Archives de l’auteur : SommatinoRoots

C’est ta chance

« Faut qu’j’travaille, mais je ne veux pas qu’on m’pousse non, non, j’sais ce que j’ai à faire » (Faut qu’j’travaille, Princesse Erika)Est-ce que j’entre dans une période vieux con aigri (non, je le suis déjà) ou est-ce une simple réflexion ? On va dire … Continuer la lecture

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Combien de temps

« Nants ingonyama bagithi baba. Sithi uhhmm ingonyama »(L’histoire de la vie, Le Roi Lion)Pas besoin de traduction, c’était juste pour vous mettre le début de cette chanson dans la tête.Le jour se lève au début de ce film.Comme tous les jours depuis le d… Continuer la lecture

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Sois

« You gotta be bad, you gotta be bold, you gotta be wiser, you gotta be hard, you gotta be tough, you gotta be stronger, you gotta be cool, you gotta be calm » (You gotta be, Des’ree)
(Tu dois être méchant, tu dois être fort, tu dois avoir plus de sagesse, tu dois être dur, tu dois être costaud, tu dois être plus fort, tu dois être cool, tu dois être calme)

Il y a un moment où quelque chose a cloché, non ? Un moment où c’est parti en vrille dans le monde, mais on n’a pas fait attention. On s’est laissé déborder, ou on a fait semblant de ne pas voir ?

Le monde est rempli d’injonctions, tout le temps…

Faut être heureux, parce que. Ne pas l’être c’est ne pas être performant.
Faut être content, parce que.
Faut manger, parce que.
Faut dire merci, parce que.
Faut être serviable, parce que.
Faut être croyant, parce que.
Faut être bienveillant, parce que.
Faut aimer son travail, parce que.
Faut pas se plaindre, parce que.
Faut accepter qu’on vous donne des coups, parce que.
Faut refuser d’en donner, parce que.
Faut pas acheter ces produits, parce que.
Faut acheter ceux-là, parce que.
Faut pas faire confiance, parce que.
Faut faire confiance un peu quand même, parce que.
Faut pas trop consommer, parce que.
Faut consommer, parce que.
Faut faire du sport, parce que.
Faut pas trop en faire, parce que.
Faut pas regarder la télé, parce que.
Faut pas louper cette émission, parce que.
Faut lire beaucoup, parce que.
Faut pas rester sédentaire, parce que.
Faut faire des études, parce que.
Faut « me croire, je sais ce que je dis », parce que.
Faut « faire votre boulot, vous êtes payés pour ça », parce que.
Faut avoir une vie à côté du boulot, parce que.
Faut absolument terminer ce dossier avant ce soir, parce que.
Faut profiter du beau temps, parce que.
Faut pas trop s’exposer au soleil, parce que.
Faut être là pour ses amis, parce que.
Faut pas avoir trop d’amis, parce que.
Faut pas s’ouvrir trop aux autres, parce que.
Faut pas vivre en ermite, parce que.
Faut vivre avec son temps, parce que.
Faut pas être nostalgique, parce que.
Faut aller de l’avant, parce que.
Faut pas oublier le passé, parce que.
Faut connaître son histoire, parce que.
Faut savoir qui on est, parce que.
Faut un peu de folie et d’imprévu, parce que.
Faut être adulte à ton âge, parce que.
Faut pas trop boire, parce que.
Faut manger sainement, parce que.
Faut profiter de la vie, parce que.
Faut être poli, parce que.
Faut envoyer chier le monde quand ils t’embêtent, parce que.
Faut pas être galant, parce que.
Faut tenir la porte aux femmes, parce que.
Faut respecter les différences, parce que.
Faut admettre qu’on est tous pareils, parce que.
Faut faire du cas par cas, parce que…

Et au milieu de tout cela, il faut vivre aussi. Continuer la lecture

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(In)déterminé

« Fatalité

Maîtresse de nos destins
Fatalité
Quand tu croises nos chemins
Fatalité
Qu’on soit prince ou moins que rien
Fatalité
Qu’on soit reine ou bien putain
Fatalité
Tu tiens nos vies dans ta main » (Fatalité, Comédie musicale Notre Dame de Paris)


Sommes-nous vraiment maîtres de nos vies ou suivons-nous un plan établi à l’avance ? J’avais déjà écrit après un cours que j’avais eu, au sujet de la science et son avancée qui nous permettrait un jour peut-être de prédire le monde qui nous entoure.

Savoir prédire le mouvement des électrons, des atomes, des molécules, leur interaction avec le monde environnant… beaucoup de mathématiques, de physique et de chimie pour nous permettre de mieux comprendre les choses.

Mais nous sommes nous aussi faits d’électrons, d’atomes et de molécules. Comprendre le fonctionnement de tout cela et leurs interactions permettrait-il de comprendre et prédire le fonctionnement de chaque être humain ?

Un peu comme une sorte de Minority Report où des êtres humains doués de précognition peuvent prédire et éviter les crimes. Sauf que là, la science sera source de précognition.

Oui mais si on peut prédire, c’est pour pouvoir empêcher certaines choses d’arriver, ou limiter certains effets nocifs. Mais l’être humain qui va tenter d’influer sur le cours du temps… il est fait aussi d’électrons, d’atomes et de molécules, non ? Donc son intervention pour modifier le cours des choses… elle est déjà écrite aussi, non ?

« Mais y a toujours la lune qui s’méfie du soleil, et quand tout ça changera, c’est pas demain la veille. Certains smatchent ou labourent, d’autres soignent ou bien peignent, c’est à toi, c’est ton tour, qu’est-ce que t’as dans les veines ? A quoi tu sers, pourquoi t’es fait ? Terminus : Terre, un seul ticket » (A quoi tu sers ?, Jean-Jacques Goldman)

Du coup, finalement, toutes ces fois où nous vivons une scène avec l’impression bizarre de l’avoir déjà vécue, la sensation de « déjà vu », cela ne serait qu’une espèce de diffusion d’un épisode de la série dont nous sommes le héros et dont nous portions déjà en nous la bande annonce ?

De même, les « cons », vous savez, ceux qui vous aboient dessus que vous parliez météo, politique ou loisirs, ceux qui savent tout sur tout, tout le temps, sur tous les sujets (comme la #TeamAirMédecine par exemple), en fait, ils exécutent juste le programme porté par leurs électrons, leurs atomes et leurs molécules… C’est presque comme si ce n’était pas de leur faute…

Les grands désastres de l’histoire sont donc juste le déroulement du scénario porté en nous toutes et tous. Quoi que l’on fasse, quoi que l’on dise, c’était prévu.

Mon code génétique et les électrons, les atomes et les molécules qui me composent avaient prévu que j’écrirais ces lignes à 12h50 après les avoir ruminées pendant des semaines… 

Si vous lisez ces lignes, c’était prévu aussi ? Le mal de crâne que vous aurez peut-être à la fin de ce billet ? Le fait de ne pas le lire en entier ?

Notre autonomie existe-t-elle finalement ?

« Life can get you down so I just numb the way it feels. I drown it with a drink and out-of-date prescription pills. 

(La vie peut vous déprimer alors je paralyse l’effet que cela fait. Je noie cela avec un verre et un médicament périmé. Et tous ceux qui m’aiment m’ont juste laissé sur l’étagère. Pas d’adieu. Alors avant de sauver quelqu’un d’autre, il faut que je me sauve moi. Et avant de blâmer quelqu’un d’autre, il faut que je me sauve moi. Et avant d’aimer quelqu’un d’autre, il faut que je m’aime moi » (Save myself, Ed Sheeran)

Jury de thèse il y a trois jours. Sur la prise en charge du syndrome dépressif en médecine générale. Le président du jury, un médecin psychiatre que j’apprécie beaucoup, a parlé de la dépression en distinguant bien la tristesse de la dépression. Que certains avaient beau tout avoir pour eux, ils pouvaient souffrir d’un syndrome dépressif. C’est écrit, c’est « endogène » c’est à dire, porté en nous par notre code génétique.

Comme d’autres maladies.

Comme certains traits de caractère « je ressemble à ma mère/mon père sur ce point » peuvent donc s’expliquer par « tu as le code génétique qui fait que tes électrons, tes atomes et tes molécules vont interagir de telle façon que tu auras telle ou telle réaction le moment venu ».

Tout est donc figé.

La beauté de l’être humain serait alors de savoir se mentir en se disant que nous sommes maîtres de tout et que nous avons notre libre arbitre ?

Partir en guerre contre la nature serait donc peine perdue ?

Est-ce que c’est ce que comprennent les patients âgés que je soigne et qui ont souvent l’air apaisés malgré des vies pas forcément faciles ? Cette espèce d’acceptation est-elle écrite aussi dans le patrimoine génétique de ces patients ?

Et le fait de se poser toutes ces questions-là, c’est génétique et dû à la quarantaine ou ce sont mes électrons, mes atomes et mes molécules qui prennent un malin plaisir à interagir et amener ce résultat ?

Si j’avais pu choisir, j’aurais bien aimé les interactions qui permettent de dormir tard le week-end et évitent de prendre du poids facilement. Faut croire que c’est écrit aussi ?

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L’ennemi du bien

« Ce serait bien que les médecins prennent le temps d’expliquer la vaccination et son intérêt aux patients »

« Ce serait mieux qu’on les rende obligatoire, comme ça, pas de discussion possible »

Sujet d’actualité brûlant en cet été 2017 : la vaccination.

Même si historiquement, la vaccination est un peu arrivée en forme de coup de poker de la part de Pasteur et consorts, son intérêt scientifique n’est plus à démontrer.

Si on raisonne en termes de santé publique (si on regarde à l’échelle de la population française toute entière), la vaccination protège de maladies graves et potentiellement mortelles au prix d’effets indésirables exceptionnels.

On appelle cela la « balance bénéfices-risques ». Imaginez les vielles balances d’antan, comme celle que porte à bout de bras la justice. Mettez du poids très lourd sur le plateau des bénéfices et quelques grammes sur le plateau des risques : il faut donc vacciner.

Si vous êtes le parent d’un enfant qui va être confronté aux quelques grammes de risques, vous allez forcément trouver que les vaccins sont à bannir. Tout est une question d’angle de vue et de prisme. On ne peut raisonner pour une population entière à partir de quelques cas isolés, quels qu’ils soient, et même s’ils sont graves.

Un airbag peut se déclencher inopinément et blesser un passager d’une voiture. C’est rarissime mais ça peut arriver. Posez la question aux passagers de voitures accidentées sauvés par l’airbag, ils vous diront qu’ils sont indispensables.

Posez la question aux familles de conducteurs que l’airbag aurait pu sauver et ils vous diront « si seulement… »

Posez la question à celui qui aura été blessé par le déclenchement inopiné d’un airbag et il vous dira que c’est la pire invention du siècle.

Question de point de vue.

« Est-ce qu’on a vraiment tout fait quand on a fait de son mieux ? Qu’est-ce qu’il restera de tout ça dans un siècle ou deux ? » (Je laisse, Michel Fugain)

On peut essayer de « faire de la pédagogie » c’est-à-dire expliquer aux patients les pour, les contre, pourquoi la vaccination est importante, que le but n’est pas de vacciner contre toutes les maladies pour lesquelles existe un vaccin mais bien contre celles qui sont les plus présentes et les plus dangereuses. Il faut un peu de temps, bien entendu un peu d’argent aussi pour financer cela. Mais ce serait bien, non ?

Ou on peut faire mieux : pour sauver le soldat France, obliger à la vaccination « mais avec pédagogie ». Je n’ai personnellement pas compris ce que cela pouvait bien vouloir dire. Bien sûr que ce serait mieux si toute la population était vaccinée ! Nous sauverions de nombreuses vies chaque année, éviterions certains drames dans des familles frappées par des maladies évitables. Ce serait mieux. Mais quel est le prix à payer pour le mieux ? J’ai peur que cette mesure autoritaire ne soit vécue par certains comme une atteinte à la liberté de choix et ne renforce la peur et la méfiance. Alors que, bien souvent, en discutant avec son généraliste, on arrive à la décision de vacciner en prenant le temps d’expliquer sereinement.

« Parfois on regarde les choses telles qu’elles sont en se demandant pourquoi. Parfois on les regarde telles qu’elles pourraient être en se disant pourquoi pas » (Il y a, Vanessa Paradis)

Dans la vie de tous les jours, nombreux sont les exemples. Vous réalisez une recette de cuisine. Elle est pas mal. Mais vous vous dites qu’elle serait mieux avec un peu plus de ci ou un peu moins de ça… et en fait c’est pire.

Vous travaillez sur un document informatique et vous voulez refaire une mise en page pour qu’elle soit mieux. Et là, rajouter un espace déstructure tout votre document et vous passez 3 heures à changer un détail que vous seul aviez vu… parce que cela allait être mieux.

« Non, je ne veux pas aller mieux. A quoi ça sert d’aller mieux ? » (Non, non, non (écouter Barbara), Camélia Jordana)

Parfois vous avez des amis qui ont une petite baisse de moral et vous essayez de les aider en leur donnant des conseils. Vous leur dites ce que vous pensez être le mieux pour eux, là où ils ont juste envie de se sentir bien.

En prodiguant vos conseils, vous devenez celui ou celle qui n’a rien compris et provoquez la colère de celui/celle que vous pensiez soutenir.

« Lucie, Lucie c’est moi, je sais, il y a des soirs comme ça où tout s’écroule autour de nous, sans trop savoir pourquoi. Toujours regarder devant soi sans jamais baisser les bras… je sais, c’est pas le remède à tout, mais faut se forcer parfois » (Lucie, Pascal Obispo)

Nous avons toutes et tous une connaissance ou quelqu’un dans l’entourage qui souffre de dépression. Combien de fois ces personnes ont dû entendre « c’est dans la tête » ou « allez, sois positif, dis-toi que ça va aller et ça ira ».

Une patiente me le disait ce matin même « on me dit de me regarder dans la glace le matin et de dire que ça ira pour que cela aille… comme si c’était si facile ».

Etre là pour des proches qui ne vont pas bien, les écouter c’est bien.

On aimerait les aider, les accompagner, les soutenir, pour qu’ils aillent mieux. En pensant faire pour le mieux, ne fait-on pas pire ?

Le mieux reste sans doute l’ennemi du bien.

Et petit à petit, chacun se forge son expérience et arrête de chercher à faire le mieux, par peur d’un retour de bâton. Mais à force de ne plus vouloir faire mieux, fait-on quand même bien ?

A force de ne plus vouloir viser les étoiles, finit on par ne regarder que le plancher des vaches ?

Ne plus faire mieux pour ne faire que bien, est-ce faire mal ?

« Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien » (Edmund Burke)

Ne cherchez pas, ce n’est pas tiré d’une chanson. J’aurais aimé en trouver une qui dise à peu près la même chose. Mais je n’ai pas trouvé. Ca aurait pourtant été mieux pour ce billet…

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L’ennemi du bien

« Ce serait bien que les médecins prennent le temps d’expliquer la vaccination et son intérêt aux patients »

« Ce serait mieux qu’on les rende obligatoire, comme ça, pas de discussion possible »

Sujet d’actualité brûlant en cet été 2017 : la vaccination.

Même si historiquement, la vaccination est un peu arrivée en forme de coup de poker de la part de Pasteur et consorts, son intérêt scientifique n’est plus à démontrer.

Si on raisonne en termes de santé publique (si on regarde à l’échelle de la population française toute entière), la vaccination protège de maladies graves et potentiellement mortelles au prix d’effets indésirables exceptionnels.

On appelle cela la « balance bénéfices-risques ». Imaginez les vielles balances d’antan, comme celle que porte à bout de bras la justice. Mettez du poids très lourd sur le plateau des bénéfices et quelques grammes sur le plateau des risques : il faut donc vacciner.

Si vous êtes le parent d’un enfant qui va être confronté aux quelques grammes de risques, vous allez forcément trouver que les vaccins sont à bannir. Tout est une question d’angle de vue et de prisme. On ne peut raisonner pour une population entière à partir de quelques cas isolés, quels qu’ils soient, et même s’ils sont graves.

Un airbag peut se déclencher inopinément et blesser un passager d’une voiture. C’est rarissime mais ça peut arriver. Posez la question aux passagers de voitures accidentées sauvés par l’airbag, ils vous diront qu’ils sont indispensables.

Posez la question aux familles de conducteurs que l’airbag aurait pu sauver et ils vous diront « si seulement… »

Posez la question à celui qui aura été blessé par le déclenchement inopiné d’un airbag et il vous dira que c’est la pire invention du siècle.

Question de point de vue.

« Est-ce qu’on a vraiment tout fait quand on a fait de son mieux ? Qu’est-ce qu’il restera de tout ça dans un siècle ou deux ? » (Je laisse, Michel Fugain)

On peut essayer de « faire de la pédagogie » c’est-à-dire expliquer aux patients les pour, les contre, pourquoi la vaccination est importante, que le but n’est pas de vacciner contre toutes les maladies pour lesquelles existe un vaccin mais bien contre celles qui sont les plus présentes et les plus dangereuses. Il faut un peu de temps, bien entendu un peu d’argent aussi pour financer cela. Mais ce serait bien, non ?

Ou on peut faire mieux : pour sauver le soldat France, obliger à la vaccination « mais avec pédagogie ». Je n’ai personnellement pas compris ce que cela pouvait bien vouloir dire. Bien sûr que ce serait mieux si toute la population était vaccinée ! Nous sauverions de nombreuses vies chaque année, éviterions certains drames dans des familles frappées par des maladies évitables. Ce serait mieux. Mais quel est le prix à payer pour le mieux ? J’ai peur que cette mesure autoritaire ne soit vécue par certains comme une atteinte à la liberté de choix et ne renforce la peur et la méfiance. Alors que, bien souvent, en discutant avec son généraliste, on arrive à la décision de vacciner en prenant le temps d’expliquer sereinement.

« Parfois on regarde les choses telles qu’elles sont en se demandant pourquoi. Parfois on les regarde telles qu’elles pourraient être en se disant pourquoi pas » (Il y a, Vanessa Paradis)

Dans la vie de tous les jours, nombreux sont les exemples. Vous réalisez une recette de cuisine. Elle est pas mal. Mais vous vous dites qu’elle serait mieux avec un peu plus de ci ou un peu moins de ça… et en fait c’est pire.

Vous travaillez sur un document informatique et vous voulez refaire une mise en page pour qu’elle soit mieux. Et là, rajouter un espace déstructure tout votre document et vous passez 3 heures à changer un détail que vous seul aviez vu… parce que cela allait être mieux.

« Non, je ne veux pas aller mieux. A quoi ça sert d’aller mieux ? » (Non, non, non (écouter Barbara), Camélia Jordana)

Parfois vous avez des amis qui ont une petite baisse de moral et vous essayez de les aider en leur donnant des conseils. Vous leur dites ce que vous pensez être le mieux pour eux, là où ils ont juste envie de se sentir bien.

En prodiguant vos conseils, vous devenez celui ou celle qui n’a rien compris et provoquez la colère de celui/celle que vous pensiez soutenir.

« Lucie, Lucie c’est moi, je sais, il y a des soirs comme ça où tout s’écroule autour de nous, sans trop savoir pourquoi. Toujours regarder devant soi sans jamais baisser les bras… je sais, c’est pas le remède à tout, mais faut se forcer parfois » (Lucie, Pascal Obispo)

Nous avons toutes et tous une connaissance ou quelqu’un dans l’entourage qui souffre de dépression. Combien de fois ces personnes ont dû entendre « c’est dans la tête » ou « allez, sois positif, dis-toi que ça va aller et ça ira ».

Une patiente me le disait ce matin même « on me dit de me regarder dans la glace le matin et de dire que ça ira pour que cela aille… comme si c’était si facile ».

Etre là pour des proches qui ne vont pas bien, les écouter c’est bien.

On aimerait les aider, les accompagner, les soutenir, pour qu’ils aillent mieux. En pensant faire pour le mieux, ne fait-on pas pire ?

Le mieux reste sans doute l’ennemi du bien.

Et petit à petit, chacun se forge son expérience et arrête de chercher à faire le mieux, par peur d’un retour de bâton. Mais à force de ne plus vouloir faire mieux, fait-on quand même bien ?

A force de ne plus vouloir viser les étoiles, finit on par ne regarder que le plancher des vaches ?

Ne plus faire mieux pour ne faire que bien, est-ce faire mal ?

« Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien » (Edmund Burke)

Ne cherchez pas, ce n’est pas tiré d’une chanson. J’aurais aimé en trouver une qui dise à peu près la même chose. Mais je n’ai pas trouvé. Ca aurait pourtant été mieux pour ce billet…

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Live and let die

« Si tu penses un peu comme moi, alors dis: « Halte à tout ». Et maintenant, Papa, c’est quand qu’on va où? » (C’est quand qu’on va où ?,  Renaud)

Grande zébrette devait, il y a quelques jours, travailler sur un thème pour le lycée : 

« Quelle est la différence entre vivre et ne pas mourir ».

Vaste sujet…
Parce que vivre c’est profiter de la vie au jour le jour. C’est le Carpe Diem dont j’ai déjà parlé ici.
Ne pas mourir, c’est se mettre devant l’échéance de la fin inéluctable que nous connaîtrons toutes et tous. C’est donc organiser sa vie en fonction de cet événement ultime en cherchant à l’éviter par tous les moyens.

Donc ce chemin vers la mort, nous l’empruntons toutes et tous. Reste à savoir si on marche en souriant ou en ayant d’autant plus peur que le nombre de pas augmente, puisqu’on ne sait pas quand arrivera la fin.

« Il y a ceux qui prendraient un avion, d‘autres qui s’enfermeraient chez eux les yeux fermés. Toi, qu’est-ce que tu ferais ? Toi, qu’est-ce que tu ferais ? Il y en a qui voudrait revoir la mer, d‘autres qui voudraient encore faire l’amour une dernière fois. Toi, tu ferais quoi ? Et toi, tu ferais quoi ? » (Mourir demain, Pascal Obispo)

Mardi matin (l’empereur, sa femme et le petit Prince), visites à domicile. J’aime bien les visites à domicile, surtout quand j’ai le temps. Le temps d’écouter et de laisser parler les patients.
Pour certains patients âgés et isolés, ma visite à domicile constitue une sorte d’événement de la journée, « LA » chose qui change de la routine et le fait de socialement voir quelqu’un pour parler un peu et rompre la solitude.

Cette patiente est charmante. Toujours un sourire, toujours une parole gentille alors qu’elle n’a pas une vie facile. Mais elle ne se plaint pas.
Je l’écoute. Je la regarde. Elle semble contente de pouvoir me parler de ses petits enfants.
A tous ceux qui seraient tentés de se dire « Ah ben tranquille le doc là, il va chez les gens, il les écoute parler de la pluie et du beau temps, et c’est 33 euros, par ici la monnaie », j’aimerais juste dire qu’ils doivent réfléchir un peu. Quand une patiente parle de ses petits enfants comme elle le fait, elle parle de sa fierté, ça lui fait du bien. Elle me dit implicitement qu’elle n’est pas seule et que d’autres veillent sur elle, surtout ces derniers jours où il a fait si chaud. Cela me permet de voir et jauger son moral. 

Bref, je la regarde et elle sourit. En une fraction de seconde, une étincelle en moi fige cette image et me dit « Il faudra que tu t’en souviennes ».
M’en souvenir parce qu’un jour elle ne sera plus là. Parce qu’un jour son chemin s’arrêtera, parce que c’est la vie qui est comme ça.
Parce qu’un jour je repasserai devant sa maison mais elle ne l’habitera plus, comme je passe devant la maison de Jules que j’allais voir en général vers 11h. Il cuisinait encore lui-même tous ses plats. Ca sentait rudement bon chez lui. Et ça me rassurait de me dire qu’il gardait le goût de manger correctement (et ça me donnait faim aussi, j’avoue).

« Les copines, les tontons, tous ces anges à nous, nos divines affections. Qu’on est long, qu’on est long, à dire les je t’aime qu’on pense quand ils s’en vont. Où vont les gens qu’on aime quand ils s’en vont ? C’est pas vrai qu’ça s’arrête, ce s’rait trop con » (Où s’en vont ?, Michel Fugain)

Une des phrases quasi systématiques prononcées par les internes qui viennent en stage au cabinet est « Ca fait plaisir de voir des personnes âgées qui vont bien ». Parce que d’habitude les personnes âgées qu’ils sont amenés à côtoyer sont plus souvent dépendantes, très altérées voire grabataires, dans les services hospitaliers.
Mais il y a une chose qui me marque encore plus : l’absence de peur de la mort. Ce n’est absolument pas une résignation fataliste. Loin de là, même.
Bien souvent, les patients âgés ont des phrases comme « Oh vous savez, j’ai fait mon temps, j’ai bien vécu » ou encore « Oh ben la faucheuse est déjà passée plusieurs fois, mais elle ne m’a pas bien fauché, je suis encore debout, faudra qu’elle repasse ».

Ils ne sont pas inquiets. Je revois le sourire de ce patient qui m’avait dit cette dernière phrase il y a une semaine. Il m’avait bien fait rire par sa spontanéité. Je trouvais la formule tellement appropriée à son cas et tellement bien tournée.
Je suis peut-être passé pour un fou si on m’a vu lui chuchoter dans un léger sourire en forme de boutade complice « Finalement, elle est quand même repassée et vous l’avez laissée réussir cette fois » quand j’ai constaté son décès à domicile il y a 3 jours.

Je pense que les patients que je côtoie ont majoritairement choisi de vivre. C’est une formidable leçon d’optimisme que je me prends régulièrement en pleine figure. Ils ont choisi de se dire que ce qui arrive doit arriver et qu’on n’y peut rien changer, sauf à chercher à se battre contre des moulins à vent.

Un ami m’avait dit un jour « Tu n’arrêtes jamais une minute, tu es un peu hyperactif sur certains points… Tu caches une forme de peur de la mort, et tu cherches à te prouver que tu es vivant en multipliant les activités ».
Je ne sais pas s’il a raison.
Je sais juste que chercher à ne pas mourir serait épuisant.
Je préfère vivre, pleinement, sans compter les heures, les jours, et en me laissant guider par la passion… et en épuisant sans doute un peu mon entourage parfois  Continuer la lecture

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Strapontin

« You have to show them that you’re really not scared. You’re playin’ with your life, this ain’t no truth or dare. They’ll kick you, then they beat you, then they’ll tell you it’s fair, so beat it » (Beat it, Michaël Jackson)
(Tu dois leur montrer que tu n’as pas vraiment pas peur. Ils jouent avec ta vie, ce n’est pas « action ou vérité ». Ils te mettront des coups de pied, te battront, puis ils te diront que c’est réglo, alors bats-toi)

Je suis resté 4 mois sans rédiger et pourtant ce billet me démange depuis longtemps.
Je n’ai pas pris le temps de le faire avant. Je n’ai pas eu envie sans doute non plus. Parce que je sais qu’il ne va pas forcément plaire, ou qu’il va m’attirer toute une série de trolls, ou qu’il va laisser complètement indifférent.

Bref…

Je ne comprends pas ce qui se passe ces derniers temps. Ou je ne le comprends que trop bien et c’est cela qui m’inquiète un peu plus…
J’ai plusieurs fois eu l’occasion d’écrire des billets « bisounours » et j’y écrivais combien Twitter, qui m’a beaucoup apporté personnellement et professionnellement, était sans doute un nid à Bisounours.

Mais les choses changent. C’est normal. C’est bien, même, parce que si rien ne changeait jamais, la vie serait particulièrement ennuyeuse je trouve.
Plusieurs échanges sont venus écorner cette espèce de bienveillance qui régnait initialement là-bas.

