Archives de l’auteur : L'école des soignant.e.s

La fausse couche, deuil périnatal – les témoignages de deux femmes

Deux témoignages dans ce long blog. Tous deux viennent de femmes qui ont vécu une « fausse couche », une grossesse arrêtée alors qu’elle était désirée. Toutes deux m’ont écrit à quelques jours d’intervalle. La première, Lilly, me l’a envoyé à l… Continuer la lecture

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A propos de l’allaitement au sein – un échange entre E. et Martin Winckler

« Je lis avec intérêt votre dernier livre, C’est mon corps. J’avais déjà lu votre livre Les Brutes en blanc et il m’est arrivé de consulter votre blog.Je tenais d’abord à vous remercier pour toutes les informations précieuses que vous nous donnez sur pl… Continuer la lecture

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Comment faire quand un patient refuse de voir un médecin pour des motifs (apparemment) racistes ?

 Une internaute m’a écrit ce message à la suite de l’article précédent : « Est-il donc si aberrant de vouloir choisir son médecin ? » J’ai lu votre article sur le choix de son médecin avec beaucoup d’intérêt.Cette demande de choix racial s… Continuer la lecture

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Est-il donc si aberrant de vouloir choisir son médecin ?

NB : Je rappelle que désormais, sur ce blog, tous les termes pouvant désigner des personnes de toutes les genres sont utilisés sous la forme féminine (et parfois féminine-plurielle). ———S’il est une liberté dont chacune de nous voudrait touj… Continuer la lecture

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Que faire pour éviter qu’une échographie endovaginale soit (perçue comme) un viol ?

NB : Je rappelle que désormais, sur ce blog, tous les termes génériques pouvant désigner des personnes de toutes les genres sont utilisés sous leur forme féminine (et parfois féminine-plurielle). ——————-Pour le code pénal français… Continuer la lecture

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Pourquoi j’ai tenu de manière bénévole un site d’informations sur la santé pendant 17 ans

En août 2020, cela fera 17 ans (août 2003) que le Winckler’s Webzine existe. Il est auto-entretenu, auto-financé. A défaut d’être totalement objectif (il ne peut pas l’être), dans les limites d’une régulière remise à jour de son contenu, il peut revendiquer d’être aussi précis que possible, indépendant et engagé. Il va bientôt changer de peau, et se refaire une jeunesse. 

A plusieurs reprises, des internautes se sont étonnées que j’entretienne ce site bénévolement, et que j’y ai donné autant d’informations gratuitement. 

Pourquoi faire un site d’information gratuit (et sans publicité) ?
Bonne question. Je ne peux pas dire que je ne me la suis jamais posée – je me la suis posée de nombreuses fois, d’autant que tout le temps que je passe à répondre, je ne le passe pas à écrire des articles ou des livres qui pourraient, eux, me rapporter de l’argent.

Mais je n’ai pas créé un site d’informations pour mon seul plaisir, ni par vocation sacrificielle, ni par masochisme. Je pense que ce site a (eu) une fonction importante, pour moi et ceux/celles qui le fréquentent. Je vais tenter de préciser lesquelles.
Plus d’infos » Continuer la lecture

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Ne fais pas médecine !

Il m’arrive régulièrement de recevoir des messages de personnes de tous âges (surtout des femmes, allez savoir pourquoi) qui se demandent si « elles ont raison de se lancer dans des études de médecine ». Elles me confient que des médecins le leur on… Continuer la lecture

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Comment faire pour soigner ? – une conversation lancée par « Dr Vagin »

NB : Je rappelle que désormais, sur ce blog, tous les termes qui désignent des personnes de toutes les genres sont utilisés sous leur forme féminine (et parfois féminine-plurielle). ————–Pendant la pandémie, on continue à souffrir d’autre… Continuer la lecture

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Etudes de médecine : comment « passer à côté » de l’autre – par Robert Montarski

« Robert Montarski » (c’est un pseudo) est étudiant en médecine en France. Il m’a envoyé ce texte, que je publie volontiers. En ces temps de coronavirus, il n’est pas inutile de rappeler que la formation des soignant.es laisse encore beaucoup à… Continuer la lecture

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Quand on est étudiant.e, que faire face à la maltraitance ?

Une étudiante en médecine m’a écrit… « Je suis encore au début du cursus, mais le hasard et la chance ont fait que j’ai déjà eu une expérience hospitalière, en tant que patiente puis à travers une mission d’un an en service civique dans un servic… Continuer la lecture

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Lettre d’une femme en colère à une gynécologue maltraitante

J’ai reçu aujourd’hui (14 février 2020) un message d’une internaute qui me dit ceci :J’ai vécu hier, avec ma fille de 18 ans, une expérience violente avec une gynécologue qui nous a humiliées. J’ai dormi deux heures cette nuit, grâce à cette dame. Je v… Continuer la lecture

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Refus de stérilisation : les médecins qui n’annoncent pas la couleur à l’avance sont des crapules indignes d’exercer

La stérilisation volontaire est légale depuis la loi du 4 juillet 2001. Oui, vous avez bien lu. Cela fera bientôt 20 ans que la loi permet à toute personne majeure de se faire stériliser par ligature des trompes ou vasectomie, avec pour unique conditio… Continuer la lecture

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« Tu comprendras ta douleur » – un livre pour toutes les personnes qui veulent comprendre pourquoi on a mal

NB : Je rappelle que désormais, sur ce blog, tous les termes qui désignent des personnes de toutes les genres sont utilisés sous leur forme féminine (et parfois féminine-plurielle). Au milieu des année 1980, alors que j’étais rédacteur à la revue … Continuer la lecture

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La fabrique des Brutes en blanc commence la première année – par MZ/MW

Aujourd’hui, 29 août 2019, une internaute m’envoie un article de La Montagne datant du 28 : « Bizutage, harcèlement et injures : des étudiants en médecine à Clermont-Ferrand dérapent sur Facebook. » Au-delà de la situation lo… Continuer la lecture

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Adoption et procréation assistée pour tou.te.s ?

Une internaute m’écrit (je résume) : A la suite de la lecture du billet de Laurent Joffrin en réaction au livre de Sylviane Agacinski, je souhaiterais connaître votre position sur à la « PMA pour toutes ». Elle semble être présentée comme une m… Continuer la lecture

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Du soin et des opinions politiques des professionnelles de santé

(NB : dans ce blog, désormais et dorénavant, presque toutes les plurielles et beaucoup de singuliers sont accordées au féminin.)***Je lis ce jours-ci, grâce à un rappel d’@aron_julien (Merci, Julien !), qu’en mars 2017, la majorité des généralistes se … Continuer la lecture

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Méningiomes provoqués par l’Androcur : une patiente raconte et crée une association

Comme la plupart des femmes, vous ne savez pas ce qu’est un méningiome. Jusqu’en août 2017, je ne le savais pas non plus. Comme la plupart des femmes, vous prenez la pilule contraceptive, ou un médicament qui permet de réduire les soucis gyn… Continuer la lecture

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L’étudiante en médecine qui m’a soigné – par Marc Zaffran/Martin Winckler

Pendant l’été 1976, entre ma 2e et ma 3e année de médecine (je n’avais jamais eu de contact avec des patientes encore), j’ai traversé les Etats-Unis en bus Greyhound. New York, NY – Indianapolis, IN – Minneapolis, MN – Billings, MT – Portland, OR – San… Continuer la lecture

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La vaccination universelle contre les HPV n’est ni justifiée scientifiquement, ni urgente. Et les « personnalités » qui appellent à la faire sont bardées de conflits d’intérêts…

