part avec.

Nous, on dort, peut-être même qu’on rêve, qui sait?

Pendant ce temps, aux urgences, un monsieur est en train de mourir.

Nous, on dort encore, mais le réveil va bientôt sonner, on a décidé de se lever tôt pour faire un peu de tourisme. Amélie veut aller en Allemagne, je veux voir des cigognes, on va essayer de se faire une jolie petite balade.

Pendant ce temps, un médecin appelle l’épouse inquiète, il faut venir, ça va mal. Les médecins ne disent jamais la vérité au téléphone, c’est bien connu.

Nous, on est réveillés par un appel de belle-maman. Beau-papa va mal, on rentre.

À ce moment précis, nous ne savons pas grand-chose. Crise cardiaque et urgences, c’est tout.
On se prépare, et on explique à Amélie que son grand-père ne va pas très bien et qu’on préfère rentrer au ça où. Au cas où quoi?
1000 kilomètres, c’est beaucoup. D’habitude on est à côté, nos maisons sont dans le même village, on se voit presque tous les jours. Mais aujourd’hui, on est loin. Si loin que la situation nous semble presque irréelle. J’essaie même de rappeler belle-maman, pour « avoir des nouvelles ». Parce que non, en vrai, beau-papa va forcément bien, il vient de survivre à un staphylocoque doré, c’est pas une petite crise cardiaque qui va lui faire peur! Et puis oh, attends, il est aux urgences, y a plein de médecins, plein de machines super sophistiquées, et puis son coeur il a beau avoir 80 ans, c’est un coeur de super héros, le coeur d’un homme qui a piloté des avions et a survécu à un cancer!
Alors, tout en préparant les valises, j’attends. J’attends que belle-maman me rappelle. Mais mon téléphone reste désespérément muet, et le sien est sur répondeur. Alors mon mari appelle l’hôpital, qui lui passe les urgences, qui lui passe quelqu’un, qui lui passe quelqu’un d’autre, qui appelle le médecin, qui lui passe sa mère. Et pendant qu’on attend, on comprend. On comprend que quand l’hôpital dit de venir, c’est qu’il est déjà trop tard. On comprend que belle-maman est à 1000 kilomètres, seule, avec son mari qui est mort. On comprend qu’on n’a plus de papa, plus de beau-papa, plus de grand-père. On comprend qu’il va falloir l’annoncer à Amélie. On comprend qu’il va falloir rouler 1000 kilomètres avec 1000 questions, 1000 souvenirs, 1000 douleurs.
On comprend aussi que finalement, 2013 sera aussi merdique que 2012.
Et, très égoïstement, je comprends aussi que cette année, mon anniversaire sera tout pourri.

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Le Président de la Caisse maritime s’inquiète pour le devenir de cet organisme

A l’heure où la CNAF s’apprête à signer sa Convention d’objectifs et de gestion, l’Etat souhaite étudier le transfert des allocataires marins vers les Caf de leur lieu de résidence. « Les problématiques que connaissent les familles de marins (isolement des femmes, variation des revenus en lien avec la pêche, incertitude et fragilité économique.) ne seraient plus prises en compte », prévient la Caisse maritime dans un communiqué. … Continuer la lecture

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Pourvu qu’en la Médecine Générale encore tu crois

Par Bacchus, si le verre à moitié vide, toujours tu vois, Alors, La médecine omnipraticienne que tu pratiques te déçoit. Ridiculisé par l’obligation de la mention manuscrite « non substituable » Dévalorisé dans tes actes par une tarification déraisonnable, Investir dans un … Lire la suite Continuer la lecture

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Inférieur à 3 ?

Quand dans mon texto je demande à ma fille « Quand penses tu… » que ma fille dans son texto en retour m’écrit « 2min », que je lis « 2 minutes » au lieu de « demain », … je lui envoie malgré tout plein de  » … Lire la suite Continuer la lecture

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Tomber dans le panneau

Pour être admis en unité de soins palliatifs, il existe une règle à laquelle on ne peut a priori pas déroger. Cette règle est la suivante: le patient ne doit plus être « activement » traité contre sa pathologie. Cette mesure est … Lire la suite Continuer la lecture

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Robots gériatres

Avec les transitions et les carences familiales, les personnes âgées n’ont désormais plus que deux choix de lieu de vie : leur domicile ou les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD). Les avantages des EHPAD étaient la surveillance et … Continuer la lecture Continuer la lecture

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99 ans

Qu’est-ce qui m’arrive?

J’ai quatre ans. Ma mère pleure. Mes parents m’avaient dit qu’un bébé allait arriver. Maman avait un gros ventre et elle souriait beaucoup. Et puis hier, elle a arrêté de sourire. Elle a crié, beaucoup. le docteur est venu dans la soirée. J’étais dans ma chambre et je ne dormais pas, j’entendais ma mère crier. Et subitement il y a eu un grand silence. Ma mère ne criait plus. Elle pleurait, et mon père aussi. Le docteur est reparti. Le lendemain matin le ventre de maman était moins gros. J’ai demandé si le bébé était arrivé. « Oui et non ». Maman a passé une semaine au lit à pleurer, papa est retourné travailler. Je n’ai pas eu de petit frère.

J’ai soif. Bon Dieu que j’ai soif!

J’ai dix ans. Papa n’est pas rentré du travail. Le voisin est venu nous voir, il nous a parlé d’un accident. J’ai pas très bien compris. Maman pleure. Mamie aussi. Moi je ne sais pas ce que je dois faire, parce qu’on ne me dit rien. Je crois qu’il faut que je pleure aussi.