Il y a eu cette charge en règle contre l’amie Arnica parce qu’elle avait ironisé sur le lien entre maladie de lyme (due à une bactérie) et un traitement miracle que serait le régime sans gluten (où l’on supprime le blé de l’alimentation). Je ne vois toujours pas le lien entre ces deux choses ni comment on peut prétendre qu’il y ait un lien direct et infaillible entre elles.
J’ai pris position (mon bâton de pèlerin comme dirait Christine) pour tenter de dialoguer.
J’ai bien senti qu’une patiente essayait par tous les moyens de me faire dénigrer les patients atteint de Lyme, de nier leur douleur. J’ai bien été clair : en tant que médecin (et qu’être humain aussi) je comprends la douleur que ces patients atteints de Lyme peuvent ressentir et les répercussions sur leur vie de tous les jours. En tout cas j’imagine le calvaire que cela peut être, même si je ne le vis pas moi-même.

Puis il y a eu cet échange houleux impliquant une patiente qui voulait « casser le fémur » d’un ou une interne (je ne sais plus et je ne pense pas que ce détail soit important) parce qu’elle laissait souffrir son enfant. Et je livre là une version édulcorée de l’échange.
Je comprends la détresse et la colère des parents qui voient souffrir leur enfant. Je ne peux que trop bien l’imaginer. La colère excuse cela.
Mais quand, avec un peu de recul, les propos sont maintenus avec la même virulence, je m’interroge.

« Place je passe, je suis roi de mes rêves, souverain des libertés. Osez, rendez grâce à ce fou qui se lève. Place je passe, je suis roi de mes rêves, souverain de mes idées. Osez, rendez grâce au vilain épris de nobles pensées » (Place je passe, Mozart l’Opéra Rock)

Oui, je me demande comment on peut à ce point en vouloir à l’autre pour lui nier sa condition d’être humain et le respect que nous devons à celle-ci.
J’ai bien tenté d’échanger en indiquant que la bienveillance dans le notion de soins était réciproque. On me l’a reproché.

Et finalement, après coup, je me dis que j’avais tort. Je me suis trompé. Il ne s’agit pas de bienveillance. Les patients n’ont pas à être bienveillants avec leur soignant. Ils sont dans une situation de plus grande faiblesse et ce n’est pas à eux, en plus, de prendre soin de celui qui doit le soigner. 

Non, en fait, ce que j’ai faussement et maladroitement appelé « bienveillance » était pour moi une forme de respect. De respect de l’autre. De l’autre en tant qu’être humain.
Pas de respect avec un genou à terre, ce n’est pas de la dévotion. 
Mais il me semble qu’il est possible de ne pas être d’accord avec quelqu’un, voire d’être franchement opposé à lui/elle et à ses idées, sans pour autant en venir aux injures, aux menaces et au dénigrement.

Plus le temps passe, plus je me dis que ces « nobles pensées » qui sont les miennes, sont au mieux vaines, au pire complètement utopistes.

Alors je ne suis pas un saint, loin de là. Il y a des personnes que je ne supporte pas, qui m’énervent ou que j’espère secrètement ne jamais croiser dans la rue. Mais je ne vais pas aller le leur dire. Cette agressivité mènerait à quoi ?
A faire mal à l’autre ? Sans doute.
A me faire du bien ? Peut-être, en ayant eu l’impression de mettre battu et d’avoir pris l’ascendant…
Mais ça mènerait à quoi ? A montrer que je ne respecte pas l’autre.

« Est-ce qu’on a vraiment tout fait quand on a fait de son mieux ? Qu’est-ce qu’il restera de tout ça dans un siècle ou deux ? J’ai pris du plaisir, essayé de construire un peu, j‘ai défié le temps, l’espace et quelques dieux. Mais qu’est-ce que j’laisse à ceux qui naissent ? » (Je laisse, Michel Fugain)

Je fais de mon mieux pour respecter.
Mais où est la limite entre diplomatie et malhonnêteté ?
Parce que ne pas dire ce qu’on pense à l’autre, est-ce vraiment le respecter ? Parce que ceux qui vous disent clairement les choses en face, elles, sont honnêtes et franches.
Et puis en général, même si vous vous en payez plein la figure et que vous rapportez la discussion à quelqu’un qui vous connaît tous les deux, la première réponse sera « Oh mais tu le/la connais… Il/Elle est comme ça ».
Donc, si on excuse la franchise, il vaut mieux tout dire. Mais si on dit tout, on respecte moins ce que peut ressentir l’autre, puisqu’on est un peu égoïste au point de tout dire pour se soulager soi-même.

Parce que le respect vaut pour tout le monde.
Du saint des Saints qui n’a jamais rien fait de mal dans sa vie à celui qui a commis les pires atrocités. Parce que ne pas respecter un seul être humain, c’est ne pas respecter l’humanité entière, à mon sens.

Si vous avez tenu bon la lecture jusqu’ici, vous êtes en train de vous dire que je vais me présenter au concours Miss France 2017 je fais une « bisounoursite aiguë ».
Ah mais non en fait, je viens de faire une blague sexiste qui sous-entendrait que les femmes, et les Miss en particulier, seraient (insérez ici toute remarque sexiste de votre choix).

Mais faire une blague (si nulle soit elle) sans arrière pensée aucune, est-ce manquer de respect ? Est-ce qu’on peut rire de tout ?
J’ai l’impression que c’est de moins en moins possible.
J’éclate de rire quand mes amis gays me disent « Cette activité (insérez ici une activité estampillée virile) c’est pas un truc de pédé ! ».
J’éclate de rire parce que je respecte l’auto-dérision. Je trouve qu’elle est la marque des êtres humains sincères. J’estime avoir de la chance car beaucoup de mes amis ont cette faculté.
Mais si cette blague était écrite sur Twitter, je suis certain qu’elle soulèverait un tonnerre de protestation. 

Il me semble pourtant que rire et respect peuvent être compatibles. On peut rire de tout. On doit rire de tout. Rire pour ne pas oublier qu’on existe. Rire pour adoucir le fait que l’issue sera la même pour tout le monde.
Rire et respecter.
S’arrêter si le rire choque. Etre diplomate là aussi ?

« Je ne sais pas comment te dire, j‘aurais peur de tout foutre en l’air , de tout détruire. Un tas d’idées à mettre au clair depuis longtemps, mais j’ai toujours laissé derrière mes sentiments » (Je ne sais pas, Joyce Jonathan)

Je n’aime pas trop la voix de cette chanteuse. C’est pas mon truc. Mais est-ce pour autant que je dois dénigrer ceux qui aiment ? Non. Dois-je éviter de la citer ici, alors que les paroles collent bien au reste du billet ? Je ne crois pas.

Ne pas être d’accord, mais respecter. Ne pas être d’accord, mais accepter que l’autre puisse être différent de soi. 

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites,mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » (Evelyn Beatrice Hall… même si certains ne sont pas d’accord et l’attribuent à Voltaire…)

Parce que oui, on me dit souvent que je me fatigue pour rien quand je tente de dialoguer sur Twitter avec certains représentants de patients qui pensent tout savoir sur tout, certains représentants administratifs qui pensent en savoir au moins autant, et certains médecins qui ont les mêmes certitudes.

Personnellement, je sais que je ne sais pas grand chose. Je sais que je fais des erreurs. Beaucoup. Dans le modèle judéo-chrétien dans lequel j’ai été élevé, je ne sais pas si jai gagné ma place au paradis… pas sûr d’avoir fait assez de bien autour de moi pour cela.
Par contre, si cela se joue sur le critère « respect de l’être humain », j’ai peut-être une chance d’avoir un strapontin…

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Pour le plaisir

« On se réunit plusieurs fois par semaine, on se vide la tête, question de faire la fête. On lève les bras ou on se les met en croix. On reste ensemble car rien ne nous ressemble » (Sauvez mon âme, Luc De Larochellière)

J’ai quand même toujours un peu de mal à savoir dire non.

Par exemple pour participer à un congrès et y faire des présentations ou des ateliers.

Par exemple quand c’est sur l’île de La Réunion à des milliers de kilomètres de chez moi.

Par exemple quand je dois prendre un vol aller le jeudi soir et le vol retour le dimanche soir.

Mais bon… comme le dirait @GeluleMD , j’ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé pour la bonne cause, celle de la médecine générale et de son enseignement.

Bon, le cadre était magnifique, c’était un grand grand plus. Et j’y ai revu « min tchô poulet », alias Sébastien, qui a déménagé là-bas maintenant. C’est un peu grâce (à cause ?) de lui si je me suis investi autant dans l’enseignement de la médecine générale… (Plein de bécots si tu lis ces lignes, j’étais content de te revoir, même si c’était très court).

Congrès vendredi et samedi toute la journée. Pas beaucoup le temps de faire autre chose. Le repas du samedi soir est convivial entre tous les participants et je commence à me poser un peu à ce moment-là, histoire de me préparer aux 11 heures de vol du lendemain…

La soirée commence avec un groupe de percussionnistes local, dont certains membres sont aussi des généralistes du coin.

Ils sont plein d’énergie.

Je les observe, ils se regardent, se comprennent, savent par quelques gestes quand va arriver une modulation de leur morceau, quand ils vont devoir s’arrêter ou reprendre.

Ils sourient.

Beaucoup.

Ils sont contents d’être là, ensemble, et rien que cette image fait très plaisir à voir. On aurait pu couper le son, complètement, et profiter de ce bonheur qu’ils avaient d’être ensemble.

« Is it your ghost that keeps hiding under the smoke. It’s getting louder, I feel hands around my throat. How do you love someone? » (Cancion de la noche, Matthew Perryman Jones)
(Est-ce ton fantôme qui continue de se cacher dans la fumée ? Ca devient plus fort, je sens des mains autour de mon cou. Comment aime-t-on quelqu’un ?)



Quand je regarde les enfants, les petits, mes propres enfants, mes neveux et nièces… ils ont toujours l’air heureux. Ils rigolent facilement. Ils s’amusent. Et ils aiment être ensemble.

Ca se perd l’envie d’être ensemble ? Ca se perd l’amour de l’autre ? Ca se perd le partage, l’empathie ?

Parce que j’ai parfois l’impression d’être un Bisounours. Ok, il y a bien des gens que je n’aime pas sur Terre, bien sûr. Mais j’aime passer du temps en compagnie d’autres. J’aime partager, construire.

Je suis sans doute trop souvent naïf parce que construire peut avoir des dommages collatéraux qu’on ne soupçonnait pas, on peut froisser ou blesser.

Parfois aussi, comme dans le groupe vocal que je dirige, j’ai une idée bien précise de ce que je veux que nous construisions ensemble, et je ne suis sans doute pas assez patient/tolérant avec mes choristes.

Mais cette envie, cet accomplissement de soi quand on arrive, comme ce groupe de percussions, après des heures et des heures de travail, à prendre plaisir à être ensemble, comment certains peuvent la perdre ?

C’est inné ? C’est acquis ?

J’aimerais bien comprendre. Cela m’aiderait peut-être à conseiller les patients pour lesquels cette flamme du « vivre ensemble » a tendance à s’éteindre.

J’aimerais bien comprendre aussi pour conseiller à mes patients de se construire ce tissu social quand ils le peuvent, parce que c’est lui qui leur permettra de rester en forme plus longtemps, et à l’abri du déclin parfois lié au vieillissement (et beaucoup mieux que les patchs en tous genres).

« Pour le plaisir, il faut savoir prendre le temps de refaire d´un homme un enfant. Et s´éblouir. Pour le plaisir, s´offrir ce qui n´a pas de prix, un peu de rêve à notre vie. Et faire plaisir. Pour le plaisir » (Pour le plaisir, Herbert Léonard)


Juste prendre le temps de se poser parfois et faire ce que l’on a envie de faire.

Prendre plaisir à le faire.



On me demande régulièrement « Mais tu fais plein de choses ? Comment y arrives-tu ? »

Je fais les choses par plaisir et pas par obligation. Ou plutôt, moins par obligation (oui parce que bon, j’ai quand même commencé le billet en disant que je n’arrivais pas à dire non).

L’avantage, c’est que le jour où une activité ne me plaira plus, je pourrai en commencer une autre.



Mais la quête du plaisir devrait être ce qui nous pousse en avant.

Comme le plaisir d’écrire ce billet au soleil, dans le jardin, entouré du chant des oiseaux et de tous ceux qui me sont chers, physiquement, virtuellement ou spirituellement présents.

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Narcisse

« Tu sors en courant, t’as peur d’être en retard, et c’est que le début de la fameuse histoire de l’adolescent X qui crie, « je veux qu’on m’aime », l’adolescent cynique qui avance dans un système qui est pas fait pour lui » (L’adolescent X, Lynda Lemay)

« Vous savez, Docteur, j’aimerais juste qu’il fasse attention à moi de temps en temps »

Cette phrase prononcée par une patiente aurait pu l’être par beaucoup d’entre nous je crois.

Nous avons besoin du regard de l’autre, de ses interactions, de son approbation, de sa bienveillance, de son désaccord… bref, besoin de l’autre.

En cela, je trouve les ermites à la fois fascinants et intrigants. Fascinants car ils arrivent à tenir debout seuls, leur pensée les guide, la méditation aussi j’imagine. Intrigants parce qu’ils n’ont aucune interaction avec les autres. Du tout. Rien. Pas un seul échange de parole, pas un sourire, pas un contact visuel ni physique…

Nous sommes toutes et tous des êtres humains en train de crier « regardez-moi » par des canaux de communication divers : les réseaux sociaux, les applications photo, les blogs, les coups de téléphone, les lettres, les SMS…

« Maman, maman : regarde comme je fais bien ça ! »

La phrase préférée de tous les enfants. Parce qu’ils ont besoin du regard de l’autre pour avancer, pour grandir, pour se sentir en confiance, se renforcer.

Et nous grandissons avec ce besoin un peu irrationnel d’être regardé par l’autre, tout en prétendant à cor et à cri ne pas le vouloir. Comme les adolescents qui envoient promener leurs parents alors qu’il ont encore plus besoin de leur regard et de leur aide dans cette période de bouleversements physiques et psychiques.

« Je n’attends pas de toi que tu sois la même. Je n’attends pas de toi que tu me comprennes, seulement que tu m’aimes pour ce que je suis.
Se met-elle à ma place quelques fois, que faut-il que je fasse pour qu’elle me voit ? Vivre l’enfer mourir au combat, veux-tu faire de moi ce que je ne suis pas ? Je veux bien tenter l’effort de regarder en face mais le silence est mort et le tien me glace. Mon âme sœur cherche l’erreur plus mon sang se vide et plus tu as peur » (A ma place, Zazie et Axel Bauer)

Les selfies sont à la mode. Le comble du narcissisme, non ? « Regardez-moi » qui a remplacé le « Regardez ce que mes yeux voient ».

Attention, je ne suis pas en train de jouer les moralisateurs. Je succombe régulièrement à cette mode aussi.

Mais là où cela me dérange, c’est l’interaction de ce narcissisme avec l’autre. Faut-il obligatoirement « liker » un selfie sur les réseaux sociaux ?

Le simple fait d’attendre un « like » ou un retweet ou je ne sais quelle interaction n’est-il pas en lui même un appel à l’autre. « Aime-moi » ?

On en oublie le pouvoir des mots. On lui préfère « le choc des photos » selon le slogan bien connu.

Ce narcissisme n’est-il pas alors une façon de s’enfermer ou se refermer sur soi-même ?

« Regarde-moi et aime-moi » au lieu du parle-moi.

Parler est devenu difficile. Parce que parler, c’est aussi, bien souvent, se mettre à nu, montrer ses faiblesses.

Parler c’est dire ce que l’on ressent.

Mais parler c’est dire « Je » donc c’est une autre forme de narcissisme ?

Je conseille souvent de dire « Je » quand on s’adresse à quelqu’un.

« J’ai du mal à vivre cela » ou « Je me suis senti blessé(e) par ta remarque » plutôt que « Tu m’as blessé ».

Matérialiser un peu cet appel à l’attention de l’autre.

Pour que l’autre puisse nous apporter son avis, pour qu’il puisse se mettre à notre place et envisager ce que nous ressentons, il faut avant tout lui expliquer ce que nous avons au fond de nous.

J’ai eu plusieurs fois cette semaine l’impression de « manipuler » un peu ceux à qui j’ai donné ces conseils. Les manipuler dans le sens « si vous voulez arriver à vos fins, dites cela de cette manière plutôt qu’une autre ».

Donc, être moins narcissique, c’est être de facto moins naturel ? La communication serait bel et bien un artifice ?

Les ermites seraient alors dans l’excès de naturel ?

« Oh, baby, baby, how was I supposed to know that something wasn’t right here? Oh, baby, baby I shouldn’t have let you go, and now you’re out of sight, yeah. Show me how you want it to be, tell me, baby, ’cause I need to know now, oh, because… My loneliness is killing me » (Baby one more time, Britney Spears)

(Oh chéri(e), comment étais-je supposé(e) savoir que quelque chose ne se passait pas bien ici ? Oh chéri(e) je n’aurais pas dû te laisser partir, et maintenant tu es hors de ma vue. Dis-moi comment tu veux que les choses soient, dis-moi chéri(e), j’ai besoin de savoir parce que cette solitude me tue)

Comme quoi… dans des chansons pour adolescent(e)s on retrouve aussi (surtout) cette thématique de l’échange et de la communication.

Parlez et incitez vos proches à parler. Incitons, nous soignants, nos patients à parler avec leurs proches.

Le risque sinon est de sombrer dans un narcissisme à outrance, avec une espèce de superficialité dans les relations humaines. A l’image de certaines stars hypermédiatisées que j’ai l’impression de voir hurler « Aimez-moi » et pour lesquelles je ne ressens rien d’autre qu’une forme de tristesse, car je me dis qu’elles doivent se sentir bien seules pour avoir ce besoin si présent.

Allez, je vous laisse tranquille, je finis ce blog et je le publie. Et j’espère qu’il sera lu, retweeté, liké…

Juste parce que j’ai besoin de savoir ce que les autres pensent de ce que je pense.

Un peu raté pour ma carrière d’ermite…

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Mutation

« Et j’ai trouvé dans mon carnet à spirales, tout mon bonheur en lettre capitale à l’encre bleue aux vertus sympathiques sous des collages à la gomme arabique » (Le carnet à spirale, William Sheller)

26 décembre 2005.

Premier jour de travail pour moi. Rien que pour moi.

J’avais bien travaillé seul depuis plusieurs semaines. Après tout, j’avais fini mon internat au 1er novembre 2005 et j’étais déjà thésé depuis juin 2004 et mon futur prédécesseur avait quitté le cabinet pour commencer sa nouvelle carrière professionnelle.

Mais, lenteur administrative oblige, tout était prêt pour le 26 décembre.

Plongeon dans le grand bain

Activité à plein régime dès le départ.

J’applique les règles que j’ai apprises en cours (enfin, pour les quelques cours adaptés à mon métier que j’avais reçus à l’époque), celles que j’ai apprises lors de mon stage chez le praticien aussi.

Je prescrivais des mucofluidifiants (pour les non médecins, ce sont des médicaments inutiles), parfois du Maxilase (pareil) des sirops (pas beaucoup mieux), du Tanakan (j’implore le pardon de mes amis médecins)… et je recevais la visite médicale (et oui…)

« C’est à peu près l’heure où ils éclairent les fontaines, où je sors un peu pour prendre l’air, enfin où je traîne. J’essuie les regards de tous ceux qui ne m’aiment pas trop et je comprends très bien tout ce qu’ils peuvent dire derrière mon dos.

J’ai tant de choses à me reprocher mais je n’y peux rien. A franchement parler, ça ne me fait rien, je n’y peux rien. » (A franchement parler, William Sheller)

On m’avait « élevé » dans l’idée qu’il y avait les généralistes d’un côté et les spécialistes de l’autre. Qu’on travaillait un peu chacun de notre côté, que c’était normal, le monde médical fonctionnait comme cela.

Et je m’en moquais un peu.

Les patients, eux, étaient dès le départ le centre de mon intérêt et ce que pouvaient penser de moi les autres collègues m’importait beaucoup moins.

Je n’étais pas parfait (je ne le suis toujours pas d’ailleurs, heureusement), mais j’essayais de faire de mon mieux. En toute bonne foi.

Je participais à des « soirées de formation » par l’industrie pharmaceutique. Le thème annoncé était à chaque fois très sympa. Les intervenants prévus aussi. Mais, à une exception près, j’ai toujours été déçu. Mon estomac était rempli, mais je n’étais pas meilleur médecin.

Un soir, je suis allé à une formation « un peu plus » indépendante (mais pas totalement, de mémoire, il y avait quand même des stands de l’industrie dans le couloir) sur la vaccination.

L’expert était un médecin généraliste.

Un médecin généraliste. Un généraliste ?? Pas un infectiologue, ou un pédiatre ? Mais quelle drôle d’idée !

Et… le gars debout en face de nous parlait du quotidien de mon métier. Très concrètement. La vaccination que je faisais au cabinet. Pas la théorie de ce qu’on est censé faire dans le monde de Oui-Oui.

J’ai adoré.

Je suis allé voir l’intervenant à la fin. Il enseignait à la faculté.

Je lui ai demandé comment faire pour les rejoindre, parce qu’enseignait m’intéressait. Cela m’a toujours intéressé d’ailleurs (j’aurais choisi d’être prof de bio si je n’avais pas eu ma première année).

Bref, il m’a dit « Attention du vas mettre le doigt dans l’engrenage, et tu ne pourras plus faire machine arrière »

Nan, pas de souci… je gère… (Là, vous pouvez éclater de rire. Et une fois que vous avez fini, recommencez à rire en lisant la suite)

« Faut pas penser à demain, faut pas dormir au hasard, et tu tiens. J’irai jusqu’au bout du chemin et quand ce sera la nuit noire, je serai bien. Et je regarde ceux qui se penchent aux fenêtres, j’me dis qu’il y en a parmi eux qui m’aimeraient peut-être » (Oh ! J’cours tout seul, William Sheller)

Je suis allé à la fac pour me former à la maîtrise de stage. C’était en 2008. Installé depuis 3 ans, j’apprenais à recevoir des externes en stage.

Formation sans labo. Super intéressante, même si quelques mots sortaient tout droit d’un dictionnaire de pédagogues que je ne connaissais pas. 

« – Et ça c’est le paradigme d’apprentissage

– Le para… quoi ??? »

J’ai rejoint le collège des enseignants. Pareil, ils parlaient parfois une langue que je ne connaissais pas, mais je me suis accroché.

Je faisais d’autres choses, j’ai brisé une petite routine qui tendait à s’installer.

J’ai rencontré des enseignants passionnants et passionnés.

J’ai rencontré des étudiants tout aussi passionnants et j’ai gardé de très bons contacts avec certains.

« Sous deux semelles de gomme, il tire un jean étroit du bas, dans un blouson rouge-pomme, deux contrebasses au bout des doigts. Il shoote dans des boites de bémols, il se fout du style il n’a pas bien suivi l’école. Mais il plane comme un jumbo entre les murs du son. C’est comme un labyrinthe autour de sa maison. On le trouve un peu bizarre mais Symphoman est né d’un rêve oublié là, qui pétille à mon oreille, tout comme les murs d’un verre de Mozart-soda » (Symphoman, William Sheller)

J’ai commencé à m’investir de plus en plus à la fac, dans l’enseignement. Moi qui ai longtemps hésité à devenir prof de bio, j’étais comblé et le suis toujours par l’enseignement. J’ai entamé une mutation. Je ne pouvais plus être le même médecin.
Mon emploi du temps n’étant pas extensible, j’ai dû faire des choix pour maintenir mon équilibre, le fameux trépied dont je parlais dans un de mes premiers billets sur ce blog.

L’un de ces choix a été de diminuer un peu mon activité de soin.

Pour soigner mieux. Enfin, je le pense. Prendre le temps d’expliquer. Passer de 4 rendez-vous par heure à 3 pour ne pas être trop en retard.

Pour être un peu plus investi à la faculté. Pour participer à la vie de l’université parce que je suis persuadé que si l’on veut y obtenir une place, il faut la gagner à force de travail.

Je sais que j’ai sans doute bénéficier d’une forme d’effet d’aubaine. Je suis arrivé au bon moment dans l’équipe et j’ai pu obtenir un poste.

Mais comme je ne veux pas de cet effet d’aubaine, j’ai repris mes études aussi. Un master 1 l’année dernière. Master 2 cette année et l’année prochaine.

Mériter cette place.

Mais être moins au cabinet, c’est se le faire reprocher par certains patients. Non, non, je ne suis pas en vacances quand je ne suis pas dans mon bureau, mais bien souvent, je suis à la fac, je suis chez moi en train de bosser pour la fac… Ou je suis en train de chanter parce que j’aime ça et que ça me fait penser à autre chose.

Et puis j’ai croisé la route de Twittos, j’ai mis un tout petit orteil dans la sphère médiatique et j’ai vraiment aimé cela : télé, radio…

Je suis passé pour un mec un peu barge pour certains, à force de faire un peu de tout. A force d’être heureux de tout aussi. A force d’être optimiste en tout et tout le temps. J’ai aussi renvoyé une image du « mec qui fait plein de trucs et qui ne dit jamais non ».

Et je ne disais jamais vraiment non. Au début.

« Encore un jour tout seul où tout fout l’camp. Tu vois, j’n’ai jamais su tell’ment parler aux gens. J’suis mal dans ma peau, j’ai un peu froid dans l’dos. Lent’ment, douc’ment, je coule comme un bateau, j’suis un mauvais capitaine, j’suis un mec qui traîne auquel on tourne le dos » (Simplement, William Sheller)

« Je voulais juste te dire qu’on est plusieurs à s’inquiéter pour toi. On te trouve un peu plus triste, moins enjoué. T’es sûr que ça va ? »

Novembre 2015.

A trop charger la barque, elle prend un peu l’eau.

Les évènements du 13 novembre ont mis à mal ma confiance en l’homme. La vie est si courte…

Je n’ai plus peur de dire non, mais j’envoie un peu promener aussi. J’aimerais ne pas culpabiliser de ne pas savoir tout faire et pourtant je ne peux m’en empêcher.

Alors je me raccroche à des choses toutes simples : la famille, les amis, et j’apprends à être égoïste et faire ce que j’ai envie de faire.

Je rate des réunions où ma présence était requise parce que j’ai pris d’autres engagements. Avant j’aurais fait mon possible pour faire les deux, quitte à dormir moins, quitte à ne pas être raisonnable.

Je lisais ce matin le billet de Docteurmilie « Burn out : moi jamais ».

J’avais commencé à écrire ce billet samedi, en revenant d’une réunion à Paris. Je pensais bien le finir en évoquant un peu cette période de novembre 2015 aujourd’hui derrière moi (oui je rassure mes proches, je vais bien… Vous avez dû vous rendre compte que c’était pas la grande forme, mais là je suis redevenu aussi hyperactif et épuisant qu’avant, c’est un signe qui ne trompe pas !)

En lisant ce billet d’Emilie, je me suis dit : bah dis donc… les plus optimistes ont aussi leurs creux de vagues. On n’est pas des super héros finalement.

Et c’est mieux, nous sommes humains.

« Quel que soit le temps que ça prenne, quel que soit l’enjeu, je veux être un homme heureux » (Un homme heureux, William Sheller)

Etre heureux ça se décide aussi, au quotidien.

Comme en s’offrant, en amoureux, un concert de William Sheller, extrêmement bien placé. Même si, pour la peine, on rate une réunion un vendredi soir.

Parce que ça fait du bien. Parce que c’est un musicien et un chanteur extraordinaire. Au moins aussi extraordinaire que son humilité.

Parce que ça recharge les batteries.

Parce ça donne aussi des idées de billets de blog avec des chansons, pour une fois, d’un seul interprète et tellement belles…

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Ca ne tient pas debout

« Ça ne tient pas debout ce regard qu’ont les gens sur toi, tu t’y habitues. Ça ne tient pas debout cette force qui habite en toi, tu l’as toujours eue. Ça ne tient pas debout, le malheur ça n’existe pas, tu l’as toujours su » (Ca ne tient pas debout, Michel Berger)


Fin d’année. Heure des bilans.

