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Monsieur le directeur de la CPAM des Yvelines. Privatisation, gaspillage de l’argent public et destruction du parcours de soins.

A l’attention du directeur de la CPAM des Yvelines, Monsieur Patrick Negaret.

(Copie Nicolas Revel, directeur général de la CNAMTS)

Bonjour Monsieur,

Je vais vous raconter ce cas exemplaire. Ce cas exemplaire n’est pas une histoire de chasse. De nombreux médecins généralistes pourront vous raconter la même chose.
En 2013 j’avais déjà parlé de cette patiente aux services de la CPAM des Yvelines.  Je vous rappelle le cas : ICI. (voir ICI et LA pour d’autres informations sur le sujet).

Voici ce qui m’avait été répondu (en substance) (un certain E. Le Boulaire) (voir LA) : 
  1. L’examen se santé périodique fait partie des droits de chaque assuré social…
  2. … les organismes d’assurance maladie doivent veiller à offrir ces examens en priorité aux personnes les plus démunies et les plus vulnérables au plan de la santé plusieurs fois dans l’intervalle des cinq ans.
  3. Ils contribuent à l’amélioration de l’état de santé des assurés par la combinaison de procédures qui relèvent du dépistage, de l’éducation à la santé et du conseil individualisé.
  4. Le centre IPC, certifié ISO 9001 version 2008…
  5. S’agissant de la réalisation d’examens biologiques dans le cadre du bilan… l’examen est modulé selon le référentiel… le médecin appliquait les référentiels scientifiques…
Madame A, 62 ans, dont je suis le médecin traitant, est convoquée par l’IPC, officine privée, avec des papiers où la CPAM est mentionnée.
Madame A va à ce rendez-vous.

Elle revient me voir avec un compte rendu. « Ils m’ont trouvé des choses. »

Je lui demande pourquoi elle est retournée à l’IPC alors que je lui avais dit la première fois que cela ne servait à rien. Elle lève les yeux au ciel : « J’ai eu peur de ne pas aller à la convocation. Et puis : on ne sait jamais. »

Voici le compte rendu d’examen.

Ainsi, le docteur T a-t-il signé un compte rendu où une PA anormale a été trouvée sans aucune mention du fait qu’elle est traitée pour cette pathologie. Le docteur T n’a pas trouvé de troubles de régulation glycémique alors que la patiente est traitée pour un diabète de type 2. j’ai déjà dans un billet précédent analysé les termes employés comme « limites », rien ne change donc.

Mais surtout : l’IPC n’est pas foutue de savoir, on appelle cela le suivi des patients, que cette patiente a un passé dans son propre organisme.

J’ai déjà indiqué que d’autres officines (le CIPC, voir LA) faisait du grand n’importe quoi médical et faisait dépenser à la CPAM des sommes astronomiques alors que le simple bon sens clinique…

A qui tout cela sert-il ?
Cette patiente, dont je suis le médecin traitant, est diabétique non id. Elle a une ALD pour diabète de type 2. Elle est donc suivie par moi. Je passe sur les différents examens et sur la fréquence des consultations. La demande d’ALD a été approuvée par le médecin conseil (puisque la demande n’a pas été refusée).
Sans doute vos services lui ont-ils demandé de participer à Sophia, ce machin aussi inutile que coûteux (cf. un article de Dominique Dupagne : ICI).
Je le répète : la prévention au pif, au hasard, sans  signes d’appel, ça ne marche pas. Toutes les études l’ont montré.

L’expérience du NICE anglais ou, plus précisément, du Quality and Outcomes framework (ICI) a montré que les sommes englouties ne servaient à rien en termes de Santé Publique (LA) mais remplissaient les poches de médecins qui, par ailleurs, ne faisaient que du remplissage et négligeaient ce qui était hors du QoF.


