Archives de catégorie : chômage

Réunion de pigeons

L’histoire se passe il y a quelques années. À l’époque, je travaille à temps très très partiel, nous habitons un quartier un peu pourri, et Amélie vient de commencer sa prise en charge au CPEA… Bref, notre vie n’est pas très gaie. C’est le début du mois, le virement ASSEDIC a du retard et, inquiète, je les appelle. Je tombe sur une charmante dame, D.B., qui m’écoute très gentiment lui expliquer notre situation (catastrophique). Au bout de quelques minutes, elle me dit qu’elle aurait peut-être quelque chose à me proposer et qu’elle me rappellera très vite. Je suis plutôt perplexe. L’ASSEDIC et l’ANPE sont à l’époque deux organismes bien distincts et je me demande pourquoi cette gentille dame se propose de m’aider. Au téléphone, Madame D.B. ne me dit grand chose, alors je prends mon mal en patience, et j’attends qu’elle me rappelle. Le soir, quand mon mari rentre du travail, je lui parle de cette dame, et de sa proposition d’aide. Je suis confiante, mon mari l’est moins. L’avenir me dira qu’il a raison.
Quelques jours plus tard, Madame D.B. me rappelle et me propose un rendez-vous le 10 janvier pour « quelque chose de nouveau ». Oui mais le « quelque chose », c’est quoi ? Est-ce que ça a quelque chose à voir avec l’éducation spécialisée ? Madame D.B. Sait que je suis monitrice éducatrice en recherche de poste, aurait-elle des contacts dans ce domaine ? Mais la « gentille » conseillère reste mystérieuse. Elle ne veut pas en dire plus au téléphone, et me dit juste dit que c’est « très intéressant ». Je demande alors naïvement si ça a quelque chose à voir avec le social, et mon interlocutrice me répond que d’une certaine façon, oui, puisqu’il y a beaucoup d’argent à gagner… Hem! De moins en moins naïve, je demande si c’est de la vente à domicile ou quelque chose dans le genre, ce à quoi Madame D.B. répond que c’est « du marketing internet ». Voilà. Madame D.B. ne veut pas en dire plus, elle me laisse juste son numéro de portable ainsi que le lieu et la date du rendez-vous.
Du coup, je me pose des questions : est-ce que c’est de la vente pyramidale? Est-ce que c’est Herbalife? Est-ce qu’il faut vendre des manuels « comment gagner des millions sur internet » à des pauvres naïfs? Est-ce que c’est du téléphone rose (ben quoi? j’ai une voix très sexy il parait)? Est-ce que c’est juste une banale secte qui récupère les pauvres chômeurs désespérés? Est-ce que Mme D.B. est la fille du dernier président du Nigéria dont l’héritage a été spolié? Est-ce une extra-terrestre qui enlève les Bretons afin de leur extorquer la recette du kouign amann? Est-ce une dangereuse psychopathe?
Bref, je me pose plein de questions… et je rappelle au passage aux lecteurs attentifs que Mme D.B., travaillant pou l’ASSEDIC, est en contact permanent avec des chômeurs et a accès à plein d’informations sur eux (nom, prénom, date de naissance, numéro de sécu, adresse, téléphone…). The question is : est-ce vraiment déontologique?
Alors, votre avis???
 

Le 10 janvier arrive et j’ai eu largement le temps de réfléchir à l’affaire « marketing internet ». Je suis de moins en moins motivée pour aller faire ma curieuse au péril de mon état mental précaire… mais je me dis que je n’ai rien à perdre alors, autant aller voir…
Je pars presque à l’heure de chez moi, mais forcément, je me perds en route (acte manqué?), et j’arrrive donc franchement en retard. Petit lotissement tout neuf, petites maisons toutes bien alignées, petites allées, petits rond-points… et me voilà au 2 rue H.T. Je me gare, je respire, je sors de la voiture, je jette discrètement un petit coup d’oeil par la fenêtre… et je vois un petit groupe sagement assis devant un lecteur DVD… mouais, ça sent le bourrage de crâne ce truc. Je sonne, « excusez-moi pour le retard, patati patata, j’ai écrasé un sanglier… bla bla… j’ai porté secours à un hérisson en détresse… patata… j’ai percuté une trottinette conduite par une rasta en string… patata… » bref je me confonds en excuses (mais pas trop quand même), je rentre, je m’assieds… et j’admire! Au programme ce soir : la vie merveilleuse des conseillers A***, leurs salaires mirobolants, leur séminaire au Mexique, leur bonheur, leur joie de vivre, leur beauté… rhoooooo, c’est magnifique, j’en chialerais presque! Fin du DVD… gros silence. Et là, la quasi-chômeuse innocente et naïve que je suis demande :
– Faut vendre quoi?
– Justement, j’ai des catalogues, répond la merveilleuse conseillère A*** (qui est aussi interlocutrice ASSEDIC, pour ceux qui auraient perdu le fil). Je feuillette, les pigeons accompagnateurs aussi… mouais, bof, rien de fabuleux : fringues, produits ménagers, bijoux, produits de beauté… de la marque A*** bien sûr! Le principe est simple: le vendeur touche 5% de ses ventes (mais vu le prix des produits, il a intérêt à être bon vendeur!) et un pourcentage des ventes de ses filleuls… hum hum, mais ça ressemble à de la vente pyramidale ça!
Bref, je ne suis pas convaincue… surtout que Madame D.B. insiste lourdement pour nous refourguer son « complément d’information » avec DVD explicatif et produits test pour la modique somme de… 99 euros! Aaaaaargh, il est là le piège!!! Je reviens à la charge et demande, toujours avec ma douce voix innocente, s’il faut acheter du stock.

