Archives quotidiennes : 11 juillet 2016

Care is not benevolence

Ce qui se conçoit bien en anglais s’énonce mal en français et les mots pour le dire viennent difficilement
La bienveillance est étymologiquement « le vouloir du bien ». Le principe d’aimer son prochain est présent dans toutes les religions, enfin celles… Continuer la lecture

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Jour vingt. Motif : Divers.

Jour vingt

Motif : Divers

Je savais que ça finirait par arriver. Je suis devant mon écran et je ne sais pas ce que j’ai fait aujourd’hui. Ou plutôt : j’ai eu tellement de consultations que tout se mélange. En émergent des images, déprimantes ou rassurantes.

L’euthanasie d’un boxer. Est-ce qu’il y a quelque chose de plus anormal que l’euthanasie d’un boxer ? Je veux dire : une euthanasie, ce n’est jamais un moment facile. Je vous en ai assez parlé comme ça. Mais lui… je veux dire, un bobox, c’est l’incarnation de la vie dans tout ce qu’elle a de joyeux, de stupide, d’absurde, d’incongru, et d’inarrêtable. Et puis… sa maladie. Il y a des maladies qu’on n’arrête pas. Celle-ci fut brutale, laide, et fatale.

Il y a eu Minet, aussi, qui est venu pour son contrôle, qui sautait partout en arrivant (comme un boxer !), et dont le propriétaire, très souriant, m’a raconté la résurrection au fil de la semaine écoulée. Il a avec délice consacré une bonne minute à m’expliquer comment Minet prenait le pot du yaourt de son épouse entre ses dents, l’amenait dehors, le lançait en l’air pour le rattraper, une fois, deux fois, jusqu’à ce qu’il le fasse tomber, mais sans jamais l’abîmer. Et puis, une fois qu’il l’avait échappé, comment il le mettait à mort avec force grognements, bonds et aboiements, pour, finalement, laisser son cadavre défait sur la terrasse. Abandonné. J’ai reposé mon stéthoscope à droite, en haut, sur le cercle de l’hypochondre. Je n’ai rien entendu. J’ai fermé les portes, les fenêtres, réajusté mes bouchons d’oreille : plus rien. Un murmure vésiculaire. Sur la radio, plus rien non plus. On finit le traitement, en espérant que rien ne bougera.

Il y a eu cette chienne que j’en envoyé en urgence chez des confrères pour un scanner et une probable prise en charge chirurgicale. Hernie discale. Ce chat avec cet abcès sur l’avant-bras, dont je me demande s’il ne finira pas en chirurgie.

Je suis devant mon écran et je déroule le fil de la journée, je démêle la pelote en tirant sur des fils, des émotions, des sourires et des larmes, de la frustration, de la colère aussi. Il y a eu tous les coups de fil, aussi. Il y a eu ce chien de chasse qui a refait une crise d’épilepsie après une première alerte il y a deux mois.

Il y a eu ceux qui sont venus sans rendez-vous. Celui que j’ai gentiment mais fermement renvoyé chez lui ce matin pour mieux le recevoir cet après-midi avec cette plaie qui traînait depuis quelques jours et cicatrisait mal, malgré la pommade et les désinfectants. Il y a eu ce colley que j’ai pu recevoir entre deux, ça ne tombait pas trop mal, pour un hot spot. Un eczéma suintant suraigu : une plaque hyper-inflammatoire, très prurigineuse, très douloureuse, d’apparition très brutale et qui rend certains chiens fous de douleur, mais qui guérira aussi vite qu’elle est apparue, à condition qu’on s’en donne les moyens. Il y a eu le chat pour lequel le contrôle urinaire était prévu depuis quinze jours, et qui a réussi à venir sans rendez-vous : « ben, comme on avait dit quinze jours ». Oui, certes, mais bon, allez, venez par là. J’ai pris le chat sur les genoux, je l’ai caressé et rassuré. J’ai éteint la lumière, j’ai allumé l’échographe, je l’ai mis sur le dos, calé entre mes cuisses, j’ai continué à le caresser en lui chuchotant des phrases dénuées de sens. Tandis qu’il ronronnait, j’ai posé la sonde de l’échographe sur sa vessie, contrôlé l’image parfaite de sa paroi vésicale, planté mon aiguille droit dans son abdomen, aspiré cinq millilitres d’urine puis reposé ma seringue, mon aiguille et ma sonde, sans qu’il ait jamais cessé de ronronner.