Cette prévention, telle que vous la pratiquez ou telle que vous la faites pratiquer en privatisant la CPAM au profit de sociétés profitables, entre dans le cadre de ce qu’avait dénoncé un médecin anglais, Julian Tudor Hart, en 1971 : The Inverse Care Law ou, en français, la Loi Inverse des Soins. Je vous donne la référence (ICI) pour que vous puissiez faire lire cet article à vos services. C’est à dire que les ressources sont plus allouées aux personnes qui n’en ont pas besoin qu’à celles qui devraient en bénéficier.
Mais il n’y a pas que la CPAM qui ne connaît pas cette Loi. 
Les médecins libéraux ou hospitaliers font de même. Savez-vous que dans les hôpitaux des Yvelines et dans des cabinets libéraux des praticiens hospitaliers et des gynécologues pratiquent des frottis du col utérin annuellement (et à des prix non secteur 1) bien que la recommandation soit triennale et alors qu’il est si difficile d’obtenir des rendez-vous chez eux et que ce sont les femmes qui n’ont JAMAIS de frottis qui devraient en bénéficier en premier car, comme par hasard, ce sont elles qui sont les plus à risques ? Savez-vous que dans les hôpitaux des Yvelines des PH suivent mensuellement en consultation privée des nourrissons qui ne posent aucun problème alors qu’il est si difficile d’obtenir des rendez-vous pour des nourrissons fragiles ? Savez-vous que des femmes de 40 ans sont initiées, sans risques particuliers, à la pratique d’une mammographie tous les deux ans, en dehors de toute recommandation et, surtout, en dépit du bon sens le plus commun ? 
Mais je m’arrête là. Tout le monde sait cela.
La prévention au pif, au hasard, cela ne marche pas. Pourquoi dépister des patients, comme ma patiente, qui bénéficie d’une ALD pour diabète de type 2, c’est à dire qui est connue en théorie de vos services médicaux, sans que le médecin traitant ne soit informé. cela s’appelle, dans votre jargon, un non respect du parcours de soins.

Que de temps perdu !
Que d ‘argent perdu !
Que de légitimité perdue !

Je voudrais rappeler ici la fameuse, trop fameuse, phrase de David Sackett :  » La médecine préventive est trois fois arrogante : Premièrement, elle est agressivement affirmative traquant les individus sans symptômes et leur disant ce qu’ils doivent faire pour rester en bonne santé… Deuxièmement elle est présomptueuse, persuadée que les actions qu’elle préconise feront, en moyenne, plus de bien que de mal à ceux qui les acceptent et qui y adhèrent. Finalement, la médecine préventive est autoritaire, attaquant ceux qui questionnent la validité de ses recommandations. » Voir ICI.

Sachant que mon courrier, comme celui que j’avais écrit en 2013, ne peut être pertinent puisqu’il ne correspond pas aux objectifs que vous vous fixez, à savoir toujours plus d’examens périodiques de santé, je ne désespère pourtant pas qu’il puisse être lu et pris en compte.

Avec mes meilleurs sentiments.

Docteur Jean-Claude GRANGE

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Médecin conseil ou seulement de contrôle ?

  “Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité.”1 . “Dès lors qu’il a accepté de répondre à une demande, le médecin s’engage à assurer personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués et fondés sur […] Continuer la lecture

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Un début de matinée de merdre.

Y a des jours comme cela…
Le contenu de la médecine générale.

J’ai lu récemment un billet d’ASK qui donne du contenu à la consultation de médecine générale et qui informe de façon pertinente sur les problèmes que rencontre un médecin généraliste dans l’exercice de son métier. Et dans le cas d’ASK on voit clairement que la CPAM n’est pas en jeu, que les complémentaires sont aux abonnées absentes, qu’il s’agit d’un problème sociétal où la CPAM, outil aveugle, est présente accessoirement. Je vous laisse le lire : ICI.
Comme je suis un casse-pied, j’aurais pu faire quelques commentaires qui ne sont pas les mêmes que ceux d’ASK, ce qui montre que dans un cas aussi simple que celui-là, la vaccination d’un nourrisson de 4 mois en bonne santé, il y a de quoi écrire un traité de médecine et un traité de sociologie par la même occasion.

Voici un banal relevé des banales questions posées dans le brillant billet de ASK.