2015 aura vraiment été une année particulière à bien des égards. 

Nationalement, bien entendu. Tout le monde a été marqué par tous les événements qui se sont produits.

On a beau vivre loin de Paris, on a beau se dire que ça paraît irréel, c’est bien arrivé.

Il y a eu des moments très riches en émotions positives. Des moments « Yin » dont j’avais parlé ici

Des amis. La famille. Des expériences professionnelles, universitaires, télévisuelles, radiophoniques que j’ai vraiment pris plaisir à vivre.

Des moments « Yang » aussi.

De la méchanceté gratuite de certains, des remises en question, de la motivation parfois en berne…

Des patients qui ont perdu la vie… certains pour lesquels c’était malheureusement « prévisible », d’autres pour lesquels cela a été une triste surprise.


« Je m’en irai dormir dans le paradis blanc, où les nuits sont si longues qu’on en oublie le temps. Tout seul avec le vent, comme dans mes rêves d’enfant. Je m’en irai courir dans le paradis blanc, loin des regards de haine et des combats de sang, retrouver les baleines, parler aux poissons d’argent, comme, comme, comme avant » (Le paradis blanc, Michel Berger)


Le 31 décembre, on se dit que l’année se termine, qu’il ne reste plus assez de temps pour des mauvaises nouvelles. Un peu à la manière de La cité de la peur des Nuls « Il ne peut plus rien nous arriver d’affreux maintenant »…

C’est la vie, sans doute. Le bien le plus précieux que nous avons tous. Le plus fragile aussi, 2015 en est la preuve.


« Pour me comprendre, il faudrait savoir qui je suis. Pour me comprendre, il faudrait connaître ma vie, et pour l’apprendre, devenir mon ami. Pour me comprendre, il aurait fallu au moins ce soir, pouvoir surprendre le chemin d’un de mes regards triste mais tendre, perdu dans le hasard. Je l’ai connue toute petite dans les bras de sa grande maman. Dommage, dommage, j’aimais tellement son visage. » (Pour me comprendre, Michel Berger)


La vie est déjà suffisamment fragile pour qu’on puisse chercher à se l’ôter. C’est pourtant ce qu’elle a choisi de faire il y a deux jours, à 32 ans.

Je ne comprends pas ce geste. Je ne comprends pas qu’elle n’ait pas eu envie de faire appel à nous. Je ne comprendrai jamais, parce qu’il n’y a rien a comprendre. Parce que c’est la vie. Ou la fin de la vie.


« Et, quand nos regrets viendront danser autour de nous, nous rendre fous, seras-tu là ?  » (Seras-tu là, Michel Berger)


Eté 1992. Première fois que je mettais les pieds en Sicile, la terre d’une partie de mes ancêtres. Tu étais venue avec nous. Tu étais la filleule de mes parents. Je me souviens de toi jouant dans la rue de la petite maison familiale. Europe 1 que nous captions même loin de France, diffusait la nouvelle qui a marqué une partie de mes vacances : Michel Berger venait de mourir. Jeune. D’une crise cardiaque.

Je m’étais dit à l’époque que c’était bizarre d’imaginer que la vie puisse s’arrêter du jour au lendemain sans crier gare.

Je me dis la même chose, au dernier jour de 2015.


Ca ne tient pas debout.

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Les écrits restent

« Je ne sais plus comment te dire, je ne trouve plus les mots. Ces mots qui te faisaient rire, et ceux que tu trouvais beau » (Parle-moi, Isabelle Boulay)

En ce moment, il y a un challenge sur Twitter. Le 30-day book challenge. Le principe ? Chaque jour un thème et une réponse par un bouquin. « Celui qui vous a fait le plus pleurer » ou « Celui que vous avez le plus aimé ».

Je n’aime pas les écrits.

C’est idiot, non ? De la part d’un mec qui tient un blog et se triture les méninges par écrit… Si si, c’est idiot.

En fait, je n’aime pas les écrits. Parce qu’il n’y a pas la voix de son rédacteur.

Comme sur Twitter, j’aime pouvoir mettre une voix sur les tweets que je lis. Quand je connais les auteurs dans la vraie vie, c’est plus facile.

Du coup, un écrit quand je connais l’auteur, c’est mieux ? Et bien… non…

Je suis du genre à lire, relire, re-relire. Tenter de trouver les mots entre les lignes. Les inventer parfois. Comprendre une phrase parce que j’ai envie de la comprendre comme cela.

Mais… comment savoir ce qu’il a vraiment voulu dire.

Il y a bien la solution de le demander de vive voix à l’auteur. Bon, il y en a un paquet qui sont morts depuis des siècles, ça va être difficile. Pour les autres, surtout quand ce sont des proches, il y a le risque de passer pour le dernier des imbéciles « Mais c’est pas DU TOUT ça que j’ai voulu dire » ou celui, peut-être pire, de s’entendre dire ce qu’on ne voulait pas du tout admettre « En fait, j’osais pas te le dire, mais oui, c’est bien ça ».

« Ne plus rien sentir. Inconscient minéral. Plus le moindre désir. Plus de peur, ni de mal » (J’en rêve encore, Gérald De Palmas)

Je m’imagine beaucoup de choses. L’un de mes romans préférés dont j’ai déjà parlé dans un vieux billet, Le Voyageur Imprudent, me met le cerveau en compote. Il me fait réfléchir, m’imaginer ce qui est passé par la tête de Barjavel quand il l’a écrit, ce qu’il a vraiment voulu dire. Comment le contexte de sa vie courante a pu influencer ses écrits : une histoire familiale, une histoire de cœur, un fait divers… y a-t-il quelque chose qui l’ait influencé ?

Quand je lis une phrase, qu’est-ce que je lis vraiment ? Ce que l’auteur a voulu écrire ? Ce que j’en déduis ? Ce que j’ai envie de lire, même si c’est l’inverse de qu’il voulait écrire ?

Voltaire disait : « Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ; ils étendent les pensées dont on leur présente le germe ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux, et fortifient par leurs réflexions ce qui leur paraît faible »

Non, mais là c’est juste impossible. Je ne vais pas écrire 5 tomes sur les réflexions que je me fais pour un tweet de 140 mots, ou un échange de deux phrases !

Je n’aime pas les écrits.

Mais je garde tous mes historiques de conversation. Partout. SMS, messages privés, discussions Messenger, Skype…

Je les relis très souvent.

Je ris, je souris, je m’interroge, je m’inquiète, j’imagine, j’extrapole…

Quand j’en avais parlé de vive voix, un ami m’avait proposé une solution « Arrête de relire les vieilles conversations ».

Il a raison. C’est une solution pragmatique.

Mais je n’y arrive pas.

C’est comme relire un roman en connaissant déjà la fin. Vous savez les romans « dont vous êtes le héros ». A ce moment de l’histoire, vous pouvez choisir entre la page 35 et 48. Et c’est la 35 qui a été choisie lors de la lecture.

Rétrospectivement, on se dit « mouais… peut être que la 48 aurait été mieux » ou  « Ah mais non, mais c’était évident qu’il fallait choisir la 48 ».

Sauf que dans la vraie vie, ce serait plutôt « Mais pourquoi j’ai répondu ça ?? » surtout qu’en général, j’ai tendance à beaucoup trop écrire. Je m’imagine la personne recevant les messages en se disant « il est lourd… bon, je vais être gentil(le) je vais lui répondre quand même » (imagination parrainée par le club des gars qui ont une énorme confiance en eux).

Il y a aussi « Mais qu’est-ce qu’il/elle a voulu dire réellement par cette phrase ? ».

Et de constater que la suite de la vie a découlé, comme le fait le roman, de ce choix précis. Encore un effet papillon.

Comme quand on reçoit un patient et qu’on se dit « et si je lui avais plutôt parlé de sa maladie comme ça, il/elle l’aurait mieux acceptée ? La communication aurait été meilleure entre nous ? »

« C’est un monde parfait, le vent souffle, on ne bouge pas. C’est un monde parfait, on s’en ira, le vent restera. Un monde parfait » (Un monde parfait, les Innocents)

C’est l’automne. La luminosité baisse, le temps devient gris, je rentre quand il fait noir. Je fatigue.

(Quand j’écris ces mots, mon moral est bas, ou c’est juste une constatation dépourvue de sentiment « négatif » ?)

J’aurais dû dire autre chose dans cette conversation hier/la semaine dernière/le mois dernier ? Je me suis emporté/emballé/laissé dépasser quand je discutais avec lui/elle ?

(Quand j’écris ces mots, je fais juste une sorte de bilan dans le but d’améliorer ma façon d’être lors de prochaines conversations ou je me prends en pleine figure mon angoisse de performance et de perfection insatisfaits en constatant que j’aurais pu être meilleur et que les éventuelles conséquences ne sont dues qu’à mon comportement ou mes mots ? Mea culpa, mea maxima culpa ?)

Je n’aime pas les écrits.

Parce qu’ils me filent une boule au ventre et un nœud à la gorge.

Je n’aime pas les écrits, parce que quand je vois tous ceux qui parlent de tant et tant de livres, je ne peux m’empêcher d’être jaloux de leur savoir que je n’ai pas, de leur culture que je ne partage pas.

Je n’aime pas les écrits parce que quand je relis les miens, je trouve toujours des fautes impardonnables que je dois corriger, et j’ai l’impression de me mettre à nu.

Je n’aime pas les écrits parce qu’ils me rappellent des souvenirs. Les bons comme les mauvais. Les bons que j’ai vécus et que je ne suis pas sûr de revivre. Les mauvais que j’aurais peut-être pu éviter si j’avais juste ouvert un peu plus les yeux.

Pourtant, dans toute histoire, il n’y a guère que les écrits qu’on peut conserver.

Alors je vais relire des mots d’anniversaire griffonnés sur une carte postale par ma grand-mère qui me manque. Je vais quand même relire des historiques de conversation, parce que j’ai l’impression de revivre le moment, de ressentir les émotions de ce moment là.

Un peu comme des rediffusions.

Je n’aime pas les écrits. L’automne et la fatigue non plus d’ailleurs. Faudrait que je lise plus souvent une phrase que je n’ai pas encore écrite « Va te coucher tôt ».

Il est une heure du matin. Et je n’ai rien lu.

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A demain…

« So I made a promise to myself : to say each day how much she means to me, and avoid that circumstance where there’s no second chance to tell her how I feel. 
If tomorrow never comes, will she know how much I loved her ? Did I try in every way to show her every day, that she’s my only one. And if my time on earth were through and she must face this world without me, is the love I gave her in the past gonna be enough to last, if tomorrow never comes ?
So tell that someone that you love, just what you’re thinking of, if tomorrow never comes » (If tomorrow never comes, Ronan Keating)

(Je me suis fait une promesse : dire chaque jour à quel point elle compte pour moi, et éviter ce moment où il n’y a pas de seconde chance de lui dire ce que je ressens.

Si demain ne venait jamais, saura-t-elle à quel point je l’aimais ? Ai-je essayé par tous les moyens de lui montrer chaque jour, qu’elle est celle que j’aime. Si mon temps sur Terre était fini et qu’elle devait affronter ce monde sans moi, l’amour que je lui ai donné par le passé sera-t-il suffisant pour durer, si demain ne venait jamais ?

Alors dites à l’élu(e) de votre cœur, tout ce que vous ressentez, au cas où demain ne viendrait jamais)


Ouh là là…

Billet pas du tout cartésien ci-dessous. Vous serez prévenus…

J’ai déjà raconté comment je me sens la veille d’un départ, qu’il soit en vacances, en congrès ou autre… je me sens stressé.

Etonnant venant de la part d’un homme d’un calme toujours olympien et qui ne se pose jamais des milliards de questions (à ce moment précis, ceux qui me connaissent bien doivent avoir envie d’éclater de rire…)

Stressé parce qu’il reste des tonnes de choses à faire, que bien souvent je n’ai pas encore fini, voire commencé, ma valise (et qu’en plus je prends le temps d’écrire un billet de blog quand même…), et qu’en plus je me dis que tout le temps où je serai en vacances sera du temps en moins à faire tout le reste, que les mails vont continuer à s’accumuler alors que j’en ai déjà des centaines en retard…

Mais il n’y a pas que cela.
Nous en parlions avec des amis ce soir. Il y a cette demi-seconde où l’on se dit « Et si… ? » : si on ne revenait jamais, s’il nous arrivait quelque chose…

L’esprit cartésien va répondre « l’avion est le moyen de transport le plus sûr au monde ».
Le reste de l’esprit va lui répondre « Oui, mais… »

Il paraît que je renvoie l’image d’un homme froid, qui parle peu. Je mangeais avec Gérald et Christian mercredi et j’écoutais attentivement toute la discussion, j’y participais aussi, mais quantitativement, j’ai peu parlé. Promis, je ferai mieux la prochaine fois.
Mais c’est parce que je suis un homme posé, calme, qui ne s’enflamme ou s’emballe jamais, et qui parle peu (à ce moment précis, ceux qui me connaissent très bien doivent avoir très mal aux abdos tellement cette description peut ne pas me correspondre par moments)

Pourtant je me pose des questions, j’ai cette peur un peu absurde, un peu idiote car irrationnelle, de vivre un dernier jour sans le savoir. Ou alors, ma volonté de tout rationaliser, de tout expliquer, de tout contrôler est la vraie idiote de l’équation.

Il paraît que je donne l’image parfois d’un mec prétentieux, ou sûr de lui, qui ne doute jamais, sait parfaitement où il va, toujours, tout le temps. C’est tout moi. (A ce moment précis, mes proches doivent commencer à pleurer de rire sans doute)

Il paraît enfin que je dis rarement ce que je pense, que je n’ai pas beaucoup d’empathie, d’ailleurs, je ne parle que de moi dans ce billet, c’est bien la preuve d’un narcissisme exacerbé, non ?

S’il y a bien une chose que je ne sais pas faire, parce que cela me met mal à l’aise, que je me mets à rougir comme une pivoine et que je m’arrange pour fuir le regard de peur de perdre tous mes moyens, c’est dire à ceux qui me sont proches, ce que je ressens sans avoir la voix qui tremble, sans bredouiller ou d’un seul coup, ne plus avoir aucun problème de sécheresse oculaire. 
A ce moment précis, je vais juste dire à ceux que je considère comme ma famille, du sang ou que j’ai choisie, que je les aime.

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Catalyseur

« Tell me love isn’t true, it’s just something that we do. Tell me everything I’m not, but please don’t tell me to stop » (Tell me, Madonna)

(Dis-moi que l’amour n’est pas réel, que ce n’est qu’une chose que nous faisons. Dis-moi tout ce que je ne suis pas, mais s’il te plaît, ne me dis pas d’arrêter)

Je suis actuellement en train de suivre des cours obligatoires dans le cadre du Master 2. A des années lumières de mon activité de généraliste ou même de mon activité universitaire de généraliste…

Mais c’est obligatoire…

Il y a eu au moins une bonne surprise (enfin, je pense que moi j’ai dû trouver ça intéressant mais ce n’était pas forcément le cas de tout le monde). Un cours dont le titre n’était pas glamour et sexy : « Epistémologie – Histoire des sciences ».

Et nous avons parlé de liberté, de science, de vérité, de déterminisme.

Là, en théorie, j’ai au moins la moitié des lecteurs qui doivent se dire qu’il va leur falloir un peu de café pour faire passer le mal de crâne que je leur inflige. Tenez bon, c’est passionnant, et je vais tâcher d’être clair et concis. Faites-vous un bon café si vous aimez cela et apportez-en moi un s’il vous plaît, et lisez tranquillement la suite.

Un des messages de ce cours était de dire que la science tente de comprendre le fonctionnement de la nature par le biais d’expériences diverses et variées.

Chaque expérience engendre des mesures qui, par définition, déforment la réalité.

Par exemple : le temps. On peut mesurer en différentes unités : heures, minutes, secondes, millisecondes… Mais entre deux unités, entre deux millisecondes, finalement, il y a énormément de choses, mais nous n’avons pas d’appareil de mesure suffisamment puissant pour le mesurer à la perfection.

Donc toute recherche inclut une certaine part de déformation de la réalité. Ce qui rejoint une discussion récente sur Twitter : la médecine évolue, se remet en question, et déclare inutile ce qu’elle considérait comme un dogme auparavant.

On ne soigne plus avec des sangsues tout et n’importe quoi, alors qu’avant c’était la règle.

Tout le danger de la science, de la recherche et à fortiori de la recherche médicale, est de considérer comme vérité incontournable les découvertes.

La base de la recherche est de chercher donc à comprendre le fonctionnement du monde qui nous entoure.

Donc, de chercher à prédire la réaction de ce monde pour pouvoir mieux le contrôler.

Mais si on peut prédire le fonctionnement du monde, ou la réaction des éléments de ce monde, c’est que tout est écrit « d’avance » ?

Si on prend une voiture qui est propulsée à une vitesse connue, si on tient compte de son poids, de la résistance au sol, à l’air et de tous les facteurs influençant, on pourra prédire au centimètre près l’endroit où elle s’arrêtera.

Alors pour les machines, c’est une choses. Mais pour les êtres vivants ?

Les médicaments entraînent des effets sur le corps humain. Prévus. Prédictibles de manière générale.

Nous sommes alors aussi prévisibles que les machines ? Notre avenir complet serait déterminé à l’avance ?

Du coup, chaque acte de notre vie pourrait être prévisible, à partir du moment où tous les facteurs influençant seraient connus ?

Mais où est notre liberté ? Si tout est écrit d’avance, nous ne sommes que des marionnettes qui obéissons à notre code génétique ou tout autre chose qui fait de nous ce que nous sommes ?

Etre libre serait donc le plus gros mensonge existant puisqu’être libre serait uniquement le fait d’ignorer que tout est déterminé, écrit ?

J’ai vraiment besoin d’un café…

« Toi plus moi plus eux plus tous ceux qui le veulent, plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls. Allez, venez et entrez dans la danse, allez, venez et laissez faire l’insouciance » (Toi plus moi, Grégoire)

Jury de thèse, la même semaine. Thèse portant sur le burn out chez les médecins généraliste, ou plus précisément leurs représentations du burn out.

Travail très intéressant et méthodologiquement impeccable. Mon rôle de membre du jury est plus facile quand le travail est bon.

Un des autres membres du jury, Professeur de psychiatrie, a parlé de co-construction.

Pour lui (enfin, pas que lui, bien sûr, c’est une pensée courante) l’être humain est par définition co-construit.

Nous nous enrichissons du contact des autres. Nous devenons un peu plus nous à force d’être avec les autres.

Ce qui explique que les personnes âgées qui voient peu de monde se laissent plus facilement dépérir (le syndrome de glissement si j’utilise le jargon médical). Ce qui explique les études ayant trouvé que pour vivre plus vieux, il vaut mieux avoir un tissu social important, plutôt que de vivre en ermite.

Mais si nous devenons « nous » avec des morceaux qui ne sont pas de nous (ce que nous apportent nos rencontres), restons-nous vraiment nous ?

Si j’ai envie de choisir un nouveau loisir parce que quelqu’un m’en a parlé : j’ai vraiment envie de le faire, ou je n’ai juste aucune espèce d’originalité et suis juste un copieur ?

Si un ami me conseille des morceaux de musique que je ne connais pas mais que je me mets à aimer : je les aime vraiment, ou j’aime ce qu’ils représentent et l’amitié à travers eux ?

Si j’aime une activité à un moment donné, elle participe à ma construction. Mais si je ne la pratique plus, elle m’a construit mais ne me construit plus ? Comme la trilogie de « Retour vers le futur » que j’ai adorée mais ne regarde plus du tout… je ne l’aime plus ?

« Je vis de notes et je vis de lumière, je virevolte à vos cris, vos mains. La vie m’emporte au creux de tous ses mystères, je vois dans vos yeux mes lendemains » (Destin, Céline Dion)

Si je chope celui qui m’a déterminé à aimer le café, à me poser des milliards de questions en permanence, à être un tantinet hyperactif, à ne pas savoir attendre le soir avant de débarrasser la table, à être parfois souvent d’humeur ronchonne, à avoir un humour et des goûts musicaux particuliers… 

Remarquez, je serais encore capable de me co-construire à son contact… (Et vu les goûts musicaux de mes parents, je pense que j’ai trouvé les responsables…)

Ou alors, nos contacts, nos activités, ne sont que des catalyseurs qui nous permettent de nous atteindre et nous connaître nous mêmes ?

Un catalyseur, c’est un élément qui participe à une réaction ou un évènement en accélérant sa réalisation, mais en ressort parfaitement intact.

J’aime l’idée de me dire que ceux que je côtoie sont des catalyseurs qui m’aident à être moi. J’aime l’idée de cette co-construction, couplée à l’idée qu’ils ressortent parfaitement intacts de leur contact avec moi.

Sinon, je vais culpabiliser pour la musique, les questions… et l’amour du café, que je n’ai toujours pas bu…

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Non coupable ?

« Mais t’es pas là, mais t’es où? Mais t’es où? (pas là, pas là pas là…) » (Pas là, Vianney)


J’avais particulièrement apprécié un cours de philosophie en terminale, au sujet du temps. Le temps qui passe. Et le présent.

En substance, le présent n’est qu’une vue de l’esprit mais n’existe pas. Il ne peut être trouvé car sitôt qu’on en parle, à la seconde même où l’on se croit au présent, il s’agit déjà du passé. 

Le présent est là, mais pas là en même temps.


« Y’a tant de vagues, et tant d’idées, qu’on n’arrive plus à décider le faux du vrai. Et qui aimer ou condamner » (Le paradis blanc, Michel Berger)


Au mois d’août, l’activité de consultation était calme. Beaucoup de patients en vacances. L’aventure Europe 1 battait son plein et n’a pas vraiment bouleversé mes consultations au final. J’espère bien y retourner un jour… qui sait…


Quand j’étais à Paris (oui, c’était bien en direct et à Paris, on me le demande régulièrement), je n’étais pas à Wattrelos (jusque là, logique).

C’est marrant cette impression que j’avais de faire une forme d’école buissonnière alors qu’au final, j’étais absent à peine une demi journée, et je concentrais toutes mes consultations et visites sur le reste de la journée.


Depuis, l’activité a repris de plus belle. Une transition un peu brutale dès la première semaine de septembre. Le planning est plein, déborde, on refuse des patients le jour même (et je peste contre ceux qui n’honorent pas leur rendez-vous puisque, justement, j’aurais pu caser des patients qui ne demandaient que cela !)


Mardi midi, sur ma pause déjeuner, je suis allé faire du sport. Rebelote mercredi (avec le pauvre « coach » qui continue à me supporter et accepte de faire du sport avec moi, parce que je tiens toujours bon sur cette bonne résolution de rentrée).

Vendredi midi, j’ai organisé mes visites le matin pour être à 11h30 à l’école de zébrette et manger avec elle.


Mais faire tout ça alors que j’aurais pu ouvrir encore plus créneaux de consultations, ce n’est pas « bien ».

Mais prendre du temps pour soi, pour ses proches, pour se sentir bien justement, ce n’est pas « mal »… si ?


« Quand JE et MOI sont dans un bateau, JE rame et c’est MOI qui tombe à l’eau. Quant au boulot, pendant que JE, l’affreux, n’en fout pas une rame, MOI, besogneux, ne bosse que pour ses impôts.
J’ai deux ego, JE et MOI : Quel duel! Quel duo! Un drôle de jeu entre eux et moi, trente-deux jours par mois, mais s’il n’en reste qu’un, JE sera celui-là.  » (Je et moi, Michel Fugain)


J’avais déjà écrit sur le « trépied » qui me semble être nécessaire pour tenir debout de façon équilibrée.

Les sentiments paradoxaux mêlant épanouissement personnel et culpabilité sont quand même perturbants. 

Cette semaine, j’ai participé à une soirée de formation médicale continue. Ou plus exactement j’y suis intervenu pour faire le point sur les hypercholestérolémies. J’aime beaucoup l’exercice (parler des données de la science alors que je n’ai aucun conflit d’intérêt) même s’il est stressant (bouleverser les idées reçues de certains confrères, mais aussi aller contre ce qu’on nous a appris il y a des années). Mais c’était un soir où je n’étais pas à la maison.

J’étais content d’y participer, j’ai la fibre pédagogique, mais j’ai dû laisser Mme et mes zèbres un soir de plus.

Tout comme il n’existe pas de présent, il n’existerait pas de satisfaction sans son corollaire d’insatisfaction ?

« Relax, take it easy for there is nothing that we can do. Relax, take it easy. Blame it on me or blame it on you » (Relax, take it easy, Mika)

(Relax, détends-toi, il n’y a rien que nous puissions faire. Relax, détends-toi. C’est de ma faute, c’est de ta faute)

Prendre le temps de regarder un DVD. « This is it » de Michaël Jackson… 

Avoir des frissons et la chair de poule aux premières notes de chaque morceau… 

Se dire que ça doit être vachement sympa à faire le moonwalk et qu’il faudra que j’essaye… 

Envoyer des tweets, des SMS…

Zoner, parce que le week-end c’est un peu fait pour ça aussi

Sans culpabiliser, ou si peu, de laisser pas mal de travail de côté.
Carpe diem. Profiter du temps présent. Du futur. Plus que parfait.

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C’est combien ?

