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3 ans

Voilà un peu de 5 ans que ce blog existe. (enfin… vivotte. survit. hum.)

Cinq ans riches et enrichissantes de ma vie quand on y regarde.

(cinq ans où je n’ai absolument pas changé ni l’esthétisme de ce blog, ni la bannière, ni la blog roll aussi tiens)

Je l’ouvre jeune médecin quittant à peine l’internat, sortant à peine du burn-out qui va avec, la boule encore au ventre de me retrouver seule face aux patients lors de mes remplacements.

Je suis maintenant un vrai docteur installée depuis 3 ans jour pour jour.

Entre temps, une thèse, un mariage, une maison, deux enfants, un lapin, un cochon d’inde et un chat, des voyages, plus ou moins lointains. (et une nouvelle sacoche)

 

 

Dès le début, j’ai souhaité, contrairement à beaucoup de mes confrères blogueurs, parler de moi maman, de moi docteur, de moi tout court, et de tout ça mélangé. Je trouvais ça intéressant et c’est ce que je voulais partager.

Je ne suis jamais que l’un ou que l’autre, même si j’essaie d’oublier mes enfants une fois poussé la porte du cabinet, et d’oublier mes patients une fois passée la porte de la maison. La voiture est mon sas.

On pourrait réfléchir des heures à ce qui peut motiver à exposer ainsi des tranches de sa vie. Je me suis déjà régulièrement posé la question de ce qui a sa place ici ou non. Je ne suis pas dupe sur l’anonymat relatif d’un blog. Si j’assume tout ce qui peut être découvert sur moi, je n’ai pas à y exposer mes proches qui n’auraient pas fait ce choix.

Il y a encore beaucoup de choses que j’ai envie de partager, que j’ai envie d’écrire, mais ça ne m’interesse pas énormément de ne parler que de ma vie professionnelle. Je suis un tout. Il y a – oui oui – 32 billets semi-rédigés en brouillon que je n’ai pas publié. Certains ne le seront jamais, parce que ce n’est plus l’heure, parce que ce n’est plus approprié, parce que ça ne m’inspire plus, parce que je n’ai pas le temps. D’autres peut être.

 

3 ans donc.

3 ans que je me suis installée. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse un bilan. Je me suis demandé ce que je pourrais changer au bilan des 1 an.

Pas tant de choses que ça.

Un peu moins…. de temps, de sommeil.

Un peu plus…. de patients, d’enfants, de soucis, de fatigue.

Mais aussi un peu plus d’épanouissement. (et de café)

 

 

Je suis toujours en retard à l’école ou au boulot.

Je travaille toujours plus ou moins 24h par semaine. Bon, allez, 30h par semaine en comptant les réunions et les astreintes.

Depuis 3 ans j’ai commencé à tisser de vrais liens avec les gens. Tous ces patients qui ont été mon « premier patient ».

 

Comme Mr C.

Après les « finalement la famille a préféré prendre le Dr Z ». Après « on est venu vous voir vous parce qu’avec le Dr Gérard ils s’entendent tellement bien qu’ils n’arretent pas de causer ca prend des heures ! »

J’avais imaginé mon premier patient à moi. Peut-etre ces deux enfants, que la mère m’a déjà amenés deux fois, y’avait eu un bon feeling, on avait parlé allaitement et couches lavables. Ou ce jeune homme, qui était venu pour son certificat pour le foot, et avec qui on avait parlé longuement d’arret du tabac.

Et puis finalement ma première feuille de déclaration de médecin traitant est venu de Mr C. Il y avait écrit Docteur Gérard dessus, puis du typex, puis mon nom à moi. C’est dire que le mec avait envie d’etre pris en charge par moi.

Malgré tout ca, quand j’ai vu la feuille, une grande envie de déménager loin loin sans laisser d’adresse m’a saisi. Médecin traitant. Seule référente des problèmes de santé potentiels de Mr C. Pourtant Mr C a 92 ans et aucun problème de santé. Il ne devrait pas avoir le temps d’en avoir beaucoup désormais, y’a vraiment pas de quoi flipper.

Mais désormais, ce n’est plus une visite de temps et le remplacé se chargera du reste. Il me faut organiser le suivi, ne rien oublier, à moi d’anticiper.

Devenir médecin traitant, paradoxalement, c’est ce qui me faisait le plus peur lorsque j’envisageais de m’installer. J’imaginais déjà avec angoisse des hordes de patients éternellement insatisfaits quitter leur incapable d’ancien médecin pour venir voir chez moi si l’herbe n’était pas plus verte. Je voyais déjà les dépressifs, colopathes et autres douloureux chroniques venir déposer leurs multiples plaintes sur mon bureau, exigeant une solution qui n’avait jusqu’à présent pas été trouvée.

Avant même mon premier jour, j’avais imaginé les barrières que je mettrais en place pour ne pas finir submergée par les demandes qui n’allaient pas cesser de pleuvoir. Hors de question de signer un contrat dès la 1ère consultation, je comptais bien expliquer au patient que je ne suis pas de ce genre là moi, je ne couche signe pas dès le premier soir, il faut qu’on soit sûr que ça va coller entre nous.

S’il est bien connu que le patient a le libre choix de son médecin traitant, il est moins bien admis qu’il s’agit d’un contrat et d’un accord commun, et que le médecin a lui aussi le « libre choix de ses patients », et qu’il est tout à fait dans ses droits de refuser d’être le médecin traitant de quelqu’un. Ou de mettre fin au fameux contrat si les relations se passent mal et que décidément « nous ne faisons pas un bon travail ensemble ».

 

Aussi, j’ai été plutôt soulagée de voir qu’au début ça ne se bousculait pas au portillon.

 

Alors il y a eu le 1er patient dont j’ai signé la feuille.

Puis le 1er patient dont j’ai fait le certificat de décès.

Le 1er enfant que j’ai suivi depuis sa naissance, et qui était un peu aussi mon 1er patient. Le même vertige m’a saisi lorsque je me suis rendue compte qu’il n’y avait que mon nom dans son carnet de santé, qu’il n’avait jamais vu quelqu’un d’autre que moi depuis sa naissance. Et si… si je passais à côté de quelque chose, qui rattraperait le coup ? Et puis les mois passant je l’ai vu moins souvent. Quand je le revoyais sa mère initialement très inquiète m’expliquait qu’elle avait suivi mes conseils pour gérer le rhume ou la gastro à la maison, et qu’elle n’avait pas eu besoin de venir. Je me suis sentie emplie du sentiment du travail bien fait. Il vient de rentrer à l’école. Il va bien.

Il y a eu la 1ère pose de DIU.

Il y a eu le 1er décès d’un de mes patients.

Le 1er décès à domicile d’un de mes patients.

Le décès du 1er patient.

 

 

Plein d’autres premiers patients qui ont tous compté un peu parce qu’ils étaient d’une façon ou d’une autre ma première fois pour quelque chose.

Alors oui bien sûr, il y a eu aussi ces patients insatisfaits, douloureux, souffrants, espérant et exigeant une solution que je n’avais souvent pas. Certains sont toujours insatisfaits, probablement. D’autres ont peut être trouvé avec moi quelque chose qu’ils n’avaient pas ailleurs.

 

Je regarde toujours avec inquiétude les évolutions de notre système de santé, la loi Santé pourrie, les flicages de la Sécu, les collègues qui déplaquent, les retraités non remplacés. Je regarde les jeunes qui ne veulent pas s’engager la dedans avec regret,mais en comprenant leurs craintes.

Mais même si tout n’est pas rose, je ne regrette toujours pas. Je pourrais leur écrire ce texte destiné initialement à la moi d’il y a 7 ans.

 

« Tu es dans une période pas facile, je m’en souviens bien. Si mes mots te parviennent, je ne sais pas si tu les écouteras, ni s’il te rassureront. Je le sais en fait, que mes paroles seront vaines, et qu’il n’y a que l’expérience qui t’apprendra.

Tu te dis que tu n’as pas fait le bon choix en faisant médecine, et que si c’était à refaire, tu ne sais vraiment pas si tu le referais. Tu sais, je crois que nous passons tous par cette phase là. L’internat n’a rien pour nous faire aimer la médecine. Balancée sans préparation (oui tu as déjà bien vu que ni l’externat ni les ECN ne nous préparent vraiment à ce qui nous attend) en première ligne dans la souffrance, la fatigue, les responsabilités, les guerres intestines et toute l’absurdité de l’administration hospitalière; c’est normal que tu réagisses comme ça. Certains rentrent dans le moule hospitalier, deviennent parfois de gros connards aigris. D’autres, comme toi, font un burn out. C’est normal et c’est normal de t’insurger contre tout ça.

Mais tu te rendras compte que ce n’était pas une erreur, tu apprendras à prendre du recul sur tout ça. Bien sûr ça te touchera toujours, mais tu ne prendras plus tout ça autant à coeur.

La médecine générale est un bon choix. C’est sûr que ce n’est pas ton stage actuel qui t’en donne une bonne image, mais tu verras, c’est un chouette métier vraiment. Tu as raison d’être déprimée devant ton praticien qui s’accrochent à ces dossiers papiers illisibles, ou devant celui-ci qui en voit 50 par jour, parfois 2 par 2 dans 2 salles différentes. Tu as raison d’être blasée devant ces consultations à la chaîne où on donne aux patients les ordonnances qu’ils veulent alors qu’ils n’ont rien compris à leur pathologie. Bien sûr que tu n’es pas faite pour ça. Mais tu verras, c’est TOI qui choisira ta façon de travailler, et tu en rencontreras d’autres, des généralistes qui te feront aimer leur métier, et qui te donneront envie de leur ressembler.

En attendant, suis le conseil de l’Ours, essaie de prendre ce qu’il y a à prendre, même si ce n’est que des exemples à pas suivre. En voyant ce que tu ne veux pas faire, tu trouveras petit à petit ce que tu veux faire. Déjà tu sais que tu ne veux pas bosser aux urgences finalement. (les potes ont continué sur cette voie, je ne les comprends pas. Et quand je les entends causer, ça me conforte dans l’idée qu’on a fait le bon choix)

Tu as la boule au ventre à chaque fois que tu te retrouves seule devant les patients, mais ça ne veut pas dire que tu n’es pas faite pour ça… ça sera pire lors de tes premiers remplacements mais petit à petit ça passera… Bien sûr qu’il reste du stress, des coups de panique, des coups de blues, mais avec le temps ça ne te bouffera plus autant.

Tu sais, c’est pour ça que tu as choisis ce métier : parce qu’on ne sait jamais ce qui va nous tomber dessus. C’est ce qui en fait toute la difficulté mais aussi toute la beauté. Faire la même chose toute la journée et tous les jours ça ne te bottait pas souviens-toi.

Je te rassure, tu vas t’épanouir, tu ne regretteras plus. Tu as choisis un métier rempli de petits et de grands bonheurs, un métier où tu peux choisir comment et quand tu veux travailler, sans petit chef à la con au dessus de toi. Un métier qui te permettra de vivre confortablement, un métier où tu es à priori à l’abri du chômage. Et ça – tu t’en rendras encore plus compte au contact de tes patients – ça c’est une grande chance.

Tout n’est pas parfait dans la médecine générale bien sûr. Il y a des choses à changer, des choses contre lesquelles il faut s’insurger. Je ne vais pas te dire que tu mangeras des croissants avec la ministre de la santé à ce sujet là tu ne me croirais pas.

 

Bon pour l’instant ça te fatigue, et c’est normal. Ne panique pas, ça va aller. »

 

 

Je suis toujours heureuse de faire ce métier. J’ai de supers conditions de travail. Je suis installée avec des collègues que j’ai plaisir à croiser tous les jours, pour discuter, prendre un café, manger. Même si dans l’intimité de mon cabinet je suis seule avec mes patients, je sais que je ne serais pas seule en cas de besoin. Pour un conseil, une réassurance. Pour un coup de gueule ou un coup de fatigue. Pour du soutien dans les coups durs. Pour reprendre une garde au pied levé.

J’échange avec les kinés, les sage-femmes, les infirmières, la podologue. J’ai 3 secrétaires qui se plient en 4 pour nous.

J’ai un exercice varié. Je vois des jeunes, des vieux, des nourrisons, des vieillards, des étudiants et des agriculteurs. J’écoute, j’infiltre, j’examine, je suture, je prend la tension, je fais des frottis, je diagnostique, je pose des DIU, je prescris, je débouche des oreilles, je fais des ECG, j’enlève des corps étrangers coincés dans des yeux et encore plein d’autres choses.

J’appelle le CH de GrosseVille si j’ai besoin, et j’arrive toujours à avoir quelqu’un pour un avis.

Je consulte, je visite, je travaille à l’hôpital, je vais à l’EHPAD.

Je me forme, et je forme. J’accueille des étudiants, j’essaie de leur transmettre le plaisir de faire de la médecine générale. J’anime des formations et je partage avec d’autres le plaisir de faire de la médecine générale.

Je prends le temps qu’il faut en consultation, je finis mes journées de boulot sans être vidée, je profite de mes enfants. (bon par contre avec eux je finis sur les rotules)

J’ai choisi mon temps de travail, mes horaires.

Je gagne moins que d’autres, mais suffisamment pour rembourser le prêt de ma chouette maison.

 

Je n’ai pas la boule au ventre (éventuellement quelques cernes sous les yeux) quand je vais au boulot le matin. Je prends plaisir à travailler, et j’ai encore des projets plein la tête pour évoluer, varier et faire évoluer mon boulot.

 

Il y a 3 ans je me suis installée, je ne regrette pas, je suis heureuse.

 

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Bonne boîte orange à vous

Quand je repense à ma grand mère, c’est un fouilli de souvenirs qui remontent.

Son accent espagnol et cette chanson à base de gato qui mange des sardinas qu’elle nous chantonnait tout le temps.

La voir danser dans la cuisine sur Ricky Martin en faisant un pas en avant et un pas en arrière parce que nous on ne comprenait pas, mais c’est ce qu’il lui disait de faire, à Maria.

Les énormes tablées familiales avec des cousins grouillant de partout et ses platrées de paëlla.

La caisse aux jouets remplis de merdouilles qui nous semblaient des trésors.

Le vieux parquet sur lequel il fallait glisser avec les patins. En fait elle s’en fichait bien qu’on mette les patins, mais ça nous amusait.

Les horribles tapisseries au point de croix qui ornaient les différents murs de la maison.

Les lits à ressort sur lesquels on sautait pendant des heures en s’inventant mille et un jeux, persuadés que les adultes, en bas, n’entendaient pas nos bétises. En fait, ils les entandaient très bien -comment en aurait-il été autrement – mais ils savouraient le fait d’être tranquilles pendant ce temps.

Son petit jardin où il n’y avait pas grand chose à part des hortensias bleus mais où on allait voir et nourrir les lapins, ces lapins que mon grand père échangeait au bout d’un moment avec son voisin, pour ne pas avoir à tuer ceux qu’il avait élevés.

C’est aussi la boîte orange qu’elle sortait pour le café, toujours remplie de gaufrettes maison ou de rosquillos, rosquillos dont on n’a jamais réussi à trouver la recette, tout simplement parce qu’il n’y en avait pas, de recette.

rosquillos

rosquillos in progress

 

C’est aussi ce petit village niché dans la boucle du fleuve, entre les collines, avec ses maisons et ses paysages façonnés par les ardoises. Ce petit village si loin du pays où elle est née, où le temps semblait être allé moins vite, avec ses vieilles ardoisières, son école de fille et son école de garçon, et ses veillées funéraires à la maison.

 

 

Quand elle est décédée, à la difficile tâche de vider et nettoyer la petite maison aux ardoises s’est associé le plaisir de temps passé en famille à se rappeler les bons moments. Le partage des maigres biens n’a pas été trop difficile, l’héritage étant très modeste. La séparation avec le Christ ensanglanté en (points de) croix  ou avec la malle aux trésors merdouilles n’a pas posé plus de problèmes que ça. Cela n’a pas empêché le reste de la famille de sourire quand j’ai très officiellement demandé à récupérer dans le garage de vieilles caisses en bois de mon grand père. Des caisses en bois qui sont maintenant très en vogue dans les magasins de déco où elles sont vendues faussement vieilles, mais les miennes sont vraiment vieilles, et sont officiellement estampillées « explosifs de l’ardoisière » et ça leur donne toute leur valeur.

Ma seule autre demande concernait la boîte orange, que l’on consentit à me laisser pour héritage.

Depuis qu’elle est chez moi, elle a de nombreuses fois servie à ranger les différents petits gâteaux, chocolat et autres cochonneries qui font du bien.

 

Lors d’une stupide et inutile brouille familiale, il y a quelques années, c’est naturellement que j’ai amené une boîte remplie de sablés de Noël… dans la boîte orange.

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Et lorsque ce matin, mon oncle m’envoya une photo de boîte orange pleine de gaufrettes pour la nouvelle année, j’ai trouvé que c’étaient les meilleurs voeux du monde.

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Pas de billet en 2015 ici, pour plein de raisons plusse meilleures les unes que les autres. Et je n’en promets pas spécialement plus en 2016.

 

Je ne suis pas adepte des voeux de bonne année. Mais je vous souhaite à tous… une chouette boîte orange.

 

 

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Mon avis

J’ai choisi le libéral. J’ai choisi de quitter l’hôpital et le salariat dès que j’ai pu. Je ne regrette pas.

Malgrès l’URSSAF, la Sécu, l’URSSAF, les paperasses, l’URSSAF et toutes les emmerdes que ça peut amener (et l’URSSAF aussi), je ne regrette pas.

J’ai le luxe de faire les horaires que je veux, de prendre le temps que je veux avec mes patients, de travailler comme je l’entends, de prescrire ce que je veux, de m’installer où je veux. Enfin à peu près. Ces libertés là se réduisent petit à petit, discrètement, et celles qu’il me reste, j’y suis assez attachée je dois dire.

Parce que sinon, petit à petit, les emmerdes du libéral vont devenir plus importantes que les avantages qu’on peut y trouver. Les installés déplaqueront, les arrivants ne s’installeront pas. Sans trop m’avancer, je dirais que ça a déjà commencé.

 

Je ne me sens nullement légitime pour dire quoi que ce soit sur ce projet de loi et ce mouvement de grève. Je ne suis porte parole de rien, je ne comprend pas tous les tenants et aboutissants, je n’ai pas toujours une idée précise des choses, et surtout, bon nombre de mes collègues en parlent mieux que moi (, , ou entre autres)

J’ai donc longuement hésité à en parler. Parce que tout est dit déjà ailleurs, et mieux, et que je ne suis pas sûre de ne pas être un peu à côté de la plaque.

Mais en fait, ceux qui sont vraiment à côté de la plaque, surtout, ce sont les médias. A aucun moment sur les ondes où les grandes chaînes je n’ai entendu un discours qui expliquait vraiment les problèmatiques et le point de vue du médecin. Je ne dit pas qu’il n’y en a pas, je dis que je ne suis pas tombée dessus. Donc probablement que le clampin lambda devant sa télé non plus, donc il ne risque pas de comprendre le fond du problème, et on n’a pas fini d’entendre des histoires de nantis grévistes à Megève qui veulent plus de tunes et qui veulent pas aider les pauvres.

Encore aujourd’hui à la radio, un message laconique « grève des médecins libéraux : ils réclament une augmentation du montant de la consultation. Aucun retentissement sur la prise en charge des gens et le nombre de passages aux urgences »

J’ai un peu l’impression que le seul message mis en avant devant le grand public, c’est l’augmentation de la consultation, parce que c’est le seul message qui est facilement compréhensible par tous, et que c’est plus facile de nous faire passer pour des méchants grippe-sous qui font ça pour le fric après.

Et accessoirement on en rajoute une couche en disant que ça n’a aucune incidence cette grève. Sous entendu « on s’en fout » ou « vous servez à rien donc vos revendications on s’en branle ». Enfin moi c’est ce que je comprend. (alors que c’est pas si vrai)

 

Je ne fais pas grève.

Déjà parce que comme beaucoup je suis en vacances, ce qui m’a évité de me poser la question.

Comme beaucoup je trouve que les dates sont mal choisies (même si j’entends bien qu’il faut bien en choisir des dates, et que ce n’est jamais le bon moment)

Et parce le message n’est pas clair. Entre les différents syndicats, entre les médecins entre eux déjà. Et surtout il n’est pas clair pour le grand public. Je ne vois pas l’interêt de faire grève si personne ne comprend pourquoi on la fait.

Ce qui ne veut pas dire que je ne soutiens pas ceux qui la font, parce qu’à un moment il faut arrêter de baisser la tête quand on continue de faire bouillir l’eau.

 

Et c’est là que je me suis dit : c’est ptet pas inutile d’expliquer un peu ce que j’en pense. Pour essayer de faire comprendre un peu ce qu’on n’explique pas à la radio.

 

Alors en exclusivité, après des jours de travail, entre le montage du bateau pour le bain et de la fée qui vole, entre les beaux-parents à la maison et la cuisine à faire, et après la plus longue introduction du monde, mesdames et messieurs…

 

MON AVIS

 

Je n’ai rien contre le tiers-payant en soi.

Ma pensée pourrait se résumer à « je suis pas fondamentalement contre, mais je vois pas pourquoi je serais pour »

Comme la plupart de mes confrères, je pratique le TP pour les patients en CMU, en accident de travail ou pour certains patients en ALD, entre autres.

Comme beaucoup de mes confrères, je pratique le TP social en ne faisant payer que la part complémentaire, c’est à dire 6,90€ à mes patients lorsqu’ils sont en difficulté.

J’encaisse le chèque lorsqu’ils me le demandent en début de mois, après qu’ils aient été remboursés.

Comme plusieurs de mes confrères, je ne remarque pas spécialement d’augmentation de la consommation de soins chez mes patients en CMU par exemple, à part peut être un « rattrapage » en début d’ouverture des droits. Ce ne sont pas spécialement eux plus que d’autres qui vont être responsable d’une surconsommation de soins.

 

Mais y a-t-il honnêtement beaucoup de personnes qui ne peuvent pas se permettre d’avancer 6,90€ pour une consultation ? 6,90€ qui seront pour beaucoup remboursés par leur mutuelle ? Je ne dis pas qu’il n’y en a pas hein, mais est-ce que ça représente tant de personnes que ça ? Moi, dans mon coin-pas-trop-défavorisé, j’ai pas l’impression. Mais je ne vais pas me fier juste à mon impression, donc j’ai cherché.

 

On nous dit

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Bon ben si 1/4 des français ne peut avancer les frais d’une consultation chez un généraliste, effectivement faut faire quelque chose. En fait quand on se penche sur les chiffres il semblerait que sur les 33% de français qui auraient renoncé à des soins pour un problème d’avance de frais, 12% l’auraient fait pour des soins courants comme une consultation chez le généraliste. 12% de 33%, on en arrive donc à même pas 3%.

Je dis pas qu’il ne faut pas s’en préoccuper, de ces 3% de personnes trop riches pour être pauvres et trop pauvres pour être riche, et d’ailleurs le TP dit « social » existe, plus ou moins formalisé par l‘ACS.

MAIS même en partant du principe que 3% de la population ne peut pas bénéficier de la CMU et ne peut pas avancer 6,90€, ou n’ose pas le demander parce qu’on a pas forcément envie d’étaler ses problèmes d’argent, le fait qu’on manipule les chiffres et qu’on avance des choses fausses pour essayer de faire passer une loi, déjà ça, ça m’énerve.

 

Parce que là où les gens renoncent aux soins, c’est pas chez le généraliste, c’est chez le dentiste ou l’opticien, là où la Sécu s’est tellement désengagée que la prise en charge dépend quasi totalement des mutuelles.

Donc « on impose le tiers-payant chez les généralistes parce que les gens ne peuvent pas acheter de lunettes » DESOLEE mais l’argument me semble bancal, et ça, ça m’énerve encore plus.

Les opticiens ou les dentistes sont plus ou moins remboursés selon les mutuelles. Pour favoriser l’accès aux soins paraît-il. Je ne sais pas selon quels critères telle mutuelle va mieux rembourser tel dentiste. J’aimerais penser que c’est selon la qualité de ses soins. Mais je ne peux m’empêcher de penser que le taux de remboursement va peut être dépendre de la hauteur de ses honoraires, et donc aussi du prix et de la qualité de ses matières premières.

Mais ce ne sont que des suppositions et je me fais sûrement des idées. Toujours est-il que dans l’optique de favoriser l’accès aux soins, ici dans ma campagne, aucun des 3 dentistes et aucun des 3 opticiens du coin ne sont bien remboursés par ma mutuelle.

Si l’Etat/la Sécu continue de se désengager du remboursement des soins, comme c’est le cas actuellement, et ça va plutôt continuer, le TPG leur permettra de faire la même chose avec les médecins. Moins bien rembourser tel ou tel médecin, ou selon la mutuelle, ne plus vraiment avoir le choix de son médecin, sauf si on est prêt à débourser un peu plus. On appelerait ça des réseaux de soins mutualistes par exemple.

 

Pour pouvoir faire ça, il faut que les gens ait une mutuelle déjà. Ca tombe bien, maintenant c’est obligatoire, puisque les employeurs ont l’obligation de proposer une mutuelle à leurs employés. Bon ça, éventuellement, ça peut passer pour une bonne mesure, pour tous ceux qui n’avaient pas les moyens de s’en payer une.

Là où je suis tombée des nues, c’est que les employés peuvent avoir l’OBLIGATION d’accepter (sauf s’ils ont déjà une complémentaire et que le dispositif de leur boîte permet le refus). Pour ceux qui n’avaient pas les moyens d’avoir une complémentaire, c’est bien. Pour ceux qui avaient fait le choix de ne pas en avoir (OK c’est un choix de riche, mais ça restait un choix) et qui préferaient payer le reste à charge de leur poche plutôt que de payer une assurance, ils l’ont dans l’os. Et accessoirement ils payent des impots sur ces cotisations, puisque la part patronale des cotisations compte dans le revenu imposable. Deux fois dans l’os.

 

 

En résumé : on impose à tous les patients d’avoir une mutuelle, et on impose aux médecins d’être payés directement par ces mutuelles. Le patient ne voit plus trop vraiment ce qu’il se passe, mais ça lui va, puisqu’il ne paye plus (sauf des cotisations qui ne feront probablement que grimper au fil des ans). L’état continue de dérembourser petit à petit, et le principal payeur devient les mutuelles et les assurances privées.

 

De là à penser qu’on veut privatiser la santé, et donner la main-mise aux assureurs privés il n’y a qu’un pas, mais il paraît que je me fais des idées.

De là à penser qu’on va glisser vers un salariat des médecins par les assurances et en finir avec la médecine libérale, il y a un autre (grand) pas. Mais là aussi je me fais peut être des idées.

 

 

Je n’ai pas très envie d’être payée par un assureur, parce que je ne veux pas travailler pour eux. On a beau m’expliquer qu’être payée par un assureur privé n’influencera EN RIEN ma pratique et me laissera libre de travailler uniquement pour le bien du patient, j’ai un peu du mal à ne pas me faire du soucis, et à imaginer qu’on peut être vraiment indépendant de celui qui nous paye.

Tout bêtement parce que c’est eux qui auront la main mise sur nos revenus.

Aujourd’hui déjà, une partie de mes revenus, via la ROSP, dépend du nombre de mes prescriptions de génériques, de statines, de mammographies. Certains items bons pour la Sécu sont aussi bons pour les patients. Certains. D’autres sont déjà discutables.

Mais on me dit que ça ne changera en rien l’indépendance des médecins. Bon. Je voudrais bien y croire hein.

 

 

 

Au delà de ces considérations éthico-idéologiques (qui sont quand même pas rien), il n’en reste pas que techniquement ça sera la merde, et ça mes confrères cités en haut l’expliquent très bien.

Actuellement la plupart des actes en tiers payant me sont payés rapidement, et ça m’arrange, puisque j’ai la flemme d’aller déposer mes chèques, et que je paie des comissions sur les cartes bleues. Mais ça ne concerne qu’une partie de mes actes, et qu’un seul payeur.

On nous répète « oui ben les pharmaciens le font bien eux, et ça marche, et ils sont contents »

Oui et d’ailleurs ils sont trop contents, ils sont obligés de payer une personne à temps plein pour s’en occuper, et ils nous disent de nous précipiter dans ce système (attention second degré)

Un système qui selon certains, nous coûterait 4,38 par acte. (c’est énorme) Sans être vénale, y’a un moment où faut ptet arrêter de tirer sur la corde.

 

 

Et oui, j’ai un peu peur que ça change la « relation du patient avec les soins ». Pas tous les patients bien sûr. Une minorité même. On connaît tous des qui réclament parce que « j’y ai droit » ou des qui crient au scandale de devoir avancer les frais (remboursés 3 jours plus tard) en pharmacie parce que j’ai omis d’être à la main et en toutes lettres « non substituable ». Bref des cons et des irrespectueux, il y en a, TP ou pas. Avec le TPG, on risque de les entendre un peu plus encore.