  1. Les vaccinations recommandées du quatrième mois : ASK ne nous dit pas desquelles il parle, ce qui nous entraînerait dans un débat sans fin et, pour moi, perdu d’avance, sur l’intérêt de vacciner contre l’hépatite B, puisque presque tout le monde pense le contraire de moi (ne pas vacciner).
  2. Les antibiotiques : où l’on se rend compte que leur prescription / non prescription se situe très au delà de leur intérêt scientifique (oh, le gros mot) qui est établi pour l’essentiel dans le cas de leur usage lors d’une rhino-pharyngite. On se rend compte que les croyances sont non seulement grand public mais qu’elles sont aussi professionnelles (et, pour remonter à l’historique des antibiotiques, il s’agit d’un effet collatéral de la toute puissance de la médecine et d’un complexe jeu d’allers-retours entre le prescripteur et le prescrit) et que le médecin qui prescrit des antibiotiques au cas où en laissant au patient le choix de les utiliser ou non ne se rend pas compte, alors qu’il pensait faire le malin et donner de l’autonomie aux parents du nourrisson, qu’il se résigne à ne plus avoir aucun rôle médical. 
  3. La vaccination contre la gastro-entérite : ASK aborde le sujet du pouvoir de la publicité grand public et du rôle des médias manipulés dans la progression du cash flow de big pharma avec l’agrément tacite et parfois volontaire de l’appareil d’Etat. Tout comme l’ombre tutélaire de Coca Cola et de McDo comme éléphants dans la pièce quand nous parlons nutrition et régimes avec nos patients.
  4. Les croyances des médecins (ici d’un médecin du travail) qui donnent leur avis sur tout et surtout dans un domaine qu’ils connaissent à peine. Ce qui pose la question, à mon avis crucial, et paradoxal en ce cas, de l’avis d’expert que l’on peut critiquer en sa spécialité et hors de sa spécialité et celui du médecin généraliste qui, en théorie, devrait tout savoir sur tout puisqu’il lui est possible de recevoir n’importe quel malade, et qui, contraint et forcé par la charge de travail et par sa tendance naturelle à croire ses « maîtres », par lassitude intellectuelle également et faiblesse physique, finit par « suivre » des recommandations, fussent-elles consensuelles, et biaisées.
  5. La vaccination chez le pharmacien, au delà des polémiques sur les rôles respectifs des professions pharmaceutiques et médicales, indique clairement la limite existant entre l’acte intellectuel prescriptif / non prescriptif et l’acte technique lui-même. Pour provoquer (mais à peine quand on voit les chiffres américains des sur traitements) : les acte intellectuel de décider de dilater, stenter et / ou ponter des coronaires et technique de le bien réaliser ne devraient pas être confiés à la même personne.
  6. La plagiocéphalie, l’ostéopathe et le couchage sur le côté. Pour faire vite, ce chapitre pose les questions de l’enfant parfait (une tête bien faite), de la division du travail (taylorisation de la médecine), de la contradiction principale (le risque de mort subite) et de la contradiction secondaire (la forme de la tête), de la mode sociétale pour des médecines alternatives (médecine étant un bien grand mot) et du self parental (je décide pour mon enfant ce qu’il y a de mieux en ayant regardé Le magazine de la santé ou après avoir lu Doctissimo).
  7. Le savoir faire et le savoir ne pas faire, cette dernière attitude étant inquantifiable et donc vouée à l’échec normatif. Le rôle, selon moi (mais je n’ai fait que copier ce que j’ai lu ici ou là), du médecin généraliste étant surtout de résister à faire et de contenir les actes et prescriptions inutiles en gérant l’incertitude et en s’y résignant.

Et voici quelques faits bruts sur ce début de matinée de merdre.

8 heures 30.
Monsieur A, 56 ans, me dit bonjour, me souhaite une bonne année et me tend un dossier de la MdPH, dossier qui a toujours tendance à déclencher chez moi une poussée d’urticaire (et bien que j’aie lu avec attention les bons propos du docteur Milie en son blog). Je le regarde ahuri car j’ai rempli le même dossier en octobre (c’est noté dans son dossier électronique). Il confirme mais, d’après lui (et on sait que les propos des patients…), ce serait « la fille de la MdPH » (il est incapable de remplir un dossier lui-même) qui aurait coché la mauvaise case et le dossier aurait été adresssé pour renouvellement de la carte de stationnement (dont, me précise-t-il, il se moque totalement). Je râle. Parce qu’en outre, Monsieur A est venu pour le « renouvellement » de son ordonnance, « Vite fait ». Je prends mon ton docte pendant que le malade se met à pleurer car il ne touche plus depuis novembre ses indemnités adulte handicapé et qu’heureusement que sa femme, qui est elle aussi handicapée, touche également une pension, car sinon, « ils n’auraient plus de sous » et je lui dis qu’aujourd’hui je vais recopier ce putain de dossier (que j’avais fait photocopier et que je dois aller rechercher dans le dossier papier), c’est moi qui parle, et qu’il prendra un rendez-vous pour le prétendu renouvellement d’ordonnance…

8 heures 46
Madame B vient avec son petit-fils C.
Parce qu’il tousse.
Elle a rendez-vous pour elle.
« Vous pouvez nous prendre tous les deux ?
– Non. Il faut choisir.
– Examinez-le. »