« Combien de temps, combien de temps, si l’on restait face à face sans un mot sans une fille qui efface ? » (Combien de temps, Stefan Eicher)

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui faisait une amitié ?
La durée de l’amitié ?
Mais comme l’œuf et la poule, comment sait-on au début de cette amitié qu’elle va durer ? Comment peut-on être sûr de miser sur le bon cheval ?
Il y a un mode d’emploi secret qu’il faudrait connaître ?
Parce que, de mon côté, j’ai des amis que je connais depuis des décennies. J’ai encore passé la soirée avec deux d’entre eux et ai toujours pris autant de plaisir à partager un moment de rires et de discussions. 
Donc il n’est pas possible de devenir ami avec quelqu’un de « nouveau » parce que, par définition, on ne le connaît que depuis trop peu de temps ?
Nous en discutions Mme Calaf’ et moi récemment. Sur ce point nous sommes assez différents elle et moi. Nous discutons souvent. Sans doute parce que nous avons été amis plus de quatre ans avant d’être ensemble (oui je sais, je suis du genre rapide et pas timide du tout…)
J’avoue être dans le « feeling » : je jauge les gens au départ (ce qui me vaut l’étiquette d’un gars pas forcément très causant à la première rencontre) je me fais une idée, une première impression. J’ai la chance de me tromper assez peu. Je peux donc devenir ami avec des (presque) parfaits inconnus, à condition que mon « alarme bidale » comme dirait @Jaddo ne se mette pas à sonner l’alerte.  
Mme Calaf’ fonctionne différemment : elle est ouverte aux autres, se fait facilement de nouvelles connaissances, mais il faudra gagner des galons pour devenir ami durable. 
Au final, nous avons tous deux des amis. Mais un ami c’est quoi ?
« Si vous me demandez mon nom, faites gaffe à la suite des choses, je vais m’offrir au grand complet et sûrement pas à petites doses » (Mon nom, Lynda Lemay)
Bon. C’est un de mes (très) gros défauts. Je suis un passionné. Je m’enflamme vite. Sans doute trop. Cela a pu me jouer et me jouera sans doute encore des tours. 
Après ce moment où j’ai jaugé et que l’alarme n’a pas retenti, j’accorde mon amitié sans restriction. 
Sans restriction… Et même un peu collant finalement… J’envoie des messages, des SMS, des tweets, des mails, pour parler de tout, de rien, pour prendre des nouvelles ou finalement pour parler d’une chose que j’ai faite et qui me plait. 
Mais attention, je suis du genre à protéger mes amis. Les ennemis de mes amis sont mes ennemis…
« It’s not what I didn’t feel, it’s what I didn’t show » (Misery, Maroon 5)
Cela ne m’empêche pas de rester un homme secret et qui se livre finalement assez peu en termes de sentiments.
Le masque de façade en protection. Mais mes amis me connaissent. Ils imaginent ce qui se cache derrière le masque. 
Mes « vrais amis » j’ai eu envie d’écrire. Mais donc cela voudrait dire qu’il en existe de faux ?
Les amis sont justement ceux qui peuvent vous accepter tels que vous êtes à mon avis. 
Genre quand vous êtes râleur, bougon, parfois cinglant, ironique ou peu bavard (ouais, je vends du rêve là, non ?). 
Donc ceux qui restent après de nombreuses années sont ceux qui ont eu assez de courage ?
Mais le courage ils l’avaient dès le départ du coup ?
Alors un ami c’est celui qui nous connaît dès le début, tel que nous sommes, qui nous accepte tel quel et aura le courage de nous supporter ?
Et bien dites-moi… Ça réduit le champs des possibles !
Mais des amitiés naissent aussi de manière inattendue… Le hasard qui fait bien les choses ?
Comment le hasard pourrait être suffisamment malin pour rassembler tous les ingrédients qui feront une vraie amitié au sein de nombreuses personnes qui de surcroît se retrouveraient à croiser notre chemin ? (Je sais c’est une vision nombrilisme et égocentrique de la vie mais il est près d’une heure et demie du matin à l’heure où j’écris ce billet, on va mettre ça sur le compte de la fatigue). 
« Tu es de ma famille, de mon ordre et Delon rang, celle que j’ai choisie, celle que je ressens dans cette armée de simples gens » (Famille, Jean-Jacques Goldman)
Oui parce que les amis, pour le coup on les choisit. Personne ne nous les impose. On peut nous imposer des connaissances mais pas des amis. 
Mais on choisit comment ?
Parce que certains sont devenus amis après de longues discussions. 
Mais d’autres après des discussions de 140 caractères. Pourtant ce sont aussi de vrais amis, avec qui je partage et partagerai encore beaucoup. Ils sont amis parce que j’ai décidé de les suivre ? Parce que nous parlons depuis longtemps ? Ou parce que nous avons des visions de la vie similaires ?
Alors que penser de ceux qui sont aussi des amis, alors que nous échangeons depuis peu de temps…
Par exemple, je me suis récemment inscrit à une salle de sport. Mes « vieux » amis vont sans doute éclater de rire rien qu’en lisant cela et en m’imaginant soulever de la fonte sur des appareils de musculation. Pourtant j’y vais. Et j’ai envie de continuer. (Non cette partie du billet de blog n’est pas influencée par l’heure tardive). 
Malgré une première séance où j’étais tel une poule devant un crayon : « qu’est-ce que c’est que toutes ces machines… Et ça marche comment ces machins là ?? », j’ai continué. 
J’ai continué aussi parce qu’un homme a dû avoir pitié de moi lors de cette première séance et est venu me voir en m’expliquant comment tout utiliser et surtout quoi faire pendant une séance. 
Une séance d’une heure pour jauger quelqu’un c’est court. Puis j’ai pas eu le loisir de montrer mon sale caractère en un temps aussi court (j’étais trop occupé à évacuer grosso modo 3 litres de transpiration…). 
Depuis, lui et moi avons discuté un peu. Je l’ai recroisé à d’autres séances. Il m’a montré d’autres appareils. On a sympathisé. À la maison je parle de lui en l’appelant « le coach ». 
Mon alarme ne s’est pas déclenchée. Je le considère comme un ami alors qu’on se connaît depuis quelques semaines à peine. Puis en plus, il a l’air de supporter toutes mes questions, même les plus bêtes (faut dire qu’en matière de sport, un de mes associés pourra témoigner que je ne connais pas grand chose…)
Nous sommes amis, même si les lendemains de séances, j’aurais tendance à le maudire au moins autant que mes courbatures. 
Bon… Mais alors, l’amitié c’est quoi ?? La durée ? La qualité des échanges ? Le partage ?
Et si c’était s’ouvrir aux autres, accepter les échanges avec une notion de respect et de confiance réciproques aussi. Ou encore arrêter de se poser des questions et vivre chaque jour comme une forme de cadeau, quitte à regarder en arrière quelques semaines ou quelques décennies plus tard en se disant que rien n’a changé dans cette amitié.
De toute manière, il paraît qu' »aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » (Le Cid, Corneille)
PS : hey les amis, ne cherchez pas, ce n’est pas Corneille (le chanteur le chanteur de « Parce qu’on vient de loin ») que j’ai cité en dernier. 

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Venez comme vous êtes

‘Mens Moi. Raconte moi n’importe quoi, ce qui est vrai, ce qui ne l’est pas » (Mens-moi, Axel Bauer)

« Tout le monde ment, je devrais le savoir pourtant, j’ai vu toutes les saisons de Dr House » me disait il y a peu un patient. Il a raison.

Comme cette patiente qui est un jour venue me voir parce qu’elle était enceinte et ne savait si elle souhaitait poursuivre sa grossesse. 

« – Mon conjoint m’a dit qu’il me soutiendrait, peu importe mon choix

– Et quel est votre choix ?

– Je ne sais pas. Au fond de moi, je sais qu’il dit cela parce qu’il m’aime, mais je crois qu’il ne me dit pas ce qu’il pense vraiment »

Comme cet autre patient, que je connaissais bien, qui m’a dit un jour en venant en consultation avec son épouse :

« – Docteur, vous pourrez me represcrire les comprimés pour mes hémorroïdes ? »

Devant mon air étonné (pour les non médecins, ce genre de médicament n’existe pas… enfin il y a bien les veinotoniques, mais de toutes façons, comme ils ne marchent pas, autant dire qu’il n’y a pas de médicaments pour cela), il ajoute « Mais si docteur, vous savez, ceux que vous m’avez prescrit la dernière fois, quand j’étais venu en consultation seul »

Il me parlait donc du sildénafil… que les non médecins connaîtront sous le nom de VIAGRA…

J’ai donc compris qu’il ne voulait pas que sa femme soit au courant. J’ai donc moi-même menti en faisant mine de me souvenir du médicament en question et en le lui prescrivant.

Comme cette patiente qui un jour m’a dit :

« -Docteur, je ne vais pas bien. Je le sais. Je sens que mon cancer progresse vite. Mais s’il vous plaît, ne le dites pas à mon mari. J’arrive encore à le lui cacher. Mais vous le connaissez, il s’inquiète vite »

Comme ce jeune patient qui m’a dit un jour :

« -Docteur, j’ai eu une soirée arrosée… j’ai un peu perdu les pédales et j’ai couché avec une fille qui n’est pas ma femme. Je ne la connais pas. Je n’ai pas mis de préservatif. Comment puis-je faire pour protéger ma femme en mettant des préservatifs le temps que je sois sûr de n’avoir attrapé aucune maladie ? »

« Soigner les détails, gagner des batailles… J’peux garder mes secrets pour moi et sourire à la caméra » (Sur le fil, Jenifer)

Il y a énormément de choses qui se passent dans un cabinet médical.

Des joies, des rires, des pleurs, souvent, des inquiétudes, des soulagements, des deuils…

J’avais déjà parlé ici de cette compétence d’éponge du médecin généraliste (une compétence qui manque dans la fameuse Marguerite des compétences utilisée pour enseigner la MG… vous en dites quoi les MG ? On la rajoute ?).

Il y a aussi beaucoup de choses qui nous bousculent aussi.

Comme ce patient qui est venu me demander si je le trouvais plus détendu que lors de la dernière consultation. Quand je lui ai répondu que oui, il m’a expliqué qu’il avait maintenant une maîtresse, que sa femme était au courant parce que c’était même elle qui le lui avait conseillé.

Aux antipodes de l’éducation judéo-chrétienne du bien et du mal, de la monogamie… Et pourtant, à bien y réfléchir, je ne l’ai jamais vu aussi détendu, aussi serein… même sa tension artérielle était bonne alors que c’est d’habitude une catastrophe.

Comme aussi cet autre patiente, qui après avoir attendu désespérément une grossesse, se retrouve enceinte à plus de 45 ans, et envisage une interruption de grossesse, parce que son monde, celui auquel elle s’était résigné risquerait de s’effondrer et que cette seule idée est plus traumatisante que tout le reste.

Comme ce patient qui m’avoue son homosexualité, qu’elle a été à l’origine de conflits familiaux, qu’il a été mis à la porte de chez lui. Il m’en parle en baissant les yeux, en ajoutant qu’il comprendrait que je ne puisse plus être son médecin puisqu’il vient me voir depuis des années et qu’il ne m’en avait jamais parlé auparavant.

« C’est pas marqué dans les livres, que le plus important à vivre, c’est de vivre au jour le jour » (Lucie, Pascal Obispo)

S’il y a un endroit où vous pouvez être vous, s’il y a un endroit où vous devez être vous, ce devrait être chez votre médecin.

Il peut vous comprendre, il veut vous connaître pour pouvoir vous apporter les soins les plus appropriés à votre cas.

Si vous avez l’impression qu’il ne vous comprend pas, envisagez de changer de médecin.

Mais n’ayez pas peur de lui dire la vérité : si vous êtes seul avec lui dans son cabinet, il est tenu au secret médical et n’aura pas le droit de révéler votre état de santé ou les choses que vous lui auriez confiées en consultation. Même à votre mère, votre père, votre mari, votre femme, vos enfants ou qui que ce soit d’autre, sauf si c’est vous qui le lui demandez.
Soyez vous-mêmes. Que vous soyez grands, petits, gros, maigres, gentils, méchants, hétérosexuels, homosexuels, bisexuels, couche tard, lève tôt, patient, irascible, noir, blanc, jaune, beau, moche… venez tels que vous êtes.

C’est le meilleur moyen d’être le mieux soigné.


Si vous avez l’impression d’être jugé(e) par votre médecin, n’hésitez pas à le lui dire. Il peut vous conseiller si vous le souhaitez, mais il se doit de rester neutre.
Et quand vous verrez votre médecin, dites-vous qu’il n’est qu’un humain comme les autres après tout. Tout ce que vous vivez, toutes vos craintes, il risque de les vivre un jour ou l’autre dans sa vie. Et j’espère qu’il aura, de son côté aussi, la possibilité de venir comme il est chez un de ses confrères, le jour où il en aura besoin.

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Yin Yang

« We grow, we grow, but never do we change. We mold, we fold, we always rearrange a dream when it is not a success » (All the luck in the world, Never)

(Nous grandissons, nous grandissons, mais nous ne changeons jamais. Nous le modelons, nous le plions, nous réarrangeons toujours un rêve quand ce n’est pas un succès)


J’avais écrit ici qu’il me semblait qu’au fond de nous demeurait toujours une bonne part de l’enfant que nous étions.

L’enfant souriant et jovial que j’étais (enfin je pense, mais mes parents pourront confirmer) a fait de moi l’adulte optimiste que je suis devenu.

Il me semble plus facile dans la vie d’avoir la vision du verre a moitié plein que du verre à moitié vide. C’est une philosophie qui m’accompagne et je sais qu’on me le fait souvent remarquer (sur Twitter notamment).

Mais… de temps en temps je réfléchis (oui, cela m’arrive de temps en temps), et au gré de discussions, je me pose des questions sur cet optimisme.

Une discussion par exemple avec Mme Calaf’ sur les années écoulées, celles que nous envisageons à l’avenir… sur le fait de se sentir bien, serein… limite en décalage parfois avec ce que peuvent vivre d’autres autour de nous. La sensation d’une ordinaire anormalité dont je parlais ici.

Egoïstement, je passe un très bon été. J’ai réussi à décrocher un peu des préoccupations du travail le temps des vacances, je fais un métier qui me plaît, je vis une expérience radiophonique que je n’oublierai jamais (Merci Thomas, Gérald et Guillaume), j’ai une famille que j’aime, un foyer paisible (vraie petite bulle grâce à Mme et aux zèbres), des amis, des amis très proches, des amis depuis des décennies, des amis depuis peu…


« I’m free but I’m focused. I’m green but I’m wise. I’m hard but I’m friendly baby. I’m sad but I’m laughing. I’m brave but I’m chickenshit. I’m sick but I’m pretty baby. And what it all boils down to is that no one’s really got it figured out just yet ’cause I’ve got one hand in my pocket, and the other one is playing the piano » (Hand in my pocket, Alanis Morissette)

(Je suis libre mais concentré. Je suis jeune mais sage. Je suis dur mais amical. Je suis triste mais je ris. Je suis courageux mais une poule mouillée. Je suis malade mais je suis beau. C’est juste que personne ne s’en est encore rendu compte, parce que j’ai une main dans la poche et l’autre qui joue du piano)

Faut-il s’attendre à un retour de bâton ?

Je veux dire, quand on est heureux, dans une phase « PLUS » est-ce qu’on doit forcément s’attendre à une phase « MOINS » ?

Le bonheur, ça se paye à crédit ?

Parce que là, vraiment, cet été, je me sens effectivement serein, en plein phase « plus » … mais si je dois m’attendre à une phase « moins » du même acabit, j’aimerais mieux m’y préparer.

J’en discutais avec un ami hier, il me disait « Un des secrets du bonheur est de savoir en profiter, se laisser aller… ».

Je sais qu’il a raison. C’est le Carpe Diem qui devrait nous guider toutes et tous.


« Pour que j’aime être sain, vaincre la maladie. Qu’on me donne la nuit pour que j’aime le jour. Qu’on me donne le jour pour que j’aime la nuit, pour que j’aime aujourd’hui oublier les toujours » (L’envie, Johnny Hallyday)


Parfois, je discute avec Mme Calaf’ (non, en vrai, on parle souvent et beaucoup, mais parfois je parle de ce sujet précis) de nos zèbres.

Je les vois heureux. Souriants. Ils me font rire. Ils ont ce grain de folie qu’ils garderont longtemps j’espère.

Seront-ils aussi heureux étant adultes ou vivront-ils dans une nostalgie de leur enfance qui risquerait de leur amener de la tristesse ?

Faudrait-il qu’ils soient moins heureux pour pouvoir apprécier le bonheur ensuite ?



Sommes-nous obligés de vivre les contraires pour les apprécier ?


Et si le bonheur se cultivait.

« Le bonheur si je veux » comme disait le slogan.

Ou « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé » comme disait Voltaire, phrase que nous avons placardé sur un mur de notre maison.



« Je peux faire croire que j’aime tout le monde (Pendant que mes cheveux poussent) Ou je peux juste me taire et vraiment essayer (Laisser mes cheveux de côté). Si j’ai tout ce qu’il faut, tout ce que j’aime, rien ne manque (Pendant que mes cheveux poussent), qu’est-ce que j’emporterai de l’autre côté ? (Ma maison, ma voiture, mes cheveux, oubliés). Le choix, on a toujours le choix, mais le temps passe, qu’est ce qui se passe ? Le choix, on a toujours le choix, mais le temps ne revient jamais » (Pendant que mes cheveux poussent, Garou)


Et si le bonheur c’était de ne pas se poser toutes ces questions ?

Mais alors, comme je m’en pose des milliers, je ne suis pas heureux ?

Ouf ! Me voilà donc rassuré. Je suis heureux et pas heureux. En même temps. Tout est en équilibre. Yin Yang.

Allez, je vous laisse. Et puis je vous embrasse toutes et tous. Oui quand je suis heureux, je distribue les bisous.

Tiens, c’est normal ce côté Bisounours ? Faut que je fasse le gros dur pour compenser ?… Ca tombe bien, je viens de m’inscrire à une salle de sport. Parce que là, j’ai plutôt le corps d’un bisounours, je vais être moins crédible…

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Destin ou Hasard ?

« Destinée, on était tous les deux destinés à voir nos chemins se rencontrer » (Destinée, Guy Marchand)


Alors, plantons le décor immédiatement… quand en général j’ai en tête un billet dont le sujet m’a fait réfléchir beaucoup et qui est sérieux, je ne peux pas m’empêcher de commencer par une chanson ultra kitsch.
Vous êtes prévenus…


J’ai écrit récemment un billet sur l’effet papillon, pour relater toutes ces petites choses que l’on fait ou que l’on ne fait pas, et qui ont de grandes conséquences ultérieurement sur notre vie. J’y ai relaté quelques exemples de mon quotidien, il y en a encore d’autre, plus récents, ou plus anciens, mais qui changent ou changeront profondément ma vie.
Mais… qui est à l’origine de ces décisions et de ces choix ?
Il y a quelqu’un d’ailleurs, responsable de cela ?
Plusieurs mois auparavant, je discutais avec un patient musulman. Il me disait que nos religions étaient proches, moi qui suis catholique (non pratiquant).
L’une des différences les plus importantes qu’il voyait résidait en un mot : mektoub.


Il traduisait cela comme la destinée. Ce qui est écrit, l’est par Dieu et personne ne pourra le changer.
J’ai été séduit par cette idée. Cette notion de destinée, qui peut expliquer pourquoi notre vie prend des chemins parfois particuliers. Il y a une raison à tout. C’est écrit.

Ok.

Mais pourquoi ? J’avoue être assez finaliste dans ma vie de tous les jours et aime comprendre le sens (la finalité) des événements : Pourquoi, mais surtout POUR quoi ils surviennent.
Ce mektoub séduisant ne me convient malheureusement pas complètement.


« This is a place where I don’t feel alone, this is a place where I feel at home. And I built a home for you, for me. Until it disappeared from me, from you. And now, it’s time to leave and turn to dust » (To build a home, The Cinematic Orchestra)
(C’est un endroit où je ne me sens pas seul, un endroit où je me sens chez moi. Et j’ai construit une maison pour toi, pour moi. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse de moi, de toi. Et maintenant, c’est l’heure de partir et de redevenir poussière)


Cet endroit, c’est notre vie.
Je ne peux me résoudre à imaginer un Dieu, quel qu’il soit, même si vous ne l’appelez pas Dieu mais Destinée ou autre chose pour les athées…
Je ne peux pas, je ne veux pas croire que tout soit écrit à l’avance.
Parce que sinon, qui aurait bien voulu écrire les meurtres, les sévices à enfants, la haine, la destruction ?


La conception du Dieu auquel je crois est contraire à cela.


Et si, ce Dieu, nous avait fait le plus beau des cadeaux, comme celui que des parents font à leurs enfants en les laissant vivre par eux-mêmes : la liberté.
La liberté de choisir, d’agir, de vouloir, de refuser.
Rien d’écrit à l’avance, juste la page blanche à remplir. Ou pas. Selon nos envies.


Oui mais bon, là, je viens de dire l’inverse de ce que j’ai écrit dans l’un de mes tous premiers billets… Il n’y aurait pas de « bonne étoile » qui guiderait nos choix ?


« And that is just the way that we remain. Ah that will be the way that we remain » (From Afar, Vance Joy)
(Et c’est uniquement de cette façon que nous restons. C’est de cette façon que nous resterons)


Et si la vie n’était qu’un gigantesque hasard ? Bon ou mauvais. Un coup de chance. Ou de poker.
On fait nos choix en étant parfois influencés, consciemment ou non.
Nos amitiés, nos amours, notre vie professionnelle, nous choisissons tout. Un petit soupçon de destinée de ci, de là, sous forme d’un hasard heureux ou malheureux.
La seule chose vraiment écrite, irrémédiablement même si on n’en connaît pas la date, étant qu’un jour, nous ne ferons plus partie de ce monde. Pour le laisser à d’autres. Et au hasard.

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Qu’elle soit elle

« Qu’elle aime aussi ses inquiétudes, c’est une qualité que j’ai. Sans fausse modestie aucune, une que je voudrais qu’elle ait » (Qu’elle soit elle, Jean-Jacques Goldman)

Les vacances. Le soleil. Le repos. 
C’est aussi le moment de faire un arrêt sur images. De voir les zèbres en continu et les regarder grandir sereinement. 
C’est aussi le moment, pour moi, de me rendre compte que, comme le dit mon expression préférée, les chiens ne font pas des chats…
Mes grands zèbres me rappellent des bribes de l’adolescent que j’étais. Je me retrouve dans certains aspects de leur personnalité ou de leur caractère. Dans la complicité entre nous aussi. Je retrouve aussi (beaucoup) du caractère de Mme Calaf’ , des aspects de personnalité que j’ai aimé et aime chez elle. Comme si je pouvais déjà voir poindre l’adulte qui sommeille en eux et arrivera, j’en ai peur, beaucoup trop vite à mon goût. 
J’imagine que mes parents ont dû vivre des moments similaires. 
La dernière zébrette ne tient pas en place. Elle a besoin d’avoir l’esprit occupé. Comme je le dis à Mme Calaf’ , elle a besoin d’être nourrie en permanence. Pas d’alimentation physique (quoique je pense qu’elle aimerait beaucoup avoir des bonbons à disposition en continu) mais de nourriture intellectuelle. 
Besoin de comprendre les choses. Besoin de savoir comment cela fonctionne. 
Besoin aussi d’avoir raison. Pas méchamment. Juste pour ne pas avoir tort, pour ne pas s’être trompée. Être infaillible pour ne pas décevoir. Avoir raison pour qu’on soit fier d’elle. 
« On voudrait bien qu’ils soient à notre image. On voudrait bien qu’ils soient un autre soi » (Qu’elle soit elle, Jean-Jacques Goldman)
Je me vois enfant. Elle est moi. 
Non elle est elle, mais nous avons un caractère tellement semblable. 
C’est une hyperactive en puissance. 
Elle a oublié d’être bête, mais se met une pression terrible. Elle veut bien faire. L’erreur ne fait pas partie de ses objectifs, encore moins de ses tolérances. 
J’ai un peu peur de trop bien connaître ce qui l’attend. 
Les doutes, les incertitudes, la pression, l’angoisse de performance..
J’aurais envie qu’elle apprenne à se détendre et ne pas avoir envie de vieillir trop vite. Qu’elle ne se dise pas qu’être adulte ça doit vraiment être génial alors qu’elle n’a que 7 ans. 
J’aurais envie de lui éviter cela, comme j’aurais envie que mes trois zèbres soient toujours heureux et en bonne santé. 
Mais quand on a la chance de pouvoir donner la vie, c’est pour laisser la chance à celui qui l’obtient de vivre la sienne. 
Alors, je vais juste tenter de la canaliser. De lui transmettre mon optimisme, comme Mme et moi l’avons transmis aux deux grands. 
« Que ça continue même après la page, mais qu’elle soit elle, et le mieux qu’elle pourra » (Qu’elle soit elle, Jean-Jacques Goldman)
Ma petite rêveuse. 
Mes trois zèbres. 
Les vacances en famille. 
Je vous aime. 

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L’effet papillon – Episode 2

Cher lecteur, avant même de commencer ce billet (que j’ouvre traditionnellement pas une citation de chanson), je préfère te mettre en garde :

Si tu n’aimes pas l’optimisme acharné avec une pointe de bisounourserie, ne perd pas ton temps à lire la suite.

Dans le cas contraire…

(Es-tu prêt à faire le grand saut ? Prépare-toi, ne regarde pas en arrière. Oui, je suis prêt à faire le grand saut, prends juste ma main. Prépare-toi… tu es prêt ?)

Ne pas regarder en arrière, c’est difficile. Surtout pour prendre un peu de recul sur sa propre trajectoire. Parce que des « grands sauts » on en fait régulièrement, même sans s’en rendre compte.

J’avais déjà commencé un peu lors de « l’épisode 1 » de l’effet papillon. C’était en 2012.

Nous sommes en 2015, et l’effet papillon s’est poursuivi.

Flashback.

(Parce que l’amitié que vous m’avez donnée m’a appris à être courageux, peu importe où je vais, je ne trouverai pas de meilleur récompense)

J’avais arrêté mon billet à l’aube de l’opération #PrivésDeDéserts. Pardon pour ce côté nombriliste, mais je vais expliquer l’effet papillon qui est intervenu dans ma petite existence, et je me garderai de parler de politique ici.

Etant l’un des « non-anonymes » parmi les 24 blogueurs, j’ai accepté avec plaisir de répondre aux sollicitations d’interviews visuelles.

Un mardi matin (l’empereur, sa femme et le petit prince…) au beau milieu de mes visites à domicile, je reçois un coup de téléphone de ma secrétaire.

« Bonjour Docteur. J’ai eu un coup de téléphone de Benoît Thévenet qui dit être du Magazine de la Santé de France 5. Il voulait votre numéro de portable. J’ai refusé de le lui donner. Alors il a demandé que vous le rappeliez au 06…. »

Oui, j’ai la chance d’avoir deux secrétaires qui appliquent à la règle les consignes : on ne donne pas le numéro de portable aux non médecins. Bon, ok, j’aurais dû écrire une liste d’exceptions avec le nom de Benoît Thévenet dedans. En même temps, je ne m’attendais pas à son appel.

Je me suis garé dans une rue de Tourcoing (oui, parce que mon esprit a la fâcheuse tendance à mémoriser des détails vachement importants…) et je l’ai rappelé.

Il voulait savoir s’il était possible que j’intervienne dans l’édition du jour du Magazine. Etant en banlieue lilloise, cela faisait un peu juste pour venir en plateau, et nous avons convenu de réaliser une interview par webcam.

J’ai donc fini mes visites, je suis rentré chez moi et j’ai répondu présent à cette interview depuis… ma cuisine (oui, ça ne se voyait pas sur la vidéo, mais c’était la pièce la plus éclairée et neutre qui captait mieux le wifi…)

Quelques mois plus tard, il prépare avec son équipe un documentaire d’Enquête de santé sur la médecine générale et me demande si j’accepte de répondre à quelques questions de Claire Feinstein.

J’accepte avec plaisir, et je profite d’une réunion ministérielle à Paris pour faire un crochet par leurs studios.

L’interview se passe bien (même si je suis un peu stressé et que j’ai un peu chaud) et le documentaire qui en résulte était vraiment bien construit (je vous vois venir : non, ce n’est pas parce que j’y parle deux minutes…)

Quelques jours plus tard, nous sommes au mois de juin, nouvel appel pour me proposer de participer à l’enregistrement d’un numéro du Magazine de la Santé des vacances. Enregistrement en juillet. J’accepte avec grand plaisir. L’idée de faire une émission de télé, je trouve ça génial (et mes enfants sont persuadés que du coup je participerai à Fort Boyard).

L’enregistrement a lieu en juillet, avant de le débuter, Benoît me dit en clin d’oeil « Je suis désolé je ne peux rien faire pour Fort Boyard ».

Sur le plateau, je fais la connaissance d’une chroniqueuse, et d’un médecin urgentiste.

Pendant l’enregistrement qui se passe « dans les conditions du direct », un reportage passe le message que dans une trousse de vacances, c’est bien d’avoir de l’ibuprofène en cas de fièvre. 

« Non, non, tout mais pas ça, tais-toi, tais-toi donc, ne raconte pas ça ! » (Tout mais pas ça, L’Affaire Louis Trio)

Je croise le regard de l’autre médecin et d’un coup d’oeil je vois que nous sommes d’accord : PAS D’ANTI INFLAMMATOIRE en cas de fièvre sans avis médical.

Benoît nous fait donc intervenir à la fin du reportage. 

Il a l’air bien sympa ce médecin qui a un nom de famille aussi compliqué que le mien visiblement.

L’enregistrement se termine. Petit selfie pour l’occasion avec mes collègues d’une émission.

Je remercie Benoît, et l’autre médecin. Un certain Gérald Kierzek. C’est sympa de discuter avec un urgentiste qui dit que nos métiers sont vraiment complémentaires.

Le soir même, j’envoie un tweet de remerciement de m’avoir fait vivre cette expérience.

Et nous avons continué à échanger, partager nos visions, au point d’imaginer des projets de travail en commun qui prendront forme un jour prochain, j’espère.