Si seulement je pouvais enlever cette barrière! Il faut que j’aille aux toilettes et je suis prisonnière de mon lit!

J’ai 15 ans. L’école est loin derrière moi. Maman travaille beaucoup mais son salaire ne suffit pas pour toute la famille, alors il faut bien que j’aille à l’usine moi aussi.

Mais pourquoi personne ne vient? Tout le monde dort? Si seulement je pouvais appeler. Cette fichue voix qui est partie depuis des années.

J’ai 20 ans. Je viens d’épouser Robert. C’est un bon garçon, gentil et travailleur. Maman l’aime beaucoup, elle trouve qu’il ressemble un peu à papa.

Trop tard, je me fais dessus. Je suis trempée. Je me sens sale.

J’ai 25 ans. Nos filles sont les plus jolies du village, foi de maman! Mais deux enfants, c’est du travail. Robert voudrait un fils. On va essayer encore.

Encore trois heures avant l’arrivée de l’infirmière. Trois heures avec cette humidité collée aux fesses. Impossible de me rendormir.

J’ai 32 ans. Quatre filles et un garçon, on pourra dire qu’il s’est fait désirer celui-là! Deux garçons en fait. Mais le petit Charles n’a pas vécu très longtemps, le premier hiver a eu raison de sa santé fragile.

Ma voisine est réveillée, j’entends sa radio. Je renonce définitivement à mon sommeil.

J’ai 45 ans. Je viens d’enterrer maman. Elle a passé sa dernière année de vie avec nous, à la maison. « Une longue maladie » comme on dit. Une sale maladie. Finalement sa mort est presque un soulagement. Elle était tellement fatiguée!

L’infirmière arrive enfin. Dommage qu’elle commence sa tournée par le début du
couloir.

J’ai 58 ans. Les enfants ont quitté la maison. Ils sont tous mariés, sauf Marie. Mais Marie, c’est différent. Elle a fait des études, elle n’avait pas le temps de trouver un mari. Mais maintenant, ça va, elle a un métier, elle va pouvoir se trouver un gentil garçon.

« Vous avez encore fait pipi au lit mamie? » Je déteste cette bonne femme. D’une part je ne suis pas sa mamie, d’autre part inutile de me rappeler ce que j’ai fait, je le sais très bien, merci!

J’ai 70 ans. Robert et moi venons de fêter nos noces d’or. On a fait une belle fête, avec les enfants et les petits-enfants. Le petit Adrien n’a que quelque mois et c’est le portrait craché de son père au même âge. Je pensais que Marie aurait profité de l’occasion pour nous présenter quelqu’un mais non. Elle dit qu’elle est bien comme ça, toute seule.

Et voilà, elle m’a encore collée dans ce maudit fauteuil devant la télé à fond. Elle le sait, pourtant, que je préfère rester dans ma chambre le matin. « Il faut voir du monde mamie, vous allez pas rester toute seule quand même? » Et si j’ai envie d’être seule moi? Et si j’ai pas envie d’être bloquée devant un écran que je ne vois même pas à écouter beugler les animateurs toute la journée?

J’ai 74 ans. Robert n’est plus là. Un matin, il ne s’est pas levé, il était mort. Aussi simple que ça. 54 ans de vie commune. 6 enfants, dont 5 vivants. 9 petits-enfants. Une vie bien remplie, comme dit ma voisine Louisette. Et maintenant, une vie sans lui. Vide. Les petits-enfants viennent de temps en temps, surtout pendant les vacances. Mamie-gâteau mamie-nounou, c’est bien commode. Le reste du temps, je ne vois pas grand-monde.

Quelle heure peut-il bien être?

J’ai 78 ans. Marie s’inquiète pour moi. Elle trouve que je ne mange pas assez, et puis le ménage, ça devient difficile non? Elle me parle d’aide-ménagère et d’infirmière. Si ça peut lui faire plaisir, pourquoi pas? Mais je ne vois pas ce qu’elles vont faire, je me débrouille très bien toute seule. Louisette a une femme de ménage, il parait qu’elle est bien. Marie va lui demander si elle pourrait aussi venir chez moi.

Qu’est-ce que c’est que ça? Ça a vaguement le goût de carotte mais ça n’en a pas la consistance. Et cette mégère qui veut faire entrer la cuillère de force, elle ne voit donc pas que j’en ai encore plein la bouche?

J’ai 82 ans. Je regarde Véronique s’affairer dans la cuisine. Elle renifle. Je crois que la mort de Louisette l’a beaucoup affectée, elle l’aimait bien malgré son caractère difficile. Les petits-enfants ne viennent plus. Ils ont grandi eux-aussi, la vieille mamie-nounou est devenue trop ennuyeuse. Quant aux enfants, ils ont leur vie comme ils disent. Heureusement que Marie n’habite pas très loin, elle passe tous les dimanches.

Quelle heure est-il? La mégère a décrété que je n’avais pas faim et ne m’a pas donné de dessert. C’est juste que je n’aimais pas la purée. Mais forcément, quand on ne peut pas parler…

J’ai 87 ans. L’an dernier je suis tombée dans la rue. Oh, rien de grave, mais il a quand même fallu appeler les pompiers, je ne pouvais plus me relever. L’ambulance, l’hôpital, Marie qui venait me voir tous les jours. Je suis restée deux semaines, tout le monde était très gentil. C’est Marie qui est venue me chercher à la sortie, mais elle ne m’a pas ramenée à la maison. Elle m’a amenée ici, à la « résidence du chêne », et elle m’a dit que c’était ma nouvelle maison désormais, que c’était mieux comme ça, que je n’allais plus être toute seule. Elle m’a montré ma chambre, mes nouveaux meubles, mes affaires pliées dans l’armoire. Elle était contente d’elle, elle n’arrêtait pas de sourire. Elle me disait que j’allais être bien ici. Mais de quoi elle se mêle? Et ma maison? Et mes meubles? Et Véronique?