Il ne se passe pas de semaine sans que des internautes me demandent s’il « faut » vacciner leurs filles contre le HPV.J’ai déjà répondu il y a longtemps à ce sujet sur mon site professionnel.Récemment, une cinquantaine de « personnalités » ont appelé … Continuer la lecture

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Le corps d’une femme, enceinte ou non, n’appartient qu’à elle

Les adversaires de l’IVG (quels que soient leurs motifs) déploient habituellement deux types d’arguments pour contester les droits d’une femme à interrompre sa grossesse. »Et les droits du père biologique, alors ? » Le premier concerne le père biolo… Continuer la lecture

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« L’Ecole des soignantes » – un roman pour proposer d’autres modèles du soin et de son apprentissage

Le 7 mars 2019, trente ans presque jour pour jour après avoir publié mon premier roman, La Vacation, POL publie L’Ecole des soignantes, nouveau roman « médical ». Si j’en parle ici, c’est bien sûr parce qu’il porte (presque) le même titre que ce blog, et… Continuer la lecture

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Scènes de la maltraitance médicale ordinaire (parmi bien d’autres) – un témoignage de patiente.

Un témoignage reçu par Baptiste Beaulieu et que son autrice m’autorise à publier. C’est l’histoire d’un interne. Appelons le C. Il s’occupe de moi depuis mon entrée et son attitude est de pire en pire. Je suis exigeante allez vous me dire ? … Continuer la lecture

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Les gants – par Florence Braud

J’ai froid.J’ai peur.Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive.Je suis assise au bord du lit, dans cette chambre plongée dans la pénombre, et j’attends. Mais ce lit n’est pas le mien. Je ne connais pas cette chambre. Et je ne sais pas ce que j’attends.Deux… Continuer la lecture

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Les vrais spécialistes de la santé des femmes, ce sont les généralistes – par Marc Zaffran/Martin Winckler

Le débat autour de la clause de conscience à l’égard de l’IVG fait rage, et je me suis déjà exprimé deux fois sur le sujet, sur ce blog (dans le billet précédent) et sur le média en ligne AOC.Si je reviens là-dessus aujourd’hui… Continuer la lecture

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S’il est difficile d’accéder à l’IVG en France, ce n’est pas à cause de la « clause de conscience » invoquée par quelques gynécologues

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas faire de « gynéco-bashing ».Mais la récente colère devant l’impossibilité pour les femmes d’obtenir une IVG à l’hôpital de La Flèche (Sarthe) mérite d’être examinée.Cette colère se porte en premier sur le refus … Continuer la lecture

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Comment appelle-t-on une « Ecole » qui « forme » les médecins à la prescription des médicaments … de l’industriel qui la finance ?

Imaginez, si vous voulez bien, une entreprise du médicament. Appelons-la WoPharma.(Le « Wo » veut dire « World ».) WoPharma est spécialisée dans la commercialisation de médicaments destinés à soigner les maladies cardio-vascula… Continuer la lecture

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Le syndicat des homéopathes en plein déni de la réalité scientifique

En 1983, année où je suis devenu l’un de ses rédacteurs, La Revue Prescrire commença une série de publications consacrées à l’homéopathie. Aujourd’hui, on peut lire ce document destiné au public, et pour s’assurer que ce n’est pas u… Continuer la lecture

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Est-ce que les examens gynécologiques sont « forcément » douloureux ? – par Marc Zaffran/Martin Winckler

Un soir de l’été 2001, sur France 2, j’ai entendu M. Cymès déclarer « Hors de la pilule, il n’est point de bonne contraception ». J’étais en train de mettre la dernière main à Contraceptions mode d’emploi, près de 500 pages qui disaient … Continuer la lecture

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« Voici comment j’aimerais être soigné.e » – 3

La suite des témoignages reçus après l’appel du 1er juillet.MW***Je suis une femme de 57 ans, souffrant de douleurs chroniques depuis l’âge de 8 ans, et d’une très grande fatigue avec troubles neurologiques depuis 1999. Je souffre d’encéphalo… Continuer la lecture

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Voici comment j’aimerais être soigné.e – 2

La suite des témoignages reçus après l’appel du 1er juillet.MW***Je suis Pauline, j’ai vingt-trois ans bientôt. Je suis une femme qui croque la vie à pleines dents, souriante, joyeuse et rigolote. Je suis ambulancière de profession, j’aime mon métier.&… Continuer la lecture

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Voici comment j’aimerais être soigné.e – 1

Je transcris ici les premiers témoignages reçus depuis l’appel du 1er juillet. Je les publie sans signature, afin de protéger l’anonymat des personnes qui m’ont écrit.MZ/MW****Je suis une femme de 50 ans et suis atteinte d’une neuropathie des peti… Continuer la lecture

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« Voici comment j’aimerais être soigné.e. » (Un appel à témoignages).

Les soins ne peuvent pas être délivrés à la satisfaction des personnes soignées sans que celles-ci disent ce qu’elles attendent ou redoutent, ce qu’elles veulent ou ne veulent pas. Un gouvernement, un ministère ne peuvent pas définir à eux seuls c… Continuer la lecture

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Quelques suggestions aux étudiant.e.s en médecine qui désirent soigner les femmes sans être sexistes – par Marc Zaffran/Martin Winckler

Le rapport sur le sexisme et les violences en gynécologie et obstétrique, rédigé par le Haut Conseil à l’Egalité des femmes et des hommes, vient d’être publié. Il est lisible dans son intégralité ici, je vous laisse le découvrir. Le HCEfh y fait d… Continuer la lecture

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Un.e soignant.e devrait *toujours* croire une personne qui dit « J’ai mal » – par Marc Zaffran/Martin WInckler

« Une personne qui dit « J’ai mal » ne devrait jamais être soupçonnée de mentir ou d’exagérer. Les soignant.e.s devraient toujours la croire. Il y a de nombreux arguments pour l’affirmer solennellement : – des raisons médicales :… Continuer la lecture

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Le « flux instinctif libre » est-il dangereux ? – une conversation en ligne

Je viens d’avoir un échange en ligne avec une journaliste, et je la retranscris ici (avec des modifications, des ajouts, des précisions). MW Bonjour, Je suis journaliste et prépare un papier sur le flux instinctif libre. J’aimerais vous poser… Continuer la lecture

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A propos de « Avez-vous un bon médecin ? » de Philippe Humbert

Cher Philippe Humbert 

Merci de m’avoir fait envoyer votre livre Avez-vous un bon médecin ? (Fayard, 2017, 384 p.) en format PDF. 

Cette attention me touche, et pour lire régulièrement vos interventions sur Twitter, je subodore depuis un certain temps que nos démarches respectives ont des points communs, en particulier la dénonciation des médecins qui ne font pas leur travail en conscience et celle des institutions qui maltraitent les soignant.e.s. et les patient.e.s.  

Cependant, quand j’ai vu passer la couverture de votre livre, son titre, son sous-titre et le bandeau qui l’accompagne (« Le Docteur House français ! »), je dois dire que je me suis gratté la tête de perplexité. 


« 40 histoires extraordinaires  pour ne plus passer à côté du bon diagnostic ». (Saviez-vous que Pierre Bellemare est mort ces jours-ci ?)  

Au vu du titre, du sous-titre et du bandeau, on est en droit de se demander à qui s’adresse le livre : Aux médecins ? Aux usager.e.s – qui aimeraient bien faire le bon diagnostic tou.te.s seul.e.s ? Aux spectateurs de téléséries et par ailleurs fans de Greg H. (J’en fais partie...) ? 


