Archives de catégorie : aide-soignante

Et si?

« On n’a pas le temps de parler aux résidents/patients, c’est de la folie! »
« Douze toilettes en trois heures, c’est n’importe quoi! »
« On court tout le temps! »
« On fait tout trop vite! »
« On n’est plus des soignants mais des robots! »
« On maltraite les patients/résidents, on n’a pas le temps de bien faire les choses! »
« Ils se rendent pas compte dans les bureaux, ça se voit qu’ils ne font pas notre travail! »
« Il faudrait plus de soignants, on le dit tous les jours mais personne ne nous écoute! »

Et si on faisait une pause? Si on refusait le rythme imposé? Si on prenait notre temps?

Et si, au lieu de faire le VMF (Visages Mains Fesses) – habillage rapide – hop hop hop on se dépêche avec Madame Pie, on faisait les choses normalement, sans la brusquer? Et si on allait à son rythme au lieu de lui enjoindre d’aller au nôtre? Et si on prenait le temps de lui parler? Et si on s’autorisait à l’attendre quand elle chemine d’un pas lent vers la salle de bain?

Et si, au lieu de nous dépêcher pour finir dans les temps, on ne finissait pas? Si on ne « faisait » que dix patients/résidents au lieu de douze? Si, au moment crucial où nous devrions avoir fini les toilettes et enchaîner sur les repas, nous nous pointions la bouche en coeur dans le bureau de la direction pour dire qu’on n’y arrive pas?

Et si nous donnions à manger aux résidents/patients les plus dépendants lentement au lieu de les gaver comme des canards en période de fêtes? Si nous prenions le temps d’être vraiment avec eux au lieu de courir pour servir tout le monde dans les temps? Si nous leur accordions le temps qu’ils méritent (et qu’ils payent)?

Et si nous faisions la grève du zèle? Si nous faisions notre travail en comptant les heures au lieu de compter les tâches? Si, au lieu de se cacher dans les vestiaires pour critiquer les « administratifs », nous allions crier haut et fort notre ras-le-bol dans le bureau de ces derniers?

Et si, au lieu de dire qu’il faut prendre soin de soi pour prendre soin des autres, on pensait différemment? Et s’il fallait prendre soin des autres pour prendre soin de soi?

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, Maltraitance | Commentaires fermés sur Et si?

On t’avait pourtant dit de pas appuyer sur ce fichu bouton!

À l’hôpital, descendre les poubelles peut s’avérer très dangereux…

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, dessin, Hôpital, Hygiène | Commentaires fermés sur On t’avait pourtant dit de pas appuyer sur ce fichu bouton!

Hôpital

J’ai été patiente.
J’ai été accompagnante.
J’ai été stagiaire.
Aujourd’hui, je suis aide-soignante à l’hôpital. L’hôpital qui a vu naître mes enfants. L’hôpital qui a accueilli quelques proches en urgence. L’hôpital qui a vu mourir mon beau-père.
Je découvre l’envers du décor. Je me perds dans les couloirs. Je franchis des portes sur lesquelles il est inscrit « réservé au personnel ». J’ai une tenue blanche et je croise plein de gens portant cette même tenue. Je me gare au « parking du personnel » (mais je galère quand même à trouver une place).
J’écoute les histoires que me racontent les vieux infirmiers du service. J’écoute la psychiatre m’expliquer les mots que je ne comprends pas. J’écoute les patients me parler de tout et de rien quand je leur apporte le repas. J’écoute les transmissions. J’écoute, je note, j’enregistre.
Le soir, quand je rentre, j’ai encore tous ces mots dans la tête. Plein de mots pour plein d’histoires. Des histoires de suicide manqué, de dépression, de violence. Des histoires familiales trop lourdes à porter. Des histoires qui se répètent.
Je me dis qu’il n’y a parfois pas grande différence entre les soignants et les soignés. Je repense à Montaigne et à son « parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Je me dis que cette phrase pourrait aussi illustrer la psychiatrie.
Mon remplacement se finit bientôt. C’était court mais intense. J’ai détesté être stagiaire à l’hôpital, j’ai adoré y être soignante.
Je viens de mettre un pied en psychiatrie, j’ai hâte d’y mettre le deuxième.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, Hôpital, psychiatrie, Santé | Commentaires fermés sur Hôpital

Une question de point de vue

Service de Psychiatrie.
Le repas vient de se terminer et quelques patients sont encore à table. Ils se sont servis un café et parlent de tout et de rien. Sur la table d’à côté, ils ont laissé traîner des origamis commencés ce matin, ainsi que quelques bonbons. Sophie, l’ASH (ASH = Agent de Service Hospitalier), montre des signes d’impatience. Elle aimerait que les tables soient débarrassées pour pouvoir faire la vaisselle et nettoyer la salle. Je ne comprends pas trop son irritation, il n’y a pas de départ prévu aujourd’hui et l’après-midi sera calme, alors on n’est pas à un quart d’heure près. Nous en discutons dans la cuisine.
– Je trouve ça plutôt bien qu’ils traînent un peu, ils discutent, ils rient, ça leur fait du bien aussi non? dis-je avec une naïve bonne volonté.
– Mais justement, non! Ils ne sont pas là pour créer des liens entre eux et s’installer comme s’ils étaient à la maison! Ils sont là pour se recentrer, réfléchir à ce qui les a amenés ici, et sortir de ce service le plus rapidement possible! me répond Sophie du tac au tac.

Trois petites phrases pour échanger sur les valeurs du soin. Et toc!
L’hôpital psychiatrique, lieu de soin et lieu de vie, mais aussi lieu de rencontre entre patients, soignants et valeurs du soin… Finalement, où se trouve le « juste soin »?

PS : je ne sais pas si l’une d’entre nous a raison. Je ne sais pas non plus ce qui est le mieux pour les patients (ce n’est d’ailleurs pas à moi de le savoir). Mes propres valeurs m’encouragent à privilégier le bien-être et la convivialité. Cependant, j’entends également le raisonnement qui fait dire à ma collègue que le lieu de soin ne doit rester qu’un lieu de passage, et qu’il faut avoir envie de le quitter.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, bienveillance, emploi, Hôpital, Maltraitance, psychiatrie | Commentaires fermés sur Une question de point de vue

Une rencontre #2

Le début est à lire ici.
Jour J. Heure H. Nous avons rendez-vous à 17h.

Il est l’heure dans quelques minutes et je retrouve Charlie (@CharlieIsDark) devant le Ministère de la Santé. Je crois qu’on est aussi stressées l’une que l’autre! Entrée, passage sous le portique de sécurité, présentation des pièces d’identité… ça devient sérieux là. Plusieurs personnes attendent avec nous, je reconnais Solange (@Soskuld) mais je n’ose demander aux autres qui ils sont. Nous n’attendons pas longtemps. Après quelques minutes, on nous conduit dans un salon, dont la grande table ovale est chargée de viennoiseries. Bon, au moins on ne mourra pas de faim, et soit dit en passant, la vue sur Paris est splendide. Madame Rossignol arrive, suivie par quatre conseillères, et nous nous installons autour de la table.
On se présente. Je note consciencieusement les noms et les blogs associés, il y en a deux que je ne connais pas, ça m’offre une occasion de les découvrir.
La suite, ce sont trois heures de discussion, racontées ici :

http://marreaboutdficelle.blogspot.fr/2016/02/la-douce-melodie-du-rossignol.html

http://www.aide-soignant.com/article/aide-soignant/as/laurence-rossignol-ecoute-soignants-aidants

et dans les tweets de @CTrivalle, ici :

 

 Trois heures au lieu des deux initialement prévues, on a été bavards!
 En vrai, même quand j’avais les cheveux longs, je n’ai jamais fait de tresses pour aller bosser… je m’appelle pas Laura Ingalls 😉
 
 
Marie Bertrand a raconté certaines anecdotes vécues en EHPAD, on serait parfois crus dans un autre monde.

Ça traduit une certaine réalité. La profession aide-soignante est majoritairement féminine, tout comme le secteur de l’aide à la personne en général.
 C’est dommage d’ailleurs, parce qu’elle a un beau blog et plein de choses à y raconter…
 Ici, la discussion portait sur la solitude des travailleurs à domicile, et sur le manque de communication avec le reste de l’équipe soignante (IDEL, kinés, médecins…)
 Traduction : pour pouvoir entrer en EHPAD, il vaut mieux être en bonne santé.
 Ici, on a parlé d’Humanitude…
Chiche?
En effet, c’est encore trop peu. Et la qualité de l’accompagnement s’en ressent.
 En principe, la TVA appliquée aux produits d’incontinence (protections) a baissé, mais cela ne change pas grand chose au reste à charge pour le moment.
À cet instant précis, je l’avoue, j’ai failli dégringoler de ma chaise! (« manque de curiosité intellectuelle », gnagnagna…)
 Ce point est un peu flou. Pour passer en niveau IV il faut allonger le temps de formation. Qui paye? Et une fois le diplôme obtenu, il faut de toute façon revaloriser les salaires… mais le public et le privé doivent s’harmoniser, et ça risque d’être compliqué. Bref, c’est pas pour tout de suite.
Autre point délicat. Les aides-soignants en libéral pourraient faire du domicile, hors c’est déjà possible avec les SSIAD, qui présentent l’avantage d’être gérés par des IDE. Une collaboration AS/IDEL pourrait être un consensus.
La dépendance, ça coûte cher…
Bon ben là, euh, forcément, j’ai l’avantage d’être orpheline (pardon)!
 20 heures, fin des discussions, la Tour Eiffel s’illumine et nous nous précipitons aux fenêtres pour admirer le spectacle. Avant de partir, nous prenons le temps de faire une photo de groupe, histoire d’immortaliser ce temps d’échange. Ce fut une belle rencontre, on remet ça un de ces jours?

Continuer la lecture

Publié dans Aidants, aide-soignante, auxiliaire de vie, bientraitance, domicile, EHPAD, Ethique, Laurence Rossignol, solidarité, Vieillesse | Commentaires fermés sur Une rencontre #2

Une rencontre #1

Il y a quelques semaines, j’ai reçu ça :

J’ai relu trois fois le mail, manqué m’évanouir, re-relu trois fois le mail, appelé mon mari, re-re-relu trois fois le mail, envoyé un message à ma copine @kataidante, et re-re-re-relu trois fois le mail avant de réaliser vraiment.

J’ai la chance d’avoir un entourage très organisé (contrairement à moi qui suis très bordélique). Aussitôt, Kat s’occupe de contacter quelques aidants pour des échanges de mails pendant que mon mari s’occupe d’organiser le voyage. Moi, pendant ce temps, je m’occupe du reste. Oui, la vie d’une chômeuse intellectuelle et idéaliste peut parfois être très prenante, donc par « je m’occupe du reste », je veux dire : je m’occupe des mômes, de mes trois articles en retard (un jour je rendrai un article à l’heure… promis!), des annonces Pôle Emploi (un autre jour je ferai un billet là-dessus, parfois c’est vraiment hilarant) et de plein d’autres choses (oui, j’avoue, dans le « plein d’autres choses » y a aussi du tricot, je suis une mémère et j’assume).
Pendant ce temps, Kat se rend compte qu’elle a reçu le même mail et essaie également d’organiser sa venue, mais c’est vachement plus compliqué quand on est aidante à plein temps et qu’on habite très loin. @JeSuisAidant est également invité et a priori, il pourra venir. Chic, ça va être une chouette rencontre!
Les semaines passent et les échanges de mails vont bon train à propos de la loi d’adaptation de la société au vieillissement. Le stress monte, je lis et relis la loi, je lis et relis nos échanges de mails, je lis et relis les articles de presse trouvés sur le sujet. Je note timidement quelques questions de mon côté, plus portées sur le métier d’auxiliaire de vie que sur les aidants. Nous n’aurons que deux heures, je ne sais pas si la discussion s’orientera sur le sujet, mais au cas où…

Jour J. La veille, j’ai appris deux nouvelles, une mauvaise et une bonne. La mauvaise, c’est que ma copine Kataidante ne sera pas là. Être aidante, c’est compliqué, être aidante et s’absenter, c’est encore plus compliqué. À ce sujet, elle écrit un très beau billet, que je lis avec tristesse. Les choses sont dites et nous retweetons le billet en « pokant » Madame Rossignol, nous sommes sûrs qu’elle le lira (je confirme, elle l’a lu). La bonne nouvelle, c’est que @CharlieIsDark sera là aussi, et je suis drôlement contente de la revoir. Et puis, ça veut dire que nous serons deux aides-soignantes, et ça c’est vraiment bien!
9h. Nous déposons les enfants chez belle-maman et c’est parti pour l’aventure. Dans quelques heures nous serons à Paris, dans quelques heures je rencontrerai la Secrétaire d’État qui a fait voter la loi d’adaptation de la société au vieillissement. Entre-temps, j’ai demandé la liste complète des blogueurs présents à la rencontre, et je suis d’autant plus impatiente d’y être. Outre @CharlieIsDark, @Soskuld, @Kataidante et @JeSuisAidant, il y aura également @AzaeSAP, @CTrivalle et Marie Bertrand. Hâte hâte hâte!

Un petit récapitulatif ici, il y a de beaux blogs à découvrir :

@CharlieIsDark : Aide-soignante : Y’a pas que la blouse!
@Soskuld : Soskuld, la vie d’une aide-soignante
@kataidante : Les chroniques d’Hortensie
@JeSuisAidant : Marre, à bout, d’ficelle
@CTrivalle : Gérontoprévention
@AzaeSAP : Le maintien à domicile
Marie Bertrand : La vie en vieux

« Manque de curiosité intellectuelle » disait ma tutrice aide-soignante lors de mon premier stage en EHPAD.

Je m’en fiche, je vais à Paris!

À suivre.

Continuer la lecture

Publié dans Aidants, aide-soignante, auxiliaire de vie, domicile, EHPAD, Laurence Rossignol, Vieillesse | Commentaires fermés sur Une rencontre #1

Empathie

Récemment, en parcourant un groupe dédié aux auxiliaires de vie sur Facebook, je suis tombée sur ça :

Instantanément, j’ai pensé à Monsieur B, mais aussi à Madame LDV. J’ai aussi pensé à Madame Pasdbol et à quelques autres qui m’ont laissé un souvenir plus ou moins mitigé. Par curiosité, je suis allée lire les réponses. Au moment où j’écris ce billet, il y a une cinquantaine de commentaires sous ce post, c’est dire si la discussion va bon train. Dans les commentaires, je cherche quelques éléments décrivant un peu mieux la situation. Je découvre quelques précisions données par l’auxiliaire de vie qui témoigne :

« Je les signaler aussitôt le mr est sous tutelle,pas moment il a pas toute sa tête ,il es suivi par un psy.il es handicapée il a eu un avc très jeune .il à 55ans.pas famille »

« Elle a envoyer un mail à la tutrice de je le mois dernier il avait peut un couteau pour ce trancher la gorge on a enlever tout qui était dangereux à domicile »

« il 2frigo 1dans le bâtiment fermer au cadenas et un dans la cuisine nn fermer pour ses repas matin midi soi r prépare »

« ce le à que 12cigarette par jours ,café télé à par cela il fait rien de la journée ces pour au cache la nourriture il mangerai toute la journée. Au juste ces ça seule drogue »

Pour résumer, ce monsieur de 55 ans, célibataire sans enfant, a fait un AVC il y a longtemps, souffre de troubles cognitifs, et est sous tutelle. Il est tabaco-dépendant et semble socialement isolé. Il bénéficie d’une auxiliaire de vie pour les courses (et sans doute d’autres choses) et n’est pas autonome dans la gestion de ses repas. Il peut se montrer violent envers les autres et lui-même. Je pourrais aussi vous dire dans quel département il habite mais c’est sans intérêt pour la suite du billet.

Bon, là c’est résumé dans les grandes lignes.

Maintenant que je comprends un peu mieux le contexte, je relis les commentaires plus attentivement. Beaucoup conseillent de prévenir le/la responsable, de faire une déclaration d’accident du travail et d’exercer un droit de retrait. Des conseils sages au vu de la situation. Mais il me manque quelque chose.

Quand je m’étais trouvée en difficulté face à certains bénéficiaires violents (verbalement et/ou physiquement), j’avais eu la triste impression de ne pas être entendue. Je m’étais retrouvée seule face à des comportements que je ne comprenais pas et auxquels je n’étais pas préparée. Seule et désemparée. L’unique question que je me posais à l’époque était la suivante : comment? Comment réagir? Comment faire? Comment continuer? Je n’avais pas trouvé de réponse idéale et m’étais alors contentée d’étaler mon désarroi ici. Madame Grandchef, en me montrant gentiment la porte après que je lui avais annoncé ma grossesse, m’avait sans le vouloir rendu un grand service. En m’offrant plus de temps libre que ce que mon arrêt maternité m’octroyait, j’avais pu accompagner la fin de vie de mon père et faire une formation d’aide-soignante. Et j’ai compris une chose.

J’ai compris que je ne me posais pas les bonnes questions, ou du moins pas au bon moment. Parce qu’avant de me demander « comment », peut-être aurait-il fallu que je me demande « pourquoi ». Pourquoi Madame LDV ne m’aime-t-elle pas? Pourquoi Monsieur B. est-il aussi agressif? Pourquoi Madame Pasdbol ment-elle continuellement? 
Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?
Si j’avais eu la réponse à ces questions toutes simples, j’aurais peut-être plus facilement trouvé le « comment ». Comment réagir? Comment répondre? Comment faire?

Mais, pour me poser les bonnes questions, encore aurait-il fallu que je réfléchisse autrement. Je réfléchissais avec mes valeurs et ma normalité. Je pensais en tant que Babeth, aide à domicile, 35 ans, mariée, maman, en bonne santé physique et mentale. Mais ma normalité n’était pas la leur. Ma vie n’était pas la leur.
J’aurais pu réfléchir différemment, en me mettant cinq minutes à leur place.
Et si c’était moi, la veuve délaissée par ses enfants, dépendante au point de ne plus pouvoir sortir faire ses courses, à qui l’on impose une auxiliaire un peu trop souriante?
Et si c’était moi, celui qui souffre continuellement, rongé par la dépendance à l’alcool, que plus personne ne vient voir?
Et si c’était moi, la femme mal-aimée, rejetée par sa propre mère, qui n’a pas conscience de ses incohérences et reste persuadée que tout le monde ment autour d’elle?
Si c’était moi, ne serais-je pas agressive moi aussi? Ou méprisante? Ou violente?

