Archives de catégorie : Amélie

Grammar Nazi

Quand j’étais plus jeune (il y a longtemps), je voulais être professeur de lettres. J’aimais lire, j’aimais écrire, j’aimais la langue française, sa richesse, sa complexité. J’étais amoureuse des mots, des assonances, des alexandrins, des oxymores, de toutes ces figures de style qui font la mélodie d’une langue. J’ai passé un bac littéraire (logique) et me suis engagée avec joie dans des études de lettres. J’ai raté mes études. Ou plutôt, je n’ai pas pris la peine de les réussir. Disons qu’à l’époque, ma vie était un peu compliquée, et je n’ai pas su me consacrer à ce qui était vraiment important. J’ai fait autre chose. Mais je n’ai pas oublié les mots, et je les aime toujours autant.

J’ai fait une croix sur les études de lettres mais pas sur les lettres. Je lis, j’écris, tout le temps, tous les jours. Je lis des choses légères ou sérieuses, des livres, des blogs, des cours, des journaux, des forums… J’écris des billets de blog, des petits mots sur des post-it, des transmissions ciblées, des devoirs à rendre à l’IFAS. J’aime ça. J’aime le pouvoir des mots, j’aime le vocabulaire nouveau, il m’arrive d’éclater de rire devant la sonorité d’un terme un peu farfelu ou d’être inexplicablement émue devant un petit mot tout simple. Et surtout, j’aime les mots parce qu’ils enrichissent ma pensée. Il faut avoir vu « Alphaville » de Godard, il faut avoir lu « 1984 » d’Orwell, il faut être conscient de la chance que nous avons d’avoir une langue riche de nuances pour traduire nos émotions.

Quand on s’est rendu compte qu’Amélie ne parlait pas, ça a été un drame. Langue orale, langue des signes, PECS, Makaton… Autant de méthodes, autant d’échecs! Le langage, c’est la pensée, et je m’inquiétais de savoir comment cette enfant pouvait penser en l’absence de mots. Comment ressentir, s’exprimer, communiquer, si les mots sont absents? Amélie a fini par parler, et avec les mots est venue l’expression des émotions. Les émotions se sont transformées en sentiments, la parole a permis la communication, l’échange, et Amélie est entrée dans la vie « normale ».

Je sais que j’ai de la chance. Mes parents aimaient lire et j’ai grandi entourée de livres. Plus tard, j’ai rencontré des gens passionnants, un professeur de lettres, un philosophe, des blogueurs. Aujourd’hui encore, cet amour des mots me permet de raconter ce que je vis, d’apprendre, de comprendre. Je sais que tous n’ont pas cette chance. On ne choisit pas d’aimer quelque chose. On n’est pas tous égaux devant l’orthographe. On n’a pas tous les mêmes outils pour progresser. Je sais aussi qu’il y a des freins à l’apprentissage de la langue. Dyslexie, dysorthographie, dysphasie… Sans compter le milieu socioculturel, la famille, l’histoire de vie. Je sais aussi que je suis particulièrement pénible sur ce sujet, et que je manque cruellement de bienveillance. Parce qu’autant je peux comprendre qu’on ne maîtrise pas une langue par manque de moyens (pour toutes les raisons citées ci-dessus), autant il me semble incompréhensible de pondre un texte bourré de fautes parce qu’on ne s’est pas relu, parce que de toute façon « on s’en fout c’est sur internet », parce qu’on ne corrige pas les fautes soulignées en rouge par le correcteur orthographique, parce qu’on ne veut pas prendre cinq minutes pour vérifier l’orthographe ou l’accord d’un mot.

Je lis des choses ici et là qui me font bondir. Des phrases qui n’ont aucun sens, des mots qui n’existent pas, des accords impossibles. À force de fautes et de non-sens, le propos devient incompréhensible. Comment répondre à une question quand on ne la comprend pas? Comment recevoir une information quand elle ne veut rien dire? Comment prendre au sérieux quelqu’un qui revendique la reconnaissance d’un certain statut professionnel quand même le nom de son métier est écorché?

Alors non, ce n’est pas gentil de ma part de me moquer. Non, ça ne fait avancer personne, ni moi ni les autres. Oui, je manque réellement d’empathie sur ce sujet. Mais l’histoire que j’ai avec les mots m’a façonnée ainsi, elle a fait de moi une chipoteuse du verbe, une intolérante de la syntaxe, une véritable « Grammar Nazi ». Pardon. J’ai honte. En même temps, on ne peut pas être bienveillante avec tout le monde… Si? Continuer la lecture

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Deuil

Le 30 juillet 2012, c’était la journée internationale de l’amitié, c’était aussi la Sainte Juliette, et Yannick Agnel remportait la médaille d’or de natation aux Jeux Olympiques.
Et, surtout, le 30 juillet 2012, tu es mort.

