Archives quotidiennes : 3 juillet 2016

Dragi Webdo n°104: hyperaldostéronisme primaire (reco), IDM silencieux, santé étudiants, Lyme (HCSP)

Bonsoir à tous! C’est sur cette large victoire de l’équipe de France de football que je me mets tardivement à rédiger ce Dragi Webdo. On voit que l’été approche, les articles se font plus rares ou bien c’est moi qui fatigue peut être. Ce sera donc le Dragi Webdo d’avant mes deux mois de répit estivaux. Ma veille bibliographique reprendra en septembre (puis si y’a un article monstrueux qui est sorti dans l’intervalle, je ne manquerai pas d’en parler!)

1/ Cardiovasculaire:

La société d’endocrinologie et la société française d’HTA ont publié des recommandations sur l’hyperaldostéronisme primaire. Du point de vue du généraliste, il faut noter les circonstances devant faire rechercher cet hyperaldostéronisme:
– HTA sévère (>180/110)
– HTA résistante (sous trithérapie comprenant un thiazique: indapamide quelque soit la dose ou hdrochlorothiazide à 25mg)
– une hypokaliémie spontanée OU ASSOCIÉE à la prise d’un diurétique
– une HTA avec un incidentalome surrénalien
– une HTA avec un retentissement organique disproportionné par rapport au niveau d’HTA.
Pour que les dosages de rénine/aldostérone soient valables, il faut que les diurétiques, les IEC/ARA-II, les inhibiteurs directs du SRA, les bêta bloquants et les AINS aient été arrêtés depuis 2 semaines et depuis 6 semaines pour les diurétiques d’épargne potassiques. On peut utiliser les autres antihypertenseurs et les centraux pour contrôler la tension avant le bilan (sauf la clonidine qui intervient également). Comme s’il y a un problème, le centre spécialisé refera les dosages, j’avoue être assez partisan d’adresser sans  faire les dosages en ambulatoire avant.

Un article a étudié les infarctus silencieux et retrouve dans une cohorte de patient que ces infarctus représentent 45% des infarctus (et seulement 17% concernaient des patients diabétiques) et étaient associés à une mortalité plus élevée (mais pas autant que les infarctus cliniques).

2/ Psychiatrie

 Je parlais de la santé mentale des étudiants en médecine il y a peu, et voilà les résultats de l’étude sur la santé des étudiants et jeunes médecins. 25% des étudiants déclaraient avoir un état de santé mauvais et 14% avaient déjà eu des idées suicidaires. Il semblerait que le 2ème cycle soit le moment le plus difficile à passer. Concernant le travail, 65% des internes travaillent plus de 40 heures par semaines. Les symptômes de burn-out étaient présent chez plus de 2/3 des étudiants également, notamment via l’épuisement émotionnel.

Coté patient cette fois ci, c’est le CNGE qui publie un communiqué pour l’amélioration des soins de prévention et de prise ne charge des patients ayant un risque de suicide ou ayant fait une tentative de suicide.

3/ Infectiologie

Enfin, le HCSP a publié un avis sur la maladie de Lyme et ses mode de transmissions en se focalisant particulièrement sur la grossesse. Il recommande notamment un traitement de 14 à 21 jours en cas de maladie de Lyme et la prescription d’une antibioprophylaxie en cas de piqures multiples en zone de forte endémie. Bref, rien de neuf par rapport à la conférence de consensus de 2006! Ah, si, il faut faire d’avantages d’études pour étudier les risques de transmission fœto-maternels et sexuels.

Voilà! Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de Coupe d’Europe de football, et à très bientôt pour de nouveaux billets (probablement sur ma toute récente installation ou sur des nouveaux jeux pour vous occuper en famille ou entre amis cet été)!