J’ai soif. Et j’ai envie d’aller aux toilettes. Et puis j’ai mal au pied. Et à la tête. Est-ce que quelqu’un pourrait éteindre cette fichue télé?

J’ai 92 ans. Les enfants ont vendu ma maison pour payer la maison de retraite. Ils ont gardé quelques meubles et ont donné le reste. Ils ont donné mon lit. Le lit que j’ai partagé avec Robert pendant 54 ans. Le lit dans lequel ils sont nés. Le lit dans lequel leur père est mort. Personne n’en voulait, alors ils l’ont donné. Ils ne m’ont rien demandé, à moi, leur mère. Normal, je suis une vieille femme qui ne parle plus depuis la mort de son fils. Le deuxième, celui qui avait survécu. J’ai trop pleuré et trop prié, les mots n’arrivent plus jusqu’à mes lèvres maintenant. De toute façon, je n’ai plus rien à dire.

Quelqu’un bouge mon fauteuil, ça doit être l’heure du goûter. Un café tiède et une compote, comme tous les jours. Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça?

J’ai 99 ans. 100 ans dans un mois. C’est l’effervescence à la maison de retraite. Pensez-vous, une centenaire, ici, c’est quand même la preuve qu’ils sont bien traités nos ptits vieux! Il y aura le maire, la gazette locale, et puis la famille, ça fera bien sur la photo!

Je suis fatiguée, tellement fatiguée. La compote ne passe pas. Je n’entends plus la télé, quelqu’un a enfin eu l’idée de l’éteindre. Tiens, je n’ai plus mal à la tête, c’est agréable. Mais qu’est-ce que je suis fatiguée tout à coup! Je vais dormir un petit peu. Juste un petit peu avant le repas, une petite heure, dans le fauteuil.

J’ai 99 ans. Ma vie a été longue, surtout la fin. Je n’aurai pas 100 ans. Continuer la lecture

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Madame Pasdbol

Si on l’écoute, Madame Pasdbol n’a jamais eu de chance. Sa mère ne l’a jamais aimée, sa famille en général non plus d’ailleurs. Son premier mari était un salaud. Ses ex-collègues étaient des feignasses incapables. Elle a eu d’incroyables maladies, toutes plus graves les unes que les autres, mais on n’a jamais su pourquoi, et puis ses parents ne l’ont jamais vraiment soignée. Elle était douée à l’école mais sa mère n’a pas voulu qu’elle fasse des études. Elle est restée un an dans le coma. Ça fait quatre mois qu’elle n’a pas pris un repas chaud. Les enfants de son deuxième mari, décédé il y a peu, sont de vils profiteurs. En plus ils la rejettent et ne sont pas gentils avec elle. Et puis ils la traitent d’alcoolique, c’est même pas vrai d’abord. Sa maison est beaucoup trop petite, elle n’aurait jamais dû emménager ici. Mais elle n’avait pas le choix, l’ancien proprio faisait tout pour la mettre dehors. Les chiens salissent tout, impossible de faire le ménage, et puis de toute façon elle a mal au genou. Elle est loin de tout, elle ne connaît personne, elle est toute seule. Sa voiture est une épave, la faute aux autres conducteurs qui lui rentrent dedans et aux places de parking ridiculement trop petites. Elle a plus d’argent, la maladie de son mari lui a coûté cher. Elle va pas bien, elle déprime, elle est fatiguée.
Bref, Madame Pasdbol est une pauvre femme malheureuse qui ferait pitié à n’importe quelle auxiliaire de vie débutante.

Oui mais non. Je suis pas une débutante, on ne m’a pas comme ça!
Reprenons. Il y a un mot qui doit mettre la puce à l’oreille.
« Alcoolique »
Ce n’est pas anodin. Ce n’est pas « malade », « vieux » ou « handicapé ». C’est « alcoolique ». Dépendante à l’alcool. Sur la courbe du U de Jellinek, elle est en bas. Presque tout en bas. Elle ne touche pas encore le fond, mais au rythme où vont les choses, ça ne saurait tarder.
Aucune empathie de ma part, je n’y arrive pas. Son histoire, que dis-je, ses histoires, je n’y crois pas. Elle me parle de sa famille qui la rejette, je ne vois que sa bouteille de rouge négligemment posée par terre. Elle se plaint de ses problèmes d’argent, je regarde le salon en cuir pour lequel elle s’est lourdement endettée. Elle pleure sur sa santé défaillante, je détourne le regard de son cendrier qui déborde.
Tout chez elle n’est que plainte. Jamais satisfaite, jamais heureuse. Elle ne semble se réjouir de rien.
Mon empathie reste planquée au fin fond de mon sac à main. Pire, Madame Pasdbol m’est antipathique. Forcément, j’ai du mal à avoir une relation « normale » avec elle. Parce que je suis toujours sur la défensive. Parce que je ne sais jamais si je peux, si je dois la croire. Parce que la situation m’échappe. Parce que quoi que je dise, quoi que je fasse, ça n’ira pas. Parce que quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, je ne lui fais pas confiance. Parce qu’elle est comme ça. Elle n’est pas méchante. Elle n’est pas menteuse. Elle est alcoolique. Et les alcooliques, j’aime pas. J’y peux rien, c’est viscéral, c’est plus fort que moi. J’aime pas, voilà.