Il y avait des vaccins. Deux adultes, ou trois. Un chat, dont la propriétaire était ravie d’apprendre l’existence de nouveaux protocoles vaccinaux, un chien, un setter, qui a cherché à s’enterrer sous la table de consultation. Il y a eu un lapin, aussi. Tous en parfaite santé. Un chaton, que sa propriétaire ne veut pas vacciner, ni castrer, mais qui veut le protéger quand même contre la leucose et le typhus. Et elle ne veut pas qu’il se bagarre et court les minettes. Elle veut le traiter contre les puces, et le vermifuger, mais, est-ce possible sans médicament ? Une demi-heure de discussion, de conseils d’éducation, d’alimentation, un vermifuge, un anti-puces, et la semaine prochaine, on le vaccinera, si j’ai réussi, sans la contraindre, à la convaincre. Il y a eu un chiot, aussi, dont le propriétaire n’était pas beaucoup plus motivé pour vacciner. Première rencontre, premier contact, nous avons beaucoup discuté, et je l’ai vermifugé. Lui aussi, je crois l’avoir convaincu. Sans doute parce que… parce que… je ne sais pas. Je crois les avoir bien informés, sans promettre de miracle, avec des faits, sans jugement sur leurs a priori. Sans les forcer, sans les culpabiliser. Avec du temps.

J’ai vu beaucoup, beaucoup d’animaux défiler. Je crois avoir à peu près retrouvé le fil de ma journée, mais je ne sais pas de quoi vous parler.

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Jour vingt. Motif : Divers.

Jour vingt

Motif : Divers

Je savais que ça finirait par arriver. Je suis devant mon écran et je ne sais pas ce que j’ai fait aujourd’hui. Ou plutôt : j’ai eu tellement de consultations que tout se mélange. En émergent des images, déprimantes ou rassurantes.

L’euthanasie d’un boxer. Est-ce qu’il y a quelque chose de plus anormal que l’euthanasie d’un boxer ? Je veux dire : une euthanasie, ce n’est jamais un moment facile. Je vous en ai assez parlé comme ça. Mais lui… je veux dire, un bobox, c’est l’incarnation de la vie dans tout ce qu’elle a de joyeux, de stupide, d’absurde, d’incongru, et d’inarrêtable. Et puis… sa maladie. Il y a des maladies qu’on n’arrête pas. Celle-ci fut brutale, laide, et fatale.

Il y a eu Minet, aussi, qui est venu pour son contrôle, qui sautait partout en arrivant (comme un boxer !), et dont le propriétaire, très souriant, m’a raconté la résurrection au fil de la semaine écoulée. Il a avec délice consacré une bonne minute à m’expliquer comment Minet prenait le pot du yaourt de son épouse entre ses dents, l’amenait dehors, le lançait en l’air pour le rattraper, une fois, deux fois, jusqu’à ce qu’il le fasse tomber, mais sans jamais l’abîmer. Et puis, une fois qu’il l’avait échappé, comment il le mettait à mort avec force grognements, bonds et aboiements, pour, finalement, laisser son cadavre défait sur la terrasse. Abandonné. J’ai reposé mon stéthoscope à droite, en haut, sur le cercle de l’hypochondre. Je n’ai rien entendu. J’ai fermé les portes, les fenêtres, réajusté mes bouchons d’oreille : plus rien. Un murmure vésiculaire. Sur la radio, plus rien non plus. On finit le traitement, en espérant que rien ne bougera.

Il y a eu cette chienne que j’en envoyé en urgence chez des confrères pour un scanner et une probable prise en charge chirurgicale. Hernie discale. Ce chat avec cet abcès sur l’avant-bras, dont je me demande s’il ne finira pas en chirurgie.

Je suis devant mon écran et je déroule le fil de la journée, je démêle la pelote en tirant sur des fils, des émotions, des sourires et des larmes, de la frustration, de la colère aussi. Il y a eu tous les coups de fil, aussi. Il y a eu ce chien de chasse qui a refait une crise d’épilepsie après une première alerte il y a deux mois.