– Mais pas du tout, me répond la gentille-conseillère-de-mes-deux, il y a les catalogues… mais il faut les acheter (hi hi, elle est rigolote!). Bon, je suis pas complètement stupide, si je veux qu’un client-pigeon m’achète un truc, il faudra bien que je le lui montre en vrai… donc que je l’aie avec moi… donc il faut que je l’achète AVANT! Bref, je ne suis pas intéressée, et je décline poliment mais sèchement l’offre pas très alléchante de Madame D.B. Au passage, je lui fais quand même remarquer que cette façon de « recruter » n’est pas très déontologique, et que je ne serais jamais venue si elle m’avait annoncé clairement la couleur. Madame D.B. hausse les épaules et, d’un ton condescendant, rétorque qu’elle m’offre une chance de gagner de l’argent et que je devrais l’en remercier au lieu de le lui reprocher. Salope ! Je quitte ce traquenard de façon fort peu cavalière, en me retenant de claquer la porte.
En sortant de là, je suis franchement énervée, d’autant plus que quelques uns des potentiels pigeons convoqués à cette masquarade ont signé un chèque pour acquérir le fameux DVD. Ma seule envie, c’est de contacter l’ASSEDIC pour leur raconter cette histoire, mais Madame D.B. m’a fait entendre que j’avais tout intérêt à garder ça pour moi… Malhonnêteté et chantage…

Plusieurs années plus tard, j’en ai quand même parlé à un conseiller Pôle Emploi. Il a froncé les sourcils et noté le nom, mais je ne pense pas qu’il y ait eu de suite… Combien de chômeurs sont encore contactés par Madame D.B aujourd’hui? Mystère… et crotte de pigeon!

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La misère est-elle mauvaise pour la santé ?

La médecine basée sur les preuves a encore frappé. Une publication dans un très sérieux journal médical psychiatrique [[1]] révèle que le chômage parental et de mauvaises conditions socio-économiques dans l’enfance favorisent les addictions, les troubles du comportement et la … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Les indemnités journalières ne peuvent pas se cumuler avec certaines prestations !

Des indemnités journalières sont versées en cas d’arrêt maladie.
Ces indemnités ne peuvent pas se cumuler avec les indemnités journalière d’accident du travail ou de maladie professionnelle.
Si un arrêt maladie survient alors que l’assuré… Continuer la lecture

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Joyeux anniversaire!