Dieu merci, je ne suis pas son auxiliaire de vie. Je suis juste sa belle-fille. Juste la fille de son second mari, celui qui est mort. J’essaie de garder un lien minimum avec elle, pour Amélie, pour Georges, pour la mémoire de mon père. Mais pas pour moi.
Ma mère était alcoolique. Elle est morte. Mon père était alcoolique. Il est mort. Ma belle-mère est alcoolique. Désolée, j’ai déjà donné. Continuer la lecture

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Exocytose

« L’appareil de Golgi participe activement au processus de sécrétion c’est-à-dire au processus qui procède à la libération des produits finis hors de la cellule qui les a produits. L’appareil de Golgi sert d’organe de traitement, d’entreposage et d’emballage des produits de sécrétion fabriqués au niveau du réticulum endoplasmique rugueux, ceci jusqu’à ce que la cellule […] Continuer la lecture

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Short Message Service

Aujourd’hui, le SMS fête ses 20 ans. Je profite donc de cet anniversaire pour vous livrer un « billet-sms ». Trois mois de textos échangés avec mon frère, trois mois de petits messages décousus, entrecoupés de coups de fil et de longues discussions à la cafétéria de l’hôpital. Trois mois de présence fraternelle, trois mois pour notre père, mais aussi trois mois pendant lesquels il a quand même fallu faire attention aux autres vivants, les enfants, les conjoints, la famille, les amis. Trois mois pour lui et pour eux, trois mois pour nous, trois mois pour préparer sa mort. C’est peu et beaucoup.

Il manque des messages, je n’ai pas tout gardé, je ne pensais pas en faire un billet. C’est après en avoir discuté avec Éric que l’idée m’est venue. Ce sera donc un billet à quatre mains, co-textoté avec mon frère.

D’ailleurs, lui aussi raconte des choses, c’est par là : http://derniertrain.blogspot.fr/

Bonne lecture.

mercredi 2 mai
11h17
Moi : Qui est-ce???
11h21
Moi : Désolée, j’avais pas reconnu ton numéro! Tu as eu Christiane au tel? Bises.
11h36
Moi : OK, je viendrai te chercher
12h02
Moi : Ok.

jeudi 3 mai
16h31
Moi : Non, j’appelle ce soir. Jacques et Nadia seront là demain.

mercredi 9 mai
16h02
Moi : J’arrive vers 17h.

jeudi 10 mai
13h54
Moi : Tout s’est bien passé? Vous avez trouvé un ordi?

lundi 14 mai
9h41
Moi : Chimio? Appelle entre midi et deux si possible, là je pars. Bises à tous.
16h56
Moi : Et si le Dr Cancer appelle lui-même pour les engueuler?
17h02
Moi : OK, billet retweeté, donc oui, j’ai aimé. 🙂
21h11
Moi : 🙂 Trop crevée pour appeler, peux-tu embrasser tout le monde pour moi?

mercredi 16 mai
15h04
Éric : Peut-être une fibro sous anesthésie générale vendredi. Et de toute façon pas d’hospitalisation à Clinique Onco sans fibroscopie. C’est le serpent qui se mord la queue.
15h15
Éric : Tu peux rappeler?

mardi 22 mai
14h29
Éric : Viens direct à l’hôpital. Bises.

mercredi 23 mai
14h22
Moi : Vous êtes où? Hôpital?
14h57
Éric : Non, toujours en vadrouille. On y sera vers 16h00/16h30.
15h29
Moi : Ok. J’ai acheté les lunettes.

jeudi 24 mai
11h35
Éric : Coucou. On rentre. On mange avec vous. Bises.

vendredi 22 juin
11h02
Éric : Coucou 🙂 Bienvenue à Georges. Profite bien. Bisous.

mercredi 4 juillet
14h11
Éric : Peux-tu prendre des chaussons pour papa?
14h14 
Moi : Ok
14h16
Éric : + serviette de bain.
15h34
Éric : Coucou, que penses-tu de l’idée que j’aille chercher Amélie ce soir ou demain matin?
16h23
Moi : On est dans la chambre.
16h24
Éric : Ok, je remonte.

jeudi 5 juillet
13h26
Éric : Coucou, tu penses venir pour quelle heure? Mon RV est reporté à demain.
13h33
Moi : 16h à peu près. Finalement je fais l’aller-retour, je dors chez moi.
13h34
Éric : Ok.
13h44
Éric : On se verra peut-être pas alors. J’y vais maintenant, et Marie vers 16h00.
14h51
Moi : Ok, on se voit demain. Bises

vendredi 6 juillet
13h40
Moi : Comment s’est passé le RV? Nuit très courte, je serai là en fin d’aprem. Bises
13h41
Éric : Je te raconterai de vive voix. On y sera vers 16h.
16h11
Moi : Je pars de chez moi.
16h32
Éric : Je t’attends au café.

dimanche 8 juillet
9h49
Moi : J’arrive vers 16h. Bises.
9h50
Éric : Ok. Préviens-moi quand tu pars, ce sera plus simple.
16h01
Éric : Babeth, t’es encore chez toi?

