Archives de catégorie : CRITERES DE SUBSTITUTION

MALIGNANT, le dernier opus de Vinay Prasad. Comment une mauvaise politique et des preuves de mauvaise qualité nuisent aux patients souffrant d’un cancer.

Lire ce livre est un bonheur tant le style est limpide, l’anglais évident, le propos clair, l’enthousiasme communicatif, l’absence d’animosité élégante et les exemples choisis pertinents. Mais cette lecture est aussi un véritable calvaire pour le prati… Continuer la lecture

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Vinay Prasad sur les débats qui animent twitter

Vinay Prasad fait un travail magnifique d’éclaircissement sur un certain nombre de faits qui agitent les sphères de l‘oncologie, du dépistage, des traitements, du coût des traitements. Je ne le connais pas personnellement mais je lis ce qu’il écrit (il écrit beaucoup). Il nous enthousiasme sur le niveau de réflexion que des médecins, dans leur propre spécialité, ici l’hématologie et l’oncologie, peuvent atteindre  dans un système de santé aussi étranger au nôtre que celui des Etats-unis et nous déprime quant à l’absence de médecins critiques dans notre propre pays. @VinayPrasad82 pour le suivre sur twitter.

Voici la traduction d’un tweet qui m’avait bien plu. 

Le dépistage des cancers n’a jamais démontré sauver des vies, ce qui signifie améliorer la mortalité globale, et a des conséquences néfastes majeures incluant des faux positifs et des sur diagnostics et nous devons le juger par des preuves provenant d’essais randomisés. Voir ICI pour l’article original (sur abonnement) et LA pour un commentaire. [1]


Le coût des médicaments est hors de contrôle, il n’est pas régi par les forces traditionnelles du marché, il est mauvais pour les patients et la société, et des réformes sont nécessaires (LA).

La FDA états-unienne a assoupli les standards d’autorisation de mise sur le marché fondée sur des critères de substitution (ce qui, en soi, n’est pas la fin du monde) mais en les couplant avec l’abandon des études marketing post commercialisation, ce qui est mauvais pour les patients (ICI). [2]

Le financement de la recherche est majoritairement non fondé sur les preuves et arrose de façon disproportionnée les mêmes fausses  idées et les mêmes personnes (LA). [3]

L’oncologie de précision et les autres « traitements personnalisés » paraissent magnifiques mais manquent de données robustes issues d’essais randomisés.  Le seul essai dont nous disposons est négatif ( LA). [4]

Les nouvelles molécules sont souvent annoncées comme des miracles mais la réalité est typiquement qu’il y a un certain nombre de réserves majeures, de distorsions dans le protocole, des biais et des manipulations derrière tout cela (ICILA, et encore LA). [5]

Les conflits d’intérêts sont vraiment un problème. 

Notes.

[1] Rappelons qu’en France les résistances sont fortes et que l’INCa a exercé des pressions intolérables pour que l’on n’abandonne pas en rase campagne le dépistage organisé du cancer du sein.
[2] les études post marketing (après commercialisation) ne paraissent pas devoir être très conclusives puisqu’elles sont menées dans l’immense majorité des cas par l’industrie pharmaceutique voir ICI ; mais, pire encore, quand les études post commercialisation montrent des résultas négatifs, les produits ne sont pas retirés du marché.
[3] Les recherches sont menées en fonction des marchés porteurs (nombre de patients putatifs élevé) et/ou dans des marchés de niche où le faible nombre de patients traités sera dans un premier compensé par des prix très élevés et dans un second par une extension des indications (alias saucissonnage). Voir à ce sujet l’excellente communication de Marc-André Gagnon lors des Pilules Prescrire 2015 : ICI.
[4] L’oncologie de précision est pourtant considéré comme l’avenir de l’oncologie par tous les experts mais les experts sont surtout payés par l’industrie pour des opérations promotionnelles justifiant a priori une efficacité non démontrée et l’obtention de prix faramineux.
[5] Big Onco organise une messe annuelle sous le patronage de l’ASCO durant laquelle elle fait du pré marketing à base d’abstracts aux résultats rarement confirmés, de communications tronquées et truquées à laquelle est convié le gratin des oncologues et le gratin des journalistes internationaux.

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Sérenpidité du suivi des patients. Histoire de consultation 179.