Je ne me posais pas les bonnes questions, parce que je ne faisais pas preuve d’empathie. Je croyais être une bonne aide à domicile. J’étais souriante, polie, travailleuse. J’aimais mon travail et je ne comprenais pas pourquoi, malgré toute ma bonne volonté et mes sourires polis, je ne parvenais pas à établir une saine relation d’aide avec certains bénéficiaires. Certains m’étaient sympathiques, d’autres carrément antipathiques, et je ne savais pas me situer professionnellement au milieu de cette cascade d’émotions parasites.
Sympathie et antipathie. Voici les mots qui m’ont piégée. Trop ceci, pas assez cela. Trop proche, trop distante, trop souriante, trop sur la défensive. 

Puis j’ai fait une pause forcée, j’ai eu un enfant, j’ai perdu mon père, je suis devenue aide-soignante, et j’ai repris le travail. Différemment.
J’ai découvert l’empathie.
  

L’empathie (du grec ancien ἐν, dans, à l’intérieur et πάθoς, souffrance, ce qui est éprouvé) est une notion désignant la « compréhension » des sentiments et des émotions d’un autre individu, voire, dans un sens plus général, de ses états non-émotionnels, comme ses croyances (il est alors plus spécifiquement question d’« empathie cognitive »). En langage courant, ce phénomène est souvent rendu par l’expression « se mettre à la place de » l’autre.
Cette compréhension se produit par un décentrement de la personne et peut mener à des actions liées à la survie du sujet visé par l’empathie, indépendamment, et parfois même au détriment des intérêts du sujet ressentant l’empathie. Dans l’étude des relations interindividuelles, l’empathie est donc différente des notions de sympathie, de compassion, d’altruisme ou de contagion émotionnelle qui peuvent en découler. (Wikipédia)

J’ai réalisé que pour comprendre une situation, je dois réfléchir autrement. Non plus avec ma normalité mais avec celle de la personne qui est en face de moi. Je dois déposer mes valeurs et mes idées sur le paillasson de l’entrée et me plonger dans une autre dimension, celle de l’Autre. Je dois pouvoir l’entendre et l’écouter, le voir et le regarder. Je dois me demander ce que je ferais à sa place, avec ses valeurs, ses possibilités, et non ce qu’une personne de « ma » normalité ferait à sa place. Je dois changer de normalité comme je change de patient, voilà tout. C’est à moi de m’adapter à lui et non le contraire. Ça paraît tellement évident quand je l’écris, et je me sens tellement stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt!

Pour en revenir au débat initialement cité, je trouve qu’il illustre parfaitement le sujet. Parce qu’en lisant ce post, la première chose que j’aurais ressentie il y a quelques années, c’est de la sympathie pour la collègue agressée, ou de l’antipathie pour le responsable d’agence qui n’intervient pas. Aujourd’hui, après une naissance, un deuil, une formation et un coup de coeur professionnel (faudra que je vous parle de Naomi Feil un jour, vous m’y ferez penser?), ma première réaction a été de demander pourquoi la nourriture était sous clé, et de me dire que ça devait être terrible de devoir subir une interdiction pareille. Terrible et maltraitant
Ça paraît évident de se poser la question, je sais, mais ça ne l’était pas pour moi il n’y a encore pas si longtemps. Spontanément, ça n’aurait pas été ma priorité. J’aurais demandé « comment » mais pas « pourquoi ». Et je ne me serais pas demandé comment j’aurais réagi à SA place.
Du coup, désolée si je me permets un quart d’heure cocorico (tant pis, j’assume), mais je suis contente du chemin parcouru depuis Monsieur D. et Madame LDV., contente de faire de belles rencontres qui me font voir les choses différemment, et contente de poursuivre ma route en me disant que j’ai encore plein de choses à découvrir.

Et même, j’en profite pour vous balancer un petit lien vers le #mededfr, parce qu’on en avait parlé et que ça avait été un chouette débat :

https://mededfr.wordpress.com/2014/11/13/mededfr-22-lempathie-ca-sapprend/

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, auxiliaire de vie, bientraitance, Bitàlair, colère, empathie, Ethique, Maltraitance, Naomi Feil, Pasdbol, Vieillesse | Commentaires fermés sur Empathie

Le long du chemin

Aujourd’hui, au hasard de Twitter, je suis tombée sur ça.
Forcément, je me suis indignée. Forcément, j’ai pensé que ce type était un con. Et forcément, je suis allée lire les réactions sur les réseaux sociaux. Oui, je suis accro au net et j’assume. Tantôt encensé, tantôt lynché, ce carabin a le mérite de ne pas laisser ses lecteurs indifférents. Mais je digresse.
Pourquoi ce billet? Parce qu’après avoir hurlé avec les loups, je me suis arrêtée cinq minutes pour réfléchir. Qu’est-ce qui me choque au fond (outre le fait que la mère au chômage s’appelle Babeth)? Les clichés? Le mépris? L’absence manifeste d’empathie? Tout ça ensemble?
J’étais comment, moi, il y a quelques années?
Retour en arrière.
J’ai été une monitrice-éducatrice et je ne comprenais pas que des parents laissent croupir toute l’année leur gosse handicapé dans un IME sans même venir le chercher le week-end.
J’ai été une aide à domicile (même pas une vraie auxiliaire de vie puisque non diplômée) et je méprisais profondément Madame LangueDeVipère et Monsieur Bitàlair.
J’ai été une élève aide-soignante et j’ai été indignée par certains placements en EHPAD que j’estimais abusifs.
Maintenant je suis aide-soignante. Et je revois certaines de mes valeurs.
À l’école, on nous a parlé du patient au coeur du dispositif de soins. Évidemment, nous étions tous d’accord avec ce principe, comment aurait-il pu en être autrement? Nous sommes là pour le patient, pour lui et pour personne d’autre, c’est la base de notre métier de soignants.
Oui, mais…
Oui, mais depuis, j’ai rencontré les vrais patients, ceux de la vraie vie, pas ceux des livres… Et j’ai rencontré leurs familles. Ceux que l’on appelle les aidants. Les aidants qui, eux, ne sont pas « au coeur du dispositif de soins ». Les aidants qui ont des choses à dire, et qu’on n’écoute pas toujours. Et c’est bien dommage. Parce que si on prenait le temps de le faire, on apprendrait plein de choses que le patient « au coeur du dispositif de soins » ne nous raconte pas.
Les aidants pourraient nous expliquer que non, on ne peut pas récupérer son gamin handicapé tous les week-end, à cause d’une sombre histoire de budget d’hébergement et d’une triste réalité d’éloignement géographique.
Les aidants pourraient nous expliquer que Madame LangueDeVipère n’a pas toujours été une langue de pute et que Monsieur Bitàlair n’a pas toujours été un vieux pervers. Parce que parfois la vie est une sale pute qui ne nous montre que la laideur des choses qui ont peut-être été belles il y a longtemps.
Les aidants pourraient nous expliquer que le placement en EHPAD est rarement une punition, et souvent un déchirement. Qu’à domicile, malgré toutes les aides possibles, ça n’est plus vivable, et qu’il faut séparer les couples qui se sont aimés pour qu’ils puissent survivre.
Les patients m’ont beaucoup appris, mais les aidants m’ont appris bien plus encore.
Ils m’ont appris à écouter. Ils m’ont appris à m’éloigner un peu du patient pour pouvoir regarder ce qu’il y avait autour. Ils m’ont appris à revoir certaines de mes opinions. Ils m’ont appris que pour être bientraitante il fallait laisser ses valeurs chez soi et accepter de découvrir celles des autres.
Ils m’ont appris tout ça, et ils m’apprennent encore. Et je les en remercie.

J’ai de la chance. Parce que je rencontre de belles personnes, qui m’aident à devenir une soignante. Et aujourd’hui, en découvrant cette BD qui me fait bondir, je mesure d’autant plus ma chance. Parce que cette image, elle m’aurait sans doute fait sourire il y a quelques années (j’avoue, je me suis moquée de la même façon de certains bénéficiaires, et de certains aidants). Et en la regardant maintenant, je me rends compte du chemin parcouru. J’ai vraiment beaucoup de chance. Et j’ai hâte de découvrir la suite du chemin.

Continuer la lecture

Publié dans Aidants, aide-soignante, bientraitance, bienveillance | Commentaires fermés sur Le long du chemin

Et ainsi de suite

Le matin, quand Christelle va chercher les gens chez eux pour les emmener à l’accueil de jour, elle est toujours en retard. Tou-jours!
Pourquoi? Parce qu’elle traîne. Elle discute un peu avec l’épouse de Monsieur A qui est épuisée par ses nuits sans sommeil, elle prend dans ses bras la fille de Madame B que sa mère ne reconnaît plus, elle aide Monsieur C à mettre ses chaussures, sa femme a des vertiges et a peur de tomber si elle se penche. Et ainsi de suite.

Puis c’est l’arrivée à l’accueil de jour. Sophie est déjà sur place et a préparé la collation. Un café avec un sucre et une madeleine pour Monsieur A, un jus d’orange et un biscuit pour Madame B, un café sans sucre et un gâteau sans sucre (diabète oblige) pour Monsieur C, un jus de raisin et rien d’autre pour Madame D. Et ainsi de suite.

Les activités peuvent commencer. Christelle et Sophie forment deux groupes. Dans le premier, on travaillera sur les mots et leur sens. Dans le second, ce sera activité manuelle. N’importe qui ne va pas dans n’importe quel groupe. Christelle et Sophie s’aident des projets personnalisés de chacun. Madame E risque d’être en échec dans l’atelier mémoire, ça n’est pas terrible pour l’estime de soi. Monsieur G ne peut plus effectuer de gestes précis mais son langage reste clair. Madame H aura besoin d’être aidée pour l’activité manuelle, il faudra adapter le support. Et ainsi de suite.

À midi, tout le monde met le couvert ensemble. Madame I se trompe en comptant les assiettes. Monsieur A se repose dans un fauteuil, la matinée l’a fatigué. Madame E a besoin d’aide pour aller aux toilettes. Monsieur J va chercher son manteau, il veut partir. Christelle le raccompagne doucement à table et lui propose de manger d’abord. Pendant ce temps, Madame K fouille dans son sac à main, elle a encore perdu ses clés. Christelle et Sophie ont commandé des repas normaux, deux repas moulinés et un repas sans sucre. Elles ont préparé les médicaments et aidé les gens à s’installer à table. Et ainsi de suite.

Temps de repos. Monsieur A aime avoir un oreiller pour dormir, Madame D prend juste une couverture. Monsieur G ne dort jamais l’après-midi, Christelle lui a amené le journal du jour. Madame E sort son tricot et s’installe à côté de Sophie. Monsieur C finit son café, il aime traîner à table. Madame K passe le balai pendant que Christelle nettoie la table. Et ainsi de suite.

Après-midi chorale.  Puis goûter. Puis Retour. Puis ménage. Puis transmissions. Et ainsi de suite.

Toute la journée, Christelle et Sophie accompagnent, de Monsieur A à Madame L. Demain, Nora, Hervé et Isabelle accompagneront Madame M, Monsieur N et Monsieur O. Et ainsi de suite.

Du lundi au vendredi, les soignants de l’équipe accueillent, accompagnent, aident, parlent, écoutent, inventent. Du lundi au vendredi, ils voient aussi les aidants, les écoutent, les rassurent, les orientent vers la psychologue si besoin. Du lundi au vendredi, ils observent, réfléchissent, écrivent, transmettent. Et ainsi de suite.

La semaine dernière, le cadre leur a annoncé qu’il se rendait à une conférence pour présenter le dispositif aux aidants.  L’équipe a trouvé que c’était une bonne chose que d’informer les aidants sur leur travail au quotidien et lui a demandé si l’un d’entre eux pouvait l’accompagner. Le cadre a refusé car « ça n’est pas la place de l’équipe, elle n’a rien à y faire. » Échec.
Juste écouter alors? Écouter sans parler? Le cadre a encore dit non, car « seuls le cadre et éventuellement un personnel administratif y seront. » Échec et mat.

PS : Doune m’autorise à reproduire ce texte qu’elle a écrit en guise de conclusion. Merci à elle pour ce beau témoignage.

« La maison des Fleurs »

Quand vous rentrez dans la maison des fleurs,
Nathalie, Marie-Jo et Sarah, des personnes formidables, sont présentes pour vous accueillir.
Dans cette maison, les aidés comme les aidants sont les bienvenus.
Le café du matin nous attend pour un brin de causette.
L’heure de la séparation arrive.
Vous prenez nos aidés sous vos ailes,
Nous laissant à nous, aidants, une journée de répit.
Une journée que certains aidants,
Ne reçoivent pas en une heure par leur entourage.
Vous choyez la journée de nos aidés
Activités créatives, pâtisseries, musique, détente, promenades,
beaucoup d’amour et de patience.
L’heure du retour arrive,
L’aidant s’est ressourcé et l’aidé a passé une bonne journée.
Heureux de nous retrouver,
Nous reprenons, plus léger, le chemin de notre maison.
Je vous dis à tous, un GRAND MERCI d’exister.
Certains diront que c’est votre métier
Moi je vois des personnes humaines, attentionnées, les mains tendues,
avec du cœur, un regard, une écoute,
Vous êtes mes AIDANTS.
Car si vous n’étiez pas là,
Je n’aurais pas mon ami Répit pour m’accompagner sur la route d’Alzheimer.
 

Doune.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, emploi | Commentaires fermés sur Et ainsi de suite

Leurs histoires, leur histoire.

Premier stage en EHPAD, premier jour. L’aide-soignante me parle un peu des résidents.
– Lui, il a fait une rupture d’anévrisme, ça fait vingt ans qu’il est là, dans cet état. Un légume! C’est pas une vie franchement. Elle, c’est Alzheimer et hémiplégie, elle est complètement à l’ouest! Son mari est pénible, si t’es sympa avec lui cinq minutes il te laissera jamais tranquille! Lui, il vient d’arriver, sa femme vient tous les jours le promener en fauteuil. Elle est super exigeante et jamais contente. Elle, elle était religieuse, elle parle quasiment jamais. Elle est un peu bizarre. Et lui là, au fond, tu verras, il est spécial. Personne ne vient jamais le voir, il paraît qu’il a violé son neveu quand il était gosse, mais ce dernier n’a jamais porté plainte. Du coup sa famille ne veut plus le voir, ça se comprend! Nous, on fait sa toilette le plus vite possible, on trouve qu’il a une drôle de façon de nous regarder et on n’aime pas trop ça. Mais ça, tu le gardes pour toi hein, c’est pas écrit dans son recueil de données.
Ma chère tutrice aide-soignante, voici une information dont je me serais bien passée. Comment je fais maintenant pour m’occuper de ce monsieur sans penser à cette histoire? Comment je fais pour le regarder sans que mes yeux trahissent le dégoût que m’inspire son acte? Comment je fais pour faire preuve d’empathie quand il serait tellement plus facile de le détester?
Et les autres, comment je fais pour m’occuper d’eux alors qu’en moins de cinq minutes ils sont déjà catalogués? Le légume, la folle, le pénible, la râleuse, le pervers… Avais-je vraiment besoin de savoir tout ça?
 
Monsieur Pivoine a 78 ans. Bel homme, il a conservé une certaine prestance. C’était une figure locale, il a fait toute sa carrière comme professeur de sport dans le collège de la ville. À sa retraite, il s’est beaucoup investi dans le club de foot dont il était entraîneur. Il accompagnait les jeunes pour les matchs, les encourageait, et les consolait lors de leurs défaites. Les parents l’ont toujours aimé, il était tellement disponible, tellement serviable. Il allait même jusqu’à raccompagner les gamins chez eux après les cours ou l’entraînement quand leurs parents ne pouvaient pas venir les chercher.
Parfois, avant de ramener un petit garçon, il s’enfermait avec lui dans le vestiaire et faisait des choses. Mais ça, ça n’est pas écrit dans le recueil de données.

Madame Rose a 82 ans, dont 59 de mariage. Un beau mariage, et trois enfants. Son époux est mort il y a peu et c’est une veuve inconsolable, qui pleure du matin au soir et du soir au matin. Elle refuse de se lever, refuse de manger, refuse de vivre. Inquiets, les soignants du service ont essayé d’alerter les enfants. Leur mère va mal, il faudrait venir. Ses fils habitent tout près, dans la même ville. Sa fille est à Paris. Les soignants ont rencontré le fils aîné, une fois, quand il venu installer ses parents à l’EHPAD. C’était il y a trois ans. Depuis, aucun des enfants n’est jamais venu. Pas une seule fois. À Noël, personne. Aux anniversaires, personne. À la fête des familles organisée une fois par an, personne. Aucun des enfants, aucun des petits-enfants. L’équipe est perplexe. Quand on pense que sitôt les parents placés les enfants se sont empressés de vendre la maison! Et depuis, aucune visite, pas un coup de téléphone, pas une lettre, rien! Et maintenant, Madame Rose se meurt, et personne ne vient la voir, personne ne vient lui tenir la main. Quelle tristesse!
Tous les soirs, quand Monsieur Rose rentrait du travail, il tabassait ses gosses. Et Madame Rose laissait faire, parce qu’ainsi elle évitait que les coups ne tombent sur elle. Mais ça, ça n’est pas écrit dans le recueil de données.

Monsieur Narcisse a 93 ans. C’est un monsieur affable et toujours souriant. Il est veuf depuis plus de trente ans déjà. Ses enfants sont très présents et viennent le voir toutes les semaines. Il avait beaucoup d’amis, il était toujours prêt à donner un coup de mains aux uns ou aux autres. Il a travaillé dur toute sa vie, il a pu payer de belles études à ses enfants et ils lui en sont reconnaissants.
Pendant la guerre, il a des dénoncé ses voisins juifs. Ils ont été arrêtés, déportés, et gazés. En presque aussi peu de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Mais ça, ça n’est pas écrit dans le recueil de données.