(La popularité, je connais : ce n’est pas qui tu es ni la classe de ta voiture. Tu ne seras jamais personne d’autre que celui que tu étais. La popularité, je connais, et tout ce que tu dois faire, c’est être en accord avec toi-même. C’est tout ce que tu as besoin de savoir).




J’écoute Europe 1 depuis des années. J’étais gamin quand, sur la route des vacances, nous écoutions déjà Europe 1 sur les grandes ondes (celles qui faisait qu’on ne captait pas bien quand on passait sous un pont… et ouais… je suis si vieux que ça pour avoir connu les Grandes Ondes avant la FM !)

En grandissant, j’ai continué à écouter. A me réveiller avec cette radio.

J’écoute aussi sur le trajet entre deux visites, le matin ou l’après-midi, ou sur le trajet qui me mène à l’Université où je travaille également.



J’ai pris plaisir à y entendre Gérald chez Jean-Marc Morandini dans « Le Grand Direct de la Santé » parce que je trouvais que la vulgarisation médicale était bien faite et claire.

Il me semble important de faire passer des messages médicaux au grand public, sans utiliser des termes compliqués qui nous donnent l’air vachement intelligents, mais laissent les non-médecins sur le côté, alors qu’ils ont le droit de comprendre les notions médicales.



J’avoue aussi qu’il m’arrive pendant les émissions d’envoyer un SMS à Gérald pour commenter les chroniques. Je me suis toujours demandé d’ailleurs si les portables ne gênaient pas trop la prise de son.

Et un jour, il m’appelle en me demandant si j’accepte qu’il donne mes coordonnées à Europe 1 pour tourner un pilote en vue de peut-être devenir chroniqueur.

Heureusement qu’il n’a pas demandé à ma secrétaire, elle aurait refusé de donner mon portable, n’ayant pas mis Europe 1 sur la liste des exceptions.

Vous imaginez bien que j’ai accepté, tout en restant très flegmatique quand j’ai reçu l’appel de Guillaume Garnier (même si bon… bref… je vais passer le détail de ce que je faisais quand j’ai reçu l’appel)… J’étais comme un gamin qu’on lâche dans un magasin de bonbons une fois raccroché.

J’allais enregistrer un pilote à Europe 1 ! Moi !

Parce que, de la famille Calaf’, celui qui a toujours été branché radio, et réussira à y entrer un jour j’en suis sûr, c’est mon frangin.

Je suis allé faire le pilote. Nous étions plusieurs à tenter pour plusieurs postes disponibles. J’y ai même croisé un Twittos pas vu depuis un moment, et que j’étais content de revoir.

L’animateur était Thomas Joubert. Celui qui sera aux commandes de l’émission tout l’été. Il nous a mis complètement à l’aise et c’était une expérience très sympathique. (S’il lit ces lignes, j’espère qu’il appréciera les références musicales très « Top50 »)

Oui, petite mise au point, parce que je vois venir certains d’entre vous.

Je parle d’Europe 1 en en faisant l’éloge.

Et je commence ma première chronique demain, lundi, à 11h.

Donc… ai-je un conflit d’intérêt ?

Alors, le plus naïvement du monde, je vais devoir vous avouer que je vais demain sans même savoir si je serai ou même combien je serai payé pour ce « job d’été ».

Si je dis du bien de cette radio, c’est que je l’écoute réellement, avec plaisir.

Cela me rend encore plus heureux d’en faire partie, du coup.

Alors, bien sûr, je sais que je dois m’attendre à pas mal de remarques, de tweets ou autres, sur le contenu de mes chroniques, sur le fait que « Tu es généraliste et tu viens parler de … (mettez ici tout sujet qui peut sembler « anodin ») au lieu de parler qu’en médecine générale nous faisons aussi (mettez ici tout sujet qui peut sembler être de la médecine noble)« 

Je le sais. C’est inévitable.

Mais l’effet papillon de cette première chronique demain… ce sera quoi ?

Un job d’été sans lendemain ? Un participation récurrente au-delà de l’été ? Fort-Boyard ? (Pour faire plaisir à mes zèbres s’ils me lisent)

Je n’en sais rien. Et à vrai dire… je ne me pose même pas la question. Je vais prendre plaisir à aller à Europe 1 pendant l’été. Je vais essayer de faire mon travail le mieux possible.

J’ai l’immense chance d’être soutenu par ma femme (qui ne se fatigue pas encore trop de mon hyperactivité…)

Et quoi qu’il arrive, j’aurai déjà tellement de choses à raconter aux zèbres de mes zèbres !

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Ô temps ! Suspends ton vol…


« Une rose pour la vie, une rouge pour l’amour, une noire pour la nuit et une bleue pour le jour. Une jaune pour être speed, une mauve pour être cool, orange pour le rire et marron pour les moules. Une blanche pour être bien, une verte pour la route et Jeanine Jeanine Jeanine pour éviter le pire » (Jeanine médicament blues, Jean-Jacques Goldman)

« Vous n’avez pas des vitamines pour donner un coup de fouet ? »

« Vous pouvez me donner quelque chose pour ouvrir l’appétit ? »

« Je ne dors que 5h par nuit. Comme je me couche à 21h, je suis debout à 2h du matin. C’est long. Donnez-moi quelque chose »

Combien de fois entend-on ces questions ?

Il existerait donc des médicaments miracles que nous, médecins, refuserions de prescrire de façon habituelle, et que nous ne réserverions que pour les patients qui nous supplient ?

Un peu comme une baguette magique que l’on pourrait dégainer, un lapin à sortir du chapeau, genre « Ta-dam ! Surprise ! Allez, rien que pour vous, voici le médicament miracle ! », alors qu’il m’arrive souvent, face à des patients âgés, de me sentir impuissant : j’aimerais pouvoir leur venir en aide, soulager leurs douleurs, mais ils ont déjà tous les traitements possibles et imaginables. 

Certains vendeurs peu scrupuleux ont flairé le filon et ont investi les journaux spécialisés « lecteurs d’âge mûr » à grands coups de publicité vantant les mérites des poudres de perlimpinpin à base de cartilage de requin (parce que le requin, il n’a pas mal aux articulations alors c’est bon mangez-en) ou de je ne sais quel extrait de plante qui porte un nom compliqué (parce que ce que vous ressentez c’est compliqué à décrire aussi, il faut au moins une plante compliquée pour en venir à bout). 

Placer encore le médicament au centre de tout. Tout le temps. 

Attention : je ne suis absolument pas un anti-médicament ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. 

Je dis juste qu’il n’y a pas de médicament à donner pour ce qui n’est pas une maladie : le vieillissement. Donner des médicaments pour soulager les symptômes oui, mais l’arsenal thérapeutique vraiment efficace est limité. 



« Time keeps running away, no matter what’s left behind, it keeps on moving. Tomorrow is not in today and all of your yesterdays are only a matter of time » (Time, Anastacia)

(Le temps continue de s’écouler, peu importe ce qu’il laisse derrière lui, il continue d’avancer. Demain n’est pas aujourd’hui, et chaque hier n’est qu’une question de temps)



À l’heure de la performance obligatoire et de la pression de performance dans tous les actes de la vie quotidienne, vieillir et en avoir les désagréments qui peuvent survenir au gré des années, c’est presque devenu une marque de faiblesse.

Alors que bon, vieillir, c’est vieillir. C’est naturel, c’est physiologique. 

Bien sûr, c’est pénible, parfois même très pénible, pour les patients qui souffrent. Mais il n’y a rien que nous puissions faire à ce sujet. 

Rien à part le prévoir. L’accepter. Et vivre avec.

« On vieillit comme on a vécu » disait l’un de mes profs de fac. Autant vivre en acceptant les choses plutôt que de se battre contre des moulins à vent.

« Notre père qui êtes si vieux, as-tu vraiment fais de ton mieux ? Car sur la terre et dans les cieux, tes anges n’aiment pas devenir vieux » (Cendrillon, Téléphone)


Personne n’aime devenir vieux. On voudrait tous rester jeunes, en bonne santé. Combat perdu d’avance.

« Le souci c’est que votre esprit a 20 ans, mais votre corps 80… et dans ces cas-là, c’est le corps qui gagne la partie » est une phrase que je dis de temps en temps. Elle fait sourire les patients, qui me répondent « oui, vous avez raison, c’est un peu ça ».

Alors mon message du jour : profitez de chaque instant sans regretter le précédent ni trop anticiper le suivant. Nous sommes tous chaque jour un peu plus vieux…

D’ailleurs, va falloir que je me rase le visage : des poils blancs dans ma barbe, c’est vraiment la loose.

Et puis faudrait que j’aille faire un tour en vélo… et courir un peu aussi…

Il n’y aurait pas quelque chose pour me donner un petit coup de fouet là ? Je manque un peu d’énergie, et j’arrive de moins en moins à dormir longtemps le matin, même le week-end…

Ah ! J’ai trouvé : une bonne tasse de café !

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Et dix de der

« Lately I’ve been, I’ve been losing sleep, dreaming about the things that we could be » (Counting stars, One Republic)
(Récemment j’ai perdu le sommeil, en rêvant à ce que nous pourrions être)

Nous pourrions avoir le temps. Plein de temps.
Si nous prenions la peine de ne pas tenir compte de ce truc qu’on appelle « relations sociales » dans lequel on retrouve la famille, les amis, les relations de travail…
Bref, que de temps perdu.
N’avoir de compte à rendre à personne, c’est ça la clé du bonheur, non ? Avoir tout le temps qu’on veut, tout le temps.
Mais tout le temps pour quoi du coup ? Etre un ermite, ça laisse plein de temps pour accomplir plein de réalisations différentes. Mais si personne ne les regarde, ça sert à quoi ?

Il m’arrive de réfléchir aux choix que l’on peut faire. Ceux qui nous amènent là où nous sommes. Je suis persuadé, mais c’est une opinion purement personnelle, que nous avons une espèce d’étoile qui nous guide et nous pousse à parfois faire des choix, sans trop savoir pourquoi, mais qui s’avèrent être les bons pour nous.

Un peu comme dans un film, un peu à l’eau de rose, un peu gentillet-bisounours, que j’ai vu il y a quelques années mais qui m’avait marqué.


Certains choix changent une vie. Certains événements parfois insignifiants se révèlent ensuite d’une importance capitale.
L’effet papillon. Le titre d’un autre film, et le sujet d’un (vieux) billet ici

« Where is the moment we needed the most ? You kick up the leaves and the magic is lost. They tell me your blue skies fade to grey, they tell me your passion’s gone away, and I don’t need no carryin’ on » (Bad day, Daniel Powter)

(Où est ce moment dont nous avions le plus besoin ? Un coup de pied dans les feuilles et la magie est perdue. Ils me disent que ton ciel bieu est devenu gris, ils me disent que ta passion s’est envolée, et je n’ai pas besoin de continuer)

Ah cette chanson…
Très particulière parce qu’elle me rappelle ma première zébrette, du haut de ses 5 ans, qui chantait ça en marchant dans une galerie marchande…
Très particulière aussi parce que son texte (oui, j’aime les chansons qui ont une histoire à raconter…) nous confronte à un vécu que nous avons toutes et tous déjà eu.
Une belle petite journée de merde…
Donc nos choix ne sont pas forcément les bons ? Mais comment on fait pour savoir ?

« Well life has a funny way of sneaking up on you when you think everything’s okay and everything’s going right. And life has a funny way of helping you out when you think everything’s gone wrong and everything blows up in your face » (Ironic, Alanis Morissette)
(La vie a une drôle de façon de t’approcher quand tu penses que tout se passe bien et qu’effectivement tout va bien. Et la vie a une drôle de façon de t’aider quand tu penses que tout est allé de travers et tout t’éclate au visage)

La loi de l’emmerdement maximum, la loi de Murphy

Si on a tous ces moments là, comment réussit-on à les surmonter ?
Seul en ermite ? Ou entouré de ses fameuses « relations sociales » ?
J’ai ma réponse.
Quand je ferme la porte de chez moi le soir, j’entre dans ma bulle. Avec Mme et mes zèbres. Ils savent dire ce qu’il faut. Ils savent quand j’ai, assez égoïstement, besoin de réconfort.
Un bulle de survie.


« Y’en a qui grimpent en l’air pour un peu plus d’silence. Y’en a qui vivent sous terre où ça hurle, où ça danse. Y’en a qui pointent les comptes quand d’autres comptent les points. Y’en a qui lèvent des croix pour ceux qui n’y croient pas » (A quoi tu sers, Jean-Jacques Goldman)

Il y a des patients qui aiment le sport. D’autres qui aiment la belote. D’autres encore la belote dans des clubs de 3ème âge. D’autres la musique. D’autres la télé.
On peut trouver inintéressant ce que fait l’autre. Puis la belote, punaise, c’est ringard quand même, non ?
C’est signe que l’on n’écoute pas l’autre dans ce cas.
Le monde, leur monde, tourne autour de cela.
Ne pas juger, mais comprendre qu’ils ont trouvé comme cela leur équilibre. C’est leur trépied à eux.

Quel est le vôtre ?
Et mes collègues médecins, vous en avez un ?
Si votre dada c’est de consulter jusque 20h parce que vous aimez ça et que c’est votre équilibre, faites-le.
Mais ne le faites pas à contre-cœur. Ne le faites pas si vous vous sentez investi d’une « mission ». Ne le faites que si vous le voulez, pas parce que quelqu’un vous y oblige. Sinon, un jour ou l’autre, de préférence un « bad day », votre équilibre risque de vaciller…


Encouragez vos patients, vos amis, vos proches, à vivre par passion, pas par dépit.
Ecoutez cette « bonne étoile ». La mienne me souffle de l’optimisme dans l’oreille.
Et aussi que je dois me dépêcher pour aller à la répétition de mon groupe vocal.
Comment le chant A Cappella c’est ringard ?

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Minoritaire

« J’sais plus, j’sais plus, si je crois en l’homme ou si je crois plus, si Dieu est encore dans ma rue. Oh, j’sais plus, je suis perdu » (J’sais plus, Comédie musicale Roméo et Juliette)

On va mettre une bonne fois les pieds dans le plat, dès le début de la discussion.

Je vais parler un peu de politique de santé.

Je parle en toute franchise, j’espère en connaissance de cause.

Je parle aussi librement, on ne m’a pas promis monts et merveilles pour écrire ce billet (en gros, je ne déclare au conflit d’intérêt pour appeler un chat un chat).

De même, je suis président d’un syndicat d’enseignants de médecine générale, mais si je parle ici, c’est en nom propre. « Mes propos n’engagent que moi » selon la formule consacrée.

J’avais annoncé fin 2014 que je participais au mouvement de grève, car je ne retrouvais pas de traduction dans le projet de loi de santé de la stratégie nationale de santé.

Pour faire court : avant le projet de loi, il y avait eu un travail (la stratégie nationale de santé) qui mettait enfin noir sur blanc des progrès pour l’enseignement de la médecine générale. Par contre dans le projet de loi, plus rien, ou si peu.

« C’est l’effet papillon petites causes, grandes conséquences. Pourtant jolie comme expression, petites choses dégâts immenses » (L’effet papillon, Bénabar)

Parce que oui, ne rien faire pour l’enseignement de la médecine générale, c’est aller au devant de catastrophes immenses.

Les généralistes qui liront cela seront je pense d’accord.

Pour ceux d’entre vous qui n’êtes ni médecin, ni du milieu médical, vous allez vous demander pourquoi je parle d’un scénario catastrophe. Parce que bon, un médecin généraliste, ça se forme à la faculté de médecine. Depuis des années même. Ce que les français veulent c’est qu’il y en ait un peu plus qui s’installent. Le reste… ce n’est pas qu’ils s’en moquent, c’est qu’ils ne voient pas trop l’intérêt de partir en guerre pour ça, vu que de toute façon les futurs médecins sont formés, quoi qu’il arrive.

Pour faire (de nouveau) plutôt court, et pardon aux amis médecins d’autres spécialités qui me liront pour le raccourci que je vais faire, mais jusqu’à il y a encore peu, les futurs médecins généralistes étaient quasi exclusivement formés à l’hôpital.

On forme bien à l’hôpital. On forme même à l’excellence dans les Centres Hospitalo-Universitaires (CHU). La médecine française est l’une des meilleures au monde de ce point de vue-là d’ailleurs.

Mais à l’hôpital on forme bien… des médecins hospitaliers, CQFD.

A l’hôpital on ne forme pas à la médecine de ville car la médecine de ville s’exerce… en ville, Re-CQFD.

Faisons une comparaison, sans doute un peu maladroite, mais peu importe, c’est juste pour comprendre l’idée.

Formons une jeune fille à la coiffure pour femme (oui, taxez-moi avec une alerte « gender » si vous voulez, ou simplement arrêtez de vous prendre la tête et remplacez femme par homme et vice-versa dans le texte, ça marche aussi). Je fais une spéciale dédicace à ma belle-sœur car c’est elle qui m’a apporté cette fameuse comparaison en me parlant de son métier de coiffeuse (justement) il y a quelques années.

Apprendre les coiffures féminines nécessite d’apprendre toute une technique, spécifique.

On ne coiffe pas les hommes comme on coiffe les femmes (enfin, de manière générale).

D’accord, on coupe toujours des cheveux, ça revient à la même chose. On travaille le cheveux.

Mais messieurs allez vous faire couper les cheveux chez un coiffeur pour femme, ou mesdames, allez vous faire coiffer les cheveux chez un coiffeur pour homme…

Vous verrez rapidement que le coiffeur sera sans doute un peu embêté, ne saura pas forcément comment faire. Il choisira peut-être de vous orienter vers un autre coiffeur, plus spécialisé. Ou il tentera de vous couper les cheveux quand même.

Certains seront doués, de façon presque innée, et le résultat sera presque parfait.

D’autres feront de leur mieux. Ce ne sera peut-être pas extraordinaire au début, mais petit à petit avec l’expérience, le résultat sera plutôt pas mal du tout.

D’autres, choisiront de ne pas sortir des sentiers battus, et de rester là où ils ont été formés, parce que ça, ils savent faire, et que c’est moins stressant que d’aller là où on ne sait pas ce qu’il faut faire.

Voilà, fin de la comparaison.

Vous aurez deviné que pour les futurs généralistes, c’est pareil : on les forme presque uniquement à l’hôpital.

Et le jour où ils peuvent voler de leur propres ailes, certains s’installent, beaucoup choisissent de rester à l’hôpital, là où ils connaissent bien le fonctionnement. C’est plus rassurant d’être dans un milieu où on possède des routines. Ce n’est pas plus reposant, loin de là, mais au moins c’est un milieu connu.

Donc, dans le projet de loi, si on ajoute vraiment de quoi former les futurs généralistes dans les cabinets de médecine générale, de quoi leur apprendre leur futur métier de « médecin de ville », et par ceux-là même qui exercent ce métier, on aura un effet papillon… mais sous forme d’un cercle vertueux !

Il faudrait même pouvoir augmenter les contacts dès le début des études avec les enseignants de médecine générale. Pour que tous les futurs médecins, généralistes ou autres spécialistes, connaissent comment fonctionne vraiment la médecine « de ville ».

« Tellement d’erreurs qu’on pourrait s’éviter, si l’on savait juste un peu patienter. Donne-moi le temps, d’apprendre ce qu’il faut apprendre. Donne-moi le temps, d’avancer comme je le ressens » (Donne-moi le temps, Jenifer)

Avoir le temps de travailler, de consulter, d’écouter les patients.

Sauf qu’actuellement, « en ville », le temps c’est de l’argent. Comprenez : plus on voit de patient dans une journée, plus on est payé. Plus on multiplie les actes (les consultations), plus on est payé.

C’est le paiement à l’acte.

C’est absurde.

C’est ubuesque.

Relisez ces quelques lignes : je n’ai pas dit « mieux on travaille, plus on est payé ». Non. Il suffit juste de multiplier les actes. A l’envi.

Je fais entre 20 et 25 actes par jour, au prix de journées de travail remplies.

Je gagne moins que certains confrères qui font 60 actes par jour, avec des horaires à peine plus denses que les miens.

Je me console en me disant que je travaille mieux.

On se console comme on peut…

Sortir du paiement à l’acte serait une grande avancée pour les médecins, à mon sens. Mais aussi (voire surtout) pour les patients.

« J´passe la moitié de ma vie en l´air, entre New York et Singapour, je voyage toujours en première. J´ai ma résidence secondaire dans tous les Hilton de la Terre. J´peux pas supporter la misère » (Le Blues du Businessman, Starmania)

Je pense que beaucoup de patients aimeraient pouvoir chanter cela.

Certains de mes patients me demandent parfois si je peux encaisser leur chèque un peu plus tard. Même si je ne leur fait payer que ce qui dépend de leur mutuelle, soit 6,90€, pour certains d’entre eux, c’est déjà trop.

J’ai choisi ce métier pour l’humain. Pour soigner. Je ne supporte pas la misère, mais pas dans le même sens que la chanson. Je ne veux pas que l’argent empêchent mes patients de venir se soigner.

Bien sûr, comme tout le monde, j’ai envie de gagner ma vie. Et de compenser financièrement le mal que je me suis donné durant toutes mes études, puis au quotidien avec des journées de travail chargées.

Par contre, si je peux me libérer de cette impression de bien gagner ma vie en retirant 6,90€ du porte-monnaie déjà vide de mes patients, ça me plairait assez.

Déconnecter « le soin que j’apporte à mes patients » de « c’est le patient qui me paye » me conviendrait bien.

A quelques conditions toutefois :

– Que celui qui me paye ne me noie pas sous la paperasse pour être payé. Sinon, l’être humain étant fainéant par nature, et étant moi-même un représentant de l’espèce humaine, une partie de mes grands principes fondraient comme neige au soleil… (Comprenez : le tiers payant généralisé ou TPG, je suis pour, si c’est une solution simple comme bonjour)

– Que les patients n’en profitent pas en se disant « Chic ! On ne paye plus le docteur, allons-y tous les jours, c’est gratuit ! » Bon, ce ne sera pas vraiment gratuit. Les cotisations sociales servent à cela, mais cela deviendrait moins visible.

Sur ce point, petit rappel historique : quand la CMU a été décidée et mise en application, tout le monde (moi le premier) était persuadé que le nombre de consultations allait grimper en flèche de la part de ces patients qui n’attendaient qu’une seule chose au monde : pouvoir faire la queue des heures en salle d’attente pour voir le médecin gratuitement…

Toutes les études faites à ce sujet le montrent très clairement : la première année, le nombre de consultation a augmenté. Tout s’est stabilisé dès la deuxième année.

Donc, les patients ayant la CMU ont abusé des soins ? CQFD ?

Non, les patients qui ont obtenu la CMU sont juste venus se soigner… alors qu’ils ne le faisaient pas avant, car n’avaient pas les moyens.

Et il en sera de même si le TPG entre en application : je peux prédire une hausse du nombre de consultations la première année.

Peut-être que nous devons, nous médecins, balayer aussi devant notre porte : éduquons nos patients à leur santé, apprenons-leur à ne pas consulter pour des problèmes bénins. Rendons-nous « moins indispensables » pour les petites infections virales de l’adulte (parce que, grand scoop : le MAXILASE et autre trucs sur certaines ordonnances… et bien ça ne sert à rien… un rhume ça se soigne avec le temps et un peu de paracétamol. C’est tout…)

« Peu a peu j’ai compris les données du débat, que rien ne bouge et l’égalité par le bas. Et tant pis si la foule gronde, si je ne tourne pas dans la ronde. Papa quand je serai grand je sais que je veux faire : je veux être minoritaire. J’ai pas peur, j’ai mon temps mes heures, un cerveau un ventre et un cœur. Et le droit à  l’erreur » (Minoritaire, Jean-Jacques Goldman)

Je me souviens bien d’une discussion avec Eric, un co-interne il y a quelques années, et ami actuel que j’admire. Cette discussion disait en substance que si le système entier (la sécurité sociale) venait à se casser la figure, à titre purement égoïste, nous aurions encore les moyens de nous soigner, parce que notre niveau de vie nous le permettrait.

Ce soir, les internes de médecine générale ont voté la grève. Ils exigent le retrait du TPG du projet de loi.

Ils n’exigent pas, dans ce communiqué de presse, l’effet papillon vertueux dont je parlais au début de ce billet.

Ils n’exigent pas d’être mieux préparés à leur futur métier.

Ils n’exigent pas de pouvoir soigner les patients, peu importent leurs revenus ?

Ils exigent la défense du système libéral actuel ?

Les négociations que nous avons toutes et tous réclamées sont enfin ouvertes. On ne peut pas réécrire l’histoire et faire que ces négociations soient ouvertes depuis des mois.

Nous pouvons écrire l’histoire, en pesant de tout notre poids dans les négociations. En martelant nos exigences.

J’avoue que, ce soir, je suis perdu.

C’est cela, être minoritaire ?

« Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera » (Serment d’Hippocrate)

Nulle part il n’est écrit que le patient devra payer son obole obligatoirement, sous peine de perte de l’autonomie du médecin.

Or, ce soir, il me semble qu’il ne s’agit plus que de cela, dans la bouche de la majorité de mes confrères.

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Enough is enough (Trop c’est trop)

« Il existe un monde virtuel et différent, où chaque seconde fait de nous des combattants. Notre seul espoir est de tout reprogrammer. On ira, on saura sauver notre existence, se donner une chance de tout effacer. On ira, on saura sauver notre existence pour refaire un monde sans danger […] On vous promet de donner le maximum, contre la menace et de sauver tous les hommes » (Un monde sans danger, Générique TV de « Code Lyoko »)

Ok, ok..
Je veux commencer un billet des plus sérieux et je cite en tout premier le générique d’un dessin animé que mes zèbres adorent…
Mais à bien y regarder je me dis que les paroles collent parfaitement au sujet que je veux aborder…
Une idée ?…

La future Loi de Santé, qui devrait être débattue en 2015 à l’assemblée.
Le monde virtuel et différent serait pour moi le monde un peu feutré (en tout cas tel que je le perçois) des cabinets ministériels. Je me demande lequel d’entre eux a déjà mis les pieds dans un cabinet de médecine générale toute une journée…

Lors de la présentation de la Stratégie Nationale de Santé, qui faisait office de travail préparatoire à la future loi, j’étais plein d’espoir. Je me disais qu’enfin, les choses bougeaient.
Notre ministre donnait le sentiment de vouloir sortir de l’hospitalocentrisme, sans pour autant faire de l’hospitalobashing.
Juste faire une juste place à la médecine ambulatoire à côté, et non à la place, de la médecine hospitalière.

Et la traduction dans le projet de loi de santé ? Exit tout ce qui donnait espoir, ou presque.
Toute l’attention a été focalisée sur le Tiers Payant Généralisé (TPG) parce que c’est vendeur, que les médias aiment bien, et que ça fait un peu le remake de Germinal de Zola… Les nantis versus le petit peuple.

Alors parlons tout de suite du TPG. Ce sera fait et on pourra (enfin) discuter du reste.
Je l’ai d’ailleurs promis à un ami qui s’étonnait que je sois « contre » cela.
Je ne suis pas contre.
Pas du tout, même. 
Je pratique DEJA le tiers payant. D’accord, sur la part obligatoire, ce qui fait que les patients qui n’ont ni CMU, ni Affection Longue Durée (ALD) prise en charge à 100%, je leur demande de régler 6,90€.
C’est cette somme que leur mutuelle leur remboursera, s’ils ont une mutuelle.
Parfois, des patients en grande difficulté me demande s’ils peuvent me régler avec un différé, me demandent d’encaisser un chèque un peu plus tard ou même, promettent de venir me régler dans quelques jours ces 6,90€ et ne viennent pas.
Heureusement qu’ils ne le font pas tous, sinon, je mettrais la clef sous la porte…

Alors, de fait, si on me propose une solution de TPG, qui permettra aux patients défavorisés (trop pour me payer ces 6,90€ mais pas assez pour bénéficier de le CMU) je suis d’accord.
Mais là où je commence à coincer un peu, c’est quand je me demande comment je vais récupérer ces fameux 6,90€ … enfin ces x fois ce montant, pour chaque patient.
Car il existe plusieurs centaines de mutuelles en France. Si je dois me fendre d’un courrier pour chacune des mutuelles pour réclamer ce montant là… Multiplié par le nombre de patient….