Semaine de tous les dangers.
Georges marche. C’est chouette un petit bonhomme qui grandit. Il aura un an dans dix jours. Un an, déjà.
Ce qui veut dire que ça fera bientôt un an que mon père est mort. Demain il aurait dû avoir 65 ans. Voilà, je vous laisse imaginer mon humeur du soir.
L’an dernier, nous savions tous que c’était son dernier anniversaire avec nous. Chez nous, les anniversaires, c’est assez classique : une bonne bouffe et des cadeaux. Sauf que quand on a un cancer de l’oesophage et qu’on est perfusé, une bonne bouffe… On aurait pu se rattraper sur les cadeaux, mais on a un peu manqué d’inspiration. Parce que bon, concrètement, on offre quoi à quelqu’un qui va mourir dans (très) peu de temps? Vous avez déjà réfléchi à ça vous? Moi oui. L’an dernier. Et je peux vous dire que c’est pas simple. Fort heureusement, Borée a eu l’excellente idée de publier son livre à cette période. Un livre, c’est bien, ça fait passer le temps, surtout quand c’est bien écrit, et on peut raisonnablement espérer le finir avant de mourir. Donc voilà, j’ai offert le livre à mon père, et il était content. Et moi-aussi, parce que j’avoue que j’étais pas mal fière de pouvoir lui dire que je connaissais l’auteur en vrai. Bon, par contre, pour la fête des pères… Bref.
Et cette semaine, re-voilà le 13 juin. Et la fête des pères. La même semaine. Donc forcément, grosse déprime. J’aurais pu me dire qu’on allait fêter ça avec beau-papa mais non. Raté. Du coup je sens venir la tristesse au grand galop pour mon mari et moi. Un mauvais moment à passer.
Allez, positivons. Un cadeau d’anniversaire et deux cadeaux de fête des pères en moins à acheter! Comment ça je suis ignoble? Non, juste pragmatique. Je vais vous expliquer pourquoi. Rassurez-vous, ce ne sera pas long, je tombe de sommeil et j’ai hâte d’aller déprimer sous ma couette.
Je suis donc au chômage depuis le mois de septembre. Enfin non, pas tout à fait, c’est plus compliqué que ça. Disons que j’ai perdu mon emploi principal (30h/semaine) mais que j’ai conservé mon emploi secondaire (3h/semaine). Pôle Emploi a eu beaucoup de mal à comprendre cette petite phrase, et j’ai dû aller plusieurs fois le leur expliquer. Calmement. Sans m’énerver. Alors que la seule envie que j’avais, parfois (souvent), c’était de faire bouffer ma fiche de paie à l’employée de l’accueil. Mais c’est une autre histoire. Bref, il a fallu plusieurs mois de négociations pour que mon (tout) petit salaire ne soit plus déduit de mes allocations. Parce que bon, sur 690 euros d’allocation, quand on enlève 70 euros de salaire pour l’activité conservée, ça fait pas lourd (oui, cher lecteur, tu as bien lu : 690 euros, ça fait rêver hein?).
Et puis, ô joie, ô divine surprise, Pierrette se casse le poignet (désolée Pierrette, en vrai je t’aime bien) et je la remplace. C’est pas lourd hein, 13h par semaine, mais bon, ça m’occupe, c’est un boulot sympa, et puis vu que mon petit contrat de 3h/semaine prend fin ce mois-ci, ça me permet de continuer à travailler, histoire de ne pas devenir une nantie de chômeuse avachie en pyjama/charentaises/bigoudis devant les feux de l’amour! Et accessoirement, je me dis que ça mettra un peu de beurre dans les épinards.
Mais ça, c’était sans compter sur Pôle Emploi.
Début juin, le boulanger me paie. Deux semaines de travail, soit 150 euros. Mon autre petit contrat (celui de 3h/semaine, vous suivez?) n’est pas payé puisque la dame est hospitalisée. Ben oui, elle est pas là, donc je bosse pas, donc voilà : pas de boulot, pas de salaire, logique! Du coup, j’ai posé les quelques congés qui me restaient à prendre, ce qui va me faire un salaire mirobolant de… 35 euros!!! Pour résumer, ce mois-ci je dois donc compter sur les 690 euros de Pôle Emploi, les 150 euros de la boulangerie et les 35 euros de Madame Petitchef. J’ai connu pire, ça devrait le faire. Sauf que… Ben oui, vous vous doutiez bien que c’était trop simple!
Sauf que Pôle Emploi ne me paye que quand ils ont mes fiches de paie en leur possession. Celle du boulanger, pas de problème, je l’ai reçue très vite, mais celle de Madame Petitchef… Une fois les fiches de paie arrivées, il faut en remettre une à mon agence locale et il faut envoyer l’autre à Arras. Ah ben oui, c’est compliqué, il y a une activité conservée ET une reprise d’activité, alors ça fait deux traitements différents (je vous rappelle que c’est vos impôts qui payent tout ça, je dis ça comme ça hein). Donc, le temps de recevoir mes fiches de paie, puis le temps que qu’Arras reçoive tout ça, puis le temps que tout ça soit pris en compte, nous voici presque à la mi-juin, le banquier s’étrangle de stupeur devant mon compte, on mange des pâtes à toutes les sauces (sauce camembert, sauce tomate, sauce gruyère, sauce sans sauce) et miracle, le fameux versement arrive! Je vous rappelle que ce mois-ci j’avais naïvement compté sur 690+150+35 euros, soit un total hallucinant de 875 euros! Ben non.
Pôle Emploi, qui est joueur, trouve que décidément, je suis une putain de nantie de travailleuse, donc mon allocation est (très légèrement) revue à la baisse. 590 euros. Joie.
Donc, deux semaines de boulot valent 50 euros. OK. Je me plains pas hein, en Chine je peux vivre un mois avec 50 euros, facile!
Je rappelle en passant que si je m’étais contentée de ne pas bosser, j’aurais actualisé ma situation fin mai et aurais perçu mes 690 euros d’allocations début juin, ce qui aurait évité à mon cher et tendre banquier (vous le sentez tout mon amour là?) de se faire des cheveux blancs. Accessoirement, ça m’aurait aussi économisé de l’essence (oui parce que je vais bosser en voiture… Je suis une nantie j’vous dis).
Du coup, je relativise vachement par rapport à la semaine pourrie qui m’attend.
Parce que bon, d’accord on est tristes, je déprime, mon frère déprime, mon mari déprime, mes belles-mères dépriment. Mais bon, positivons, on économise trois cadeaux. Et ouais!

Elle est pas belle la vie?

PS : il est minuit. Joyeux anniversaire papa. Cette année t’auras pas de cadeau mais ça m’empêche pas de t’aimer. Très fort. Tu me manques. Continuer la lecture

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Combien vaut ta vie?

Elle a trois ans. C’est une adorable petite fille. Une adorable petite fille avec un adorable sourire. Une adorable petite fille avec une putain de leucémie.
Plus d’un an qu’elle est à l’hôpital. Chimios, greffe, chambre stérile… Drôle de vie pour une enfant. Une vie loin de chez elle, loin de sa soeur et de son père, avec pour seul horizon les murs blancs de sa chambre d’hôpital, pour seule compagnie sa mère et l’équipe soignante.
Et puis, une pause. La petite fille peut rentrer chez elle. Oh, pas longtemps, juste une petite semaine, histoire de recharger un peu les batteries avant les prochains traitements. Une petite semaine qui lui ferait du bien, chez elle, dans sa chambre, avec sa famille. Il y a juste un petit détail à régler. Oh, un tout petit détail, mais un détail avec des poils et des pattes : les chiens. Il y en a trois à la maison, ainsi qu’un chat, et ça, le médecin, il est un peu sceptique. Pour une raison d’hygiène, il vaudrait mieux que les animaux soient éloignés quelque temps, ce serait plus simple. Simple? Pas tant que ça.
« Les animaux étaient là avant ma fille », dit le père. Tout est là, dans cette petite phrase. Les animaux sont prioritaires, la petite fille ne rentrera pas chez elle. Tant pis. De toute façon, c’est pas grave, elle est morte quelques mois après… Sans être rentrée chez elle.

Entre ta fille et tes chiens, choisis ton camp camarade!