Il y a eu ceux qui sont venus sans rendez-vous. Celui que j’ai gentiment mais fermement renvoyé chez lui ce matin pour mieux le recevoir cet après-midi avec cette plaie qui traînait depuis quelques jours et cicatrisait mal, malgré la pommade et les désinfectants. Il y a eu ce colley que j’ai pu recevoir entre deux, ça ne tombait pas trop mal, pour un hot spot. Un eczéma suintant suraigu : une plaque hyper-inflammatoire, très prurigineuse, très douloureuse, d’apparition très brutale et qui rend certains chiens fous de douleur, mais qui guérira aussi vite qu’elle est apparue, à condition qu’on s’en donne les moyens. Il y a eu le chat pour lequel le contrôle urinaire était prévu depuis quinze jours, et qui a réussi à venir sans rendez-vous : « ben, comme on avait dit quinze jours ». Oui, certes, mais bon, allez, venez par là. J’ai pris le chat sur les genoux, je l’ai caressé et rassuré. J’ai éteint la lumière, j’ai allumé l’échographe, je l’ai mis sur le dos, calé entre mes cuisses, j’ai continué à le caresser en lui chuchotant des phrases dénuées de sens. Tandis qu’il ronronnait, j’ai posé la sonde de l’échographe sur sa vessie, contrôlé l’image parfaite de sa paroi vésicale, planté mon aiguille droit dans son abdomen, aspiré cinq millilitres d’urine puis reposé ma seringue, mon aiguille et ma sonde, sans qu’il ait jamais cessé de ronronner.

Il y avait des vaccins. Deux adultes, ou trois. Un chat, dont la propriétaire était ravie d’apprendre l’existence de nouveaux protocoles vaccinaux, un chien, un setter, qui a cherché à s’enterrer sous la table de consultation. Il y a eu un lapin, aussi. Tous en parfaite santé. Un chaton, que sa propriétaire ne veut pas vacciner, ni castrer, mais qui veut le protéger quand même contre la leucose et le typhus. Et elle ne veut pas qu’il se bagarre et court les minettes. Elle veut le traiter contre les puces, et le vermifuger, mais, est-ce possible sans médicament ? Une demi-heure de discussion, de conseils d’éducation, d’alimentation, un vermifuge, un anti-puces, et la semaine prochaine, on le vaccinera, si j’ai réussi, sans la contraindre, à la convaincre. Il y a eu un chiot, aussi, dont le propriétaire n’était pas beaucoup plus motivé pour vacciner. Première rencontre, premier contact, nous avons beaucoup discuté, et je l’ai vermifugé. Lui aussi, je crois l’avoir convaincu. Sans doute parce que… parce que… je ne sais pas. Je crois les avoir bien informés, sans promettre de miracle, avec des faits, sans jugement sur leurs a priori. Sans les forcer, sans les culpabiliser. Avec du temps.

J’ai vu beaucoup, beaucoup d’animaux défiler. Je crois avoir à peu près retrouvé le fil de ma journée, mais je ne sais pas de quoi vous parler.

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Je savais que ça finirait par arriver. Je suis devant mon écran et je ne sais pas ce que j’ai fait aujourd’hui. Ou plutôt : j’ai eu tellement de consultations que tout se mélange. En émergent des images, déprimantes ou rassurantes.

L’euthanasie d’un boxer. Est-ce qu’il y a quelque chose de plus anormal que l’euthanasie d’un boxer ? Je veux dire : une euthanasie, ce n’est jamais un moment facile. Je vous en ai assez parlé comme ça. Mais lui… je veux dire, un bobox, c’est l’incarnation de la vie dans tout ce qu’elle a de joyeux, de stupide, d’absurde, d’incongru, et d’inarrêtable. Et puis… sa maladie. Il y a des maladies qu’on n’arrête pas. Celle-ci fut brutale, laide, et fatale.