Quand j’ai reçu le PDF, hier, j’ai commencé par scruter le sommaire. Je le fais toujours. Le sommaire me semble être un élément très important pour appréhender un ouvrage de sciences humaines qui se veut à la fois polémique, informatif et pédagogique. 


Je n’en veux pour preuve que les ouvrages publiés dans les pays anglophones. Le sommaire y est toujours placé en début d’ouvrage, et il annonce immédiatement le contenu du livre, sa construction, le ton général, et bien d’autres choses. J’ai construit mes propres livres sur ce principe. 

Dans le vôtre, le sommaire est à la fin. Je le reproduis ci-dessous. 

La première partie s’intitule « Avez vous un bon médecin ? » 



Il y a tout plein de choses avec lesquelles je suis d’accord, à première vue. Sans doute pas avec le ton des titres de chapitres, qui me semble un peu condescendant et très simplificateur, mais en tout cas avec le fond de beaucoup. Je suis particulièrement sensible aux titres des chapitres 7, 8, 11, 13 et 15. 

Il y a aussi un certain nombre de choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord du tout. 

Par exemple, je ne pense pas, comme le suggère votre sommaire, qu’un « bon » médecin doit commencer par questionner (Quand on pose des questions, on n’obtient que des réponses…) mais par écouter ; je ne pense pas qu’un examen clinique complet est toujours  obligatoire ou nécessaire ; je ne crois pas non plus que le fait de garder son calme en toutes circonstances soit donné à tout le monde, et je me garderais bien de disqualifier quelqu’un parce qu’il a perdu son calme. Ou parce qu’il a prescrit (en toute bonne foi, sous l’influence de forces qui le dépassent) un médicament inutile. 

Par ailleurs, je ne lis nulle part dans le sommaire de cette partie les mots « Mon médecin respecte mes convictions » ou encore « Mon médecin me respecte en tant que personne« . D’ailleurs la recherche du mot « respect » dans toute cette partie se solde par une seule mention de ce mot en rapport avec les patient.e.s – p 127, dans la phrase « De tels comportements, que je déplore et qui ne respectent pas le malade dans ce qu’il est ». 
Dans tout le reste du livre, le mot « respect » est réservé à tout autre chose – et principalement à celui qu’on doit aux médecins. 

C’est une mauvaise habitude, sans doute, celle de quelqu’un qui lit et écrit beaucoup : je vois facilement les mots qui sont dans un texte, mais je vois aussi ceux qui n’y sont pas (ou qui se cachent). 

Ainsi, quand j’écris, j’ai souvent recours à la fonction « chercher » pour savoir comment j’ai utilisé certains mots. (Le logiciel de correction « Antidote », que j’utilise souvent, est également très pratique et éclairant pour ça. Il m’aide à ne pas (trop) me répéter.)

De même, quand j’ai affaire à un livre en PDF, il m’arrive souvent de rechercher certains mots. Leur utilisation en dit souvent long sur le contenu d’un texte, les idées qu’on y trouve (ou non)… 


Alors, j’ai fait cet exercice avec le vôtre. 
Voici le résultat de mes recherches au travers des 384 pages de votre ouvrage. 

Pas de surprise : les mots « diagnostic » et « traitement » sont omniprésents. Comme d’ailleurs les mots « patient » et « malade ». 

L’expression « relation de soin », en revanche, n’apparaît jamais. L’expression « parcours de soin » une seule fois. Le mot « soin » quatre autres fois – presque toujours pour désigner le soin que le médecin prend « pour faire quelque chose » – mais jamais à soigner. 

Le mot « consentement » n’apparaît jamais. 
Le mot « pudeur » apparaît une seule fois. 

L’expression « secret médical » apparaît trois fois. Mais pas le mot « confidentialité » qui n’est cité qu’ en fin d’ouvrage à la mention : «  Pour des raisons de confidentialité et en vertu du secret médical, les noms et prénoms des personnes cit.es dans cet ouvrage ont été modifiés. » 

Le mot « confiance » apparaît plusieurs fois, toujours pour désigner celle que le malade doit au médecin (jamais l’inverse). (« Mais le malade, lui, ne doit pas douter. Il doit faire confiance. » – p. 277). 

Le mot « collaboration » n’apparaît que deux fois dans le livre. Le mot « coopération » pas une seule. 

Le mot « expertise » apparaît une demi-douzaine de fois, toujours pour désigner un médecin. (Pas de « patient-expert » dans la deuxième partie… Un patient n’est-il donc jamais expert de sa vie et/ou de ses affections ? ) 

Le mot « compétence » n’apparaît que quatre fois, dont une note en bas de page consacrée à des « centres de compétence ». (p. 203)
Le mot « échange » apparaît dans le chapitre « Mon médecin échange suffisamment avec ses confrères » et, ailleurs dans le texte, une fois concernant un laboratoire pharmaceutique (!), deux fois au sujet d’un.e patient.e.  

Le mot « partage » n’apparaît jamais. Le verbe « partager » trois ou quatre fois – mais il ne s’agit pas de la relation de soin. 

Le mot « soignant » une seule fois, dans l’expression « personnels soignants »… 

Le mot « soigner », deux fois. Le mot « guérir », huit. 

Le mot « soutien » deux fois – dont une pour parler de thérapeutes, de sophrologues, de psychologues mais pas pour parler d’un médecin. 

Le mot « compréhension » apparait cinq ou six fois, mais il ne s’agit jamais de celle du médecin face à la personne, le plus souvent celle (réelle ou non) de la personne face à ce que lui dit le médecin. 

Le mot « bienveillance » est aux abonnés absent. Tout comme les mots « racisme », « sexisme », « discrimination », « exclusion », « pauvreté », « intelligence », « préjugé », « justice », « autonomie », « non-malfaisance »… Le mot « maltraitance » non plus. Alors même que votre livre s’ingénie à dire ce qu’est le comportement d’un « bon médecin », vous semblez éviter soigneusement de dire ce qui ne l’est pas.  

Dans votre livre, le mot « éthique » n’apparaît pas une seule fois. (Pas une !!!) 
Le mot « dignité » non plus. 

Tout ça, je le rappelle, en 384 pages. A titre de comparaison (je me la permets parce que vous l’avez mentionné avant de m’envoyer votre ouvrage), Les Brutes en blanc en a 364. Tous ces mots y figurent, je vous laisse apprécier à quelle fréquence. 

Cela m’a plongé dans la perplexité. Comment pouvez-vous penser que nos démarches sont similaires quand des mots qui me semblent fondamentaux et que je martèle à toutes pages de mes livres n’apparaissent pratiquement pas dans le vôtre ? 
(Non, les mots ne sont pas « que » des mots.) 

Les titres de la deuxième partie et de ses chapitres m’ont, je vous le dis franchement,  mis très mal à l’aise. 




D’abord son titre : « Etes vous un bon patient ?  » 
WTF ???? comme on écrit au Canada… 

Qu’est-ce qu’un « bon » patient, Philippe Humbert ? Où en avez-vous lu la définition, les critères, les obligations déontologiques ? 

Quant aux titres de chapitres, alors que ceux de la première partie pouvaient encore passer pour une manière d’énoncer des critères de qualité, ceux de la seconde sont, ni plus ni moins, une suite de commandements ! 

Déjà, le « Je » en tête de chaque phrase est stupéfiant. Ce « Je » au début de ce-qu’il-faut-que-le-patient-fasse, c’est celui de l’instituteur d’autrefois. 

Et il  annonce tout ce qui suit. 