Pour être remboursé, le patient doit être à jour dans ses droits. Jusqu’à présent, il vérifie, il met à jour. Là, si ça ne change rien pour lui, pourquoi s’en soucier ? Et là je ne fustige pas ces irresponsables de patients, je suis la première à me pencher sur un problème uniquement quand je vois qu’il y en a un, par exemple que je vois que ma mutuelle a/n’a pas remboursé mes soins. Aujourd’hui déjà c’est au passage en pharmacie que beaucoup découvrent étonnés que leur carte n’est pas à jour.

 

Je n’ai pas envie de m’occuper de tout ça. Je n’ai pas fait ce métier pour gérer tout ça. Mon métier, je le vois comme une relation entre mon patient et moi. Il me confie des problèmes, ou pas, et j’essaie de l’aider à les résoudre avec les moyens que j’ai à ma disposition. J’ai pas envie qu’un tiers assureur/payeur vient se foutre entre nous et viennent parasiter tout ça.

Je sais qu’ils existent déjà ces tiers, et qu’ils influent déjà sur les soins. Mais pour l’instant seul le patient doit gérer sa relation comme il l’entend avec son/ses assureurs. Il n’y a pas ce mariage à trois foireux.

On me dit que c’est pareil d’être payée par la patient qui sera remboursé après. Oui mais non. Je suis bien consciente que cet argument n’est pas partagé par tous mes confrères, et je ne chercher pas à le mettre en avant, ce n’est là que mon ressenti.

 

Je sais que la valeur de la consultation, c’est ce que je peux apporter au patient, et non pas « juste » le prix qu’il paye. Mais je sais aussi que beaucoup n’ont déjà aucune idée de combien coûte leur ordonnance mensuelle ni un passage aux urgences. Ca sera la même chose pour mes actes. On ne saura pas combien ils coûtent réellement ni ce qui est pris en charge par la Sécu ou la mutuelle.

 

Je ne pense pas que les patients vont sur-consommer. Eventuellement, ceux qui venaient pour minimum 5 motifs pour ne payer qu’une seule consultation, ils viendront plus souvent. Mais je ne pense pas non plus que ne pas savoir ce que coûte les soins incite spécialement à faire attention. Et là je ne parle pas spécialement pour les patients. Les risques de dérives seront pour nous les premiers.

Comme beaucoup, des actes que je faisais gratuitement jusqu’ici, je ne vais pas me gêner pour les facturer. L’ordonannce de semelles orthopédiques, le certificat déjà fait il y a 3 mois mais plus valable, la consultation familiale pour épidémie de gastro où on ne facture que 2 consultations sur 4… ça c’est ce que feront tous les médecins. Quand je vois une entorse du doigt que j’immobilise avec un strap, je demande 23€. Alors que j’aurais le droit de demander 31,35€, voire 58,23€ s’il se pointe sans RDV. Mais bon, j’ose pas trop quand même. En tiers payant, je vais pas me gêner.

Et puis il y a ceux qui sur-factureront, ou qui factureront des actes fictifs, parce que c’est des cons, et que ça sera facile.

 

 

 

 

Un tiers payant généralisé ok. Mais qu’on ne dise pas que cela ne remet pas en cause l’avenir de la médecine libérale.

Un tiers payant généralisé ok. Mais qu’on ne fasse pas croire que c’est une mesure sociale pour permettre l’accès aux soins. Si le gouvernement tient tellement à limiter les freins financiers, pourquoi ne généralise-t-il pas les remboursements ultra-rapides par un seul payeur directement au patient ? Comme les cartes bancaires à débit différé pour les soins qui existent déjà ? Pourquoi faudrait-il que le médecin soit payé par un tiers à part pour prendre le contrôle sur ce paiement et sur l’acte médical ?

 

Je veux bien débattre, mais sans hypocrisie, sans faire semblant que c’est du social, sans faire semblant qu’on ne veut pas détruire le libéral, en parlant clairement d’un projet d’étatisation de la médecine, ou de privatisation des soins.

 

Bref je ne suis pas fondamentalement contre le tiers payant. Mais je ne vois pas pourquoi je serais pour.

 

 

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Faute

 Il est quasiment une heure du matin.

Nous voilà enfin attablés à l’internat pour manger un bout. Les barquettes en plastiques à moitié vides et éventrées par les internes ayant déjà mangé nous attendaient bien sagement, avec comme d’habitudes des semelles de rôti de porc, de la purée sans sel et une omelette dégoulinant d’eau.

Il est des heures où on n’est pas trop regardant sur la nourriture, à partir du moment où elle arrive dans notre estomac. Et manger, ça veut dire que c’est plus calme, et que peut-être, PEUT-ÊTRE, on va pouvoir aller s’allonger 1h ou 2.

Des girophares bleus-bleus cassent mon rêve. Il a fallu quelques mois seulement pour que j’apprenne à détester les camions de pompiers, déversant inlassablement leurs patients aux urgences, et repartant sauver le monde, nous laissant tout gérer. Qui dit VSAV de pompiers dit personne allongée/seule/dépendante, dit bilan radio ou biologique, dit que je ne suis pas prête d’aller me coucher.

Un sourire se dessine sur mes lèvres quand j’aperçois suivant l’ambulance le véhicule du SMUR. Qui dit SMUR dit qu’il y a déjà un médecin sur l’affaire, et l’image de mon lit se fait plus précise.

 Mon téléphone sonne, me faisait sursauter au milieu de mon délice de purée sans sel/Saint Nectaire insipide. La gastro. Encore. Cela fait 3 fois qu’ils m’appellent pour un patient dont le poul n’est pas très rapide. On va même dire qu’il est bradycarde. A 45 par minutes environ dirons nous. Lors de son premier appel, occupée avec un autre patient, j’avais vérifié par quelques questions l’état du patient (bon), les constantes (bonnes), ses symptomes (aucun) et ses traitements potentiellement bradycardisant (aucun). Je l’avais rassurée, et puisqu’il allait bien et qu’il dormait, je n’avais pas donné suite.

Lors de son deuxième appel, j’avais vérifié qu’il allait toujours bien, froncé les sourcils, et bredouillé que je ne voyais pas bien quoi faire de plus, puisque je ne me voyais pas faire de l’isoprenaline à un patient qui va bien, juste parce que son coeur bat un peu trop lentement au goût de l’infirmière. (= un médicament qui accélère le coeur en cas de défaillance, en gros, qu’on laisse manipuler par ceux qui savent, sous surveillance soigneuse)

Lorsque je raccroche de ce 3ème appel donc, je commence à être un peu énervée, et j’en touche quelques mots à l’urgentiste à mes côtés. Haussant les épaules, il me dit d’un air détaché « bah soit il a un médicament bradycardisant, soit il est en BAV 3. On se met pas à taper à 45 comme ça sans raison. » et il attaque son dessert.

Mon bout de semelle de porc me reste en travers de la gorge. Je pense que j’ai écarquillé les yeux et que je suis devenue un peu blanche. J’ai rappelé l’infirmière, je lui ai dit de « bon, quand même faire un ECG, je vais venir voir ».

J’ai regardé le dossier du patient, son absence confirmée de traitement ralentissant le coeur et ses constantes des 3 derniers jours qui montraient bien un poul entre 80 et 90 battements par minute. Jusqu’à cette nuit.

J’ai été voir le patient, qui effectivement se sentait bien, sans douleur, sans difficultés respiratoires, avec une bonne tension.

Et puis j’ai été voir son ECG, qui affichait, narquois, un joli rythme idioventriculaire qui m’a laissé comme une idiote. Un beau rythme d’échappement qui m’avait échappé. Un divorce des oreillettes et des ventricules, chacun vivant sa vie de son côté, sans communiquer.

Bref, un BAV 3.

 

J’ai fulminé très fort à l’intérieur de moi-même, j’ai attrapé le téléphone et appelé le cardiologue de garde. Sans trop trop insister sur mon délai de réaction. J’ai tout accepté, les échanges de lit à 3h du matin pour qu’un patient de cardio vienne en gastro – pour qu’un patient d’USIC stable puisse aller en cardio – pour qu’il puisse prendre mon patient au coeur brisé sous sa surveillance. J’était prête à faire la désinfection des chambres s’il fallait. (oui là il faut imaginer comment les équipes de nuit ont voulu ma mort, de devoir faire 3 changements de chambre à 3h du matin.)

 

L’échographie cardiaque du patient a montré un coeur qui ne marchait vraiment vraiment plus bien. Un coeur qui s’était détruit doucement sans bruit, pas comme dans les films et le patient tombe la main sur la poitrine. Un coeur qui avait commencé à mourir doucement chez lui, cellule par cellule, avec des petits signes passés inaperçus aux urgences, jusqu’à ce qu’il ne fonctionne plus de manière synchrone, puis qu’il ne fonctionne plus du tout, quelques jours plus tard.

 

– – –

 

Nous avons eu il y a peu une discussion fort interessante avec des amis sur l’erreur et la faute médicale. (Comme il y avait déjà eu il y a quelques temps des discussions sur les internets très intéressantes sur ce même sujet, avec notamment la très bonne initiative de REX qui regroupent les témoignages d’erreurs médicales)

 

Quand j’ai cherché un exemple d’erreur que j’avais faite… ça n’a pas été aussi évident. Non pas que je n’en ai pas faite hein, au contraire, mais..

– je n’en ai pour beaucoup sûrement jamais eu connaissance, soit parce qu’elles n’ont eu aucune conséquence néfaste, soit parce que ce n’est pas moi qui ai dû récupérer les pots cassés. Parce que j’étais interne, ou remplaçante par exemple.

– elles ont pour beaucoup été rattrappées par les « filets de sécurité » des infirmiers qui exécutent mes prescriptions (« tu es sûre que…? »), des pharmaciens qui délivrent (« vous vous seriez pas trompé..? ») ou de mon propre esprit qui se rend compte à temps de sa bourde.

– il n’est pas toujours évident de les distinguer de l’aléa thérapeutique ou de l’effet secondaire : le dernier « problème » qui me revient en tête est un surdosage en morphine chez un patient très douloureux à qui j’avais augmenté les doses… Problème identifié, arrêt de la morphine, surveillance, problème réglé. Erreur ? Ou effet secondaire facheux ?

– les erreurs de diagnostic, ou les errements avant de faire le bon, sont fréquentes, et inhérentes à notre métier et au fait que nous sommes humains, et que rien n’est jamais comme dans les livres. Même si ça nous remet pas mal en question, quand on se rend compte que la gastro du lundi était en fait une embolie pulmonaire massive bilatérale le mercredi.

 

Non, le cas qui m’est revenu en tête quand j’ai cherché une fois où j’ai fait une erreur, c’est celui là. Pas tant parce que je n’ai pas pensé au diagnostic tout de suite, ou toute seule.

Non, là où j’ai merdé, c’est que je n’y suis pas allée. Comme je ne savais pas, comme je ne voyais pas quoi faire (alors qu’au final, mon idée d’isoprénaline n’était pas si inappropriée), comme ça me faisait chier (disons le clairement) je n’y suis pas allée. Et ça ce n’est même pas une erreur, c’est une faute.

Parce que contrairement à mes erreurs, là je n’ai pas mis tout en oeuvre pour ce patient. J’ai été négligente. Et même si là encore, il s’agit probablement d’une succession d’erreurs, de « pas de chance » qui ont conduit au décès, et que mon intervention consciencieuse n’aurait rien changé au final ; il n’empêche que ma connerie ne lui a pas laissé toutes ses chances.

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1 an

J’ai choisi le libéral. Je ne regrette presque pas. Oh tout n’est pas rose dans le joli monde de la médecine libérale, et je pourrais en raconter, sur le massacre annoncé du système de santé et de la médecine libérale (mais pas ce soir, je suis pas motivée).

Pour l’instant, je préfère ma liberté contrôlée au carcan de l’hôpital.

J’ai choisi mon temps de travail. Je travaille heu environ 24h par semaine (évaluation pifomètrique). Je suis (en retard) tous les matins à l’école pour déposer les filles. Je suis (en retard) 2 fois par semaine à la sortie de l’école. Je suis présente au cabinet deux soirs par semaine.

C’est un choix. Enfin plus ou moins. Avec ses conséquences, financières notamment. Professionnellement, je ne suis pas sûre que si j’avais bossé plus d’emblée le planning aurait été rempli. Ca viendra. Familialement, il aurait été difficile de bosser plus pour l’organisation de tout le monde. Ca viendra.

 

J’ai eu peur que les patients viennent (trop). Puis j’ai eu peur que les patients viennent (pas assez).

Il y a eu les sympas, les hypochondriaques, ceux qui voulaient absolument changer de médecin, ceux qui ne voulaient surtout pas changer de médecins. Petit à petit ils deviennent un peu plus mes patients à moi. Ca viendra.

Il y a eu des moments où j’en ai eu marre.

Et puis ces moments où j’aurais aimé travailler plus, travailler mieux, sans avoir en tête les courses à faire, la fiche de paie de la nounou à préparer et l’horloge de l’école qui faisait tic-tac.

J’avais de grands idéaux, pleins d’éducation thérapeutique, de discussions avec les patients, d’explications et d’auto-formations. Je crois que je n’ai encore rien mis en place de ce que je voulais faire. Ca viendra.

 

 

J’ai 30 ans, un mari, deux enfants, et en un an, j’ai eu un enfant, acheté une maison et je me suis installée. Plein de bonnes raisons pour que mon compte en banque pleure, sauf que c’est pas politiquement correct de le dire. Mais bon, ça aussi, ça viendra. J’espère.

 

 

Il y a un an, je me suis installée. Je ne regrette pas encore. Ca viendra…?

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Chroniques de là-bas #10 je t’aime moi non plus

Dans les rues les enfants se précipitent pour te serrer la main. Nous faisons partie des curiosités de la ville.

 

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Un petit chaton a passé la soirée avec nous. C’est comme les enfants, on ne peut pas deviner son âge tellement il est dénutri.

Yvonne est venue nous voir également. C’est dur de dire aux gamins qu’ils ne peuvent pas venir tout le temps chez nous. Sinon la ville entière viendrait juste pour nous voir.

 

C’est difficile également de ne pas pouvoir les faire profiter de tout ce qu’on a. Plusieurs ados nous aident sur le chantier depuis des années. Pourtant il faut fixer une limite. On ne peut pas leur offrir le repas ou les ramener en voiture. C’est assez dur.

 

– – –

 

Cette discussion avec notre ami instituteur, qui ne voulait que 2 enfants, nous a étonné. D’habitude, les familles africaines sont plutôt nombreuses. Il nous sourit, désabusé : « ici les études sont chères, et avec ce qu’on gagne, je préfère n’avoir que 2 enfants, mais pouvoir m’en occuper. S’il veulent aller en vacances en France après, je veux qu’ils puissent le faire »

Ah oui c’est vrai. Ce petit discours m’a ému. Ici, même quand on est aisé, on reste pauvre.

 

Bon là, niveau préjugés à 2 balles on se posait là. Genre tu vois, en Afrique ils ont plein de marmailles qui court partout parce que c’est « culturel ». Absolument pas parce qu’il n’ont pas accès à une information fiable sur la contraception, ni à la contraception en elle même. Nous semblions tomber des nues que certaines familles souhaitent n’avoir que deux enfants.

 

– – –

 

Nous changeons petit à petit d’avis sur la mentalité des gens, et je m’interroge sur la notre. Notre réaction nous énerve nous même.

Si au début, le fait d’avoir des hordes d’enfants accrochés à nos mains et d’être constamment interpellés dans la rue nous amusait ; nous sommes de plus en plus intolérant envers ces gamins qui viennent nous parler seulement pour avoir un cadeau. Si pour les plus petits, la curiosité est belle est bien là, nous avons vraiment l’impression d’être pris pour des vaches à lait par les autres. Oui cela nous énerve. Quand on pensait « échanges avec la population », on ne pensait pas à ce type d’échange. Mais en même temps, peut-on se permettre de juger leur attitude, nous qui avons toujours mangé à notre faim et qui avons nos études gentiment payées par papa et maman ? (et par la société n’est-ce pas. Et un peu par nous aussi, en fait) A-t-on le droit de s’énerver parce qu’ils quémandent à notre porte, alors que nous pouvons nous permettre de venir jusque chez eux ? Oui bien sûr que c’est énervant, et parfois nous les renvoyons assez rudement. Notre énervement est également dû à notre impuissance. Non, on ne peut pas sauver le monde. Il n’y a jamais vraiment eu de guerre civile ici. Mais il n’y a pas besoin de guerre pour qu’il y ait la misère.

 

– – –

 

Réunion de bilan avec l’asso locale. Il est difficile de concilier les mentalités africaines avec les nôtres. Nous sommes blancs, donc par définition nous sommes pétés de tunes (et en plus nous sommes médecins tsé, #PointNantis) et ils ne comprennent donc pas que nous leur donnions moins d’argent que l’année dernière. Et comme depuis des années nous sommes le principal bailleur de fond de l’association ils n’ont pas besoin de chercher de l’argent ailleurs, nous sommes leur vache à lait. Ils n’ont pas l’air de comprendre que nous aussi de notre côté on en chie à trouver de l’argent.

 

 

Je ne sais pas si les limites que l’on posait avec nos amis locaux étaient justes. Il fallait en poser quelque part, et comme pour toute limite, ce n’est pas toujours évident. Evidement que la face du monde n’aurait pas été changée si nous avions ramené un jour Auguste chez lui en voiture, où si nous avions partagé un repas avec Yvonne. Mais si nous l’avions fait, il aurait été tout aussi difficile de ne pas faire plus.

 

S’il était évident que même au bout de deux mois nous ne pouvions pas comprendre vraiment la réalité de leur vie quotidienne, l’inverse n’était pas possible non plus. Que nous puissions avoir des difficultés d’argent chez nous, du mal à réunir des fonds, et que nous nous soyons endettés sur deux ans en travaillant de nuit pour payer notre billet d’avion, tout cela nous semblait impossible à leur faire comprendre.

Je pense qu’une partie de nous – partie qu’à l’époque nous étions bien loin d’admettre – attendaient un minimum de gratitude. Oh oui bien sûr nous faisions ça de manière totalement bénévole et désintéressée, mais en fait je crois nous aurions aimé qu’on reconnaisse au moins les efforts que nous avions fait. Nous arrivions avec un petit syndrome de sauveur du monde, et nous repartions avec l’impression de détester les gens que nous étions sensés aider.

Comme quoi, on avait bonne conscience, mais pour le VRAI désintéressement, y’avait encore du travail. Et je ne sais pas si j’y suis arrivée depuis. Qui peut dire qu’il n’attend VRAIMENT rien de son travail ou de ses actions ? Ne serait-ce que le sentiment d’avoir fait du bon travail, d’avoir été utile, de voir les gens heureux ?

C’est peut être cela qui a été le plus difficile.

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Chroniques de là-bas #9 : Jojo

Nous allons chez Madame M. qui élèvent plusieurs enfants abandonnés. Et nous allons y faire des confitures de mangues. Chez M. nous avons l’impression d’être chez Mamie, surtout grâce à l’ambiance détendue et conviviale. Nous faisons connaissance entre autre avec Albert et Jojo, environ 4 et 2 ans, des « enfants » de Madame M.

Elle nous explique que Jojo va être adopté l’année prochaine en France, elle nous montre l’album qu’a envoyé sa future famille. Ça me fait bizarre de voir les photos de cette famille où Jojo grandira et deviendra parfaitement français. Il ne se souviendra pas qu’à une époque il courait tout nu dans les rues poussiéreuses de cette ville perdue, et qu’il a servi de cobayes à quelques françaises pour s’entraîner à porter les bébés à l’africaine.

Il ne saura peut être jamais que sa vraie mère, la femme qui l’a porté, est de telle ethnie et est morte quand il est né. Et qu’il ne serait peut être pas en vie si M. ne l’avait pas pris avec elle.

Mais pour l’instant le souci de Jojo, c’est de touiller la confiture tout seul comme un grand.

 

jojo

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Chroniques de là-bas #8 : les aventuriers

On nous charge nous et les sacs sur des mobylettes et on nous emmène jusqu’à la villa. C’est le grand luxe : sol carrelé, 1 WC, 1 salle de bain, 3 chambres, quelques meubles. La pâte à tartiner et le saucisson que j’ai ramenés sont fortement appréciés. L’eau de boisson fonctionne selon un système de bouteilles numérotées et notées selon l’heure à laquelle elles ont été mises à purifier. Dans le groupe, personne ne porte de montre. On s’en sert pour purifier les bouteilles d’eau principalement.

Il est plus simple encore de boire de la bière locale.

Le premier palu est arrivé.

Nous sommes obligés de repasser nos vêtements, au cas où des mouches aient pondu dedans pendant qu’ils séchaient. Le soir c’est également Savarine, vêtements longs, spray qui-pue sur la peau, moustiquaire la nuit.

 

Cette panique que nous avons eu du linge pendu en plein air m’a suffisament traumatisé pour que je fasse quelques années plus tard immédiatement le brillant diagnostic de ver de Cayor chez un patient à la fois époustouflé (par mon savoir) et répugné (par son hôte).

 

– – –

 

Nous trouvons avec difficulté l’hôtel. Nous avons réservé 6 chambres pour 16. Pour des raisons d’économie, nous n’en avons pris que 2 avec WC. Le délabrement de l’hôtel donne tout son charme à l’équipée. C’est l’aventure. On n’est pas venu là pour aller dans un 4 étoiles. On est heureux de vivre à la dure. Le petit hôtel fait aussi « dancing populaire ». Nous nous prenons donc les décibels en direct mais cela ajoute encore plus de charme à notre échappée.

 

Il est évident qu’il faut avoir 20 ans et une vie ordinaire plutôt confortable pour trouver que dormir à 3 par lit avec des cafards, sans chiottes alors qu’une personne sur 2 à la chiasse, avec Sean Paul à fond dans les oreilles toute la nuit, a du charme.

Il y a des musiques qui nous rappellent inmanquablement des moments ou des endroits. Réentendre Sean Paul me revoit forcément au « dancing club de l’Amitié », où il était on ne peut plus populaire. Le coupé-décalé, encore quasi inconnu en France, était omniprésent là bas.

Les play-lists, pas du tout redondantes, ressemblaient donc un peu à ça : coupé-décalé / Sean Paul / coupe-décalé / Sean Paul /… ce qui, vous imaginez bien, ne nous donnait pas DU TOUT envie de nous frapper la tête contre les murs.

Ce qu’on aurait fait si on avait osé toucher les murs bien sûr.

 

Nouvel hôtel, conseillé par un autre groupe de blancs. Nous arrivons à avoir 6 chambres pour 14. Elles ont l’air d’être un peu plus salubres, si ce n’est les sanitaires, où nous avons déjà rencontré quelques cafards. En même temps, après avoir vécu plusieurs nuits avec notre pote le cafard dans le précédent hôtel, nous sommes blasés. Par contre la propreté des matelas et des draps est douteuse. L’un d’entre nous s’est allongé 5 minutes et est ressorti plein de plaques. Les puces sûrement.

 

– – –

 

Ici la présence des insectes est à la limite du supportable. Les douches-trous ou WC-trous, pleins de cafards, et à la tombée de la nuit, des nuées d’éphémères et autres papillons divers qui nous tombent dessus, foncent dans les cheveux, sans répit. La découverte d’énormes grillons ou apparentés de 5 ou 6 cm de long ne nous a pas plus rassuré.

 

– – –

 

Tel Robinson Crusoé, nous avons tué le coq et nous l’avons dégusté. Peu de viande, mais très bonne, et la sensation d’avoir vécu quelque chose d’exceptionnel, d’avoir dû tuer un coq de nos propres mains pour pouvoir survivre…

 

Heureusement qu’il y a écrit « sensation ». Imaginez si on était vraiment mort de faim de ne pas avoir réussi. Ephrem – le coq – me demandez pas pourquoi – était un cadeau du chef du village, en remerciement de nos actions là bas. Il faut bien se rendre compte de la valeur du cadeau pour eux, même si nous, nous nous sommes regardé d’un air bien embarrassé une fois la bestiole dans nos bras. Une fois rentré chez nous, Ephrem a donc élu domicile avec nous dans la maison. On n’était plus à ça prêt. Et comme on était réveillé à 5h du matin par la chaleur/la lumière/les douleurs/les ronflements des autres, un petit chant de coq à 50 cm de l’oreille ne faisait qu’ajouter un peu de folklore.

Mais le départ approchant, il a bien fallu se résoudre à se séparer d’Ephrem, et ce de la meilleure façon possible : par voie orale. Pour ce grand jour, nos plus proches amis locaux étaient là. Pour nous aider en cuisine, et pour leur faire profiter du festin. Mais surtout pour nous aider en fait. Quand l’heure fut venue de passer à l’action, la plupart des filles se détournèrent avec une moue dégoûtée, les mecs ont fait les cakes mais n’avait pas la moindre idée de la façon de faire, et moi, guère plus qu’eux. Auguste, 15 ans, nous a regardé d’un air affligé, et armé d’une vieille lame rouillée, s’est attaqué à la chose. Cela aurait pu être fait proprement si la lame avait eu encore un peu de tranchant, mais là, en l’occurence, il fallait avoir le coeur bien accroché, c’était une véritable boucherie.

L’un d’entre nous a donc tenu la bête, pendant qu’Auguste y mettait tout son coeur. La tête a fini par être plutôt arrachée que coupée. Et oui, le coq a continué de courir un moment sans sa tête.

Ayant bien compris notre haut niveau de débrouillardise, Auguste s’est également chargé de le plumer et le vider, avant que nous nous chargions de le mettre nous même dans la casserole parce que quand même, il était notre invité.

Dans les faits, je crois que c’était de la carne, et qu’il n’avait rien sur les os. Mais comme ça faisait un mois et demi qu’on ne mangeait que de la semoule, il avait des saveurs de restaurant gastronomique.

 

 

 

Toi aussi plonge toi dans l’ambiance (à écouter minimum 6 fois en boucle pour un meilleur rendu)

 

On a vécu dans des conditions plutôt précaires, certes avant tout pour des raisons économiques, mais on était content. On avait l’impression de découvrir la vraie vie là bas, alors qu’on restait loin de ce que pouvait être la vie quotidienne de ces personnes. Hors de question d’aller au fin fond de la brousse si c’était pour avoir des conditions de vie confortable, fallait quand même qu’on puisse raconter nos aventures en rentrant. Dans un sens, ça faisait partie de du jeu.

 

 

 

[La rédaction de ce billet a entraîné d’intenses séances de remuage de popotin avec Tétarde au milieu du salon]

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Chroniques de là-bas #7 : histoires d’eau

La douche est un moment attendu toute la journée. Tellement attendue qu’on la repousse toujours et toujours, redoutant le moment où ça sera déjà fini.

Deuxième jour et les séances d’application de qui-pue sont déjà une torture, le produit brûle la peau.

On prend petit à petit le rythme de ce pays rouge où rien n’est pressé, rien n’est rapide.

 

Pas un souffle d’air ce soir. Nous faisons le moins de mouvements possible pour ne pas augmenter la chaleur environnante. Une chaleur moite, qui nous suit partout, impossible à fuir.

Le soir est le seul moment où la température descend un peu. Pourtant, impossible d’en profiter, vêtements longs obligés.

On s’habitue petit à petit à la couche de substances que l’on a en permanence sur la peau. Cela varie dans la journée :

  • forfait jour : transpiration + poussière + vernis + crème solaire

  • forfait nuit : transpiration + poussière + vernis + qui-pue

 

On apprend à être sale. L’eau est chère, on ne prend qu’une douche par jour. Le reste du temps on se rafraîchit ou on se nettoie à l’aide de lingettes pour bébé. C’est une option aux forfaits.

Le vernis est en série pour tout le monde, on essaie de temps en temps de l’enlever avec du pétrole, mais il en reste toujours un petit peu, surtout sur les pieds.

Et pour enlever le pétrole, on utilise de la lessive.

On croît avoir bronzé, en fait on est juste sale.

 

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Nous sommes à l’aise maintenant dans ce pays avec sa chaleur et sa poussière rouge. Nos habits, tout comme nous, ont pris la couleur locale, une teinte rougeâtre. Nous sommes aussi couleur locale, je m’aperçois avec bonheur que sous la couche de crasse un joli bronzage a fait son apparition [il en faut peu pour être heureux hein] ce qui fait dire à nos amis autochtones que je ne suis plus une vraie blanche.