Nous, les soignants, nous prenons soin des gens. Ils sont vieux, handicapés, malades, dépendants. Nous prenons soin d’eux à un moment donné de leur vie, quand ils en ont besoin. Nous ne savons pas toujours ce qui s’est passé dans leur vie avant qu’ils nous soient confiés. Nous nous faisons une idée d’eux avec les éléments que nous avons, le fameux recueil de données. Souvent, il nous manque beaucoup d’informations…
Dois-je savoir que Monsieur Pivoine était pédophile?
Dois-je savoir que Monsieur Rose était un père violent et que Madame Rose n’a rien fait pour l’en empêcher?
Dois-je savoir que Monsieur Narcisse était un collabo?
Le passé des gens dont nous nous occupons doit-il toujours être présent à notre esprit?
Parfois, j’aimerais savoir pour comprendre. Parfois, j’aimerais ne pas savoir pour ne pas être dans le jugement.

Difficile de trier les informations utiles à notre prise en soin. Difficile de comprendre une situation qui nous semble choquante quand on ne connaît pas le contexte. Difficile de se dire que le passé a fait son temps et que seul compte le présent.

Difficile d’être soignant, parfois. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, Ethique, famille, Maltraitance, Vieillesse | Commentaires fermés sur Leurs histoires, leur histoire.

Stagiaires

Tu as 17 ans et tu prépares un bac professionnel.
Tu as 22 ans et tu es en Institut de Formation des Aides-Soignants.
Tu as 43 ans et tu es en pleine reconversion professionnelle.

Tu es en stage avec nous pour découvrir, apprendre, te former. Moi, je fais partie d’une équipe. Une équipe avec plein de noms et plein de fonctions. Des aides-soignants (beaucoup), des aides médico-psychologiques, des infirmiers, des agents, des kinésithérapeutes, des animateurs, des assistants de soins en gérontologie, des ergothérapeutes, des cuisiniers, des secrétaires, des cadres de santé, des psychologues… Ça fait beaucoup de monde dans un si petit univers. Je ne te demande pas de retenir les noms et fonctions de tout le monde, moi-même je ne suis pas certaine de savoir qui est qui et qui fait quoi. Mais n’hésite pas à me demander mon prénom si tu l’as oublié, de même que je te redemanderai sans doute le tien. Soyons indulgents l’un envers l’autre, d’accord?

Tu es timide.
Tu poses plein de questions.
Tu es trop familier avec les résidents.

Je suis là pour t’encadrer. La formation des stagiaires, ça fait partie de mon travail.
Si tu es timide, je suis là pour te donner confiance en toi, pour que tu te sentes capable de faire et de dire des choses.
Si tu poses des questions, je suis là pour y répondre. Parfois, j’ai la réponse, je te la donne. Parfois, tu me poses une colle, je ne sais pas, mais on peut chercher ensemble. Ainsi, tu obtiens une réponse, et moi aussi.
Si tu n’adoptes pas la bonne distance avec les résidents ou les patients, je suis là pour te parler d’empathie et de juste distance. Parce que c’est important, pour toi, pour moi, pour les patients.
J’essaierai de ne pas faire de remarques devant tout le monde, je prendrai cinq minutes pour te parler autour d’un café, et je le ferai avec bienveillance. Parce que c’est normal de ne pas tout savoir, de ne pas tout réussir. Tu es stagiaire, il faut que je le garde à l’esprit.

Tu ne sais pas faire un soin.
Tu n’as pas compris quelle était la spécificité du public accueilli.
Tu n’as pas rempli tes objectifs de stage.

T’ai-je bien expliqué les choses? Ai-je été assez présente à tes côtés? T’ai-je suffisamment observé pendant tes soins? T’ai-je donné tous les documents nécessaires à ton apprentissage? Ai-je pris le temps de répondre à tes questions? T’ai-je consacré assez de temps?
Ce que tu n’as pas appris, ai-je su te l’enseigner? Ce que tu n’as pas compris, ai-je su te l’expliquer? Ce que tu n’as pas réussi, n’est-ce pas aussi un peu à cause de moi?

Tu as vu des choses qui t’ont choqué.

Et si on en parlait? Et si tu me donnais ton point de vue? Peut-être n’as-tu pas compris la finalité de certains actes? Peut-être as-tu trouvé que certains de mes propos étaient déplacés? Peut-être que je ne m’en rends pas compte, enfermée dans ma routine de soignante? Dans ce cas, ton avis me sera précieux, car il m’aidera à faire face à mes pratiques professionnelles, et à m’améliorer.

Soyons bienveillants l’un envers l’autre. Je t’aide, tu m’aides. Je t’apprends, tu m’apprends.Tu progresses, je progresse.

Demain, peut-être qu’on travaillera ensemble. On sera heureux de se retrouver, car on aura appris l’un de l’autre, et l’un avec l’autre. Demain, ce sera à ton tour de former des stagiaires. Qui en formeront d’autres. Si je suis bienveillante, si tu l’es aussi, s’ils le sont aussi… alors je crois que ce sera une bonne chose pour tous. Pour toi, pour moi… et pour nos patients!

PS : il y avait eu un chouette débat sur le #mededfr à propos du tutorat, c’est à lire ici.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, bienveillance, élève, enseignement, formation, IFAS, Stage | Commentaires fermés sur Stagiaires

Le petit jeu du dimanche #1

Cette jeune aide-soignante est un peu distraite, elle ne respecte pas vraiment les codes de bonne conduite… Trois erreurs professionnelles se sont glissées dans ce dessin, saurez-vous les retrouver? (oui ben on s’occupe comme on peut hein!)

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, dessin, Hygiène | Commentaires fermés sur Le petit jeu du dimanche #1

Le matin rose et la dame pipi

Avant de vous raconter la suite de mes débuts (ou le début de la suite), il faut à tout prix que je vous relate une petite anecdote (sous la pression de @GeluleMD qui a explosé de rire quand je lui ai raconté cette scène).

L’histoire se passe un dimanche. Ce jour-là, c’est relâche. Le week-end, pas de grandes toilettes ni de douches, l’équipe est en sous-effectif alors on va au principal. Bref, pour résumer, le week-end c’est VMF. Vous ne connaissez pas l’expression?
VMF = Visage Mains Fesses. Le reste attendra lundi (inutile de vous dire que je n’aime pas travailler le lundi). Forcément, comme on en fait moins, on a plus de temps. On pourrait utiliser ce temps gagné pour faire des trucs qu’on n’a pas le temps de faire en semaine : des animations, du temps passé avec les résidents, un toucher-massage… Bref, toutes ces petites choses agréables qui font qu’une aide-soignante n’est pas qu’un simple agent nettoyant. Sauf que… (ben oui, vous le voyez venir le piège).
Sauf que le dimanche, le truc le plus important, ça n’est pas les cinq minutes de papote consacrées à Madame Mésange ou le quart d’heure de marche avec Monsieur Albatros. Non. Le truc le plus important, c’est la pause d’une heure avec l’équipe, tous ensemble dans le réfectoire. Oui, une heure. Une heure pendant laquelle nous sommes payés à travailler. Bref.
Ce jour-là, comme à mon habitude (j’avoue), je suis en retard sur mes soins. Je manque encore cruellement d’organisation, je me perds dans les étages et ne reconnais toujours pas les 60 résidents. Je suis de « matin rose », ce qui veut dire que j’ai l’horaire du matin (6h30-14h30) et que je suis au deuxième étage (dont les murs sont roses). Facile non? Mes collègues sont partis en pause, je suis seule à l’étage, je rêve d’un café. Alors que je m’apprête à descendre, Madame Mésange m’interpelle.
« S’il vous plaît, j’ai envie de faire pipi. »
Madame Mésange, sur le palier du deuxième étage, en fauteuil roulant dont les roues sont bloquées, continente, à 20 mètres  de sa chambre, ne peut se déplacer seule. Ça me prendra cinq minutes de l’amener aux toilettes, et j’irai prendre mon café après. Je m’empare donc des poignées du fauteuil et, alors que nous nous mettons en route, ma collègue « matin gris » surgit derrière moi.
« Ben qu’est-ce que tu fais? » me demande-t-elle interloquée.
« Euh… (là, je me dis que j’ai fait une connerie, mais je ne sais pas encore laquelle), j’amène Madame Mésange aux toilettes, pourquoi? »
« Mais non! C’est pas à toi de le faire! C’est à la coupe orange! » (NDLR : la « coupe orange » travaille en horaires de coupe et est affectée à certains résidents du deuxième et et du  troisième étage)
« Oui, mais elle est en pause, et Madame Mésange a envie de faire pipi, alors puisque je suis là… »
« Mais non! Tu ne peux pas faire ça! Madame Mésange sait très bien que c’est à la coupe orange de l’amener aux toilettes! Là ce n’est pas l’heure. Donc elle attend, de toute façon elle a une protection! »
« … » (j’ai envie de répliquer un truc super intelligent mais je suis tellement abasourdie par cette réponse que je reste plantée là bêtement sans rien dire)
« Oui mais exceptionnellement, puisque je suis là… »
« NON! Si tu fais ça, demain elle demandera encore, et après elle va prendre l’habitude, et on va pas s’en sortir! Y a un plan de soins, faut le respecter! Elle attend! »

Voilà. La vie en EHPAD, c’est quand le matin rose veut t’emmener aux toilettes alors que c’est à la coupe orange de le faire et que le matin gris t’enjoint de te retenir parce que merde, le plan de soins c’est pas fait pour les chiens! Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, EHPAD, Maltraitance | Commentaires fermés sur Le matin rose et la dame pipi

C’est parti!

Et voilà, il a bien fallu se jeter dans l’arène! Mes premiers pas en tant que « faisant fonction d’aide-soignante » (parce que pas encore diplômée vu que j’avais fini en retard, vous suivez?)…
En principe, j’avais deux jours de doublure pour commencer, ça me rassurait.
Premier jour : je suis du matin. Quelques jours avant ma prise de poste, je suis retournée rencontrer la cadre, histoire de lui poser quelques questions sur le fonctionnement de l’EHPAD. Où sont les vestiaires? Qui est mon binôme? Quel est le plan de soins? « Vous verrez tout ça lundi, venez juste un quart d’heure à l’avance et Claudine vous expliquera tout ça » m’a dit la cadre. Bien bien bien.
Le lundi, c’est donc très enthousiasmée et un peu stressée que je me pointe. Première mission, trouver Claudine. « Facile, elle est au vestiaire » me dit la veilleuse.
Deuxième mission, trouver le vestiaire.
Je trouve le vestiaire, et Claudine, qui n’était pas vraiment (voire pas du tout) au courant qu’elle se trimballait la nouvelle pendant deux jours. Bon, pas grave…
Troisième mission : trouver une tenue. Le combat commence, Babeth est lâchée dans l’arène. Ici, comme dans beaucoup d’EHPAD, les tenues sont nominatives. Alors les remplaçantes, elles se démerdent. Elles vont à la pêche aux pantalons, puis à la pêche aux blouses. Ici, pas de penderie bien rangée où l’on trouverait tout simplement les tenues rangées par tailles. Non, ce serait trop facile. Ici, tu dois aller dans une pièce à part, une sorte de débarras où sont stockés les fauteuils cassés, les vieilles décorations surannées, les vêtements des défunts et… les tenues utilisées par le personnel depuis une dizaine d’années! C’est un peu comme un vide-grenier, mais en moins bien. Après avoir farfouillé un petit moment, je trouve une vieille blouse un peu décousue et un pantalon un peu trop grand… on va dire que ça ira pour aujourd’hui.
Me voici prête pour affronter ma première matinée.
Quatrième mission : sortir mon petit carnet et noter tout ce qui pourra m’aider à ne pas être trop larguée.

La suite demain. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, EHPAD, emploi | Commentaires fermés sur C’est parti!

La valse des EHPAD (3)

L’EHPAD numéro un, vous l’aurez compris, n’était pas franchement le type d’établissement dans lequel je souhaitais travailler. J’ai gentiment dit à la cadre que je me donnais quelques jours pour réfléchir et que je la rappelais avant la fin de la semaine. Ne pas lâcher la proie pour l’ombre. Si les deux autres EHPAD refusaient ma candidature, je serais bien contente de trouver ce poste, et mon banquier aussi (surtout mon banquier en fait!).
Restaient les deux autres. EHPAD numéro deux m’a rappelée très vite. Candidature retenue pour CDD à temps partiel pouvant évoluer. C’était moins d’heures que le premier mais j’y gagnais en frais d’essence. Inutile de vous dire que j’ai sauté de joie!
EHPAD numéro trois m’a rappelée la même semaine, ma candidature leur avait plu, ils avaient beaucoup apprécié notre entretien mais… L’aide-soignante que je devais remplacer en cas de prolongement de son arrêt-maladie avait finalement repris son poste. Tant mieux pour elle, tant pis pour moi, mais ils gardaient mon CV au cas où.

C’est donc pleine d’une naïve bisounourserie que je fis mes premiers pas dans EHPAD numéro deux, que je nommerai pudiquement LPAT (La Pause Avant Tout). Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, EHPAD, emploi | Commentaires fermés sur La valse des EHPAD (3)

La valse des EHPAD (2)

Trois appels pour trois entretiens, la chance me sourit ! C’est donc armée de mes CV et de toute ma bonne volonté que je me suis pointée dans trois EHPAD radicalement différents.
EHPAD numéro un, pour un remplacement d’un mois à temps plein : c’est à quarante minutes environ de chez moi, mais la route se fait facilement. L’environnement est paradisiaque, au calme, à deux pas de la mer… Les bâtiments sont beaux, bordés par un grand parc… Il y a un piège, mais où ? Je ne tarde pas à comprendre : le poste est merdique. Pour un remplacement d’un mois, je dois faire trois week-end en 7h-20h. Oui oui, vous avez bien lu, 7h-20h ! Mais attentions hein, il y a trois coupures, me dit la cadre en souriant. Ben voyons, trois coupures, c’est tellement plus pratique ! Comme ça on est sûr que l’aide-soignante dévouée n’est pas partie trop loin et reste disponible même pendant ses temps de pause. Et la prime de dimanche, on en parle ? Attention, sortez les mouchoirs et les calculettes, la merveilleuse prime de dimanche pour avoir l’exquis privilège d’effectuer ces horaires de rêve est de… tadam… seize euros !!! Youpiiiiiiii ! Oserais-je vous parler du salaire ? Sachez que pour avoir le bonheur d’exercer dans cet établissement, une aide-soignante diplômée d’état gagne onze euros de plus qu’un agent de soins non diplômé. Voilà. Dix mois de formation, dont 24 semaines de stage, ça fait onze euros de plus-value. C’est toujours bon à savoir. Cerise sur le gâteau, ou mouche sur la protection usagée, comme vous voulez, mon nom est déjà inscrit sur le planning quand j’arrive. Mouais, apparemment ils ont du mal à recruter par ici non ? Précision utile, ce merveilleux établissement bon chic bon genre, qui accueille même un ancien ministre me dit fièrement la cadre (merci pour le secret professionnel, je n’avais pas besoin de connaître cette information), fait partie d’un groupe privé qui fait 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. J’attends donc avec une impatience non dissimulée le jour où tous ces riches actionnaires n’auront d’autre choix que de venir se faire soigner par du personnel épuisé et sous-payé. En attendant ce jour, je décide de partir en courant et de refuser poliment cette offre pourtant si alléchante (refus poli, oui, parce qu’on ne sait jamais, le chômage guette aussi les aides-soignants).
EHPAD numéro deux, pour un remplacement d’été à temps partiel pouvant évoluer (fonction publique territoriale) : gros avantage, il est à dix minutes de chez moi. Bâtiments vieillots mais chambres spacieuses car c’est un ancien foyer-logement. Rencontre avec une cadre absolument merveilleuse. Récemment arrivée dans l’établissement, elle se pose tout un tas de questions sur la bientraitance, l’analyse des pratiques professionnelles, l’éthique… On parle de respect, d’humanitude, de projets de vie. On parle de plein de choses et je me sens bien. Il y a de la bonté dans son regard et de la sincérité dans sa voix. Je me surprends à rêver. Et si je travaillais ici, dans cet établissement territorial tout près de chez moi, avec cette cadre si engagée ? Arriver juste au moment où les choses bougent, travailler dans un esprit d’analyse et de remise en question des pratiques, n’est-ce pas le poste idéal pour la rêveuse que je suis ? Le rêve me semble trop beau, où est le piège ?
EHPAD numéro trois, pour un remplacement de durée indéterminée à temps plein : loin de chez moi (presque une heure sur des petites routes) mais je voulais vraiment aller voir car j’en avais entendu beaucoup de bien. L’entretien ne m’a pas déçue. Un vrai projet d’établissement avec des vrais projets de vie, des soins et des animations centrés sur les besoins des personnes et non sur ceux de l’équipe (oui, l’équipe a des besoins, je l’ai appris à mes dépens). Une cadre intéressée par le côté double-compétence de mon CV (il faut bien que mon vieux diplôme de monitrice-éducatrice me serve à quelque chose)… Mise à part la route, où est le piège ?
Trois EHPAD, trois postes radicalement différents. Et, coup de bol, trois embauches possibles alors que je n’ai pas encore le diplôme… Il y a forcément un piège !
La suite bientôt (pas dans deux mois, promis)

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, blog, Choix, EHPAD, emploi | Commentaires fermés sur La valse des EHPAD (2)

Bravoooooo! (suite)

Bon… Il faut que je revienne sur le billet Bravoooooo!

Je comptais faire une réponse reprenant quelques commentaires tirés de facebook mais j’avoue que je n’ai pas le courage de les recopier ici (c’est surtout que je manque de temps en fait, ça me prendrait des heures!)
J’avoue avoir été surprise par la violence de certaines réactions. Juste pour le plaisir, en voici quand même quelques unes :
« Ahah ça se voit qu’elle n’est qu étudiante parce qu’elle n’a rien compris. Elle parle de sujets qu’elle ne connaît pas et elle généralise.« 
« texte aussi idiot inutile et dénué de connaissances. »
« vous compter dire au soignants ce qu’ils faut dire aux soignés sans leur laisser parler avec leur spontanéité et leur coeur ? »
« Que de caricature dans ce texte… Hâte de vous voir en poste« 
« Sans intérêt….. Encore un étudiant qui se sent mieux pensant que les soignants… « 
« Pffff et elle se croit drôle avec son mot de pseudo esprit…. « 
« on verra bien quand elle sera diplômée depuis plusieurs année comment elle se comportera spontanément! »
« Et je pense que cette personne à écrit ce texte plus pour faire plaisir ou bien paraitre au yeux de sa formatrice . ( donner des petits surnoms ou être amical et familier relève d’une sorte de maltraitance ) . Que pour elle même . »
Car avec l’expérience elle changera surement d’avis » (celui-là je l’adore!)