@Dr_Agibus

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L’histoire de David, 31 ans, qui avait son bac mais qui ne savait pas souffler dans un éthylomètre

Bonjour L’imprégnation alcoolique est un grand classique médiatique. Aiguë ou chronique, suspectée, ou établie, condamnée ou fantasmée elle fait parler, écrire, pleurer parfois. On la retrouve à toutes les pages des gazettes – sans oublier leurs publicités. Ces temps-ci on y incite, en pointillés verts de bière, dans les stades magnifiés de l’Euro 2016. On […] Continuer la lecture

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Trois coups de fil pendant la consultation. Un samedi.

Le samedi, après 11 heures et demi, je suis seul au cabinet. J’ai commencé mes rendez-vous à 8 heures trente, un patient par quart d’heure, et mon dernier patient, je le vois à 14 heures trente. Demi journée continue.
Dans l’intervalle il y a des appels filtrés par ma secrétaire parmi lesquels certains me sont passés, un résultat d’INR (conseil téléphonique), un muguet chez un nourrisson (conseil téléphonique), une prétendue otite chez un enfant (conseil téléphonique), et cetera. Sans oublier une erreur de date sur un arrêt de travail.
Je reçois ensuite, une fois la secrétaire partie, plusieurs appels dont trois que je vais détailler. 
Appel 1. (Une voix de femme) « Ma maman âgée est tombée à son domicile, son médecin traitant est absent le samedi. Est-ce que vous pouvez passer ? » J’explique à la dame que ce n’est pas de mon ressort. Je ne suis pas le médecin de garde. Il n’y a d’ailleurs pas de médecin de garde à 13 heures le samedi. Je l’interroge (et je vous rappelle que je suis en consultation, que j’ai un patient en face de moi, qui a pris rendez-vous, qui pourrait se fâcher que je réponde, longuement, au téléphone en sa présence…) et j’en conclus qu’il est possible, c’est une très vieille dame, qu’elle ait pu se casser quelque chose. « Vous avez deux solutions : soit, si elle peut se déplacer, vous la mettez dans votre voiture et vous l’emmenez aux urgences, soit vous appelez le 15. » Elle n’est pas contente que je ne passe pas.
Appel 2. « Est-ce que vous consultez cet après-midi ? – Vous ne vous êtes pas présentée… – Oui, je ne suis pas une malade du cabinet. Mon médecin est absent. – Qu’est-ce que vous avez ? – Ce n’est pas moi, c’est mon mari. – Ah… – Il a une angine. – Hum. Je n’ai pas de place. – Je fais comment ? – Vous lui donnez du paracetamol et vous appelez le 15 vers 19 heures trente afin que la personne de permanence vous donne le code pour aller à la Maison Médicale de Garde qui ouvre à 20 heures… – A 20 heures ? – Oui. – Mais il lui faut un médecin tout de suite. – Si c’est le cas, vous pouvez toujours aller aux urgences de l’hôpital. – Mais il y a trop de monde… – Je suis désolé mais je ne vois pas d’autre solution. – Merci docteur. »
Appel 3. « Allo, bonjour, est-ce que vous faites des visites à domicile cet après-midi ? – Non. Jamais. – Mais ma femme souffre énormément. – Vous êtes des patients du cabinet ? – Non, nous venons d’arriver dans la région. – Qu’est-ce qu’elle a, votre femme ? – Des douleurs de règles. – Des douleurs de règles ? Je ne pense qu’aucun médecin ne se déplacera pour des douleurs de règles un samedi après-midi. – Je ne vous demande pas de me juger, je vous demande si vous pouvez passer… – Non. – Mon ancien médecin passait, lui… – Ce n’est pas mon cas. Mais il y a des solutions. – Lesquelles ? – Eh bien, si elle a vraiment trop mal, les urgences, si elle peut attendre un peu la maison médicale de garde… – Mais je n’ai pas de moyen de transport. – Appelez un taxi. – Vous pourriez mieux me parler…  – Un médecin n’est pas un chauffeur de taxi. Bonne journée. »
J’ai essayé de faire court.
Imaginons maintenant les réactions.
Qui pourrait bien réagir ?
  1. Une association de patients.
  2. Une revue de consommateurs.
  3. Une association d’urgentistes.
  4. Un syndicat médical.
  5. Un journal grand public.
  6. Un blog citoyen.
  7. Un blog médical.
  8. Monsieur/Madame Tout le Monde
  9. Un homme/femme politique