lundi 9 juillet
13h06
Éric : Coucou. Les enfants ont envie de voir Amélie cette semaine. C’est possible qu’elle vienne? Je pense qu’on ira au mobil home car c’est pesant à la maison.
13h56
Moi : Oui, c’est faisable. Tu seras à quelle heure à l’hosto? Finalement je dors chez moi car j’ai un RV demain. Bises.
13h57
Éric : Je vais y aller là. Marie reste car le voisin ramène la tondeuse… et puis elle cuve.
15h44
Moi : Je pars de chez moi.
15h44
Éric : Ok. Je t’attendrai en bas.

mardi 10 juillet
10h48
Éric : Babeth, peux-tu m’envoyer par mail une photo d’Amélie et Georges? Si t’es ok, je fais un envoi à Caren de la part de papa. Il a envie de lui montrer ses petits enfants.
10h50
Moi : Tu peux prendre celle que j’avais mise sur facebook, j’en ai pas d’autre.
10h52
Éric : Ok.

mercredi 11 juillet
15h55
Moi : Je pars de chez moi.
15h58
Éric : Ok.

jeudi 12 juillet
16h48
Éric : Marie est ok pour qu’Amélie vienne. Du coup, je peux passer ce soir, ou demain matin, et on va probablement migrer au mobil home. Dis-moi quand c’est possible pour toi. Bises.
18h41
Éric :HAD prévue pour demain après midi. On attend la validation par Docteur Chef.
19h13
Moi : Amélie n’est pas envcore rentrée, donc pas ce soir. Je t’appelle vers 21h, ça ira?
19h15
Éric : En théorie oui. Je reste jusqu’à la visite de Docteur Chef. Je te textote dès que je suis dispo.
19h16
Moi : Ok, là de toute façon on est en pleine tétée 🙂
20h00
Éric : HAD validée. Docteur Blondie avait oublié les vitamines depuis que papa est de nouveau entré au mfad… Quelle conne!
20h58
Éric : Dispo je suis.

samedi 14 juillet
15h55
Éric : Coucou Babeth. Mission pour toi : ramener les lunettes d’Amélie + barbie avec casque rose (devant la porte de la chambre). Par le plus grand des hasards, Rodolphe a-t-il une tondeuse à barbe et un maillot de bain? Si oui, accepterait-il de me les prêter? Bises.
18h27
Moi : Trop tard, je suis en route.

mardi 17 juillet
16h01
Éric : Plage. Ta fille éprouve quelques difficultés avec les crabes… Tu penses aller à Gros Hôpital? En théorie, Marie était avec papa jusqu’à son transfert.
18h38
Moi : Oui, je vais à Gros Hôpital, je t’appelle ce soir. Bises
19h38
Moi : Bébés interdits en gastro 🙁
20h02
Éric : Dispo si tu veux appeler.
20h12
Éric : tu peux quand même essayer d’y aller et demander s’il est bien installé? Et voir à quelle heure est l’intervention?
20h17
Moi : Ok.
20h51
Moi : Chambre 112. Visites de 13h à 20h. Opération à 15h. Venez plutôt vers midi.
21h48
Éric : Ok pour midi. Élise et les enfants restent à la maison. Je serai avec Amélie et Marie.
22h05
Moi : Ok, nickel. Pensez à vous prendre des sandwichs. Bises.

mercredi 18 juillet
11h21
Éric : Cordon d’ordi récupéré.
11h22
moi : Ok, merci.
14h33
Éric : Babeth, tu peux aller chercher Marie (elle a pas ton numéro).
14h34
Moi : Ok
21h03
Éric : Babeth, je te laisse prendre le relais avec Marie pour gérer le médical. J’ai qu’une envie, partir et rentrer à la maison. Si je reste, je flingue Marie.

jeudi 19 juillet
9h11
Éric : Coucou Babeth. J’ai discuté avec Marie. Ça va mieux. Pour le moment on reste à la maison. On part en balade pour la journée… J’irai voir papa ce soir. Merci pour ta présence et ta réactivité hier soir. Bises

vendredi 20 juillet
11h41
Moi : Coucou. C’était bien la balade? Tu sais quand papa rentre à la maison? Bises
12h51
Éric : Je ne sais pas encore. Tu passes quand?
12h56
Moi : Vers 16 à l’hôpital. Tu y seras?
13h01
Éric : Oui.
16h01
Moi : Tétée ok, couche ok, départ maison. Bises.
16h01
Éric : Ok.

samedi 21 juillet
16h35
Moi : Top départ.
16h36
Éric : Ok.
19h37
Éric : Babeth, si t’es encore avec papa, demande-lui ce qu’il veut voir à l’océan.
19h40
Moi : Il sait pas encore, il réfléchit.
19h48
Éric : Ok. Dis-lui qu’on pense faire cette sortie mercredi.
19h49
Moi : Papa a choisi : l’océan indien 🙂
19h55
Éric : Heu, j’ai pas mon brevet de pilote. Mais ses cendres iront tôt ou tard là-bas.

dimanche 22 juillet
13h38
Éric : Rechercher les effets de l’Hypnovel. Y’a un article wikipédia sur la molécule midazolam.
13h44
Éric : Et notion de sédation en phase terminale.
14h40
Éric : Faudra que je reparte à 18h ce soir. Essaie de venir tôt pour qu’on puisse parler. Bises
14h50
Moi : J’ai lu l’article en question. Message envoyé à docmam, je verrai bien. Bises
16h25
moi : Top départ.
16h26
Éric : Ok.