« Oui on les infantilise et alors ?? » (celui-là aussi)

J’arrête ici, j’ai le tournis. Vous pouvez lire la suite ici et . Et en passant, je rebondis sur ce commentaire : 
« J’espère au moins que tous ces commentaires, lui permettront de se questionner, de questionner les soignants, pour ensuite un second texte avec un peu plus de professionnalisme. « 
Donc, allons-y pour un texte un peu plus « professionnel ».

1) Oui, je me questionne. Et même, je ne fais que ça. Tout le temps. Au boulot. En voiture. À la maison. En faisant mes courses. En mangeant ma purée… 
Beaucoup de mes phrases commencent « Au fait je pensais à un truc tout à l’heure… »  
C’est fatigant. Pour moi comme pour les autres (j’avoue). Je ne souhaite à personne d’être dans ma tête, parce que toutes ces questions tournent et retournent sans cesse. Et pour toutes ces questions, il me faut des réponses. Alors je lis, j’interroge, je réfléchis. Et ça aussi c’est fatigant. D’ailleurs, parfois, j’aimerais bien me poser un peu moins de questions. Ça me rendrait la vie plus facile. Et le boulot aussi. Surtout le boulot d’ailleurs. Parce que bon, faut quand même que je précise une « petite » chose, et j’en arrive au…

2) Non je ne suis pas une jeune étudiante écervelée qui arrive en fanfare pour sortir son discours prêchi-prêcha aux soignants aguerris. Je suis aide-soignante, diplômée (bon, le site infirmiers.com est resté sur l’ancienne présentation, pas grave, les réactions concernant ces branleurs d’étudiants étaient très intéressantes), et je travaille en EHPAD.
Avant ça, j’étais auxiliaire de vie, non diplômée, et je travaillais à domicile avec des personnes âgées.
Encore avant j’étais monitrice-éducatrice, diplômée, et je travaillais en institution avec des personnes handicapées.
Encore encore avant j’étais « rien du tout », non diplômée, et je travaillais en crèche avec des enfants.
Accessoirement, j’ai deux enfants, mais ça on s’en fout (un peu). J’en arrive donc au…

3) Avec tout ça, ça commence à faire un certain nombre d’années que je travaille avec des publics dits « fragiles », et ça fait tout autant d’années que j’exècre le parler-bébé et la gagatisation. Et quand bien même je serais une jeune étudiante fraîchement arrivée dans son IFAS, qu’est-ce que ça changerait? Il n’y a que les professionnels diplômés ayant dix ans d’expérience qui ont le droit de parler? Les autres doivent attendre leur tour? Belle mentalité. Je comprends mieux la souffrance des stagiaires… À en croire certains, il y aurait donc d’un côtés les jeunes cons prétentieux, et de l’autre les vieux sages aguerris? Et c’est moi qu’on taxe de manichéisme?

4) Ce billet, je l’ai écrit un peu à la va-vite, je l’avoue. Alors oui, il est sans doute caricatural (j’assume), peut-être prêchi-prêcha (j’assume aussi), mais « idiot », « inutile », « dénué de sens et de connaissances »… ça, Votre Honneur, je proteste! Parce que bon, je suis peut-être une jeune conne arrogante dénuée de bon sens, mais le sujet traité ici n’est pas pour autant si dénué d’intérêt que ça, n’en déplaise à tous les parfaits professionnels qui l’ont commenté. D’ailleurs, l’infantilisation des personnes âgées a déjà été traitée de nombreuses fois, c’est donc qu’il y a matière à y réfléchir non? En cherchant un peu, il y a plein d’articles disponibles un peu partout. Rassurez-vous, ils n’ont pas été écrits par des étudiants arrogants mais par des psychologues, des médecins, des aidants… Bref, des gens qui ne sont pas forcément des élèves arrogants et imbus d’eux-mêmes.
Comme je suis sympa, je vous mets quelques liens : 

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=JDP_256_0034

http://www.soignantenehpad.fr/pages/maltraitance/le-parler-pepe-et-meme-en-e-h-p-a-d.html

http://www.soignantenehpad.fr/pages/maltraitance/ou-commence-la-maltraitance.html

http://www.evolute.fr/relation-aide/infantilisation-personnes-agees 

5) Il y a un truc que j’aime bien, c’est la communication. Apprendre à donner un point de vue et à recevoir celui de l’autre. Apprendre à se parler sans s’agresser. Apprendre à écouter des arguments. Apprendre à s’informer aussi. S’il y a bien un métier où je trouve la communication essentielle, c’est celui de soignant. Parce qu’on travaille avec et pour d’autres. Parce qu’on s’enrichit de nos expériences. Parce qu’on essaie de progresser. Parce qu’on peut se tromper. Je suis sans doute une incorrigible naïve, mais je crois dur comme fer aux bienfaits du dialogue et de l’échange d’idées, dans le calme et le respect de chacun. Il ne me viendrait pas à l’esprit d’aller pourrir un(e) collègue parce que je ne suis pas d’accord avec ses idées. Mais bon… Je suis une incorrigible naïve.

6) J’écris sur ce blog depuis un petit moment. J’y raconte une expérience, la mienne, j’y parle de valeurs, les miennes. Je ne force personne à venir lire, je n’oblige personne à être d’accord avec ce que j’écris. C’est un espace de liberté, mon espace. Et quand je vois des collègues utiliser le parler pépé-mémé avec des résidents, je ne les prends pas dans un coin pour leur dire ma façon de penser. C’est leur façon de faire, leur façon d’être, ça ne me regarde pas. Par contre, si on aborde le sujet et qu’ils/elles me parlent d’une étude expliquant que c’est bénéfique, je pense que j’aurai la décence d’aller lire l’étude en question afin de confronter nos points de vue.

7) Je fais des erreurs, comme tout le monde. J’essaie, je me trompe, j’essaie autre chose. Parfois je me trompe encore. Je tâtonne, je cherche, j’apprends. Et j’espère apprendre pendant longtemps encore. J’espère n’avoir jamais de certitudes, laisser mon esprit ouvert à d’autres apprentissages, d’autres façons de faire. J’essaie de faire comme Socrate : en admettant que je ne sais pas, j’accepte d’apprendre. Alors que si je suis sûre de savoir, je dois d’abord désapprendre pour pouvoir apprendre à nouveau. Et si un jour je suis pétrie de certitudes, si j’estime que je n’ai de leçon à recevoir de personne, je ne manquerai pas d’aller le clamer sur les réseaux sociaux en incendiant les élèves et les débutants, ces morveux qui croient tout savoir mieux que tout le monde!
 
PS : je ne parle même pas des pseudo-références scientifiques qui justifieraient l’infantilisation, étant donné qu’aucune source n’était citée. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, EHPAD, Maltraitance | Commentaires fermés sur Bravoooooo! (suite)

Trois euros

Je suis aide-soignante en EHPAD. Je travaille avec des personnes âgées, très âgées. Je les aide à se lever, à marcher, à prendre leurs médicaments, à se laver, à s’habiller, à manger…
Tout en les aidant, je m’assure qu’elles ne risquent pas de tomber, de s’asphyxier, de faire une fausse route…
Tout en les aidant et en m’assurant qu’elles ne courent aucun danger, je les écoute, je leur parle avec douceur, je souris…
Tout en les aidant, en m’assurant qu’elles ne courent aucun danger et en veillant à leur bien-être moral, je pense à descendre les poubelles, à recharger les chariots de protections, à faire les transmissions…
Pour faire tout ça, j’ai un « plan de soins ». Je sais où je dois être, à quelle heure et avec qui. Il faut que les soins rentrent dans des cases et qu’à la fin de mon service, toutes les cases soient cochées.
Toilettes ok.
Médicaments ok.
Chariots ok.
Lits ok.
Poubelles ok.
Repas ok.
Transmissions ok.
Service fini.
Parfois, des cases se rajoutent. Alors on tasse. On accélère, on fait un peu moins bien, on fera mieux demain. Ou pas.
Parfois, des cases disparaissent. Mais c’est plus rare, et ce n’est pas forcément bon signe.

Le matin, ce sont les toilettes. À sept heures, les aides-soignantes sont au taquet, top départ, c’est parti! La moyenne c’est vingt minutes par résident, parfois moins, rarement plus. Pendant ces vingt minutes, l’aide-soignante se consacre entièrement à une personne.
Pendant ces vingt minutes, elle doit lever, aider, laver, guider, écouter, brosser, habiller, chausser, coiffer, parfumer… cette personne.
Pendant ces vingt minutes, elle doit être souriante, patiente et rassurante.

Vingt minutes, au prorata du salaire de l’aide-soignante, ça représente à peu près trois euros.

Trois euros pour le sourire.
Trois euros pour la douceur.
Trois euros pour le soin.

Et vous, vous avez quoi pour trois euros? Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, EHPAD, Vieillesse | Commentaires fermés sur Trois euros

Bravoooooo!

Imaginez : vous êtes un jeune parent, complètement fou d’amour et gagatisant pour votre enfant. Cet enfant, forcément, c’est le plus beau, le plus intelligent, le plus mignon, le plus gentil, bref, le plus tout! Aujourd’hui est un jour miraculeux qui vous emplit de joie car l’enfant, le chérubin, l’élu, a mangé TOUTE sa purée tout seul, comme un grand! Et vous, vous l’heureux parent qui avez engendré cette merveille de la nature, vous vous extasiez – à juste titre – devant cet exploit.
– Bravoooooo, dites-vous en tapant dans vos mains avec un sourire jusqu’aux oreilles.
Votre enfant, voyant votre enthousiasme débordant pour un truc somme toute assez banal (il a mangé sa purée), vous sourit en retour. Il sourit, vous souriez, la vie est merveilleuse.

Même enfant, même parent. Cette fois-ci l’enfant, le chérubin, l’élu, a fait caca dans son pot. Psychologiquement, c’est un grand jour : en pleine période du non, l’enfant cède, il « donne » son caca à ses parents et, en comprenant toute la symbolique de cet acte crucial, vous sautez de joie.
– Bravoooooo, dites-vous en agrémentant votre dernier statut Facebook d’une magnifique photo de l’étron divin.
Votre enfant, dépassé par ce qui vient de se jouer dans son pot, vous sourit en retour. Il sourit, vous souriez, la vie est fabuleuse.

Maintenant, imaginez ces deux scènes, à quelques détails près, avec non plus un enfant et un parent mais une personne âgée et un soignant. Relisez la scène à haute voix, en y mettant le ton. Même sur le « Bravoooooo ». Surtout sur le « Bravoooooo ». Vous sentez le malaise? Vous voyez toute l’infantilisation de la personne âgée qui a fini sa purée ce midi? Vous supportez le compliment odieux sur le caca lâché dans le montauban?

Monsieur M. a été torturé par la Gestapo, les soldats lui ont brisé les phalanges une par une.
Madame C. ne sait plus quand elle est née, ni où. Elle ne sait presque plus rien en fait. Et ça lui fait peur. Terriblement peur.
Monsieur V. a survécu à deux cancers.
Madame H. a perdu son fils et ses deux petits-enfants dans un accident de voiture. Elle ne s’en est jamais remise.

Ces gens, ils ont une histoire, des histoires. Ils ont aimé, souffert, donné la vie, vécu la maladie, et tant d’autres choses. Des choses merveilleuses et d’autres dramatiques. Des choses qu’on n’ose parfois même pas imaginer. Et aujourd’hui, au crépuscule de leur vie, il y a des soignants qui les félicitent niaisement parce qu’ils ont mangé toute leur purée. Ou parce qu’ils ont fait caca. Vous le sentez le paradoxe? Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, colère, EHPAD, Maltraitance, Vieillesse | Commentaires fermés sur Bravoooooo!

La valse des EHPAD

Fin de stage et fin de formation. Après ces onze mois de péripéties, j’avoue que j’aurais bien pris une petite semaine de vacances… mais mon banquier n’était pas d’accord (il n’est pas joueur vous savez, et il ne supporte pas trop la contrariété). J’ai donc cherché du boulot. Avec un mois de retard sur mes collègues qui, eux, avaient fini leur formation dans les temps. Et, surtout, sans diplôme officiel. Parce que bon, d’accord, les stages et les modules sont validés, mais je n’ai pas LE papier qui va bien, l’indispensable attestation de réussite. Donc, officiellement, je suis encore élève aide-soignante. Et à la bourre pour chercher du travail.
Première étape, créer un CV en ligne sur l’espace Pôle Emploi. Vous avez déjà essayé? Non? Eh bien armez-vous de patience… et de pop-corn! Trois heures et quinze déconnexions intempestives plus tard, mon CV est en ligne et je suis prête à en découdre avec les employeurs (oui, la recherche d’emploi est une guerre sans merci, pas de pitié pour les croissants Bisounours).
Deuxième étape, les offres d’emploi. Je ne me fais pas trop d’illusion, les remplacements d’été des aides-soignants sont sans doute déjà tous pourvus, alors je cherche aussi du côté des aides à domicile. Après tout, je ne suis pas diplômée mais j’ai de l’expérience et un CV original, je pourrais peut-être intéresser quelqu’un? La chance me sourit, les aides-soignants tombent aussi malades en été et plusieurs offres sont en ligne. Un clic, deux clics, trois clics, voici mes CV envoyés par mail.
Troisième étape, le téléphone. Vingt-quatre heures ne se sont pas écoulées que j’ai déjà reçu trois appels : un EHPAD à côté de chez moi pour un temps partiel d’un ou deux mois, un autre plus lointain pour un temps complet d’un mois et un dernier carrément plus lointain pour un possible remplacement d’arrêt maladie à durée indéterminée. Bien bien bien, la chance me sourit on dirait. Honnêtement, vu l’année que je viens de passer, je n’y croyais plus! Jubilation, prise de rendez-vous, et c’est parti pour la grande aventure des entretiens d’embauche!

La suite demain. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, EHPAD, emploi | Commentaires fermés sur La valse des EHPAD

(Re)découverte

Dernier stage : SSIAD. Bonheur. Retrouver ces petites choses qui font le charme du domicile : rencontrer les patients et leurs familles, découvrir leur intérieur et leurs habitudes, s’émerveiller du chat qui ronronne et respirer l’odeur du pain grillé…
Et, surtout, prendre son temps. Pas de sonnettes intempestives, pas de regard en coin sur la pendule d’argent qui ronronne au salon, celle qui oui qui dit non, celle qui attend.
Le SSIAD, ce sont des gens, plein, mais aussi une équipe. Je fais la tournée avec les uns et les autres, et les trajets nous laissent le temps de discuter. Alors j’écoute leurs histoires, leurs parcours, leurs façons de faire. Je m’enrichis de leurs conseils et de la multitude de petites astuces du quotidien. Je découvre une relation soignants/soignés que j’avais fini par croire impossible, mais aussi une entente entre soignants. Entraide, solidarité, respect. Et forcément, je tombe amoureuse.
Et vous voulez savoir ce qu’il y a de plus fantastique? C’est la réunion d’équipe. Une fois par semaine, réunion après la tournée du matin, et point sur les tournées en cours. Quels sont les points importants de la semaine, les tournées sont-elles équilibrées, y a-t-il des difficultés quelque part? Et là, un truc de folie, l’équipe réajuste la tournée! Oui, l’équipe!
« Ça serait bien d’arriver plus tôt chez Madame Machin, faudrait la mettre sur la tournée B. »
« La tournée C est trop lourde, faudrait rééquilibrer. »
« Celui qui fait la tournée A a du temps pour aller aider chez Monsieur Bidule, ça allégera un peu la E. »
À la fin de la réunion, chacun a pu dire ce qu’il avait à dire, les difficultés des uns ou des autres ont été discutées, et c’est reparti pour la semaine.
Et là, je me surprends à rêver… Si seulement l’encadrement avait été le même quand j’étais auxiliaire de vie à Morteville, si nous avions pu nous voir régulièrement et non une fois tous les six mois, si on nous avait donné un temps pour discuter en toute simplicité de ce qui allait bien ou pas, sans la peur d’être jugées ou blâmées…
Finalement, je crois qu’être heureux au travail ne tient pas uniquement à ce que l’on fait, mais aussi et surtout à comment on le fait.
(Babeth, 37 ans, découvre la vie… Il était temps!) Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bienveillance, élève, formation, SSIAD, Stage | Commentaires fermés sur (Re)découverte

Confidences

Dernier stage. SSIAD. Horaires en coupe. J’ai profité de mon après-midi pour retourner à l’école. J’ai rendez-vous avec ma tutrice « pour faire le point ». Mes collègues de promo sont déjà presque tous diplômés, et presque tous en poste. Moi, je suis encore en stage, et ne serai pas diplômée avant le mois d’octobre.  EAS décalée mais pas décalquée.
Ce dernier rendez-vous à l’école, j’avoue que je l’attends avec impatience, pour parler de l’année écoulée, de mon ressenti de formation, de stage, de future professionnelle. De mes projets aussi.
14h. Bureau de la formatrice. Dans ce bureau, j’ai beaucoup parlé, parfois pleuré. Dans ce bureau, une femme m’a beaucoup écoutée, parfois réconfortée. Dans ce bureau, il y a maintenant une formatrice et une presque ancienne élève, une infirmière et une presque aide-soignante. Des presque collègues finalement. On parle. Des cours, des stages, de la découverte des patients et des équipes. De l’empathie, du « prendre soin« , des émotions. Je relate une histoire vécue en stage (faudra que je vous raconte, ça parle de barquettes en plastique, c’est drôle vous verrez), on enchaîne sur l’éthique, le regard, la volonté de ne pas s’habituer à ce qui nous choque (du coup faudra aussi que je vous parle de Cathy un jour, c’est pas drôle vous verrez). Quotidien et routine, éthique et déontologie… La discussion est enrichissante, j’aime cet échange, et c’est tout naturellement que je parle d’écriture quand nous abordons le délicat sujet des projets professionnels. Des projets, j’en ai plein, j’ai d’ailleurs repéré quelques formations sympathiques. Soins palliatifs, maladie d’Alzheimer, Humanitude, thérapie par médiation animale… Ce ne sont pas les sujets qui manquent! Mais, par-dessus tout, au milieu de tous ces domaines à explorer, l’écriture. Écrire, réfléchir, me poser des questions… accepter de ne pas toujours y trouver de réponses. Et partager. La tentation est grande de donner l’adresse de ce blog à ma tutrice. Parce que j’aime le regard qu’elle a sur les choses, parce que j’aime son humanité, parce que j’aime sa façon de parler du métier d’aide-soignante. Parce qu’écrire toute seule dans mon coin et fanfaronner sur les réseaux sociaux, c’est facile, mais me confronter au métier et au regard de mes pairs, c’est une autre paire de manches (courtes, les manches, bien sûr).
Je suis vraiment tentée de tout « avouer »… mais je me retiens. Peur, moi? Oui, un peu. Peur d’avoir fauté, peur d’être réprimandée. Alors j’évoque juste un projet de livre, comme ça, pour voir, un jour peut-être. Moitié sérieuse, moitié rieuse. Mais pas du tout menteuse, ça c’est sûr! Et je promets, une fois la formation vraiment finie, de lui en amener quelques pages… Mais en élève prudente que je suis, j’attendrai d’avoir le diplôme en poche. Pas folle Babeth! Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, enseignement, formation, IFAS, Stage | Commentaires fermés sur Confidences

