Archives quotidiennes : 3 mai 2015

Appelez la Réa !

Qu’est-ce que réanimer ? Il s’agirait peut-être de re-animer. Redonner vie. Restaurer le souffle vital. C’est du moins ce que l’étymologie peut nous dire. Cette nuit-là, j’entrais dans le service de réanimation, dans le but d’y contribuer un peu, pour la … Lire la suite Continuer la lecture

Publié dans Ethique, études, étudiant, EUTHANASIE, expérience, externat, Garde, Hôpital, injection, job, Litthérapeute, Litthérapie, médecin, médecine, mort, patient, première, réanimation, Réflexion, Réussir, Santé, soins, technique, vie, Vocation | Commentaires fermés sur Appelez la Réa !

Appelez la Réa !

Qu’est-ce que réanimer ? Il s’agirait peut-être de re-animer. Redonner vie. Restaurer le souffle vital. C’est du moins ce que l’étymologie peut nous dire. Cette nuit-là, j’entrais dans le service de réanimation, dans le but d’y contribuer un peu, pour la … Lire la suite Continuer la lecture

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Good night, sleep tight

« Il est beau hein. » « Ouais, il est beau. Attention à sa tête, faut la tenir correctement si on veut avoir un bel effet. Attends, t’as une compresse pour son nez ? » « Oui, j’ai ça. On le met dans un berceau ? » « Hum… Bonne question. Ça peut-être être bien un berceau avec des langes. Les parents […] Continuer la lecture

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Dragi Webdo n°48: Sémiologie, FA et IDM, diabète et tabac, stéatose et NASH, rubéole, survie des cancer, Hydroxyzine

Bonjour à tous, et encore merci de me lire aussi régulièrement! (Et bienvenue également aux nouveaux lecteurs qui passeraient par ici et que ma chronique arriverait à accrocher!)
Cette semaine a été un peu dense, et donc, je vais essayer de la résumer du mieux que je pourrais.

1/ Études médicales

Je voulais commencer par un article qui me touche particulièrement, puisqu’il a été publié par des médecins qui ont joué un rôle important dans ma formation. Et ça tombe bien, puisqu’il s’agit justement de formation médicale. L’ECN forme mieux les étudiants à travailler sur du papier qu’à examiner un patient. Malheureusement. L’article met parfaitement en avant l’absence de corrélation entre le classement et l’analyse des 11 points cliniques évalués chez des étudiants à la veille de prendre leur poste d’interne.

Si on traçait une droite cherchant une corrélation, elle serait horizontale et passerait par un score global d’environ 7/11.
Le point positif de l’article, c’est qu’il permet également de se remémorer la sémiologie, avec le détail de certains gestes qu’on oublie parfois:

Un billet consacré entièrement à cet article par PUautomne est disponible ici .

2/ Pharmaco-vigilance

L’hydroxyzine fait beaucoup parler d’elle. Contrairement à ce que j’avais dit initialement ici, cette molécule n’est plus recommandée chez le sujet âgé, mais si jamais on est « contraint » de la prescrire à cette population, la posologie de 50mg semble être la dose maximale à utiliser.

3/ Cardio vasculaire

Une étude publié dans Circulation, met en évidence un risque augmenté d’infarctus du myocarde chez les patients atteints de fibrillation auriculaire de  63%. Cependant, l’analyse en sous groupe ne montre qu’une augmentation des syndromes coronaires aigus sans élévation du segment ST. Une fois de plus, il est dommage de ne pas avoir d’étude de mortalité sur la cohorte de patients.

4/ Oncologie

Le JAMA titre :  65% de suvie à 5 ans dans les cancers en  2011. Le tableau reprend les principaux cancers et les survie à 5 ans selon le sexe et l’âge. Globalement, il vaut mieux être jeune et être une femme pour survivre…

5/ Infectiologie

Alors que je parlais de la rougeole dans l’est de la France la semaine dernière et de l’importance, selon moi de la vaccination ROR, voilà la réponse des canadiens: la rubéole est éradiquée du continent américain!

6/ Gastro-entérologie

Pour finir, une étude qui fera plaisir aux industriels. La NASH  (stéato-hépatite non alcoolique) serait responsable d’une augmentation de  50% de la mortalité par rapport aux patients avec une stéatose hépatique non alcoolique. Actuellement, il n’y a pas de traitement médicamenteux efficace pour ralentir ou stopper l’évolution d’une stéatose. Les règles hygiéno-diététiques étant les seules mesures à mettre en place. Cependant, les labo tentent d’utiliser de nouvelles molécules pour traiter la NASH et la stéatose: GFT505 montre une amélioration du bilan hépatique et des paramètres biologiques liés au risque cardio-vasculaires et l’acide obéticholique qui montre une amélioration histologique. Il reste à prouver leur sécurité et à voir s’ils permettent de contrebalancer l’augmentation de mortalité lié à la NASH.