Quelques éléments de langage et vous brassez.
  1. On peut mourir.
  2. Les inégalités de l’accès aux soins.
  3. Les médecins libéraux de ville ne font pas leur boulot.
  4. Le système de garde est déficient.
  5. Que fait le conseil de l’ordre des médecins ?
  6. Il devrait y avoir un système de garde de ville 24/24 et 7/7
  7. De mon temps…
  8. C’est un cas typique de refus de soins.
Des commentaires ?

Un peu de lecture : Des données sur l’inverse care law (LA) et un commentaire humoristique : ICI.

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Trois coups de fil pendant la consultation. Un samedi.

Le samedi, après 11 heures et demi, je suis seul au cabinet. J’ai commencé mes rendez-vous à 8 heures trente, un patient par quart d’heure, et mon dernier patient, je le vois à 14 heures trente. Demi journée continue.
Dans l’intervalle il y a des appels filtrés par ma secrétaire parmi lesquels certains me sont passés, un résultat d’INR (conseil téléphonique), un muguet chez un nourrisson (conseil téléphonique), une prétendue otite chez un enfant (conseil téléphonique), et cetera. Sans oublier une erreur de date sur un arrêt de travail.
Je reçois ensuite, une fois la secrétaire partie, plusieurs appels dont trois que je vais détailler. 
Appel 1. (Une voix de femme) « Ma maman âgée est tombée à son domicile, son médecin traitant est absent le samedi. Est-ce que vous pouvez passer ? » J’explique à la dame que ce n’est pas de mon ressort. Je ne suis pas le médecin de garde. Il n’y a d’ailleurs pas de médecin de garde à 13 heures le samedi. Je l’interroge (et je vous rappelle que je suis en consultation, que j’ai un patient en face de moi, qui a pris rendez-vous, qui pourrait se fâcher que je réponde, longuement, au téléphone en sa présence…) et j’en conclus qu’il est possible, c’est une très vieille dame, qu’elle ait pu se casser quelque chose. « Vous avez deux solutions : soit, si elle peut se déplacer, vous la mettez dans votre voiture et vous l’emmenez aux urgences, soit vous appelez le 15. » Elle n’est pas contente que je ne passe pas.
Appel 2. « Est-ce que vous consultez cet après-midi ? – Vous ne vous êtes pas présentée… – Oui, je ne suis pas une malade du cabinet. Mon médecin est absent. – Qu’est-ce que vous avez ? – Ce n’est pas moi, c’est mon mari. – Ah… – Il a une angine. – Hum. Je n’ai pas de place. – Je fais comment ? – Vous lui donnez du paracetamol et vous appelez le 15 vers 19 heures trente afin que la personne de permanence vous donne le code pour aller à la Maison Médicale de Garde qui ouvre à 20 heures… – A 20 heures ? – Oui. – Mais il lui faut un médecin tout de suite. – Si c’est le cas, vous pouvez toujours aller aux urgences de l’hôpital. – Mais il y a trop de monde… – Je suis désolé mais je ne vois pas d’autre solution. – Merci docteur. »
Appel 3. « Allo, bonjour, est-ce que vous faites des visites à domicile cet après-midi ? – Non. Jamais. – Mais ma femme souffre énormément. – Vous êtes des patients du cabinet ? – Non, nous venons d’arriver dans la région. – Qu’est-ce qu’elle a, votre femme ? – Des douleurs de règles. – Des douleurs de règles ? Je ne pense qu’aucun médecin ne se déplacera pour des douleurs de règles un samedi après-midi. – Je ne vous demande pas de me juger, je vous demande si vous pouvez passer… – Non. – Mon ancien médecin passait, lui… – Ce n’est pas mon cas. Mais il y a des solutions. – Lesquelles ? – Eh bien, si elle a vraiment trop mal, les urgences, si elle peut attendre un peu la maison médicale de garde… – Mais je n’ai pas de moyen de transport. – Appelez un taxi. – Vous pourriez mieux me parler…  – Un médecin n’est pas un chauffeur de taxi. Bonne journée. »
J’ai essayé de faire court.
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  1. Une association de patients.
  2. Une revue de consommateurs.
  3. Une association d’urgentistes.
  4. Un syndicat médical.
  5. Un journal grand public.
  6. Un blog citoyen.
  7. Un blog médical.
  8. Monsieur/Madame Tout le Monde
  9. Un homme/femme politique