MSP3

J’ai fait une pause. Un médecin compréhensif et des formateurs à l’écoute m’y ont aidée. Un arrêt de travail et de la chimie pour le cerveau ont également été salvateurs. À l’IFAS, ma tutrice s’est occupée de tout. Elle m’a trouvé un stage de remplacement en catastrophe et a fait reporter le stage optionnel au mois de juillet. Elle m’a aussi écoutée, rassurée et encouragée.
Il y a eu la dernière journée à l’école, qui marquait la fin de l’avant-dernier stage. Quasiment la fin de la formation. Revoir mes camarades de promo, les écouter parler de leur stage et de la fameuse MSP3, voir les résultats affichés dans le hall et, en face de mon nom, la mention « absente », j’avoue, c’était difficile. Les écouter parler de leurs projets professionnels, alors que j’étais encore en plein doute sur les miens, me donnait une étrange sensation de décalage. Et puis, j’avoue, j’avais peur. Et honte. Parce que si je ratais la MSP sur le stage à venir, je devrais la repasser sur mon stage optionnel. Mais j’avais choisi le SSIAD, et ce n’était pas possible de faire une MSP à domicile. Il me faudrait donc trouver un autre stage optionnel. En juillet. Dans un service où, sans doute, certains de mes collègues de promo feraient déjà leurs armes en tant que jeunes professionnels. Vous imaginez le malaise.
Il y a eu mon affectation de stage. En EHPAD, à une heure de chez moi. Dans un établissement qui dépendait du même pôle de gériatrie que l’EHPAD de mon premier stage. Joie. Autant vous dire que j’y suis allée la peur au ventre. Peur de croiser des membres de l’équipe du premier stage (ça tourne beaucoup par ici). Peur de devoir me justifier sur mon parachutage inopiné. Et surtout, peur d’être médiocre une fois de plus.
Il y a eu le premier jour de stage. La rencontre avec le cadre, rassurant. La découverte de l’équipe, bienveillante. Alors oui, c’est loin. Oui, c’est grand. Oui, il y a beaucoup de résidents pour trop peu de soignants. Mais ici, l’équipe est souriante, encadrante, le cadre de santé est présent. Ici, je peux poser des questions et trouver des réponses. Ici, j’ai l’impression que j’apprends, que je progresse. Ici, je me sens bien. Et ça se répercute sur mon stage. Et sur mon moral.
Il y a eu la revalidation de la MSP d’ergonomie, que j’avais superbement ratée, à cause d’un stress pas du tout maîtrisé. 19,75/20. Une jolie revanche.
Et il y a eu, enfin, la MSP3. J’ai travaillé dur. Le matin, je me levais à 4h30, partais à 5h30, arrivais à 6h30 et, après mes heures, restais sur le lieu de stage pour bosser mes démarches de soins. J’avais une semaine et demie pour préparer l’examen, j’ai vécu ces dix jours à fond. J’ai peu dormi, à peine vu mes enfants et me suis droguée au café. La veille de la MSP, j’étais du soir. Je suis rentrée chez moi à 22h, me suis couchée aussitôt, n’ai pas pu dormir avant minuit à cause d’un baby Georges d’humeur joueuse, me suis levée à 3h30, ai relu et corrigé mes démarches et suis partie à 5h pour arriver, épuisée et anxieuse, à l’EHPAD. Transmissions, stress, relecture, stress, café, stress, questions diverses, stress, préparation du chariot, stress, encouragements de l’équipe, stress, arrivée de ma tutrice, stress, choix du patient, stress… et c’est parti. Après, ça a roulé. Démarche de soins, toilette, diagramme, besoins perturbés, attente. Bizarrement, sans stress. Regards complices de mes jurys, interdiction de donner le résultat avant une bonne semaine mais leur sourire en sortant du bureau me met sur la voie. « Vous pouvez dormir tranquille » me dit ma tutrice. « Tu peux même très bien dormir tranquille » rajoute mon encadrante. Message reçu. MSP réussie.
Et maintenant? Il me reste deux semaines de stage. Puis trois semaines en SSIAD. Il me faut des bonnes notes, histoire de rattraper les évaluations pas terribles de mes deux premiers stages. Mais j’ai regagné en confiance, alors je repars du bon pied. Je finirai en retard, mais je finirai. Après ça, il me faudra attendre début octobre pour être diplômée. En attendant, il faut que je trouve un boulot au plus vite, ce qui s’avère compliqué étant donné que j’arrive en retard et sans diplôme sur le marché du travail. Mais j’ai le moral. Je vois arriver la fin de la formation, et je suis réellement heureuse d’avoir tenu bon malgré les difficultés. Et, enfin, je commence à me faire à l’idée que je suis capable d’être aide-soignante, malgré tout.

PS1 : merci pour votre soutien. J’étais vraiment mal quand j’ai écrit les derniers billets, vos commentaires pleins de confiance et de bienveillance m’ont beaucoup aidée.

PS2 : 28,5/30 à la MSP et note maximale en stage. Je crois que ça va 😉 (et toc pour la cadre dragon!) Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bienveillance, blog, élève, formation, IFAS, MSP, Stage | Commentaires fermés sur MSP3

Vide

L’année a été dure.
Les cours, les stages, la promo, la vie de famille, la précarité, la fatigue… Je n’avais pas imaginé que c’était tout ça, la formation. Bien sûr, j’avais lu des témoignages, sur des forums, des blogs. J’avais vu des étudiants en souffrance, qui disaient que c’était dur, j’avais lu que certains craquaient et lâchaient en cours de route. Mais moi, j’avais confiance. Je me croyais au-dessus de ça. Parce que j’avais déjà fait une formation, parce que j’avais une famille, parce que j’étais un peu plus âgée, parce que j’avais déjà traversé des choses pas faciles, et puis, je l’avoue, parce qu’il y avait des gens qui m’avaient dit que je serais une bonne soignante. Alors, confiante et naïve, je me croyais protégée par tout ça. Mon cursus, ma famille, mon âge, mon expérience, mes amis, me tiendraient à l’écart des difficultés. Une année de formation, un diplôme, un boulot à la clé, et à nous le retour à la vie « normale », avec des horaires « normaux » et un salaire « normal »! Tout était planifié, tout allait bien se passer.
Les cours? Niveau V, ça devait être à ma portée voyons, il suffisait de bien réviser.
Les stages? Facile, il suffirait d’être naturelle, d’écouter, d’obéir aux consignes, et ça se passerait très bien.
La vie de famille? Tout allait bien se passer, je ne verrais pas beaucoup les enfants cette année mais c’était pour une bonne cause.
La précarité? Allez, encore dix petits mois à tenir, dix mois ce n’était rien, et puis c’était délicieux les pâtes, on pouvait faire plein de recettes avec, regardez les Italiens!
La fatigue? Hé ho c’est bon, j’avais deux gosses, c’était pas une petite formation qui allait m’effrayer hein!
Confiante je vous dis! Et naïve. Et un peu conne aussi.
Je n’avais pas prévu le stress des évaluations.
Je n’avais pas imaginé que la position de stagiaire serait si difficile.
Je n’avais pas pensé que la vie de famille serait à ce point bouleversée.
Je n’avais pas anticipé les dépenses supplémentaires dûes aux (longs) trajets à répétition.
Je ne m’attendais pas à être épuisée à ce point.
Bref, je croyais que ça irait, et puis non.
Je croyais que je serais une bonne élève et une bonne stagiaire, et puis non.
Je croyais qu’à la maison ça irait, que ces quelques mois ne seraient qu’un mauvais moment à passer en attendant des jours meilleurs, et puis non.
Tout faux sur toute la ligne.
J’ai ramé pour apprendre mes cours et je me suis vautrée en stage.
J’ai été fatiguée et j’ai crié sur mes enfants.
J’ai pleuré.
J’ai craqué.
Je me suis arrêtée.

Aujourd’hui, je ne sais plus où j’en suis. Je dois rattraper mon stage et passer la MSP3. Mes collègues de promo seront diplômés début juillet et auront du travail cet été. Je ne serai pas diplômable avant septembre ou octobre. En attendant, je ne suis rien. Ni aide-soignante ni auxiliaire de vie. Rien. Je suis à la maison pendant que les autres sont en stage. Je tourne en rond pendant qu’ils tournent dans les services. Je pleure sur mon échec pendant qu’ils se félicitent de leur réussite.
Je me sens vide. Sans envie, sans vie. Sans projet. Je ne sais même plus si je veux encore être aide-soignante. À quoi bon? Si je ne suis pas capable de m’intégrer dans une équipe, comment ferai-je pour travailler? Si je ne peux pas tenir la cadence, comment serai-je efficiente? Si je ne sais pas supporter les remarques, comment pourrai-je progresser?
Mon bel enthousiasme, mes idéaux, tout ça s’est envolé. Il ne me reste que l’amertume de n’être finalement qu’une élève médiocre, pas fichue de réussir là où personne n’échoue. Médiocre vous dis-je.
Et vide.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, MSP, Santé, Stage | Commentaires fermés sur Vide

Témoignage d’EAS

Sarah m’a contactée via le blog. On a un peu discuté et, devant la similitude de nos expériences, elle a accepté de partager son ressenti sur la formation d’aide-soignante et les stages. Je l’en remercie.
Elle est présente sur Twitter ici : @MerandSarah


Bonjour
Je m’appelle Sarah, et je suis devenue élève aide-soignante en septembre 2013.
J’ai dû reporter ma formation à cause des échecs en stage et je voudrais vous faire partager mon témoignage.
Mon premier stage était dans une clinique privée spécialisée. Je suis tombée sur une équipe très soudée qui était distante et froide aussi bien avec les stagiaires qu’avec les patients. J’essaye de faire abstraction des griefs que j’accumule à leur encontre et tente de travailler sur ce qu’elles me reprochent. Or je suis perplexe et paniquée à l’écoute du nombre de leurs critiques. Elles me reprochent ma sensibilité, mon stress, mon manque de rigueur, mon manque de concentration, ma spontanéité, le fait que je ne connaisse rien au milieu hospitalier, que je ne sache rien faire, que je n’aille pas assez vite, que j’apprenne mal, etc.
J’ai l’impression d’être nulle, j’ai peur de ne jamais réussir à être assez bien pour devenir aide-soignante mais je m’accroche. C’est raté pour ce stage, mes notes sont catastrophiques, mais sur mon appréciation il est marqué que le contact passe bien avec les patients et que je suis à l’écoute de ce que l’on me dit.
Je travaille, questionne, recherche, me remets en question, inlassablement, et je parviens, malgré un côté relationnel avec l’équipe toujours très difficile (malgré mon travail sur cet aspect là, mon stress modifie mon comportement, me fait perdre mes moyens, je dis n’importe quoi, oublie, fais répéter… ce qui rend souvent difficile le contact avec l’équipe) à obtenir une amélioration dans mes stages suivants.
Je parle toujours autour de moi à mes proches et collègues des difficultés que j’ai, et ce qui me frappe c’est que malgré la gentillesse, l’envie d’aider, la compréhension et la bonne volonté, peu de gens comprennent ce que je traverse, ce qui me fait peur et me questionne d’autant plus (qu’est-ce que je fais de mal, qu’est-ce qui cloche chez moi, etc.)
Une psy me parle de surdouance qui expliquerait les soucis relationnels, ça me paraît peu probable (j’ai déjà été testée petite) mais je me renseigne quand même, à l’heure d’aujourd’hui je ne sais toujours pas, je vais passer des tests cet été.
J’arrive à mon quatrième stage épuisée moralement et tout de suite l’établissement (contrairement aux deux derniers) ne me fait pas bonne impression du tout. Le personnel n’a pas de quoi travailler, les absences sont nombreuses et les remplacements faits à la dernière minute, les patients ont les cheveux sales (ils sont douchés une fois tous les deux mois environ, lorsqu’il y a le temps, ou alors par les stagiaires).
On me fait comprendre que je servirai à faire ce que l’équipe ne peut pas faire. Je travaille seule, avec des patients âgés hémiplégiques, déprimés, parkinsoniens. Je dois les presser, les retourner dans tous les sens, faire leur toilette n’importe comment, leur faire mal parce que je les ai mobilisés seule, parce que je n’ai pas pris le temps, parce que je dois être à l’heure. C’est tout. Ma référente m’accable de reproches et je n’en peux plus. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus parce que je ne comprends rien, parce qu’elle ne comprend rien, parce que j’ai mal de faire le travail que je fais, que je veux bien qu’on me dise que tout est de ma faute, mais qu’alors on me dise comment faire de façon logique et compréhensible parce que là je ne sais plus.
J’atterris en larmes dans le bureau du cadre, qui me dit que j’ai à construire ma façon d’entrer en relation, qu’il n’arrive pas à me cerner, qu’on dirait que je ne veux pas être aidée, que je suis hautaine, que peut-être je suis trop mal pour faire ce métier.
Peut-être. Peut-être. Vous êtes cadre infirmier, vous êtes intelligent, vous êtes compétent, effectivement je suis la seule stagiaire parmi les cinq présentes à galérer comme ça. Mais je veux avancer. Je veux avancer sur moi, je veux apprendre, je veux comprendre, je veux devenir capable. Alors je m’accroche.
Je rate ma MSP qui était perdue d’avance et naufrage la fin de mon stage en arrêt maladie.
J’arrive au cinquième stage à bout mais avec un peu d’espoir quand même.
L’équipe est gentille et compétente mais je n’arrive à rien, alors que j’ai deux MSP pour ce stage. Je suis déboussolée, j’ai perdu toute confiance en moi. Alors cette fois je lâche. Je ne peux pas expliquer comment je suis arrivée au cinquième stage avec aussi peu d’aptitudes techniques, pourquoi les autres réussissent et pas moi, mais ça m’est inacceptable, alors j’arrête.
Voilà où j’en suis.
Si vous avez conseils ou expériences, ça m’intéresse.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, blog, élève, enseignement, formation, MSP, Stage | Commentaires fermés sur Témoignage d’EAS

Pause

Ce matin, à 8h, j’aurais dû passer la MSP 3. Ce matin, à 8h, je buvais un café tout en écoutant Amélie me parler de sa prochaine évaluation de mathématiques.
Je ne serai pas aide-soignante en juillet. Je le vis un peu mal.
J’ai passé le week-end à tergiverser.
Idée numéro un : retourner en stage lundi matin, faire mon travail cor-rec-te-ment, préparer la MSP, la réussir, finir mon stage en montrant les fabuleux progrès réalisés grâce à cette mise au point, prouver à l’équipe et à la cadre que je peux être une bonne aide-soignante… Et accessoirement, me le prouver à moi-même. Sauf que pour ça, il faut y croire. Manque de pot, je n’y crois plus. Je suis incapable de préparer quoi que ce soit, incapable de réussir le moindre soin, alors un stage et une MSP… Peine perdue! Passons à…
Idée numéro deux : tout pareil, sauf que je m’arrête après la MSP. Il faut juste réussir à donner le change deux ou trois jours, histoire de valider l’examen, et après je peux m’écrouler, j’ai le droit. Sauf que même ça, j’en suis incapable. Me retrouver face à eux est réellement au-dessus de mes forces. J’ai peur et j’ai honte. Passons à…
Idée numéro trois : être malade et ne pas être en état, pour de vrai, d’y retourner. Sauf qu’une maladie, ça ne s’attrape pas si facilement que ça, et je ne suis pas suffisamment bonne comédienne pour simuler un pneumothorax. Personne n’a la varicelle dans mon entourage, dommage. Une gastro, c’est trop court et une scarlatine, trop long. Passons à…
Idée numéro quatre : me blesser. Voilà, ça c’est facile, et je peux le faire toute seule comme une grande : un marteau, une portière de voiture, un couteau… J’ai l’embarras du choix! Il suffit juste de doser les coups, pas besoin d’aller jusqu’à la fracture ouverte non plus! Seule ombre au tableau, il faut quand même que je sois d’attaque pour le prochain stage, ça ne me laisse que deux semaines pour me rétablir, c’est un peu court comme délai. Passons à…
Idée numéro cinq : mourir. Tout simplement. Bye bye la formation, la précarité et tout le reste. Mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise épouse… À quoi cela sert-il de continuer? Sauf que bon, un enterrement, c’est cher, on n’a pas les moyens. Et puis être orphelin(e), je connais, c’est pas la joie, je veux pas ça pour mes enfants. Et puis c’est con mais j’aime mon mari, je veux pas lui faire de peine. En plus mourir, c’est compliqué, faut pas se louper, parce que les séquelles d’un suicide raté ne sont pas très excitantes. Passons à…
Idée numéro six : arrêter la formation. Trouver un travail, n’importe lequel, coiffeuse de poneys ou éleveuse de sauterelles, et oublier mes rêves de soin et de bientraitance. Faire comme si cette année n’avait jamais existé, comme si je n’avais rien vu, rien appris. Oublier le fucking stage à Pétaouchnok et l’EHPAD bientraitant à côté de chez moi, oublier les visages des soignants et des soignés, oublier l’école et les élèves. Oui mais… Tout ça pour ça? Tous ces cours, toutes ces questions, tous ces échanges… Pour rien? Non, impossible. Passons à…
Idée numéro sept : écouter (enfin!) les conseils qu’on me donne. M’arrêter et souffler, parler et pleurer. Ne pas y retourner. Renoncer à la note de stage (médiocre), à la MSP (perdue d’avance), à ma progression (nulle). Aller dès lundi chez un médecin, parler (calmement) de la situation, me faire aider. Prendre un arrêt-maladie et de quoi aller mieux. Puis aller à l’IFAS, affronter ma honte et ma peur et expliquer tout ça. Sans pleurer. Sans craquer. Prier pour ne pas me faire virer.