« Maman dit que lorsqu’on cherche bien, on finit toujours par trouver. Elle dit qu’il n’est jamais très loin, qu’il part très souvent travailler. Maman dit travailler c’est bien, bien mieux qu’être mal accompagné, pas vrai ? Où est ton papa? Dis-moi où est ton papa ! » (Papaoutai, Stromae)

« Oh mais ça ne prend que cinq minutes, enfin ! Et les pharmaciens le font déjà ! »
Oui, 5 minutes par patient. J’en vois en moyenne au moins 20 par jour.
Je rajoute donc 1h40 de travail par jour.
Travailler plus pour gagner… ? Rien en plus… et passer moins de temps en famille… 

Citez-moi une seule profession qui accepterait de passer près de deux heures de plus de travail par jour pour ne rien toucher de plus.
A ma connaissance, en France, il n’y en a pas…
On va vachement donner envie aux jeunes de venir s’installer en médecine générale avec ça, c’est sûr…

Et c’est là que le politique est habile. Si nous, médecins, refusons le TPG, nous sommes ces riches nantis qui ne veulent pas aider la population.
Si nous acceptons le TPG, il n’existe AUCUNE garantie à l’heure actuelle qu’il soit simple à réaliser et ne nous demande aucun travail supplémentaire.
Parce que, concrètement, si le TPG fonctionnait efficacement, nous devrions passer la carte vitale du patient dans notre lecteur, la CPAM nous rembourserait les 23€ et basta…
Ensuite, comment la CPAM se débrouille pour se faire rembourser par les mutuelles, ce n’est plus mon problème.
Dans ces conditions là, je suis pour le TPG.

Alors j’entends bien les sirènes du « c’est une médecine étatisée » « nous deviendrions à la tutelle de l’Etat pour notre rémunération »…
J’avoue que ça, je n’en ai pas particulièrement peur.
On peut même me proposer le salariat, je suis preneur. Mais je doute que cette solution soit celle choisie en hauts lieux.

Et les pharmaciens ?
Oui, en effet, ils font ça depuis des années. Ils ont bien souvent un mi-temps, voire plus, pour s’occuper de cela.
Leur modèle économique est bâti en tenant compte de cette contrainte.
Alors, oui, nous, médecins, nous pourrions embaucher pour faire ce travail. Pas de souci.
Mais, concrètement…
Vous accepteriez, vous, pour votre métier, qu’on vous donne 1h40 de travail en plus obligatoire par jour pour maintenir votre salaire, travail que vous pouvez faire faire par quelqu’un que vous aurez à payer, sans compensation de revenus ?

Voilà. Tu vois Gabriel, je ne suis pas contre ce TPG. Mais pas n’importe comment.

Mais toute cette discussion, sans même avoir une seule fois abordé notre niveau de rémunération. Nous sommes les médecins les moins bien payés d’Europe à quelques exceptions près. Nous sommes la spécialité la moins bien payée de France.
Alors oui, les pouvoirs publics (et un peu les médias, il faut le reconnaître) surfent sur cette vague germinalienne des nantis qui demandent encore plus d’argent.

Il ne s’agit ni plus, ni moins, que de demander à être payé « normalement ». Qui accepterait sans sourciller en France, d’être payé parfois 2 fois moins cher que nos voisins européens, pour le même travail ?
Alors jusqu’à présent, les médecins généralistes râlaient un peu, mais n’allaient pas beaucoup plus loin. Nous gagnons bien notre vie, bien sûr. Au prix d’horaires de travail un peu fous bien souvent. Mais tout est fait pour nous faire culpabiliser d’oser réclamer un peu de « justice » dans notre rémunération (oui, « Justice » est le mot à la mode partout en ce moment. Comme « Pacte » ou « Citoyen ». On en met à toutes les sauces, mais on ne sait plus trop ce que ça veut dire en réalité).

« Notre seul espoir, est de tout reprogrammer… »

Quand je vous disais que cette chanson pouvait s’appliquer à cela…
Notre espoir : réécrire une partie de ce projet de loi

« On vous promet de donner le maximum, contre la menace et de sauver tous les hommes » 

J’ai l’impression que dans nos rangs, les choses bougent.
La goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà trop rempli.
On parle de faire pratiquer les vaccins par nos collègues pharmaciens.
Soyons clairs : Vacciner, c’est un jeu d’enfants : désinfecter la peau, prendre la seringue, la planter dans l’épaule, injecter, retirer la seringue.
Voilà. 
Pas sûr même qu’il faille être pharmacien pour cela.

Michèle Delaunay m’avait invectivé sur Twitter en m’expliquant cela.
J’aime quand les gens qui n’y connaissent rien me prennent pour un ignorant.

Parce que si pratiquer le vaccin est enfantin, décider de vacciner, choisir quel vaccin, sur des arguments purement scientifiques et non marketings, là, ça demande réflexion.
Et je pense que les collègues pharmaciens sont déjà un peu trop occupés pour devoir en plus s’occuper de cela.
Sans compter que, dans la majeure partie des cas, les vaccins, nous les faisons au cours d’une consultation pour un autre motif… (Traduisez par : « Tu la vois venir mon augmentation inutile des dépenses de santé ? »)

Donc, ne pas s’y tromper : si la grogne monte, c’est SURTOUT pour le bien de nos patients !

« Souviens-toi, était-ce mai, novembre, ici où là, était-ce un lundi ? Je ne me souviens que d’un mur immense, mais nous étions ensemble, ensemble nous l’avons franchi » (Ensemble, Jean-Jacques Goldman)

La Stratégie Nationale de Santé avait fait la part belle à l’enseignement de la médecine générale. Les moyens allaient être mis noir sur blanc dans la loi.
Enfin !

Dans le projet de loi… Juste une ligne… pour dire que tout cela sera discuté avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur. (Traduisez par : « Tu la vois venir l’absence de mesure concrète dans ma future loi ? »)

Pourtant, enseigner la médecine générale, c’est donner envie aux jeunes médecins de s’installer. C’est prouvé.

« Read my lips and they will tell you : Enough is enough is enough is enough » (Read my lips, Jimmy Sommerville)
(Lis sur mes lèvres et elles te diront : trop c’est trop) 


A priori, j’ai un peu l’impression que tout le monde s’en fout en hauts lieux… J’espère avoir tort…


Mais, pour la première fois de ma vie (si on exclut une grève de garde quand j’étais externe pour obtenir le repos de sécurité) je vais faire grève.
Je n’aime pas ça.
Je veux dire, je n’aime pas laisser mes patients sans solution de soins. Quand je ne suis pas là, j’ai un remplaçant, ou mon interne en SASPAS quand je donne cours à la fac.
Mais là…

Le mur à franchir est immense.
Allons-nous le franchir ?

Comme je le disais dans l’un de mes tous premiers billets « Le jour où les généralistes s’éveilleront… » Continuer la lecture

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Tu le mérites ?

« I bought you drinks, I brought you flowers. I read your books and talked for hours. Every day so many drinks, such pretty flowers, so tell me : what have I, what have I, what have I done to deserve this ? » (What have I done to deserve this, Pet shop boys)

(Je t’ai payé des verres, acheté des fleurs. J’ai lu tes livres et parlé des heures. Tous les jours, tant de verres et de si jolies fleurs, alors dis-moi : qu’ai-je fait pour mériter cela ?)

« Il a travaillé toute sa vie docteur. Et il est mort comme ça, d’un coup. Il était en pleine forme et c’est arrivé d’un coup. Il ne méritait pas cela »

Qui le mériterait ?

Personne, bien entendu. Personne ne mérite, au sens péjoratif de « tu n’as que ce que tu mérites », de mourir. Encore moins quand le décès est brutal.

Tout comme quand on pose un diagnostic grave chez un patient jeune. On lui fait entrevoir d’un coup, plus ou moins violemment, qu’il n’est pas immortel. Qu’il va devoir se battre de toutes ses forces. 

Et s’il gagne ce combat, il aura mérité sa survie ?

Parce que ceux qui le perdent ne le méritaient pas ?

Je n’aime pas cette notion de mérite face à la mort. Elle introduit forcément une notion de valeur alors que la vie est comme ça. C’est un apprentissage permanent. 

Nous faisons des choix, certains sont de nature a améliorer notre vie présente ou future. D’autres peuvent entraîner tout l’inverse.

Pas de fatalité. Juste un choix.


Le patient qui choisit de fumer, c’est son choix. Sera-t-il forcément atteint d’un cancer pulmonaire ensuite ? Je n’en sais rien. L’aura-t-il mérité ? Je ne le crois pas.

Oui, il aura eu des conduites qui l’auront amené à prendre un risque important. Oui, nous sommes là, les soignants, pour aider et accompagner ceux qui font le choix d’arrêter de prendre ce risque. Ce n’est parfois pas facile, mais ces patients-là ont le mérite d’essayer… et d’y arriver.

Ils ont du mérite ? Mais s’ils développent un cancer du poumon « quand même », ils auront du mérite, sans mériter cette maladie, ou en la méritant un peu quand même ?


« You live, you learn. You love, you learn. You cry, you learn. You lose, you learn. You bleed, you learn. You scream, you learn » (You learn, Alanis Morissette)

(En vivant, tu apprends. En aimant, tu apprends. En pleurant, tu apprends. En perdant, tu apprends. En saignant, tu apprends. En criant, tu apprends)

Donc, nous vivons. Nous apprenons à vivre, et l’ardeur que nous mettons dans cet apprentissage nous fait mériter ce que nous obtenons de notre vivant ?

« De toute manière, toi, t’es médecin, t’es blindé de fric »

Le fameux #LesMédecinsCesNantis de Twitter.

Les médecins généralistes (dont je fais partie), ne sont pas à plaindre dans l’échelle des revenus de la société. Bien entendu, si vous comparez le revenu moyen d’un généraliste à celui d’un individu gagnant le SMIC, il n’y a pas l’ombre d’un doute possible.

Du coup, parfois, et je suis persuadé que ce point précis est typiquement français, j’en arriverais presque à éprouver une forme de culpabilité, ou de gêne vis-à-vis de mon niveau de vie.


Dans ces moments-là, exit les neuf années d’études, exit le fait d’avoir été boursier (donc de ne pas avoir eu assez de revenus pendant mes études pour que l’Etat décide de m’en donner un peu), exit les gardes de nuit, les petits boulots en plus des études pour arrondir les fins de mois…

Dans ces moments-là, j’oublie que si j’en suis là, c’est que je le mérite peut-être un peu. Que « toute peine mérite salaire ».

Et quand j’en ai un peu assez qu’on puisse me le reprocher, plus ou moins gentiment, plus ou moins sur le ton de la plaisanterie, je m’amuse à répondre, plus ou moins gentiment, plus ou moins sur le ton de la plaisanterie aussi : « Le concours de première année est ouvert à tous, sans limite d’âge. Tu veux que je te prenne un dossier d’inscription ? »

Travailler pour mériter ce que l’on obtient, c’est gratifiant. La fierté de ce dire que tout cela, on ne le doit qu’à soi-même. Etre le propre produit de son mérite.

Mais alors, ceux qui ne vivent pas la même réussite, c’est qu’ils n’ont pas fait ce qu’il fallait pour la mériter ?

Et ceux qui travaillent dur, mais ne connaissent pas le succès, ont-ils des raisons de démériter ?

J’ai repris des études cette année pour « mériter » dans quelques années un poste universitaire. Je me replonge dans les cours, dans les statistiques, je révise, je fais des exercices. Nous avons eu cette semaine un contrôle continu, certes plus difficile que les années précédentes, et que je n’ai pas vraiment réussi.

Donc, si je ne l’ai pas réussi, c’est que je ne méritais pas de réussir ? Donc travailler, parfois beaucoup, parfois intensément, ne suffit pas au mérite ?

Alors, qu’est-ce qu’on mérite, vraiment ?


« Un début de janvier, si j’ai bien su compter. Reste de fête ou bien vœux très appuyés. De Ruth ou de Moïshé, lequel a eu l’idée ? Qu’importe si j’ai gagné la course, et parmi des milliers. Nous avons tous été vainqueurs même le dernier des derniers, une fois au moins les meilleurs, nous qui sommes nés » (Bonne idée, Jean-Jacques Goldman)


Des milliers ? Des millions, non ?

Cette moitié de nous est bien arrivée première aux portes de l’ovule, non ?

S’il y a un truc sur Terre, que nous méritons tous alors, c’est d’avoir gagné cette fameuse course, et d’avoir voulu, déjà à l’échelle microscopique, se battre pour mériter notre venue, malgré tout ce qui rend celle-ci parfois si difficile, voire impossible.

Mais ceux qui n’arrivent pas à être parents, l’ont-ils mérité ?

J’ai finalement beaucoup de mal avec le « mérite-sanction » divine. J’aime mieux le concept de « mérite-accomplissement de soi ».



Demain, les zèbres vont rentrer de leur semaine de vacances chez les grands-parents, au grand air jurassien. Ils se sont bien amusés visiblement.

Ils ont d’excellents résultats scolaires, mais travaillent beaucoup pour les obtenir.

Quand ils arriveront demain, une surprise les attendra… 

Ils le méritent.

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Juste après

« Elle a éteint la lumière, et puis qu’est-ce qu’elle a bien pu faire, juste après ? Se balader, prendre l’air, oublier le sang, l’éther, c’était la nuit ou le jour ? Juste après ? » (Juste après, Jean-Jacques Goldman)

Une annonce de diagnostic (sans vouloir relancer la discussion du billet précédent), une annonce de mauvaise nouvelle…
Finalement cela revient au même coup de semonce pour le patient : « Je vous annonce que votre état de santé actuel va changer entièrement votre avenir ».

On discute un peu encore, on répond à toutes les questions qui peuvent venir à l’esprit du patient, on « laisse la porte ouverte » c’est-à-dire qu’on peut fixer un autre rendez-vous pour celles qui viendront forcément ensuite, une fois la nouvelle digérée.

Et le patient s’en va.

Mais après, il se passe quoi ? Il se passe quoi et avec qui ? Le patient est seul ? Il s’entoure de sa famille, de ses amis, de ses proches pour digérer un peu mieux la mauvaise nouvelle ?

« This used to be my playground, this used to be my childhood dream. This used to be the place I rant to whenever I was in need of a friend. Why did it have to end » (This used to be my playground, Madonna)
(C’était mon aire de jeux, c’était mon rêve d’enfance. C’était l’endroit où je courais quand j’avais besoin d’un ami. Pourquoi cela a-t-il dû s’arrêter ?)

Il se raccroche à quoi le patient quand on lui annonce une pathologie chronique, ou pire encore ?
Je veux dire, cet évènement, ces paroles que l’on prononce un jour, en consultation, alors qu’il vient nous voir, nous, représentant de la science, garant du « savoir » ? 
On apprend des mots, des façons de dire ces choses là pendant nos études. Quand on a un peu de chance et qu’on nous dispense ce cours là.
Et sinon ? On leur balance l’info et notre boulot s’arrête là, peu importe la suite ?

Mais, du coup, quand il s’agit de pathologies moins graves, anodines, banales… mais que les mots que nous employons sonnent « médicament » « soins » … là où seul le temps est nécessaire : comment faire pour ne pas céder à la facilité de dire « prenez tant de gélule X et tant de Y, puis faites 3 prises de sang » parce que ça nous donne l’impression d’être scientifique, là où le scientifique justement devrait dire « Vous pouvez être rassuré, rien qui ne nécessite que vous vous inquiétiez, laissez faire le temps, vous verrez ça passera » ?
Quand on fait basculer le patient dans la surmédicalisation, volontairement ou non, par habitude ou non remise en question, que fait-il après ?
S’imagine-t-il atteint d’une pathologie si grave qu’il a dû prendre tous ces médicaments prescrits ?
Pense-t-il que désormais, tous ses maux devront se guérir à coups d’ordonnances sans fin ?

Quand les mots sortent de notre bouche de soignant, il se passe quoi, juste après ?

« Les frissons où l’amour et l’automne s’emmêlent, le noir où s’engloutissent notre foi, nos lois. Cette inquiétude sourde qui coule dans nos veines, qui nous saisit même après les plus grandes joies. » (Veiller tard, Jean-Jacques Goldman)

Puis, le soir, quand nous quittons notre cabinet, il se passe quoi ? Il se passe quoi et avec qui ? Nous emportons un peu de la souffrance de l’autre, sans la vivre réellement. Sans la vivre physiquement.
Sans la vivre, vraiment ?

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Dans le sens du vent

« Dès que le vent soufflera je repartira. Dès que les vents tourneront nous nous en allerons » (Dès que le vent soufflera, Renaud)

Se faire porter par le courant, au propre comme au figuré, c’est très agréable.
Au propre, c’est comme flâner sur un matelas gonflable au fil de l’eau, sous un ciel d’été, par une chaleur idéale.
Au figuré, c’est, à mon sens, être un courant d’idées partagé par tous.
On se sent moins seul, on pense comme beaucoup d’autres.

Alors, ce billet va donner un peu l’impression de cracher dans la soupe.
Je vais aller un peu à contre courant, sans doute.

« Et tant pis la foule gronde, si je tourne pas dans la ronde. Papa quand je s’rai grand, je sais c’que je veux faire : je veux être minoritaire. 
J’ai pas peur, j’ai pas peur, j’ai mon temps, mes heures, un cerveau, un ventre et un coeur. Et le droit à l’erreur » (Minoritaire, Jean-Jacques Goldman)

Bon, la foule, on n’ira quand même pas jusque là.
Mais quand même…
En ce moment, c’est la mode du « Président bashing ». Qu’on soit d’accord ou pas avec sa politique, peu importe, la mode c’est de trouver tout ce qui est possible de trouver pour dénigrer.
Pas sûr qu’aux Etats-Unis, les opposants à Obama l’attaquent sur son physique, ses comportements… mais soit, c’est peut être là encore une exception culturelle française. Après tout, nos présidents ont tous été affublés de surnoms plus ou moins flatteurs, ça doit être habituel, mais j’ai du mal à participer à cela.
Juste par respect pour la fonction, et parce qu’à mon avis le débat doit se faire sur les idées et pas sur le physique ou la vie privée.
Pourtant, je me suis surpris à participer aussi à une part de lynchage du phobique administratif du moment (faut avouer que c’était tellement énorme cette histoire que ça s’y prêtait plutôt bien).

Et quel plaisir quand on voit que notre trait d’humour est diffusé et repris par d’autres. Ou retweeté pour ceux qui, comme moi, sont présents sur les réseaux sociaux.
Du coup, c’est bien, quand on sent le vent souffler, de trouver l’angle pour se mettre pile dans le sens du vent et se faire porter par le souffle collectif.
C’est grisant même.
C’est sans doute cela être populaire (peu importe l’échelle : populaire dans le quartier, dans la ville… ou plus loin encore).
Ca flatte beaucoup l’égo, et concrètement ça fait du bien.

Mais chez nous, on se flatte un peu trop l’égo en critiquant à tort et à travers. Nous sommes connus à travers le monde pour notre côté râleur. C’est dommage.
Il y avait eu une publicité que j’avais trouvée géniale à l’époque. Même si je n’écoute pas cette radio, je trouve qu’ils avaient visé très juste.


On veut que ça change, il faut que ça change ! Vite, y’en a marre. Mais par contre, faut pas changer ça, puis ça non plus on y tient, et puis ça, non c’est pas possible ou c’est la mort de notre métier…
Bref, faut qu’ça change… sans rien changer.
Quand on tient ce discours là, on est dans le sens du vent.

« Fais comme si j’avais pris la mer, j’ai sorti la grand voile et j’ai glissé sous le vent » (Sous le vent, Garou et Céline Dion)

Dans l’enseignement de la médecine générale aussi, on retrouve à peu de choses près les mêmes courants.
Il y a quelques jours, nous discutions dans un chat sur l’enseignement dans les études médicales (#MedEdFr). Est venue la question des « fameux » RSCA, ou Récits de Situation Complexes et Authentiques.
Ce sont des textes que les internes en médecine générale doivent écrire au cours de leur cursus, pour tenter de prendre du recul sur leur façon de soigner et se remettre en question.
A bien y regarder, certains billets de blog de mes collègues et amis sur la toile sont des RSCA grandeur nature !
L’effet de mode, c’est de dire que c’est nul un RSCA. Ouais quoi, c’est scolaire, on force les internes à les écrire. Ils ne sont plus en primaire et ils doivent faire des rédactions. C’est pas comme ça qu’on leur apprendra à soigner dans la vraie vie.
A condition d’être bien réalisé et bien accompagné par des enseignants de médecine générale (et ces conditions ne sont malheureusement pas toujours remplies), se remettre en question en se demandant si on a bien fait de soigner le patient comme ça, ou si notre façon de lui parler était la meilleure, et sur la foi de quels arguments scientifiques on dit ça, ce n’est pas apprendre à mieux soigner ?
Donc, oui, je trouve que les RSCA c’est pas si mal.
Mais c’est pas dans le sens du vent.

Autre discussion récente sur le fait que la médecine générale est une spécialité qui pose des diagnostics. Discussion sur Twitter avec des collègues et amis généralistes.
Etre dans le sens du vent, c’est dire que notre spécialité… euh… c’est déjà pas vraiment être dans le sens du vent que de dire que la médecine générale est une spécialité…
Bref, être dans le sens du vent, c’est dire que notre spécialité est vouée à disparaître, que les pouvoirs publics de tous bords veulent notre mort à tous, nous généralistes. Il faut que les choses changent, et vite, il faut réformer, changer le système.
Mais il ne faut pas changer notre façon d’exercer la médecine générale. Il faut que l’on puisse continuer à faire ce que nous faisons ou pensons faire (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?).

Je suis parti du principe que nous diagnostiquons peu. En effet, nous nous basons sur beaucoup d’arguments quand un patient vient nous voir : des symptômes, la durée de ceux-ci, leur retentissement dans la vie de tous les jours, l’influence de certains traitements…
Tout cela nous amène à poser une hypothèse diagnostique, la plus probable compte tenus de tous les éléments à notre disposition.
Et plus de 8 fois sur 10, nous avons raison du premier coup. 80% d’hypothèses confirmées, c’est pas mal, non ?
Et bien, cette prise de position de ma part a été vécue comme une atteinte à la fonction de médecin généraliste.
J’ai visiblement blessé et attaqué mes amis et collègues dans leur représentation de notre beau métier, et l’ai condamné à disparaître puisque « nous ne diagnostiquons pas » et que de ce fait là, nous serons vite remplacés par d’autres métiers puisque nos compétences ne sont plus nécessaires. (Bisous en passant à @DrSelmer en espérant bientôt pouvoir discuter de cela autour d’une bonne bière belge).

Esprit de caste ou effet de mode, je me suis senti un peu seul dans cette discussion. C’est finalement pas très populaire d’avoir le vent de face. Puis ça chamboule un peu aussi. Ca déstabilise également.

« I’m your biggest fan, I’ll follow you until you love me. Papa, paparazzi » (Paparazzi, Lady Gaga)

Mais du coup, ne faut-il intervenir que quand on est dans le sens du vent ? C’est donc un peu se renier, non ?
Faut-il être masochiste et prendre le vent de face, tout le temps ?
C’est un peu difficile de ne pas chercher à être populaire et dans le sens du vent sur les réseaux sociaux. Ou alors, il faut le faire juste avant « L’amour est dans le pré », pour que le vent vienne d’ailleurs rapidement, et qu’on oublie même que notre voilier était là… C’est ce qui m’a vraiment marqué après les dernières élections. Tout le monde était révolté le dimanche soir, le lundi matin… mais le lundi soir, le sujet le plus discuté concernait cette émission de la 6ème chaine…

« Non jamais je ne conteste, ni revendique ni ne proteste. Je ne sais faire qu’un seul geste, celui de retourner ma veste, de retourner ma veste, toujours du bon côté » (L’opportuniste, Jacques Dutronc)

Et vous ? Vous en pensez quoi ? Il va dans quel sens le vent ?


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Le pied dans l’ouverture de la porte

« Don’t give up, ’cause you have friends. Don’t give up, you’re not the only one. Don’t give up, no reason to be ashamed. Don’t give up, you still have us. Don’t give up now, we’re proud of who you are. Don’t give up, you know it’s never been easy » (Don’t give up, Peter Gabriel et Kate Bush)
 (N’abandonne pas, car tu as des amis. N’abandonne pas, tu n’es pas le seul. N’abandonne pas, tu n’as pas à avoir honte. N’abandonne pas, tu nous as toujours. N’abandonne pas, nous sommes fier de toi. N’abandonne pas, tu sais que cela n’a jamais été facile)

Comme régulièrement ces temps-ci Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de râler un peu.
Pas contre le système, pas contre les politiques, pas contre les patients.
Contre nous. Oui, nous. Les Médecins Généralistes.
Et plus précisément certains présents sur Twitter, même s’ils sont des amis proches.

La situation de la profession n’est pas rose, loin de là. Toutes les études le montrent.
Les pouvoirs publiques semblent parfois embourbés dans des réformes qu’ils ont du mal à appliquer, et qui se soldent trop souvent par de nouvelles contraintes.

Ils ont déjà abandonné. Je n’ai pas envie de les rejoindre sur ce terrain.
Mes engagements m’amènent à avoir des réunions auprès de nos Ministres de tutelle (ou parce que pour simplifier la chose, nous avons un Ministère qui gère la santé, et un autre qui gère la façon dont la médecine est enseignée pour pouvoir ensuite entrer dans le monde de la santé).
Jusqu’à présent il était habituel de voir l’un et l’autre se renvoyer la balle, avec le refrain facile du « ah mais ce point précis ne dépend pas de moi… » et la partie de ping pong qui aboutit bien souvent à ne jamais prendre de décision.

Je ne souhaite pas ici rentrer dans des considérations politiciennes, ce n’est pas mon but, et je ne souhaite pas que ces propos puissent être récupérés comme cela.
Je note juste qu’à ne jamais perdre espoir de voir les deux Ministères discuter ensemble, le même jour, au même endroit, avec les représentants des MG futurs, présents et enseignants, cette rencontre a fini par voir le jour.
Tout ce qui y a été dit s’annonce prometteur, et signe d’une éclaircie dans un ciel sombre jusqu’ici.
Je ne suis pas dupe, il s’agit de passer de la parole aux actes, mais nous sommes plusieurs à avoir entendu ce discours et veillerons, j’en suis sûr, à le voir passer dans le domaine du concret.

Eternel optimiste je suis. Eternel optimiste je veux rester…

Mais c’est un sentiment loin d’être partagé par mes collègues.
Je ne peux nier que certains aient été échaudés. Je ne peux nier qu’ils essaient juste amicalement de me mettre en garde.

« J’veux juste aller mal et y’a pas d’mal à ça, traîner, manger que dalle, écouter Barbara » (Non, non, non (écouter Barbara), Camélia Jordana)

C’est l’impression que j’ai.
« Nous allons mal, et rien de changera jamais. Fin de la discussion »
Ca sert à quoi alors, de chercher à faire bouger les lignes ?
Si je m’étais cantonné à cela, je n’aurais pas cherché à établir un dialogue au sein de ma faculté de médecine, avec les plus hauts dirigeants.
On me disait que ce n’était pas la peine. Pire, c’était peine perdue.
Je n’ai jamais trouvé porte close pourtant.
J’ai défendu mes positions, nous avons trouvé des terrains d’entente.
Tout n’est pas devenu rose du jour au lendemain, mais il y a quelques éclaircies dans un ciel qui était annoncé comme « gris sans espoir ».