 

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La saison des pluies approche, mais toujours aucune goutte d’eau depuis 3 semaines. La chaleur est omniprésente, on recherche le moindre souffle d’air. Cet après midi, alerte. Le vent se lève, les nuages approchent. Comme avant chaque pluie, tempête de poussière, de sable. Les gens se calfeutrent chez eux, rangent leurs étalages, ferment les fenêtres si c’est possible. On savoure déjà le moment, le vent, la température qui baisse. On attend toujours le don du ciel, on le scrute. La tension monte. Quad arrivera-t-elle ? Enfin la délivrance, la pluie.

Elle est arrivée et repartie aussitôt. Fausse joie, le sol est toujours aussi sec. L’orage est là mais pas la pluie.

 

Elle est arrivée, tard, et très légère. Le matraquage sur sur la tôle de la maison donnait l’impression d’une vraie tempête, comme si la nature se déchainait après avoir été trop longtemps retenue. Pour le vent c’était vrai. La pluie n’a fait qu’illusion, le sol était toujours aussi sec.

Au moins le bruit m’a aidé à m’endormir.

 

 

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Enfin hier soir la tempête a éclaté sans prévenir. Un peu de vent et le ciel a éclaté. On aurait vraiment dit qu’il s’ouvrait pour déverser toute l’eau emmagasinée pendant des mois. Le tonnerre explosait, la pluie sur le toit de l’hôtel nous assourdissait. On se demandait presque si l’hôtel allait tenir.

J’aurais aimé être sur le marché pour pouvoir regarder la tête des gens, se précipitant pour ranger leurs affaires, mais tellement heureux de l’arrivée des pluies, c’est la vie ici.

 

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La température est descendue pendant la nuit. Peut être même jusqu’à 20°, nous sommes en plein hivernage après. Nous restons en T-shirt, en savourant le plaisir d’avoir froid, et de pouvoir enfin sortir le pull que nous avions amené « au cas où ». Notre ami Auguste arrive, il grelotte.

 

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Les douches en plein air sont un moment inoubliable. Il faut d’abord puiser l’eau au puits pour remplir les seaux. Ensuite nous nous « isolons » dans les petits cabines en brique, à ciel ouvert. Il n’y a pas de trou, juste un petit écoulement à travers le mur. Nous versons l’eau avec une petite tasse, en nous parlant par dessus le mur, sous le soleil. Une tête apparaît de l’autre côté du mur : quelqu’un est aux toilettes. Ca va ? Ouais ouais et vous, bonne douche ?

Nous nous lavons en regardant le coucher de soleil sur le paysage, les gens dans les champs, le petit village.

 

 

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Chroniques de là bas #6 : quand l’appétit va tout va

Première rencontre avec le médecin du dispensaire. Il va quitter le centre hospitalier car il n’est pas d’accord avec le système qui fait qu’une personne qui n’a plus l’argent nécessaire est obligée d’arrêter son traitement. Il veut instaurer un système de forfait je crois.
 

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Ce matin j’étais à l’hôpital pour suivre la visite du Dr Y. en pédiatrie.

Bien sûr, les chambres individuelles n’existent pas. De 4 à 10 paillasses dans chaque pièce. Qui dit hospitalisation des enfants, dit également hébergement des mamans, qui ont parfois d’autres enfants. Nous disons donc 4 paillasses, 2 étagères, 1 ventilateur, 4 mamans, 6 enfants dont 4 malades, et les tapis sur lesquels dorment les mamans. Et les visiteurs.

Scènes de vie, tranches de misère.

– Cette femme est séropositive, elle a choisi l’allaitement artificiel pour ne pas contaminer son bébé, mais son bébé ne grandit pas depuis 5 mois, elle n’a pas assez d’argent pour lui acheter à manger, parce que son mari est mort, et la belle-famille lui a tout pris.

– Cette femme a 19 ans. Elle n’a pas eu le droit de sortir pendant sa jeunesse par peur du SIDA. Puis elle a été donnée à un homme qui avait déjà une femme. Il est séropositif. Maintenant elle est séropositive et son bébé aussi.

– Cet enfant est déshydraté. On a dit à sa mère de lui donner à boire, elle ne l’a pas fait. Elle veut des solutés pour son enfant mais elle n’a pas l’argent pour payer. Pour les gens l’eau n’est pas un médicament.

– Cette femme a la jambe toute gonflée, elle a une nécrose osseuse. Cela fait des mois. Si elle était venue plus tôt, ça aurait été moins grave, ça aurait couté moins cher et elle était sûre de guérir. Mais les gens ne veulent pas aller à l’hôpital parce qu’il faut payer. Du coup maintenant il faut qu’elle se fasse opérer, ça va lui coûter encore plus cher et elle n’est pas sûre de guérir.

– Nous retrouvons sa gamine un peu plus loin, squelettique, sous oxygène.

Y. s’énerve. Qui sont ces maris ? A quoi servent-ils pour laisser leurs femmes et leurs enfants finir dans cet état ?

– Cet enfant a 1 an. A vue d’oeil il pèse 4kg. Un squelette minuscule, une petit tas d’os, recouvert d’une peau trop grande, le tout attaché à une grosse tête bandée, avec de grands yeux qui n’ont plus la force d’être expressifs.

 

Là, si j’avais pu, j’aurais inséré une photo d’un gamin squelettique avec un Kwashiorkor et des mouches dans les yeux. L’image qu’on voit un peu partout et qui vend bien l’humanitaire.

J’ai l’impression qu’en voulant décrire ce que j’ai vraiment ressenti, je suis tombée à fond dans le cliché. Mais ce voyage était une plongée dans les clichés. C’était tout ça. C’était des gamins cachectiques portées par des femmes en boubou colorés. C’était la misère et la famine. C’était l’une des régions les plus pauvres et les plus désertiques du pays. C’était comme à la télé. C’est peut être ça qui m’a le plus surpris. Je voulais voir comment c’était en vrai, ben en vrai, c’est vraiment ça.

 

La plupart des gamins sont là pour dénutrition, ou parce qu’ils n’ont pas l’argent pour acheter les médicaments. Parfois Y., énervé d’être si impuissant, paye lui-même les médicaments ou les tri-thérapies. Parfois aussi, quelque occidental de passage compatit et paye pour le traitement de quelqu’un.

J’admire le Dr Y. Après avoir fait toutes ses études en France, il aurait pu y rester et avoir un bon salaire. Mais ici c’est son pays et il est plus utile ici. Et c’est incroyable de voir avec quelle impuissance et avec quelle rage il se bat encore et toujours, tous les jours, depuis des années. On pourrait penser qu’au bout d’un moment on se blase, on baisse les bras. Pas lui. Il dit que pour être médecin ici, il faut vraiment avoir la vocation et être fort.

Avant, avec l’aide de différentes assos, il arrivait à tenir un stock de médicaments qu’il revendait au prix d’achat.Avec l’argent, il rachetait d’autres médicaments. C’était un service social, ça revenait moins cher aux gens. Mais on leur a dit que c’était illégal, on pensait qu’ils se faisaient du bénéfice dessus. Depuis Y. est obligé de donner les médicaments, et ne peut maintenir son stock que grâce aux dons, dont les nôtres. C’est pourquoi pour son dispensaire il veut instaurer un forfait hébergement + Nourriture + médicaments que les patients payeront à leur arrivée.

 

Le dispensaire sur lequel nous travaillions à l’époque, à lessiver puis vernir les murs, a effectivement ouvert ses portes dans les mois qui ont suivi, prenant en charge les enfants souffrant de malnutrition, avec des consultations à prix réduits, et un forfait hospitalier unique quelque soit les traitements ou examens faits. Il fonctionne toujours avec l’aide de nombreuses associations françaises entre autre. Nous n’avons qu’apporté une petite pierre à l’édifice. Mais une pierre quand même.

 

Je les admire de continuer à se battre alors que tout se ferme toujours devant eux, que les obstacles se dressent les uns après les autres.

Si tous les médecins pouvaient garder la même mentalité : ça ne sert à rien d’être payé si on n’arrive pas à sauver des vies, si les gens meurent. Les gens qui l’acceptent n’ont pas de consience. C’est une mentalité que l’on a presque tous étudiants mais que beaucoup perdent…

 

STOOOOOP

 

HEU…

 

Alors ouais, j’ai écrit ça. Je me suis un peu étranglée avec ma salive en me relisant quand même. Mais ça m’a permis de réfléchir à ma vision de mon métier, et son évolution.

C’est mignon de me lire, et cette mentalité, je ne dirais pas que je l’ai perdue. Mais… mais celle qui a écrit ça ne connaissait ni la vie ni le métier, encore.

C’est mignon, mais ce n’est pas vraiment réaliste. Si je ne devais être payée que quand je sauve des vies, autant dire qu’avec ma spécialisation en rhumes et bouchons d’oreille, je serais rapidement à la rue. [Aparté avant qu’on ne me fasse la remarque : évidement que j’ai un peu plus de considération pour ma spécialité que ça hein] Oh j’ai ptet déjà sauvé une vie. J’espère. Je sais pas en fait. J’ai aidé des gens en tous cas.

J’ai pris en charge des gens mourant, aussi. Et je n’ai pas cherché à les sauver, juste à les accompagner vers la mort, pare que c’est ça aussi mon boulot. Alors si « ça ne sert à rien d’être payé si les gens meurent »… bon.

Je n’ai jamais refusé de soigner quelqu’un qui ne pouvait pas payer, mais je considère aussi que j’ai le droit d’être payée pour mon boulot. Là je pourrais partir sur des discussions beaucoup plus longues sur le rapport des médecins à l’argent, le rapport des médecins aux patients sur l’argent et inversement, le rapport de la société à l’argent supposé gagné des médecins-ces-nantis. Bon je pourrais m’auto troller sur rue89 en disant que quand même nous en France on n’a pas la vocation et on fait ça pour le fric alors que lui… Je pourrais.

C’est faux bien sûr, mais il n’empêche que niveau sacerdoce, lui il se pose là. Et je ne suis effectivement pas sûre qu’en vieillissant, et en travaillant dans les mêmes conditions que lui j’aurais gardé cette volonté. Je l’espère et je me plais à le croire (comme je me plais à croire que je suis l’alter ego de Lara Croft) mais au fond, je n’en sais vraiment rien.

 

 

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Publié dans là bas | Commentaires fermés sur Chroniques de là bas #6 : quand l’appétit va tout va

Chroniques de là-bas #5 : tranches de vie quotidienne

Toujours les mêmes paysages dans les rues, des enfants qui saluent ou viennent toucher nos mains. Ils n’ont souvent qu’une chemise, un vieux T shirt, des vieilles robes démodées pour les filles. Les cheveux des filles sont toujours bien coiffés, des tresses, des torsades.

 

Il y a des animaux plein les rues. Des chèvres, des poules, de temps en temps une vache attachée à un arbre, ou un âne. L’âne est le second moyen de transport national. On peut voir des gamins juchés sur des charrettes.

 

charrette

 

Un ami m’a dit « Alors ça te surprend ? C’est pas comme tu l’imaginais ? »

Au contraire, ça me surprend, ça m’étonne, ça me choque parfois, parce que c’est justement comme je l’imaginais. C’est les petits villages pauvres, c’est la ville dont les rues ne sont pas goudronnées, à part une ou deux. D’ailleurs, on habite « vers le goudron » ou « à gauche après le goudron »… c’est les femmes en boubou, avec les gamins dormant dans le dos, et leurs paniers sur la tête.

Le marché couvert, ou plutôt fermé, est constitué d’une succession de petites boutiques en dur : du tissu, des chaussures, tout en fait, on peut y trouver des médicaments même.

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Le marché des femmes, un peu plus loin, est l’endroit où l’on achète la nourriture. Chacune a sa petite parcelle avec son gamin, ses quelques fruits et les mouches qui vont avec.

Au fur et à mesure on apprend le marchandage, tout se négocie. Nous avons nos marchands habituels : ils nous font des prix, des petits cadeaux. En échange on s’engage à revenir. On peut trouver de tout sur le marché, même du tissu et des tailleurs. Un pantalon sur mesure nous revient à 3€.

 

Les gosses nous accompagnent, nous tiennent la main parfois, tout simplement fiers de marcher à côté de nous. Ils veulent nous toucher, on a l’impression de les bénir.

La ville est grouillante, des femmes au panier, des enfants, des mob partout.

 

Le maire est en train de goudronner les grands axes de la ville, mais la circulation n’est pas bloquée, ce qui ajoute au bordel ambiant.

 

– – –

 On peut observer le ciel pour une fois. Les étoiles ne brillent pas très fort mais le ciel est beau. On se sent bien sous ce clair de lune.

 

La nuit, la ville devient une autre. Le brouhaha du jour s’efface petit à petit, laissant tout de même une trace dans la nuit. Quelques rires rappellent que des gens habitent toujours là, sinon la ville est plongée dans le noir. Un sentiment de tranquillité nous enveloppe, alors que la terre rouge rend toute la chaleur emmagasinée dans la journée. Les seules lumières sont celles des mob et des petits restos locaux. Il faut apprendre à se déplacer dans la pénombre.

 

– – –

 

Le soir, le ciel nous a refait un beau spectacle. L’orage éclatait, à des dizaines de kilomètres, peut-être plus, mais sans bruit. Réunis sur le toit de la maison, bières à la main, nous regardions le ciel qui se fâchait en silence, mais en puissance. Les éclairs, invisibles derrières les nuages, éclairaient pourtant tout le ciel, nous laissant apercevoir furtivement les formes mouvantes des nuages. Feu d’artifice à l’horizon. Jeu d’ombre et de lumière, jeu de formes, ombres chinoises. Et au dessus de nous, les étoiles…

 

– – –

 

 Nous sommes le 13 juillet. En France les gens font la fête en bas de chez moi et s’émerveillent devant le feu d’artifice. Environ 5000km plus au sud, une dizaine de blancs kiputés, en habits sales, regardent la pluie tomber en buvant des bières et en jouant aux cartes.

 

– – –

 

Nous sommes dans une des plus grosses villes du pays, mais avec ses 2 malheureuses routes goudronnées elle garde une ambiance campagnarde. Les gens ne sont pas stressés, un « petit » marché local, et dès que l’on rentre dans la cour d’une petite maison, on se retrouve complètement isolé du reste de la ville, au calme, au milieu des poules.

En même temps, on est au milieu des poules dans la rue aussi.

 

J’aime la vie ici, malgré la chaleur. La région n’est pas touristique, n’offre pas les plus beaux paysages du pays ni le meilleur climat ; mais ici la vie est simple, on se sent chez nous, les gens nous sourient et nous saluent, simplement parce qu’ils sont heureux de nous voir chez eux et non pour essayer de nous vendre quelque chose à tout prix.

 

– – –

 

Ce soir cinéma. Nous eumes droit à des bancs en ferraille avec dossier. Devant nous, des places moins chères, bancs en pierre, sans dossier. Derrière nous des places plus chères, chaises en fer individuelles avec dossiers et accoudoirs… en face de nous, pas d’écran. Un mur blanc.

Au dessus de nous, pas de toit, le ciel, toujours ce beau ciel.

Une bobine usée, qui a dû faire toutes les salles d’Europe avant de finir sa vie ici. Un son d’une qualité incroyablement mauvaise, mais un très bon moment.

 

 – – –

Pour le départ des premiers, nous organisons une soirée crêpes grâce aux œufs offerts par le chef du village, un peu de rhum déniché au maquis et c’est une vraie soirée de fête qui s’organise.

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Chroniques de là-bas #4 : au village

Ce matin nous sommes allés dans le village où nous finissons de faire construire une école. Le directeur nous y emmène en mob. 47Km de piste, nos fesses s’en souviennent.

Il y a quelques années, il a été muté, à contre cœur, dans le village. Là il se rend compte que la seule chose que l’Etat a envoyé dans ce village, c’est lui. Aucune subvention, rien. Il décide alors que la première chose à faire, c’est d’avoir une vraie école, et non pas un bâtiment précaire avec un toit en paille qu’il faut reconstruire tous les ans.

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Il tape à toutes les portes pour construire son école, jusqu’à ce qu’il tombe sur nous. Cette année nous finissons de construire la dernière salle de classe.

Dans les villages les enfants sont encore plus timides. Les plus petits pleurent, les moyens fuient, les grands nous observent sans rien dire, même quand nous leur parlons.

Pour une année, un enfant doit payer 10 francs pour aller à l’école, sans compter les fournitures. C’est trop pour la plupart des enfants, surtout l’année dernière où il y a eu la sécheresse, et pas à manger. Nous finançons donc la construction, l’achat de matériel, et l’apport de fournitures scolaires dans la mesure du possible. Nous avons jumelé l’école avec une école française qui participe également.

 

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Il nous montre une concession, l’arbre à palabre. Je demande s’il y a une structure de santé dans le village. Non il n’y en a pas, le dispensaire le plus proche est à 3 km. Ce n’est pas très loin, et quelqu’un du village est plus ou moins formé pour les premiers secours. Le village est donc bien desservi par rapport à la moyenne.

 

– – –

 

Nous allons passé la journée au village avec une asso locale. Tout le monde, soit une trentaine de personnes, entassé à l’arrière d’un camion avec tout le matériel, sur les pistes cahotantes. Durant les deux dernières semaines ils ont répété 2 petites pièces de théâtre de sensibilisation contre l’excision et le SIDA.

 

Cela me rappelle une discussion surprise entre quelques collègues et nos amis locaux, lors d’une soirée un peu arrosée…

« Quoi ? Tu fais pas le cuni ? Y’a pas que ta b***, faut penser au clitoris aussi !

– ah oui, mais elles n’ont plus ça ici. »

Ah. Oui. Hum.

 

 

Lors des pièces de théâtre j’observais les réactions du public avec attention. Les femmes ont rit et applaudit à la pièce contre l’excision. L’instituteur était ravi de leur réaction. Il nous explique que c’est toujours la coutume ici, et également que les fillettes sont promises vers l’âge de 6-7 ans. Il nous dit fièrement qu’il a fait en sorte qu’aucune fille de son école ne soit promise.

La pièce sur le SIDA a fait beaucoup rire. Trop rire ? Fallait-il traiter le sujet avec plus de sérieux ? Je ne sais pas, sachant que le public visé était plus ou moins absent. La population du village semble composée de vieux et d’enfants. Nous interrogeons l’instituteur. Où sont les jeunes de notre âge ?

 

Dans le pays voisin, à quarante kilomètres, ils partent 1 an ou 2 pour travailler et gagner un peu d’argent pour pouvoir rentrer, acheter un vélo et se marier, au village. Parfois ils ne rentrent pas. C’est la guerre là-bas.

 

Nous nous interrogeons sur le sens de la vie de ces gens. Se lever, cultiver pour pouvoir manger, se coucher. Faire des enfants. La plupart ne sortiront jamais de leur village, pas d’amour, pas d’envie.

 

(Erf je m’interroge régulièrement sur le sens de ma propre vie aussi. Et je me pose probablement beaucoup plus de questions existentielles à la con qu’eux, en fait. Et probablement que leur vie a beaucoup plus de sens que a nôtre pour beaucoup d’entre nous.)

 

Nous sommes vraiment immergés au plus profond de la culture africaine ; les pièces se jouent sous l’arbre à palabre ; en fond les femmes en boubou pilent le mil, petite musique régulière à 2, 3 ou 4 temps, les bébés dans le dos.

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Quelques vieillards osent s’approcher et nous touchent les cheveux en rigolant. Ils ne voulaient pas croire que c’était des vrais.

Nous passons la nuit là bas. Sensation unique et indescriptible d’être dans un autre monde, observer le ciel africain, où tout paraît beaucoup plus proche, soleil, lune ou étoile, à des dizaines de kilomètres de toute source d’électricité ou d’eau potable.

 

L’événement doit être exceptionnel pour le village. Une animation, des blancs qui viennent, un dancing le soir. Les gosses dansent. Nous arrivons pour danser à notre tour, un cercle se forment immédiatement autour de nous pour nous laisser danser. Nous sommes gênés mais rien n’y fait, notre public ne se mêlera pas à nous et restera statique.

 

Le village semble vraiment heureuse de notre venue et nous remercie, surtout pour la construction de leur école. Même le chef du village, dont le visage ne trahit aucune émotion, tient à nous offrir un coq et des œufs.

 

Les femmes font une danse pour notre départ, nous sommes vraiment touchés.

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Marre-mots #9

« – Oh maman t’as fait une surprise rigolote pour le repas !
– Eh oui, c’est parce que je suis une super-maman !
– Heu…
 
non, juste rigolote. »
 
Okay. Continuer la lecture

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Chroniques de là-bas #3 : un ami bien

Sortie sur le marché cet après midi pour acheter quelques fruits et de quoi faire un repas. Tous les fruits sont au soleil, du poisson séché aussi. Les mouches s’accumulent dessus, c’est guère engageant.

– – –

Je suis arrivée depuis 2 jours, j’ai mal au ventre, envie de vomir.

Par chance, ma chambre est juste à côté des toilettes. Ma collègue me tend une bassine.

« Oh ça ira, je suis juste à côté des toilettes…
– heu oui, mais prend là quand même. »

Je n’insiste pas et pose la bassine au pied du matelas. Quand je me suis relevée dans un soubresaut au milieu de la nuit et que mes intestins se sont exprimés en même temps que mon estomac, j’ai eu un grand moment de solitude, mais j’ai compris pourquoi la bassine était toujours dans les toilettes.

 

– – –

Sortie au « restaurant » ce soir. Une grande table en bois, 2 énormes marmites. Pâtes, riz, tho, sauce à la pâte d’arachide principalement. La vaisselle se fait sous nos yeux dans une bassine, à l’eau. Nous voulions manger du poulet. Il n’y a plus de poulet, ni de pintade. Ah ? Des crudités alors. Y’en n’a plus non plus. Bon vous avez quoi ? Ben, des frites. Bon ben 16 frites alors. On prend l’habitude, nos repas sont guère variés.

Soirée au dancing après. Quelques uns ne peuvent pas y aller. Malgré nos précautions, quelques parasitoses ont l’air bien installées.

 

– – –

J’ouvre les yeux. Je jette un coup d’oeil à ma montre. 5h du matin.

Pourquoi est-ce que je me réveille ? Certes le soleil est déjà levé, à peine caché par le drap qui nous sert de volet, mais il m’en faut plus que ça d’habitude pour me faire émerger.

Je regarde au dessus de moi la moustiquaire mollement agitée par les rares souffles d’air. J’attrape mon appareil photo et je prend une photo. Je trouve ça romantique, j’ai l’impression de dormir dans un lit à baldaquin. Un baldaquin exotique, il manque un peu de clarinette et me voilà Out of Africa.

Alors qu’en fait il n’y a rien de romantique là. Autour de moi une dizaine d’autres personnes dorment sous leurs moustiquaires sur des matelas posés au sol. Le manque d’intimité nous oblige à porter des vêtements, alors que nous rêvons de dormir entièrement nus pour offrir au moindre recoin de peau la chance d’avoir un souffle d’air.

La douleur me tord soudain sur mon matelas. Ah, voilà pourquoi je me suis réveillée. J’essaie de calmer les spasmes de mon ventre et je jette un coup d’oeil dans le couloir, vers la porte des toilettes. Non rien de romantique, vraiment.

BORDEL il y a déjà 4 personnes qui attendent. A 5h du matin.

Dans notre petite communauté, le monde se divise en deux groupes : ceux qui ont une amibiase, et ceux qui ont une giardiase. Moi, je suis dans le deuxième groupe. Les matinaux.

 

J’ai emmené mes cours de parasitologie. Pas spécialement pour que ça nous aide sur place, mais parce que j’avais senti le coup venir : j’ai eu le temps juste avant mon départ d’avoir les résultats des partiels au téléphone. Je me doutais un peu que je devrais y repasser en septembre, mais quand on m’a annoncé 10 matières sur 13 à repasser, j’ai – quand même – un peu – accusé le coup. Le prix à payer pour un peu trop d’engagements associatifs divers et variés. Quite à traîner des cours sur place, autant se mettre en situation. Parasitologie, VIH, palu. Du coup les symptomes rentrent plutôt bien en mémoire.

« Diarrhée acqueuse, explosive et nauséabonde. Crampes abdominales. Anorexie. Perte de poids. » Ouais je visualise très bien pour le coup.

Alors qu’une nouvelle crampe me vrille le ventre, je me résoud à prendre place dans la file, de peur de perdre ma place. Au bout du deuxième à sortir, l’odeur est déjà intenable. L’insonorisation des toilettes balaye le semblant d’intimté que nous pourrions encore avoir. Nous sommes malades, et personne ne peut l’ignorer.

Devant moi, E. abandonne soudain sa place et se précipite dehors au fond du jardin. Il n’aura pas pu attendre son tour. Je ne peux que me réjouir. C’est bientôt à moi.

– – –

Re-paradoxe de ce pays : avant hier grosse pluie, le lendemain matin plus d’eau courante. Nous nous demandons combien de temps ça va durer, avec une inquiétude croissante.

Nous ne pouvons pas nous laver, ce n’est pas grave, de toutes façons nous sommes re-sales 1/2h après la douche.

Nous ne pouvons pas préparer le repas, passe encore.

L’eau potable par contre commence à manquer. Une délégation part puiser de l’eau au forage.

Mais surtout l’absence de chasse d’eau commence à se faire sentir, dans tous les sens du terme.

 

– – –

Avec la chaleur le moindre effort est fatiguant, pourtant je n’ai jamais faim. Je me force à manger quelques crudités à chaque repas, mais je n’en ressens pas le besoin.

 

– – –

 Je regarde d’un air morne mon assiette. Dedans, de la semoule. Comme presque tous les jours en fait. Nous avons chacun amené de France quelques sachets de sauce déshydratée, pour agrémenter nos plats de pâtes/riz/semoule quotidiens.

Aujourd’hui, semoule sauce madère. Pourtant d’habitude il passe bien celui là. Ma cuillère joue avec les grains. Je n’ai pas faim. Ma collègue insiste. « Il faut que tu manges, c’est important ! »

Les seules choses que j’arrive à ingurgiter sont des tomates ou des concombres. Ce qui au final n’arrange rien. Comme avec les enfants elle attrape le tube de ketchup et dessine des yeux et une bouche à mon bonhomme-semoule. « Des cheveux aussi ? » Avec un petit sourire j’acquiesse.

Puis j’attrape ma cuillère, et je deale avec moi même de manger au moins les cheveux.

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Chroniques de là-bas #2 : on the road

Départ en bus de brousse.Tout est chargé dans les soutes : sacs, cartons, poules, vélos, mob… La route est jonchée de petits villages typiques : quelques huttes, une enceinte, plusieurs pour les gros villages.

 

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A chaque arrêt de bus, des femmes et des enfants se précipitent et tendent aux fenêtres des paniers remplis de gâteaux, de fruits, de graines voire parfois du poisson séché, dont la qualité est parfois douteuse.

Le paysage n’est jamais désert, on trouve toujours un homme, une femme, un groupe d’enfants. Ils marchent, le long de la route, ou pas, on ne sait pas où ils vont, ce qu’ils font. On est a des kilomètres de tout village. Eux le savent sûrement. Ils vivent.

 

 – – –

 

Pendant 9h de route il me fût impossible de détacher mes yeux du paysage. Mes yeux s’habituaient aux petits villages qui se succédaient, mais en aucun cas ne s’en lassaient.

Paysage difficile à décrire mais incroyable à découvrir.

Un autre monde s’étalait devant nous, à mille lieues de ce qu’on peut connaître, ou de ce qu’on croît connaître.

Toujours les mêmes scènes de vie qui se déroulent sous nos yeux : des femmes qui bêchent la terre, leurs gamins solidement attachés dans le dos ; un gosse, seul avec un troupeau de vache ; des hommes ramassant du bois ; et toujours cette succession de petites enceintes, bourgeonnant les unes des autres, petites cellules de vie en communauté.

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La misère est beaucoup plus palpable dans les villes, où les exclus existent. Dans les villages, tout le monde est à égalité, on vit en communauté, un gosse orphelin sera élevé comme les autres.

On se rend compte que le seul but dans la vie de ces gens est de vivre. Ils passent leurs journées à gratter un bout de terre, à la main, pour récolter fruits et légumes que les femmes iront vendre au bord de la route, histoire de gagner 3 sous pour pouvoir survivre. Mais ils sont heureux, les gosses jouent avec 3 fois rien, et leurs mères les regardent en souriant.

 

– – –

 

Chaque enceinte est une concession, habitée par une seule famille. Le mari, sa femme, ses enfants, son autre femme, ses autres enfants, sa troisième femme, parfois les sœurs veuves de sa femme, ses neveux, ses nièces. Enfin la famille quoi.

Certaines huttes se situent sur « pilotis », à l’entrée de la concession. Ce sont en fait les greniers.