J’ai choisi la dernière solution.
Arrêt-maladie ok.
Anxiolytiques ok.
IFAS ok.
J’ai pleuré. J’ai craqué. Mais je n’ai pas été virée.

Message à ceux qui sont passés ici ou ailleurs : merci. Vous imaginez même pas à quel point vos mots m’ont fait du bien. Vraiment. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, blog, élève, enseignement, formation, Hôpital, IFAS, MSP, Santé, Stage | Commentaires fermés sur Pause

EAS de merde

Voilà, le stage, c’est fini. J’arrête les frais. J’en ai pris conscience hier matin quand, planquée dans la réserve pour ne pas pleurer devant « eux », je me suis demandé s’il valait mieux avaler le bidon de javel ou me péter le poignet à coups de marteau pour échapper aux deux semaines qui me restaient à faire. Oui, parce qu’en plus d’être une sombre merde, je suis lâche. Je crois que quand j’en arrive à ce genre de pensées, il est temps que je fasse une pause.
Donc, pour résumer :
Je ne sais pas prendre soin des gens.
Je ne sais pas « faire les liens ».
Je ne sais pas m’organiser.
Je ne sais pas ce qu’est le métier d’aide-soignante.
Je mets les patients en danger.
Je ne respecte pas les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité.
Je dois très sérieusement me demander pour quelle raison je veux faire ce métier.
Il est inenvisageable que je puisse être diplômée dans un mois.
And, last but not least, je ne sais pas me remettre en question.
Je ne me cherche aucune excuse. Tout cela est sans doute vrai. Et même, ça ne m’étonne pas. Je suis tellement dans le brouillard depuis une semaine qu’il est plus que probable que j’aie accumulé toutes ces erreurs. Et cela fait sans doute un moment que je les accumule. Seulement, en début de formation, j’avais l’excuse d’être une élève débutante. Maintenant, je n’ai plus cette excuse. Je n’ai aucune excuse. Je suis incompétente, point.
 J’ai passé la matinée à essayer de bien faire. Mais, même en essayant, j’étais nulle. À chaque fois que je sortais d’une chambre, j’entendais des bribes de conversations :
« J’aimerais bien savoir combien elle a eu à sa dernière MSP »
« Elle pas dû valider tous ses modules, c’est pas possible »
« Il faudrait que l’IFAS nous procure les notes de ses précédents stages, on devrait les demander pour les prochains stagiaires »
« Une fille comme ça dans les services dans moins d’un mois, c’est carrément pas possible »
« De toute façon elle pourra jamais travailler, les équipes n’en voudront pas »
« Elle est nulle »
Et j’en passe.
Forcément, entre ça, le manque de sommeil et le fait que je saute un repas sur deux, je n’ai pas été très performante. Pour être honnête, j’ai été médiocre. Comme d’habitude. Je me suis occupée de « mes » patients, j’ai rempli les diagrammes, j’ai noté les transmissions. Mais tout était nul.
La cadre m’a appelée à la fin du service. Elle avait dit à l’équipe qu’elle voulait me voir et m’attendait visiblement depuis un moment. Forcément, n’ayant été ni à la pause ni au repas ni aux transmissions, trop occupée que j’étais à parfaire ma médiocrité naturelle (c’est du boulot, croyez-moi), je n’étais pas au courant. Forcément, la stagiaire qui ne répond pas à la convocation de la cadre, ça ne fait pas sérieux. Forcément, quand en plus ladite stagiaire essaie de fourguer son recueil de données au dernier moment à sa tutrice qui a fini son service, le tout devant le bureau ouvert de la cadre, ça aggrave largement les choses. Bref, tout faux. Si je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de la situation, il m’a fallu moins de trente secondes pour comprendre que j’étais franchement dans la merde. Je me suis décomposée sur place. Incapable de réfléchir, incapable de répondre. Si j’avais été une bonne aide-soignante, j’aurais bien profité de l’occasion pour prendre mon pouls et ma tension, juste comme ça, par curiosité. Mais je ne suis pas une bonne aide-soignante.
Alors, pendant que la cadre énumérait froidement tous mes défauts et m’enjoignait de lui prouver que j’étais capable de progresser, mon regard s’est échappé par la fenêtre de son bureau. De là, je voyais le long couloir vitré que j’avais si souvent arpenté il y a deux ans. Le couloir que j’avais emprunté enceinte, puis jeune maman, puis orpheline. Au bout de ce couloir, une équipe formidable, qui avait accompagné mon père jusqu’au bout. Une aide-soignante qui m’avait apporté un bol d’eau chaude pour que je puisse me faire une tisane d’allaitement. Une autre qui était allée chercher une blouse propre pour pouvoir prendre mon tout jeune bébé dans ses bras. Une infirmière qui avait accompagné Amélie à l’espace de jeux du service de pédiatrie pas encore ouvert. Une équipe à laquelle j’avais rêvé de ressembler. En vain.
Alors, après l’entretien, j’ai rassemblé mes affaires et, sans dire au-revoir à personne, j’ai quitté le service. Mais je n’ai pas quitté l’hôpital. Je suis d’abord allée au bout du couloir. La veuve de mon père, qui y est hospitalisée en ce moment-même (triste coïncidence), n’était pas dans sa chambre, mais l’équipe était là. Il y a des sourires qui ne changent pas. Il y a de la bonté dans certains regards, de la douceur dans certains gestes.
J’ai repris le couloir dans l’autre sens et ai, enfin, quitté l’hôpital. Puis j’ai pleuré. Toute l’après-midi. Toute la soirée. Une partie de la nuit. Une bonne partie de la journée. Sans doute demain aussi.
Aujourd’hui, je renonce. Y retourner, finir le stage, passer la MSP… je ne m’en sens pas capable. Je ne sais plus rien. Je sais juste que je ne peux pas y penser sans pleurer. Parce que je me sens nulle. Parce que j’ai honte. Parce que j’ai peur. Parce que je me sens incapable de retourner dans ce service. Parce que je ne tiens plus. Parce que je craque. Parce que j’ai envie de tout oublier, de revenir en arrière et de n’avoir jamais commencé cette formation. Parce que l’année a été dure, terriblement dure. Parce que j’ai imposé ce choix à ma famille et que ça a été dur pour eux-aussi. Parce que je ne suis pas digne des efforts qu’ils ont faits pour moi.  Parce que je ne suis pas digne d’être aide-soignante, tout simplement.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, formation, Hôpital, IFAS, MSP, Stage | Commentaires fermés sur EAS de merde

Doutes

Avant-dernier stage.
Bientôt la MSP (Mise en Situation Professionnelle). Je croyais que ça irait, et puis non, ça va pas. J’ai peur. Je doute de moi. Je doute de tout et de tout le monde. J’entends des consignes contradictoires : changer l’eau, ne pas changer l’eau, mettre un tablier, ne pas mettre de tablier, changer le drap, ne pas changer le drap. Et j’en passe.
Je ne sais plus rien. Je ne sais plus « faire une toilette », je ne sais plus « communiquer », je ne sais plus « faire des liens ». D’ailleurs, ai-je jamais su faire tout cela? Je suis en fin de formation et je ne suis pas prête. Trop lente, trop désorganisée, trop tout. Ou pas assez.
Bientôt la MSP, et je vais être jugée en 1h30. Dix mois se joueront en une matinée. Sur un soin. Un diplôme contre une toilette. Une toilette parfaite. Ça tombe mal, je sais pas faire. Je sais sourire et me poser des questions qui ne servent à rien mais je ne sais toujours pas faire une toilette en technique en étant organisée.
Bientôt la MSP. Les modules écrits sont validés. Les stages aussi. Mais passer devant un jury, être observée, voir les examinateurs prendre des notes, échanger des regards, tourner autour du lit, ça me fait complètement paniquer. Et quand je panique, je fais des boulettes. Et je m’en rends compte. Et ça me fait paniquer… Bref, c’est sans fin. Alors que, seule avec le patient, ça va, je communique, j’observe, je m’adapte. Bref, je fais mon boulot.
Bientôt la MSP. Je la sens pas. J’ai pas envie d’y aller. J’ai juste envie de tout arrêter. Je sais pas ce qui m’a pris de passer ce concours. J’ai bêtement cru que ce serait merveilleux, et puis non. J’ai naïvement espéré faire un beau métier, et puis non. J’ai secrètement rêvé être une aide-soignante, et puis non.
Bientôt la MSP. État de stress maximal. Je ne mange plus, je crie sur les enfants, je pleure pour un rien. Je passe des heures sur une démarche de soins, des heures sur le Vidal, des heures sur la règle d’ORR. Et je passe à côté du spectacle de danse d’Amélie, des cascades de Georges et d’un certain nombre de choses plus ou moins importantes. Manger et dormir sont-ils des besoins absolument indispensables après tout?

Bientôt la MSP. Les quatorze besoins fondamentaux s’appliquent-ils aussi aux élèves aides-soignants? Pas si sûr.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, enseignement, formation, MSP, Stage | Commentaires fermés sur Doutes

Aide-soignante en devenir

« Mon père est mort au bout de ce couloir »
Voilà trois jours que je suis en stage à l’hôpital et cette pensée ne cesse de me hanter.
Même hôpital, même étage. Pas de chambre 423, pas de fenêtre donnant sur la petite église, mais ce long couloir, que j’ai arpenté si souvent pour aller le voir.
À un bout du couloir, mon stage et la MSP3 qui se rapproche dangereusement, la MSP de tous les dangers, celle qui fait paniquer (presque) tous les EAS. Le stage, la MSP, le diplôme… mon avenir.
À l’autre bout du couloir, la fin de vie de mon père, qui m’a aidée à prendre la décision de passer le concours. La maladie, l’agonie, la mort… mon passé.
C’est étrange comme tout au long de cette formation j’ai eu l’impression d’avancer dans mon deuil. Des lieux, des rencontres, des situations, autant de petites choses qui me font penser à lui et me confortent dans mon choix. Revenir dans cet hôpital avec un regard de soignante, croiser ceux qui ont pris soin de lui, revêtir leur uniforme, apprendre d’eux… Comprendre le fonctionnement de la grosse machine qui a englouti mon père et repenser à plein de petits détails qui m’avaient semblé tellement compliqués à l’époque. Que de chemin parcouru en deux ans! J’ai été une patiente, j’ai été une famille de patient, je suis maintenant une apprentie-soignante.

Un jour, je serai une vraie aide-soignante. J’aurai un diplôme et une blouse blanche, j’arpenterai les couloirs d’un petit EHPAD ou d’un gros hôpital, et je prendrai soin des patients et de leurs familles. J’apporterai un bassin, je tiendrai une main, je rafraîchirai un visage. Et, qui sait, un jour peut-être, je recevrai une stagiaire qui m’avouera qu’elle a choisi d’être aide-soignante parce que d’autres ont su lui donner cette envie dans des moments difficiles. Alors la boucle sera vraiment bouclée. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, formation, Hôpital, mort, Stage | Commentaires fermés sur Aide-soignante en devenir

Élèves

Le 1er février, j’écrivais ça :
« Parce que je suis élève aide-soignante, j’apprends le programme officiel, comme tous les élèves aides-soignants de France. Quand je serai diplômée, j’aurai les mêmes savoirs que tous les autres aides-soignants. Alors, qu’est-ce qui permettra de nous différencier? Pourquoi embaucher celui-ci plutôt que celle-là? »
Je me trompais.
La formation aide-soignante, c’est 840 heures de stage (soit 6 stages de 4 semaines chacun) et 595 heures de théorie (soit 17 semaines pour 8 modules). Dire qu’en fin de formation j’aurai les mêmes savoirs que les autres élèves est une erreur.
Nous ne faisons pas les mêmes stages. Nous ne découvrons pas les mêmes services. Nous ne rencontrons pas les mêmes soignants. Ni les mêmes patients. Parfois, pour un même stage dans un même service avec les mêmes soignants, nos ressentis sont radicalement différents. Parce que nous ne sommes pas les mêmes stagiaires.
Oui mais… nous allons aux mêmes cours, nous devons donc avoir 595 heures de formation commune. Encore raté.
Cours sur la fin de vie. Le psychologue nous parle d’accompagnement et de deuil. Dans la marge, je note « Marie de Hennezel » et Elisabeth Kübler-Ross » en me disant qu’il faudra que je les relise. Je n’ai aucun mérite à connaître ces auteurs, je les ai tout simplement découverts à la mort de mes parents. Tout le monde n’a pas la chance d’être orpheline! Un rapide coup d’oeil sur l’amphi. Clarisse a le visage fermé, ce cours a l’air difficile à encaisser pour elle. Sonia fait des mots croisés. Solange gribouille. Tatiana dort, cachée derrière ses longs cheveux. Nicolas note consciencieusement, il souligne les mots-clés et met plein de couleurs. Caroline lève la main, une question la démange. Rozenn et Juliette chuchotent. Un même cours, et autant d’apprentissages que d’élèves.
Atelier pratique sur la toilette. Trois groupes, trois formateurs. L’enseignement théorique est le même, les façons de le transmettre sont différentes. Dans chaque groupe, des élèves aux parcours différents. Des jeunes, des moins jeunes, des néophytes et des expérimentés. On apprend avec les formateurs et le groupe, chacun y allant de sa petite astuce pour aider ses collègues. Autant d’interactions que d’élèves.
Cours sur les maladies de l’appareil digestif. Forcément, le cancer de l’oesophage, ça me parle. La pancréatite aussi. J’écoute attentivement, j’apprends plein de choses que j’aurais aimé savoir avant. Avant quoi? Avant que mes parents ne soient touchés pardi! Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents alcooliques. Coup d’oeil dans l’amphi. Cette fois encore, chacun est là à sa façon. Plus ou moins présent, plus ou moins apprenant. Autant de cours que de vécus.
Cours sur l’anatomie du rein. Je suis fatiguée, je décroche. Mes yeux se ferment, je les rouvre, ils se referment. Mes notes ne ressemblent à rien, quelques mots épars sur une feuille. Derrière moi, Caroline semble fascinée par le sujet, elle a déjà noirci trois feuilles de son écriture régulière. Je lui demanderai son cours en sortant. En espérant qu’on ne tombera pas dessus à l’évaluation. Autant de centres d’intérêt que de cours.
Entretiens individuels. Les trois formateurs se partagent la promo en tutorat. J’aime bien ces moments-là, dans le calme d’un bureau. On peut parler, faire le point, poser des questions. On peut aussi pleurer. Ou rire. Ou raconter des choses un peu intimes. Ça reste dans le bureau, entre nous. Autant d’entretiens que de confidences.

Finalement, après 1 435 heures d’enseignement théorique et clinique, il n’y aura pas deux élèves ayant reçu la même formation.
Parce que chacun de nous est arrivé avec un certain âge (voire un âge certain) et une certaine expérience.
Parce que chacun de nous aura vécu cette année à sa façon.
Parce que chacun de nous aura vu des choses en stage et appris des choses en cours.
Parce que chacun de nous aura discuté avec les uns plutôt qu’avec les autres.
Parce que chacun de nous aura pris des notes de telle ou telle façon.
Parce que chacun de nous aura pris (ou non) du recul sur ce qu’il vivait en stage.
Parce que chacun de nous est différent de son voisin, tout simplement.