« J’ai bien fait des pieds et des mains pour éviter qu’au petit matin, sans exception depuis des mois tu ne te lèves de ce pied-là » (Des pieds et des mains, Lynda Lemay)

J’ai récemment participé à l’enregistrement du Magazine de la Santé.
Outre le fait de voir le sourire de mes zèbres quand leur père était dans l’écran, outre le plaisir sincère et enthousiaste que j’ai pris à y participer, outre le stress qui était le mien de découvrir des questions auxquelles je ne m’attendais pas du tout, je garde un excellent souvenir de cette expérience.

J’y suis allé en tant que médecin généraliste pour répondre à des questions de médecine générale.
Alors, oui, le médecin généraliste ne fait pas que des petits bobos dans sa vie, et je suis le premier à le dire.
Mais Rome ne s’est pas faite en un jour.
Il nous faut construire petit à petit notre présence et nous faire reconnaître pour ce que nous sommes : des professionnels des soins primaires, compétents dans beaucoup de domaines.
Nous n’avons pas à rougir de ce que nous sommes, ni à nous cantonner à une simple spécialité d’exercice.

Mais je refuse que nous fassions la fine bouche, partout, tout le temps, pour tout.
Je refuse qu’on n’aille pas répondre à des questions sur que faire avant de partir en vacances, sous prétexte que « ce n’est pas assez noble pour nous ».
Un pas à la fois.
Nous gagnons et gagnerons nos lettres de noblesse.
Nous parlerons un jour des choses à faire avant de partir en vacances. Et de tout le reste.
Mettons le pied pour coincer la porte entrouverte, pour ne jamais la laisser se refermer. Continuer la lecture

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Le pied dans l’ouverture de la porte

« Don’t give up, ’cause you have friends. Don’t give up, you’re not the only one. Don’t give up, no reason to be ashamed. Don’t give up, you still have us. Don’t give up now, we’re proud of who you are. Don’t give up, you know it’s never been easy » (Don’t give up, Peter Gabriel et Kate Bush)
 (N’abandonne pas, car tu as des amis. N’abandonne pas, tu n’es pas le seul. N’abandonne pas, tu n’as pas à avoir honte. N’abandonne pas, tu nous as toujours. N’abandonne pas, nous sommes fier de toi. N’abandonne pas, tu sais que cela n’a jamais été facile)

Comme régulièrement ces temps-ci Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de râler un peu.
Pas contre le système, pas contre les politiques, pas contre les patients.
Contre nous. Oui, nous. Les Médecins Généralistes.
Et plus précisément certains présents sur Twitter, même s’ils sont des amis proches.

La situation de la profession n’est pas rose, loin de là. Toutes les études le montrent.
Les pouvoirs publics semblent parfois embourbés dans des réformes qu’ils ont du mal à appliquer, et qui se soldent trop souvent par de nouvelles contraintes.

Certains collègues ont déjà abandonné. Je n’ai pas envie de les rejoindre sur ce terrain.
Mes engagements m’amènent à avoir des réunions auprès de nos Ministres de tutelle (ou parce que pour simplifier la chose, nous avons un Ministère qui gère la santé, et un autre qui gère la façon dont la médecine est enseignée pour pouvoir ensuite entrer dans le monde de la santé).
Jusqu’à présent il était habituel de voir l’un et l’autre se renvoyer la balle, avec le refrain facile du « ah mais ce point précis ne dépend pas de moi… » et la partie de ping-pong qui aboutit bien souvent à ne jamais prendre de décision.

Je ne souhaite pas ici rentrer dans des considérations politiciennes, ce n’est pas mon but, et je ne souhaite pas que ces propos puissent être récupérés comme cela.
Je note juste qu’à ne jamais perdre espoir de voir les deux Ministères discuter ensemble, le même jour, au même endroit, avec les représentants des MG futurs, présents et enseignants, cette rencontre a fini par voir le jour.
Tout ce qui y a été dit s’annonce prometteur, et signe d’une éclaircie dans un ciel sombre jusqu’ici.
Je ne suis pas dupe, il faudra passer de la parole aux actes, mais nous sommes plusieurs à avoir entendu ce discours et veillerons, j’en suis sûr, à le voir se concrétiser.

Eternel optimiste je suis. Eternel optimiste je veux rester…

Mais c’est un sentiment loin d’être partagé par mes collègues.
Je ne peux nier que certains aient été échaudés. Je ne peux nier qu’ils essaient juste amicalement de me mettre en garde.

« J’veux juste aller mal et y’a pas d’mal à ça, traîner, manger que dalle, écouter Barbara » (Non, non, non (écouter Barbara), Camélia Jordana)

C’est l’impression que j’ai.
« Nous allons mal, et rien de changera jamais. Fin de la discussion »
Ca sert à quoi alors, de chercher à faire bouger les lignes ?
Si je m’étais cantonné à cela, je n’aurais pas cherché à établir un dialogue au sein de ma faculté de médecine, avec les plus hauts dirigeants.
On me disait que ce n’était pas la peine. Pire, c’était peine perdue.
Je n’ai jamais trouvé porte close pourtant.
J’ai défendu mes positions, nous avons trouvé des terrains d’entente.
Tout n’est pas devenu rose du jour au lendemain, mais il y a quelques éclaircies dans un ciel qui était annoncé comme « gris sans espoir ».

« J’ai bien fait des pieds et des mains pour éviter qu’au petit matin, sans exception depuis des mois tu ne te lèves de ce pied-là » (Des pieds et des mains, Lynda Lemay)

J’ai récemment participé à l’enregistrement du Magazine de la Santé.
Outre le fait de voir le sourire de mes zèbres quand leur père était à l’écran, outre le plaisir sincère et enthousiaste que j’ai pris à y participer, outre le stress qui était le mien de découvrir des questions auxquelles je ne m’attendais pas du tout, je garde un excellent souvenir de cette expérience.

J’y suis allé en tant que médecin généraliste pour répondre à des questions de médecine générale.
Alors, oui, le médecin généraliste ne fait pas que des petits bobos dans sa vie, et je suis le premier à le dire.
Mais Rome ne s’est pas faite en un jour.
Il nous faut construire petit à petit notre présence et nous faire reconnaître pour ce que nous sommes : des professionnels des soins primaires, compétents dans beaucoup de domaines.
Nous n’avons pas à rougir de ce que nous sommes, ni à nous cantonner à une simple spécialité d’exercice.

Mais je refuse que nous fassions la fine bouche, partout, tout le temps, pour tout.
Je refuse qu’on n’aille pas répondre à des questions sur « que faire avant de partir en vacances », sous prétexte que « ce n’est pas assez noble pour nous ».
Un pas à la fois.
Nous gagnons et gagnerons nos lettres de noblesse.
Nous parlerons un jour des choses à faire avant de partir en vacances. Et de tout le reste.
Mettons le pied pour coincer la porte entrouverte, et ne jamais la laisser se refermer. Continuer la lecture

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Le clan des Siciliens

« Les voilà! les voilà! c´est vous! quelle merveille! Par ici les manteaux, par là les bouteilles. Les voisins sont montés en chemise de nuit, on les applaudit, ce sont des amis. Un pique nique en hiver sur une moquette, c´est la faim, c´est la joie, la bonne franquette. Et ça fume et ça boit, ça chante et ça rit. Je peux vivre sans pain mais pas sans amis… » (La bonne franquette, Herbert Pagani)

Ces paroles de chanson, je ne les connaissais pas avant de connaître celle qui est ensuite devenue @MmeCalaf il y a 14 ans maintenant.
Disons que je ne suis pas le seul à connaître des chansons… peu connues…

L’amitié. C’est une valeur universelle.
Même si à y regarder de plus près, on a toujours un truc à dire sur l’un ou sur l’autre. C’est la nature humaine qui doit vouloir ça. Ou alors nous sommes tellement peu sûrs de nous, que nous cherchons à dédouaner ce manque de confiance dans le reproche fait aux autres.

Il n’y a aucune amitié sincère alors ?
Et si l’amitié c’était aussi de savoir reconnaître ce qu’on aime chez l’autre, sans nier les petits riens qu’on apprécie moins. L’amitié c’est donc être lucide et sincère en somme.
J’aime bien ça.
Les moments où le temps passe si vite qu’on ne s’en rend plus compte. Où l’on peut se parler comme si on s’était vu encore la veille, alors que la dernière rencontre date de plusieurs mois ou de plusieurs années.

« Si tu aimes les éclaircies, mon enfant, mon enfant, prendre un bain de minuit dans le grand océan, si tu aimes la mauvaise vie, ton reflet dans l´étang, si tu veux tes amis près de toi, tout le temps… » (Ton héritage, Benjamin Biolay)

Les amis, la famille. La famille dont on hérite à la naissance. La famille qu’on se choisit et qu’on appelle « les amis ».
C’est pareil. C’est l’un des pieds du trépied dont j’ai régulièrement parlé ici.

La famille, c’est pour moi se retrouver comme dans la série que je regardais dans ma jeunesse. « Une famille formidable ». Dans ses débuts, bien avant qu’ils n’étirent le concept en longueur, en lui faisant perdre pas mal de sens je trouve.
Mais bref, cette famille qui pouvait traverser des moments de joie intense, des difficultés, mais qui se retrouvait toujours, à la fin de l’épisode, autour d’une table, dans une bonne ambiance.
Aimer l’autre, en respectant ses différences.

La famille, pour moi, c’est me retrouver avec mon « clan des siciliens », autour des lasagnes préparées par la mamma qui n’a rien d’une sicilienne sur le plan génétique, mais beaucoup sur les autres plans.
C’est se retrouver autour des desserts « traditionnels ». C’est discuter, rire. Ne pas être d’accord parfois. Se dire aussi que, oui, vraiment, la mamma parle autant qu’une vraie sicilienne. Mais ne pas voir le temps passer.
C’est bizarre à quel point les clichés de la famille sicilienne peuvent se retrouver dans ces moments passés. Je n’ai pas pourtant l’impression d’avoir été élevé par un padre traditionaliste, au contraire, mais il faut croire qu’une partie de cet esprit est génétique.

J’aimerais me dire que tout le monde peut vivre des moments comme ça. J’aimerais me dire qu’il suffit de ne pas se prendre au sérieux, et de prendre la vie comme elle vient. Et que ces moments là sont autant de petits cailloux semés sur le chemin de nos vies pour pouvoir contempler un jour tout ce que nous aurons parcouru ensemble.

« Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe ma vie à écouter cette symphonie qui était si belle et qui me rappelle un amour fini » (Dans la maison vide, Michel Polnareff)

« Docteur, depuis qu’il est mort, je n’arrive plus à vivre. Je n’arrive plus à avancer. Je ne mange plus ».

Tous les médecins généralistes qui liront ce billet liront cette phrase comme un écho à leurs propres expériences professionnelles. Nous avons tous entendu cela un jour ou l’autre.
Comment ça se passe quand on a eu l’habitude d’avoir de l’animation dans un foyer, et que d’un coup le silence y règne.
Comment fait-on pour surmonter cela ? On parle au disparu, quitte à passer pour un imbécile aux yeux des autres ?

Mais surtout, quand on n’a pas eu de clan, quand on n’a pas entretenu cet esprit de famille, ou qu’on n’a pas veillé à avoir un cercle de famille choisie (comprenez d’amis) sur qui compter, on fait comment ?

« La maison si nette, qu’elle en est suspecte, comme tous ces endroits où l’on ne vit pas. Les êtres ont cédés, perdu la bagarre, les choses ont gagné, c’est leur territoire.
Le temps qui nous casse, ne la change pas, les vivants se fanent, mais les ombres pas. Tout va, tout fonctionne, sans but sans pourquoi, d’hiver en automne, ni fièvre ni froid » (La vie par procuration, Jean-Jacques Goldman)

Tic. Tac. Tic. Tac.
J’imagine une scène de cinéma. Une horloge franc-comtoise responsable de ce tic-tac.

Finalement, je préfère que la mamma parle fort. Et que le padre fasse ses blagues à deux balles. Et que les zèbres s’amusent. Et qu’entre frangins on continue à se taquiner.
Et que je retrouve les twittos aussi. Ca fait un bail que je ne les ai pas vus. Mais on reprendra le fil de notre discussion, comme d’habitude.

Il paraît qu’on vieillit comme on a vécu.
Je vous raconte pas le bordel que ça va être.
Mais on va finir tous autour d’un repas. A table.

Générique. Pas de mot « FIN ». On va l’étirer en longueur aussi le concept. Après tout… Continuer la lecture

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La Médecine Générale en finale ?

« Le temps passe. Devant nous, l’impasse. Avant le passage, sachons être sages. Je sais la faiblesse de mes mots qui blessent. Je m’en veux tant.
Le temps court sans aucun recours. Mes peurs m’encouragent à te mordre de rage, un dernier reproche et le mur se rapproche. Je m’en veux tant. » (Six pieds sous terre, Mozart l’Opéra Rock)

Il y a quelques jours, @gendesalp publiait un billet ici en guise de bilan et de point final à son activité de médecin généraliste libéral.

Comme beaucoup d’autres, j’imagine, j’ai accueilli la nouvelle à la manière d’une gifle en pleine figure.
Tous ses arguments résonnent parfaitement chez beaucoup d’entre nous, médecins généralistes.
La course à une augmentation de notre rémunération pour faire face aux charges, la diminution de nos semaines de vacances pour tenter de compenser… la course sans fin, avec l’arrière pensée qu’il ne faut pas se plaindre, parce qu’à bien y regarder il y a des citoyens bien plus en difficulté que nous.

Une petite dose supplémentaire de « t’as signé, c’est pour en chier » qu’on entend souvent, entre deux « on vous a payé vos études » et « arrêtez de vous plaindre bande de nantis », et on en arrive au constat partagé : Quid de l’avenir de la médecine générale en France ?

J’avais déjà eu l’occasion d’en parler, voire de pousser des coups de gueule ici et ou encore .

Le temps passe. Peu de choses changent. Les découragements s’amoncèlent.

« Elle attend que le monde change, elle attend que changent les temps. Elle attend que ce monde étrange se perde et que tournent les vents. Inexorablement, elle attend » (Elle attend, Jean-Jacques Goldman)

Alors, une fois n’est pas coutume, je vais un peu sortir du monde des bisounours pour parler de nous. J’entends « nous » les médecins généralistes. Et notamment ceux des réseaux sociaux, très actifs.

Il plane en ce moment une sorte d’indignation mêlée à une résignation viscérale.
Le choses vont mal. Nous allons droit dans le mur.
Nous nous lamentons, nous nous offusquons, nous sommes parfois révoltés.
Et après ?
Une fois ces sentiments de colère et de rage passés, que faisons-nous ?
Nous retournons sagement à nos occupations.
Oh, parfois, nous râlons un peu plus fort, si fort que d’autres que nous (les généralistes) l’entendent, et s’indignent de concert.

Mais nous restons là. A attendre que le monde change. Qu’il change comme nous le voulons, mais qu’il change sans que nous intervenions. Parce que, bon, faut pas pousser, on a des milliards de choses à faire, et beaucoup trop pour s’investir et influencer les choix et les décisions de ceux qui sont aux responsabilités.


« Trois tours d’périph, fenêtre ouverte, j’vois passer c’qu’on aurait pu être. Oui, je t’en veux, mais moins qu’à moi » (Tout s’efface, Patrick Bruel)

Je m’en veux. Je n’en fais sans doute pas assez.
Nous, médecins généralistes, pourrions connaître un avenir tellement plus encourageant que celui qui nous est promis. Nous pourrions faire tellement, en collaboration avec nos confrères des autres spécialités. Mais nous restons là, contemplatifs. Nous laissons les autres faire. En râlant. Mais sans bouger. Ou si peu.

En ces moments de coupe du monde de football, nous râlons sur les joueurs et l’arbitre devant notre écran, sans vouloir chausser les crampons et aller sur le terrain. C’est plus facile. On peut ensuite avoir le beau rôle, à coups de « je vous l’avais bien dit » ou de « je savais parfaitement ce qu’il fallait faire, c’était évident, et facile ».

« On dit dans la rue que pour toi y a plus d’issue, que pour sauver ton honneur, il faut quitter cette fleur » (On dit dans la rue, Roméo et Juliette)

La situation est perdue d’avance ?
Il n’y a plus rien à faire ?
Nous allons tous, un jour ou l’autre dévisser notre plaque, nous les médecins généralistes ?
Et si on réveillait enfin un peu ?
Et si nous pesions un peu plus lourd dans les négociations, les décisions ?
Nous sommes soi-disant le pivot du système de soins… Je nous vois bien faire le culboto : nous bougeons beaucoup, mais nous restons sur-place.

J’entends déjà venir les critiques, je suis un syndicaliste… bla bla bla… mais toi t’as le temps… bla bla bla…

« Je prie les hommes, je prie les rois, d’être plus homme, d’être moins roi. Je prie les yeux, les yeux défaits ce que les cieux, ne voient jamais. Je prie l’amour, et nos cerveaux, qu’on imagine et qu’on se bouge et sans trop compter sur là-haut » (Prière païenne, Céline Dion)

Voilà.
Je prie. Pour que nous nous réveillons un peu.
Nous pouvons faire des actions collectives. Je ne parle pas de grève ou de choses de ce genre. Les syndicalistes pur souche auront tout le loisir de la décréter s’ils la souhaitent.
Non, je parle d’être force de proposition.
D’être un lobby. Pas dans le mauvais sens du terme. Pas pour défendre de petits intérêts particuliers.
Mais pour peser sur les négociations.
Parce qu’au final, ce sont nos patients, à tous, qui vont souffrir si nous partons.
Alors quel camp choisissez vous : celui des commentateurs sportifs, ou celui des joueurs ?
En sport, que l’on gagne ou qu’on perde un titre, on peut se targuer de l’avoir défendu.

Qu’allons-nous choisir de faire pour l’avenir de notre profession ?
Je serai sur le terrain. J’y suis déjà.
Mais nous ne sommes pas assez nombreux pour ce sport collectif.
J’entends déjà les commentateurs nous dire que nous aurions dû faire autrement.
J’ai du mal à voir l’arbitre. Il nous reste encore combien de temps avant le coup de sifflet final ? Continuer la lecture

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Le bonheur, si je veux

« A happy girl, a happy boy, a happy son, a happy friend all living in a happy world, all living in a lonely world » (Naive song, Mirwais)
(Une fille heureuse, un garçon heureux, un fils heureux, un ami heureux vivant tous dans un monde heureux, vivant tous dans un monde seul)

Ce billet me démange depuis un moment.C’est quoi le bonheur ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ?

Je lis régulièrement sur les réseaux sociaux ou ailleurs des messages ou des billets très inquisiteurs sur le bonheur. Un peu dans l’idée de « C’est quand le bonheur » de Cali.
Comme si le bonheur ne dépendait que des autres, et jamais de soi.

« – Docteur, ça ne va pas du tout. Mon mari fait la cuisine, mais il n’écoute rien de ce que je lui dis. Il n’en fait qu’à sa tête. Pourtant je lui dis comment faire. Moi je sais. Mais il veut pas m’entendre. Il me rend folle à ne rien faire comme je le veux.
 – Donc ce qui ne va pas c’est que votre mari (de 83 ans) ne vous obéit pas ?

– Non. Enfin oui. Enfin… ce serait tellement plus simple s’il faisait ce que je lui dis »

Le bonheur, c’est uniquement l’autre qui peut l’apporter, si j’écoute cette patiente. Ou plus exactement, le bonheur, c’est quand le monde tourne comme « Je » l’a décidé. « Je » est donc heureux en dictant la conduite des autres.
Le bonheur de « Je » est une dictature.

« Quand JE et MOI sont dans un bateau, JE rame, et c’est MOI qui tombe à l’eau. Quant au boulot, pendant que JE, l’affreux, n’en fout pas une rame, moi, besogneux, ne bosse que pour ses impôts. » (Je et Moi, Michel Fugain)

On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Cette attente contemplative d’un évènement extérieur qui amènerait ce bonheur « parce que j’y ai droit ».
J’ai un peu l’impression qu’à ce jeu là, on peut attendre longtemps. Toute une vie même.

« I was an impossible case, no-one ever could reach me. But I think I can see in your face there’s a lot you can teach me. So I wanna know, what’s the name of the game ? Does it mean anything to you ? » (The name of the game, ABBA)
(J’étais dans une situation impossible, personne ne pouvait m’atteindre. Mais je pense que je peux voir sur ton visage que tu peux m’apprendre beaucoup. Alors j’aimerais connaître le nom de ce jeu ? Est-ce que ça te dit quelque chose ?)

S’ouvrir aux autres. Partir du principe que le bonheur vient de l’autre par ce qu’il peut nous apporter et pas ce qu’on attend de lui.
Jouer le jeu du bonheur, sans exiger rien de personne, et juste prendre les choses comme elles viennent.
Le bonheur qu’on décrète plutôt que celui qu’on subit.
Bon… on frôle la bisounourserie quand même ?
Une amie a cité récemment dans un autre contexte le discours inaugural de Kennedy « ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Adapté à la recherche du bonheur, je dirais : n’attendez pas qu’on vous apporte le bonheur, mais œuvrez en permanence pour le créer.
Il y a une forme d’égoïsme dans le bonheur ? 

« Qu´est-ce qui les fait sourire encore, ces gosses des rues, toujours dehors, entre la peur et la loi du plus fort ? Est-ce qu´ils sourient pour la photo, ou parce que pour sauver sa peau, les autres et la misère, c´est déjà trop? » (Ne m’oublie pas, Michel Fugain)

On pourrait se dire que le bonheur dépend des conditions matérielles. Le bonheur, c’est vivre dans des draps de soie, en partant en vacance sur un yacht au milieu d’eaux bleu turquoises.
J’exerce dans une ville du nord, dans un quartier pas forcément très favorisé. Ce qu’on appelle le « niveau social » en terme de richesses n’est pas très important.
Et pourtant je ne soigne pas des patients tristes. Certains sont même des mines de bonheur à ciel ouvert.

« Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux. Il faut se satisfaire du nécessaire : un peu d’eau fraîche et de verdure que nous prodigue la nature, quelques rayons de miel et de soleil » (Le livre de la jungle)

Je me dis parfois que les dictateurs de bonheur, jamais satisfaits de ce que les autres peuvent apporter, devraient peut-être aller faire un tour dans des pays très défavorisés et voir à quel point les enfants peuvent tout de même être heureux.
Je me dis aussi qu’un jour, je devrais y faire un tour moi-même, pour apprendre à relativiser les fois où je ne suis pas content, où je me plains de telle ou telle chose. Pour voir que le bonheur, c’est de vivre, avant tout.
Mais être heureux, ça s’apprend ?

« T’es du parti des perdants, consciemment, viscéralement. Et tu regardes en bas, mais tu tomberas pas tant qu’on aura besoin de toi. Et tu prends les bonheurs comme grains de raisin, petits bouts de petits riens » (Famille, Jean-Jacques Goldman)

On peut ne pas avoir une forte confiance en soi et pourtant prendre la vie comme elle vient.
J’ai fait ce choix.
Je ne brille pas par ma confiance en moi, je pense que je me pose beaucoup (trop) de questions en permanence, mais j’aime me dire que le bonheur réside dans de petites choses.
Faire plaisir à mes zèbres.
Appeler ma femme sur la route, même si je serai là dans moins de 5 minutes.
Passer une après-midi à jouer au Time’s up.
Aller rencontrer des twittos dans la vraie vie et parler tranquillement comme si nous nous étions toujours connus.
Lire les billets, les blogs, les merveilleux livres de ces mêmes twittos-amis. Etre fier de les connaître, comme on peut être fier de connaître de belles personnes.
Ca ne m’empêche pas de râler, bougonner, bien sûr. Je suis humain.

« J’ai décidé d’être heureux parce c’est bon pour la santé »  disait Voltaire.
Nous avons placé cette phrase en grand dans la maison pour y penser tous les jours.
Peu importe les évènements que la vie peut nous réserver, bons ou mauvais, car il y aura forcément les deux, on peut tenter d’être heureux si on le veut.

« Look at me standing here on my own again up straight in the sunshine. No need to run and hide, it’s a wonderful wonderful life. No need to laugh and cry it’s a wonderful wonderful life » (Wonderful life, Black)
(Regardez-moi ici encore, debout sous le soleil. Pas besoin de courir ou de se cacher, c’est une vie merveilleuse. Pas besoin de rire ou de crier, c’est une vie merveilleuse)

Chaque jour suffit sa peine.
Chaque jour porte aussi son lot de bonheur. Si « Je » veux.

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Carpe diem

« Il y a plein d´enfants qui se roulent sur la pelouse, il y a plein de chiens. Il y a même un chat, une tortue, des poissons rouges, il ne manque rien.
On dirait le Sud, le temps dure longtemps et la vie sûrement plus d´un million d´années. Et toujours en été.
Un jour ou l´autre il faudra qu´il y ait la guerre, on le sait bien. On n´aime pas ça, mais on ne sait pas quoi faire, on dit c´est le destin » (Le sud, Nino Ferrer)

Il y a quelques jours, mon zèbre m’a demandé d’enregistrer le documentaire « Apocalypse » sur France 2.
Il doivent le regarder à l’école en principe.
Ca tombe bien, je n’ai pas eu le temps de le regarder au moment de sa diffusion, et j’aurai la possibilité d’y jeter un œil aussi.
J’ai donc enregistré le programme sur l’ordinateur et l’ai ensuite converti en format DVD.
Soit. Je ne vais pas faire un billet sur « comment convertir un fichier wtv en DVD », rassurez-vous.

C’est juste qu’en vérifiant si la gravure avait fonctionné, je suis tombé sur des images qui m’ont fait l’effet d’une sacré claque.
On y voyait un enfant, une petite fille de 5 ou 6 ans, jouant à la plage, avec le sable et les vagues.
Sorties du contexte, ces images pourraient donner lieu d’images d’archives sur les années 30, la façon de vivre, les vacances. Quasiment une valeur ethnologique finalement.

Sauf que le titre du documentaire était « Apocalypse ».
Cette fillette jouait, insouciante comme toutes les fillettes de 6 ans. Comme ma petite zébrette.

« Elle allait à l’école au village d’en bas. Elle apprenait les livres elle apprenait les lois. Elle chantait les grenouilles et les princesses qui dorment au bois. Elle aimait sa poupée elle aimait ses amis, surtout Ruth et Anna et surtout Jérémie, et ils se marieraient un jour peut-être à Varsovie.
Comme toi […] Comme toi que je regarde tout bas. Comme toi qui dort en rêvant à quoi ?
Comme toi […]

 
Elle s’appelait Sarah, elle n’avait pas huit ans, sa vie c’était douceur rêves et nuages blancs, mais d’autres gens en avaient décidé autrement. Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge, c’était une petite fille sans histoire et très sage, mais elle n’est pas née comme toi ici et maintenant » (Comme toi, Jean-Jacques Goldman)

Même si cette chanson a été écrite en rapport à la deuxième guerre mondiale, je n’ai pu m’empêcher de l’entendre résonner dans ma tête immédiatement.
D’autant plus que cette première apocalypse n’a pas été suffisante et qu’elle a donné lieu à cette deuxième là.

Tous ces enfants insouciants, jouant sans imaginer la suite de leur vie. Sans imaginer que certains ne reverraient jamais leur père, leur mère, leurs proches à cause de ces guerres…

Je n’ai pas envie de me la jouer Miss France, j’aimerais qu’il n’y ait plus de guerre dans le monde, mais les évènements ne semblent pas prendre ce chemin.
Je suis habituellement d’un naturel optimiste, mais je ne peux m’empêcher d’y penser de plus en plus.

Nous avons la chance d’être nés dans un pays en paix, et d’être libres.