« J’apporte toutes mes analyses à mon médecin. » – Au nom de quoi ? Rien n’impose à une personne de confier toutes ses informations médicales à qui que ce soit – y compris à « son » médecin. Le secret médical existe entre médecins et les informations d’une personne donnée n’ont pas à être partagées avec chaque médecin qu’elle rencontre, si elle ne le désire pas. 

« Je n’omets aucun renseignement, même le plus anodin » – Depuis quand une personne qui consulte un médecin devrait-elle lui confier tout ce qu’elle sait, sent ou ressent d’elle-même ? Pourquoi une personne devrait-elle tout dire à un inconnu ? Quelle place peut-il y avoir pour le désir élémentaire  de se protéger que toute personne est en droit d’avoir ? Un médecin est-il donc un confesseur à vos yeux ? 

« Je ne change pas mon traitement de mon propre chef« . Ah, bon ?!! J’ai des effets secondaires et je n’arrête pas de prendre le médicament qui les provoque ? Je suis diabétique ou je souffre de douleurs cancéreuses et je ne modifie pas la quantité d’insuline ou de morphine que ma pompe délivre ? 

« Je ne crois pas aux idées reçues. »  Quel jugement de valeur… Parlez vous seulement des idées reçues véhiculées dans le public ou aussi de celles que bon nombre de médecins font courir ou entretiennent 

« Je ne confonds pas effets secondaires et contre-indications ». Autant dire qu’un.e patient.e doit en savoir plus que « son » médecin – et même, parfois, que ce qui est inscrit sur la notice. Il est vrai que vous affirmez (p. 271) : « Tout patient éduqué est apte à comprendre la classe

du traitement qu’il prend. » 
C’est ce qu’on appelle un discours élitiste. 

‘ »Je laisse à mon médecin le temps de la réflexion« . C’est bizarre, j’ai pas vu l’équivalent pour le patient, dans la première partie… 

Le titre qui, à mes yeux, remporte le pompon est « Je respecte les silences de mon médecin« . 
Dans le chapitre en question, vous racontez sans aucune gêne comment vous avez intimé une patiente au silence : « S’il vous plaît, gardez le silence tant que je n’ai pas levé la plume de l’ordonnance et que je ne vous ai pas redonné la parole. » (p. 299) 

Plus loin, vous écrivez : « Sans les silences forcés que j’avais enfin obtenus, je n’aurais certainement pas réussi à mener ma consultation  jusqu’à son terme de la façon la plus exhaustive possible, abordant tous les points de la maladie. »

C’est clair, il ne s’agit pas des silences du médecin, mais de ceux qui s’imposent aux patient.e.s. (Le chapitre est d’ailleurs longuement « consacré » à une femme « logorrhéique ». Le mot n’apparaît que pour cette patiente. Jamais pour un homme…) 

Dans les messages personnels que vous m’avez adressés pour me proposer de m’envoyer votre livre, vous disiez, très amicalement : 

 » J’ai lu nombreux de vos livres et je vous félicite. Je soutiens ce que vous avez écrit dans les brutes en blanc et encore il y a tellement de choses à dire.  »

Et aussi : 
« Nous avons une vision assez similaire des choses en médecine. »

C’est tout aussi amicalement qu’après avoir exploré votre livre et aussi lu environ cent cinquantes pages, prises un peu partout,  je me permets de vous répondre : 

Je ne doute nullement de vos convictions ou de votre volonté de dire ce qu’est un bon médecin.

Cependant, votre livre est essentiellement une suite d’anecdotes puisées dans votre expérience et (ça ne passe pas inaperçu) vos réussites. Ce qu’on appelait autrefois les « beaux diagnostics » ou (dans le secret des clubs réservés aux médecins) des « histoires de chasse ». 

Ce n’est pas du tout une réflexion morale  sur la relation de soin (ni même sur la relation médecin-patient, expression qui n’apparaît qu’une seule fois, page 17). 

Ce n’est pas un livre qui remet en question le statut social du médecin – et en 2018, c’est très problématique. 

Le plus problématique pour moi est la nature de votre approche, manifestement paternaliste, comme en témoigne, toujours page 17, la phrase qui résume toute la deuxième partie : « … le patient doit absolument apprendre à être un bon patient. » 

Je ne doute pas non plus que beaucoup de personnes bénéficient de vos soins et de vos attitudes, de votre engagement et de vos efforts. Et loin de moi l’idée de suggérer qu’elles ont tort de le faire. 

Je n’irai pas jusqu’à vous demander de mettre à l’oeuvre le titre de votre chapitre 14. Je ne doute pas que vous vous êtes remis beaucoup en question, au cours de votre carrière. Je doute, cependant, que cette remise en question porte sur les problèmes que je m’efforce de soulever. 

Car, comme vous l’avez compris, nous n’avons pas une « vision similaire » des choses. 

Votre démarche est respectable,  je suis convaincu que votre livre a de nombreux/ses lectrices et lecteurs et je vous remercie vivement de me l’avoir adressé et fait lire. 

Toutefois – et j’en suis désolé – je ne pourrai pas en chanter les louanges.

Bien à vous 

Marc Zaffran/Martin Winckler 




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Il serait temps de cesser d’avoir peur des patient.e.s (et de son ombre) – par Marc Zaffran/Martin WInckler

Je mets sur Facebook le « post » suivant : « Le refus (par un.e patient.e) de recevoir certains soins ne justifie nullement de la part du médecin de cesser de le/la suivre médicalement – ni de lui faire signer quoi que ce soit…. Continuer la lecture

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Le syndrome de l’Autre – par Marc Zaffran/Martin Winckler

La mort de Naomi Musenga a fait apparaître au grand jour la notion de « syndrome méditerranéen » – à savoir le préjugé courant et ancien dans la profession médicale selon lequel les personnes originaires des pourtours de Méditerra… Continuer la lecture

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« Est-ce que tuer, c’est soigner ? »

Ces derniers jours, sur un blog médical on pouvait lire ce billet de F-M Michaud:

Tuer est-il soigner ?  

(…) Quelques professionnels des soins palliatifs se sont exprimés sans ambiguité : provoquer la mort n’est pas soigner un être vivant. 

L’euthanasie, aussi compationnelle puisse-t-elle sembler pour certaines sensibilités qui méritent d’être respectées, n’est pas, et ne peut pas être, un acte médical. 

Posée ainsi, la question n’appelle qu’une seule réponse.
Mais elle est formulée de manière un peu trop simple (voire simpliste), et sous-entend que l’euthanasie ou l’aide médicale assistée seraient, purement et simplement, un meurtre, et ne sont par conséquent ni des soins, ni des actes médicaux « dignes de ce nom ». Euthanasie et aide médicale à mourir ne seraient pas compatibles avec la définition (les valeurs ?) « essentielle » de ce qu’est un acte médical, de ce qu’est la médecine.

N’est-ce pas un peu court ? 

***
Qu’est-ce qu’un acte médical ?


 U

n acte médical peut être beaucoup de choses différentes. Les examens comme l’échographie ou la radiographie, qui sont pratiquées et/ou interprétés par des médecins, sont des actes médicaux. Le fait de prendre un scalpel pour ouvrir un abdomen à la recherche d’une tumeur et celui de refermer l’incision sans retirer la tumeur parce qu’elle est trop volumineuse ou invasive sont également des actes médicaux : ils n’ont pas de valeur thérapeutique (ils ne soignent rien) mais ils sont pratiqués par des docteurs en médecine spécialisés en chirurgie, ce sont donc des actes médicaux.