Quelques éléments de langage et vous brassez.
  1. On peut mourir.
  2. Les inégalités de l’accès aux soins.
  3. Les médecins libéraux de ville ne font pas leur boulot.
  4. Le système de garde est déficient.
  5. Que fait le conseil de l’ordre des médecins ?
  6. Il devrait y avoir un système de garde de ville 24/24 et 7/7
  7. De mon temps…
  8. C’est un cas typique de refus de soins.
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Un peu de lecture : Des données sur l’inverse care law (LA) et un commentaire humoristique : ICI.

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PMA : feu vert de Hollande pour que les femmes homosexuelles puissent aller à l’étranger

Bonjour La France qui n’est pas en vacances découvre trois morts d’importance : le poète-traducteur Yves Bonnefoy, 93 ans ; Michel Rocard, 85 ans ; Elie Wiesel, 87 ans. Trois pages qui se tournent. Trois devoirs de mémoire loin des cérémonies oficielles. Vacances ou pas, des attentats suicides chaque jour, ou presque. A Istanbul avant-hier, au Bangladesh […] Continuer la lecture

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Bagarres, abcès, leucose féline et SIDA du chat

C’est le week-end, je ne travaille pas, du coup je vais en profiter pour répondre à une question du jour quatre, lorsque je précisais qu’en cas de bagarre et abcès chez les chats, le danger le plus important était de contracter la leucose féline ou le SIDA du chat.

Évacuons la problématique des abcès : comme je l’ai expliqué, ils sont fréquent lors des bagarres entre chats. Des phlegmons, ou de bonnes grosses boules purulentes qui finissent en général par percer après une phase fébrile, et qui peuvent guérir tout seuls, en laissant des cratères plus ou moins importants. C’est même l’évolution assez normale d’un abcès. Bien entendu, l’abcès peut-être placé à un endroit dangereux, près d’un œil, sous la gorge. Il peut aussi favoriser une septicémie, c’est à dire une diffusion des germes dans l’organisme, qui risquent de finir leur course dans un endroit hautement indésirable – les valvules cardiaques, pour choisir un exemple tristement classique. Sur un chat âgé, l’anorexie, la déshydratation, la fièvre peuvent précipiter une insuffisance rénale. Consulter un vétérinaire pour un abcès de chat n’est pas du tout une mauvaise idée, même si vous trouverez de nombreux exemples de guérison spontanée !

La leucose féline et le SIDA du chat sont malheureusement souvent associés aux bagarres et abcès, et souvent confondus tant ces maladies ont de points communs. Souvent associées ? Pour la leucose, en Amérique du Nord, une étude dépiste la leucose féline et ou le SIDA chez 19,3 % des chats présentés pour abcès ou plaies de morsure, la prévalence étant de l’ordre de 2-3 % de la population générale, en Amérique du Nord toujours.

Je ne vais pas vous ennuyer avec de la virologie pointue, mais pour faire simple : ces deux virus appartiennent à la catégorie des rétrovirus. Comme le SIDA chez l’homme, dont le SIDA du chat est un cousin (et un modèle d’étude). On les appelle, pour la leucose, FeLV (Feline Leukaemia Virus), et pour le SIDA du chat, FIV (Feline Immunodeficiency Virus).
Ces virus ont la capacité d’insérer leur code génétique dans l’ADN des globules blancs, les cellules de défense du corps (c’est très bien expliqué ici). A la suite d’un épisode fébrile plus ou moins marqué, pas du tout spécifique et qui peut facilement passer inaperçu, la maladie peut devenir invisible. Le chat se porte alors très bien… et peut vivre des années ainsi !