Elle a cinquante-sept ans. Elle prend soin d’elle. Elle mange bio et fait du sport. C’est une belle femme qui respire la santé. Son mari, lui, est bel homme et respire le tabac. Lui, le bio et le sport, c’est pas sa passion. Au tofu/footing il préfère le whisky/clope. Chacun son truc. Elle court dehors, il fume dedans. C’est souvent un sujet de discorde entre eux. Elle passe trop de temps dans les bois, il passe trop de temps dans la fumée. N’empêche, le cancer, il sera pour elle, pas pour lui. Cancer du poumon, chez une non-fumeuse, c’est dommage. Parfois la vie est ironique. Cerise sur le gâteau, elle sera incinérée.

Entre ta femme et tes clopes, choisis ton camp camarade!

Elle a quatre-vingt-treize ans.Elle est veuve et sans enfant. Elle est aussi aveugle et paraplégique. Mais son mari, lui, avait des enfants d’un premier mariage, elle n’est donc pas vraiment seule. Deux solutions : placer mamie en maison de retraite ou laisser mamie à la maison. La maison de retraite, c’est cher, et puis qui va payer? Rester à la maison, finalement, c’est une bonne solution. Une auxiliaire de vie matin, midi et soir pour les levers/repas/couchers, un passage infirmier par jour, et pour le reste, on mettra la télé, ça fera de la compagnie. Tant qu’à faire, on va demander à Nicole, la nièce du mari décédé, de faire le boulot. Vu qu’elle est au chômage ça lui fera un petit revenu. Tant pis si elle n’est pas formée pour ça, tant pis si c’est mal fait, tant pis si mamie serait mieux ailleurs avec des gens qui lui parlent que coincée chez elle avec la télé toute la journée.

Entre ton fric et ton humanité, choisis ton camp camarade!

Et toi, combien vaut ta vie? Vaut-elle celle d’un chien? Celle d’un paquet de clopes? Celle d’un compte en banque?

Qui s’occupe de toi? Qui te tient la main quand tu as peur? Qui te sourit? Qui te console?

Qui te fera à manger quand tu ne pourras plus le faire? Qui viendra t’aider à te lever chaque matin? Qui viendra te raconter la vie de dehors?

Qui te fermera les yeux? Continuer la lecture

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Séniors, désormais tout est clair

En quête désespérée de croissance, le gouvernement vient d’annoncer son intention de développer des secteurs prometteurs. En tête de liste, se trouve le marché des séniors. Les arguments ostensiblement affichés sont leur nombre croissant, et surtout, leurs besoins de soins … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Une fin… Et un début

Il y a quelques mois, quand j’avais encore un boulot (et un père), j’ai fait part à Madame Grandchef de mon désir de formation. Parce que bon, j’ai un bac qui ne me sert pas beaucoup (enfin si, il me sert à savoir lire et écrire, pour tenir un blog c’est important), un diplôme de moniteur-éducateur qui ne me sert à rien d’autre qu’à me faire mousser auprès des éventuels employeurs d’aides à domicile (mais bizarrement, pour les employeurs de moniteurs-éducateurs, ça marche pas, j’ai pas assez d’expérience), un vague brevet de secourisme et… Ben rien. Quelques formations professionnelles, de l’expérience en veux-tu en voilà, mais ça paye pas tout ça. Parce que dans ce boulot, ce qui compte ma ptite dame, c’est LE DIPLÔME! Le fameux DEAVS, à la limite le titre d’assistante de vie aux personnes, la panacée des quinquas au chômage, la gloire de Pôle Emploi qui reconvertit n’importe quelle chômeuse longue durée en super auxiliaire super efficace super efficiente (et je m’excuse par avance auprès de toutes les quinquas au chômage). Sauf que moi, le diplôme, je l’ai pas. J’ai un bac, j’ai un diplôme, j’ai de l’expérience, j’ai deux gosses, j’ai un blog (ah oui mais ça je peux pas le dire), j’ai même une R19 (contrôle technique OK, yes!), mais j’ai pas le DEAVS.
Qu’à cela ne tienne, pensais-je naïvement (je vous ai déjà dit que j’étais naïve?), il me suffit d’exprimer mon secret désir d’ascension sociale à Madame Grandchef et celle-ci, dans sa grande mansuétude et sa profonde humanité (et surtout, dans son devoir d’employeur), m’orientera vers le diplôme tant convoité (admirez au passage la tournure de la phrase, vous le sentez passer mon bac littéraire avec mention là?). Je m’égare. Aussitôt pensé, aussitôt fait, et c’est fraîche et pleine d’entrain que je formulai ma demande.
Non. No. Nein. Pas question. Même pas en rêve. Va crever ailleurs espèce de sous-merde (ah non, pardon, je digresse).
Bref. C’était clair. Et sans appel. Arguments invoqués?
« Les budgets sont bouclés, désolée. » (euh… trois ans à l’avance?)
« La VAE? Mais vous n’y pensez pas, vous n’êtes ab-so-lu-ment pas prête! » (ben heu, si j’essayais, je saurais)
« Un diplôme d’AMP ou d’aide-soignante? Non, nous ne finançons que ce qui a trait à l’aide à domicile. » (qui parlait d’ascenseur social à propos des formations professionnelles au fait?)
Finalement, la question de la formation a été vite réglée, en même temps que celle de mon renouvellement de contrat. Bye bye Babeth, et sans rancune hein!?
Non, sans rancune, enfin presque.
J’ai fait une croix sur mon boulot ET sur ma formation. La vie a continué. Et puis il y a eu une rencontre. Une grande rencontre, avec plein de gens. Et parmi ces gens, il y avait un homme qui venait de réussir un concours. On en a parlé, un peu, j’y ai réfléchi, beaucoup. Les mois ont passé. Georges, mon père, de longs moments passés dans les hôpitaux, dans différents services. Des médecins, des brancardiers, des infirmiers, des ASH, des spécialises divers et variés… et des aides-soignants. Re-découverte. Finalement, nos métiers se ressemblent, mais eux travaillent en équipe, dans un cadre, alors que je travaille seule, livrée à moi-même. Je les observe. Je discute avec eux. Je trouve auprès d’eux des sourires, des paroles réconfortantes, de la douceur (oui, de la douceur, et à l’hôpital c’est important la douceur)… Empathie. Je trouve en eux ce que je voudrais être dans mon travail. Ils finissent de me convaincre.
Je m’inscris donc au concours, quasi en secret. Je ne mets pas grand-monde au courant car j’ai peur que ça me porte la poisse (ben oui, avec la chance que j’ai!). Deux concours, deux oraux (mon bac a au moins un mérite, il me dispense de l’écrit). Et l’attente, la longue attente. Jusqu’à aujourd’hui. Après une nuit blanche, j’ai passé la journée à guetter les résultats sur internet. Pour rien. La poisse jusqu’au bout je vous dis. Finalement, on a réparti les tâches : mon mari est allé dans une école, moi dans l’autre. Mauvaise pioche pour mon mari, bonne pioche pour moi. Liste complémentaire dans une école, liste principale dans l’autre. Champagne!
Voilà. Ça c’est fait. Enfin non, c’est à faire. Mais je ne m’inquiète pas. Je sais que je vais adorer. J’ai hâte de commencer. Hâte de vous raconter aussi.
Alors, pour le jeune homme qui m’a parlé de ce concours (et qui ne se reconnaîtra pas vu que je ne crois pas qu’il lise ce blog, mais son compagnon si, donc si le compagnon en question se reconnaît, c’est bien aussi) : MERCI.
Pour l’équipe du service où était hospitalisé mon père : MERCI.
Pour les quelques personnes qui étaient au courant et qui m’ont encouragée, tout en sachant garder le secret : MERCI.
Et pour Madame Grandchef qui m’a foutu dehors comme une merde en me faisant bien sentir que j’étais une moins que rien : va te faire foutre connasse!