Madame A, 64 ans, est diabétique non insulino-dépendante, hypertendue, dyslipidémique et en surpoids. On peut même dire qu’elle est une diabétique pas bien équilibrée selon les canons de la médecine réglementaire puisque son HbA1C est à 8,2 (et que nous n’arrivons pas à faire baisser depuis des années malgré une pression artérielle, un LDL cholestérol, une fonction rénale et une rétine aux taquets). 
Les recommandations recommandent une HbA1C aux alentours de 7 (j’ai toujours aimé l’expression « aux alentours » issue de la Revue Prescrire).
Pourquoi cette patiente n’est-elle pas bien équilibrée sur le critère de substitution HbA1C ? 
Vous avez plusieurs options : c’est la faute du médecin qui la suit (le docteur du 16 depuis une une bonne vingtaine d’années), c’est la faute de la patiente, c’est de la faute de la société, ou vous mélangez le tout.
Nous étions convenus qu’elle se fasse opérer du genou (prothèse totale) en raison de lésions arthrosiques majeures très invalidantes pour une femme qui a la responsabilité de sa famille (mère, petits-enfants, arrière petits-enfants).
Je la revois l’autre jour au décours de son intervention (qui s’est « bien » passée), de son séjour en centre de rééducation (qui s’est bien passé à quelques détails près), de son retour à domicile (qui s’est mal passé car elle n’a pu continuer la rééducation, aucun kinésithérapeute ne voulant ou ne pouvant ou les deux se déplacer à domicile). 
J’ajoute que cette patiente a déménagé et habite désormais à plus de 20 kilomètres de mon cabinet et qu’au lieu de me contacter elle a essayé de se débrouiller toute seule, « pour ne pas me déranger ».
Quoi qu’il en soit, je la reçois, l’examine et me rend compte qu’elle n’a pas récupéré une flexion complète mais, bien plus, que sans exercices, elle a régressé depuis sa sortie du centre de rééducation. Je lui prescris des séances de kinésithérapie (elle pourra s’y rendre car elle conduit désormais) et lui donne des conseils d’auto rééducation.
Mais voici l’affaire.
Durant son séjour au centre de rééducation, les médecins, à juste titre, ont trouvé que ses objectifs d’équilibration diabétique n’étaient pas atteints. Ils ont changé son traitement. Ce qu’elle n’a pas supporté (non désir de changer, effets indésirables, refus de se faire piquer). Elle leur a dit expressément qu’elle ne voulait pas continuer. Ils ont insisté. Ils l’ont menacée d’appeler son médecin traitant (ce qu’ils n’ont pas fait) pour l’obliger à l’observance (une nouvelle cause nationale ?). Tant et si bien qu’elle a refusé de se faire piquer (un nouveau médicament qui n’est pas de l’insuline), a fait semblant de prendre ses nouveaux médicaments et a continué à prendre en cachette ceux qu’elle prenait avant (metformine et glibenclamide) que lui rapportait l’une de ses petites-filles.
Une performance.
Plus de trois semaines après la sortie du centre je n’ai toujours pas reçu de compte rendu mais le compte rendu opératoire est arrivé.
Elle m’a dit également qu’on lui avait conseillé de demander à son médecin traitant de lui prescrire un lecteur de glycémie afin de mieux contrôler son diabète (je rappelle ici, et malgré les scandaleuses campagnes de publicité grand public que l’on entend actuellement pour inciter les diabétiques tout venant de demander à leur médecin de leur prescrire des lecteurs de glycémie, que les lecteurs de glycémie sont réservés aux diabétiques utilisant l’insuline — voir ICI– et que non seulement c’est hors nomenclature mais qu’en plus aucun essai n’a montré un quelconque avantage à se servir de ce type d’appareil pour équilibrer un diabète).
Nous sommes convenus avec la patiente de doser son HbA1C avant que je ne lui represcrive ses médicaments, le dernier dosage remonte à mi août, et, au dernier moment, avant qu’elle ne quitte le cabinet, je découvre ceci : durant son séjour de 3 semaines au centre de rééducation elle a perdu 8 kilos ! « La nourriture était tellement mauvaise. »
Ainsi apprends-je par la bande que le fait de ne pas manger fait maigrir… que la patiente, ce que je savais, ne « faisait pas de régime » alors qu’elle « prétendait » faire des efforts (ce qui était sans doute vrai)… que la nourriture n’est pas très bonne dans certains établissements mais que cela sert de révélateur de la malbouffe généralisée qui règne à l’extérieur.
Le culte des indicateurs et des critères de substitution (ici l’HbA1C) conduit à l' »innovation » : de nouveaux médicaments non éprouvés et chers sont prescrits pour remplacer des médicaments peu efficaces mais connus. 
Sans doute en toute indépendance de big pharma.
Le rêve des lobbys agro-alimentaire et santéo-industriel (ce sont souvent les mêmes), c’est une HbA1C « convenable » obtenue grâce à des médicaments coûteux prescrits à des personnes qui continuent de manger « normalement », c’est à dire en consommant (trop) de la nourriture à la mode. 
Les campagnes de dépistage du diabète sont un épisode de plus de l’hypocrisie ambiante : le tout coca et le tout McDo sont favorisés par la pub, le tout dépistage est favorisé par la pub, le tout traitement est favorisé par big pharma, et, en bout de chaîne, les médecins (mais bien entendu les médecins généralistes en premier lieu) sont désignés comme coupables du non dépistage (voire peut-être de la non prévention).
Les patients ont, heureusement, une histoire personnelle, mentent à leur médecin, s’en sentent parfois coupables, n' »observent pas » et gardent leur libre-arbitre tout en étant bombardés de publicités délétères et de conseils fallacieux. 
Les médecins, eux, n’écoutent pas assez leurs patients, et il arrive qu’ils soient à la fois trop intrusifs (de quoi je me mêle) ou pas assez (vous auriez pu le savoir avant). Où placer le curseur ? 
Quant à la médecine générale, c’est quand même compliqué. Nous croyons gérer et le patient s’échappe, nous croyons être au courant et le patient a ses propres vues sur la question (qui est aussi sa question), nous avons des « certitudes » qui se traduisent par des « aux alentours de 7 », nous avons l’illusion également de pouvoir faire son bonheur malgré lui… Nous sommes dans le règne de l’incertitude. C’est ce qui me plaît dans la médecine générale. Le danger essentiel de notre métier vient de ce que tout dans notre attitude, le verbal comme le non verbal, la prescription comme la non prescription, l’adressage comme le non adressage, la bonne comme la mauvaise conscience, est potentiellement source de dégâts collatéraux ou de bénéfices imprévisibles qui affeectent la vie et l’entourage de nos patients et malades. 

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