Il y a eu Minet, aussi, qui est venu pour son contrôle, qui sautait partout en arrivant (comme un boxer !), et dont le propriétaire, très souriant, m’a raconté la résurrection au fil de la semaine écoulée. Il a avec délice consacré une bonne minute à m’expliquer comment Minet prenait le pot du yaourt de son épouse entre ses dents, l’amenait dehors, le lançait en l’air pour le rattraper, une fois, deux fois, jusqu’à ce qu’il le fasse tomber, mais sans jamais l’abîmer. Et puis, une fois qu’il l’avait échappé, comment il le mettait à mort avec force grognements, bonds et aboiements, pour, finalement, laisser son cadavre défait sur la terrasse. Abandonné. J’ai reposé mon stéthoscope à droite, en haut, sur le cercle de l’hypochondre. Je n’ai rien entendu. J’ai fermé les portes, les fenêtres, réajusté mes bouchons d’oreille : plus rien. Un murmure vésiculaire. Sur la radio, plus rien non plus. On finit le traitement, en espérant que rien ne bougera.

Il y a eu cette chienne que j’en envoyé en urgence chez des confrères pour un scanner et une probable prise en charge chirurgicale. Hernie discale. Ce chat avec cet abcès sur l’avant-bras, dont je me demande s’il ne finira pas en chirurgie.

Je suis devant mon écran et je déroule le fil de la journée, je démêle la pelote en tirant sur des fils, des émotions, des sourires et des larmes, de la frustration, de la colère aussi. Il y a eu tous les coups de fil, aussi. Il y a eu ce chien de chasse qui a refait une crise d’épilepsie après une première alerte il y a deux mois.

Il y a eu ceux qui sont venus sans rendez-vous. Celui que j’ai gentiment mais fermement renvoyé chez lui ce matin pour mieux le recevoir cet après-midi avec cette plaie qui traînait depuis quelques jours et cicatrisait mal, malgré la pommade et les désinfectants. Il y a eu ce colley que j’ai pu recevoir entre deux, ça ne tombait pas trop mal, pour un hot spot. Un eczéma suintant suraigu : une plaque hyper-inflammatoire, très prurigineuse, très douloureuse, d’apparition très brutale et qui rend certains chiens fous de douleur, mais qui guérira aussi vite qu’elle est apparue, à condition qu’on s’en donne les moyens. Il y a eu le chat pour lequel le contrôle urinaire était prévu depuis quinze jours, et qui a réussi à venir sans rendez-vous : « ben, comme on avait dit quinze jours ». Oui, certes, mais bon, allez, venez par là. J’ai pris le chat sur les genoux, je l’ai caressé et rassuré. J’ai éteint la lumière, j’ai allumé l’échographe, je l’ai mis sur le dos, calé entre mes cuisses, j’ai continué à le caresser en lui chuchotant des phrases dénuées de sens. Tandis qu’il ronronnait, j’ai posé la sonde de l’échographe sur sa vessie, contrôlé l’image parfaite de sa paroi vésicale, planté mon aiguille droit dans son abdomen, aspiré cinq millilitres d’urine puis reposé ma seringue, mon aiguille et ma sonde, sans qu’il ait jamais cessé de ronronner.

Il y avait des vaccins. Deux adultes, ou trois. Un chat, dont la propriétaire était ravie d’apprendre l’existence de nouveaux protocoles vaccinaux, un chien, un setter, qui a cherché à s’enterrer sous la table de consultation. Il y a eu un lapin, aussi. Tous en parfaite santé. Un chaton, que sa propriétaire ne veut pas vacciner, ni castrer, mais qui veut le protéger quand même contre la leucose et le typhus. Et elle ne veut pas qu’il se bagarre et court les minettes. Elle veut le traiter contre les puces, et le vermifuger, mais, est-ce possible sans médicament ? Une demi-heure de discussion, de conseils d’éducation, d’alimentation, un vermifuge, un anti-puces, et la semaine prochaine, on le vaccinera, si j’ai réussi, sans la contraindre, à la convaincre. Il y a eu un chiot, aussi, dont le propriétaire n’était pas beaucoup plus motivé pour vacciner. Première rencontre, premier contact, nous avons beaucoup discuté, et je l’ai vermifugé. Lui aussi, je crois l’avoir convaincu. Sans doute parce que… parce que… je ne sais pas. Je crois les avoir bien informés, sans promettre de miracle, avec des faits, sans jugement sur leurs a priori. Sans les forcer, sans les culpabiliser. Avec du temps.