(Et sinon, n’oubliez pas de voter hein! Pour rappel, c’est ) Continuer la lecture

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Devant mon café

Vite fait bien fait, parce que je file bosser, deux ou trois petites choses.
Notre voiture part définitivement à la casse. 10 ans, presque 320 000 kilomètres, elle aura bien vécu. J’avoue que j’ai un petit pincement au coeur, c’est la première voiture que j’ai conduite. À la place nous aurons une Renault 19. Grand âge mais petit kilométrage. J’ai hâte de la découvrir!
Le blog change un peu. J’ai rajouté quelques boutons  : Twitter, Facebook, Mail. Trois réseaux, trois façons de donner des nouvelles et d’en prendre, car je sais qu’on n’exprime pas les mêmes choses selon les lieux.
J’ai de nouveau la patate, du coup je me lance dans la VAE. À coeur vaillant rien d’impossible! Et puis je reprends mes gribouillages, Amélie est ravie d’essayer aussi, ça nous fait des petits moments rien que toutes les deux. Ces moments sont précieux depuis que Georges est là! Collant, Georges? Oh, si peu! 🙂
Bon, vous voyez, j’avais pas grand-chose à raconter en fait, c’était juste pour donner des nouvelles! Allez zou, je file bosser! À bientôt ici, ou ailleurs!

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Les petits ruisseaux…

Luna a seize ans. Elle a deux adorables petites soeurs, un chéri, et une tumeur. Elle tient un très beau blog, dans lequel elle raconte sa maladie, l’hôpital, la peur de mourir. Elle a beaucoup d’amis sur les réseaux sociaux, normal, une jeune fille si courageuse, si gentille, si malade. En quelques mois est née une formidable solidarité autour d’elle. Jusqu’à ce qu’un jour, plus de Luna. Le cancer a gagné. Ça arrive parfois, même quand on est une gentille jeune fille, même quand on a beaucoup d’amis. Forcément, c’est injuste, et forcément, on voudrait faire quelque chose. La cousine de Luna, via son blog, annonce la date de la crémation. On s’organise, on se cotise, et on fait livrer un gros bouquet au funérarium. Et là, stupéfaction. Pas de Luna dans les obsèques. Inconnue au bataillon. Inconnue à l’hôpital également. Alors on réfléchit, on recoupe les informations, on s’envoie des tas de mails, et on en arrive à la conclusion qui s’impose : Luna n’existe pas. Elle n’est que le personnage sorti de l’imagination maladive d’une jeune fille tout à fait banale, tout à fait en bonne santé, et tout à fait mythomane. Le mensonge aurait été parfait sans l’intervention de la « cousine » (elle-même), laquelle avait eu l’imprudence de laisser son numéro de téléphone à certains contacts. Numéro récupéré, nom de famille et ville très vite retrouvés, maman de « Luna » immédiatement prévenue des agissements de sa fille. Je ne sais pas ce qu’aura donné la suite mais vu la colère de la mère au bout du fil, j’imagine que la petite mythomane a sans doute passé un sale quart d’heure! (Luna, si tu me lis, désolée, mais c’était nécessaire)

Jaddo est médecin généraliste. Je ne vous ferai pas l’offense de vous la présenter mais je vais juste vous reparler du jaddothon. Pour résumer, y’a deux vilains pas beaux qui ont piqué la caisse et cassé le moral à une gentille et jolie doc (et en vrai, je peux vous dire que Jaddo est vraiment une gentille et jolie doc), sur ce y’a Dominique le vrai gentil qui est arrivé tel Zorro sur son cheval (et en vrai, je peux vous dire que Dominique est vraiment un vrai gentil), y’a eu plein de dons, plein de petits mots, plein d’amour, et le moral de la gentille et jolie doc est remonté d’un coup (ou presque) (pour lire l’histoire, c’est et ).