La prescription d’une cure à La Bourboule, de séances de rééducation, d’unn arrêt de travail ou d’un certificat de décès – ou de non-contagion – sont des actes médicaux. La prescription d’une contraception est un acte médical même quand ce n’est pas un médecin qui la donne, mais une sage-femme. L’examen au microscope d’un prélèvement biologique est un acte médical, même s’il se fait en l’absence de la personne à qui on a fait le prélèvement. Une consultation d’information sur les MST, même s’il n’y a aucun contact entre professionnelle de santé et patiente, est un acte médical. Et il est coté et rémunéré comme tel.

Autrement dit : les actes médicaux ne sont pas tous des actes de traitement ou de soin. Et les actes médicaux – c’est là que je veux en venir – ne sont pas définis par les médecins. En France et dans la plupart des pays industrialisés, ils sont définis comme tels par la loi et les règlements qui en découlent. C’est également pour cela qu’un acte médical ne peut pas être fait par n’importe qui, mais par une professionnelle dûment agréée. La loi définit l’acte et qui est habilité à le faire. 
Par conséquent, si l’euthanasie active et/ou l’aide médicale à mourir entrent dans la loi française, ce ne sera pas parce que les médecins l’auront décidé ou même accepté, mais parce que les législateurs l’auront voté.

Est-ce que tous les actes médicaux effectués sur le corps d’une personne sont des soins ou des traitements ?

Comme indiqué dans le paragraphe précédent, la réponse est non. Mais on peut donner des exemples précis de gestes ou d’interventions qui ne sont ni exploratoires ni thérapeutiques mais font néanmoins partie des actes médicaux légalement pratiqués par des médecins dans de nombreux pays du monde à la demande des premier.e.s intéressé.e.s : l’insertion d’un implant contraceptif ou d’un DIU, les gestes de chirurgie esthétique (pose d’implants mammaires, par exemple), les interventions de réassignation (« changement de sexe »), la vasectomie, la ligature de trompes, l’IVG… 

Prenez l’IVG. 
Ce n’est pas un traitement : elle n’est pas destiné à « soigner » la femme qui la demande mais à lui permettre de ne pas poursuivre sa grossesse sans pour autant se mettre en danger. 

Comme l’aide médicale à mourir, c’est un acte « moralement » chargé, au sujet duquel les opinions s’affrontent au nom de valeurs éthiques, religieuses, sociales diverses.
Et certaines personnes considèrent l’interruption de grossesse comme un meurtre.

Est-ce que ça empêche les femmes d’y avoir recours et les médecins qui le désirent de la pratiquer ? Non. Parce que l’IVG est légale. Et c’est un acte médical. Quoi qu’en disent ses opposantes, médecins ou non. 

Qui décide qu’un acte médical a lieu ?

La loi définit le caractère médical ou non d’un acte, mais ce n’est pas la loi qui décide si cet acte sera effectué. Quand l’acte est proposé ou suggéré par un médecin, son accomplissement nécessite le consentement de la personne.

D’après  la loi du 4 mars 2002 sur les droits des patientes, « Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix » (Art. L. 1111-4.) et « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

La loi est claire. Lorsque les patientes ne peuvent exercer ces droits, ce n’est pas faute d’un cadre juridique clair, c’est faute de la coopération des personnes qui les soignent ou faute de lieux ou de ressources disponibles.

La loi du 4 mars 2002 protège les patientes : pratiquer des gestes médicaux contre la volonté des personnes est illégal. (Et les médecins qui font ces gestes – qu’il s’agisse d’un examen gynécologique imposé ou d’une intervention inutile –  devraient être poursuivis en justice. Ils ne le sont malheureusement pas tous, mais c’est un autre sujet.)

Autrement dit, sans cadre juridique et sans consentement, aucun acte médical n’est praticable. Il n’appartient jamais aux médecins de dire si un acte médical est praticable, mais à la loi et aux patientes. 

C’est ce qui s’est passé pour l’IVG. Ce qui en fait un acte médical, c’est la loi et la demande des femmes. Pas l’opinion que s’en font les médecins (qui, pour beaucoup, y étaient hostiles et le sont encore). 

La seule chose qu’un médecin a parfaitement le droit de décider, c’est s’il pratiquera l’acte ou non

Il peut accepter ou refuser (un geste chirurgical, une IVG, une prescription).

Il ne peut pas en revanche interdire à d’autres médecins de le pratiquer – et encore moins interdire à un
e patiente d’y recourir ou d’y avoir accès.

« Provoquer la mort n’est pas soigner un être vivant. »

Des milliers de personnes vivent avec des animaux, qu’ils nourrissent et soignent, et qu’ils font un jour euthanasier parce que ces animaux souffrent et que les traitements disponibles n’amélioreront pas leur qualité de vie.

(NB : Je ne vais pas entrer ici dans la réflexion plus générale sur la souffrance animale, auquel des philosophes comme Peter Singer ont réfléchi depuis longtemps, je m’en tiendrai aux animaux de compagnie ; je préciserai toutefois que dans mon esprit, le bien-être d’une vache laitière ou d’un poulet en batterie n’a pas moins d’importance que celui de Gilbert, le chat chez qui je vis.)

Pour la majorité des humains, il semble assez naturel quand leur chien ou leur chat souffre de manière continue – ou quand un cheval s’est cassé le paturon – de demander au vétérinaire de le délivrer de ses souffrances.
« C’est la chose humaine à faire. »

Est-ce qu’injecter à mon chien qui souffre d’une tumeur inopérable une drogue qui le fera mourir c’est le tuer ? Oui. 
Est-ce que c’est un soin ? Non. 
Si on l’euthanasie, c’est parce que tous les autres soins possibles ne l’empêcheront pas de souffrir. Et parce qu’on ne veut pas le laisser souffrir. 
L’euthanasie d’un animal est une décision arbitraire : le chat ou le chien qui la subit ne demandait rien. Mais l’humaine qui vivait avec lui le voyait souffrir, depuis longtemps. Il a décidé à sa place parce que l’animal ne peut pas exprimer un choix. S’il était possible de leur demander s’ils préfèrent continuer à souffrir plutôt que mettre fin à sa propre vie, il est probable que tous les animaux ne répondraient pas la même chose. Mais comme on ne peut pas leur poser la question, les humains n’ont qu’une alternative : les laisser souffrir jusqu’à ce qu’ils meurent, ou les soulager de leurs souffrances. C’est un dilemme, mais beaucoup n’ont aucune hésitation à choisir la solution qui produit le moins de souffrance.

Ce qui m’inspire deux questions :  

– Est-il moins légitime, moins digne et moins éthique d’aider un humain qui demande librement à mourir que de faire mourir – par « humanité » – un animal qui n’a rien demandé ?

– Est-il plus légitime (digne, éthique) de décider de mettre fin aux souffrances d’un animal que d’en décider pour soi

Question subsidiaire : Si vous aviez le choix entre
1° administrer à votre chien une drogue qui le fera mourir rapidement et sans souffrance
et
2° le mettre sous « sédation profonde » et attendre qu’il meure
Que choisiriez-vous ?
Pourquoi ?
 

Quand la mort est provoquée par un tiers de manière unilatérale, il y a effectivement de quoi s’interroger. Et c’est malheureusement ce que des médecins ont fait et font encore trop souvent : ils décident seuls, ou presque, qui meurt et qui survit. Sans demander l’avis des premiers intéressés. 
Et ça, oui, c’est tuer. 

Mais les partisans de l’aide médicale à mourir ne demandent pas qu’on les tue – et encore moins que quelqu’un d’autre décide à leur place quand comment et où ils vont mourir. 

Que demandent les personnes favorables à une légalisation de l’aide médicale à mourir ?