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Je m’aperçois que j’aime ce bus cahotant. C’est un endroit privilégié pour découvrir le pays. Sans bouger, il fait frais grâce au vent qui rentre par la fenêtre, et les nombreux paysages se déroulent sous nos yeux. Petit à petit le paysage passe de rouge et vert foncé ; à rouge et vert clair, puis rouge et jaune.

 

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Je m’aperçois que la moitié de mes photos ont été prise depuis la fenêtre du minibus. Installée au fond, fenêtre entrouverte, mon vieux Pintax à la main, je devorais des yeux le paysage, et mitraillais. Pourtant on ne peut pas dire que j’avais du matériel de qualité : un vieil argentique dont le flash ne marchait plus et dont le compartiment à piles tenait grâce à un bout de sparadrap.

J’ai découvert pendant ce voyage que le rembobinage de pellicule ne marchait plus vraiment non plus. J’ai malheureusement bousillé quelques pellicules en improvisant une chambre noire sur mon pull et en tentant de les rembobiner à la main.

Bref, il était déjà au bout du rouleau en fait cet appareil, mais j’ai une affection particulière pour lui, et je l’ai toujours avec moi. Les photos que j’ai prises avec lui ont une âme que je n’ai jamais vraiment retrouvée après.

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Chroniques de là-bas #1

Je me souviens de mon arrivée. Seule, parce que le reste de l’équipe était déjà sur place. On a utilisé au maximum les 30 kg de bagages qui m’étaient impartis, je trimbale un peu de matériel et des médicaments qu’on doit donner. Ça m’a posé quelques problèmes aux douanes, mais j’étais plus inquiète pour le saucisson caché au fond de mon sac.

Je me suis trimballé mes 30 kg toute seule dans le bus, puis dans le TGV, puis dans le RER, et l’autre RER, et l’aéroport. Évidemment ça devait arriver, je me suis cassé la figure dans le métro. J’ai glissé entre le quai et la rame, entraînée par mes 30 kg. J’ai pas trop compris, le biiip a retenti, des mains nous ont agrippés moi et mes sacs et traînés à l’intérieur de la rame.

Ce n’est qu’en essuyant mes larmes assise par terre au milieu des gens que j’ai réalisé que ça aurait pu être beaucoup plus grave qu’un pantalon déchiré et une cheville en vrac.

 

Pour le coup, ma cheville, bien que strappée à l’arrache, ne m’aide pas à porter mes bagages.

Mon avion a eu du retard, je ne sais même plus pourquoi. Sauf qu’à l’arrivée, ici, ils ont pas su dire combien de retard, plusieurs heures seulement. Je suppose que mes collègues sont venus, puis repartis. Je n’ai aucun moyen de les joindre, alors je prend mes bagages, et je m’assoie sur les marches à la sortie de l’aéroport.

Je chasse inlassablement les taxis qui insistent les uns après les autres pour m’emmener. Comme je ne sais même pas où je dois aller, c’est facile de refuser.

Je reste assise et j’attends. Je ne m’inquiète même pas, ça n’aurait servi à rien. De toutes façons, je n’ai pas trop le choix, je suis dans une ville inconnue d’un pays inconnu avec une cheville comme un ballon et 30kg de bagages, je ne vais pas aller bien loin, le meilleure chose à faire, c’est de rester là.

 

 

Arrivée à la capitale en charter. Ici le scooter est le moyen de transport national, il ne semble pas y avoir de code de la route, le slalom est un sport à maîtriser.

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Les plus riches maisons ont un toit, les autres se contentent de tôle ondulée. Les petites boutiques se succèdent, se payant parfois le luxe d’une enseigne en bois. La clop ou la portion de vache qui rit s’achète à l’unité, l’eau en petite poche de plastique.

Les gosses grouillent partout, ils semblent ne pas avoir de famille. Les mères les allaitent par terre sur le palier, à côté des canaux qui semblent servir de réseau d’égout précaire.

La poussière c’est le quotidien, tout est fait de terre battue, il va falloir s’y faire, ce pays c’est Roland Garros.

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Chroniques de là-bas : #introduction

Attaquons une nouvelle partie de moi, une partie qui avait soignement mis 3 sous de côté, et qui est partie voir ailleurs.

Il y a des écrits qui ne sont pas faciles à sortir. Non pas que j’ai vécu des situations difficiles. Mais il s’agit là de choses écrites il y a maintenant 10 ans. Je tenais à les retranscrire telles quelles, mais ma pensée a relativement évolué depuis.

 

Alors il y aura un peu des deux. Et ça ressemblera un peu à rien, tant pis.

 

En italique, la retranscription à l’identique de mes carnets de l’époque.

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Un rendez vous au cabinet

Pourtant je pensais m’y être pris suffisament à l’avance. J’ai appelé quelques jours avant la rentrée, je voulais que tout soit réglé d’ici là.

Et pourtant pas de rendez-vous avant DEUX SEMAINES. Pffff on peut mourir hein. Bon certes j’ai pris rendez-vous pour deux, c’est un peu plus difficile à caser.

« – ah non jeudi je ne travaille pas

– ah oui mais là y’a école

– non le mardi je peux pas venir je bosse tard »

Elle a fini par me donner rendez-vous pour moi, puis pour Tétarde 1h plus tard, après l’école. Mais quand même dans deux semaines quoi. En raccrochant j’ai hésité à appeler ailleurs pour voir si on ne pouvait pas me prendre plus vite. Mais bon c’était pas très sympa de ma part quand même, et puis soyons honnête, c’était pas vital.

Mais je n’étais quand même pas très bien la semaine avant, limite je comptais les jours.

 

Elle avait du retard, alors j’ai pris un magazine périmé en attendant. Ca parle de bio et de remèdes naturels. C’est son truc à elle. Ca me va. Au bout d’un moment elle m’a fait signe de venir m’asseoir.

Son associée est partie, elle est toute seule maintenant, ça explique les délais. Elle s’efforce de prendre toutes les personnes qui étaient déjà clients ici mais « je ne prend plus de nouveaux clients » me dit-elle avec un petit sourire. Elle m’explique que ça n’a pas été facile, surtout qu’elle a du s’arrêter à cause d’une blessure. Heureusement sa remplaçante habituelle a pu la dépanner au pied levé. Mais elle tient à garder son jour de repos, malgré les reproches. On a ce luxe dans nos boulots, de pouvoir choisir nos jours et nos horaires de travail me dit-elle, alors autant en profiter, elle tient à passer du temps avec ses enfants. J’acquiesse. Et puis à côté de ça, elle bosse tous les samedis.

Je m’assois, elle me regarde dans les yeux.

« Alors, expliquez-moi. »

C’est un peu mon problème ça en fait. J’arrive jamais à expliquer comme il faut. Elle me pose quelques questions pour être sûre, me redemande de temps en temps des précisions. Ca fait du bien de se laisser aller un peu, et de sentir que quelqu’un prend soin de moi, ça change. Aujourd’hui, pour une fois, j’ai envie de causer. Des fois, souvent, non. C’est pas grave, dans ces cas là elle n’insiste pas.

Comme d’habitude, je n’ai pas suivi ses recommandations, ni ses traitements. Et comme d’habitude, je lui demande plutôt si elle n’a pas une solution magique pour faire disparaître les problèmes là. Un truc définitif, qui demande pas trop d’effort et pas trop de temps. Elle sourit, me répond ce que je sais déjà – que non ça n’existe pas, qu’elle n’a pas de baguette magique – mais que je m’en sors plutôt bien.

Et finalement, elle arrive à comprendre exactement ce que je veux dire, elle le comprend mieux que moi même. J’ai bien fait de ne pas prendre rendez-vous ailleurs. Ici elle me connaît bien, je peux avoir confiance. Au moment de payer, je lui demande si je peux payer les 2 rendez-vous en même temps, vu que je reviens avec Tétarde tout à l’heure. Pas de problème.

 

Tétarde, d’habitude je m’en occupe moi même. Je me suis dit que ça lui ferait pas de mal que pour une fois ça soit quelqu’un d’autre. Un oeil nouveau, extérieur, professionnel. Bon après je pense que je reprendrais les choses en main, mais elle me donne des conseils, et je la laisse faire. Pendant ce temps là j’essaie de canaliser la Squatteuse qui touche à tout son matériel.

 

Tétarde a le sourire en sortant, visiblement ça lui a plu. Moi aussi. Me voilà repartie pour 2 mois, ou 3, vu que je vais reprendre rendez-vous en retard, comme d’habitude. Mais bon, ce n’est pas grave, un rendez-vous chez le coiffeur, c’est pas vital. Enfin presque.

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Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le PTMG

Vous vous en souvenez (puisque vous connaissez ce blog par coeur), je vous avais exposé il y a quelques mois le PTMG pour les nuls.

Je concluais que c’était quand même un peu du foutage de gueule.

 

Alors me direz-vous, pourquoi est-ce que j’ai (quand même) signé un contrat PTMG ? (et que j’en suis bien contente)

Découvrez enfin les vraies vérités qui ne mentent pas sur la réaité de ce qu’on ne vous dit pas. Au moins.

 

 

1) Parce qu’on me l’a proposé. Ce billet pourrait s’arrêter là mais ça ne serait pas drôle.

On me l’a proposé parce que Marisol a prévu 200 contrats, et qu’il fallait qu’elle présente des bons résultats pour dire que sa stratégie de santé est formidable, donc qu’ils soient tous signés. Au final, que je m’installe dans une zone sous-médicalisée ou non, finalement c’était accessoire. L’exercice regroupé était même dans les critères prioritaires pour obtenir un contrat. (et tout le monde sait bien que c’est trop facile de se regrouper dans un endroit où il n’y a déjà plus de médecins)

Ce que vous lisez/entendez dans les médias : ça incite des jeunes médecins à aller s’installer dans des déserts médicaux.

Pour de vrai : on a contacté toutes les personnes qui avaient prévu de s’installer dans la région, désert médical ou non, pour pouvoir signer tous les contrats avant la fin de l’année.

 

2) Parce que je travaille à mi-temps (enfin ce qu’on peut environ appeler un mi-temps de médecin, c’est à dire environ 35h/semaine)

Ce qu’on vous dit : un salaire de 6900€ garanti pendant 2 ans. (un salaire, c’est net, et c’est pas pour les libéraux, mais c’est pas grave…)

Pour de vrai : un chiffre d’affaire brut de 6900€ par mois si on travaille au moins 9 demi-journées par semaine, pour un an, éventuellement reconductible une fois (selon quels critères ? mystère)

C’est à dire le plus souvent : 3450€ brut garanti par mois pendant 1 an pour un médecin « à temps partiel » (40h par semaine à raison de 10h par jour 4 jours sur 7 par exemple)

 

3) Parce que j’ai une protection sociale « améliorée ». Alors c’est pas trop d’engagement de dire ça, puisque mieux que ZERO c’est pas trop dur à faire.

Ce qu’on vous dit : une protection sociale améliorée.

Pour de vrai : à « temps partiel », en cas d’arrêt maladie 776,25 € brut par mois avec un délai de carence de 7 jours ; sous réserve d’avoir déjà travaillé 3 mois en tant que PTMG. (donc c’est amélioré, mais c’est pas Byzance non plus hein)

 

4) Parce que je suis une femme

On pourrait tourner autour du pot du politiquement correct de la féminisation de la profession qui ne change rien, mais la vraie vérité c’est qu’une femme a plus de chance d’être en congé maternité qu’un homme. Et bien que je ne sache absolument pas si j’aurais l’occasion de « profiter » d’un congé maternité durant mon contrat, l’idée que je puisse toucher quelque chose en plus si ça m’arrive est intéressante.

Ce qu’on vous dit : une protection sociale améliorée.

Pour de vrai : à « temps partiel », un congé maternité de 1 552,50 € brut par mois sans délai de carence, sous réserve d’avoir déjà travaillé 3 mois en tant que PTMG. A ajouter aux indemnités déjà perçue avec la CARMF. Donc un vrai plus.

 

5) Parce que j’ai des congés payés

Enfin c’est pas tout à fait aussi simple que ça, mais le concept est assez nouveau pour les libéraux.

Ce qu’on vous dit : ben… rien, dans les médias, on n’en a pas trop parlé. Bizarrement.

Pour de vrai : « Lorsque le praticien territorial de médecine générale se fait remplacer, il n’est pas tenu compte, pour le calcul du complément de rémunération, des honoraires résultant de l’activité de son remplaçant. »

Et c’est là que c’est intéressant. C’est à dire que si on ne tient pas compte du travail d’un remplaçant pour le calcul de minimum d’actes par mois à réaliser, on ne tient pas compte non plus de ce qu’il va gagner pour « compléter » la rémunération du mois en question. Si je m’arrête 3 semaines en août, et sous réserve d’avoir effectué mes 83 actes la semaine où je travaille, je toucherais quand même un complément de rémunération (pouvant aller jusqu’à 1500 € brut environ)

 

6) Parce que je fais des gardes

Je participe à la permanence des soins, c’était déjà acté avant la signature du contrat, et c’est même un des seuls engagements que demande l’ARS.

Ce qu’on vous dit : un salaire de 6900€ garanti.

Pour de vrai : « Les actes réalisés, les honoraires et rémunérations forfaitaires au titre de la permanence des soins organisée ne sont pas pris en compte pour vérifier le respect du seuil minimum d’actes, ni inclus dans les revenus servant au calcul de la rémunération complémentaire »

En gros : tout ce que je touche au titre de la permanence des soins (astreinte, honoraires) c’est du bonus, et ça ne fait pas parti du minimum garanti. Comme actuellement sur le secteur on tourne à 6 médecins, autant dire que le bonus peut être intéressant. Je peux si je le souhaite prendre plus de gardes, sans que ça remette en cause un complément de rémunération potentiel.

 

7) Parce qu’on ne me demande rien (ou presque)

 Ce qu’on vous dit : engagement à s’installer dans une zone déficitaire et à participer à la permanence des soins et au projet de santé du territoire (et autres blabla)

Pour de vrai : ben on m’a rien demandé.

– mon projet d’installation était déjà ficelé quand ce contrat est arrivé sur le tapis.

– il était déjà prévu que je m’installer en exercice regroupé, dans une maison de santé ayant des projets de soins pour le territoire blabla

– il était déjà prévu que je participe à la permanence de soins du secteur.

Et c’est tout. Je dois fournir une déclaration d’activité faisant mention du nombre d’actes réalisés et du montant des honoraires correspondant. Aucun autre justificatif n’est demandé. Je ne doute pas que si la demande était faite je devrais prouver mes déclarations, mais pour l’instant on ne m’a rien demandé, et je doute qu’on le fasse. Jusqu’à présent je suis honnête dans mes déclarations…

 

8) Parce que ça sécurise surtout les 1ers mois d’installation.

Ce qu’on vous dit : un salaire de 6900€ garanti pendant 2 ans.

Pour de vrai : le revenu est garanti par mois les 6 premiers mois. A partir de 6 mois, les revenus sont calculés trimestriellement.

Pour ma part actuellement, on me garanti 10350 € de chiffre d’affaire par trimestre, et non 3450€ par mois. La différence est tenue, mais elle existe. Si j’ai un mois tout pourri, mais que le suivant est surchargé, je ne toucherais rien. Je prends 3 semaines de vacances en août, mais si je croule sous les certifàlacon en septembre et octobre, je ne toucherais pas forcément quelque chose. Sur le principe ça ne me choque pas, mais encore faut-il être au courant.

 

Et pour de vrai vraiment, le 1er mois, le plus dur et incertain financièrement, je l’ai eu dans l’os. Les contacts téléphoniques ont été pris bien avant mon installation effective. Mon interlocuteur m’a affirmé à plusieurs reprises que serait bien prise en compte la date effective de mon début d’activité.
 Ils ont mis un moment avant de m’envoyer les contrats. Que j’ai relus et qui étaient plein d’erreurs. Que j’ai donc retournés, puis attendu les nouveaux, puis signé les nouveaux, que j’ai retournés et qui ont été signés par l’ARS 3 semaines après mon installation.

Et j’ai reçu un coup de fil qui disait grosso merdo « allo oui je m’étais trompé en fait c’est la date de signature du contrat qui compte pas la date d’installation huhuhu que c’est drôle, allez bisous »

Traduction : les 700€ à 800€ sur lesquels je comptais en théorie je pouvais m’asseoir dessus. Sans rancune, bisous.

 

EN CONCLUSION

 

C’est un contrat assez flou, avec une notion de temps partiel absolument pas adaptable ni adaptée à notre mode de travail. Personnellement mes « matinées » finissent en général vers 16h30, et comment compter si l’on travaille un samedi sur deux etc.

Je ne vais pas cracher dans la soupe (bien que le 1er mois où je ne touche rien uniquement à cause d’erreurs de leur part me reste un peu en travers), je suis contente d’avoir pu en bénéficier. Les premiers mois, il m’a permis de regarder sereine le planning vide sans (trop) angoisser ni chercher à faire du clientèlisme et piquer les patients des collègues. C’est là à mon avis son principal atout.

Je l’ai signé en me disant que j’avais rien à perdre, et peut être un petit peu à gagner. Et effectivement j’ai pour l’instant touché des compléments de rémunération à 2 reprises.

Mais que les choses soient claires : j’ai touché quelque chose JUSTEMENT parce que je ne suis pas installée toute seule dans une zone en pénurie de médecins. Si ça avait été le cas, je n’aurais probablement eu aucun mal à remplir mon planning.

La possibilité de toucher un complément de congé maternité, si j’en ai l’occasion, sera le 2nd bon point.

 

Cependant je persiste dans mon opinion : raconter à grand coup de com’ que grâce à 200 contrats signés on incitera les médecins à s’installer dans les déserts, c’est de la foutaise et de la démagogie. Ces contrats sécurisent l’installation, offrent une protection sociale renforcée et devraient peut être même être proposés à tous, mais ils n’incitent à rien du tout, qu’on se le dise. Parce que le problème de l’installation dans un « désert médical » ça n’est pas l’argent. Ces contrats ont tous été signés par des personnes qui avaient déjà le projet de s’installer, pour que Marisol puisse dire qu’elle fait quelque chose et que ça marche.

Mais c’est faux.

 

 

 

(on pourrait enchaîner sur un débat sur le côté VRAIMENT libéral de notre profession, ça serait d’actualité… après le blocage des honoraires, les discussions récurrentes sur la liberté d’installation, le tiers payant généralisé qui entrainerait un paiement par les caisses et non plus par le patient, une obligation de permanence des soins… bref, après tout ça, que reste-t-il encore de libéral ? Ce contrat avec un revenu garanti (payé par la sécu) et une protection sociale ne nous fait-il pas glisser encore plus en dehors du libéral ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir des réponses et encore moins d’en faire un billet et de mener un débat constructif, mais cela laisse vraiment à réfléchir…)

 

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Lara Croft aussi se cache pour pleurer

Quand j’étais petite, je voulais être Lara Croft.

 

Pas seulement pour être gaulée comme une bombasse et avoir de gros seins (et heureusement, parce que ça serait un gros fail). Mais parce que je me voyais comme une femme forte, une baroudeuse qui n’a peur de rien et qui est capable de réparer un tank avec un trombonne et un bout de ficelle pour sauver le monde.

Je voyagerais dans tous les pays du monde, m’adaptant sans soucis à toutes les conditions de vie, parlant toutes les langues, et intégrée naturellement à une population qui m’accueillerait à bras ouverts.

En tant que médecin qui sait tout faire, j’irais dans les pays en guerre sauver les gens, et me révolter contre l’oppresseur des populations démunies quel qu’il soit.

J’aurais des enfants bien sûr, plein, 5 ou 6 au moins, qui me suivraient dans mes périples, loin des sentiers battus, ils apprendraient la vie la vraie, ce serait des mini baroudeurs en herbe, élevés loin d’une société de consommation superficielle, qui connaitraient les vraies valeurs de la vie.

J’aurais un amoureux aussi bien sûr, probablement le père de mes enfants (mais petite je ne réfléchissais pas à ce genre de détails) que je ne verrais pas souvent parce que je serais trop occupée à sauver le monde, et lui aussi probablement, mais ça ne gênerait aucunement notre vie de couple, et nos retrouvailles épisodiques seraient d’autant plus torrides.

J’aurais acheté une vieille maison en ruine comme pied à terre, que j’aurais retapée de mes mains et décorée avec goût, pendant mes heures de repos.

Avec tout ça, je n’aurais pas besoin de beaucoup d’heures de sommeil, et de toutes façons je m’accommoderais de tout. Je serais toujours fraîche et dispose, jamais énervée, sauf contre les vils oppresseurs, et de toutes façons dormir c’est pour les faibles.

 

Voilà comment j’imaginais ma vie, jusqu’à il n’y a pas si longtemps. C’est pas facile d’admettre qu’on n’est pas Lara Croft. Et pas seulement à cause de la profondeur du bonnet.

 

J’ai voyagé, dans plusieurs pays, et je m’adapte à toutes les conditions, sauf qu’en fait souvent il fait trop chaud, ou trop froid, et qu’avoir des vraies toilettes c’est bien, et niveau bouffe aussi je m’adapte à tout mais pas trop longtemps quand même. Voilà, franchement je peux vivre à la dure sans soucis, sauf qu’en fait je crie et je pleure quand je trouve une araignée dans ma baignoire.

J’aime marcher, je fais des trecks et tout. Mais pas trop vite, et pas trop longtemps, et faut pas que j’oublie ma Ventoline non plus.

Je suis médecin, mais je sais pas tout faire, et je sais pas ce que j’irais foutre dans un pays en guerre, et quelles compétences supplémentaires je pourrais apporter à un pays quelconque. Je vois des gens qui ont des infections urinaires, des nez qui coulent et la gorge qui gratte. Je sais pas opérer des gens en urgence pour des plaies d’armes à feu. Je fais même pas de plâtres.

Je me révolte toujours contre les méchants, mais pas trop fort, et puis c’est pas si facile de comprendre qui sont les méchants dans l’histoire, et puis si ça se trouve ils ont pas trop le choix et ils sont pas si méchants que ça.

J’ai des enfants, deux, et ils me suivent, des fois. Sauf qu’en fait je me sens déjà débordée avec deux. Sauf qu’en fait mon parcours du combattant à moi c’est de trouver une nounou, et d’arriver à les poser à peu près habillés le matin sans arriver (trop) en retard au boulot. Sauf qu’en fait des fois j’aimerais bien pas les avoir dans les pattes pour picoler avec mes potes baroudeurs et nous raconter nos sauvetages du monde ; et puis même si c’est des mini-baroudeurs, ben faut quand même penser à trimballer les couches ; pis en fait les potes baroudeurs ils ont pas forcément envie de se coltiner tes mômes tout le temps non plus. Ils apprennent la vraie vie, et les vraies valeurs, sauf qu’en fait ils font quand même des caprices en se roulant par terre pour avoir le verre Hello Kitty à table.

J’ai un amoureux, c’est même le père de mes enfants, et je ne le vois pas souvent, parce qu’on essaie de sauver le monde – enfin un petit bout du monde – enfin 2-3 personnes ptet. Et ben en fait nos retrouvailles sont pas si torrides, et l’absence de l’autre ne stimule bizarrement pas tant que ça notre vie de couple.

J’ai pas acheté une vieille maison en ruine à la campagne. J’ai acheté une maison neuve, un peu à la campagne, mais pas trop loin de la ville non plus, genre à 500m, pis en plus à la campagne les araignées sont grosses ;  où il n’y avait qu’un peu de peinture à faire. Ce que je n’ai pas fait.

J’ai pas beaucoup d’heures de sommeil, et je ne suis jamais fraîche et dispose à moins de 9h par nuit. Je m’énerve parfois souvent, pas spécialement sur l’oppresseur des pauvres opprimés, mais sur mon mari-qui-a-pas-mis-son-bol-dans-le-lave-vaisselle, ma fille qui-traîne-encore-en-culotte-alors-que-ça-fait-trois-fois-que-je-lui-dit-de-s’habiller et surtout contre moi qui suis incapble de garder une maison à peu près propre ou de prendre le temps de repiquer les fleurs dans la jardinière.

Le soir, je ne débouche pas une bonne bouteille avec des potes après un bon repas. Des fois je débouche une bouteille de bière que je sirotte toute seule sous un plaid, ou des fois je m’enferme un peu plus longtemps que nécessaire dans les toilettes pour pleurer un peu, et parce qu’ici au moins personne ne se plaint d’avoir mal à l’oreille, de pas vouloir manger ses haricots ou d’avoir fait caca dans sa couche. Et encore, les toilettes ne sont plus le lieu sacré de la tranquilité comme je l’espèrais.

Je ne répare pas des tanks, et je déborde déjà de fierté quand je change mes essuis-glaces toute seule ou que je pose du parquet.

 

Non je ne suis pas Lara Croft. J’ai accepté que je ne peux pas tout faire dans la vie. En tous cas pas tout en même temps. Il y a des choix à faire, et qui sait…

Je ne serais jamais ce médecin qui sait tout faire (et qui sait bien le faire) mais dans quelques années je peux être un médecin qui fait des échographies, des sutures, des infiltrations ou des missions à l’étranger. Il suffit que je fasse ce qu’il faut pour.

Mes gamines dorment dans des vrais lits et le plus important pour elles, c’est de pouvoir regarder la Reine des Neiges au moins une fois par semaine, mais je pense que ça n’empêche pas qu’on les abreuve d’amour et de valeurs importantes pour nous. Elles ne découvrent pas le monde dans un coin de sac à dos ; elles le découvriront petit à petit, à leur rythme, et ptet dans une chambre d’hôtel avec option baignoire à bulles.

Je ferais ptet un treck sous assistance respiratoire.

J’irais même peut être un jour changer la chambre à air de mon vélo qui attend depuis 4 ans maintenant.

 

Je sais que je sauve le monde d’une autre manière. D’une manière un peu plus discrète, un peu moins tape-à-l’oeil, un peu plus dans l’ombre, beaucoup moins reconnue aussi.

 

Je ne sais pas si Lara Croft sait écouter, soigner et accompagner cette jeune mère de famille qui se fait tabasser par son conjoint après avoir avoir enfermé ses gosses en larmes dans la salle de bain pour les protéger.

Pas sûre que Lara Croft sache obtenir un scanner cérébral en urgence.

J’aimerais voir Lara Croft se démerder face à Tétarde quand elle a décidé coûte que coûte de mettre sa robe d’été – celle qui tourne – par -10°C.

J’aimerais voir Lara Croft essayer de joindre quelqu’un – de compétent – qui veuille bien lui rembourser les sommes perçues en trop – à l’URSSAF, sans lui coller son gros calibre sous le nez au bout de 20 secondes.

Lara Croft est pétée de tunes et a hérité d’un manoir gigantesque rempli de gens à son service. Ce qui est loin d’être mon cas.

J’aimerais voir Lara Croft supporter au quotidien un mec qui fait DEUX thèses.

Tiens j’aimerais bien voir Lara Croft garder un mec même, avec sa vie complètement instable et dissolue.

 

 

C’est pas facile d’admettre qu’on n’est pas Lara Croft, que certaines choses ne sont pas réalisables, pas réalistes, qu’on a des limites et des faiblesses.

C’est pas facile de reconnaître les défis, les combats et les victoires qui se cachent dans notre quotidien, qui ne paraissent rien mais qui sont si importants.

C’est pas facile de savoir ce qu’on veut, de faire des choix (avoir des gros seins ? Faire le tour du monde ? apprendre à réparer un tank ?) mais une fois qu’on le sait, on peut se donner les moyens d’y arriver.

 

Et puis soyons honnêtes, Lara Croft elle fait bonne figure devant la caméra ou dans la console, mais dès qu’on éteint l’écran, je suis sûre que Lara Croft aussi, des fois, elle se cache pour pleurer.

 

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Sérénité

J’ai 11 ans. Je suis en 6ème. Comme tous les jours je vais au collège à pied. Ce n’est pas très loin de chez moi, il suffit de couper par ce petit chemin qui longe la rivière, quelques marches et on arrive en face du collège. Sinon il faut faire tout le tour jusqu’au rond point et revenir, ça rallonge drôlement, ça serait vraiment bête.

D’habitude je vais au collège avec Aurélie, elle habite pas loin de chez moi, mais aujourd’hui j’étais en retard, elle était déjà partie. J’arrive au niveau du petit chemin, je jette un coup d’oeil pour en voir le bout. Je regarde un instant mes pieds. Je respire un grand coup et j’y vais. C’est vraiment ridicule de faire le tour, et puis je suis déjà en retard. Hop j’avance je passe et je suis arrivée voilà, c’est tout.