Une formation. Mille élèves. Mille apprentissages. Mille aides-soignants différents. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, formation, IFAS, Stage | Commentaires fermés sur Élèves

Alcools

Tout n’est pas cirrhose dans la vie, comme dit l’alcoolique.
Frédéric Dard
Aucune nouvelle de Madame Pasdbol depuis quatre mois. Finalement, pour construire une famille, il faut qu’il y ait une envie réciproque. Ça n’est pas le cas. Pas grave. Je passe pourtant souvent pas très loin de chez elle. Mais je n’ai pas envie de m’arrêter. Pas envie de voir le cubis de rouge posé par terre. Pas envie de disséquer ses mensonges. Pas envie de voir les souvenirs de mon père dans sa maison. Pas envie de l’écouter se plaindre, encore et toujours. Et malgré cette non-envie de la voir, je ne peux m’empêcher de culpabiliser. Parce que je la sais alcoolique, et que l’alcoolisme est une maladie. Parce que je ne sais pas si elle l’était déjà avant de rencontrer mon père. Parce que je me demande si ce qu’elle est en est une conséquence directe ou non. Parce que j’ai fait une promesse à mon père. Parce qu’elle est seule. Parce qu’elle est la mamie de mes enfants. Parce que, pour finir, je sais qu’il est possible d’aller mieux. Ou pas.
Monsieur Carcinome est un patient « compliqué ». Parce qu’il est alcoolique. Parce qu’il est dément. Parce qu’il a une cirrhose. Parce qu’il est sous tutelle. Parce qu’il est placé contre son gré. Et puis, avouons-le, parce qu’il est pénible.
Monsieur Carcinome a une fracture. Dans un service de chirurgie, c’est plutôt classique. 
Ce qui l’est moins, par contre, c’est le contretemps lié à la tutelle. Parce qu’il faut une autorisation écrite pour l’opérer. Parce que ladite autorisation n’arrive pas. Parce que la tutrice, qui n’est autre que la fille de Monsieur Carcinome, ne semble pas pressée de s’en occuper. Parce qu’elle habite loin. Parce qu’elle est difficilement joignable. Parce qu’elle dit qu’elle n’a pas le temps et qu’elle a autre chose à faire. 
Alors Monsieur Carcinome attend. Et nous aussi. Le patient est coincé au lit tant que l’autorisation d’opérer ne sera pas arrivée au courrier. Le voici donc entièrement dépendant des soignants. Imaginez la scène : il est dément, il est immobilisé, il ne comprend pas pourquoi il n’est pas opéré, d’ailleurs il ne sait même pas où il est. À chaque passage de soignant dans sa chambre, Monsieur Carcinome pose les mêmes questions : 
« Où suis-je? »
« Est-ce que je peux avoir du vin avec mon repas? »
« Est-ce que je peux avoir une cigarette? »
« Quand est-ce que je rentre chez moi? »
« Pourquoi on ne s’occupe pas de moi? »
Alors, à chaque passage, on réexplique : 
« Vous êtes à l’hôpital »
« Non »
« Non »
« Il faut attendre d’avoir été opéré »
« On attend le courrier de votre fille. »
Une fois. Deux fois. Trois fois. Dix fois. Toute la journée. Tous les jours. C’est usant. Pour lui comme pour nous.
Répondre poliment. Être rassurante. Rester calme. Sourire. Se montrer disponible. J’ai beau savoir tout ça, j’avoue que j’ai du mal. Je n’arrive pas à être neutre avec lui. Ma bienveillance reste à la porte de sa chambre pour tenir compagnie à mon empathie. Je ne vois chez Monsieur Carcinome que l’alcoolique chronique qui sonne toutes les cinq minutes, qui pose toujours les mêmes questions, qui ne comprend pas les réponses, qui fait des allusions salaces, qui renverse son urinal. Je ne vois que ça, et ça me dégoûte. Cet homme me dégoûte, son corps me dégoûte, son discours me dégoûte. Et plus je regarde son dossier, plus il me dégoûte. Parce qu’il a été marié et père de famille, et que je ne peux m’empêcher de m’imaginer ce qu’a pu être sa vie de famille. J’imagine l’alcool, la violence, le surendettement. J’imagine sa femme. J’imagine les gosses au milieu. Pour être honnête, j’imagine mon père, et ma mère, et les gosses au milieu. Je le vois, lui, le dément, et je vois ce à quoi ont échappé mes parents en mourant jeunes. Ce à quoi n’échappera peut-être pas Madame Pasdbol. Et ça m’effraie.
Forcément, j’ai du mal à prendre soin de lui correctement. Parce que quand je vais le voir, je n’ai qu’une hâte : repartir au plus vite! Je lui réponds sèchement, je le regarde à peine, j’évite de le toucher. La toilette est une épreuve. Le repas aussi. Chaque acte de soin est une épreuve. Je ne suis ni bienveillante ni bientraitante.
Quatre jours. Quatre jours à répondre aux mêmes questions, à changer ses draps souillés d’urine, à attendre cette fichue autorisation qui n’arrive pas. Et puis, le cinquième jour, le déclic. Monsieur Carcinome a sonné pour la énième fois, et pour la énième fois il me demande s’il peut fumer. Pour la énième fois je m’apprête à lui répondre que non, il ne peut pas fumer, ni dans son lit ni à la fenêtre ni dehors. Et c’est à ce moment-là que je croise son regard, et que je m’y arrête. 
Il a peur. Il a cet air affolé qu’aurait un enfant perdu dans un supermarché. Exit Monsieur Carcinome et son alcoolisme, ses réflexions salaces et son histoire de vie, j’ai en face de moi un patient qui a peur, un patient qui ne comprend pas ce qui lui arrive, un patient qui souffre et qui voudrait qu’on l’aide. Empathie et Bienveillance, qui attendaient sagement à la porte, entrent sur la pointe des pieds. Je regarde Monsieur Carcinome. Dans les yeux. Je vois le patient, celui dont il faut que je m’occupe, sans le juger, en le respectant. Je vois l’instant présent, les soins, le dialogue. Je vois ses yeux et il voit les miens.
Je peux enfin prendre soin de lui.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, ALCOOL, bientraitance, bienveillance, Hôpital, Maltraitance, Stage | Commentaires fermés sur Alcools

Des gens

Il y a quelques semaines j’écrivais ça, et ça.
C’était dur. Je craquais complètement et j’étais à deux doigts de tout envoyer valser. L’école, les cours, les stages, les gosses, les factures, la famille… Un ras-le-bol de tout et de tout le monde. Un gros coup de mou et un moral au fond des sabots.
Et puis, en réponse, il y a eu ce blog. Stupeur et émerveillement.

Y a des gens, quand même, ils sont vraiment super chouettes.
Des gens que je connais un peu, ou à peine, voire pas du tout, et qui m’aident, comme ça, spontanément.
Des gens qui m’écrivent des choses d’une gentillesse inouïe, qui m’encouragent , qui me tendent la main.
Des gens qui me poussent à continuer.
Des gens qui me font réfléchir.
Des gens qui font preuve de bienveillance envers une stagiaire aide-soignante.
Des gens qui font confiance à une inconnue qui blogue.
Des gens que je rencontre parfois, quand ils passent en Bretagne.
Des gens que je découvre, au hasard d’un mail, d’un tweet, d’un blog.

Qui a dit qu’internet allait tuer la communication?

Le moral, ça va mieux. Le dernier stage, en EHPAD, a été un pur bonheur. Je sais qu’il existe des aides-soignants et des résidents heureux. L’Humanitude existe, elle habite à côté de chez moi. Moral regonflé à bloc. Et cerveau en ébullition. Car plus j’avance, plus je regarde en avant… et en arrière. Je me souviens de mes années, pas si lointaines, d’auxiliaire de vie à Morteville. Je pense à Madame Grandchef et à mes collègues. Je revois la maison de Madame LDV et le sourire de Madame M.
Le travail. La grossesse. La fin du travail. Mon père. Georges. La mort de mon père. Mon beau-père. La formation.
Que de chemin parcouru! Des histoires, des émotions, des rencontres. Des gens.

Je continue. J’avance droit vers mon diplôme, droit vers ce que je veux faire. Aide-soignante. Aide-soignante bientraitante et militante. Aide-soignante reconnaissante aussi. Parce que sans vous je n’y arriverais peut-être pas. Parce que j’aurais peut-être tout arrêté après le fucking stage. Ou avant. Parce que vos petits gestes et vos petits mots nourrissent les coeurs et les ventres (oui, je peux être poétique ET prosaïque dans la même phrase).

Parce que merci, tout simplement. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, auxiliaire de vie, bientraitance, Georges, internet, mort, solidarité | Commentaires fermés sur Des gens

Future aide-soignante

Encore trois mois. Plus que trois mois. À peine trois mois. Peut-être plus, si je rate la dernière MSP, ou un module. On sait jamais.
Trois mois, c’est court. Il va falloir commencer à chercher du boulot pour cet été. Et pour la rentrée. Et pour l’année prochaine.
Et après? Après, je ne sais pas. Aide-soignante en EHPAD? En MAS? En SSIAD? En horaires de journée? Horaires de coupe? Horaires de nuit? En CDD? En CDI?
Et surtout, quelle aide-soignante? Je sais ce que je veux être, de quelle façon je veux travailler, mais y arriverai-je? Dire et faire ne sont pas frères.

Module 8 : organisation du travail. On parle de législation, de tâches AS et… d’encadrement des stagiaires. Ce dernier sujet fait réagir la promo. Forcément, des stages pourris, on est quelques uns à en avoir eus. Stages pourris, notes pourries, tuteurs pourris. Mais au fait, c’est quoi un bon tuteur de stage?
Un tuteur qui prend du temps pour toi? Un tuteur qui t’explique les choses? Un tuteur qui te regarde? Un tuteur qui te fait confiance? Un tuteur qui te met une bonne note? Un tuteur qui te montre les bons gestes? Un tuteur qui relit tes démarches de soins? Un tuteur qui te parle? Un tuteur qui te rassure? Un tuteur qui te donne envie d’être curieux? Un tuteur qui te pose des questions?
J’ai fait quatre stages. J’ai eu huit tuteurs. Et plein d’encadrants. J’ai observé, questionné, noté. J’ai douté, me suis trompée, ai recommencé. Et ce n’est pas fini. J’ai détesté certains tuteurs et adoré certains encadrants. Et vice versa. Et ça ne tenait souvent pas à grand-chose.
Dans trois mois (ou plus) je serai aide-soignante. Dans trois mois (ou plus) je serai potentiellement encadrante. Moi. Encadrante. J’ai peine à y croire. Que faudra-t-il que je fasse pour être une bonne encadrante? Que faudra-t-il que je sois? Comment ferai-je pour dire les choses sans flatter ni blesser? Comment transmettrai-je mon mon savoir-faire et mes valeurs? Comment saurai-je expliquer avec les bons mots? Comment saurai-je montrer les bons gestes? Comment pourrai-je être un bon modèle?

Je ne serai pas la super aide-soignante super pédagogue super sympa. Je ne sais pas être tout ça. Mais s’il y a une chose que je veux être, et une seule, c’est être bienveillante. Parce que finalement, ceux que j’ai aimés pendant la formation et les stages, ceux qui m’ont fait progresser, ce sont ceux qui ont fait preuve de cette qualité. La technique, la théorie, les apprentissages, les notes, tout ça n’est rien sans bienveillance. Sans ce regard qui te donne confiance, sans ce sourire qui t’encourage, sans cette main tendue vers ta main tremblante.

Cher(ère) futur(e) stagiaire AS, je ne serai pas une encadrante parfaite, parce que je suis un peu gauche, un peu timide, et que je fais des blagues pas drôles, mais, quoi qu’il arrive, tu peux compter sur ma bienveillance, et crois-moi, c’est ce que je peux t’offrir de mieux.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bienveillance, élève, formation, IFAS, Stage | Commentaires fermés sur Future aide-soignante

Ici, là-bas

Ici, il y a une équipe pluridisciplinaire, comme là-bas.
Ici, il y a des chambres individuelles, comme là-bas.

La comparaison s’arrête là.

Ici, il y a du respect entre soignants et résidents.
Ici, il y a un projet d’établissement qui parle d’Humanitude.
Ici, il y a un cuisinier qui fait les repas sur place, et on mange bien. Mine de rien, c’est important la bouffe!
Ici, il y a des soignants formés en médiation animale, avec un chien et des cochons d’Inde (même que c’est une super idée pour quand je serai diplômée mais ça coince un peu à la maison).
Ici, il y a un salon de coiffure, un vrai, et une esthéticienne qui passe toutes les semaines.
Ici, il y a aussi une bibliothèque et une médiathèque.
Ici, tout le monde mange dans la grande salle de restaurant, on ne sépare pas ceux qui sont autonomes au repas des autres.
Ici, il y a des douches accessibles dans les chambres, et une pièce réservée aux bains thérapeutiques.
Ici, il y a des vrais gants et des vraies serviettes.
Ici, il y a des projets de vie pour les résidents, réévalués en équipe toutes les six semaines.
Ici, il y a des sorties : plage, balade, crêperie…
Ici, il y a des écoliers qui viennent.
Ici, les familles peuvent aller voir leurs parents avec leur chien.
Ici, on se donne les moyens d’avoir un « temps-résident », pour que personne ne soit délaissé.
Ici, on prend sa pause par roulement, ça permet de ne pas laisser les résidents livrés à eux-mêmes.
Ici, on parle aux gens, on les regarde, on les touche. Tout est communication.
Ici, on ne force pas.
Ici, on ne contentionne pas « pour être tranquille » ou « pour leur bien ».
Ici, tout est douceur, respect, écoute.
Ici, on accueille les stagiaires avec bienveillance. On leur apprend des choses et on accepte qu’ils nous en apprennent aussi (parce que oui, parfois, le stagiaire peut avoir une idée sympa).
Ici, on offre le repas aux stagiaires, et mine de rien ça a son importance.
Ici, on répond aux questions des stagiaires et on leur laisse assez d’autonomie pour qu’ils prennent confiance en eux.
Ici, on ne se moque pas des questions parfois saugrenues que lesdits stagiaires peuvent poser.

Ici, il n’y a pas plus de soignants qu’ailleurs, pas plus de temps qu’ailleurs, pas plus d’argent non plus.
Ici, il y a juste une volonté de bien faire. Et ça fait toute la différence. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, Stage | Commentaires fermés sur Ici, là-bas

In love

Première semaine du premier stage, à l’EHPAD AVFF*, j’écrivais ceci : 
Si ce matin vous croisez une aide-soignante avec UN gros sein qui sent le chou, c’est moi! #NichonPower 🙂

 
1er jour du 1er stage fini. \o/

 
La petite phrase du jour en EHPAD :

Mme A. :

-j’ai envie de faire pipi.

L’AS :

– Vous avez une protection, faites dedans.

Euh… Non, rien.

 
Bon, je note des petites choses et je vous fais un billet en fin de semaine, ça vous va?

 
Et sinon, saviez-vous que certains, en EHPAD, étaient levés à 9h et couchés à 15h?

 
Et si les décideurs venaient habiter à l’EHPAD une petite semaine? Hein? 🙂

 
Je crois que les familles ont peur des « représailles ». C’est fort dommage.

 
Oui, mais putain ça fait peur pour nos parents… Ah ben non, c’est vrai, ils sont morts!

 
À quand une télé-réalité intitulée #PapyBoom? Avec des AS qui courent entre les déambulateurs et les sonnettes en folie toute la journée?

 
On abandonne nos vieux. On ferme les yeux.

   
Il faut raconter. Écrire, être lu, relayer. Parce que ce n’est pas CET EHPAD en particulier qui dysfonctionne, je crois que c’est la façon dont on s’occupe de nos vieux en général. 
 
La phrase du jour en EHPAD?

Une AS à un résident :

– Ça va pas bien dans votre tête!

Euh… Non, rien 🙁

 
Télé dans toutes les chambres, radio dans le hall, conversations, portes, chariots, sonnettes… Que de bruit! Grosse migraine ce soir.

 
Sachez-le, si vous bossez en EHPAD et que vous avez oublié votre gamelle, faites des pédiluves, vous trouverez à boire et à manger 😉


Première semaine du quatrième stage, à l’EHPAD CEETG*, je tweete cela : 
Demain, nouveau stage. EHPAD formé en humanitude. Hâte et peur. Et sur ces bonnes paroles, bonne nuit.

Dans une heure, nouveau stage, nouvel EHPAD. Sainte Bientraitance, priez pour moi!

1ère journée de stage : je découvre que la Bientraitance n’est pas un vain mot!

 
Et vous savez quoi? Truc de fou : dans cet EHPAD, les gens sont habillés!!!! Oui oui oui! Pas en chemise de nuit!!!

 
Je suis sur le cul! Et même, un autre truc de fou : les gens ils ont des brosses à dents!!!!

 
4ème jour de stage. Je pars avec le sourire, je rentre avec le sourire.

 
Résumons : l’accueil des stagiaires est génial, l’équipe est géniale, la prise en soins est géniale… il est où le piège?


J’en reviens pas. Tout comme le 1er EHPAD (de merde), c’est un établissement public. Comme quoi c’est possible!

 
Finalement, ce qui différencie la bientraitance de la maltraitance, ne serait-ce pas tout simplement une question de bienveillance?


 
Voilà. Deux EHPAD, deux équipes, deux stages. Maltraitance et bientraitance. Dégoût et émerveillement. Indifférence et bienveillance.
Je ferai un billet plus long sur cet EHPAD. Parce qu’il le mérite. Parce que tous les EAS devraient avoir la chance de tomber sur ce genre d’endroit. Parce qu’il me réconcilie avec la formation d’AS. Parce que j’ai plus appris en une semaine ici qu’en un mois là-bas. Parce que je sais maintenant que j’ai fait le bon choix. Parce que je me sens bien, tout simplement.