Sur le plan philosophique et moral, nombreuses sont les cultures, aussi bien en Occident qu’en Orient, qui voient le suicide comme une décision respectable. En France, en 2018, une tentative de suicide n’expose pas à des poursuites judiciaires. 
Les citoyennes (j’en fais partie) qui demandent qu’on légalise l’aide médicale à mourir souhaitent tout simplement qu’on respecte l’idée simple, et indiscutable, que si nous sommes aptes à voter, à payer des impôts, à avoir et élever des enfants ou à décider de ne pas en avoir, à garder ou interrompre une grossesse, a accepter ou refuser un traitement, nous sommes également aptes à choisir notre façon de mourir et à nous faire aider par un médecin sans que ce médecin soit poursuivi pour meurtre. 

Une dizaine d’états au monde ont  déjà légalisé l’aide médicale à mourir ; l’euthanasie active (au cours de laquelle le médecin administre les médicaments) est légale aux Pays-Bas, Luxembourg, Colombie, Canada, Belgique ; le suicide assisté (au cours duquel le patient les prend ou se les administre lui-même) est légal en Suisse et, aux Etats-Unis : en Oregon, Vermont, Californie, Montana et dans l’état de Washington. 
Dans tous les cas, la demande vient du patient. Elle ne vient ni des médecins, ni de la famille, ni de personne d’autre. Et les personnes qui ne peuvent pas décider pour elles-mêmes ne peuvent pas bénéficier de cette aide.  


Pourquoi demander aux médecins de nous aider à mourir ?  

Parce que la manière dont nous allons mourir a de l’importance.

Si la manière de mourir importait peu, nous ne serions pas horrifiés par la manière dont chaque jour des milliers de personnes meurent de faim ou de froid, en mer ou dans le désert, dans un lit d’hôpital ou sur le trottoir d’une métropole de pays riche, seules dans un EHPAD ou chez elles, entourées par leur famille.  

Si la manière de mourir ne comptait pas, nul ne verrait d’inconvénient à ce que les vétérinaires étranglent ou noient les chiens et les chats qui souffrent trop.

Si la manière de mourir ne comptait pas, nul ne verrait d’inconvénient à ce qu’un individu se fasse sauter la cervelle, se jette par une fenêtre ou se pende dans un coin sombre.

Mettre fin à ses jours est une liberté, mais le suicide est un acte d’une extrême violence, aussi bien pour soi que pour les personnes de l’entourage, par le moment de sa survenue et par les méthodes employées.

De plus, aujourd’hui, alors même que des dizaines de médecins pratiquent chaque jour des gestes d’euthanasie clandestins parce qu’illégaux, tout le monde n’est pas égal devant la mort. En France, en 2018, les riches meurent bien plus confortablement que les pauvres. Cette situation est la même que celle de l’interruption de grossesse avant 1976 : les femmes riches pouvaient avorter sans danger pour elles ou leur fertilité. Les femmes pauvres jouaient leur vie à la roulette.

Ne pas encadrer l’aide médicale à mourir, c’est pérenniser une inégalité contraire à la démocratie. 

Les pays qui ont légalisé l’aide médicale à mourir l’ont bien compris. Ainsi, au Canada, un article du code criminel interdisait à un médecin d’aider une patiente à mourir. En 2015, un arrêt de la Cour Suprême a invalidé cet article au motif  qu’il était (je cite Radio-Canada) : « contraire à la Charte canadienne des droits et libertés, et donc inconstitutionnel, d’avoir une prohibition totale de l’aide médicale à mourir. La Cour conclut que l’article actuel du Code criminel viole le droit à la vie, la liberté et la sécurité de certaines personnes par sa très large portée. Elle vise par son jugement les adultes considérés comme capables au sens de la loi, qui donnent clairement leur consentement et qui souffrent de manière persistante et intolérable à cause d’un problème de santé grave et irrémédiable. »

De quoi les médecins opposés à la légalisation de l’aide médical à mourir ont-ils peur ?

Ont-ils peur qu’on euthanasie les personnes dans le coma, infirmes ou démentes ?


Ce n’est pas ce que nous demandons. Nous ne demandons pas qu’on tue arbitrairement des personnes dans le coma ou les patientes atteintes d’Alzheimer à un stade avancé. Nous demandons simplement qu’on aille jusqu’au bout dans la logique de l’autonomie des patientes inscrite dans la Loi de 2002 : à savoir qu’on donne à chaque personne juridiquement capable la liberté de décider de sa fin. 

La loi Veil sur l’IVG et la loi de 2001 la stérilisation volontaire ne permettent pas de contraindre une femme à avorter ou une personne à se faire stériliser, elles n’autorisent pas à avorter ou stériliser de manière autoritaire les personnes handicapées. De fait, ces lois protègent les personnes vulnérables beaucoup mieux que lorsque ces deux gestes étaient clandestins et pouvaient être décidés arbitrairement par une famille avec la complicité d’un médecin.


Nous ne demandons pas autre chose : pouvoir choisir l’aide médicale à mourir légalement, en toute sécurité. 

La crainte la plus couramment exprimée est, par ailleurs : « Oui, mais comment éviter, par exemple, que la famille fasse pression sur un malade pour qu’il demande à mourir ? »

Cette objection ne tient pas et les pays où l’aide médicale à mourir est légale s’en sont assurés par de multiples précautions : les démarches sont longues et conduisent à des entretiens répétés. In fine, toutes les personnes dont la demande a été approuvée ne passent même pas à l’acte. 
Ont-ils peur qu’on contraigne tous les médecins à pratiquer des euthanasies 

Cette crainte-là serait drôle si elle n’était pas indécente, quand on connaît le nombre de médecins qui refusent, en toute impunité, de pratiquer des gestes bien moins compromettants que celui-là, comme poser un DIU à une nullipare. 

Dans l’idéal – je le décris dans mon roman En souvenir d’André – chacun.e de nous devrait pouvoir se procurer (sur prescription médicale, s’il le faut) de quoi mourir sans souffrance chez soi, entouré par les personnes de son choix. Sans qu’obligatoirement un médecin soit présent. 

Aucun médecin n’est obligé de pratiquer une IVG ou une ligature de trompes. De même, aucun partisan de l’euthanasie ne souhaite que des médecins soient obligés de les pratiquer. 
Et il vaut mieux : ils risqueraient de le faire très mal.

 Et nous voulons partir en paix, avec l’aide de quelqu’un qui nous respecte, pas sous les yeux de quelqu’un qui nous méprise ou est terrorisé par notre geste de liberté. 

Ont-ils peur  que la légalisation de l’aide médicale à mourir « dévalue » la profession médicale ? 

Tout dépend de la manière dont on voit son métier. 

Pour certains, être médecin est une « mission » parée de valeurs abstraites  (« la vie est sacrée », par exemple). 
Cette vision (assortie de la « fonction apostolique » dont parlait Michael Balint) était celle de la médecine d’avant 1945. Elle présumait que les médecins étaient des personnes exceptionnelles, douées d’un sens moral supérieur à ceux de la population générale. C’était une vision élitiste et paternaliste, en accord avec l’idéologie élitiste et colonialiste des pays occidentaux. 
Pour d’autres, être médecin n’est pas une « mission », c’est une profession soignante. Et soigner est un engagement qui consiste à mettre son savoir et son savoir-faire au service des autres ; à répondre du mieux qu’on peut aux besoins des personnes qui souffrent. Sans jugement de valeur, sans paternalisme, sans chercher à imposer ses propres valeurs aux personnes qui nous demandent de l’aide.
L’engagement soignant consiste à voir l’individu qui nous fait face comme une personne autonome, dont toutes les demandes sont respectables, et dont toutes les décisions doivent être respectées.