En arrivant en bas des marches je les entends rigoler, j’ai une boule au fond du ventre. Comme tous les matins, et les midis, et les soirs, il y a Paul et ses copains qui squattent le haut des marches. Je baisse la tête, je me cache derrière mes cheveux. Si je ne les regarde pas dans les yeux peut-être qu’ils ne verront même pas que je passe. Je monte les marches les unes après les autres, j’arrête de respirer, parce qu’ils se retrouvent tous ici pour fumer, et ça pue. Ils ne se poussent même pas quand je passe, je dois presque les enjamber, mon coeur bat à toute allure. Une main se tend vers mon visage, une cigarette  « Vas-y, tu veux tirer ? » Je fixe cette main, avec cette cigarette. Je ne réponds pas, je passe encore plus vite. Ils rigolent encore plus fort.

 

Ca y est, je suis passée. Je souffle. Il ne s’est rien passé. Il ne s’est jamais vraiment rien passé en fait. Paul et ses potes sont en 5ème, 4ème peut être. Des grands quoi.

 

Dans les couloirs du collège, Cathy me bouscule. Elle s’excuse bruyament. Elle ne l’a pas fait exprès. Nous savons toutes les deux que c’est faux. Je ne réponds pas et je rentre en classe. Elle s’asseoit derrière moi.

« Hey, psssst, tu veux pas sortir avec Julien ? Il a dit qu’il était d’accord !!! Mais si j’te jure. » Julien est plutôt mignon, mais ça sent le coup fourré. Je secoue la tête négativement. Ca m’étonnerait de toutes façons. Qui voudrait sortir avec une grande asperge comme moi, une intello première de la classe avec ses grosses lunettes en plastique et son appareil dentaire ?

Je sens quelque chose derrière moi, Cathy est en train de frotter mon dos avec une règle, dans le but de dépister la présence d’un potentiel soutien-gorge. L’absence constatée, je l’entends pouffer de rire avec Laure.

Laure, c’était ma meilleure amie jusqu’à il n’y a pas longtemps. Jusqu’à ce qu’elle décide qu’elle ne serait plus mon amie, et qu’elle me pourrisse la vie. Aujourd’hui, j’ai encore passé une demi-heure à chercher mes affaires qu’elles avaient cachées, retenant les larmes dans mes yeux pendant qu’elles ricanaient en me regardant.

 

Mais la journée est bientôt finie, je vais me dépêcher de sortir, comme ça je pourrais passer par le petit chemin avant que Paul et sa bande ne s’y installe.

Le collège ça ne dure que 4 ans. 4 ans à pleurer certes.

 

– – – – – – – –

 

J’ai 30 ans. Je viens de m’installer à TrouVille, le patelin de mon enfance. Je suis mariée, j’ai deux enfants, je viens d’acheter une maison. Cette année, c’est mon année.

Oh c’est pas facile tous les jours, loin de là, des disputes, de la fatigue, des crises de nerfs, des doutes… mais au fond de moi, il y a comme…

de la sérénité.

 

Je vois en consultation Mr R.

Il vient pour des douleurs abdominales, c’est assez récurrent, et une grosse fatigue. Faut dire, il a beaucoup de boulot. Enfin il ne va pas se plaindre, ça marche bien, c’est déjà ça. Il vit seul, depuis que sa femme est partie. Ses deux enfants sont grands maintenant, ils ne vivent plus là non plus. Je vois un homme fatigué par la vie, peut être pas très heureux.

A la fin de la consultation, un peu timidement, il me demande si je veux bien être son médecin traitant, maintenant.

 

J’ai également vu Mr F. qui venait pour remplir un certificat MDPH. Son handicap, je le vois d’emblée, c’est cette main difforme, suite à un grave accident dans l’enfance. Multiples opérations, douleurs, rétractations. Avec ses deux moignons de doigts, il garde la possibilité d’une pince, pour attraper les objets. Nous prenons le temps de faire le tour de son handicap et de ses limitations. Il en a peu, à dire vrai. Il a toujours très bien fait son boulot, depuis l’enfance il a appris à compenser. D’ailleurs il monte sa propre boîte, avec l’aide de l’agefiph, et c’est pour ça qu’il a besoin du dossier. Ca a l’air d’être un chic type, j’espère que ça va marcher, il le mérite. En rigolant, il me propose ses services quand sa boîte tournera. Pourquoi pas.

 

En garde je vois le petit de garçon de Mme G. Il a quelques mois, le SAMU me l’envoie pour « constipation ». Je n’y allais pas avec un grand enthousiasme, une constipation depuis hier hum… ça ne sent pas l’urgence vitale. Et en effet, je vois un charmant bébé de 3 mois, gazouillant et souriant. Qui n’a pas fait caca depuis hier matin. Sa mère est inquiète, parce que voyez-vous d’habitude il est réglé comme une horloge. Elle l’allaite exclusivement. Normalement ils vivent en Angleterre, mais là ils sont en vacances chez ses parents, peut être le voyage…?

Ils sont touchants, la partie de moi qui grognait d’avoir été appelée pour « ça » se tait. J’examine, je rassure, j’explique. Tout va bien. Il est magnifique et en pleine forme.

 

 

Si on m’avait dit, il y a 20 ans, que je serais heureuse de revoir le père de Laure R. et que je lui demanderais des nouvelles de sa fille.

Que je serais heureuse d’aider Paul F. dans ses démarches, et heureuse de revoir sa main me tendant, non pas une cigarette, mais sa toute nouvelle carte de visite.

Que je serais heureuse de dire à Cathy G. que oui je la reconnais, que oui moi aussi j’ai des enfants et que je suis heureuse de la voir aussi épanouie avec un aussi beau petit garçon.

 

Les revoir faisait partie de mes craintes en revenant à TrouVille. Au final, il m’ont permis sans le vouloir de faire la paix avec eux, avec mon passé, avec moi même, en fait.

Et là au fond de moi je sens comme…

… de la sérénité.

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Mots doux (rs)

« Mais l’Ours arrête là, tu manges avec les doigts directement dans le plat c’est n’importe quoi !

– ben quoi, je fais de la DMP, la diversification mené par le papa. »

 

 

dans la série les concepts de l’Ours

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Bref ch’uis allée au bloc.

Un jour, j’ai eu le droit d’aller au bloc.

On m’a emmenée devant le vestiaire.

On m’a dit de prendre une tenue à ma taille, des sabots, un masque, un bonnet.

J’ai pris la plus petite taille, c’était une taille 18.

Le haut tombait aux genoux, et j’ai roulé le pantalon.

J’ai mis des sabots, un masque, un bonnet. Je suis sortie des vestiaires.

Ils étaient tous habillés comme moi.

Je les ai regardés, ils m’ont regardée, je les ai regardés, ils ont regardé mes pieds, je les ai regardés, ils ont chuchoté, ils ont arrêté de me regarder.

 

Ils m’ont dit « ça passe aujourd’hui, elle est pas là, mais ne refait JAMAIS ça »

Elle, c’était pas une infirmière, c’était L’infirmière.

Ça, c’était ses sabots que j’avais aux pieds.

 

Je me suis lavé les mains.

J’ai attrapé la brosse, j’ai touché le mur. J’étais plus stérile.

Je me suis relavé les mains.

J’ai remis mon masque qui tombait. J’étais plus stérile

Je me suis relavé les mains. Jusqu’aux coudes.

Et je suis revenue aux mains. J’étais plus stérile.

Je me suis relavé les mains.

Je suis entrée dans le bloc, les mains en l’air.

Personne ne m’a regardée.

J’ai attendu.

L’interne a dit « habillez l’externe ».

Elles ont soupiré, elles ont posé un tas devant moi.

J’ai attendu. Je l’ai pris. C’était plus stérile.

Elles ont rouvert un paquet. Elles m’ont aidé à m’habiller. J’ai tourné, j’ai touché la table. J’étais plus stérile.

Elles ont rouvert un paquet. Elles m’ont habillée.

On m’a dit « tu te mets là, tu poses tes mains sur le champ, et tu bouges plus »

Je me suis mise là, j’ai posé mes mains sur le champ, et j’ai plus bougé.

Le champ était tout bleu, la peau toute orange, avec une grosse lumière très très brillante dessus.

Il faisait chaud.

Le chirurgien est arrivé, il a ouvert la peau, le sang a coulé.

Il faisait chaud.

Il a ouvert la paroi abdominale. C’était une ischémie mésentérique.

Les intestins étaient nécrosés, ça sentait la bécasse pourrie.

Il faisait chaud.

Je regardé le chirurgien, il avait les yeux très bleus.

Il m’a regardée.

Je l’ai regardé.

Il m’a regardée.

Je l’ai regardé.

Il a crié « attrapez l’externe »

Ils ont attrapé l’externe, mais j’ai fait attention de rien toucher parce que j’étais stérile.

Ils m’ont tiré en arrière. J’ai gardé les mains contre moi, et j’ai pas touché la table, parce que j’étais stérile.

 

J’ai ouvert les yeux. Au dessus de moi, 3 anesthésistes et 2 chirurgiens me regardaient.

J’ai entendu la première d’une longue série de « il faut manger le matin ».

 

Bref, j’suis allée au bloc.

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Sur le tas

Previously, on retro

 

3ème année, nous avons enfin le droit de faire nos premiers pas dans le grand CHU. Nous allons pouvoir apprendre à faire le café, avoir des reponsabilités (recopier les examens, trouver la radio perdue), intégrer une équipe et collaborer tous ensemble autour du patient pour oeuvrer à sa prise en charge.

 

MOUAHAHA.

 

On nous fera vite comprendre que les externes, et encore moins nous les stagiaires, ne faisons partie de la moindre équipe. Nous sommes là, on nous tolère parce qu’on n’a pas le choix, mais nous sommes avant tout d’horripilants petits glandeurs imbus de leur personne qui thrombosons les couloirs.

Pour le coup, on thrombose oui. Nous sommes ici dans le GRRRAND service de CHIRRRUUURRGIE du GRRRRAND professeur. Une fois par semaine, Dieu fait homme vient faire la visite professorale dans le service. Il est important que la cour soit prête lors qu’il sort de son bureau dont la porte est ornée d’une superbe affiche « Les hommes ont prié Dieu pour avoir des miracles, et Dieu leur envoya les chirurgiens ».

S’en suit alors un passage en revue en règle de chaque cas. Ici point de nom, Monsieur est le PAC x 4 de jeudi, Madame la valve mitrale de mardi. Le ponte entre, suivi des sous-pontes, de la cadre qui lutte pour maintenir sa bonne place dans la cour, des assistants-chefs de clinique, des internes – ou du moins de l’interne responsable de la chambre, des infirmières, et – là y’a plus de place dans la chambre – les 10 externes/stagiaires. Le temps qu’on arrive à entrer le ponte était déjà ressorti et nous nous contentions d’un « Bonjour-heu-au-revoir-je-vous-remet-votre-drap » sans avoir rien entendu. Nous avons vite cessé de lutter, et étions pour beaucoup gênés du défilé indécent et restions en général dehors à attendre patiemment, ce qui sera rapidement taxé de manque de motivation à apprendre, d’arrogance, de fénéantise.

Et de thrombose de couloir – y’en a qui bossent merde.

 

Mr P. venait de loin. Il venait de faire 200km depuis son petit village pour venir se faire opérer au CHU, il avait quand même un peu peur, une opération du coeur vous pensez bien. Il était arrivé la veille, et avait bien suivi toute ses consignes, il était à jeun, avait pris sa douche à la bétadine – même que pour les cheveux c’est quand même pas top – et avait mis sa blouse-cul-nul toute propre. Il est tout stressé, et c’est pas les 20 personnes en blouse blanche qui viennent de débarquer dans sa chambre qui le rassurent. Il a plusieurs questions à poser au grand chef mais lui n’en a qu’une – et c’est lui qui pose les questions ici. « Vous êtes allé chez le dentiste ? »

Mr P. balbutie, bredouille, c’est à dire que non, lui c’est pour le coeur qu’il vient et… « Bon il rentre chez lui, on l’opère pas » et le ponte de sortir de la chambre sans daigner répondre aux questions de Mr P. et de son épouse qui croit à une mauvaise blague. Soupirs de certains devant ce bouseux même pas capable de faire son bilan bucco-dentaire avant une opération aussi risquée.

 

Je n’ai pas encore vu d’opération, mais déjà je raye mentalement « chirurgien » de la liste de mes avenirs potentiels, il était pourtant tout en haut.

 

Les chirurgiens, c’est mort, mais les infirmières, y’a encore moyen que ça se passe bien quand même. Si elles sont comme ça, c’est sûrement qu’elles ont eu affaire juste avant nous à un odieux connard, ça peut arriver, mais nous on est sympa et plein de bonne volonté, donc ça va être cool.

Justement, une de mes collègues n’a pas eu la même chance que moi lors de son stage infirmier : ils étaient si nombreux qu’elle n’a pas vraiment eu l’occasion d’apprendre à faire des prises de sang. En voilà une bonne entrée en matière pour prendre contact avec l’équipe. Je la prend par la main et l’entraîne en salle de soins.

« Bonjour, nous sommes stagiaires en médecine, c’est notre premier jour, et nous aurions aimé pouvoir faire des prises de sang… Enfin moi j’ai déjà eu l’occasion d’apprendre mais ma collègue non… »

Notre interruption semble profondément les agacer. « Oui ben les prises de sang c’est le matin à 6h hein, et bon, vous êtes pas là en général… » petit gloussement méprisant.

Je ne me départis pas de mon sourire « oui bien sûr je sais bien, mais ça arrive parfois qu’il y ait un bilan à piquer dans la journée, si vous pouviez passer nous prevenir dans notre bureau si c’est le cas ça serait très gentil »

Devant une telle dose de sourire bright et de candeur, l’infirmière ne peut qu’acquiescer.

Il ne fallut qu’une demi-heure avant de la voir repasser, armée de son plateau à prélèvements, alors que nous apprenions à recopier la natrémie dans la colonne de la natrémie.

Je bondis sur mes pieds. « Elle se fout de nous, allons-y ! » Ma collègue, moins rebelle que moi, protesta, et m’enjoignit à rester là à faire ce qu’on attendait de nous, et d’attaquer plutôt la colonne de la kaliémie.

Bien décidée à ne pas me laisser faire, je la pousse dans le sillage de l’infirmière. Elle refermait la porte de la chambre lorsque nous sommes arrivées. Je frappais et entrais. Sourire ultra-bright.

« Pardon, vous nous aviez dit que nous pourrions apprendre à faire les prises de sang, on vous a vu passer, vous avez dû oublier de nous prévenir ! »

L’infirmière nous fusilla du regard. « Ah ben moi je veux bien, mais faut ptet demander au patient ! » Regard goguenard.

Il est vrai que l’entrée en matière ne mettaient pas spécialement le patient en confiance. « Bien sûr !

Bonjour Monsieur, nous sommes étudiantes en médecine, est-ce que ça vous dérange si c’est ma collègue qui fait votre prise de sang ? »

Regard bienveillant du patient « Mais bien sûr ! Vous savez, moi aussi je suis médecin alors j’ai connu ça, faut bien apprendre ! »

 

Ma collègue réalisa avec succès sa première prise de sang. Les infirmières nous détestaient encore plus.

J’avais été prevenue qu’il nous faudrait apprendre sur le tas. Je comprenais aussi qu’il ne suffirait pas de vouloir apprendre, il faudrait aussi qu’on veuille bien nous apprendre.

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Graisse anatomie

Préviously, on rétro

 

Lorsqu’on arrive en médecine, lorsqu’on y arrive vraiment, après le concours, on a immanquablement un pote (ou deux, ou tous) qui s’enquiert d’un air de fascination horrifiée « alors c’est vrai ??? Vous découpez des cadavres ???!!! »

rembrandt_anatomie

Mettons tout de suite les choses au point sur ce mythe :

 

 

Oui, c’est vrai. On découpe des cadavres.

 

Héritage probable d’une tradition où c’était le seul moyen d’apprendre l’anatomie humaine, les travaux pratiques de dissection humaine existe toujours dans la plupart des facs. En tous cas dans la mienne.

Anatomical_theatre_Leiden

 

La première fois… j’avoue que j’y suis allée pleine d’une curiosité morbide, tel le sus-cité pote avide de détails croustillo-sanguinolants. C’était aussi, il faut le dire, les seules fois où nous faisions du concret dans cette année une fois de plus remplie de cours théoriques.

Pour trouver la salle, il suffisait de se laisser guider par l’odeur. Une odeur de mort et de formol, et pour cause. Le sous-sol de l’aile nord de la faculté en est imprégné. Dans les salles sont visées de volumineuses tables de dissection. Elles servent parfois pour d’autres cours et sont nettoyées après chaque exercice de dissection, mais il arrivait quand même régulièrement qu’on y retrouve un bout de tendon ou un amas graisseux oublié dans un coin.

Alors que nous étions déjà sensiblement impressionnés, entre en scène un personnage clé, que nous appelerons le boucher. C’est qu’on ne connaît pas son nom déjà, et ensuite son boulot, ça y ressemble un peu. A savoir stocker des corps, les conserver, et les découper.

Oui parce que techniquement, on découpe plutôt des bouts de cadavres. C’est la pénurie ma pauv’ Simone que voulez-vous, le macchabé se fait rare. Dans les faits, un groupe s’occupera du genou pendant que la table d’à côté s’affairera sur le pied. Et faut faire les choses proprement, parce que la semaine d’après, on échange, et celle d’après… ben on fait avec ce qui reste. Difficile de faire un TP correct avec un pied qui marine depuis 3 semaine dans le formol et qui a déjà été découpé dessus, dessous et derrière.

Très vite, les visages curieux et fascinés deviennent donc blasés, et grimaçants aussi. Parce que ça pue. On s’en doutait, c’est confirmé : le bout de cadavre mariné, ça pue. Après quelques années de recul, difficile de trouver un gros intéret de formation à ces dissections, les chairs durcies et décolorées ne ressemblant en rien aux tissus souples, roses, rouges – bref vivants – sur lesquels nous allions officier. Faire une suture sur un bout de carne ou sur le visage d’un enfant, ça n’a tout de même rien à voir.

 

Notre respectable professeur, lui, semblait peu s’en soucier. Il virvoletait au milieu de ses morts, insensible à l’odeur, fourrageant son stylo au fin fond d’un creux poplité, faisant voltiger la graisse, riant de notre dégoût ou de nos hésitations.

 

Je peux sans trop fanfaronner dire que j’aime beaucoup les gestes techniques. Faire travailler mes mains plus que mon cerveau, recoudre des plaies, ponctionner du sang, évacuer du pus, je kiffe.

Mais lorsqu’il a fallu travailler sur la tête, j’avoue que même moi je n’étais pas à l’aise. Difficile de faire abstraction de la brave personne ayant donné son corps à la SIANSSE tout puissante quand sa tête décharnée, décolorée et posée sur la table vous regarde de ses yeux vides. J’étais d’autant plus embarrassée que nous devions étudier l’os sphénoïde (bordayl encore lui) qui – pour information si vous avez la flemme de chercher – se trouve à l’INTERIEUR de la tête, genre environ derrière les yeux.
 Je cherchais désespéremment une porte d’entrée, on sait jamais qu’on nous ait toujours menti et qu’en fait il suffise d’appuyer sur un bouton pour ouvrir la boîte cranienne, quand notre éminent maître arriva vers nous et s’enquit de notre absence manifeste de progression.

« Ben alors…? Faites un volet ! (ma foi à défaut de porte, un volet… heu…)

– un volet ?

– ben oui ! » Il attrapa sans ménagement la tête à deux mains, et nous la lançant dessus, il s’exclama en riant

 

« BEN ALLEZ QUOI ! ON FAIT UN VOLLEY ! »

 

 

Ma voisine est tombée dans les pommes, moi dans l’abîme profond du désespoir.

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Marre-mots #8

« Maman, moi je veux pas de salade. Pourquoi tu manges de la salade toi ?

– ben… parce que on m’en refourgue tout le temps dans le panier bio pis que c’est pas ton père qui s’y colle c’est bon pour la santé.

– alors si je mange pas de salade…  je vais MOURIR ???

– heu ben non, ptet pas non plus.

– d’accord, ben je veux pas de salade alors. »

 

 

Soyons pragmatique.

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Tiens, je t’ai laissé un tiroir.

J’ai 12 ans. Ca fait plusieurs fois que je me réveille la nuit en toussant, depuis quelques mois, mais cette nuit vraiment j’arrive pas à respirer. Comme à chaque fois Mère me donne un verre de lait « pour me calmer ». Mais ça ne fait vraiment rien son lait. Je reste assise dans mon lit à me concentrer à chaque respiration pour trouver un peu d’oxygène. Au matin, Mère appelle un médecin et obtient un rendez-vous dans l’après midi. On va quand même pas déranger le médecin de garde et encore moins aller aux urgences, c’est pas dans les habitudes familiales. Je reste somnolente sur le canapé, je respire lentement maintenant, ça me fatigue trop de lutter. L’après midi, le docteur me fait une piqûre dans la fesse dès qu’il me voit. Je ne me souviens pas de la douleur, juste de la sensation libératrice de l’air qui arrive à flots au fond de mes poumons quelques minutes après. Il me montre un appareil de salbutamol et m’explique comment m’en servir désormais.

 

 

J’ai 19 ans. Je suis fatiguée. Enfin c’est ce que je dis à mon père. Fatiguée de tout en fait. Je pleure quand on ne me voit pas, je n’ai envie de rien. Pourtant j’ai eu mon concours, je suis en troisième année maintenant, tout va bien dans ma vie hein. Je crois que mon père a bien compris de quelle « fatigue » je parlais. Il me pousse à aller voir un médecin, qui touche sa bille en « fatigue ». Il ne dit que quelques mots, et là je lui raconte plein de choses je sais même pas pourquoi, je lui parle de ma fatigue, de mon mec, de mon envie de rien. Je reste un moment, il m’écoute, me donne quelques conseils, me dis de revenir si besoin. Je n’aurais pas besoin.

 

 

J’ai 20 ans, je bosse comme aide soignante la nuit dans une maison de retraite. Je me suis fait mal au dos en soulevant un résident. Je suis allée voir un médecin à GrosseVille qui m’a arrêté 3 jours. Puis je suis allée voir un autre médecin à TrouVille, il est un peu rebouteux je crois, il m’a remis le dos en place. M’enfin pour l’instant j’ai toujours mal, je me bourre de Di-Antalvic mais je ne suis soulagée que 20 minutes alors je dois en prendre un peu trop. Du coup je suis un peu dans le gaz, j’ai même vomi. Et je peux pas retourner bosser, du coup je vais un troisième médecin pour prolonger mon arrêt. Qui fronce les sourcils et trouve un peu chelou mon histoire de dos. Ceci dit je veux juste un arrêt pour aujourd’hui après je reprends le boulot. Il me fait uriner dans un flacon malgré mes protestations.

Et il finit quand même par me faire mon arrêt de travail. Et une ordonnance pour soigner ma pyelonéphrite.

 

 

J’ai 22 ans, je suis externe en 5ème année et je vais faire un stage chez un médecin généraliste. En théorie, ça devrait faire 10 ans que tous les externes en font. En pratique, il est ouvert à quelques 4ème années depuis cette année seulement. Pas à moi. Seulement dans 1 an je suis sensée décidé de ma spécialité et pour l’instant c’est flou. C’est pas que rien me plaît, c’est plutôt l’inverse. Tout me plaît. Mais me cantonner à un seul organe ça me frustre un peu. Y’a bien la médecine interne qui me botte, on voit un peu de tout, mais enfin surtout des maladies zarbi, et doser les anticorps-anti-poils-de-couille à tout le monde bof… mais le côté recherche du diagnostic ça ça me botte. La médecine générale pourquoi pas, mais si c’est pour soigner des rhumes toute la journée sans façon… Alors je demande une dérogation à la fac. Pour en avoir le coeur net. Et je vais faire un stage chez un médecin généraliste. Juste une semaine, mais ça sera déjà ça.

Et je ne vois pas de rhume. Faut dire, on est en été. Je vois des gens qu’il suit pour des cancers, du diabète, de l’insuffisance cardiaque, des scléroses en plaque. Ca va de la dermato à la proctologie. Du physique au moral. Il va prendre une heure pour discuter avec cette famille dont le père vient de se pendre, cette nuit. D’ailleurs, c’est lui qui est allé constater le décès pendant sa garde.

Et puis on va à l’hôpital local. Ah tiens, on peut aussi bosser en hôpital alors en médecine générale. On boit le café avec l’équipe, on discute de la rééducation de telle patiente, et des aides à mettre en place pour que son retour à domicile se passe bien. Il y a aussi cette dame qui a fait un malaise juste devant son cabinet et qu’il hospitalise directement pour la journée pour faire un petit bilan. Prise de sang, ECG, repos, elle ressort dans l’après midi.

Et ce monsieur, qui vient d’arriver du CH de GrosseVille. En soins palliatifs me dit-il, mais il ne le sait pas encore. Il va falloir lui annoncer son cancer, et que c’est inopérable. Ah ben ça je connais, item 1, annonce d’une maladie grave. Donner des infomations claires, respecter les croyances du patients, ne pas le juger, avec empathie toussa.

« On va y aller progressivement » me dit-il. Dans ce premier entretien, il y a eu beaucoup de silence. Et peu de choses ont été dites. Le médecin est ressorti en disant juste « je repasserais demain, si vous avez des questions je suis à votre disposition ». « Il faut qu’il soit prêt à l’entendre » me dit-il encore. Le lendemain le patient a commencé avec un hésitant « vous m’aviez dit que si j’avais des questions… » je suis sortie de la pièce, et les mots on commencé à être dits.

J’ai terminé cette semaine avec le sourire. Ca y est, j’étais sûre de ce que je voulais faire maintenant.

 

 

J’ai 26 ans, je suis interne en médecine générale. Je fais un stage en autonomie chez un médecin généraliste. Progressivement il me laisse travailler seule, jamais loin si besoin. Et nous discutons de mes doutes, de mon ressenti. Il m’explique le libéral, on cause d’argent, sans tabou. Il me parle de Prescrire. De l’attitude à adopter face aux incertitudes de la sciences, aux changements des recommandations. De savoit être humble face à nos connaissances. Mois après mois je prend confiance, je perd petit à petit la boule au ventre que j’avais face aux patients. Je (ré)apprend à aimer mon métier que 3 ans d’internat m’avait fait presque haïr.

 

 

J’ai 29 ans, j’ai envie de me poser un peu. Oh non pas l’installation, pas encore. Un jour. Mais là, juste avoir un planning stable, mon bureau, mes affaires, bosser comme j’ai envie, à mon rythme à moi, pouvoir suivre un peu mes patients. Mais pas l’installation non, et puis si on est amenés à partir hein… Et puis un médecin me propose une collaboration. Au rythme qui me convient, pas trop loin de chez moi. Installée mais libre de partir si nécessité. La proposition en or. Je n’hésite que quelques jours avant d’admettre que je ne peux pas refuser.

 

 

Tous ces médecins ont compté dans le parcours du médecin que je suis devenu. Il y a en eu d’autres bien entendu. Parce que tous ces médecins, c’était Gérard. On pourrait croire qu’il a beaucoup influencé mes choix, et pourtant pas tant que ça. A 18 ans, quand j’ai eu mon concours, Gérard, mon voisin médecin me félicite. Puis il calcule en souriant que ça tombe pile poil, je serais sur le marché quand il approchera de la retraite, et que vu la moyenne d’âge des médecins, il y aura largement de la place pour moi à ce moment là. Je souris poliment en pensant intérieurement que les poules auront des dents avant que je revienne à TrouVille m’installer comme généraliste juste à côté de chez mes parents.

 

 

Alors quand Gérard m’a aidé pour mes démarches, qu’on a rangé son cabinet et qu’il m »a dit « tiens je t’ai laissé un tiroir pour tes affaires » j’ai souri, et j’y ai posé mon sthétoscope.

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Marre-mots #7

« Papa en fait je veux plus faire docteur, quand je serais grande je veux etre pompier comme toi !

– Ah oui ? Et tu sais ce que ca fait comme travail un pompier ?

– ça ramasse des gens.

– … »

 

 

Elle a tout compris cette petite.

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Les adieux

« Oh…

– … oui je suis désolée mais il fallait que je prenne une décision…

– Ah. Bon. J’aurais dû… j’aurais dû te proposer plus tôt, je…

– Non non, je… Il ne faut pas culpabiliser ça n’aurait rien changé…

– Ah oui. Tu serais partie dans tous les cas alors.

– Oui c’est mieux, je ne pouvais pas continuer comme ça.

– Oui je comprend. Tu ne reviendras plus alors.

– Non. Désolée.

– Tu… tu donneras de tes nouvelles ? Tu enverras des photos des enfants ?

– Oui bien sûr.

– Bon… ça va pas être facile pour moi mais… Bonne continuation alors. Je te souhaite plein de bonnes choses.

– … merci. »

 

Moment de flottement quand je raccroche. Je tripotte le téléphone.