7/ Diabétologie

Les inhibiteurs de la DPP-4 ont montré dans de nombreuses études une augmentation du risque d’insuffisance cardiaque. Cependant, le laboratoire MSD a réussi a publier un communiqué disant qu’il n’y avait pas d’augmentation du nombre d’insuffisance cardiaque avec la sitagliptine. En allant chercher davantage sur clinical.trials , on retrouve bien une étude qui n’a pas comme critère de jugement principal un critère composite cardio-vasculaire et pas la survenue d’insuffisance cardiaque, et l’étude est créée en supériorité et pas en non infériorité. Donc, avec cette étude, on ne peux pas exclure la présence d’un risque d’insuffisance cardiaque lié au médicament, d’autant plus que l’ensemble de la littérature va dans le sens d’une association.

Quel est l’effet du tabac sur le diabète? Une étude reprend en introduction que le tabagisme est associé à une augmentation du risque de diabète. Cependant, à l’arrêt du tabac, il y a une augmentation de l’HbA1C de 0,21% qui se poursuit jusqu’à 3 ans après le début de l’abstinence et indépendamment de la prise de poids. On peut surtout informer les patients qu’une augmentation de l’HbA1C est possible, mais, je doute que l’augmentation de 0,2% d’Hba1C pendant seulement 3 ans ait un retentissement clinique sur les complications lié au diabète dans la vie du patient contrairement au bénéfice du sevrage sur le plan cardio-vaculaire et oncologique.

C’est fini pour cette semaine! Comme d’habitude, si vous avez des critiques pour améliorer le Webdo ou des articles à me soumettre, n’hésitez pas à me contacter ici ou sur Twitter @Dr_Agibus.

A la semaine prochaine!

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Varicelle: quelques bouffées épidémiques dans douze régions ; rappels sur la vaccination

Bonjour Douze régions françaises sont actuellement touchées en ce moment, selon le réseau de surveillance Sentinelles. Après trois semaines consécutives de hausse, la France compte désormais en moyenne 44 cas pour 100.000 habitants. Les foyers les plus importants se trouvent en Pays de la Loire, Champagne-Ardenne, Corse, Haute-Normandie, Ile-de-France, Franche-Comté, Bretagne, Basse-Normandie et Midi-Pyrénées ( […] Continuer la lecture

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Ephéméride d’avril

Chers collègues, Voici quelques textes rassemblés dans le courant du mois d’avril : 1er avril : – l’Institut Montaigne publie une étude intéressante sur l’Université, mais qui attaque les libertés universitaires (p. 76) : c’est sans doute ce qui justifie … Lire la suite Continuer la lecture

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Le risque de vivre

11h35, le vent est froid mais le soleil, piquant, se faufile sous mon col et me réchauffe doucement le cœur. Les platanes se sont couverts de jeunes feuilles au vert tendre. Le long des clôtures du quartier, les branches de Lilas ploient sous d’innombrables grappes de fleurs qui embaument toute la rue. Le ruisseau chantonne, les reflets de l’eau m’éblouissent l’espace d’un instant.

Je suis en retard. J’ai quitté le cabinet le temps de passer voir Denise, au bout de la rue. 500m à peine, un ravissement pour mes yeux et mes poumons en ce doux début de printemps dont je ne me priverais pour rien au monde.

Nous nous voyons depuis quelques semaines et dans l’ensemble, Denise va plutôt bien. Elle a plutôt bien récupéré des vilaines contusions attrapées lors d’une chute au retour de la boulangerie. Elle a encore un peu mal à l’épaule et surtout pas trop le moral.

Je sonne. Denise passe un œil derrière le voilage de la cuisine avant de m’ouvrir le portail. Elle m’accueille en dénouant son tablier. Son regard est peiné, ses sourcils froncés. Elle respire vite, exhalant colère et contrariété.

Elle s’assoit sur un grand soupir.

Denise vit beaucoup dans ses souvenirs. Elle me raconte chaque fois leurs voyages autant que d’antiques querelles de famille ou de voisinages. Me conte l’histoire de chaque plante, de chaque meuble de chaque vêtement sur lequel se pose son regard.

