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Pour une refondation de la médecine (générale). Réflexion 1.

La médecine générale française en tant que spécialité est au point mort, c’est à dire que les publications sont rares et, le plus souvent, inintéressantes car descriptives et non réflexives sur un corpus qui n’est le plus souvent qu’un dégradé des publications universitaires.
Les autorités s’en moquent et privilégient deux aspects de la médecine éloignés du corpus : la médecine technique et la médecine préventive technique.
Les autorités s’en moquent car elles sont dominées en ce domaine par les experts non généralistes nommés par les autorités (cercle « vertueux » du pouvoir) dont le seul objectif est de garder ses privilèges, ses prébendes et ses titres honorifiques. Elles constatent donc que le nombre de médecins généralistes va diminuer dans les années prochaines. La seule incertitude est la date où les autorités vont s’en rendre compte et faire porter la responsabilité sur les médecins généralistes eux-mêmes.
Les médecins généralistes ont aussi l’air de s’en moquer, les débats portant sur les honoraires, ce qui n’est pas inintéressant, sur la façon de les gagner, encore moins inintéressant, mais quid des fondements théoriques ?
Je rappelle que la médecine générale est une institution sociétale, qu’elle peut disparaître en tant que tel si le contenu de ses interventions devient inutile pour les citoyens non malades et malades. Si la médecine générale peut être pratiquée par des non médecins généralistes, je ne dis pas en théorie mais en pratique dans l’esprit du public : elle est morte.

Refonder la médecine générale semble bien présomptueux.
Surtout si elle émane d’un seul médecin.

Tous les experts de la médecine générale poussent déjà des cris et s’arrêtent de lire.  

Les sociétés savantes de médecine générale ne s’interrogent pas sur le contenu de leur travail mais s’exaspèrent du fait qu’elles ne soient pas reconnues et qu’on ne leur donne pas les moyens de continuer à travailler.
La chapellisation du travail en médecine générale qu’on peut appeler par optimisme la diversité ne favorise pas les choses.

Il me semble que la définition d’un corpus est le préalable.
Tant que la médecine générale ne sera que la déclinaison topographique et non institutionnelle de la médecine académique,
tant que la médecine générale ne s’organisera pas elle-même en spécialité indépendante de la Faculté où n’existent ni les compétences ni les pratiques pour la constituer,
tant que la médecine générale sera inféodée à l’enseignement universitaire non généraliste lui-même inféodé aux pouvoirs publics et à l’industrie,
tant que les politiques publiques ne pourront se reposer sur une pratique théorisée et non fondée uniquement sur le consumériste santéal de la clientèle,
tant qu’une réflexion antérieure sur la place de la médecine générale dans la société ne sera pas menée et que la technicité sera mise en avant et ne pourra mener que dans une impasse,
tant que la Faculté sera liée aux intérêts de l’industrie pharmaceutique, aux marchands de matériel de diagnostic et de traitement, tant que les éléments de préparation au fameux ECN (Examen Classant national) seront influencés par des conférences de consensus d’émanation industrielle,
tant que les médecins généralistes continueront de se former et de se reformer avec l’aide de l’industrie…

C’est pourquoi je propose une Assemblée Constituante qui serait le prélude à un Congrès fondateur. Une Assemblée Constituante qui permettrait de dégager les thèmes de réflexion, de recherche, de praticité, concernant le corpus généraliste avec une réflexion épistémologique préalable, une réflexion sur les liens que la médecine générale peut ou doit entretenir avec les pouvoirs publics, l’industrie et la politique, liens et conflits d’intérêts, participation aux commissions, réunions, colloques qui définissent la politique de Santé Publique.

Cette Assemblée Constituante sera numérique et décentralisée. Comme le futur Congrès de médecine générale.
Je conçois que cette proposition puisse paraître incongrue puisque je n’appartiens à aucune formation académique ou associative ou syndicale mais il est temps, à l’aube de la disparition des médecins généralistes, que nous mourrions « guéris ».
je ne fais pas preuve d’angélisme et ne pense pas que la majorité des médecins généralistes soit vertueuse, loin de là.
Mais c’et en analysant les faits les plus récents, les évolutions les plus importantes de ces dernières années qu’il est possible de se rendre compte que c’est une information non spécialiste (il existe parmi les spécialistes des francs-tireurs et des lanceurs d’alerte comme dans le cas du dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA, du dépistage du cancer du sein par mammographie) comme il existe des spécialistes qui ne « croient » pas à la vérité officielle mais, convenons-en, ce sont des médecins généralistes qui ont mené le combat contre les THS, contre les dits anti-Alzheimer, contre le PSA, contre la mammographie, contre le tamiflu, contre la vaccination généralisée contre la grippe, contre la supplémentation en fluor chez le nourrisson, contre les glitazones, et cetera…

Profitons de ces compétences et refondons notre spécialité.
Ce sont nos réflexions et nos publications qui nous feront avoir du poids dans l’enseignement universitaire, ce sont elles qui pourront faire que les cours de Faculté ne soient pas dominés par des patrons arrogants niant la Santé Publique, écrivant leurs cours sous la dictée de l’industrie, se cooptant pour participer aux conférences officielles de consensus où l’incompétence se dispute parfois à la concussion.

Ce n’est pas un manifeste.
C’est une prise de conscience désespérée de notre isolement.

A bientôt (voici la suite LA)

(Illustration : Les États généraux se réunissent le 5 mai 1789 à Versailles, dans la salle de l’hôtel des Menus Plaisirs.)

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