« J´avais oublié l´ironie de notre histoire. J´avais oublié qu´on a si peu de mémoire. Combien de larmes, combien de haines, combien de hontes, combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe?
Est-ce que c´est moi qui deviens fou? Répondez-moi, mes yeux sont flous. Au nom de qui fait-on le choix de l´innocence? Au nom d´ quelle liberté, de quelle transparence ? » (Combien de murs, Patrick Bruel)

J’ai un pincement au cœur, je vois la vie par mes yeux d’adultes et de père. Saura-t-on éviter un troisième opus ? Puis-je dormir en me disant que l’optimisme reste de mise et qu’il faut faire confiance en l’humain ?

J’aimerais me dire que les nouvelles technologies de l’information permettront d’éviter le pire, que la propagande sera rapidement mise à mal et que les peuples se parleront.
J’aimerais que le « plus jamais ça » soit vraiment dit et entendu.
La vie est trop courte pour penser la raccourcir encore, non ?

« In Europe and America, there’s a growing feeling of hysteria. Conditioned to respond to all the threats in the rhetorical speeches of the Soviets. […] We share the same biology regardless of ideology. What might save us, me, and you is if the Russians love their children too » (Russians, Sting)

(En Europe et en Amérique, un sentiment d’hystérie grandit. Conditionnés à répondre à toutes les menaces de la rhétorique des discours des Soviétiques. Nous partageons la même biologie, quelle que soit l’idéologie. Ce qui pourrait nous sauver vous et moi, c’est que les Russes aiment aussi leurs enfants)

En attendant, je vais continuer à sourire.
Zébrette me parle de princesses en souriant et en riant.
L’insouciance se cultive, je pense. Comme le père dans le film « La vie est belle ».

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Carrément méchant, jamais content

« Sur le fil de ma vie je me perds parfois. A chercher l’équilibre, je tombe. Mes envies font toujours ce qu’elles veulent de moi, et tant pis si demain tout retombe » (Sur le fil, Jenifer)

Bon, d’accord, comme entrée en matière pour un billet de blog, citer du Jenifer, c’est comme un médecin qui puiserait ses connaissances dans Doctissimo…
Ma dernière zébrette avait allumé son lecteur mp3 antichoc (investissement incroyablement rentabilisé tellement elle l’écoute) et cette chanson emplissait la maison de façon ma foi fort sympathique habituelle.

Mes envies font ce qu’elles veulent de moi…
De quoi ai-je envie ?
De tout. De rien.
Un jour de soulever des montagnes. Le lendemain de repasser en stade larvaire et procrastinateur.
Parfois, je sais de quoi j’ai envie. Parfois pas du tout.
Et c’est régulièrement déstabilisant cette indécision.
Acheter des yaourts au supermarché, c’est presque un parcours du combattant : quel parfum ? quelle texture ? avec morceaux ? sans ?
Et si je me décide (enfin dirait ma chère et tendre) il m’arrive a posteriori de me dire « ah mais j’aurais peut être dû choisir l’autre finalement ».

« Faudrait savoir ce que tu veux, Faudrait savoir ce que tu veux,
C est comme ça qu’est-ce que j y peux, C est comme ça qu’est-ce que j y peux
 Après tout qu’est-ce que j’y peux » (Double jeu, Christophe Willem)

Si je ne sais pas ce que je veux, est-ce parce que je ne sais pas qui je suis ?
Parce que si je savais, de A à Z, je saurais me décider pour mes yaourts à chaque moment important de ma vie, non ?
Donc, je ne sais pas qui je suis. Mais qui le sait alors ?
Ma femme et mes 3 zèbres ? Oui, je pense qu’ils me connaissent plutôt pas mal. Je me vois dans leurs yeux et je comprends par leurs réactions comment je fonctionne aussi.
Ils sont ma bouffée d’oxygène, un des pieds de mon trépied.

Les amis aussi permettent de mieux se connaître.
Je distingue volontiers les connaissances des amis. Les amis sont là dans les bons moments comme dans les mauvais, et vous pouvez ne pas vous voir pendant des semaines, voire des mois, et reprendre une discussion là où elle s’était arrêtée comme si le temps n’avait eu aucune prise.
Le temps laisse par contre une empreinte sur les connaissances, qui nous amène à parler de la pluie, du beau temps… et ne plus avoir grand chose d’autre à échanger.

Pour moi qui allie doute et manque de confiance en soi, les relations sociales jouent un rôle de miroir. Pas dans le sens narcissique de la sorcière dans Blanche-Neige « Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis le plus beau », mais plutôt pour montrer un reflet de soi avec un commentaire « Mais regarde-toi un peu, t’as pas à rougir de toi ».

Mention toute spéciale à mes amis twittos et assimilés : un miroir inattendu et enrichissant. Je suis moi, on ne parle pas de la pluie et du beau temps… on se retrouve de temps en temps dans la vraie vie et nous poursuivons nos discussions.
Et même si Christian me renvoie une image Dexterienne qui me fait rire, j’espère bien le rencontrer un jour prochain…

« Un jour c´est oui, un jour c´est non. Un jour c´est d´accord, un jour c´est hmm pas question! Un jour c´est oui, un jour c´est non. Un jour sur deux, t´es adorable, un jour sur deux, t´es invivable » (Un jour c’est oui, un jour c’est non, Thierry Hazard)

Ce qui me rassure, c’est que les patients, en général, ont l’air d’être soumis aux mêmes doutes et aux mêmes interrogations.

BREAKING NEWS !

Je suis donc un être humain « normal« 

J’essaye de tenir compte de cela quand je leur parle. Un patient diabétique faisant très attention à la seule chose qui prolongera durablement sa vie (et non, ce ne sont pas les médicaments, mais bien son alimentation et son hygiène de vie) va parfois perdre sa motivation, faire des « écarts » ou des excès.
Et heureusement !
La vie n’est pas une ligne droite. Elle est remplie de courbes. Le but à atteindre est fixé, mais les chemins pour y parvenir sont multiples et sinueux. Mais il faut garder en tête l’objectif.

« Tenter, sans force et sans armure, d’atteindre l’inaccessible étoile. Telle est ma quête, suivre l’étoile » (La quête, Jacques Brel) *Spéciale dédicace à l’un de mes associés

 Comprendre que le patient peut parfois être aussi perdu que je peux l’être, et jouer le rôle de miroir.
Les communicants appellent ça le renforcement positif. Montrer aux patients qu’il vaut mieux une somme de petites victoires au quotidien qu’une seule écrasante et éphémère conquête.

C’est passionnant cette partie du métier : la relation aux autres.
Et parfois, c’est usant et démotivant.
Un jour, on a l’impression d’avoir été utile et d’être envahi par un sentiment de fierté du (bon) travail accompli.
Parfois on a l’impression de tout faire de travers, même en y mettant tout son cœur.

Très rarement, je me dis que je devrais arrêter la « part soin » du métier. Faire des statistiques, de la pédagogie…
Très souvent, je me dis que la part soin est tellement enrichissante que pour rien au monde je ne l’abandonnerai.

A chercher l’équilibre, je tombe. Oui, finalement, les paroles de la chanson qu’écoute zébrette me correspondent. Je vais l’écouter encore un petit peu…
Ah ? Mais ? Pourquoi l’a-t-elle arrêtée en plein milieu ?
Quoi ? Jouer à un jeu de société avec elle ? Mais il y a cinq minutes elle voulait dessiner en écoutant de la musique !

Il faudrait qu’elle sache ce qu’elle veut de temps en temps, non ? Continuer la lecture

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Quand on est con…

« Le temps ne fait rien à l’affaire. Quand on est con, on est con ! Qu’on ait 20 ans, qu’on soit grand père. Quand on est con, on est con ! » (Quand on est con, Georges Brassens)

On le devient ou on l’est d’emblée ?
Il paraît qu’on est toujours le con de quelqu’un. Je veux bien le croire. Même si je trouve ça un peu con, justement.
J’espère ne pas être votre con, vous qui lisez ces lignes. En même temps, être con, c’est exister. C’est mieux que l’indifférence, non ?

Pourtant… Pas mal de messages circulent ça et là en ce moment, les anti « mariage pour tous », les anti IVG, les anti     (inscrivez ici ce que vous voulez)    … qui stigmatisent une partie de la population et tentent le clivage des uns contre les autres.

« On danse, les uns contre les autres. On court, les uns après les autres. On se déteste, on se déchire, on se détruit, on se désire. Mais au bout du compte on se rend compte qu’on est toujours tout seul au monde » (Les uns contre les autres, Starmania)

Au final, la fameuse fraternité inscrite sur nos bâtiments publics, la tolérance qui devrait être la nôtre partout et en tout temps pour accepter l’autre dans sa différence… elles sont où ?
Sommes-nous condamnés à être de grands égoïstes vivant en société ?
Nos dirigeants politiques entretiennent-ils parfois cet égoïsme à des fins purement politiciennes ?

« L’essentiel à nous apprendre, c’est l’amour des livres qui fait qu’tu peux voyager d’ta chambre autour de l’humanité, c’est l’amour de ton prochain, même si c’est un beau salaud. La haine ça n’apporte rien, pis elle viendra bien assez tôt » (C’est quand qu’on va où ? , Renaud)

Oui, bon, on va encore me taxer de bisounourserie, mais franchement, si on y mettait juste un peu du nôtre, la vie serait tellement plus facile.
Suffirait juste de le vouloir. Un peu.
Parce que les enfants, eux, sont souvent plus tolérants que nous ne le sommes. Alors, on devient quand intolérant ?
Il y a un jour précis ? C’est comme les dates sur les yaourts, tu deviens non recommandable du jour au lendemain ? Ou, toujours comme les yaourts, même si tu dépasses un peu la date, on peut encore te côtoyer sans risque ?

« Nous avons été les bourreaux de Luther King, d’Atahualpa, Copernic et Galileo. Nous sommes les fils d’Attila. Pourquoi l’homme est-il donc un loup ? Cinq siècles et plus de barbarie… En aurons-nous un jour assez du sang des larmes et des cris ? » (Nous sommes ce que nous sommes, Dracula (avec Bruno Pelletier))

Quand devenons-nous vraiment nous-mêmes ?
Parce qu’à bien y réfléchir, je peux me souvenir du jour où j’ai décidé d’être médecin. Avant même de m’inscrire à l’université. J’avais décidé que je ferais ça comme métier. J’ai travaillé, j’ai eu mon concours, pas du premier coup, mais j’ai continué à travailler… Et j’ai passé toutes les autres années.
Mais quand suis-je devenu médecin ?

Quand j’ai vu mon premier patient ?
Quand j’ai pris en charge seul mon premier patient ?
Quand j’ai vu mon premier décès ?
Quand je me suis senti un peu responsable de mon premier ?
Quand je me suis installé ?
Quand j’ai eu un an d’installation ? Deux ?

Je suis l’heureux père de trois zèbres qui grandissent beaucoup trop vite à mon goût…
Mais je suis devenu père quand ?
Quand nous avons décidé d’avoir notre premier enfant ?
Quand nous venions tout juste de le faire ?
Quand la première zébrette est née ?
Au bout d’un mois ? Deux ?

Je pensais être politiquement de droite, parce que je crois viscéralement à la valeur du travail et qu’on n’a rien sans rien dans la vie. Travailler dur, peu importe le métier, mais être fier du travail accompli, comme autant de pièces d’un édifice que serait notre société. Enlevez une pièce, et l’édifice s’effondre.
Et je me rends compte à écouter les ténors de droite que je ne partage aucune autre idéologie.
Je suis donc devenu plus de gauche ? Mais quand ?
Quand j’ai été confronté à la détresse sociale de certains patients ?
Quand j’ai rejoint Twitter et que j’y ai lu les blogs humanistes et tolérants de beaucoup ?

Quand j’ai cessé de me regarder le nombril ?
Quand j’ai commencé à discuter avec un représentant politique ? Deux ?

J’essaye parfois d’arrondir les angles entre certains, dans la vraie vie ou sur les réseaux sociaux. De prôner un « aimez-vous les uns les autres » que mon enfance m’a appris.
Parfois ça marche. Parfois j’ai l’impression de faire pire que mieux.
Quand arrêterai-je ?
Quand ça ne marchera plus du tout ?
Quand on m’aura dit que je suis un vieux con à toujours vouloir arrondir les angles ?
Quand je me serai emporté en râlant devant l’immobilisme de certaines situations ?
Quand j’aurai « perdu » un ami ? Deux ?

« It’s as if I’m scared. It’s as if I’m terrified. It’s as if I scared. It’s as if I’m playing with fire. Scared. It’s as if I’m terrified. Are you scared? Are we playing with fire? » (Relax, Mika)
(C’est comme si j’avais peur. Comme si j’étais terrifié. Comme si j’avais peur. Comme si je jouais avec le feu. Peur. Comme si j’étais terrifié. As-tu peur ? Jouons-nous avec le feu ?)

Quand on prend une décision, comment sait-on qu’on prend la bonne ?
Quand on décide de choses qui paraissent insignifiantes et ont d’immenses répercussions ensuite, le sait-on ?
Si on ne le sait pas tout de suite, on le sait quand ? Quand il est trop tard ? Quand on en récolte les fruits ? Les fruits mûrs ? Les fruits pourris ?
Parce que l’enfer est pavé de bonnes intentions, que le pouvoir pervertit en général ?
Comment être sûr de soi sans être aveuglé ?
Quand on se trompe une fois ? Deux ?

Faut vraiment que j’arrête de me poser autant de questions..

Quand on se pose beaucoup (trop) de questions, on passe pour un con ? Continuer la lecture

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Ordinairement anormal

« Miguel, Farid, Marcel, David, Keïko, Solal, Antonio, Pascual. Tout le monde il est beau, Tout le monde il est beau » (Tout le monde il est beau, Zazie)

Matthiace
Remy (sans accent)
Djezon (prononcez comme Jason)

Parfois, je me demande ce qui pousse certains parents à vouloir coûte que coûte offrir un prénom à leur enfant avec une orthographe originale (pour ne pas dire farfelue).

Bon, d’accord, je suis peut être mal placé pour dire ça. Mon prénom s’écrit avec deux t.
Tout simplement parce que sur le calendrier, Saint Matthieu s’écrit avec deux t (oui oui, mes parents ont vérifié avant de me donner ce prénom).
Du coup, j’insiste pour avoir mes deux t quand on écrit mon prénom.

« Avec un h ? »
Ben, oui, aussi… pourquoi, ça s’écrit sans ??

Bref, j’ai trop souvent l’impression qu’on veut rendre un enfant extraordinaire en lui donnant un nom ordinaire avec une orthographe improbable hors du commun.

« Etre à la hauteur, de ce qu’on vous demande, ce que les autres attendent. Et surmonter sa peur d’être à la hauteur du commun des mortels. Pour chaque jour répondre a l’appel et avoir à coeur d’être à la hauteur » (Etre à la hauteur, Le Roi Soleil)

J’imagine la pression sur les pauvres enfants.
« Nan mais, toi, t’es pas juste Matthias. T’es Matthiace. Tu es promis à un grand destin »

Mais oui, quand on est gamins, on veut tous être des super héros. Moi je rêvais d’être Superman, voler, avoir des rayons laser qui me sortent des yeux…
Puis j’ai compris que le slip rouge moulant n’était pas seyant grandi.

En grandissant, on se rend compte qu’on est ordinaires. Dans le bon sens du terme.
Mais comment faire si on a reçu une pression de performance « Tu es promis à un grand destin » et qu’on se rend compte trop tard qu’on est juste un être humain ?

« Cause were only human, oh yes we are, only human. If its our only excuse, do you think well keep on being only human? Oh yes we are, only human, so far, so far » (Only human, Jason Mraz)
(Parce que nous ne sommes qu’humains, oh oui, juste humains. Si c’est notre seule excuse, pensez-vous qu’on continuera à n’être que juste humains ? Oh oui, nous sommes juste humains, jusqu’à présent)

Donc si nous ne sommes qu’humains, nous appartenons normalement tous à la même tribu.
Et comme nous avons tous besoin d’être rassurés, de se dire qu’on va bien, peut-être même de se sentir vivants, on va chercher à être normaux.
Mais la normalité, c’est quoi ?
C’est être pareil que 95% des gens comme on le dit souvent en statistique ? Mais les 5 autres pourcents, ils sont quoi ? Anormaux alors ?

J’ai les yeux bleu-vert-gris (ouais, un mélange de couleur, c’est pas normal ça).
J’ai la peau blanche.
Donc, dans le nord de la France, je suis normal. Ouf !
Et si je vais en Afrique équatoriale, les humains ont la peau noire, et les yeux marrons. Donc, je serai anormal en Afrique ?
Donc, on peut être différents et rester normaux ?

Tout comme les patients qui viennent me voir en consultation pour me dire que « c’est pas normal d’être tout le temps fatigué en hiver » ou que « c’est pas normal que notre petit bonhomme d’un an tousse toute la nuit ».
Il faut alors expliquer que, si, c’est normal.
C’est pas marrant, c’est pas sympa si ça arrive en vacances, le soir du réveillon, le jour du baptême ou le jour du mariage, mais bon… c’est normal, nous sommes humains.

Il y a trop souvent cette confusion entre la normalité et l’ordinaire de la vie d’un humain. Ordinairement, en hiver, les humains sont plus souvent malades : grippe, gastro-entérite…
Zut, j’aurais bien aimé être extraordinaire de ce point de vue là !
Mais du coup, extraordinaire et anormal ?

Déjà que je fais de la musique sans jamais avoir mis les pieds dans une école de musique, que je ne suis absolument pas passionné par les bagnoles qui roulent vite, et qu’en plus j’ai horreur de bricoler, mais adore cuisiner, ça m’en fait des raisons de ne pas être un homme normal.

« But I won’t cry for yesterday, there’s an ordinary world somehow I have to find. And as I try to make my way to the ordinary world I will learn to survive » (Ordinairy world, Duran Duran)
(Mais je ne pleurerai pas pour hier, il y a un monde ordinaire que je dois trouver d’une façon ou d’une autre. Et plus j’essaierai de tracer mon chemin vers ce monde ordinaire, plus j’apprendrai à survivre)

Voilà. C’est dit.
Avancer en étant normal. Ou anormal.
Ordinaire ou Extraordinaire.

Mais être soi. Sans oublier qu’on est humain, qu’on a besoin de manger, dormir, respirer, aller aux toilettes, bouger, rire… tout en continuant à faire des choses pas forcément normales juste parce que tout le monde ne les fait pas. Mais ils font d’autres choses et on se complète plutôt pas mal à partir du moment où on respecte l’anormalité de l’autre.
Un humain ordinairement anormal.

Dommage, je suis sûr que ça doit être trop cool d’avoir des rayons laser qui sortent des yeux. Même avec un slip rouge moulant. Continuer la lecture

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Love me, please, love me… #OuPas

« Everybody’s gonna love today, love today, love today. Everybody’s gonna love today. Anyway you want to, anyway you’ve got to, love love me, love love me » (Love today, Mika)
(Tout le monde va devoir aimer aujourd’hui, aimer aujourd’hui, aimer aujourd’hui. Tout le monde va devoir aimer aujourd’hui. De la manière que vous voudrez, de toute façon vous devrez m’aimer, m’aimer, m’aimer)

Il y a eu sur Twitter quelques débats passionnés sur ce que devrait être l’enseignement de la médecine.
Je ne parle pas seulement de la médecine générale, mais de la Médecine à l’Université, avec un grand « M » et un grand « U ».
Débats passionnés, chacun ayant des positions bien tranchées, persuadés, moi le premier sans doute, de détenir une part de vérité, sinon « LA » vérité.

Nous ne nous comprenons pas visiblement.
Je suis partisan d’un enseignement de la Médecine sous tous ses aspects dès le « plus jeune âge ». Comprenez : il faut un enseignement riche et varié aux étudiants avant qu’ils ne choisissent leur spécialité. Dans cet enseignement il faut de la médecine générale bien sûr, mais pas que cela. Il faut toutes les spécialités, sans exception.

Car les patients que nous soignons tous (tous les médecins peu importe leur spécialité) proviennent d’un même endroit : leur vie. Certains patients auront des pathologies relevant des spécialistes dits « d’organe », d’autres relevant des spécialistes en médecine générale, d’autres relevant des deux. Il y aura même des patients sans pathologie.
L’objectif de cet enseignement avant le choix de cette spécialité n’est PAS de faire aimer une spécialité plus qu’une autre, mais bien de faire connaître toutes les spécialités pour les approfondir une fois le choix fait en fin de 6ème année.

Comment faire pour en parler sans s’enflammer ? Comment réussir à trouver une position commune ? Allez, je me risque avec un petit parallèle.

« Et je voudrais pouvoir un jour enfin te le dire, te l’ écrire dans la langue de Shakespeare » (Formidable, Charles Aznavour)

D’abord apprendre l’anglais pour ensuite le maîtriser.
Mais apprendre l’anglais, c’est quoi ?
Apprendre à parler l’anglais ou le lire ? Apprendre l’anglais courant, l’anglais des rues, ou l’anglais littéraire ?

Vous trouverez ceux qui vous diront qu’on n’apprend l’anglais qu’en lisant Shakespeare, en en comprenant les subtilités du langage et l’utilisation du vocabulaire. Que toute autre forme d’apprentissage de l’anglais ne serait, au mieux que pure bêtise, au pire, que perte de temps.
(Mais apprenez l’anglais Shakespearien et partez en pays anglophone. Je doute que cela vous serve à commander votre plat au restaurant, ou à avoir une conversation avec un autochtone)

Vous trouverez ceux qui vous diront qu’on n’apprend vraiment l’anglais qu’en apprenant l’anglais courant, ses expressions, son vocabulaire particulier, parfois familier, et ses tournures de phrases qui ne sont utilisées qu’à l’oral.
(Mais apprenez cet anglais et vous ne pourrez pas prendre plaisir à lire Shakespeare ou tout autre œuvre de la littérature anglaise)

Vous trouverez ceux qui vous diront que de toute façon, l’anglais Shakespearien est la base. Que tout n’est ensuite que déclinaison, contraction de phrases et adaptation à la langue parlée. Qu’il faut se concentrer sur cet apprentissage plus noble, parce qu’il vaut plus que l’anglais courant.
Ajoutez ceux qui vous diront qu’il faut absolument apprendre cette base, ne serait-ce que pour pouvoir parler et se faire comprendre lorsqu’on s’adresse à des Shakespeariens pur souche.
(Je n’aime pas cette façon de penser : elle met une hiérarchie là où on parle d’une seule et même chose : l’anglais. Et puis, apprendre le Shakespearien juste pour avoir l’air moins bête en société, c’est se tromper de raison et de motivation d’apprendre le Shakespearien).

Vous trouverez ceux qui vous diront que l’anglais Shakespearien, ce n’est pas la vraie vie. Que ce n’est qu’une infime partie de l’anglais. Certes elle est intéressante, certes on peut s’en servir parfois, mais l’anglais courant fait partie d’un monde complètement différent.
(Je n’aime pas cette façon de penser non plus, car elle est aussi extrémiste que la précédente, en dénigrant les Shakespeariens).

Et vous trouverez ceux, dont je fais volontiers partie qui disent autre chose. Qu’il faut apprendre l’anglais courant, en partie. Qu’il faut apprendre l’anglais Shakespearien, en partie. Et qu’arrivé à un certain niveau d’apprentissage, laisser le choix à celui qui veut apprendre : poursuivre et approfondir l’anglais courant ou l’anglais Shakespearien. Un choix en toute connaissance de cause. Un choix volontaire.
Le Shakespearien diplômé n’oubliant jamais totalement l’anglais courant, et le diplômé en anglais courant ayant des notions de Shakespearien.

Tous au service de la même chose : l’anglais.
Tous dans le même but : parler, interagir avec les autres. Améliorer les échanges.

« Et Alors ? Mais qu’est-ce que ça te fait, si je n’aime pas les protocoles, les idées fixes, les copier coller. » (Et Alors, Shy’m)

Shy’m en fin d’un post sérieux ? Vraiment ??
La vraie musique c’est la musique classique, ou les grands compositeurs. Le reste n’est qu’une déclinaison, au mieux maladroite, au pire grotesque de cette musique noble.
A moins qu’on ne me laisse la possibilité d’aimer les deux, et de m’enrichir de la connaissance de toute la Musique ? Continuer la lecture

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Décrocher des souvenirs du mur

« Où s’en vont ? Où s’en vont ? Tous ces potes qu’on aime, nos certaines affections ? Qu’on est longs, qu’on est longs, à dire les « je t’aime » qu’on pense quand ils s’en vont » (Où s’en vont, Michel Fugain)

J’ai vu une patiente à domicile aujourd’hui.
Rien d’extraordinaire à cela.
Hormis qu’elle a 94 ans, vit seule, n’a pas d’enfants, est bien entourée par ses voisins, ce qui n’est pas si fréquent.
Depuis maintenant près de 2 ans, à chaque visite, elle me dit un « au revoir » qui sonne comme un adieu. Elle ajoute « De toute façon, je vais bientôt mourir ».
Heureusement qu’elle ne s’est pas installée comme voyante, elle n’aurait pas fait de bonnes prédictions, lui ai-je déjà dit.
Mais il y aura bien un jour où, c’est inévitable, elle aura raison, et où son adieu aura été le bon.

Sur ses murs, quelques souvenirs sont accrochés.
Avec elle, vit un chat auquel elle est très attachée. A ce point attachée qu’elle a tout prévu : la convention avec le vétérinaire pour l’euthanasie le jour où elle-même partira. Elle ne veut pas que son chat souffre à cause d’elle et de sa disparition. Dès qu’elle en parle, sa voix devient tremblotante et des larmes se mettent rapidement à couler.

Mais le jour où elle aura raison. Je n’aimerais pas être la personne qui devra s’en charger.
Le jour où elle aura raison, qui décrochera toutes ses décorations ? Pour en faire quoi ?
Les souvenirs de toute une vie partiront où ? Les murs seront-ils les seuls à se souvenir du passage de cette patiente ici-bas ?

« Sois tranquille, tout va bien. Sois tranquille, je suis serein. Je repose en paix où je vais. Sois tranquille, tout va bien » (Sois tranquille, Emmanuel Moire)

Pour être tranquille, il faut avoir existé pour quelqu’un.
Il faut créer du souvenir.
Parfois, le cours des évènements crée lui-même le souvenir. Quand nous perdons un proche à une date précise, marquante, par exemple.
Ma grand-mère maternelle est morte un 17 décembre.
Une semaine tout juste avant le réveillon de Noël.
Autant dire que les fêtes de Noël entrainent avec elles le souvenir de cette date et ce qui s’y est passé.

Nous avons décroché des souvenirs des murs. Nous avons retiré les cadres.
Nous avons réparti quelques souvenirs chez les uns ou les autres, et ils nous permettent de penser matériellement à elle. Je préfère le souvenir, les images… les instantanés que je prends parfois
Nous avons eu des éclats de rire. Ma mère notamment, en débarrassant la cuisine et en retrouvant des poêles avec un fond de graisse que ma grand-mère gardait parce que « c’est bon la graisse cuite ». Des éclats de rire avant les fêtes, au beau milieu d’un deuil.

J’aimerais bien laisser des éclats de rire aussi après mon départ. Des souvenirs.
Bon pas forcément au moment des fêtes, pour que la magie de Noël fonctionne toujours, comme dans les yeux de mes zèbres.
Mais rire.
Se souvenir.
Etre tranquille

« Sois tranquille, tout va bien. Sois tranquille, je suis serein. Je repose en paix où je vais. Sois tranquille, ce n´est rien. Sois tranquille, j´en ai besoin. Et n´oublie pas, n´oublie pas, je suis la… » (Sois tranquille, Emmanuel Moire)

Pour cela il faut rester ouvert aux autres. Vivre d’amour et d’amitié. Même quand ça ne va pas fort, garder le sourire et l’offrir aux autres. Donner toujours l’impression que ça va, parce qu’il vaut mieux rire que pleurer.
Pour laisser un souvenir.

Au cas où. Au cas où ça continuerait après.

« C’est pas vrai que ça s’arrête, ça serait trop con » (Où s’en vont, Michel Fugain)

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