* AVFF : Allez Vous Faire Foutre
* CEETG : Cet Endroit Est Trop Génial

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, bientraitance, blog, élève, Maltraitance, Stage | Commentaires fermés sur In love

Témoignage d’EAS (2)

Témoignage de Max, élève aide-soignant

Un matin, une toilette, un centenaire.
On débarque à trois dans la chambre : deux aides-soignants et moi, le stagiaire. Ils ont débarqué en lui expliquant à peine ce qu’ils vont faire : « On va faire ta toilette, Aimé! »
Seule et unique phrase. Il ne comprend pas, il appréhende, il refuse, il se débat. Les deux aides-soignants tentent de l’immobiliser en lui lançant quelques phrases plates et inutiles : « Calme-toi, laisse-nous faire! »
Il riposte. On me demande d’immobiliser ses jambes. Je me dégoûte de l’avoir fait… Il se débat encore plus fort. Finalement, les deux aides-soignants estiment que nous ne sommes pas assez nombreux. Alors ils sortent « chercher du renfort ».
Je suis maintenant seul avec lui. Il ne comprend toujours pas. Je m’avance vers lui, au risque de me ramasser une gifle ou une droite. Je lui parle calmement, d’une voix basse, en lui prenant la main et en le regardant dans les yeux. Je lui explique qu’il s’agit d’une toilette, que c’est un soin d’hygiène et de confort, que ce sera sans doute mieux pour lui. Il écoute, et commence à se détendre au fur et à mesure de mes explications. Je continue de lui parler, en lui souriant. Encore deux minutes et il aurait peut-être accepté le soin…
Sauf que quatre aides-soignants ont déboulé dans la chambre. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, Maltraitance, Stage | Commentaires fermés sur Témoignage d’EAS (2)

Fucking stage (2)

Avant de poursuivre, il faut que j’explique deux-trois choses à propos de la formation d’aide-soignante. C’est une formation diplômante (encore heureux) MAIS ce n’est pas une formation de « haut-niveau » (désolée hein, appelons un chat un chat et un AS un AS). Concrètement, ça change quoi? Beaucoup de choses. Les étudiants AS ne sont pas des étudiants lambda. Ils étudient (comme les ESI), ils se forment (comme les ESI), ils font des stages (comme les ESI), ils mangent (comme les ESI), ils se déplacent (comme les ESI), ils payent un loyer (comme les ESI, du moins comme ceux qui n’habitent plus chez leurs parents) MAIS… ce ne sont QUE des EAS (vous suivez?). Les ESI, formation Bac+3 oblige, ont droit à un certain nombre d’aides (voir ici). Les EAS, eux, on s’en fout.  Z’avaient qu’à bosser à l’école ces feignasses! Et puis c’est qu’un an, c’est quoi un an dans une vie? Ils peuvent bien faire un effort quand même! Et puis c’est ça ou le chômage alors…
Bref, vous l’aurez compris, si l’ESI jouit d’un certain prestige, l’EAS, lui, n’est au final qu’un agent de catégorie C dont on consent à payer la formation parce qu’on en manque mais pour le reste… Ben démerde-toi mon grand (ça tombe bien, la démerde, c’est pile le sujet de la formation… pardon, elle était facile)! Donc, niveau aides, on en est : formation financée par le Conseil Régional (heureusement, parce que perso j’avais pas 5000 euros dans mon chapeau magique), allocations maintenues pendant la formation (650 euros, je suis une nantie et j’assume) et… Ben rien. Nada. Niente. L’amour et l’eau fraîche, y a que ça de vrai mon frère! Vous le voyez venir le piège?
Vous me direz que 650 euros, c’est déjà ce que je touchais l’an dernier, et vous aurez raison. Sauf que l’an dernier, j’étais chez moi. Je vivais chez moi, je mangeais chez moi, je me déplaçais peu. Cette année, je suis absente onze heures par jour cinq jours sur sept (pendant les périodes de cours), et pendant ces onze heures j’utilise ma voiture, je mange, j’écris… Quand je ne suis pas en cours je suis en stage, et pour ça aussi j’utilise ma voiture, je mange… Bref, je suis en formation, comme les EAS, et comme les ESI.
Pendant ce temps, ma famille fait sa vie de son côté : mon mari travaille, ma fille va à l’école, et mon fils… Ben oui, justement, mon fils? Mon fils est gardé par belle-maman, un peu chez elle, beaucoup chez nous. Et c’est là que ça se complique. Parce que Georges, il a beau être mignon et tout et tout, il n’empêche que c’est un bébé crampon. Qui ne dort pas. Qui hurle à en vomir s’il se sent enfermé (dans un parc ou dans un lit). Qui ne supporte pas la séparation avec ses parents. Bref, c’est pas facile.
Forcément, au vu de la situation (finances pourries, organisation compliquée ET bébé crampon), je me doutais bien que le fucking stage loin de chez moi n’allait pas être une partie de plaisir. J’avais vaguement émis l’idée de trouver une nounou dès le début de la formation, idée rejetée en bloc par le papa et belle-maman (trop cher, trop compliqué, trop je sais pas quoi d’autre). Du coup, trouver une nounou en janvier, c’était un peu tard hein! Bon bon bon…
J’ai donc commencé mon stage. Et ce fut le stage de l’horreur.
Georges a hurlé jour et nuit tous les jours.
Amélie, excédée par son petit frère, a tenté une crise de pré-adolescence. C’était pas franchement le moment. Pour sa défense, je dois dire qu’elle aussi est malheureuse de cette situation.
Mon mari, excédé par les gosses, m’a envoyé des messages laconiques : « il hurle » « marre des gosses » « envie de tout plaquer » « trouve une crèche » « je démissionne »…
Belle-maman, épuisée par l’ambiance pourrie et les hurlements, a pleuré tous les jours et n’a cessé de maudire l’IFAS.
Et moi? J’ai fait pareil que tout le monde : j’ai pleuré.
J’ai pleuré de rage, de colère et d’impuissance. J’ai pleuré de ne plus voir mes enfants. J’ai pleuré de passer des week-end pourris à faire le ménage et à gueuler sur les gosses parce que j’étais trop à fleur de peau pour rester calme. J’ai pleuré de ne pas pouvoir faire la valise d’Amélie pour sa première classe de neige. J’ai pleuré d’être une maman complètement à la ramasse. J’ai pleuré qu’on me reproche de trop couver Georges. J’ai pleuré de sentir que sans cette fucking formation et ce fucking stage, la vie serait drôlement plus simple. Et puis, après deux semaines de stage, j’ai pleuré parce qu’on était à sec. À ce stade de l’histoire, j’ai envoyé un mail à des amis pour leur dire que bon, désolée, mais pour leur mariage, on n’allait pas pouvoir être là, vu que bon, l’essence c’est cher, toussa toussa… Et j’ai pleuré de devoir renoncer, une fois de plus, à quelque chose qui n’avait rien d’extraordinaire mais qui me tenait à coeur (si les mariés se reconnaissent, sachez que je suis sincèrement désolée). Après ça, j’ai été malade. Le corps humain a ceci de formidable qu’il trouve toujours le moyen de t’envoyer des signaux de détresse quand ta tête fait la sourde oreille! Forcément, là encore, j’ai pleuré, parce que j’étais malade et fatiguée. Pendant ce temps, on a essuyé trois tempêtes et, crispée sur le volant, j’ai pleuré de peur en faisant les trajets tous les jours. Sur la fin du stage, je pleurais tellement que je ne savais même plus pourquoi je pleurais. Je pleurais parce que j’étais fatiguée, je pleurais parce que j’étais malade, je pleurais parce que faire la route sous la tempête me faisait peur, je pleurais parce qu’à la maison tout le monde pleurait, je pleurais parce que j’en avais marre du régime « jambon/carottes râpées/compote ». Et, cerise sur le gâteau, je pleurais parce qu’à force de pleurer, je savais que j’avais raté mon stage. « Trop absente », « stage médiocre », « manque de curiosité intellectuelle » (décidément, ça me poursuit!), voilà ce que l’équipe aura retenu de mon passage.
Du coup, aujourd’hui, je pleure parce que malgré mes efforts, malgré les efforts de ma famille, malgré les renoncements de plus en plus fréquents (renoncer à un mariage, je peux comprendre, renoncer à un plein d’essence ou à de la bouffe, c’est plus dur), malgré tout ça, je reste une stagiaire médiocre, une amie sur laquelle on ne peut pas compter et une maman qui a tout faux. Je pleure parce que nous sommes vidés, lessivés, exsangues. Je pleure parce que je ne sais pas comment tenir cinq mois de plus (je ne sais même pas comment tenir une semaine de plus en fait). Je pleure parce que je suis nulle et indigne des sacrifices que nous faisons.
Finalement, quitte à devoir renoncer à plein de choses, je me demande si je ne devrais pas aussi faire une croix sur cette formation. Parce qu’honnêtement, à part un profond sentiment de nullité et une pauvreté qui s’accentue de mois en mois, je ne vois vraiment pas ce qu’elle m’apporte.

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, blog, formation, IFAS, Stage | Commentaires fermés sur Fucking stage (2)

Fucking stage (1)

Ça fait plusieurs jours que je tourne autour de ce billet. Parce que je ne sais pas comment aborder le sujet, parce que vous allez encore dire que je suis jamais contente, parce que plein de choses en fait. Mais bon, voilà, je viens de finir, on est samedi, mon mari est en voyage, je suis seule à la maison avec ma gamine et mon bébé crampon… et je craque un peu. Allez, c’est parti.

J’étais donc en stage en psychiatrie. Secteur (très) fermé. Pas chez les Bisounours donc. Mais avant tout, j’étais en stage loin de chez moi. Trop loin pour rentrer tous les jours.
Quand j’avais passé le concours dans cette école, je m’étais renseignée sur les territoires de santé. A priori l’établissement le plus éloigné était à une heure de chez moi. Raté. la zone de stages de l’IFAS est plus étendue que ce que j’imaginais, et l’établissement le plus éloigné est vraiment très loin. Banco, c’est justement celui où je vais! Bref, j’ai appris en septembre que j’avais un stage (très) loin de chez moi.
Plusieurs choix s’offraient à moi.
1) Expliquer à l’IFAS que franchement, avec les gamins à gérer et les finances pourries, le stage loin, ça va pas le faire. En y mettant les formes, en expliquant la situation (vraiment pourrie), peut-être serait-il possible d’échanger avec quelqu’un? Je savais que ça s’était déjà fait les années précédentes, donc j’avais bon espoir de pouvoir négocier quelque chose. Encore raté. Je n’ai même pas eu à demander, la direction a mis les choses au point dès la rentrée : aucun échange possible. Bon, ça au moins le mérite d’être clair, passons au plan B.
2) Dormir chez une collègue dont la mère avait une maison de vacances à cinq minutes. Certes il allait falloir laisser les enfants toute la semaine, mais j’évitais de gros frais de route et d’hébergement. Et puis je serais avec ma collègue, et ça tombait plutôt bien vu qu’on s’aime bien. Oui mais non. Problème de timing pour ma collègue, changement de stage inopiné, le bon plan est tombé à l’eau. Ma collègue était désolée, moi aussi. Passons au plan C.
3) Louer un gîte. À plusieurs, ça valait (presque) le coup. Mais là j’étais toute seule. Donc ça valait vachement moins le coup. Et, même en hiver, la Bretagne c’est cher. Même en négociant les prix. Passons au plan D.
4) Rentrer tous les jours. J’ai calculé vite fait. La R19 consomme pas mal (c’est une vieille voiture) et c’est une essence. En gros, il m’aurait fallu un plein et demi par semaine, pendant quatre semaines. 450 euros d’essence pour un stage, c’est inimaginable. Passons au plan E.
5) Dormir dans ma voiture. J’avoue que j’y ai vaguement pensé. Mais bon, l’hiver, il fait froid. Passons au plan F.
6) Arrêter l’école. Cette idée revient de plus en plus souvent me hanter. Arrêter l’école, c’est arrêter le stress et arrêter d’être pauvre. Trouver un boulot, n’importe lequel, et me contenter de mon médiocre statut de rien du tout. Babeth la rien du tout. Après tout, je n’en suis pas si loin. Oui mais merde, tous ces efforts pour rien? Passons au plan G.
7) Le septième et dernier plan s’est présenté de façon complètement inopinée. Je co-voiturais avec une collègue dont l’ami habitait pas très loin de chez moi, on a abordé le sujet du prochain stage et je lui ai fait part de mes inquiétudes. Spontanément, elle a proposé de m’héberger. Elle habitait à 35 minutes, c’était pas tout près mais c’était quand même vachement moins loin que depuis chez moi. Banco!

Le problème de l’hébergement étant résolu, je croyais naïvement que le plus dur était fait. Encore raté! Décidément, en plus d’être Babeth la rien du tout, je suis aussi Babeth celle qui ne se doute de rien!

La suite demain. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, blog, IFAS, Stage | Commentaires fermés sur Fucking stage (1)

Histoires

Parce que j’ai eu des parents alcooliques, j’ai eu une enfance quelque peu décousue. Dépendance, endettement, violence, la vie n’est pas rose au pays des éléphants roses. J’ai grandi, j’ai cherché à comprendre, je me suis intéressée au sujet. J’ai découvert le U de Jellinek et des témoignages de familles, et mon histoire est devenue moins lourde à porter.

Parce que mes parents travaillaient dans l’administration pénitentiaire, j’ai passé une bonne partie de ma vie à habiter à côté des prisons et à fréquenter des gens qui y travaillaient. Et même, parfois, des gens qui n’étaient pas du même côté du mur que moi.

Parce ce que j’ai travaillé dans une crèche, je me suis intéressée à la petite enfance. Développement physique et psychologique, construction du langage, importance du jeu… Il fallait bien que j’en sache un minimum pour pouvoir être une bonne « aide-éducatrice » (façon polie de dire «  »ex-chômeuse en contrat précaire »).

Parce que je faisais les vendanges avec des Polonais, j’ai appris les rudiments de leur langue, histoire de pouvoir bavarder avec eux. La langue polonaise est (un peu) compliquée et honnêtement, j’ai quasiment tout oublié, mais il me reste quelques mots.

Parce que je voyais qu’Amélie adorait l’équitation, je me suis inscrite, pour voir. J’ai fait un peu de voltige, j’ai eu peur, mais j’ai persévéré. J’ai progressé lentement, je serai jamais une artiste de cirque mais je sais maintenant que je suis capable de faire des choses même quand elles me font peur, et c’est un sacré progrès pour moi.

Parce que j’ai un diplôme de monitrice-éducatrice, certains concepts me sont familiers. La loi du 4 mars 2002, le projet personnalisé, l’empathie, sont des sujets que j’ai découverts il y a quelques années, et que j’approfondis avec entrain. Il y a plusieurs façons d’enseigner un sujet, et les différences entre ces façons d’aborder les choses sont autant de chances pour l’élève que je suis.

Parce que j’avais un ami pilote, j’ai voulu essayer à mon tour. J’ai découvert les planeurs et leurs longues ailes, j’ai tourbillonné dans les airs et j’ai survolé des mers de nuages. J’ai arrêté, faute de temps et de moyens, mais je ne désespère pas d’y revenir un jour.

Parce qu’Amélie était différente, j’ai essayé de l’aider. J’ai lu et relu des livres sur l’autisme, la dysphasie, la langue des signes, la « surdouance »… J’ai (re)découvert Filliozat, Cyrulnik, Buten, Miller, Keller… Je n’ai pas trouvé toutes les réponses à mes questions, mais j’ai appris à me poser d’autres questions.

Parce que mes parents sont morts tous les deux d’une « longue maladie », j’ai connu les hôpitaux, l’attente des résultats d’examens, l’espoir, les familles absentes, le désespoir, la souffrance, le deuil.

Parce que je blogue, j’ai la chance de discuter avec plein de gens. Des soignants, des soignés, des drôles, des tristes, des proches, des lointains… Plein de gens qui répondent à mes questions saugrenues parfois au milieu de la nuit, qui m’encouragent quand j’ai un coup de déprime, qui me félicitent quand je réussis une évaluation. Plein de gens qui m’aident à avancer sur le chemin du diplôme.

Parce que je suis élève aide-soignante, j’apprends le programme officiel, comme tous les élèves aides-soignants de France. Quand je serai diplômée, j’aurai les mêmes savoirs que tous les autres aides-soignants. Alors, qu’est-ce qui permettra de nous différencier? Pourquoi embaucher celui-ci plutôt que celle-là?

Parce que je suis Babeth, Babeth la vendangeuse, Babeth la maman, Babeth l’apprentie voltigeuse, Babeth la lectrice, Babeth la monitrice-éducatrice… Mais aussi Babeth la peureuse, Babeth l’orpheline, Babeth la distraite. Parce que je suis Babeth et non Marie, parce que j’aime lire et que je n’aime pas la télé, parce que je suis moi, avec mes diplômes, ma personnalité et mon histoire, je suis différente d’une autre élève aide-soignante, d’un autre orphelin, d’une autre lectrice, d’un autre parent.

Parce que ces différences me construisent, elles feront aussi de moi une aide-soignante, au même titre que la formation. Elles me permettront d’être une professionnelle parmi d’autres, semblable et différente, anonyme et unique. Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante | Commentaires fermés sur Histoires

Normale (2)

Troisième stage.
Psychiatrie en secteur fermé. J’avoue, j’avais les chocottes. Pour plein de raisons. D’abord, parce que c’est loin de chez moi. Très loin. Trop loin pour rentrer tous les jours. Alors je dors loin de chez moi, et je ne rentre que le week-end. C’est la première fois que je quitte mes enfants aussi longtemps. C’est dur.
Et puis, la psychiatrie, honnêtement, c’est LE stage qui me fait peur. Bon, d’accord, je connais un peu, expérience professionnelle toussa toussa, sauf que là, c’est différent. Moi je connaissais les malades Bisounours, du genre de ceux qu’on voit parfois à la télé dans les téléfilms gentillets ou les émissions de Sophie Davant. J’avais bien croisé quelques personnes vraiment spéciales, du genre « Bonjour je m’appelle Louis XIV, et vous? », mais ça restait assez exceptionnel. Là, je ne vois que des personnes vraiment spéciales. Spéciales et dangereuses. Dangereuses pour elles et pour les autres. Pour ceux qui ne me connaissent pas en vrai, je vous fais une description assez sommaire de ma (petite) personne : cinquante kilos toute mouillée, plutôt fluette, et une voix de gamine pré-pubère. Bref, je suis pas du genre imposant, au contraire.
Le premier jour, je me suis perdue. Forcément. Pour démarrer un stage, ça fait sérieux. Et pour la bonne impression de stagiaire sérieuse, on repassera. J’ai passé cette journée à observer : les patients, l’équipe, le fonctionnement, tout. C’est fascinant. Les interactions entre soignants et soignés sont à l’opposé de tout ce que j’ai pu voir ailleurs. Observation et relation. L’à peu près n’a pas sa place ici. Les postures, les intonations, les paroles des soignants semblent réfléchies, travaillées et maîtrisées.
Celles des soignés, par contre… Qui sont-ils, ces hommes qui déambulent du salon à la cour et de la cour au salon? Qu’y a-t-il derrière ces yeux qui me fixent ou qui m’évitent? Que faut-il comprendre de leurs paroles décousues, de leurs discours exaltés ou de leur mutisme assourdissant?
Les jours suivants, j’observe encore et encore. Infirmiers, aides-soignants, agents, médecins, ergothérapeutes, psychiatres, psychologues… J’ai rarement vu une telle équipe de soins. Ils sont passionnés et passionnants.
Fin de semaine, retour maison et retrouvailles familiales. Retour à la vie normale. Chez moi, je peux parler normalement, me tenir normalement, regarder les choses normalement. Après une semaine passée loin de chez moi, à n’avoir pour compagnie que les soignants et les soignés de l’hôpital psychiatrique, ce retour à la normale me paraît brutal. Je suis là sans être là. Je suis là en étant encore là-bas.
Et soudain, entre deux tâches normales de ma vie normale pendant mon week-end normal, je me pose LA question que je n’ai pas réussi à formuler clairement cette semaine : dans quelle dimension du soin sommes-nous ici? Éducative, préventive, maintenance, curative, palliative? Il me reste trois semaines pour trouver la réponse. Pas la réponse attendue par l’IFAS, non, ça serait trop facile (Google est ton ami, le site infirmiers.com aussi). Je veux réfléchir et trouver ma réponse, celle de Babeth, EAS un peu ratée mais pas encore ratatinée.
En attendant, je vais profiter de mon dimanche normal pour faire des choses normales… La normalité, parfois, c’est tout simplement extraordinaire!

Continuer la lecture

Publié dans aide-soignante, élève, formation, Stage | Commentaires fermés sur Normale (2)