 

 

 

« Bon ben… heu… j’ai préparé mes affaires je vais y aller.

– ah oui d’accord ça a été ? Tu n’as pas eu besoin d’aide ?

– non non c’est bon merci. Je… heu… je te rend ma clef.

– ah oui. Oui c’est vrai. Bien sûr. »

Il prend la clef, la garde en main, la regarde et la tripotte machinalement. Je la regarde aussi.

« Ben… merci pour tout en tous cas.

– ben de rien je… c’était sympa.

– oui vraiment. Et ils t’aimaient bien, tous, tu vas leur manquer aussi.

– arf heu… oui. C’est gentil. Je… j’espère que tu retrouveras quelqu’un…

– oui… ben… au revoir alors. A bientôt peut être, on se recroisera ?

– oui sûrement. Au revoir. »

 

Ca fait quelque chose quand même. On efface pas 3 ans comme ça. 3 ans durant lesquels j’ai grandi, muri.

J’espère vraiment qu’il retrouvera quelqu’un. Mais je sais aussi que ça ne sera pas facile.

 

 

 

Parce que BledPaumé, c’est à 40 minutes de GrosseVille, et que GrosseVille c’est déjà à 1h30 de CHUCity. Alors bon, les remplaçants ne vont pas trop jusque là. Je ne leur jette pas la pierre, pourquoi le feraient-ils alors qu’il y a déjà pléthore d’offres de remplacements à CHUCity, et que GrosseVille est encore plus en pénurie de médecins que les campagnes environnantes ?

Une dernière fois je suis allée manger chez Dédé. A BledPaumé il n’y avait qu’un restaurant. Un peu ringard, depuis 3 ans que j’y vais c’est toujours le même CD qui passe en musique de fond, mais bon il est là, alors la Ginette en moi se faisait un devoir de ne pas se faire à manger et de se faire servir de soutenir l’économie locale en allant y manger une fois par semaine. Le midi, il avait surtout des allures de cantine, accueillant tous les ouvriers en chantier dans le coin, qui venaient prendre le menu du jour avec un pichet de rouge. Je prenais aussi le menu du jour, mais sans le pichet de rouge parce que bon quand même.

Depuis peu Béné avait repris le vieux café/PMU/resto  qui était en face et offrait un menu du jour 50 cents moins cher. Dédé s’était empressé de s’aligner en baissant élagement le prix de son menu. Afin de partir la consicence tranquille de toute injustice et parce que l’Ours a bouffé mon repas du mardi lors d’une fringale nocturne le lundi soir, j’ai mangé chez chacun d’entre eux cette dernière semaine.

 

Sur la route qui traverse le BledPaumois, puis le TrouVillois, je prend une dernière fournée des paysages buccoliques que j’aime tant.

En traversant les hameaux, je me remémore tous ces patients dont tiens-j’aurais-bien-aimé-avoir-des-nouvelles. Savoir si Mme Deschamps a pu rester chez elle jusqu’au bout. Si la grossesse de Samia s’est bien passée, si ça se passe bien chez elle. Si c’était bien ce que je suspectais, chez Untel. Si le traitement a marché, chez Unetelle.

Je l’aime cette route, même si j’étais la première à râler quand je me farcissais les 40 km de virages verglassés en pleine nuit l’hiver.

J’aimais le lever du soleil sur le sommets des collines, quand les vallées étaient encore baignées de brouillard. Puis je pestais de devoir rouler dans ce même brouillard.

J’aimais partir en visite sur des routes qui ne méritent même pas ce nom, visiter des fermes dans des lieux dits inconnus de tous et surtout du GPS. Puis je pestais de me retrouver une fois de plus coincée derrière un tracteur.

J’aimais me sentir vraiment utile, loin de tout. Puis je pestais de gérer le choc anaphylactique toute seule avec ma bite et mon couteau mon ampoule d’adré et mon tensiomètre.

J’aimais bosser loin de la ville. Puis je pestais de récupérer encore une fois les filles à point d’heure chez la nounou, de ne les voir que pour les mettre au lit, et de passer ma soirée à essayer de rattraper les machines en retard.

 

Je m’arrète au bord de la route pour immortaliser les nuages curieusement accrochés au col du Joli Bois, du coté de TrouVille.

2013_10_18_12

Une dernière fois je me mords la lèvre, en repensant à cette médecine de campagne que je ne ferais plus vraiment. Ou différemment. Puis je me répète une fois de plus la liste de toutes les choses qui font que c’est mieux comme ca.

Oui c’est une bonne chose.

 

C’est mieux comme ca.

 

 

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Les sens de ma vie

Voir

ses premiers sourires, ceux auxquels on ne peut s’empêcher de répondre

ses mains toujours en mouvements dans un ballet qu’elle seule comprend

sa mèche folle dressée sur sa tête

ses grands yeux bleus-gris plongés dans les miens

 

Goûter

la goutte de lait au coin de ses lèvres quand elle s’endort repue

ses larmes contre ma joue

 

Entendre

ses pleurs reconnaissables entre tous, ceux qui occultent le reste, les discussions, ceux qui vrillent le ventre sans qu’on le veuille

ses grognements lors qu’elle s’enfouit contre moi

ses premiers éclats de rire devant les clowneries de sa soeur

 

Sentir

son souffle dans mon cou

le mouvement apaisant de ses lèvres sur mon sein

ses doigts qui aggripent le mien

sa peau contre la mienne

 

Sentir

mon nez dans ses cheveux et cette odeur, cette odeur, ma cam’, ma drogue.

 

 

Les sens de ma vie.

L’essence de ma vie.

 

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Marre-mots #6

« Maman, je suis mal dans ma peau. »

 

Fichtre. 3 ans 1/2. J’espèrais attendre une dizaine d’année avant d’en arriver là.

« Heu… et pourquoi tu es mal dans ta peau ?

– J’aime pas ma peau (tiens on est deux). Je la trouve pas belle. Je voudrais avoir la peau NOIRE.

– …

Ah. Heu… oui mais bon c’est pas possible ça, on peut pas changer de peau comme ça. (enfin sauf Mickaël Jackson mais là c’est un peu compliqué)

– et pourquoi ? »

Me voilà partie dans des explications fumeuses de génétique et d’hérédité.

« Alors si mon papa il avait la peau noire comme le papa de Maïa, alors moi aussi j’aurais la peau noire ?

– oui voilà.

– alors je veux changer de papa. »

 

Ah. Oui mais non plus en fait.

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Un matin

Le réveil sonne. Trop tôt. Mais ça ne dérange pas le moins du monde la Squatteuse qui roupille à côté de moi.

Il faut que je m’extirpe du lit. Aujourd’hui, c’est l’Ours qui emmène les filles à l’école/chez nounou. C’est dire si j’ai des raisons d’être stressée.
Hier j’ai préparé tout ce qui était préparable mais il n’empêche que. La semaine dernière tout était prêt dans le sac, il a quand même oublié le sac.

Au radar direction la douche. Je passerais bien 30 minutes à réfléchir à des questions existencielles sous l’eau chaude, mais chaque minute compte. Ca sera donc 2 minutes.

Je m’habille à la va vite dans le couloir pour ne pas réveiller (tout de suite) l’Ours et la Squatteuse. Heureusement que les mots « crème de jour » , « brushing » , ou « maquillage » n’existent pas dans mon vocabulaire, parce que mon geste beauté du jour consistera en un coiffage rapide aux doigts, dans un savant pas-travaillé coiffé-décoiffé (mais surtout décoiffé). Comme tous les jours en fait.

Je prépare le thé, je vais réveiller Tétarde, qui se traîne sous son tas hirsute de bouclettes blondes en ronchonnant jusqu’à la cuisine.
Après âpres négociations (non un carré de chocolat ça n’est pas un bon petit déjeuner complet) elle accepte une compote et des biscuits.

Coup d’oeil sur l’horloge, il faut aller réveiller la Squatteuse si je veux qu’elle au moins ait un bon petit déjeuner. Etant donné qu’elle ne daigne prendre – en rechignant – que 60ml de lait par jour chez nounou, autant faire quelques réserves le matin. Je réveille l’Ours en même temps. Il zone jusqu’à la douche avec force plaintes sur son pied qui lui fait mal. Des douleurs d’homme quoi. J’admet que le pied est légèrement écarlate, et qu’il a légèrement doublé de volume.

Un main soutenant la Squatteuse au sein, une main pour boire mon thé, une main qui donne la compote à Tétarde parce que tu-comprends-je-peux-pas-j’ai-mal-au-genou. Le parent est multitâche.

Coup d’oeil à l’horloge. L’Ours refléchit aux origines de l’univers sous la douche. Je ne vais pas avoir le temps d’habiller les deux. J’emmène la Squatteuse en comptant sur une coopération de Tétarde pour enlever le pyjama/enfiler la culotte toute seule ou au moins avancer jusqu’à sa chambre.

Après avoir bien macéré toute la nuit, les fringues que je comptais mettre à la Squatteuse empestent le dégueuli à un mètre. Merde. Direction la chambre la Squatteuse dans une main, j’attrape le premier vêtement venu. Pendant ce temps Tétarde chante en se roulant en pyjama sur son tapis et l’Ours refait le monde dans la salle de bain.

La Squatteuse à peine habillée en profite pour régurgiter sur ses vêtements et – on n’est plus à ça près – faire une grosse bouse. Pendant ce temps Tétarde chouigne parce que finalement elle ne veut pas mettre cette robe là, qu’elle a mal au genou, et que Maël ne voulait pas lui préter le dauphin à l’école. Enervement, menace de sévices corporels.

Et pendant ce temps l’Ours… heu… l’Ours s’est installé sur son ordinateur. Enervement, menace de sévices corporels. Fail. Menace d’absence de sévices corporels. Il daigne aller habiller Tétarde.

Coup d’oeil à l’horloge. Je suis en retard.

Squatteuse dans le transat. Gilet pour Squatteuse juste à côté. Couches, lait, habits de rechange, sac pour Squatteuse. Tétarde réclame des collants bleus.

Ma sacoche, les clés du cabinet.

Descendre les 3 étages. Courir jusqu’à la voiture. Démarrer. Détection de l’absence de téléphone par la voiture. (c’est bien les voitures modernes)

Merde.

Se regarer. Courir. Monter les 3 étages. Croiser la voisine qui part au boulot. Attraper le téléphone sur son chargeur. (c’est mal les téléphones modernes, ça tient pas dans la poche et ça tient pas 12h en veille)

Redescendre les 3 étages. Croiser la voisine qui remonte en courant.

Courir, démarrer.

Souffler.

 

Je résiste à l’envie d’écraser 3 djeuns qui traversent indolemment la route en faisant des pauses pour ricaner bêtement.

Calme.

J’appelle l’Ours pour ne pas qu’il oublie le doudou de Tétarde, et qu’elle mange à la cantine à midi. Ok, il raccroche.

 

Penser qu’il faudrait le rappeler, pour qu’il lui enlève ses collants, il va faire chaud. Résister.

Souffle, lâche du lest, c’est pas grave si elle a des collants.

Essayer de se calmer.

La radio me souhaite bonne journée avec Stromae « Formidable ». Merde.

Essayer de se calmer.

Y arriver au bout de 20 km.

 

L’Ours rappelle, peut être qu’il faut que je lui dise pour les collants.

 « Dis, où est le siège auto de la squatteuse ? »

Dans ma voiture.

 

Et merde.

ET MERDE.

 

Coup d’oeil à l’horloge. Si je fais demi-tour, Tétarde arrive avec 1/2 de retard à l’école et moi avec 1h de retard au cabinet. L’Ours raccroche, il va se débrouiller.

Je le rappelle : peut être retrouver le lit auto.

Je le re-rappelle : peut être demander à nounou de venir jusqu’à la maison.

Je le re-re-rappelle : peut être demander à une voisine. Il m’engueule, il va vraiment arriver en retard si je continue de l’appeler.

 

A peine arrivée au cabinet, je lui envoie un message pour qu’il me tienne au courant : il a couru, s’est fait -encore plus- mal au pied, a retrouvé la nacelle, mais pas les attaches, il a bricolé un truc fort peu sécuritaire avec les ceintures, est arrivé 10 minutes en retard à l’école, mais étant donné qu’il n’arrivait même plus à poser le pied par terre, la maitresse n’a rien dit.

 

Souffler. Tant pis pour les collants.

Il n’est même pas 9h, je suis déjà vidée, et je me perfuserais bien un litre de café.

Commençons la journée.

Léo a une angine.

Mme C. a besoin d’une ordonnance de bas de contention.

Mr L. est plein d’arthrose et a mal au dos. Tellement que ça le gêne pour respirer. Hum ? L’examen est normal mais je n’arrive pas à éteindre la petite lumière qui clignotte avec cette histoire de gêne respiratoire. Je pousse mon examen. Non vraiment rien d’inquiétant. Nous en resterons à de l’arthrose.

Le petit Jules a un panaris. Pas bien grave, mais à 18 mois il n’est pas trop d’accord avec les soins proposés. Il resort avec une main complètement emmaillotée de bandes et de sparadrap pour éviter qu’il y touche.

Mme P. tousse.

C’est l’aide ménagère de Mr R. qui a appelé. Il a 96 ans, et est normalement suivi à domicile, à Saint-Pierre-Derrière-La-Colline, mais elle propose de l’amener au cabinet, ce qui m’arrange carrément. Il a des vertiges depuis ce matin. « Comme si j’avais bu mais sans boire ». Et pas qu’un peu, nous ne sommes pas trop de deux pour l’amener jusqu’au cabinet. Son examen est normal sauf que lui qui a une petite tension d’habitude est à 19/10. Ca pourrait expliquer ses vertiges. Alors pourquoi je pense AVC cérebelleux moi ? Quelle idée. Il n’a aucune raison de faire un AVC cérébelleux hein. J’essaie de faire taire cette alarme qui clignotte encore. Il faut juste faire baisser sa tension. Oui mais Mr R. est complètement désorienté, et vit tout seul. L’aide ménagère est inquiète, à raison. Il peut se casser la figure à tout moment, et ne prendre absolument pas son traitement.

Mais je suis un peu folle, et un peu extrémiste de la non-hospitalisation. Surtout ici où les gens rechignent clairement à quitter leur campagne.

Appel du cabinet infirmier pour qu’ils passent au moins matin et soir les prochains jours. Je tombe sur le répondeur, je laisse un message. On se met d’accord avec l’aide ménagère pour que les voisins qui sont très proches se relaient aujourd’hui à ses côtés pour vérifier que les choses rentrent dans l’ordre. Comme je ne suis pas si folle que ça, courrier est fait pour les urgences avec consigne aux voisins de l’y envoyer si ça ne va pas mieux d’ici ce soir.

 Mme L. vient pour son suivi de grossesse. Et surtout pour que je reconduise son arrêt de travail. Elle est professeur des écoles mais n’a pas fait sa rentrée. Elle entamme son 3ème mois de grossesse et me fait comprendre tout de suite qu’elle n’a pas l’intention de retravailler de sa grossesse. Par contre si je pouvais arrêter son arrêt avant les vacances de la Toussaint, parce qu’ils voudraient partir un peu.

Mme B. est ma dernière consultation. Elle voudrait aller voir une diététicienne pour faire partir sa boule de graisse. Un lipome qu’elle a sur le ventre. Je lui explique que cela n’aura pas d’impact sur son lipome, mais elle ira quand même. Soit.

 A l’heure de rentrer à la maison un coup de fil. L’aide ménagère de Mr Foutu. Il faut venir vite vite il est vraiment pas bien.

Impossible de retrouver le dossier de Mr Foutu. Foutu vous dites ? Oui Foutu avec un F comme Faucisse. Aaaah Soutu ?! Oui Soutu c’est ce que je disais mais venez !

C’est où ?

Ben à Gros Bourg. (A 10km donc)

C’est pas trop dur à trouver (= c’est très dur à trouver)

Faut traverser le bourg, et c’est une route à droite (= une route à gauche avant le bourg)

 

Après 10 minutes à tourner dans le bourg, j’essaie d’appeler Mr Soutu, il ne répond pas. J’essaie d’appeler DrRemplacé, il ne répond pas. Je me résous à m’arrêter à la pharmacie. Malgré mes signes d’impatience manifestes, la pharmacienne finira sa conversation de 5 minutes sur la-rentrée-du-grand-à-l’école-qu’a-été-un-peu-dure-mais-là-ça-va-mieux-maintenant-mais-bon-quand-même-il-s’est-encore-réveillé-cette-nuit-ça-le-perturbe-un-peu.

Après de nouvelles explications, et une nouvelle erreur, je finis par trouver la ferme isolée de Mr Soutu. Qui souffle comme un boeuf sur sa chaise. Et paradoxalement mon examen est strictement normal.

– il vit tout seul isolé

– je suis incapable d’expliquer pourquoi Mr Soutu est essouflé, et donc encore moins de le soulager

– il est vendredi

– je suis énervée

– j’ai mal aux seins, manquerait plus que j’ai une montée de la… Trop tard.

– j’ai faim

autant de signes de gravité qui font taire les ardeurs de WonderWoman et indiquent formellement l’hospitalisation de Mr Soutu.

Qui n’est pas d’accord et qui souhaite que j’appelle sa fille.

J’appelle sa fille qui le rejoindra directement à l’hôpital.

Oui mais le chien.

J’appelle le voisin qui viendra récupérer le chien.

J’appelle le taxi pour l’emmener.

L’Ours appelle pour savoir si je rentre manger. Je lui explique que oui mais que je vais rentrer tard vu la situation. « Ok je vais me débrouiller, je vais trouver un truc, ne t’inquiète pas pour moi » Ah mais… je n’en avais pas l’intention. Je m’inquiète plutôt pour moi en fait.

J’aide Mr Soutu à rassembler 3 slips. Impossible de retrouver sa carte Vitale ni son ordonnance.

Le médecin de PetiteVille appelle. Il me parle de mon avenir, mais j’abrège, j’ai pas le temps, j’ai faim, je cherche la carte Vitale.

J’écris une belle lettre pour les urgences, enrobant mon « Merci d’accueillir Mr Soutu… vieux… seul…. altération de l’état général… dyspnée…et pis c’est vendredi et demain c’est le week end, cordialement, bisous » de plein de petites fleurs tant je me souviens que cette situation m’horripilait quans j’y étais moi, aux urgences.

 

L’ambulancier arrive, tout le monde s’en va.

Il est 14h, j’ai faim, je vais rater les Feux de l’Amour (oui bon quoi).

J’appelle l’Ours, pour me plaindre, et surtout parce que j’ai faim. Il promet de me préparer quelque chose à manger.

Je n’ai pas eu le temps de passer à la pharmacie pour son pied.

 

15h j’arrive à la maison. La table du petit déjeuner est encore mise, rien n’est prêt, l’Ours a mangé les restes.

 

Bref, un matin.

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#PrivésDeDésert deuxième round : #PrivésDeMG

Romain, c’est un pote avec qui je joue de la musique.

Jusqu’à il y a peu, Romain était aussi externe préparant les ECN. Et comme tous, il s’interrogeait sur son avenir et sa spécialité. Nous en avons parlé, un peu. Il m’a questionné sur ma spécialité, la médecine générale. Il hésitait.

Parce que comme tant d’autres, Romain n’a aucune idée du boulot d’un médecin généraliste. En 6 ans d’étude, aucun stage, aucun cours sur la médecine générale. J’ai essayé de lui retranscrire la diversité, le suivi, la globalité, mais aussi et surtout les joies de ce boulot. Il paraissait tenté. Je pense qu’il aurait fait un bon médecin généraliste.

Mais Romain a préféré choisir la cardiologie. Oh il fera sûrement un très bon cardiologue aussi. Il n’y a pas de raison que ça ne lui plaise pas.

Ce qui est désolant, c’est qu’il ait fait ce choix par peur de l’inconnu. Pour rester dans le giron rassurant du CHU et de l’hôpital en général, vu qu’il ne connaît que ça. C’est ce qu’il m’a dit.

Ce qui est désolant, c’est qu’il est loin d’être le seul. Et même ceux choissisant la médecine générale s’engage pour beaucoup dans des diplômes complémentaires pour ne pas quitter l’hôpital et affronter l’horrible réalité de la médecine générale libérale.

Et comment leur en vouloir ? Notre spécialité arrive à la prouesse d’être à la fois crainte et mérprisée. J’ai moi même eu l’impression de jouer au loto en faisant ce choix, en croisant les doigts pour que ça soit gagnant. Je savais que je ne voulais pas travailler à l’hôpital, je savais les spécialités qui ne me plaisaient pas…

Mais qu’est-ce qui me disait que celle-ci allait me plaire ?

8ème année d’étude je mets enfin les pieds dans un cabinet de médecine générale. Et là, si j’avais pu, je serais revenue en arrière. Je ne comprend rien à tous ces papiers, je ne comprends rien au libéral, cette relation avec l’argent je ne sais pas faire non plus. Je suis nulle, je ne connais rien, mes 8 ans d’études ne me servent à rien face aux patients. Il tousse et il a le nez qui coule ? Ben heu…

ben heu…

ben j’ai aucune idée de ce que je dois faire moi.

Alors j’ouvre discrètement le Vidal, sur l’ordinateur. Les médicaments sont rangés par catégories. Alors en fouillant je trouve antitussifs. Et vasoconstricteurs. Certains noms me sont familiers, par les plaquettes des visiteurs médicaux des laboratoires, à l’hôpital.

Voilà, un sirop pour la toux, et un spray vasoconstricteurs pour le nez. Mon ordonnance est faite, je suis contente, le patient aussi.

Voilà comment j’ai appris et découvert la médecine générale.

 

Par la suite, heureusement, sur le tas, au cours de mes remplacements, j’ai appris. J’ai appris toutes ces pathologies du quotidien aussi.

J’ai appris à écouter et à conseiller plutôt qu’à prescrire.

J’ai appris que les antitussifs et les vasoconstricteurs pouvaient être dangeureux, et leurs bénéfices modestes.

J’ai appris à l’apprendre à mes patients.

 

J’ai appris à pratiquer la médecine générale.

J’ai appris à aimer la médecine générale.

 

Mais y’a encore du boulot, pour qu’on ne soit pas #PrivésDeMG. Parce qu’avant de vouloir envoyer les généralistes dans les déserts, apprenons déjà aux étudiants à aimer et pratiquer la médecine générale.

 

Médecine générale :

 

dernier arrêt avant le désert

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?

Certains d’entre nous avaient fait en 2012, un certain nombre de propositions dans le cadre de l’opération #PrivésDeDéserts.

Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l’occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l’extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n’a été reprise par la Ministre.

Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l’avenir de la médecine générale et au-delà, des soins primaires de demain.

Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.

Voici une synthèse de ces propositions.

 

Sortir du modèle centré sur l’Hôpital

 

Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.

Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c’est-à-dire en ville et non à l’hôpital.

La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

 

– Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.

 

–  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

 

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.

 

Idées-forces

 

Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.

  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales

  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

  • Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :

Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

  • Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :

Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).

Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s’agit en aucun cas de jeter l’opprobre sur les personnes exerçant cette profession.

  • Les « chèques-emploi médecin »

Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l’ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n’induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.

L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.

Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.

Les participants à l’opération (Noms ou Pseudos Twitter) :

1.     Docteurmilie

2.     Dzb17

3.     Armance64

4.     Matt_Calafiore

5.     Docmam

6.    Bruitdessabots

7.     Ddupagne

8.     Souristine

9.    Yem

10.   Farfadoc

11.   SylvainASK

12.   Docteur Sachs Jr

13.   Méd Gé de L’Ouest

14.   Docteur Gécé

15.   DrKalee

16.   DrTib

17.   Gélule, MD

18.   DocAste

19.   DocBulle

20.   Docteur Selmer

21.   Dr Stephane

22.   Alice Redsparrow

23.   Docteur_V

24.   Dr_Foulard

25.   Kalindéa

26.   DocShadok

27.   Dr_Tiben

28.   Bismuth Philippe

29.   PerrucheG

30.   BaptouB

31.   Juste un Peu Sorcier

32.   Elliot Reid-like

33.   MimiRyudo

34.   SacroStNectaire

35.   DrGuignol

36.   DrLebagage

37.   Loubet Dominique

38.   CaraGK

39.   DocArnica

40.   Jaddo

41.   Acudoc49

42.   AnSo1359

43.   DocEmma

44.   DrPoilAGratter

45.   GrangeBlanche

46.   Docteur Pénurie

47.   Borée

48.   10Lunes

49.   Echocardioblog

50.   OpenBlueEyes

51.   nfkb

52.   Totomathon

53.   SophieSF

54.   SuperGélule

55.   BicheMKDE

56.   Knackie

57.   DocCapuche

58.   John Snow

59.   Babeth_Auxi

60.   Jax

61.   Zigmund

62.   DocAdrénaline

63.   DrNeurone

64.   Cris et chuchotements

65.   YannSud

66.   Nounoups

67.   MademoiselleAA

68.   Boutonnologue

69.   Françoise Soros

70.   Une pédiatre

71.   Heidi Nurse

72.   NBLorine

73.   Stockholm

74.   Qffwffq

75.   LullaSF

76. DocteurBobo

77. Martin Minos

78. DocGamelle

79. Dr Glop

80. Ninou

81. Martin Winckler

82. UrgenTic

83. Tamimi2213

84. Doc L

85. DrLaeti

86. LBeu

 

Vous pouvez également retrouver tous les soutiens de #PrivésDeMG et suivre l’opération

– sur les blogs des différents participants

– sur le blog #PrivésDeMG où vous retrouverez la plupart des billets de blog sur le sujet

– sur le tumblr

– sur Twitter @PrivesDeMG ou en suivant le hashtag #PrivésDeMG

– sur facebook

 

 

Les commentaires de soutien de décembre 2012

Comment ne pas être ébranlé par les centaines de commentaires enthousiastes de jeunes médecins, de professionnels de santé ou de patients face à nos propositions ? Pourquoi ne pas aider les jeunes médecins à la fois à réaliser leurs rêves et à se mettre efficacement au service de la santé des Français ?

Les propositions de réforme de la médecine générale des 24 médecins blogueurs ont reçu plus de 1000 signatures de soutien.

650 signataires ont posté un commentaire :

  • À diffuser d’urgence aux politiques ! enfin des idées claires, réalistes, pour une autre façon de voir la médecine générale, merci pour ce beau travail !

  • Belle réflexion, félicitations à vous tous ! On ne peut que souhaiter que vous soyez lus « là-haut ».

  • …Et en plus, ça me donne déjà envie d’y exercer !

  • Bravo, enfin une proposition constructive et adaptée à notre métier !

  • « Je rêvais d’un autre monde …. » Merci à vous pour ces propositions qui me font croire que la médecine générale dont je rêve d’exercer pourrait exister un jour !

  • Bravo. Et merci d’avoir pris de votre temps pour mettre en forme toutes ces propositions.

  • C’est stimulant ! Est ce que nos dirigeants, tutelles etc.., cessant d’être sourds et aveugles pourraient lire ces propositions ?

  • Ce texte fait rêver ! En espérant que ce projet se concrétisera un jour…

  • Chiche ! On commence quand ?

  • Constat de départ tellement réaliste (si la formation des médecins & paramédicaux se fait exclusivement en hôpital donc en ville, il est très dur ensuite de leur faire sortir de leur vie).

  • Projet simple, clair et efficace. Pour avoir voulu lancer une idée de structure similaire, le coût de construction et fonctionnement est effectivement très réduit (inférieur à 1M€ avec tout les murs, le matériel, l’informatique & téléphonie).

  • En avant la Médecine Générale !!!

  • une jeune médecin généraliste remplaçante qui se sent pousser des ailes en lisant vos propositions 🙂 Merci !

  • Enfin des propositions concrètes et réalistes ! Que le courage politique suive !

  • Enfin une réflexion de terrain aboutie !

  • Externe en médecine, je vous soutiens totalement, parce qu’il faut des propositions et que la votre et plus que pas mal ! Merci aux médecins bloggueurs, il faudra désormais compter avec vous !

  • Externe et bientôt interne et peut être futur MG (en tout cas c’est ce que je souhaite), je trouve ces propositions intéressantes. En tout cas le système proposé semble plus intéressant que celui actuellement en place. Surtout concernant la formation qui nous éloigne +++ de la médecine de générale. C’est pas avec 100 pauvres heures pendant l’externat (bien qu’elles aient été enrichissante dans mon cas) en cabinet que l’on se fait une vrai idée de ce qu’il se passe sur le terrain. Rapprocher l’université de la médecine générale est probablement la base de la réussite à long terme du sauvetage de cette profession.

  • Interne en MG, j’ai lu ces propositions avec beaucoup d’enthousiasme. Comme Lisa, je suis plein d’espoir pour notre avenir, mais j’ai aussi tellement peur d’être déçu par nos décideurs.