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La pensée médicale est boiteuse
 LEM 971

Lettre d’Expression médicale
LEM n° 971 sur Exmed
11 juillet 2016

                            

                         La pensée médicale est boiteuse
                     
                             Docteur François-Marie Michaut

Pour tout vous dire, j’ai hésité à baptiser cette lettre : updatons nous les uns les autres. La proposition d’utiliser de façon un peu provocatrice quelque chose ressemblant à une mise à jour de ces chers écrans ( sans nous identifier à ces machines pour autant) est de l’ordre du remède pour éradiquer certains de nos beugues. Pas si vite. En saine médecine, il faut d’abord un diagnostic pour prétendre soigner.
Quand le déroulement des années permet de prendre du recul sans courir aucun risque, il est naturel de tenter d’en profiter, et aucunement interdit d’en parler publiquement. La pensée médicale, c’est à dire la façon dont les sociétés, des plus archaïques aux plus dans l’air du temps, comprennent ce qu’est la maladie, est une aventure majeure, et riche en enseignements de la culture humaine. Dominique Lecourt, dans un gros ouvrage collectif en a fait un dictionnaire : La pensée médicale.
Fort bien, mais l’accumulation encyclopédique de tous les détails de notre passé donne-t-elle une clé de compréhension de l’état actuel de cette pensée médicale ? Hélas, maudit soit René Descartes, diviser à l’infini la connaissance pour mieux la maîtriser est aussi illusoire que de réduire la pratique de la médecine générale à un feuilleté condensé de ce que font, chacun dans leur domaine, les multiples spécialistes de la santé (1). Les systémiciens nous l’affirment : un système est bien plus, et d’une autre nature, que la somme des éléments dont il est constitué.

En gros, chez nous, jusqu’au 17ème siècle, disons Galilée pour simplifier, tout semblait clair. La vision religieuse faisait de toute maladie une punition divine directe, ou indirecte, à nos péchés. La faute originelle, tout comme la possession diabolique avaient le dos large. C’était d’ailleurs tellement évident que la pratique médicale, longtemps exercée par les moines, était réservée aux seuls clercs. Avec l’interdiction jusqu’au temps de Molière de contracter mariage qui allait avec.
Peu à peu, christianisme et science se sont perçus comme des ennemis irréductibles. Au point que la science, comme la médecine, se sont considérées comme la seule vraie et unique religion de la modernité, dans le sillage du positivisme d’Auguste Comte.
La querelle entre les religieux et les scientifiques ne s’est jamais éteinte, les excommunications réciproques ont fait flores. La société, poussée par la fièvre consumériste, a été séduite par les prouesses des techniques. Les confondant d’ailleurs régulièrement avec les sciences. Le mythe du progrès, rejetant au musée les anciennes croyances, a conduit à un matérialisme pur et dur. Seul a de l’importance ce qui se voit, ce qui se mesure, ce qui rapporte de l’argent. Tout le reste n’est que le produit sans aucune réalité d’esprits à la Don Quichotte, qui ne méritent que la dérision aux yeux des gens « ayant les pieds sur terre».

N’empêche que la médecine n’a pas du tout les pieds sur terre. Deux exemples.
– Nous revendiquons, avec les neurosciences, une certaine connaissance de ce qui est de l’activité cérébrale. Certes les aspects structurels, et physiologiques sont de mieux en mieux connus avec le secours des techniques d’imagerie et les apports de la biochimie et de la génétique.
Mais il manque l’essentiel. Comment nait la pensée humaine ? Où et comment se créent, puis se modifient subtilement, ce que nous nommons notre mémoire et notre conscience ? Nous avons beau regarder de tous les côtés de ce qui nous sert de corps, il n’est nulle structure qui est reconnue remplir de telles fonctions. Les mécanismes bien connus de transmission des influx nerveux cachent notre ignorance de ce qui les met en route ou les inhibe. Pas l’ombre de quelque chose de non matériel, genre cloud de nos ordinateurs, qui aurait comme fonction d’engranger pour notre compte les masses d’informations sans lesquelles rien ne peut être.
– Nous plaçons tout ce qui est capable de mouvoir notre corps du côté de l’univers macroscopique géré par la seule physique héritée de la relativité générale d’Einstein. Comme s’il existait en nous une frontière, l’infiniment petit, celui des constituants de l’atome, n’aurait aucune action sur nous ? Nous serions mystérieusement « quantiques-proof» ? L’histoire bien connue des expérimentateurs qui , par leur seule présence, modifient la réalité observée, ne concernerait pas les blouses blanches ? Nous ne serions pas contitués, in fine, des mêmes atomes que le reste du vivant ou de l’organique ? Obsédée par sa recherche constante, pour ne pas dire obsessionnelle, des détails de notre corps si complexe, la pensée médicale en vient à négliger de s’interroger sur ce qui la fait boiter dans sa façon de comprendre le réel sans laisser de zones interdites. Tout le monde, sans en avoir obligatoirement une claire conscience, souffre de ces incohérences ancrées dans des croyances dogmatiques..
La fascination populaire, souvent bien légitime, devant les prouesses techniques attribuées à un «progrès médical» estimé sans limite, ne saurait indéfiniment perdurer. La connaissance n’est plus, et tant mieux, un territoire réservé à une élite triée sur le volet.