Le 30 juillet 2013, ce sera la journée internationale de l’amitié, ce sera aussi la Sainte Juliette, et Yannick Agnel sera en finale des championnats du monde de natation.
Et, surtout, ça fera un an que tu es mort.

Inutile de te dire que je suis plutôt d’humeur maussade ce soir.

Un an. Un an sans toi. Un an de premières fois sans toi.

La première journée, sans toi. Sans l’hôpital, sans la chambre 423, sans l’équipe soignante et souriante qui prend soin de toi, et de nous.
Ton premier anniversaire de (re)mariage, sans toi, le lendemain de ton enterrement. On avait prévu une virée en train touristique. Je m’accrochais à ce stupide espoir qu’il te serait possible de tenir jusque là.
Le retour aux sources, sans toi. Toulouse, Vindrac, Castres. Ton enfance, tes racines, ta famille. Le cimetière, la tombe de tes parents, et ton urne posée à côté de celle de maman. Une belle journée malgré tout, parce que de belles retrouvailles, et la joie de faire découvrir certains coins aux enfants. Et puis, tu vas rire, sans faire exprès nous avons fait cette cérémonie le 9 août, jour de la Saint Amour. C’est pas beau ça comme cadeau d’adieu?
Le premier anniversaire d’Amélie, sans toi. Un gâteau, des bougies, des cadeaux, mais ta place est vide. Je pleure quand Amélie souffle ses bougies, et je m’en veux d’être triste justement ce jour-là, alors j’essaie de me faire discrète. Plus de trois mois que tu es parti, autour de moi la vie continue, forcément, implacablement, et je reste figée dans mon chagrin. Comment fait-on pour tourner la page quand on n’a plus de parents?
Ma première fête, sans toi. D’habitude tu m’appelles la veille, pour être sûr de ne pas oublier! Cette année, rien. De toute façon je n’ai pas le coeur à fêter quoi que ce soit.
Le premier Noël, sans toi. Ton absence est criante. L’an dernier, tu n’avais rien mangé, parce que tu avais « une espèce de boule » qui te gênait dans la gorge. L’espèce de boule, c’était une tumeur. Tu étais déjà malade, tu t’en doutais peut-être, mais nous, préoccupés que nous étions par la santé du bébé à venir, nous n’y avons pas vraiment prêté attention. Je t’ai engueulé gentiment, pour la forme, parce que vraiment ce n’était pas sérieux de laisser traîner ça, tu ne pouvais quand même pas rester comme ça sans manger! Nous avons passé une chouette soirée, tous ensemble, et nous avons tous été assez stupides pour ne prendre aucune photo. Ton dernier Noël, tes derniers jours avant de savoir, et aucune image de ce bonheur tout simple.
Mon premier anniversaire, sans toi. Boule dans la gorge. L’an dernier tu ne m’as pas appelée, et pour cause, puisque tu étais hospitalisé le jour-même. Forcément, cette année, le stress montait à l’approche de cette date, car elle signifiait pour moi le début du compte à rebours, tes trois derniers mois de vie. Trois mois pour mourir, c’est aussi le titre d’un roman que j’ai trouvé chez toi, étonnante coïncidence. Cette date me faisait peur, je la sentais s’approcher avec appréhension, mais beau-papa a eu la merveilleuse idée de trouver une astuce imparable pour que je puisse penser à autre chose : il est mort la veille.
Ton anniversaire, sans toi. Tu aurais eu 65 ans. Tu serais le jeune papi de six petits-enfants. Toi qui aimais les grandes tablées, tu en aurais été ravi. Ton dernier petit-fils est né il y a quelques mois à peine. Conçu en terre bretonne et né en terre occitane, une belle histoire de naissance.
Le premier anniversaire de Georges, sans toi. C’est pas pour me vanter mais je t’assure que ce petit bonhomme est absolument merveilleux. Un sourire craquant, une bouille adorable et un caractère bien trempé! Je lui parle de ses grands-pères, je lui montre des photos, je suis tellement triste qu’il grandisse sans entendre tes histoires de lutins et de « fantôme des crêpes ». Alors je prends le relais, à mon tour de raconter des carabistouilles à mes enfants, à moi de les emmener au pays des histoires à dormir debout (celle du papa papou à poux, celle du chameau qui avait mangé une olive, et tant d’autres encore). Je conserve précieusement tes photos et tes dessins, plus tard je les montrerai aux enfants et je leur dirai à quel point tu étais fantasque.