Odile/Yaelle/Noa/Salomé.  Quatre prénoms. Une seule et même personne. Quatre histoires. Non. Une histoire (vraie) et trois fictions. Peut-être plus. Peut-être que Luna, c’était déjà Odile? Qui sait? Là encore, une jeune fille (plusieurs), un drame, une solidarité. L’histoire est (très bien) racontée . Allez lire, c’est instructif.

Opale vit une période pas facile. Et quand je dis « pas facile », je suis sympa. En fait, Opale vit une période difficile. Très difficile. Extrêmement difficile. Heureusement, là encore, il y a les réseaux sociaux. Et sur les réseaux sociaux, il y a Tamimi. Et Tamimi, c’est un peu une fée. Alors voilà, magie d’Internet et magie des fées, l’anniversaire d’Opale devient une journée merveilleuse : fleurs, chocolats, livres, cadeaux… Et de l’amour, plein.

Et puis moi, Babeth. Babeth et ses histoires de vieux, Babeth et Amélie, Babeth et Georges, Babeth et son père. Babeth et Madame Grandchef, Babeth et Madame Petitchef, Babeth et sa voiture pourrie. Babeth et son embrayage. Babeth et son appel au secours. Et puis vous. Vous qui lisez ce blog, vous qui laissez parfois un petit commentaire. Vous qui échouez sur cette page après un lien posté sur Twitter ou ailleurs. Vous qui avez cliqué.

Certains me connaissent en vrai, d’autres pas. Certains lisent ce blog depuis longtemps, d’autres pas. Certains ont cliqué, certains m’ont laissé des petits mots, certains m’ont proposé des solutions… Et au milieu de vos mots et de vos gestes, je n’ai pas reçu un seul mail d’insultes, pas un seul jugement du type « tu l’as bien mérité sale feignasse », pas un seul troll.

Et moi? Moi je suis épatée. Épatée par votre confiance, épatée par votre gentillesse. Épatée par vous, tout simplement.

Bon… Vous voyez où je veux en venir j’imagine? J’ai pris sur moi pour écrire le précédent billet, parce que j’avais honte. Je prends sur moi pour écrire celui-ci, mais pas pour les mêmes raisons. J’ai tellement de choses à vous dire que je  ne sais comment les dire, il y a tellement d’émotions qui se mélangent que je ne sais comment les exprimer.

Alors on va faire simple : MERCI

Voilà. Merci à chacun d’entre vous. Merci d’être vous, merci de m’avoir fait confiance, merci de m’avoir aidée. J’ai le moral regonflé à bloc, vraiment. La voiture, honnêtement, c’est mort, elle est trop vieille pour être réparée, mais on a trouvé une solution de rechange, et vos dons vont nous permettre de financer cette solution.

Quant au boulot, je ne désespère pas.  Je vais FORCÉMENT trouver quelque chose de mieux.

Allez, c’est pas tout ça mais revenons aux choses sérieuses, le prochain billet sera un vrai billet d’auxiliaire de vie, promis!

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Publié dans auxiliaire de vie, chômage, dessin | Commentaires fermés sur Les petits ruisseaux…