  • Je suis d’accord avec toutes les propositions. Attendons-nous a une opposition violente de ceux qui ont actuellement le pouvoir, quel qu’en soit le niveau. J’ai en effet tout compris en lisant « La revanche du rameur » 😉

  • Juste mon rêve le plus fou, en espérant le voir se réaliser !

  • Les idées sont bonnes et ambitieuses Je signe pour ce futur ambitieux, tourné vers les patients et n’oubliant pas les effecteurs. Je soutiens votre énergie positive. Je ne remets rien en cause. Ma signature est preuve de ce soutien.

  • Même si je suis très fier du performant et efficace centre hospitalier universitaire de ma ville, je dois bien avouer que ces propositions permettront probablement de rééquilibrer la situation des généralistes.

  • Merci à vous tous, médecins blogueurs, qui faites découvrir notre métier tel il l’est réellement. C’est un vrai soutien pour notre pratique !. Je vous suis totalement sur ces propositions. Je rajouterais que l’on ne pense jamais à proposer à TOUS les médecins, jeunes ou vieux, de lutter contre la désertification médicale. Pourquoi le jeune médecin de 25-30 ans se verrait imposer d’aller à « Troupaumé dans le Néant », où il ne trouvera pas de crèche ni d’école pour ses enfants, pas de loisir hormis le club du troisième age, alors qu’il y a encore tant de médecins en France. Ou bien tout le monde participe ou bien personne, non ? Peut-être parce que les réformes ne sont pas décidées par les jeunes… Notez bien que je ne suis pas très concernée, ayant plus de 35 ans et étant déjà installée. Mais s’il faut que l’on fasse le tour des places de villages en « médicobus », j’en serai !

  • Merci pour ces idées ! Enfin une vraie réflexion sur les problèmes de démographie médicale et le futur de la médecine générale.

  • MG nouvellement installée, je suis rassurée de voir des propositions qui vont enfin dans le bon sens : une médecine plus efficace, moins coûteuse, un meilleur accès aux soins et moins de temps passé dans les papiers grâce aux AGI . Bravo !

  • Propositions tellement sensées ! enfin ! je vais m’empresser de relayer ce texte . Anne renault, MG installée

  • Très bonne proposition, qui semble tenable et envisageable d’un point de vue externe. En tout cas, c’est un beau projet. Merci à « vous 20 », que ces idées débouchent sur du concret.

  • Un grand bravo pour vos idées et votre démarche… La santé pour tous !!!

  • Un texte plein de brillantes idées ! De quoi inspirer notre ministre j’espère…

  • Un vrai bonheur à lire, voila une façon constructive de faire bouger les lignes

  • Une initiative juste et précieuse qui mérite d’être entendue. Merci

  • Une reforme brillante. Issu du terrain et non d’enarques deconnecte de la realite. J’adheres a 100% au concept et en tant que jeune MG je me voie tres bien dans vos MUSt. Mais nos tutelle auront elle le courage de lutter contre les lobbies de l’hospitali centrisme ??? En tout cas bravo pour votre texte

  • une révolution culturelle est en marche. De vrais échanges en direct conduisent à un vrai projet proposé par les vrais acteurs. Une vraie démocratie participative vers la médecine 2.0. Sans une autocritique et une remise en question immédiates , c’est la fin des dinosaures (ordre, syndicats …)

  • $Voilà qui fait rêver ! le « Must » serait de convaincre les politiques et le Ministère de la santé…

  • Voilà un très beau texte en espérant en entendre parler très bientôt ! de la part d’une toute nouvelle médecin généraliste

  • Voilà une proposition originale et de bon sens ; ça risque de choquer. Félicitations pour ce travail de réflexion et de proposition.

  • Votre proposition semble très intéressante. J’espère qu’il aura le succès mérité. Bon courage

  • votre réflexion est avant gardiste et mérite d’être étudiée de près par les pouvoirs publics. Bonne chance Une patiente avertie,

  • vous êtes formidable ! Continuez ce magnifique travail collectif !

  • Vraiment intéressant comme texte, qui j’espère nourrira de nombreuses réflexions et lancera un vrai débat, pas monopolisé par des gens qui ne s’y connaissent souvent pas beaucoup !

  • Wow, de super idées ! De quoi donner aux futurs jeunes médecins (dont je fais partie) les moyens et l’envie de faire MG et pourquoi pas de s’installer à la campagne.

  • 1 seul détail. On se propose de déshabiller les CHU en internes, pour habiller les MUSt. Dans ce cas, comment vont faire les CHU pour trouver le personnel remplaçant les IMG ? Sinon, merci pour ce projet très intéressant, d’une grande faisabilité, auquel j’adhère à 90%

  • 10 ans d’installation en rural et 10 ans de projet de MSP !Hier, l’ODM tolérait à peine que nous fassions un site internet… Aujourd’hui les Dr blogueurs (les seuls que je consulte régulièrement le soir chez moi après de longues journées et de trop courtes nuits et les seuls qui me parlent un langage qui calme mes doutes sur l’amour de mon métier, sur le sens de mon engagement pour mes patients et pour un territoire que j’ai choisi et enfin sur mon avenir et celui des jeunes confrères que j’espère contribuer à former…). Demain, OUI des MUST, nous vaincrons l’immobilisme et le pessimisme attentiste autant que la démagogie et l’hospitalo-centrisme ! J’adhère avec joie à toute initiative qui rapproche les professionnels de santé et leur insuffle l’énergie positive nécessaire pour travailler ensemble et avec nos patients à créer demain… Merci 😉

  • A fond dans ce type de propositions qui viennent du terrain. Après l’internet 2.0, vive la médecine 2.0. Document à faire circuler d’urgence à nos confères pour remuer les méninges

  • A part signer ici pour montrer à quel point on est d’accord, que peut-on (nous autre les pas-médecins) faire ? Envoyer le PDF à notre député en lui signalant à quel point c’est des vachement bonnes idées et que s’il veut garder notre voix ce serait bien qu’il soutienne ?

  • Ah bah en voilà des idées bien meilleures que recruter des vétos ! Félicitations pour tout ce bon sens, cette intelligence, et merci pour l’investissement de votre temps personnel dans la mise en forme de vos réflexions au service de la collectivité. Marie, véto mais aussi patiente et mère de patientes

  • Ah je dis OUI !!!

  • ah oui ? la médecine générale pourrait exister encore ? Je vais en reparler à mes carabins d’enfants, à qui je ne disais plus ce que je faisais…

  • Aller on y croit, pour la renaissance de la medge

  • allons-y, qu’est-ce qu’on attend ? mais en tant qu’architecte, je suis complètement contre un appel d’offre national pour la construction des Must. Ce n’est pas possible de par l’obligation d’intervention d’un architecte (/surface)+ la conception d’un bâtiment prend en compte son environnement, ou alors on va créer des lotissements de médecins ?? pas imaginable ! + autant en profiter pour faire travailler des entreprises locales plutôt que faire intervenir Bouygues ou Eiffage sur des centaines de bâtiments… en plus se c’est payé/subventionné à échelle locale, l’appel d’offre ne peut pas être national… mais bon, c’est un point de détail ! même si ces bâtiments coutent au m² 2fois le prix que vous annoncez (et ce serait plus proche de la réalité, surtout avec la RT2012), c’est encore un projet réaliste !

  • Ambulancier privé de profession , avec une vision extérieure aux problèmes médicaux du moment et habitant une (grande ) zone de désert ( bretagne) ,j’apprécie ce discours innovant contenant beaucoup de concret .Il est enfin temps que la société civile prenne les devants sur ceux qui ont le pouvoir et qui ne peuvent pas ..Bravo pour vos propositions que je soutiens .

  • Anapath en voie de disparition et père de deux étudiants en médecine, je ne peux qu’adhérer à ces propositions pleines d’intelligence et de bon sens. Merci !

  • Ancien médecin urgentiste et médecin praticien en ville j’ai délaissé l’exercice en raison déja de mauvaises conditions de travail. Si ce travail de collaboration peut aider à l’amélioration de l’exercice, à 400% avec vous. Que la ministre vous entende.

  • Apres des années de dur labeur dans une campagne « loindetout », peut etre une petite lueur à l’horizon grace à de vrais propositions. Merci

  • Au delà de la médecine générale 2.0, il me semble qu’il y a là de la politique 2.0… et si ça marche (là, c’est pour les rêveurs…), pourquoi pas une démocratie 2.0 ?

  • Avec de telles propositions, la médecine de ville peut à nouveau attirer les jeunes externes et internes !

  • Avec la possibilité d’un dialogue interdisciplinaire qui ne pourrait qu’augmenter l’efficacité des actions de soin ambulatoire (pour les patients ET les professionnels !!), me voilà une psychologue enthousiaste pour participer à ce genre de projet !

  • Avec mon soutien de citoyenne.

  • Beau projet ! Il est evident que pour inciter les jeunes médecins au liberal il faut alleger au maximum les lourdeurs administratives et favoriser l’exercice de groupe. Faire une place à nos externes dans ces structures me semble la meilleure façon de leur donner l’envie d’aller plus loin dans la medecine générale. En esperant être entendus puis compris un jour…

  • Beau projet, beau travail, et s’ils osaient le faire !!!

  • Beau projet, tout n’est pas clair pour moi mais le fond me paraît plus que sensé. Bon courage !

  • beau travail

  • Beau travail, j’espère que ce message sera entendu !

  • Beau travail, merci de soutenir la MG et de proposer des idées plus proches de la réalité

  • Beaucoup d’imagination dans des données pertinentes. Et la démonstration (évidente pourtant) qu’en médecine on peut faire une meilleure prestation sans surcoût. Bravo.

  • Mais peut-on espérer un avenir (malgré les affirmations de la ministre) à des propositions ne venant pas de politiques, grands administrateurs ou corps dits représentatifs ? Vanitas vanitatis !!

  • Ceci est d’autant moins plausible que, comme toute réforme intelligente, elle constitue un tout : il est difficile d’en reprendre seulement des morceaux sans aller à l’échec global.

  • En tout cas, comme médecin hospitalo-universitaire (!!) retraité (donc « né de 58 »), ayant eu ce bonheur de « faire de la médecine », j’apporte mon soutient entier à ces idées et ce projet.

  • Encore bravo, Y. Gille.

  • Beaucoup de très bonnes idées !!!

  • beaucoup de très bonnes idées mais qui nécessitent un courage politique et une capacité de lutte contre les lobbys de médecins (les grands pontes comme on les appelle !) et pharmaceutiques !

  • Belle initiative !

  • belle initiative de vouloir trouver des solutions concrètes. en espérant que le gouvernement planchera dessus pour la mettre en oeuvre.

  • Belle initiative, même si je trouve dommage que vous ne parliez pas de l’implication que pourrait avoir la pharmacie dans ce dispositif…En effet combien de pharmaciens sont à l’origine de création de maisons de santé et sont les seuls professionnels de santé à rester dans ces déserts (grâce à notre maillage territorial) ? Quand je vois parfois les prescriptions passées, je me dis qu’il serait bon que l’on se rencontre un peu plus pour parler médicaments…

  • Belle initiative, tout mon soutien !

  • Belle initiative. Médecin et chef d’entreprise pendant 20 ans, j’ai constaté la dégradation de notre profession. Ma réponse à cet état de fait a été de déplaquer et devenir salarié. J’aime bien cette réponse. Bravo !

  • belles idées

  • bienvenue aux (bonnes) nouvelles idées !

  • Bisous les copains =D.

  • Blogueurs, Twittos, Facebookiens peuvent faire avancer les choses à force de propositions !

  • Bon courage, on vous soutient !

  • Bon plan, surtout l’idée de l’auxiliaire administratif. Un peu dubitatif sur le cout au m² mais j’ai noté qu’il s’agit de prix sur de gros marchés. Notre maison médicale de 9 medicaux-paramedicaux, ouverte en 2010 s’est longtemps appelée Utopie…

  • Bon, on a le droit de rêver, jamais ces propositions ne seraient mises en place en l’état, d’autant plus que leur financement est un peu flou, un peu imprécis, un peu idéalisé, et que la CRISE économique dont on nous rabat les oreilles fait qu’il n’y a plus un kopek à dépenser. Mais vos propositions ont le mérite d’essayer de valoriser un peu la médecine générale face à la toute puissance hospitalo-U, et qu’il y en a bien besoin, cré vin diou.

  • Bonjour,

  • j’ai pris le temps de la réflexion pour venir mettre un mot suite au buzz sur le sujet.

  • Alors d’abord, bravo à tous pour votre mobilisation et votre volonté de changer les choses : c’est précieux et laisse augurer de belles choses pour la profession.

  • Venons en aux critiques (ben oui) :

  • 1/ la médecine générale est une spécialité comme une autre : il a fallu des années pour lui faire intégrer le modèle des autres spécialités et ainsi essayer de la faire reconnaître pour ce qu’elle devrait être : la plus belle et la plus difficile des médecines. Lui donner un cursus à part : c’est à nouveau la mettre à part, comme une sous médecine. Vous allez devenir des officiers de santé, des sou médecins : méfiez vous du retour de bâton. Je propose que les réformes concernent tout le monde et pas uniquement les médecins généralistes sinon vous serez des médecins « à part », à nouveau. 2/ Cloner la formation des CHU sur un modèle local est une mauvaise idée. Dans les CHU les formations sont assurées « en vrai » par le compagnonage mais ce sont les agrégés et PUPH qui sont rémunérés pour cette formation qu’ils font rarement. Reproduire le modèle en maison de santé locales amènera les mêmes perversions : créez votre propre modèle sur la base du compagnonnage et du groupe ; sortez du modèle pyramidal. Des enseignants avec des contrats de 5 ans, validés par les notes des étudiants par exemple. Dans les autres choses copiées sur les CHU : les administrateurs. No comment : à l’hôpital il n’y a plus de compresses pour les samu en décembre ; vous voulez vivre la même chose en périphérie ? Trop déléguer à des personnels administratifs c’est entrer dans le monde Kafkfa. 3/ la désertification : les médecins spécialistes la gèrent depuis vingt ans déjà. regardez ce qu’ils font (ah mais peut-être que dans les grandes villes vous savez pas ça…) : un spécialistes aujourd’hui il travaille en grande ville trois jours par semaine et deux jours par semaine dans des petites villes de campagne. Les généralistes pourraient faire de même.

    Bref, réformer ok, bravo pour vos idées mais attention : vous stigmatisez la médecine générale en la séparant des autres médecines et vous voulez reproduire les mauvaises choses des CHU : prenez le meilleur, simplement.

  • Bonjour, chapeau pour cette proposition audacieuse et pragmatique. En qualitée d’entrepreneur (dans l’informatique, rien a voir)cela fait plaisir qu’un corps de métiers puisse réagir de façon constructive et cibler ses points forts et faiblesses pour proposer des solutions concrètes. Continuez ! ps : pour l’AGI, je connait une jeune boite innovante qui pourrait vous apporter encore plus de concret : http://www.icanopee.fr/index.php/fr/

  • Bonjour, je suis en accord avec l’intégralité des propositions, qui prend en compte enseignés et enseignants. Je solliciterais même la possibilité de créer des stages spécifiques d’une année complète pour les I.M.G., à leur demande et non imposable, sur la base d’un choix préemptif de rempiler pour un second et dernier stage dans la même M.U.St, bien que ça risque de poser problème quant à la sacro-sainte répartition des postes de stages bi-annuelle ; en revanche ça permettrait d’insérer au plus long terme certains futurs praticiens libéraux dans des secteurs déficitaires où ils auraient déjà eu le temps de nouer des contacts solides confraternels et interprofessionnels et d’y organiser leur propre vie socio-familiale le cas échéant.

  • Bonjour. Voilà enfin de bonnes idées concrètes avec les moyens de les réaliser. Je réalise mon travail de thèse sur le choix de l’exercice en médecine générale, en relation avec quelques autorités compétentes. Je ne manquerais pas de leur faire connaitre ces propositions si ce n’est pas déjà fait.

  • Bon courage pour ces réflexions

  • Bonne chance ! …et bon courage !

  • Bonne chance dans votre tentative de faire bouger les choses…

  • bonnes idées ! espérons qu’elles iront loin !

  • Bonnes idées, réalistes et positives

  • Bravo ! 🙂 super initiative, une vraie bulle d’oxygène pour l’accès aux soins et des conditions d’exercice plus décentes. Madame la ministre, la balle est dans votre camp 😉

  • Bravo ! Belle proposition réflèchie, censée et surtout applicable !

  • Bravo ! Bonne initiative

  • Bravo ! C’est du concret , ces propositions sont constructives et réalistes

  • Bravo ! Ca fait plaisir de lire des propositions constructives, dans l’intérêt de tous.Si seulement les politiques pouvaient vous écouter !

  • Bravo ! En espérant que ça ait un écho maintenant !

  • Bravo ! En tant que patiente et mère de famille, j’espère que cela aboutira !

  • Bravo ! et bon courage !

  • Bravo ! Et courage !

  • Bravo ! Il faut maintenant qu’ils aient le courage d’agir… Continuez vos actions, vous pourrez compter sur le soutien de beaucoup

  • bravo ! je ne suis pas médecin mais j’ai travaillé longtemps dans un cabinet dentaire. pour avoir travaillé en géronto, je suis très sensibilisée à la désertification médicale du territoire français , ce qui est complètement fou quand on mesure la richesse professionnelle qui est la nôtre dans ce domaine. vos idées sont intéressantes. l’homme politique qui aura le courage de le dire et surtout de les mettre en application est-il déjà né ???? bon courage

  • Bravo ! Je suis interne de médecine générale, et je suis ravie de lire des propositions constructives, réalisables… et qui ne nous stigmatisent pas ! Un peu d’espoir dans cette situation difficile… Je vote oui

  • Bravo ! les TwitAmis beau travail très innovant ! J’espere ce travail sera entendu !

  • bravo ! mais je pense crucial de développer la réflexion avec les infirmières (ce qui risque de ne pas être facile), les kinés (sans doute un peu plus facile), les diététiciennes et les podologues (bien structurés dans leurs ordres). bien cordialement

  • Bravo ! Mais nos politiciens auront-ils le cran de soutenir ces idées qui ne viennent pas d’eux ? Car on sait que nous ne sommes que de « simples » médecins. Le brio de l’Etat serait donc d’accepter de recevoir des conseils des 1ers concernés.

  • Bravo ! Ne pas subir, proposer !

  • Bravo ! quel bonheur de voir des propositions intelligentes à l’heure où des »penseurs » à Terra Nova envisagent la suppression des généralistes.

  • Bravo ! Un externe de plus qui pense comme vous !

  • BRAVO à tous et toutes pour votre créativité et les franches propositions !

  • Bravo a vous d’essayer de faire bouger les choses. Je rajouterai juste une chose : il FAUT former les étudiants en médecine (et le médecins) à la relation médecin malade. 30% des patients sont non observants de leur traitement (et même 50% pour les pathologies chroniques). Je suis persuadé que nous avons une énorme marge de progression dans ce domaine. J’espère que pas former les médecins aux relations inter-humaines, apparaîtra comme une aberration dans quelques années.

  • Bravo à vous pour ces propositions

  • bravo belle initiative. Bon courage pour la suite.

  • BRAVO BRAVO BRAVO !!! FORCE & HONNEUR !

  • Bravo continuez

  • bravo en esperant que nos politiques ne ferons pas que lire ce texte .. La médecine générale en a bien besoin ..

  • Bravo et merci !

  • Bravo et merci !!! En espérant voir cette solution se réaliser…

  • Bravo et merci pour ces belles propositions qui permettraient de redorer le blason de notre profession. Esperons qu’elles seront lues/entendues et appliquees par les autorites concernees.

  • Bravo et merci.

  • Bravo pour ce projet, je lui souhaite d’aboutir.

  • C’est une évidence : « comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester  ? »

  • Ce sont les gens du terrain qui peuvent/doivent participer aux réformes, pas les politiques qui n’y connaissent rien et passent souvent d’un ministère à l’autre… et ce serait valable pour toutes les professions !!!

  • Une patiente qui n’habite pourtant pas encore un désert médical, mais où les médecins qui partent en retraite ne sont pas remplacés.

  • Bravo pour ce texte ! Puisse-t-il être entendu par les administrations et puissiez-vous être convié à travailler sur ce thème !

  • Bravo pour ces idées brillantes et pleines d’espoir, tant pour nous, internes de médecine générale, que pour les externes et médecins déjà en exercice. espérons que notre nouveau gouvernement vous entende.

  • Bravo pour ces idées innovantes

  • Bravo pour ces prises de positions constructives. Enfin quelque chose de pratique (et d’applicable !), plutôt que ces éternelles discussions sur les honoraires et les « mobilisations » de nos élus…

  • Bravo pour ces propositions !

  • Bravo pour ces propositions !

  • Bravo pour ces propositions ! J’espère qu’elles seront entendues !!!

  • Bravo pour ces propositions audacieuses ( en comparaison de l’inertie actuelle des institutions) et probablement réalisables ( les financements semblent très intriqués : budgets de l’état, de l’assurance maladie, des collectivités territoriales ), c’est évidemment l’avenir de la medecine generale puisqu ’il est porté et quasi plébiscité par les jeunes et futurs médecins. Y aura -t- il la volonté politique d’une telle réforme ? Serait-elle suivie par les nombreux généralistes au crépuscule de leur activité mais ayant néanmoins une dizaine d’années à exercer (vu les positions syndicales…) ? Esperons-le

  • Bravo pour ces propositions qui constituent un socle solide de réflexion pour nos élus !

  • Bravo pour cette initiative réfléchie et venant de personnes qui connaissent le problème de l’intérieur. En souhaitant de tout coeur que ces propositions soient entendues !

  • Bravo pour Continuer la lecture

Publié dans Boulot | Commentaires fermés sur #PrivésDeDésert deuxième round : #PrivésDeMG

Enfin privés de désert ?

Il y a un an environ, rappelez-vous, j’allais boulotter des croissants chez Marisol.

 

Avec des collègues, on avait émis quelques idées qui nous paraissaient intéressantes. On a fait « le buzz » comme on dit quand on est branché 2.0. Et Marisol nous avait invités pour en parler.

Ça n’a pas plu à tout le monde, certains nous reprochant je-ne-sais-pas-quoi, d’être anonyme, de ne pas être légitime, de faire ça pour se faire mousser (tout en restant anonyme quand même cherchez la logique). Bon certains râlaient sur le fond des propositions, ça au moins c’est constructif; et d’autres, comme d’habitude, râlaient pour râler.

 

Quel bilan 1 an après ?

Alors déjà les croissants étaient super bon. Je le sais pour en avoir ingurgité environ la moitié. Mais bon, j’avais l’indémodable excuse d’une Squatteuse intra-utérine (ce qui n’était pas le cas de Foulard qui a mangé l’autre moitié).

Alors oui, nous avons répondu à son invitation. Bien sûr je comprends l’énervement de ceux qui n’ont pas été reçus à l’époque. Bien sûr que c’était une bonne opération communication pour la ministre-qui-invite-des-vrais-gens-du-terrain.

Mais en même temps, quand tu as des idées et que la ministre t’invite pour en discuter, ben tu vas jusqu’au bout.

Et c’était sympa cette rencontre. Vraiment. On a pu dire ce qu’on avait sur le coeur, ce qu’on avait dans la tête, sans langue de bois (enfin de notre part). On a pu demander « mais si elles vous paraissent si bien que ça nos idées, pourquoi est-ce que depuis le temps ça n’a pas été fait ? Ça nous paraît si évident à nous…. » et la voir bafouiller après.

Avec surprise, nous avons eu l’impression d’être écoutés. Pas spécialement entendus ou compris, mais écoutés déjà. On n’en espérait pas plus.

 

BEN ON A BIEN FAIT HEIN.

 

Alors qu’on lui parlait de problèmes de formation, d’hospitalo-centrisme, de l’absence totale de formation et de préparation au libéral, de la nécessité de diversifier les modes de rémunération afin de ne plus dépendre d’une tarification à l’acte qui valorise peu le travail du médecin traitant, de la difficultés pour nos conjoint(e)s de trouver un travail compatible avec une installation en zone reculée…

… Marisol avait déjà sa petite idée en tête. Qui n’avait évidement aucun rapport avec tout ce dont nous parlions. Elle nous en avait déjà parlé un peu, il y a 1 an.

Les fameux contrats de Praticiens Territoriaux en Médecine Générale. C’est à dire garantir des sous. Comme ça le gouvernement a l’air de faire quelque chose, ça leur coûtera pas grand chose et quand ça marchera pas, on pourra de nouveau dire que c’est la faute de ces ingrats de jeunes qui pensent pas aux vieux de la campagne alors que c’est pas faute de leur avoir dérouler le tapis rouge. Opération tout bénéf. Pour le gouvernement j’entends.

 

des_sous

Extrait d’une super note de Gélule… il y a 2 ans 1/2. Visiblement, ils n’ont toujours pas compris.

 

Donc des sous. Genre en s’installant dans un coin où il n’y a pas de toubib, on aurait peur de pas avoir assez de travail quoi. Logique.

Il ne me semble pas que la principale crainte des médecins qui ne succèdent pas au DrDévoué, le vrai médecin de campagne qui bosse 13h par jour et ne prend pas de vacances, soit de manquer de travail et donc d’argent.

 

Regardons d’un peu plus près ces fameux contrats.

Le but : « favoriser l’installation des jeunes médecins spécialisés en médecine générale dans des territoires définis par l’agence régionale de santé et caractérisés par une offre médicale insuffisante ou des difficultés dans l’accès aux soins en contrepartie du versement d’une rémunération complémentaire aux revenus de ses activités libérales de soins exercées en qualité de praticien territorial de médecine générale. »

« Le PTMG s’engage à exercer une activité libérale correspondant à un minimum de 165 consultations de médecine générale au tarif opposable/mois (165 actes/mois à 23 € sur douze mois), soit à un montant minimum d’honoraires égal à 3 795 € bruts par mois »

Bon ok. Ça n’engage à pas grand chose, garantir un revenu dans un territoire ayant une offre médicale insuffisante. Normalement, faire 8 consultations par jour dans un désert médical, c’est faisable. Ou alors c’est que c’est pas un désert médical. Hum.

Ensuite on « verse au médecin une rémunération complémentaire aux honoraires perçus d’un montant tel que le revenu global soit égal à un revenu brut mensuel maximum de 6 900 €. »

Ce qui correspond en gros à 15 consultations par jour. Faudrait vraiment vraiment freiner son activité pour ne pas arriver à 15 consultations par jour dans une zone dite de pénurie en offre de soins. Donc vraiment, on ne se mouille pas trop au gouvernement.

Surtout qu’ à la fin, que voit-on ?

Lorsque l’activité de praticien territorial de médecine générale est égale ou inférieure à 8 demi-journées par semaine, les montants correspondant au plafond et au seuil minimal d’activité sont divisés par deux pour le calcul du complément de rémunération.

 

 

Allez zou. Histoire de pas prendre de risques, si tu prends un jour de repos dans la semaine (comme quand même beaucoup de médecins) on ne te garantie plus que la moitié de ce qui était promis.

Tu bosses lundi, mardi, jeudi, vendredi et le mercredi matin, on te garantie 6900 € brut par mois.

Tu charges les lundi, mardi, jeudi et vendredi ET tu souhaites avoir ton mercredi-parce-que-c’est-le-jour-des-enfants, on ne te garantie plus que 3450€ brut par mois. Soit environ l’équivalent de 9 consultations par jour.

 

Voilà voilà. Tu t’installes dans un « désert » médical, tu bosses 4 jours plein par semaine, et on te garantie 9 consultations par jour. Youhou faites péter le champagne.

 

Relevons la seule chose intéressante de ce contrat, la seule dont on devrait entendre parler, la seule ébauche de vraie piste… une protection maladie et maternité renforcée. Là OK. Là je veux bien admettre que ça peut être un frein à l’installation. Une jeune femme en âge de procréer, et qui a envie de le faire, sait bien que les indemnités auxquelles elle a droit en congé maternité serviront en gros à couvrir les charges de cabinet, et c’est tout.

Donc le contrat offre un complément de congé maternité et une couverture maladie dès le 8ème jour. C’est pas la panacé mais c’est déjà mieux que les 90 jours de carence auxquels sont soumis les médecins.

Quand je dis que c’est pas la panacé, c’est VRAIMENT pas la panacé. Si on reprend notre médecin qui bosse 4 jours plein par semaine, en arrêt il a… 776,25 € brut/mois. On va pas bien loin. Mais bon, j’admets que sur ce coup là y’a un effort.

 

 

Mais sur le reste franchement… ça serait pas UN PEU du foutage de gueule ?