Ces virus se transmettent essentiellement par les morsures, mais, c’est une différence importante, la salive est nettement plus contaminante en cas de leucose que de SIDA. Ce sont toutes deux des maladies sexuellement transmissibles (MST) mais ce n’est pas la voie de contamination majeure chez les chats. Une transmission de la mère aux chatons est également possible, mais pas systématique.
Après contamination par le virus de la leucose, et épisode fébrile non spécifique, deux évolutions sont classiquement décrites : certains chats restent virémiques (le virus peut toujours être détecté dans le sang, et ces chats développent des symptômes), d’autres deviennent avirémiques (ils portent toujours le virus, mais il se planque bien, dans la moelle osseuse notamment, et ces chats ne sont généralement pas malades). Contrairement à ce qu’on a longtemps cru, les vraies guérisons, avec élimination réelle du virus, sont exceptionnelles.
Après contamination par le virus du SIDA et épisode fébrile non spécifique, en général, une longue phase asymptomatique commence. Le chat va bien, mais, petit à petit, des dysfonctionnements immunitaires vont apparaître et des maladies opportunistes se développer.

Les symptômes observés dans la phase clinique de la leucose sont en majorité liés aux cellules sanguines : la moelle osseuse déconne, et on observe des anémies (diminution du nombre de globules rouges, qui transportent l’oxygène), thrombopénies (diminution du nombre de plaquettes, qui servent à coaguler) et leucopénies (diminution du nombre de globules blancs, qui servent au corps à se défendre). L’hémobartonellose, une maladie opportuniste transmise par les tiques, peut venir compliquer les choses en détruisant les globules rouges (cette maladie est rarissime chez les chats non immunodéprimés). Les lymphomes sont aussi très fréquents. Ce sont des cancers des globules blancs.
Et puis il y a toutes les maladies opportunistes, qui deviennent bien plus fréquentes en raison de la diminution des défenses du corps.

Les symptômes observés dans le syndrome d’immunodéficience acquise du chat sont essentiellement des infections opportunistes. Les plus fréquentes sont des gingivites virales, mais tout est possible… et elles peuvent guérir, ou pas. C’est imprévisibles.

Le diagnostic se fait en priorité grâce à des tests sanguins rapides et peu onéreux dont disposent tous les vétérinaires. Ils sont fiables, mais ils ont leurs limites. Dans le doute, on peut améliorer la fiabilité du test en allant vers des méthodes plus perfectionnées. Ils seront utilement complétés par une Numération-Formule (comptage des cellules sanguines) qui permettra de mieux comprendre où en est le chat avec son virus.

Le traitement… Oui, il y a des possibilités. Outre la gestion de toutes les infections opportunistes. Il existe des traitement antiviraux, il en existe même un spécifique pour les rétrovirus félins. Ils améliorent la durée de vie des chats, c’est correctement documenté pour la leucose, moins pour le FIV. Ils ne permettent pas une vraie guérison.
Mais ils coûtent très chers. Vraiment. Je n’ai jamais réussi à en mettre un seul en place. Même en vendant les médicaments à leur prix d’achat.

La prévention, alors ?
Faites stériliser vos chats. Le mode de contamination principal est la morsure. La première cause de morsure est la défense du territoire. Partir à la recherche de partenaires sexuels est une cause majeure d’invasion du jardin des voisins. Si vous les faites castrer ou ovariectomiser, ils auront moins de chance d’attraper ces saletés (c’est bien documenté pour le FIV, c’est moins clair pour le FeLV, pour lequel la salive est un contaminant majeur et un toilettage mutuel un mode de contamination bien documenté, en dehors de tout cadre de conflit).
Faites les vacciner contre la leucose. Le vaccin marche bien. Il nécessite un rappel annuel, tout au long de la vie de votre chat. Pour le SIDA du chat, il n’existe pas de vaccin sérieux. Comme pour l’homme. Concernant la vaccination contre les autres maladies des chats atteints par l’une ou l’autre de ces maladies : elle est utile ! Par contre vacciner contre la leucose un chat porteur du FeLV est inutile (mais pas dangereux).