L’engagement soignant consiste à aider l’autre à exercer au mieux sa liberté, en ayant l’humilité de penser que c’est à elle ou lui d’en définir le sens et d’en assumer les conséquences. Et cette liberté comprend de pouvoir mettre fin à ses jours. 


Alors certes, « tuer n’est pas soigner », mais comme le décrit très bien François Damas dans La Mort choisie, l’aide médicale à mourir n’équivaut pas à « tuer », pas du tout. 

Pas plus que pratiquer une IVG n’équivaut à « tuer », pas plus que pratiquer une ligature de trompes ou une vasectomie ou une chirurgie de réassignation n’équivalent à  « mutiler ». 

En revanche, tout se qui se noue avant et après ces gestes, entre des soignants et un individu, un couple ou une famille, c’est du soin. Ce n’est que ça. Et c’est pleinement ça. 

Encore faut-il, pour le savoir, écouter ce que les personnes qui demandent à mourir,  à interrompre une grossesse, à être stérilisées, à changer de sexe, ont à dire. Et ne pas l’interpréter, le jauger, le juger à l’aune de valeurs qui ne sont pas les leurs.  
 
 
L’engagement soignant consiste à défendre une idée simple, mais profondément éthique : c’est aux personnes qui souffrent qu’il appartient de définir ce qui est « bon » pour elles. 

Ça n’appartient pas aux médecins. 
Ça ne leur a jamais appartenu. 

Marc Zaffran/Martin Winckler

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Commentaires fermés sur « Est-ce que tuer, c’est soigner ? »

Quand une adolescente consulte pour une contraception, le médecin doit-il lui demander si elle a des rapports sexuels ?

La question peut sembler étrange, mais manifestement, elle se pose – et de jeunes médecins se la posent. Deux d’entre eux me l’ont posée. Je les remercie de leur confiance. Voici leur message, et les réflexions qu’il a déclenchées.

***


Nous sommes deux étudiants en dernière année de médecine et nous nous consacrons à la médecine générale et à la pratique en planning familial. 

Lors de l’un de nos cours de médecine générale sur la contraception, nous avions le cas d’une « adolescente de 15 ans, ayant récemment rencontré quelqu’un et qui vient nous voir pour une pilule ».

Un débat s’est lancé entre nous et le reste de notre groupe pour savoir si poser la question « Avez-vous des rapports ? » était justifiée. Un groupe (la grande majorité) nous disait que c’était obligatoire à demander, dans le but de faire de la prévention. 

Notre avis était plutôt qu’on pouvait faire de la prévention sur les IST (infections sexuellement transmissibles) sans avoir à poser ce genre de question gênante à une adolescente qui passe dans une période souvent difficile de sa vie. (Si elle n’avait pas encore de rapports, il ne fallait pas faire de prévention?) 

Nous nous sommes souvenus que vous aviez mentionné cette question dans un de vos ouvrages. Nous aurions voulu avoir votre avis sur cette question, et si vous connaissiez des sources que nous pourrions utiliser pour guider notre réflexion.

***

Je me souviens avoir animé à Paris V, il y a plus de 10 ans, un atelier sur la contraception, à l’invitation d’un collègue enseignant de Médecine Générale (Salut, Philippe !) 

J’avais commencé par demander aux étudiants : « Quelle est la première question que vous posez à une adolescente qui vient vous demander la pilule ? »

Plusieurs avaient répondu « On lui demande si elle a des rapports sexuels ! » 

J’avais répliqué : « Sûrement pas, car ça ne vous regarde pas. »

Ils avaient bien sûr sauté en l’air : 

– Mais comment ça, faut bien qu’on le sache, non ? 

– Pourquoi faire ? En quoi le fait qu’elle ait déjà (ou non) des rapports sexuels devrait-il guider votre prescription ?  Qu’elle en ait ou non, elle veut se protéger. Donc, vous allez l’aider à se protéger, non ? 

– Et les IST, alors ? 

– On parle des IST au collège à des groupes de pré-adolescents qui ont ou n’ont pas encore de relations sexuelles. On ne sait pas lesquels en ont déjà ou non. Et on ne leur demande pas de le dire devant tout le monde. 
Pourquoi faudrait-il leur tirer les vers du nez en consultation ?
Et surtout : à quoi sert cette question ? En quoi le « oui » ou le « non » nous apprendra-t-il quoi que ce soit ? Est-ce que ça n’est pas avant tout une porte d’entrée pour poser des questions beaucoup plus intrusives que ça ? Genre « Avec qui ? Depuis quand ? Vos parents sont au courant ? » – toutes choses plus culpabilisantes que médicalement pertinentes.  


– Mais quelle question leur posez-vous alors ? 

– Je leur demande : « Que savez-vous sur les méthodes contraceptives ? Que voulez-vous savoir ? Qu’attendez-vous de votre contraception ? Quels sont les informations que vous aimeriez avoir ? Quelles sont les choses qui vous inquiètent ? » Et une fois qu’on a fait le tour de ça, je leur explique toutes les méthodes l’une après l’autre. Parce qu’elles ne viennent pas pour se déshabiller (au propre ou au figuré), elles viennent nous demander une information et une prescription. Et on peut faire l’une et l’autre sans se comporter comme un grand Inquisiteur. »

Je ne sais pas si les étudiant.e.s de ce groupe ont été convaincu.e.s, mais j’espère que ça les a suffisamment ébranlé.e.s dans leurs certitudes pour regarder les choses de manière plus « centrée-sur-les-patient.e.s ». Il n’est jamais inutile d’être un peu secoué, et je sais de quoi je parle. 

***


Lorsqu’on a affaire à un.e adolescent.e en consultation autour d’une question touchant à la sexualité, moins on est dans l’intrusion, mieux c’est. Et plus on signifie qu’on ne sera pas un.e intrus.e, mieux c’est. Car la relation de confiance – ou de méfiance – qui s’établit entre  patient.e et médecins commence très tôt. 

La question « Avez-vous des rapports sexuels ? » m’a toujours semblé exprimer l’inquiétude du médecin à l’égard d’un.e adolescent.e qu’il devrait, selon lui, « protéger ». Mais l’adolescent.e qui demande une contraception n’est pas un.e enfant (puisqu’elle vient la demander…) et ce n’est pas l’enfant (ou la nièce) du médecin ! (Si ça l’était, elle ne viendrait probablement pas la lui demander…) 

De plus, encore une fois, médicalement parlant, cette question n’a aucun intérêt pour prescrire une contraception. Que la patiente en ait ou non, la demande de contraception est valide : dans les deux cas, c’est une demande préventive, qui est louable et doit être encouragée et soutenue. (Ou alors, il ne faudrait pas conseiller aux jeunes gens d’acheter des préservatifs avant d’avoir eu des rapports sexuels… ? ) J’ai entendu beaucoup de jeunes filles me demander une contraception en disant : « Je ne sais pas quand je ferai l’amour avec mon ami pour la première fois, mais je veux avoir l’esprit tranquille. » 

Il n’y a pas très longtemps, lors d’une rencontre en librairie, une de mes anciennes jeunes patientes des années 80, elle-même aujourd’hui mère d’une adolescente, me confiait que je lui avais rendu un grand service quand elle avait quinze ans : elle avait pris l’habitude de venir me consulter seule (pour un vaccin, un rhume, une bricole) car elle vivait à trois cents mètres de mon cabinet médical rural. Très tôt, en consultation en tête à tête, elle m’avait entendu lui dire que tout ce qu’elle me confiait resterait entre nous, que je n’en parlerais jamais à ses parents. Le jour où elle a voulu utiliser une contraception, elle est venue me la demander et je la lui ai prescrite sans poser de question autres que celles qui étaient médicalement pertinentes. (NB : Je ne l’ai pas examinée non plus). 
« Vous m’avez évité bien des inquiétudes », a-t-elle ajouté.
Je suis toujours parti du principe (enfin, pas toujours, mais il y a longtemps  : j’ai commencé à travailler dans un centre d’interruption de grossesse en 1983, l’année de mon installation libérale) que les médecins n’ont pas à interroger les individus sur leur vie sexuelle – sauf si le contexte l’exige. Alors je ne posais jamais de questions aux patient.e.s sur ce sujet.