Pensent-ils vraiment que ça va inciter beaucoup de gens à s’installer ? Tout le monde a communiqué sur la signature du 1er contrat, en Seine Saint Denis. Bon, mais la nénette, elle avait de toutes façons prévue de s’installer là depuis un moment. Ça l’a incité à rien du tout en fait.

 

Les seules personnes que ça pourrait intéresser et inciter, ça serait par exemple… une jeune femme, en âge et ayant envie de procréer, qui chercherait un planning stable mais pas trop chargé. Par exemple 1 jour par semaine.

Installée en collaboration, en travaillant une journée par semaine, elle fait sans trop forcer les 83 consultations minimum par mois demandées. 20 consultations par jour, c’est même un rythme presque idéal.

Et voilà, en travaillant 1 jour par semaine, elle touche quand même 3450€ brut par mois (oui brut quand même), et peut s’arrêter pour son congé maternité sans trop de problème.

 

Une bonne petite planque quoi.

 

OH WAIT.

 

Justement, ayant vent de mes envies de grandir et de me stabiliser professionnellement… voilà qu’on me fait cette proposition. Tu comprends, l’ARS a X contrats à signer, et c’est important qu’ils soient tous signés. (ben ouais, si on signe pas leurs contrats, on pourrait croire que c’est tout pourri et que ça sert à rien, imagine)

Pis si c’est pas dans une zone blanche c’est pas très grave, c’est l’ARS qui décide les zones déficitaires, ils mettront toute la région en zone blanche s’il faut.

Pis pour toi c’est idéal, comme ça si tu veux pas trop bosser…

 

C’est sûr que vendu comme ça… mais je suis pas franchement sûre que ça soit ça qui va encourager de vraies installations durables et enfin nous priver de désert…

Egoïstement, je pourrais dire oui.

 

Mais signer ça, le cautionner, et faire croire dans leurs statistiques que c’est un succès-la-preuve-regardez-tous-les-contrats-ont-été-signés, ça me gêne aux entournures quand même.

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Publié dans Le grand saut | Commentaires fermés sur Enfin privés de désert ?

Les rives du lac

(titre alternatif : la croisée des chemins, mais des chemins sur un lac, ça allait pas trop)

 

2013_07_23_17

 

Maintenant que la décision de pagayer sur le lac est prise, il faudrait savoir de quel côté pagayer, sous peine de tourner en rond. Comme on est des intimes, vous et moi, présentons un peu les possibilités.

 

BledPaumé.

Aaaah BledPaumé, c’est affectif. BledPaumé, c’est mon premier rempla. C’est de la médecine de campagne comme j’aime. BledPaumé, c’est là où ma Ginette à moi prend son pied. Le bout de moi qui veut s’installer dans un « désert médical » « parce que si je ne le fais pas, qui le fera ? » et qui aime raconter à quel point on est loin de tout, avec un tout petit peu de fierté dans la voix.

A BledPaumé, je suis toute seule dans le cabinet, et je fais ce que je veux quand je veux, et sans me disputer avec qui que ce soit. Et j’aime bien ça. Et je bois le café toute seule aussi. Et je mange et je me fais chier toute seule aussi. Et je partage mes doutes et mes questions avec moi même aussi.

Contrairement à l’image qu’on se fait du médecin de campagne isolé, je n’ai pas des grosses journées à BledPaumé et cela compense le temps de voyage. Sauf bien sûr les jours où s’enchaînent « je me suis meulé la jambe vous allez bien me recoudre ça ? » ; « mon frère s’est fait piquer par une guêpe il est allergique et… ah bah il a perdu connaissance » et « docteur, mon mari vient de faire un malaise, il arrive plus à parler et il a la bouche tordu vous pouvez venir ? »

Oui parce qu’à BledPaumé, je fais de la vraie médecine de proximité. Les gens appellent le docteur avant de faire le 15. Ils rechignent à aller à l’hôpital ou voir un spécialiste. Je fais des gestes, des infiltrations, des sutures, des poses de DIU. J’ai bien quelques sueurs certains jours, mais je finis ma journée avec une petite bouffée d’endorphines et le sentiment d’avoir été utile. Et pis ça fait classe quand je raconte ça. Et ça, ça fait du bien à Ginette.

Autant j’aime travailler à BledPaumé, autant je ne me vois pas du tout m’associer avec le DrRemplacé, comme il me le propose depuis des années. Dans son cabinet dans sa maison. Ca rend Ginette malheureuse, parce qu’elle voyait bien là le désert médical qu’elle cherchait pour y effectuer son sacerdoce sous les vivas des grand-mères et la reconnaisse éternelle de la patrie. Ginette serait devenue aigrie, au bord du burn out, mais forte du sentiment du devoir accompli et donc de la parfaite légitimité à cracher sur ces jeunes ingrats et fainéants qui pensent qu’au fric – les jeunes c’est plus ce que c’était ma pauv’ Simone, où va le monde. (En gros, à trop tirer sur la corde sacrificielle en attendant une reconnaissance qu’elle n’aura jamais, Ginette deviendra une vieille peau.)

Petit à petit, je me rend à l’évidence mon avenir professionnel n’est pas à BledPaumé. Mon avenir familial non plus. Du coup, j’ai d’autant plus envie de continuer à y travailler tant que je le peux.

 


TrouVille

TrouVille, c’est mon chez-moi. Et ça déjà c’est pas rien. Je connais la région, la ville, les gens. Et oui, c’est vrai, j’ai une option petits-plats-mitonnés/baby-sitting juste en face.  Voilà 3 ans que j’y travaille régulièrement. La patientèle est assez diversifiée. On fait des visites à la campagne chez des petits vieux à des kilomètres, et j’aime ça. On travaille à l’hôpital local, on fait de la rééducation, des soins palliatifs, et j’aime ça aussi. Y’a une Maison de Santé toute neuve, presqu’une MUSt. Avec tous les avantages qu’on imagine, notamment travailler avec des gens qu’on aime bien. Et pis tous les inconvénients qu’on imagine, comme travailler avec des gens qu’on n’aime pas. Voire plus.

Les Maisons de Santé Pluridisciplinaires, on nous vend ça comme la panacé. C’est très vendeur, ça fait bien dans les journaux, à côté de l’article sur le DrDévoué, le vieux médecin de campagne à l’ancienne qui a des journées de 36h et qui ne trouvera pas de successeur-comment-on-va-faire-ma-pauv’-Simone. Donc les MSP, c’est ZE solution aux fameux « déserts médicaux ». Sur ce sujet, GenouDesAlpages retranscrit très bien ce que j’en pense. (L’autre formidable solution, c’est les contrats de praticiens territoriaux de Marisol, nous aurons l’occasion d’en rire reparler ensemble)

Exercice en groupe oui, exercice en groupe protocolé avec comptes à rendre aux tutelles et tout et tout, j’aime pas du tout. Mais ne jetons pas tout à la poubelle, la MSP est là, elle fonctionne, et on y travaille bien. Reste à voir si j’y ai ma place, parce que même si TrouVille est loin d’être une zone surdotée, y’a du monde dans le bâtiment déjà.

 

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Cependant, maintenant que j’ai décidé qu’il fallait avancer, il est l’heure d’aller voir si la rive du lac n’était pas plus verte ailleurs. J’ai donc pris ma pagaie et mon téléphone à deux mains. Appel du cabinet de PetiteVille pour proposer mes humbles services.

Le DrSympa bosse dans un cabinet de 4 médecins à PetiteVille. PetiteVille est à peu près aussi grosse que TrouVille. C’est à dire pas très gros, juste assez pour mériter l’appelation « ville » en fait. Dans les 5000 habitants. Le DrSympa est interessé, à raison d’une 1/2 journée de remplacement par médecin installé, tout le monde y trouverait son compte.

L’hôpital local ? Oui il y en a un. Mais ils y vont très peu. Faut dire, le coin est assez dense médicalement parlant. D’ailleurs ils font très peu de visites aussi, et pas très loin, maxi 7km. DrSympa se croît vendeur, je n’ai pas à m’inquièter à ce niveau là me dit-il. Mais si, Ginette s’inquiète là ! Où est le dévouement, le sacerdoce, l’utilité même d’aller travailler dans un coin qui n’est MÊME PAS sous doté en médecins ??? Ils ont même des spécialistes ces nantis de PetiteVillois, c’est dire. Un gynéco. Le luxe.

Il est vrai que pour une même taille de ville, TrouVille compte moins de médecins et draine un bassin de population beaucoup plus large, et beaucoup plus rural.

 

 

Ginette ira-t-elle s’installer dans un désert ?

L’Ours arrêtera-t-il de faire des thèses ?

Docmam, femme et fainéante s’il en est, choisira-t-elle finalement de ne pas s’emmerder à travailler en faisant un 3ème enfant de suite ?

Affaire à suivre…

 

 

Crédit photo : ma pomme, avec le vrai lac d’Alphonse.

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Le lac

Il a toujours été admis entre l’Ours et moi que j’étais plus mobile que lui. C’est bien connu, des médecins on en a besoin partout, surtout dans tous ces déserts médicaux dont on entend tellement parler hein, c’est la pénurie ma pauv’ dame. Pour l’Ours, c’est plus compliqué. Il ne peut pas trouver partout. Comme mes rêves d’ado ne parlaient que voyages et découverte du monde, ça ne me dérangeait pas du tout de le suivre là où le vent nous porterait. Mais en attendant de trouver, nous nous sommes installés-mais-pas-trop dans une vie stable-mais-pas-trop. Petit à petit j’ai pris mes habitudes dans mes cabinets de remplacements, repoussant les propositions d’installation sans les refuser, gardant des portes plus ou moins entrouvertes sans me les fermer… mais sans prendre de décisions.

 

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

 

Tout en râlant contre la situation instable de l’Ours, qui m’empêchait de prendre des décisions pour avancer dans ma – forcément brillante – carrière de docteur, au fond, j’étais bien contente d’avoir un prétexte pour ne pas m’engager. Aussi, lorsque cette année il n’a pas obtenu sa qualification de maître de conférence, j’étais bien sûr désolée et déçue mais… mais aussi soulagée, d’avoir un an de répit à me complaire dans ma petite vie pas-si-instable-que-ça.

Et puis finalement, partir… oui bon s’il le faut quoi. Parce que finalement, la région est belle là, la famille est pas loin, j’ai des cabinets où j’aime bien travailler, mon orchestre, des potes avec qui boire une bière de temps en temps… Alors tout quitter pour quoi ?

Une frilosité qui a bien éborgné l’image de la baroudeuse voyageuse de mon adolescence.

 

« Ô temps ! suspends ton vol »

 

Début septembre, Tétarde entre à l’école. ENFIN. Je repense encore en ricanant à ces reportages Jean-Pierre Pernesques plein de parents niais les larmes aux yeux qui n’arrivaient pas à laisser leur enfant à l’école. Le genre de truc qui risque pas de me tomber dessus, tellement 4 mois de congé maternité avec ma glue m’ont asphyxié. Nan, ça, ça risque pas de m’arriver.

L’école, çe fera du bien à tout le monde, ça ne m’inquiète pas du tout, et Tétarde est enthousiaste. Je ne travaille pas, je pourrais l’accompagner sans soucis, et même profiter d’un peu de temps pour moi.

Alors bon, c’est quoi cette nervosité, cette tension là depuis quelques jours ? Fin de l’été, fin du congé maternité, rentrée en maternelle pour Tétarde et chez SuperNounou pour la Squatteuse, l’Ours qui parle d’acheter une maison alors qu’il ne sait même pas où il va bosser dans 4 mois… et moi non plus d’ailleurs.

A l’insu de mon plein gré, me voilà angoissée, sans même savoir pourquoi. Comment est-ce qu’elle va s’habiller ? (avec des habits totalement décoordonnés qu’elle a choisi, absolument pas comme tu as prévu depuis 10 jours) Qu’est-ce qu’il faut amener ? (un sac, des chaussons, et ta fille surtout, le reste, on s’en fout) Où est-ce que je vais me garer ? (ben là où y’a de la place, on verra, pis on marchera s’il faut) Et la Squatteuse qu’a jamais pris un biberon comment je vais faire ? (ça tombe bien, t’as pas de boulot, la vie est bien faite, t’as le temps) Et la nounou, je lui dis quoi ? (la vérité, que tu sais pas exactement quand tu vas reprendre, et que tu t’excuses, et au pire tu lui payes une semaine de rab). Des prises de têtes inutiles sur des détails sans importance. La vie coule autour de moi, je n’arrive plus à la saisir.

 

J’étais au milieu du lac, à attendre de voir où le vent me porterait, où le courant me pousserait, persuadée que de toutes façons, le jour où il faudrait prendre des décisions, je n’aurais que l’embarras du choix. Et puis j’ai réalisais que je stagnais, sur mon lac d’huile. (Un lac d’huile, c’est comme une mer d’huile, sauf que c’est un lac en fait). Et que si je voulais avancer, il fallait ptet donner quelques coups de pagaie et PRENDRE DES DECISIONS. (Il est assez affligeant de voir que je me disais à peu près la même chose il ya 1 an 1/2)

 

« Le temps m’échappe et fuit »

 

Fin du congé maternité, et prise de conscience qu’avec mes 2 marmots et mon Ours migrateur, je ne peux plus continuer mes remplacements comme avant. Besoin de stabilité un peu. Oui mais c’est pas si simple. A regarder les autres pagayer et avancer, à garder des portes entrouvertes-sans-vraiment-les-ouvrir, je n’ai pas avancé moi.

Fin du congé maternité, et bilan tout aussi catastrophique que pour le premier niveau productivité. Les albums photos de la naissance de Tétarde ne sont toujours pas fait c’est pour dire.

Fin du congé maternité, fin des indemnités, et l’Ours qui regarde les annonces de maison à vendre parce-que-c’est-le-bon-moment-pour-acheter. Comment dire.

 

Il est temps d’arrêter d’avoir peur. Il est temps d’arrêter de regarder les autres avancer. Il est temps de pagayer et d’aller voir ailleurs.

 

« L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

 

Demain, je souffle un bon coup, j’emmène ma fille à l’école, et j’avance. Dans le brouillard peut être, je ne sais pas trop où ça me mènera, mais peu importe, je le découvrirai, et ça sera beau, dans tous les cas.

Ca y est, le sac à chaussons est prêt, la boule au ventre est partie.

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Billet écrit en brillante collaboration avec Alphonse.

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Le marmot baroudeur

Lorsque j’étais jeune (enfin encore plus que maintenant quoi), je me voyais devenir une grande aventurière.

Une baroudeuse voyageant enfants dans le sac à dos, sauvant le monde tout en faisant découvrir à mes rejetons tous les pays du monde afin qu’ils apprennent la VRAIE vie, loin du luxe et du superflu.

Quelques années plus tard, il a bien fallu revoir un peu la donne.

La baroudeuse a peur des araignées (et de manière générale de tout ce qui a plus de quatre pattes) ;  j’ai bien compris que je ne sauverai pas le monde étant donné que je ne sais MÊME PAS SOIGNER UN RHUME (et que de manière générale je suis un peu plus réaliste sur le faible interêt de mes compétences à l’étranger) ; j’ai admis que je ne pourrais pas visiter tous les pays du monde et que finalement ma campagne elle était bien jolie ; et j’ai réalisé que – bien que ça reste possible – vivre sans domicile fixe avec des enfants à l’étranger, c’était un peu plus compliqué que ça quand même. Et qu’un peu de superflu et un bon lit moelleux, c’est pas mal aussi des fois.

 

Ceci dit, on était bien décidé à rester des parents-trop-cool à l’arrivée de Tétarde. Hors de question de passer dans la catégorie des parents ringards-laisse-tomber-eux-on-les-voient-plus-depuis-qu’ils-ont-un-gosse. Faut dire, comme on a des faux nains, ça aide un peu. Notre vie a donc continué (presque) comme avant, et Tétarde a été trimballée de resto en soirées chez des potes, en passant par les matchs de hockey, le tout en roupillant comme une bienheureuse là où on daignait la poser.

Lors de son premier été, histoire de coller à l’image de la baroudeuse-trop-cool que j’espèrais encore avoir, j’ai embarqué tente, Ours et Tétarde pour des vraies vacances en camping, parce que c’est trop bucolique (et baroudeur).

Si le manger, le boire ou le lavage n’ont pas trop posé problème, nous rions encore jaune en repensant à la nuit (particulièrement pourrie) que nous avons passé. S’il était déjà un peu dur de partager l’espace avec l’Ours, c’était sans compter une Tétarde qui trouva l’expérience fort marrante et qui passa la soirée à nous grimper dessus, avant de s’endormir – épuisée par tant d’exercice – à la perpendiculaire des matelas. Le réveil par une couche (pleine) en plein dans la tronche reste l’apothéose de ces vacances aventurières.

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La Tétarde aime à se carapater cul nu pour se rouler dans les brindilles

 

Forts de cette formidable expérience, lorsqu’on nous a précisé pour la bringue de ce week end que « les chambres seraient réservées aux plus vieux, les autres c’est en tente » j’ai cru bon de préciser « par contre, on sera avec la Squatteuse…

– oui oui ok c’est cool, pas de soucis ! »

Heu bon ok, pas de soucis, si vous le dites. Dans les faits, dormir en tente avec la Squatteuse me paraissait faisable, mais le fait qu’on me l’impose me gênait un chouillat quand même. (Parce qu’en plus ça m’empêchait de sortir la carte « parent-trop-cool » et de proposer moi même l’alternative champêtre)

Si notre tente possède l’option aérations-spécial-odeurs-et-transpiration-d’Ours, on n’a pas le lit bébé intégré. Il a vite paru évident que si nous voulions éviter que la Squatteuse finisse (liste non exhaustive)

– coincée sous un matelas

– enroulée dans un sac de couchage

– catapultée à travers la tente lorsque l’Ours se retournera sur le matelas pneumatique

il fallait qu’elle dorme dans sa nacelle. Ca tombe bien, la Squatteuse est pile poil assez petite pour tenir encore dedans, et pile poil assez grande pour avoir accumulé suffisamment de réserves pour résister au froid, et tenir la nuit sans chialer. Bon. Pour une nuit, ça devrait le faire.

Grand geste, on nous permit alors d’échanger nos tentes, afin de pouvoir profiter d’une tente familale, avec un joli salon où entreposer le fardeau marmot.

Bref, on était au taquet. Presque enthousiastes. Presque.

 

Cependant, lorsque une tempête orageuse s’est abbatu sur nous la veille, j’ai commencé à la sentir beaucoup moins bien, cette nuit en tente. Et même si la pluie s’est arrêté, la température a commencé à descendre un peu trop pour que nous restions des parents hyper cool.

Seule multi au milieu d’un groupe de nulli, j’ai donc passé la soirée à écouter ces joyeux trentenaires raconter comment c’était trop bien de ne pas avoir d’enfant, que cotoyer des parents ne faisait que renforcer leur décision, et qu’au moins ils pouvaient se pinter la tronche au Jet 27 tranquille. Dont acte.

Pendant ce temps, j’empilais petit à petit les épaisseurs sur la Squatteuse tout en sirotant un bon verre de Pommard, et en lançant régulièrement quelques « quand même j’appréhende un peu la nuit sous la tente avec la petite là… » ou encore « on va ptet mettre les matelas dans le garage il fera ptet plus chaud…? » ce à quoi on me répondait par quelques hochements de tête condescendants.

Si la plupart faignaient (ou ne faignaient pas d’ailleurs) l’indifférence totale, quelques heureux locataires de chambre poussaient même l’hypocrisie jusqu’à demander d’un air inquiet – voire réprobateur – si on ne craignaient quand même pas trop qu’elle ait froid.

« Ben si… »

Et voilà. Si inquiets qu’aucun ne nous a proposé de nous laisser de la place au chaud vous pensez bien.

Lorsque nous nous sommes retirés dans nos – frais – quartiers, la Squatteuse déjà couverte de body-chaussettes-pyjama-gilet-turbulette en polaire a eu le droit a un nouvel empilage de nos vêtements et même – au point où on en est – des serviettes de toilettes.

J’ai moi même enfilé des chaussettes avec mon pyjama, c’est dire s’il faisait frisquet pour que j’en arrive à cette extrémité.

Au final, nous avons visiblement eu plus froid que la Squatteuse, qui n’a semblé se rafraîchir qu’au niveau de ce qui dépassait de son mille-feuille de tissus, à savoir une main et un nez – à peu près.

 

Si au petit matin il y avait déjà comme un malaise, il s’est carrément coincé en travers de la gorge lorsque nous avons découvert que l’amie organisatrice qui devait partager la tente avec nous, avait finalement échoué dans un lit d’appoint dans le bureau (« heu si on a eu froid, et toi ça va ? – heu… oui… mais y’avait qu’un lit une place de toute façon… ») et que la priopriétaire des lieux à osé nous lancé innoncemment au petit déjeuner « on aurait dû vous installer dans la mezzanine avec la petite, vous auriez été mieux non ? »

 

NON TU CROIS ???!!

 

J’ai toujours pensé qu’avoir des enfants ne devaient pas nous empêcher de vivre. Mais entre ne pas s’empêcher de vivre, et vivre comme s’ils n’existaient pas, y’a quand même un fossé.

On peut barouder avec des marmots. Vraiment. Et c’est très sympa – malgré tout. C’est juste pas tout à fait pareil que de barouder sans marmots. Et ça demande QUAND MÊME quelques aménagements.

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Le Mâle nécessaire

 

 

 

La première fois que je l‘ai rencontré, nous n’avons pas été présenté. Faut dire ici, tout le monde le connaissait, il passait régulièrement alors ils n’ont pas forcément pensé à introduire la petite nouvelle. Pis sur le coup ils n’avaient sûrement pas que ça à faire. C’est dommage parce bon, à priori on travaillerait régulièrement ensemble. Enfin ensemble… c’est une façon de parler.

Alors j’ai observé le ballet qui suit son passage, de loin. Et puis, la curiosité étant la plus forte, lorsqu’on a annoncé sa venue, discrètement par la fenêtre. Il a perturbé tout le monde, parce qu’il était un peu passé sans prévenir cette fois là, surprenant son hôte en travers du lit, le bras tendu vers la sonnette.

Mise à part une légitime curiosité, sa recontre ne m’a pas perturbée plus que ça, et j’en étais la première surprise. Au final, ce qui m’a le plus étonnée, c’est qu’on ne m’en parle pas du tout. Remarque il n’est pas vraiment aimé en génaral, il a mauvaise réputation. Peut être qu’en n’en parlant pas ils espéraient ainsi ne pas avoir à faire à lui.

 

Mais tout le monde ne réagit pas aussi bien, je l’ai bien vu lorsque quelques années plus tard mon externe est restée prostrée dans l’ambulance qui nous ramenait vers l’hôpital. Il était passé, nous avions essayé de contre-carrer ses plans, mais en génaral il est plus fort que nous. Alors nous en avons parlé. C’est important d’en parler, parce que dans tous les cas, même si nous gagnons, ce n’est que partie remise.

Faut dire qu’il ne fait pas toujours dans la délicatesse. Si parfois il se contente d’un discret passage nocturne, ce coup-ci on a eu le droit à la corde, aux larmes, aux cris.

 

Et parfois il sort carrément le grand jeu.

 

Je ne suis plus externe, mais pas vraiment interne encore. « Faisant fonction » comme on dit : j’en ai les responsabilités, mais pas vraiment la paye. Et encore moins l’expérience (ceci dit, ça, même interne…) Heureusement cette fois-ci je suis accompagnée.
En entrant dans l’appartement, même le plus expérimenté avait de quoi être impressionné. Cette fois-ci, il a fait dans le tape-à-l’oeil. Comme dans un film, nous pouvons retracer le chemin parcouru en suivant les flaques de sang. Le lit, le sol de la chambre, le salon, et enfin le couloir où deux ambulanciers dépassés s’échignent à masser un coeur vide de sang, et un corps vide de vie. La jeune ambulancière couverte de sang lève un regard paniqué, horrifié et malgré tout soulagé en nous voyant arriver. Elle balbutie « on devait l’emmener à sa séance de dialyse… » Mon regard descend le long du bras de la vieille femme, où se situe justement la responsable : sa fistule artério-veineuse de dialyse. Un simple coup dessus sûrement. Une broutille. Une petite plaie. Une grande conséquence.

Nous rendons leur liberté aux ambulanciers, l’infirmière tente vainement d’enfoncer un cathéter dans ses veines applaties, je masse le coeur exsangue, mon collègue intube. Très vite, nous savons qu’il a gagné. Il était même probablement déjà reparti avant notre arrivée. Mais nous faisons quand même, à chaque fois. Pour être sûr d’avoir tout tenté déjà. Pour que la famille voient qu’on a tout tenté surtout et ait le temps d’accepter. Ces minutes hors du temps où savons déjà, mais où eux croient encore. Quelques dizaines de minutes où nous ne travaillons plus pour le patient, mais pour son entourage.

Et pour apprendre aussi.

« Qui veut essayer d’intuber ? » Flottement. Il n’y a pas de famille présente, la réanimation a cessée assez rapidement.

« Je comprend que cela vous choque, vous n’êtes pas obligés. »

Ma collègue externe se détourne. Moi je m’approche. Après tout il est là pour ça aussi. Déjà en deuxième année, lors des traditionnels travaux de dissection, il avait servi à notre apprentissage. J’en garde plus le souvenir d’un rite de passage traditionnel que d’un réel apprentissage ceci dit. Mais je suis sûre que cette dame n’a pas vu d’un mauvais oeil le fait que j’apprenne à intuber sur elle. Moi à sa place en tous cas, ça ne m’aurait pas dérangée.

 

A d’autres endroits, il fait tellement partie du quotidien que ses passages ne perturbent plus personne. Cette aide-soignante avec qui j’ai travaillé en EHPAD a repéré qu’il était venu simplement en entrouvrant la porte. Le médecin venu officialiser son passage n’en a pas fait plus, ce qui m’a laissé perplexe. En tant que médecin, je serai peut être l’une des personne amenée à travailler le plus avec lui, et moi aussi j’aurai seule la responsabilité de décider si cette fois-ci il avait bel et bien fait son boulot. Ne fallait-il pas y mettre un peu plus les formes ? Au final, je dois travailler contre lui me dit-on, je dois le connaître, connaître ses projets, ses ruses, sauf que personne ne m’apprend à le reconnaître et comment agir lorsqu’il est là.

 

Par la suite j’ai appris à le cotoyer sans problème. On ne peut pas franchement dire que nous avons les mêmes buts, mais il est là, et je dois faire avec. Et parfois, il doit faire avec moi. Comme de toutes façons, sa visite est inéluctable, autant bien la préparer. Après tout, il ne passe qu’une fois, alors autant que ça soit réussi.

Lorsque sa venue semble probable, je la prépare, je l’annonce. Parfois je lui concocte quelques petites douceurs, pour que ça se passe au mieux. Parfois tout ça ne suffit pas, comme cette fois où le SMUR est intervenu auprès de ce vieillard dans sa maison de retraite parce qu’il faisait « des pauses pendant son sommeil ». Quoi de mieux ? Pourquoi avoir appelé ? Sa famille, malgré son grand âge, ne semblait pas avoir envisagé la situation, et a demandé son transfert à l’hôpital. Ma foi, il est venu quand même, sauf que ça devait être sûrement moins agréable.

Et puis après, je note les signes de son passage, je prend mon temps, je respecte son boulot, je lui dois bien ça quand même. Je m’installe tranquillement à table, je m’applique. Ce sont ces papiers bleus qui sont le seul signe concret de notre lien, à lui et à moi, alors je les remplis concenscieusement.

 

Cela ne me gêne pas, de bosser avec lui. Parfois même je suis contente quand il passe. On pourrait presque dire que c’est un vieux pote. Il faut apprendre à le connaître, apprendre grâce à lui, apprendre à bosser avec lui. Et puis apprendre à parler de lui, sans tabou, aux enfants – que ça soit pour papy ou pour le poisson rouge – aux patients, à leurs famille. Parce que merde, il fait son boulot c’est tout, c’est pas un mauvais bougre.

Sauf que bon, pour l’instant, j’ai pas trop envie qu’il vienne bosser par chez moi.

 

Oui « il », parce qu’il paraît que la mort est un Mâle. Un Mâle nécessaire.

 

 

 

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Marre-mots #5

« Rhaaaaa Tétarde arrête de parler tout le temps c’est fatiguant !!!

Un peu de silence des fois c’est possible ??!

– Heu non. »

 

Ben au moins c’est clair.

 

« En fait Maman t’as deux filles : une qui parle pas et une qui parle trop. »

 

Ouais en fait c’est ça.

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Marre-mots #4

« Tétarde, mange pas trop de chocolat, c’est pas bon pour ton ventre ! »

Moment d’intense réflexion.

 

« Oui, mais c’est bon pour ma bouche alors. »

 

Dans ce cas…

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