Voilà. Fin de la première année sans toi. Demain ce sera le début de la deuxième année. Les deuxièmes fois sans toi. Les premières fois sans beau-papa. Le deuil du beau-père prend le relais du deuil du père. J’espère qu’on fera une pause l’an prochain pour les enterrements, parce  que ça commence à faire beaucoup.

La vie continue. Sans toi. Mais avec tes souvenirs. Avec ta photo sur la commode de l’entrée. Avec ton regard. Avec ton sourire. Avec mon amour.

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En passant (2)

Un petit billet rapide, juste comme ça, pour donner des nouvelles.

Je fais toujours mes tournées de pain. Je sillonne la campagne avec pains et baguettes, je rends la monnaie et les sourires, je me fais offrir des fraises… Bref, j’adore! Toutes les bonnes choses ayant une fin, Pierrette revient bientôt… C’est con, ça va me manquer comme boulot.

J’ai fait ma pré-rentrée à l’IFAS. Découverte de la promo et du planning, essayage des tenues de stage, questions diverses et variées sur les dossiers d’inscription, les vaccins, les stages… Je me dis que dans moins de trois mois je serai en train d’apprendre… Hâte hâte hâte!

J’ai profité de l’occasion pour créer un nouveau blog, blog dédié à mon changement professionnel. C’est là : http://www.aidersoigner.com/
C’est tout nouveau, et pas encore tout beau. Je suis à la recherche de blogs sur les soignants, si vous avez des idées, je suis preneuse!
J’écris encore ici, bien sûr, parce que j’ai encore plein plein de choses à raconter… Il suffit de regarder autour de soi, finalement, tout est matière à observer/s’émouvoir/raconter.

Le Journal du Domicile publie certains des billets de mon blog dans une rubrique intitulée « Dans la tête de Babeth ». Même Monsieur Bitàlair est à l’honneur! Petite émotion quand j’ai reçu les revues… C’est joli un texte sur du papier.

Et du coup, voilà, en parlant de papier… Voilà que ça me reprend! Jaddo publie son livre, Borée aussi, Dominique aussi… et puis d’autres avant eux (que vous ne connaissez peut-être pas, mais dont je vais vous mettre les liens, parce que ça vous fera de la lecture… Ne me remerciez pas, j’aime rendre service).
Bon bon bon… J’ai bien envie d’essayer… Sauf que voilà, après le blog de la caissière, le blog de la flic, le blog de la bonne et les blogs de docteurs/avocats/vétérinaires, pas sûr que le blog de l’auxi au chômage intéresse grand monde… Du coup, je choisis la simplicité, j’opte pour Kindle, ce qui me permet de ne pas faire d’avance de frais (parce que bon, faut pas déconner, je suis pauvre!).
Allez, qui ne tente rien n’a rien, et puis qui sait, peut-être qu’un éditeur passera par là…

Et au milieu de tout ça, Georges qui grandit, Amélie qui fait son premier voyage scolaire, des rencontres intéressantes, des projets… Bref, on avance on avance…

Allez, pour finir, ma petite liste de bouquins à lire si vous avez le temps/l’envie :

Guide philosophique pour penser le travail éducatif et médico-social, tome 1 Alain Boyer (voir aussi tomes 2 et 3, du même auteur)
Mon bonheur est dans le ciel : Journal d’une hôtesse de l’air Susana Laliga
Lignes aériennes : Histoires du plus beau bureau du monde Jacques Darolles
La couleur préférée de ma mère Dorine Bourneton
Juste après dresseuse d’ours Jaddo
La revanche du rameur Dominique Dupagne
Loin des villes, proche des gens : Chroniques d’un jeune médecin de campagne Borée

Bonnes lectures! Continuer la lecture

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L’aide à domicile expliquée aux enfants

Voilà comment Amélie voit mon métier : on prépare la soupe en chantonnant et on se fait des copines! C’est vraiment chouette d’être auxiliaire de vie finalement!
Par contre je sais pas où elle a été chercher le truc de la soupe au micro-ondes, on n’a pas  de micro-ondes. Continuer la lecture

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