Certains craignent lors du dépistage que je ne leur propose d’euthanasier leur chat s’il est positif. Soyons clairs : on n’euthanasie pas un animal parce qu’il porte un virus. On peut décider de le faire s’il est impossible de lui assurer une vie confortable en raison des complications (maladies opportunistes incurables, lymphomes avancés…) mais la plupart des chats finissent leur vie assez confortablement. Si le chat n’est pas castré, par contre, j’insiste lourdement pour qu’il le soit. Le « simple » portage du FIV ou du FeLV n’est en tout cas pas un motif d’euthanasie.

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Bagarres, abcès, leucose féline et SIDA du chat

C’est le week-end, je ne travaille pas, du coup je vais en profiter pour répondre à une question du jour quatre, lorsque je précisais qu’en cas de bagarre et abcès chez les chats, le danger le plus important était de contracter la leucose féline ou le SIDA du chat.

Évacuons la problématique des abcès : comme je l’ai expliqué, ils sont fréquent lors des bagarres entre chats. Des phlegmons, ou de bonnes grosses boules purulentes qui finissent en général par percer après une phase fébrile, et qui peuvent guérir tout seuls, en laissant des cratères plus ou moins importants. C’est même l’évolution assez normale d’un abcès. Bien entendu, l’abcès peut-être placé à un endroit dangereux, près d’un œil, sous la gorge. Il peut aussi favoriser une septicémie, c’est à dire une diffusion des germes dans l’organisme, qui risquent de finir leur course dans un endroit hautement indésirable – les valvules cardiaques, pour choisir un exemple tristement classique. Sur un chat âgé, l’anorexie, la déshydratation, la fièvre peuvent précipiter une insuffisance rénale. Consulter un vétérinaire pour un abcès de chat n’est pas du tout une mauvaise idée, même si vous trouverez de nombreux exemples de guérison spontanée !

La leucose féline et le SIDA du chat sont malheureusement souvent associés aux bagarres et abcès, et souvent confondus tant ces maladies ont de points communs. Souvent associées ? Pour la leucose, en Amérique du Nord, une étude dépiste la leucose féline et ou le SIDA chez 19,3 % des chats présentés pour abcès ou plaies de morsure, la prévalence étant de l’ordre de 2-3 % de la population générale, en Amérique du Nord toujours.

Je ne vais pas vous ennuyer avec de la virologie pointue, mais pour faire simple : ces deux virus appartiennent à la catégorie des rétrovirus. Comme le SIDA chez l’homme, dont le SIDA du chat est un cousin (et un modèle d’étude). On les appelle, pour la leucose, FeLV (Feline Leukaemia Virus), et pour le SIDA du chat, FIV (Feline Immunodeficiency Virus).
Ces virus ont la capacité d’insérer leur code génétique dans l’ADN des globules blancs, les cellules de défense du corps (c’est très bien expliqué ici). A la suite d’un épisode fébrile plus ou moins marqué, pas du tout spécifique et qui peut facilement passer inaperçu, la maladie peut devenir invisible. Le chat se porte alors très bien… et peut vivre des années ainsi !

Ces virus se transmettent essentiellement par les morsures, mais, c’est une différence importante, la salive est nettement plus contaminante en cas de leucose que de SIDA. Ce sont toutes deux des maladies sexuellement transmissibles (MST) mais ce n’est pas la voie de contamination majeure chez les chats. Une transmission de la mère aux chatons est également possible, mais pas systématique.
Après contamination par le virus de la leucose, et épisode fébrile non spécifique, deux évolutions sont classiquement décrites : certains chats restent virémiques (le virus peut toujours être détecté dans le sang, et ces chats développent des symptômes), d’autres deviennent avirémiques (ils portent toujours le virus, mais il se planque bien, dans la moelle osseuse notamment, et ces chats ne sont généralement pas malades). Contrairement à ce qu’on a longtemps cru, les vraies guérisons, avec élimination réelle du virus, sont exceptionnelles.
Après contamination par le virus du SIDA et épisode fébrile non spécifique, en général, une longue phase asymptomatique commence. Le chat va bien, mais, petit à petit, des dysfonctionnements immunitaires vont apparaître et des maladies opportunistes se développer.