lundi 23 juillet
11h10
Éric : Papa change encore d’avis. Il veut connaitre les avantages et inconvénients de la sonde dans l’estomac… Si ça vaut le coup ou pas…Et Docteur Blondie n’est pas là aujourd’hui, ce qui risque de décaler la sortie. Et papa veut que je sois présent demain matin quand Docteur Douleur passera le voir. Je suis épuisé, à bout.
12h09
Moi : Phase de marchandage. Contrairement aux apparences, papa n’est peut-être pas prêt à mourir.Nuit de merde. Comme toi je suis épuisée.Désolée, je viens pas aujourd’hui, pas le courage de conduire. Amélie a prévu des trucs avec ses grands-parents de toute façon. Je t’appelle cet aprem. Courage. Bises
12h17
Éric : J’ai pas reçu la fin de ton texto.
12h18
Éric : Ok. À demain alors.

mardi 24 juillet
10h28
Éric : Contretemps dans l’HAD. Docteur Blondie n’a rien validé ni transmis… et l’HAD ne reçoit qu’en fin de journée les nouvelles pompes car ils n’ont pas assez de matériel en ce moment.
11h02
Éric : On pense partir le 31 au plus tard. Et on reviendra vers le 13 août. Ça colle pour Amélie et vous?
11h34
moi : Oui, ça colle. Je serai à l’hôpital en fin f’aprem car j’ai la visite puer pour Georges. Bises.
11h36
Éric : Ok.
16h57
Moi : J’arrive dans 30 mn.
16h59
Éric : Ok.
18h03
Éric : Babeth, si y’a d’autres nouvelles avant ton départ, fais-moi suivre stp. Bises.
19h08
Éric : Les enfants souhaitent savoir quand ils pourront voir Amélie.
19h43
Moi : Je t’appelle ce soir.

mercredi 25 juillet
16h33
Moi : Top départ.

16h33
Éric : Ok.

jeudi 26 juillet
17h11
Moi : Pétage de plombs. Je quitte la maison. Bises
17h12
Éric :Ok.

vendredi 27 juillet
10h23
Éric : Papa est opéré en fin de matinée. Je l’ai pas encore vu, il est en soin préparatoire.
12h43
Éric : Papa vient de partir en chir.
12h44
Moi : Ok. Tu as pu le voir?
12h46
Éric : Oui, j’y suis depuis 10h15. Je vais chercher Marie et j’y retourne.
12h49
Éric : Ça va mieux? Pense au vélo d’Amélie stp.
13h33
Moi : Oui. Vélo ok, je pars de chez moi. Je fais juste un arrêt pharmacie.
13h37
Éric : Ok, Marie reste à la maison. Et j’ai appelé Docteur Dacoté pour qu’il vienne l’examiner.

samedi 28 juillet
17h24
Moi : Comment ça va aujourd’hui? Je pars de la maison. Bises.
17h25
Éric : Ça va. Il est fatigué mais ça va.
17h26
Moi : Ok. Georges s’est endormi à 5h. Il hurle depuis son réveil 🙁

dimanche 29 juillet
11h25
Éric : Babeth, peux-tu envisager de passer quelques jours (et nuits) à la maison quand on partira mardi soir?
13h28
Éric : Si tu veux, arrête-toi à l’hôpital pour qu’on discute en bas.
15h12
Éric : Tu as le petit salon au second pour être au calme.
21h34
Éric : Babeth, qu’est-ce qui s’est passé avec Marie?
21h44
Moi : Je t’appelle dans dix minutes, tout va bien?
21h45
Éric : Oui.
21h52
Éric : Appelle-moi sur le portable de papa alors.

lundi 30 juillet
5h13
Éric : Tu dors?
5h13
Moi : Non, tétée. Ça va pas?
5h15
Éric : Nuit blanche. Papa a le souffle court. Il a revomi à 4h00. Il récupère pas, et du coup angoisse.
5h16
Moi : Tu veux que je vienne?
5h18
Éric : Non, ça va pour le moment. Il doit voir Docteur Douleur à la 1ère heure et j’ai parlé de légère sédation pour qu’il soit moins angoissé.
5h22
Moi : Ok. Marie veut venir demain matin en principe. Je serai là en fin de matinée pour relayer. N’hésite pas à textoter si besoin ou envie. Et n’hésite pas non plus à me dire de venir.
5h23
Éric : C’est toi qui l’amènes tout à l’heure?
5h24
Moi : Je sais pas. Elle parlait d’Élise mais je sais pas si elles en ont parlé ensemble.
5h27
Éric : Ok. Je verrai avec Élise. Après, ça va dépendre de l’heure à laquelle Marie émerge.
5h29
Moi : Ok. Essaie de dormir un peu, ce qui doit arriver arrivera de toute façon.
5h30
Éric : Je peux pas dormir avec papa dans cet état. Je reste près de lui.
5h31
Moi : Les lits ne sont pas côte à côte?
5h32
Éric : Y’a un mètre de distance.
5h34
Éric : Et il a besoin de présence.
5h36
Moi : 🙁 Alors il faudra VRAIMENT que tu dormes demain. Embrasse-le pour moi s’il ne dort pas.
5h37
Éric : Oui et oui.
5h38
Moi : 🙂 Je retourne me coucher, n’hésite surtout pas à appeler ou textoter pour parler. Bises
5h39
Éric : Dors.
5h51
Moi : Ok, j’essaie.
5h53
Éric : Oui. Je vais avoir besoin de relais et j’ai pas confiance en Marie pour assurer.
5h55
Moi :  Dac. Je serai là. Je te donne le top départ. Là je vais dormir, sinon je tiendrai pas demain 🙁
5h56
Éric : Oui.
9h01
Éric : Je suis dans le salon du mfad (l’autre couloir). Les fauteuils sont plus confortables.
9h55
Moi : Docteur Blondie vient d’arriver, je lui ai demandé de passer voir papa assez vite.
10h20
Éric : T’es où?
10h21
Moi : Avec papa.
10h21
Éric : Ça va pas mieux?
10h22
Moi : Non.
10h22
Éric : Ok.
10h24
Éric : Merci pour les granolas. La kiné n’a pas amélioré la respi?
10h25
Moi : Non. J’attends toujours Docteur Blondie.
10h27
Éric : Y’a combien de temps que tu l’attends?
10h27
Moi : Je sais pas. Elle doit être aux transmissions.
10h29
Éric : Oui, dans le bocal, elle vient de sortir avec l’ide… J’en sais pas plus. Papa est toujours éveillé?
10h30
Moi : Ok. Oui.
10h43
Moi : Tu peux venir?
10h46
Éric : Oui.
11h09
Éric : Marie est remontée?
11h11
Moi : Oui.
13h40
Moi : Je suis au salon mfad. Tu es où?
13h41
Éric : Dans la chambre.
13h42
Moi  : Je peux venir ou pas?
13h44
Éric : Oui.
19h43
Moi : Si t’es pas encore reparti peux-tu me prendre des chaussettes? Il y en a tout un paquet sur la mezzanine. Merci.
19h48
Éric : Ok pour les chaussettes.
19h49
Moi : Ok. Le cd aussi?
19h52
Éric : Nan, pas le cd. J’ai pris ton coussin d’allaitement.
19h53
Moi :Bonne idée, merci.