Le gamin (de 9 ans) que je vois épisodiquement car il est rarement malade n’a pas grand chose. Je l’examine calmement et je manifeste mon énervement à l’égard de la maman que j’avais déjà prévenue.
Mais la grand-mère me tend un papier où il est écrit, de la main de la mère, « SVP, dépakine pour l’enfant (et pour son frère plus âgé et également épileptique), un certificat pour l’école et bla bla bla. »
La mère, je la connais depuis qu’elle est gamine. Je l’ai engueulée l’autre jour car elle voulait un rendez-vous tout de suite (il n’y avait pas de place ce jour là) et qu’il fallait la dépakine pour ses enfants qui n’en auraient plus le lendemain. « Le pharmacien peut te dépanner – Oui mais non il va donner un générique… » Je lui ai quand même fait une ordonnance entre deux.
Il est 8 heures 58.
La grand-mère me dit : « A moi. »
Je dis non.
« J’irai voir ailleurs. – Ok. »
Elle passe devant la salle d’attente où attendent les deux rendez-vous suivants. « Ah, ben, vous n’avez que deux personnes… »
9 heures 1
Monsieur et Madame D (qui ont pris deux rendez-vous).
Monsieur D, 72 ans, a été opéré « du cœur » et j’ai des difficultés d’équilibration avec previscan. Je fais une incise : Pourquoi les cardiologues français ne prescrivent-ils pas de la coumadine ? Pourquoi ? Cela ne peut être un intérêt financier avec une boîte de 30 comprimés qui coûte 3,85 euro ! Mystère de chez mystère.
Monsieur A a été opéré dans une clinique privée et tout s’est bien passé. 
Il y a juste un truc qui me titille chez cet homme de 69 ans : il me demande une ordonnance pour doser les PSA. On lui a dit, à la clinique, et après qu’il a eu des difficultés à pisser après la levée de sonde, qu’il fallait doser le PSA pour savoir.
Je m’emmerde donc à expliquer l’inexplicable. Est-ce la faute de la CPAM, des Mutuelles, des ARS ou de la khonnerie des cardiologues qui font de l’urologie ou des urologues ? 
Je ne prescris pas de PSA.

9 heures 15
Madame D, 71 ans, vient pour un « renouvellement ». Quelques douleurs ici ou là (arthrose) et un peu de paracetamol et de tramadol.
Son problème, c’est quand même sa cheville droite.
Elle est allée voir un médecin généraliste mésothérapeute (après que je lui ai dit qu’il était urgent d’attendre et que la kinésithérapie comme on lui avait pratiqué était de la daube et après qu’elle n’eut pas suivi mes « conseils » d’auto kinésithérapie de renforcement de l’articulation) qui lui a fait 9 séances et qui, désormais, lui demande de faire une IRM.
Je garde mon calme. Finalement : je n’en ai rien à cirer. Qu’elle se débrouille. Elle a vu un mésothérapeute à 35 euro la séance, OK. j’en ai assez de lutter contre ces khonneries. Il est possible que le remboursement par les complémentaires favorise le passage chez le mésothérapeute…  On est quand même dans un cas de hors parcours de soins. Aurais-je dû dire à la patiente (que je connais depuis des lustres) : « Allez vous faire voir ailleurs ? » Je ne l’ai pas fait.
Au revoir Madame, au revoir Monsieur.

9 heures 32
Madame E, 68 ans, viens de se faire déboucher les carotides gauches dans une clinique privée, centre d’excellence du département, au décours d’un AVC. tout s’est bien passé. J’ai reçu en temps et en heures le compte rendu, le chirurgien m’a même appelé au décours de l’intervention. Elle vient pour que je « renouvelle » l’ordonnace d’un mois qu’elle a eue à la sortie (« montrer au médecin traitant » est  manuscrit sur l’ordonnance tapuscrite).
Voici le traitement : pradaxa, exforge, crestor.
Donc, voilà, je suis en face d’une ordonnance qui ne me convient pas. Elle vient d’être, brillamment, opérée par un chirurgien en qui j’ai confiance et la prescription de sortie est WTF.
Que dois-je faire ?
J’ai renoncé pour de multiples raisons et je sais que je ne suis pas à approuver.
Mais je vais appeler le chirurgien. Promis.

Ras le bol.

Heureusement que j’ai pu noyer mon découragement dans une abondance malsaine de travail (36 C et 1 V). J’ai quitté le cabinet à 19 heures 30 sans avoir sauvé (mon associée était encore là).

La partie est perdue, mes amis.

Aux dernières nouvelles la grand-mère qui devait aller voir ailleurs a pris rendez-vous pour la fin de la semaine. Je serai cool.

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