Les symptômes observés dans la phase clinique de la leucose sont en majorité liés aux cellules sanguines : la moelle osseuse déconne, et on observe des anémies (diminution du nombre de globules rouges, qui transportent l’oxygène), thrombopénies (diminution du nombre de plaquettes, qui servent à coaguler) et leucopénies (diminution du nombre de globules blancs, qui servent au corps à se défendre). L’hémobartonellose, une maladie opportuniste transmise par les tiques, peut venir compliquer les choses en détruisant les globules rouges (cette maladie est rarissime chez les chats non immunodéprimés). Les lymphomes sont aussi très fréquents. Ce sont des cancers des globules blancs.
Et puis il y a toutes les maladies opportunistes, qui deviennent bien plus fréquentes en raison de la diminution des défenses du corps.

Les symptômes observés dans le syndrome d’immunodéficience acquise du chat sont essentiellement des infections opportunistes. Les plus fréquentes sont des gingivites virales, mais tout est possible… et elles peuvent guérir, ou pas. C’est imprévisibles.

Le diagnostic se fait en priorité grâce à des tests sanguins rapides et peu onéreux dont disposent tous les vétérinaires. Ils sont fiables, mais ils ont leurs limites. Dans le doute, on peut améliorer la fiabilité du test en allant vers des méthodes plus perfectionnées. Ils seront utilement complétés par une Numération-Formule (comptage des cellules sanguines) qui permettra de mieux comprendre où en est le chat avec son virus.

Le traitement… Oui, il y a des possibilités. Outre la gestion de toutes les infections opportunistes. Il existe des traitement antiviraux, il en existe même un spécifique pour les rétrovirus félins. Ils améliorent la durée de vie des chats, c’est correctement documenté pour la leucose, moins pour le FIV. Ils ne permettent pas une vraie guérison.
Mais ils coûtent très chers. Vraiment. Je n’ai jamais réussi à en mettre un seul en place. Même en vendant les médicaments à leur prix d’achat.

La prévention, alors ?
Faites stériliser vos chats. Le mode de contamination principal est la morsure. La première cause de morsure est la défense du territoire. Partir à la recherche de partenaires sexuels est une cause majeure d’invasion du jardin des voisins. Si vous les faites castrer ou ovariectomiser, ils auront moins de chance d’attraper ces saletés (c’est bien documenté pour le FIV, c’est moins clair pour le FeLV, pour lequel la salive est un contaminant majeur et un toilettage mutuel un mode de contamination bien documenté, en dehors de tout cadre de conflit).
Faites les vacciner contre la leucose. Le vaccin marche bien. Il nécessite un rappel annuel, tout au long de la vie de votre chat. Pour le SIDA du chat, il n’existe pas de vaccin sérieux. Comme pour l’homme. Concernant la vaccination contre les autres maladies des chats atteints par l’une ou l’autre de ces maladies : elle est utile ! Par contre vacciner contre la leucose un chat porteur du FeLV est inutile (mais pas dangereux).

Certains craignent lors du dépistage que je ne leur propose d’euthanasier leur chat s’il est positif. Soyons clairs : on n’euthanasie pas un animal parce qu’il porte un virus. On peut décider de le faire s’il est impossible de lui assurer une vie confortable en raison des complications (maladies opportunistes incurables, lymphomes avancés…) mais la plupart des chats finissent leur vie assez confortablement. Si le chat n’est pas castré, par contre, j’insiste lourdement pour qu’il le soit. Le « simple » portage du FIV ou du FeLV n’est en tout cas pas un motif d’euthanasie.

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