Fin des échanges sms du jour. Une heure et demie plus tard, fin de la maladie de mon père.

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Que s’est-il passé?

Que s’est-il passé?
Il était jeune, il était beau garçon, il avait la vie devant lui… Alors que s’est-il passé?
Il avait plein de talents, il savait presque tout faire : bricoler, cuisiner, dessiner, écrire, jardiner, créer, écouter, partager… Alors que s’est-il passé?
Il avait une famille, des parents, des frères et soeurs, une femme, des enfants… Alors que s’est-il passé?
Il avait un métier, un logement, un frigo rempli… Alors que s’est-il passé?
Que s’est-il passé pour, qu’au fil des années, ce jeune homme souriant brûle sa vie? Que s’est-il passé pour qu’il ne puisse être heureux? Que s’est-il passé pour qu’il se retrouve si seul? Que s’est-il passé pour qu’il laisse le cancer le dévorer si vite?
Que s’est-il passé pour que je me retrouve seule au milieu d’une montagne de cartons à trier quand tout le monde est si loin? Que s’est-il passé pour que la vie autour de moi semble si normale alors qu’il n’est plus là? Que s’est-il passé pour que je ne me souvienne plus de tous ces gens sur les photos qu’il me laisse? Que s’est-il passé pour que j’aie fait l’impossible promesse de prendre soin de sa veuve?
Que s’est-il passé pour que toutes les questions que j’avais à lui poser soient restées sans réponse?  Que s’est-il passé pour que j’aie tellement l’impression d’être passée à côté de plein de choses? Que s’est-il passé pour que je n’aie pas su mieux le voir? Que s’est-il passé pour qu’il ait été si différent des autres pères? Que s’est-il passé pour qu’il ait été si fantasque et pourtant si effrayant parfois? Que s’est-il passé pour que tant de sentiments se mélangent?

Et maintenant, que va-t-il se passer? Continuer la lecture

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JE CRISE

Phénomène au visage par trop familier, la crise s’invite partout et n’oublie pas les cabinets médicaux. Héroïne de nos entretiens (« Mon  entreprise a fait faillite. Depuis je me suis mis à boire et ma femme va voir ailleurs…»), elle nous dicte nos gestes (Mr Chaumedu interrompt sa plainte, attrape un mouchoir en papier qu’il […] Continuer la lecture

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Pause

Ce blog a pris une tournure très personnelle ces temps-ci. Je m’excuse auprès de ceux qui étaient venus lire une auxiliaire de vie, je remercie ceux qui sont restés quand même et qui me réconfortent par leurs petits mots.

Là, je fais une pause, les événements se précipitent un peu et je veux profiter de mon père, de Georges et d’Amélie.

Une petite photo en attendant, parce que c’est pas pour dire mais mon fils il est vachement zen, et parce que j’adore le regarder dormir!

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La rencontre

 Juste une photo, la suite plus tard. 
Plein d’émotions, trop peut-être, 
je récupère.

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Un Samedi à l’anis

C’est un peu la fête cette réunion de famille. Ça grouille de cousins-cousines, de beaux frères qui ne se sont pas vus depuis plusieurs années, d’oncles et tantes qui tapent sur la tête des chérubins qui ont encore grandi. Il y a des bruits de couvercles de casseroles qu’on soulève pour touiller et humer, des […] Continuer la lecture

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Attendre

J’attends. Dans moins de trois semaines Georges sera là. Le lit est prêt, les affaires aussi, on peaufine les derniers détails. Les beaux-parents sont rentrés de vacances, soulagés que je n’aie pas lâchement profité de leur absence pour accoucher. Je suis fatiguée, je dors beaucoup. Plus d’énergie pour rien. Je me contente de regarder mon ventre bouger tout seul, de lire et de finir de tricoter une petite couverture. Le ménage, les repas, je laisse ça à mon mari. J’essaie d’emmagasiner du temps de repos tant que c’est encore possible, dans quelque temps les nuits seront courtes!