(Pour ce qui est de la délicatesse, j’ai beaucoup appris grâce à Yvonne Lagneau, la surveillante du service des IVG où j’ai travaillé pendant près de vingt ans. Je pense à elle tous les jours ou presque, et je regrette que sa mort prématurée m’empêche de la remercier pour tout ce qu’elle m’a appris.) 
En revanche, j’ai pris très tôt l’habitude de demander à toutes les femmes qui venaient me consulter seules si elles utilisaient une contraception (Ca fait partie des antécédents médicaux, comme le fait de prendre n’importe quel médicament), si elles en étaient satisfaites ou non, si elles voulaient me poser des questions au sujet de leur méthode et, quand elles n’en utilisaient pas, je leur disais qu’elles pouvaient parfaitement, le jour venu, venir m’interroger sur les méthodes disponibles, même si elles n’en avaient pas besoin le jour même. 

Tout ça, sans leur parler de leur sexualité. 
Et je tenais toujours le discours suivant : « Si vous avez des questions à poser, sachez qu’il n’y a pas de questions stupides, toutes les questions qui vous soucient sont légitimes. Je suis ici pour vous répondre sans jugement et tout ce qui se dit ici ne ne sort pas d’ici. » 

C’était une manière de dire : « Où que vous en soyez dans votre vie, vous pouvez m’en parler ou non si vous le désirez, mais surtout, si ça peut vous aider, je suis ici pour vous rassurer et vous informer. » Quand on présente les choses sous cette perspective (le médecin est là pour vous éclairer, pas pour vous angoisser encore plus), les patient.e.s s’expriment bien plus volontiers et ont moins de mal à vous confier ce qu’elles vivent. 
Cela étant, un médecin doit être patient, car, quel que soit l’âge d’un.e patient.e, parfois les confidences viennent vite, parfois elles prennent deux ou trois consultations – ou plusieurs années. En médecine générale, le temps travaille pour nous alors on devrait l’apprécier comme un outil de maturation de la relation, sans presser quiconque. 

***
« Quand on pose des questions, on n’obtient que des réponses », avait coutume de dire le Dr Pierre Bernachon, qui anima longtemps des groupes Balint (et celui du Mans, en particulier). 


Un jeune médecin reçoit une très jeune adolescente (14 ans) qui lui demande la pilule. Il lui demande tout de suite : « Avez vous des relations sexuelles ? ». Et n’obtient non seulement aucune réponse, mais voit la jeune femme se fermer comme une huître. Au bout de 20 minutes, il est obligé de la raccompagner : elle ne dit plus un mot. Et elle part sans contraception.

Quelques semaines plus tard, il se rend au centre d’IVG pour mieux se former à la contraception et à la prévention des grossesses chez l’adolescente et découvre par hasard (il l’aperçoit dans les couloirs) que cette même jeune fille vient de subir une IVG. La conseillère lui confie : « Son histoire est terrible. Elle est allée voir un médecin pour demander la pilule. Il lui a demandé si elle avait des rapports sexuels. Elle n’a rien su répondre car, oui, elle en avait :  lesdits rapports sexuels lui étaient imposés par son oncle maternel, à l’insu de ses parents, bien entendu. Elle ne savait pas comment échapper à ça, mais au moins elle voulait éviter d’être enceinte… Seulement quand le médecin lui a posé la question, elle s’est retrouvée complètement paralysée. » 


***
Médicalement parlant, il n’est pas indispensable de savoir si une personne a une sexualité et laquelle (ça ne nous regarde pas) ; il n’est légitime de s’intéresser à sa sexualité que quand c’est médicalement pertinent : si elle a mal, si elle a des signes infectieux, si on évoque une grossesse, etc. Bref, la sexualité ne devrait être abordée que dans le contexte où les patients ou la situation l’indiquent, à mon avis. 

Pas de manière « systématique », parce qu’alors, on pourrait être tenté de demander à tout le monde « Combien de rapports par semaine avez-vous ? Avec qui ? Plusieurs partenaires ? Depuis quel âge ?  » — et autres questions auxquelles une personne de n’importe quel âge peut très bien ne pas avoir envie de répondre, et choisisse de répondre par des mensonges  – et on sera bien avancé. 

Ne pas poser la question « Avez vous des rapports sexuels ? » fait-t-il courir un risque à quiconque (patient.e ou médecin) ? Non. Pas plus que de ne pas imposer d’examen gynécologique à une adolescente qui va bien et ne se plaint de rien. En revanche, ne pas envahir la vie privée de la personne signifie qu’on la respecte. 

Je pense que d’un point de vue général, un médecin n’a pas à attendre ou exiger d’un.e patient.e qu’il ou elle lui dise « tout ». Il se doit d’être très précautionneux dans les questions qu’il pose, et encore plus avec un.e adolescent.e, qui a toutes les raisons d’assimiler le médecin à une figure parentale (et peut-être un complice des parents), surtout si ledit médecin ne lui a pas assuré du respect de la confidentialité. 

Même quand cette assurance a été clairement énoncée, il est de bonne pratique à mon sens de dire : « Vous n’avez pas besoin de tout me raconter, dites-moi ce qui vous semble important. Il est possible qu’à certains moments je vous pose des questions qui vous sembleront indiscrètes, et si c’est le cas, dites-le moi, je n’insisterai pas. Mon premier souci est que vous vous sentiez respecté.e et en sécurité. Tout ce que vous me confierez doit servir à vous aider, mais ne sera jamais utilisé contre vous, et surtout pas par moi. Je suis ici pour vous écouter et vous comprendre, en aucun cas pour vous juger. » 

C’est un paradigme très différent de ce qu’on enseigne en faculté de médecine, malheureusement – et de ce que la plupart des médecins pensent, en voulant d’ailleurs bien faire. C’est un paradigme qui pose, une fois pour toutes, que c’est aux patient.e.s de de choisir quoi dire au médecin. En confiance.  

Certain.e.s adolescent.e.s font confiance très vite. D’autres plus lentement. C’est l’attitude de respect du médecin qui leur permet, un jour, de se confier. On ne raconte pas les choses les plus intimes à la première consultation. Alors, un médecin ne devrait pas poser de questions inquisitrices dès la première consultation, comme ça, de but en blanc. S’il doit aborder un sujet délicat, il doit le faire de manière délicate ; ça fait partie du métier. 

Et toute relation de soin devrait commencer par les signes, donnés par le médecin, qu’il ou elle respecte la personne qui vient lui demander son aide. 

Marc Zaffran/Martin Winckler

PS : Je n’ai pas de sources bibliographiques sur cette question, et j’ai promis aux étudiants qui m’ont envoyé cette question d’en chercher. Si des internautes ont des références/lectures à nous conseiller, je suis preneur, bien entendu. 


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