Bon ben voilà quoi…

Georges a huit mois. C’est un chouette petit bonhomme, qui sourit tout le temps et à tout le monde, qui trottine à une vitesse effarante et qui adore jouer avec tout ce qui est à portée de main (traduisez : il faut tout planquer). Je passe beaucoup de temps avec lui, forcément, parfois le chômage a du bon. Parfois.
Il y a un an, à la même époque, ma vie était radicalement différente. Nous avions emménagé depuis peu dans notre « petite maison dans la forêt », j’avais un papa qui, bien qu’ayant un certain nombre de défauts, avait au moins le mérite d’être en vie, j’avais un travail (deux même), nous allions avoir un bébé. Bref, c’était plutôt pas mal.
Et puis, je sais pas, faut croire que quelqu’un (Madame Grandchef?) a fabriqué une poupée vaudou à mon effigie et s’en est méchamment servi car subitement, vers février-mars, tout s’est cassé la gueule. Bon, je vais pas revenir dessus hein, pas très envie de remuer le couteau dans la plaie (pour les curieux, c’est raconté et ), mais toujours est-il que « la petite maison dans la forêt » n’était plus en lice pour le prix de la fiction gnangnan de l’année.
Bon, je vous mets le film en avance rapide, Georges est né, mon père est mort, j’ai perdu mon boulot. La situation paraît simple mais ne l’est pas tant que ça, à cause d’un (petit) détail. J’avais deux boulots : un contrat de 30h à Morteville, avec la délicieuse Madame Grandchef (mon idole, vous l’aurez compris) et un petit contrat de 3h30/semaine chez un adorable monsieur de 90 ans, pas très loin de chez moi. Vous suivez?
En mars, patatras, mon moral en prend un coup, mon dos aussi (voir ), et la faible auxiliaire que je suis se fait porter pâle (allez-y, traitez-moi de feignasse, j’assume!). Et puis tout s’enchaîne très vite. La grossesse, la maladie, la naissance, la mort…
Septembre, fin du congé maternité, je pointe allègrement à Pôle Emploi et m’apprête à reprendre mon petit contrat de 3h30. J’appelle donc mon autre patronne, celle de l’autre boîte (appelons la Madame Petitchef) et re-patatras, j’apprends que ce salaud de vieux a lâchement profité de mon absence pour mourir! C’est con, je l’aimais bien. C’est d’autant plus con que je suis maintenant complètement au chômage (désolée, je fais pas dans la niaiserie, j’aimais beaucoup ce vieux monsieur mais là n’est pas le sujet).
Bon bon bon, la situation est grave mais pas désespérée. Puisque je n’ai plus aucun engagement avec la boîte de Madame Petitchef, le plus simple est qu’elle me licencie non? Ben non. Refus catégorique, je dois démissionner, refus de ma part, je connais les méandres et la perfidie de Pôle Emploi, pas question de faire cette erreur. Madame Petitchef me trouve donc un autre petit contrat, je perds une heure au passage mais je conserve mon CDI. Pôle Emploi a du mal à saisir la situation, les conseillers à l’emploi semblent découvrir que certaines catégories de salariés puissent avoir plusieurs employeurs. Je vous passe le bordel administratif et les nombreux allers-retours inutiles à l’agence, le stress et compagnie, ceux qui connaissent Pôle Emploi comprendront.
Bref, j’en suis là. Un petit contrat de rien du tout, en CDI, qui bouffe la semaine pour gagner des cacahuètes, mais ce petit contrat me permet de ne pas être au chômage complet, et pour le moral c’est important (et pour l’image de soi). Une promesse d’augmentation d’heures que Madame Petitchef est incapable d’honorer, la faute à pas de chance, pas de boulot, c’est la crise ma ptite dame.
En attendant, le reste n’attend pas. Georges et Amélie grandissent, il faut payer la maison, la voiture vieillit. 300 000 kilomètres au compteur, ça commence à faire beaucoup, à chaque panne on tremble, mais Super Dédé le super garagiste sait tout réparer.
Sauf que voilà, on est en février, et février, c’est bien connu, chez moi c’est un mois pourri (pourtant y’a la Saint-Valentin, mais ça suffit pas).
Jeudi, en rentrant du boulot, la pédale se bloque, l’embrayage aussi. Je suis en troisième, à deux kilomètres de la maison, j’arrive à rentrer tout doucement, j’échoue la voiture devant la maison et… RIP la voiture. La brave petite Fiat rend son dernier souffle, l’instant est grave, sortez les mouchoirs et les pop-corn. Pour faire simple, l’embrayage est foutu, y’en a pour 1700 Euros de réparation (le devis s’alourdit de jour en jour, faut que j’arrête d’appeler Dédé), on n’a pas l’argent, on peut pas demander un crédit parce que la banque va s’étouffer de rire si on ose prononcer le mot, on est grave dans la merde… Et j’ai plus de voiture pour aller bosser.
Voilà, c’était le quart d’heure misérabiliste du jour, vous pouvez ranger vos mouchoirs.
Concrètement, pourquoi ce billet, si ce n’est pour vous tirer une petite larme d’émotion? Vous l’aurez compris, il faut que je répare ma voiture. Donc voilà, il y a un bouton en haut à droite, vous pouvez cliquer (ou pas), vous pouvez envoyer un ptit mot d’amour (ou pas), vous pouvez me demander un dessin de Babeth l’auxi (ou pas) (mais si vous voulez un dessin, laissez-moi votre adresse) (dessins visibles ici et ici) (ouais je sais je dessine mal mais c’est tout ce que j’ai à proposer, sinon j’ai bien un rein qui me sert à rien…).
Les commentaires restent ouverts mais sont, comme d’habitude, modérés. Les trolls et les insultes ne seront pas publiés, mon ego n’a absolument pas besoin de ça en ce moment. Pour ce qui est des conseils en tous genres, je suis preneuse. Je tiens quand même à vous rassurer, je ne glande pas dans mon coin en attendant que ça tombe tout cuit, mais là je cherche une solution d’urgence.

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La quinqua

 