Amélie attend, elle regarde mon ventre, le touche, me pose mille et une questions. Elle joue à la poupée, son bébé s’appelle Juliette. Elle a récupéré des pyjamas roses de quand elle était petite, elle est ravie d’habiller Juliette avec. Elle raconte à qui veut l’entendre que « Maman va bientôt accoucher de Georges ». En attendant son petit frère, elle a plein de choses à faire : spectacle de danse, spectacle de cirque, passage du galop 1, spectacle de l’école, kermesse, évaluations nationales… Pas le temps de s’ennuyer!

Georges attend. Ce n’est pas encore le moment, il se fait beau pour le jour J.  Il est un peu petit, certes, mais une chose est sûre, il sera forcément le plus beau! Tête en bas depuis un petit moment, Monsieur est prêt à sortir. Bientôt le premier cri, la première respiration, le premier regard, la première tétée. Bientôt la rencontre, la famille à quatre, comme quand j’étais petite. Le papa, la maman, le fils et la fille. Classique, rassurant, comme dans les pubs à la télé. J’appelle ça la famille Ricoré, il manque juste le chien qui aboie joyeusement au portail et le cliché serait parfait.

Mon père attend. Il attend son petit-fils. Pas question de partir sans qu’ils aient été présentés! Tant mieux, ça nous laisse un sursis. Il attend l’infirmier du matin, l’infirmier du soir, l’aide-soignant du midi. Il attend la fibroscopie, le compte-rendu du dernier examen, le passage du pharmacien. Il attend la visite de la famille, le coup de fil d’un ami. Il attend que je vienne. Et quand je suis là, on attend ensemble. Il somnole, je tricote. De temps en temps il ouvre les yeux, me voit, me sourit. Je souris à mon tour, lui demande si tout va bien, s’il n’a pas trop mal. Il me répond doucement, sa voix a un peu faibli ces derniers temps. Puis il se rendort, je reprends mon tricot, l’après-midi passe ainsi, calmement.

Autour de nous, la vie n’attend pas. Mes ex-collègues me donnent des nouvelles, Monsieur Machin est à l’hôpital, Madame Chose est décédée, Monsieur et Madame Bidule ont demandé quand est-ce que tu revenais. Je ne reviens pas, vous pouvez le leur dire, et s’ils vous demandent pourquoi, répondez ce que vous voulez, je m’en fiche. Ce n’est plus mon problème, je n’ai plus à mentir pour protéger le service, faire semblant que tout va bien, que tout le monde est génial, que j’adore mon métier. Honnêtement, je m’en fiche et même, je m’en fous. Celle qui me remplaçait vient de se faire virer comme une moins que rien, comme ça, pouf pouf. « Celle que vous remplaciez est revenue et a repris ses heures » lui a froidement annoncé la secrétaire quand elle est venue prendre son planning de la semaine. Ben voyons, à huit mois de grossesse! Trop forte cette Babeth vous trouvez pas? Madame Grand-Chef ne l’a même pas reçue elle-même pour le lui annoncer, il faut croire que même pour une chef de service certaines choses sont encore trop difficiles à dire. De toute façon, ce n’est pas moins élégant que de mettre fin au contrat d’une femme enceinte, si?
Mes collègues me racontent tout ça et moi, j’écoute, mais je sens que c’est déjà loin derrière moi. Je souris, je réponds doucement, et je reprends mon tricot. Je fais ma petite vieille, celle qui attend, il me manque juste le fauteuil à bascule et le chat ronronnant sur les genoux.

Georges sera bientôt là, mon père ne sera bientôt plus là, le reste peut bien attendre.

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CONCORDANCE DES TEMPS

« Le temps tue le temps comme il peut » G.Brassens, Saturne Une seconde c’est le temps d’un battement de cœur tranquille, au repos. Ça fait soixante battements par minute, « comme une horloge » je dis à mes patients. J’ai l’impression que ça les rassure, cette régularité paisible, que ça leur donne un sentiment d’immuabilité. Ça me rassure […] Continuer la lecture

Publié dans an, angine, année, boum, coeur, famille, heure, infection, jour, minute, OBSERVATION, parents, Patients, pulsation, seconde, temps, vie | Commentaires fermés sur CONCORDANCE DES TEMPS

Histoire de la maladie

C‘est mon père qui m’a transmis l’amour des patates. Avec lui je les ai d’abord mangées, à toutes les sauces, puis plantées, observées en train de pousser, récoltées et remangées, à d’autres sauces. Mon père est polonais, et il paraît que là-bas on en mange des tas. Je ne l’ai jamais vérifié, je ne suis jamais […] Continuer la lecture

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ANTÉCÉDENTS

ATCD PERSONNELS MÉDICAUX -née à terme d’une grossesse non désirée ; a longtemps pensé être née pendant un accident de voiture avant de comprendre que la voiture n’avait rien à faire dans cette histoire d’accident. -GEA vers 4-5 mois, avec refus alimentaire et hydrique permettant de gagner définitivement l’amour paternel, ce dernier ayant été convaincu de […] Continuer la lecture

Publié dans allergie, Antécédents, appendicectomie, asthme, ATCD, avp, bipolaire, carie, chirurgie, dermographisme, enfance, familiaux, famille, fracture, gynéco-obstétrique, GYNECOLOGIE, HTA, hypercholestérolémie, intoxication, médicament, médicaux, mère, naissance, OBSERVATION, Ordonnance, père, pharmacie, psychisme, traitement, traumatisme | Commentaires fermés sur ANTÉCÉDENTS