Note de l’auteur:

(1) D’où l’impossibilité de former des jeunes généralistes de qualité. L’enseignement n’est assuré, en France, que – pratiquement- par des médecins spécialistes n’ayant jamais quitté les hôpitaux. Quant à la recherche en Médecine générale, cette spécificité n’étant chez nous que virtuelle, elle manque dramatiquement de moyens.
   
 

 Os Court :

 «  Penser est difficile, c’est pourquoi  la plupart se font juges.»

         Carl Gustav Jung
            
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 LEM 971

Notre pierre angulaire CO 11-14 juillet

Notre pierre angulaire LEM 971

De génération en génération, comme animés par un zèle plus religieux que rationnel, les cerveaux médicaux, malgré leurs immenses et indéniables qualités inventives, sont parvenus à un point critique. Ils se heurtent à des contradictions de plus en plus difficiles à vivre qui les ligotent devant tous les pouvoirs en les condamnant à un utilitarisme sans vision d’ensemble cohérente. Ce n’est le procès, bien inutile, de quiconque. 

Oui, le sujet ne respire pas la franche rigolade estivale. Est-il cependant un moment plus propice dans l’année pour s’offrir le luxe, et le temps, de réfléchir pour son propre compte.

Bonne lecture de la
LEM 971 : La pensée médicale est boiteuse.
www.exmed.org/archives16/circu971.html

F-M Michaut CO d’Exmed 11-14 juillet 2016 Continuer la lecture

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Euro 2016 du pantouflage : José Manuel Baroso (Portugal) rencontre Claude Evin (France)

Bonjour Aux frontières de l’indécence. Il y avait eu, le matin, ce mot prophétique d’une volaillère sous les Halles de Tours : « J’ai peur: ce soir la France pourrait bien être en deuil ». Comment mieux dire un pays dont les mots perdent leur sens ?  La France en deuil ? En demi-deuil ?Et ce matin, unanime, la presse […] Continuer la lecture

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Comment se convaincre que l’on a commis un crime ?

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 Gudjon Skarphedinsson. BBC News

 

Cette histoire est authentique. Elle s’est déroulée en Islande et fait froid dans le dos. Non à cause du climat qui y règne, mais parce qu’elle analyse les facteurs clés qui peuvent conduire une personne, même « saine, intellectuellement capable et éduquée », mais vulnérable, à sérieusement douter de sa mémoire, jusqu’à croire qu’elle s’est rendue coupable d’un meurtre ! C’est l’horrible cauchemar qu’a vécu un Islandais en 1974. Au terme d’une détention provisoire de 25 mois, cet homme passera encore 12 ans en prison.

Tout commence par la disparition, aussi soudaine que mystérieuse, d’un ouvrier de

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Tout publier pour diminuer les gaspillages en recherche : « RIO Journal » mérite attention, car ce modèle innove… mais quelle pérennité ?

Les revues changent vite. Le vieux modèle du numéro mensuel sur abonnement est totalement dépassé. La recherche d’information ne consiste plus à lire des sommaires de revues. La période de l’électronique a vu la création de très nombreuses revues, que ce soient les groupes BMC, PLOS, Frontiers et autres, y compris les nombreuses mégarevues s’inspirant de PLOS ONE. De nouveaux… Continuer la lecture

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