Elle a cinquante ans, un mari, deux grands enfants, une maison. Une vie normale. Elle travaille à l’usine, comme beaucoup dans la région. Son mari aussi d’ailleurs. Les enfants ont quitté la maison, ils font des études à la grande ville. Cahin-caha, ça va à peu près. Jusqu’à ce que l’usine ferme. C’est la crise ma ptite dame, va falloir trouver autre chose et fissa, y’a les études des enfants à payer. S’ils pouvaient avoir une vie meilleure que leurs parents, ma foi ça serait pas mal. Oh on leur demande pas de faire de grandes études hein, après tout l’important c’est qu’ils soient heureux dans ce qu’ils font, mais s’ils pouvaient éviter l’usine et les trois huit, ce serait déjà un soulagement.
Alors la ptite dame, la voilà au chômage. Et le crédit de la maison qu’il faut payer, les enfants à qui il faut envoyer de l’argent, les courses, les factures… La vie quoi! Son mari retrouve du travail, pas du tout dans la même branche mais il s’adapte, faut bien. Mais pour elle, c’est plus dur. L’usine l’a cassée, elle a le dos en vrac. Pas facile pour chercher du travail. Trente ans d’usine sur son CV, c’est bien beau mais ça ne lui sert pas à grand-chose. Elle scrute les annonces, envoie des candidatures tous azimuts, pointe chaque mois à Pôle Emploi… Mais rien, nada, niet, niente. C’est la crise pour tout le monde, c’est pas le moment d’être au chômage.
Heureusement, le conseiller en charge de son dossier se démène pour l’aider à rebondir (ils aiment bien ce mot à Pôle Emploi, ça fait dynamique) et a la brillante idée de lui faire faire un bilan de compétences. Voici donc Véronique assise dans une petite salle surchauffée, avec quelques autres quinquagénaires au chômage, remplissant son formulaire avec application. Que sait-elle faire? Quelles sont ses qualités? Quelle est sa disponibilité? Des questions, des réponses, des cases à cocher, on mélange le tout, on secoue et… Magie! Véronique est faite pour l’aide à la personne! Pas de doute, c’est une vocation chez elle. Fonce Véronique, les faibles et les opprimés n’attendent que toi, toi et ton sourire, toi et ta gentillesse naturelle, toi et ton amour du travail bien fait!
Alors elle fonce Véronique, elle a trouvé sa voie, elle va leur montrer à Pôle Emploi que c’est une battante, une vraie, une qui rebondit. Et la voilà inscrite à une formation : Assistante de vie aux familles. Avec ça, c’est sûr, elle va trouver un métier, un vrai.
Pendant ce temps, le conseiller est content, sa chômeuse quinqua sort de la liste des demandeurs d’emploi de catégorie A (demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi) pour sauter directement en catégorie D (demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…). Et ça, pour le conseiller, c’est tout bénef!
Véronique fait donc sa formation et elle apprend plein de choses : comment faire une pâte brisée (sujet d’examen, attention, ça rigole pas), comment balayer efficacement mais aussi comment s’occuper des enfants, des personnes âgées, des personnes handicapées…
Et voilà notre quinqua diplômée et opérationnelle sur le marché du travail, à la conquête du vaste, très vaste secteur de l’aide à domicile. Sauf que notre petite dame, souvenez-vous, elle a mal au dos. En formation elle a galéré mais ne s’est pas plainte, elle avait pas envie de passer pour la vieille de service, mais maintenant, pour travailler, elle sent que ça va être plus dur. Un dos, elle n’en a qu’un, et il doit tenir jusqu’à la retraite, minimum, donc va falloir l’épargner un peu.
Alors Véronique cherche, postule, passe quelques entretiens, sans jamais rien dire de son dos, parce que la priorité c’est de trouver quelque chose, elle est en fin de droits et le crédit maison court toujours. Forcément, avec son sourire et son diplôme tout neuf, elle trouve assez vite un employeur. Quelle chance! Quelle chance pour l’employeur surtout, qui voit en elle une chômeuse en bien mauvaise posture prête à tout pour travailler, et surtout prête à accepter les horaires tordus dont personne ne veut.
Véronique commencera donc avec un petit CDD 20h/semaine. Chic, ça va lui laisser du temps libre, c’est bien! Quelle naïve! Car 20h, pour une auxiliaire de vie, c’est pas comme pour une vendeuse. Un petit exemple? Allez, rien que pour vous, le planning de rêve de Véronique
Lundi : 8h-10h, 11h-13h, 18h-20h
Mardi : 9h-10h30, 11h30-15h, 19h-21h
Mercredi : 12h-12h30
Jeudi : 8h30-11h, 18h-19h
Vendredi : 15h-16h30
Samedi :  12h-13h30
Et oui, ça c’est rigolo, pour faire un petit, tout petit 20h, Véronique va quand même travailler six jours par semaine, avec une amplitude horaire pouvant aller jusqu’à 12h (oui, je sais, y’a plein de professions où c’est comme ça… mais on parle pas du même salaire). Mais attention, si ça se passe bien, l’employeur a laissé entendre que les heures pourraient augmenter. Ô joie!
Précision utile : Véronique habite à trente kilomètres de son lieu de travail. Trente kilomètres  c’est pas énorme, y’a pire, mais voilà, quand on a une heure de pause entre deux interventions, on fait quoi? Rentrer et revenir, c’est faire soixante kilomètres en une heure, bof. Bon… ben autant rester dans sa voiture non? Véronique part donc le lundi vers 7h30, rentre à 13h30, repart à 17h30, rentre à 20h30. Et ainsi de suite. Rien qu’en trajets domicile-travail, cela fait 19 fois 30 kms = 570 kms… sans compter les kilomètres effectués sur place. Avec une moyenne de cinquante kilomètres supplémentaires par semaine, la voici à 620 kms, rien que pour le boulot. Avec sa vieille voiture, elle fait le plein tous les 800 kms, lequel lui coûte environ 60 euros, cela donne donc environ 200 euros de carburant par mois, pour un salaire de… tadam… 640 euros mensuels!
Alors si vous suivez, vous aurez remarqué qu’il reste à Véronique 440 euros par mois… Merveilleux n’est-ce pas? Pour info, le seuil de pauvreté est fixé à 954 euros, je dis ça je dis rien.
Alors la question que je vous pose est la suivante : Honnêtement, que gagne Véronique à travailler? Un épanouissement professionnel? Un équilibre personnel? Un compte en banque bien garni? Une expérience significative dans le domaine de l’aide à la personne?
Non. Véronique se ruine le dos, est tout le temps crevée, bousille sa voiture… Pour (presque) rien. Ah non, pardon, pour 640 euros. C’est vrai que ça change tout. Mais bon, le principal, c’est que la chômeuse quinqua ait retrouvé un (vrai) travail. Son conseiller est content, son banquier et son garagiste aussi, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
On dit merci qui?
Quant au dos de Véronique, il est comme sa voiture, il s’use… Mais il fera l’objet d’un prochain billet.

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