Depuis sa chute, Denise ne sort plus. D’abord parce qu’elle souffrait trop et puis un peu sonnée, elle se sentait trop fatiguée. Et puis ensuite, la peur a pris la place de la douleur, sa confiance perdue et enterrée par les incessants rappels qu’il « ne vaut mieux pas qu’elle sorte ».

Avec la chute, Denise a gagné l’appréhension de sa famille et de son médecin traitant qui a décidé de renforcer son entourage (para)médical. Une équipe d’infirmiers passe matin et soir, préparent le pilulier, lui donnent les médicaments, contrôlent son taux de sucre dans le sang et adaptent les doses d’insuline. Et lui conseillent, au diapason du docteur, de ne pas sortir seule.

Le printemps rayonne depuis une quinzaine. Les bourgeons éclosent dans tous les jardins, le thermomètre a dépassé les vingt degrés mais Denise n’est pas sortie seule depuis un mois. Elle habite pourtant à 100m de la boulangerie, 300m de la poste et des petits commerces du centre-ville. Le marché est à 500m à peine, avec les marchands et passants qu’elle connaît depuis quarante ans. Pensez-vous, quarante ans qu’elle vit là. Mais non, Denise a peur « et si je tombe ? ». Elle a un fils qui vit à proximité mais qui travaille et est peu disponible. Depuis qu’elle ne sort plus, elle s’est isolée de ses connaissances du village.

Elle aimerait bien aller au marché mais c’est le jour où on lui a attribué une aide-ménagère et puis il y a l’infirmière et les piqûres, elle n’ose s’absenter. C’est tout juste si elle ose demander à l’infirmière de venir plus tard. Cette dernière l’enjoint à y aller, qu’elle ira voir quelqu’un d’autre si Denise n’est pas là mais Denise ne peut pas. Elle ne supporte pas l’idée de laisser quelqu’un à la porte. C’est comme ça qu’on l’a éduquée Denise. Alors elle reste là, morose.

A ressasser les souvenirs d’une vie entière.

Ce matin, en s’asseyant, ses lèvres tremblent de rage.

« J’en ai marre.

Vous comprenez, je tourne en rond. Alors je vais là, entre la table et le canapé. Je tourne en rond. Des fois je monte l’escalier pour m’entretenir un peu mais je m’ennuie. Quand j’essaie de regarder la télé, j’ai la tête lourde, je m’endors presque tout de suite, vous pensez, moi qui était toujours si énergique. Je n’ose pas me mettre à la fenêtre, les voisins n’aiment pas ça. La voisine tiens, elle passe devant tous les jours, vous croyez qu’elle serait venue me proposer de me ramener quelque chose ? J’avais besoin de rien moi avant, je faisais mes courses, mon marché, j’allais à la poste, à la banque, je voyais du monde. Je préparais mes médicaments toutes seule, depuis des années, je faisais mes piqûres, j’ai jamais eu de problème, je ne comprends pas pourquoi maintenant il faut que quelqu’un vienne le faire à ma place. Matin et soir, j’aimerai pouvoir être tranquille chez moi. On me dit que c’est parce que je ne suis plus capable de le faire qu’on le fait pour moi, mais enfin, je ne suis pas abrutie encore, trente ans que je le fais moi-même et ça, je vous dis, ça je ne le digère pas. Je passe ma journée à attendre la sonnette de l’infirmière ou de la kiné. 

Et puis j’ai honte, maintenant, j’ai honte. Si je sors, que vont-ils penser de moi ? Je suis devenue une vraie bonne à rien. On fait tout à ma place, on ne me demande même pas mon avis…»

Denise me serre la main en étouffant une larme.

« J’ai travaillé toute ma vie, perdu mon mari, mes gosses et maintenant je ne suis même plus bonne à rien. Je ne sors plus, je reste là, j’attends. Vous savez, quand ils parlent des vieux qui se suicident, en fait ils ont peut-être raison parce que qu’est-ce que vous voulez…  c’est pas une vie ça… ».

Ma gorge se serre à mesure que des sanglots l’étranglent. Je lui tends un mouchoir en lui serrant la main un peu plus fort. Je lui souris. Tente doucement de la rassurer. Et lui enjoint de toutes mes forces de reprendre ses sorties seule. Parce que je l’en crois capable.

Denise, en tombant, à tout perdu.

Elle a été dépouillée de sa confiance.

Et de tout ce qui faisait d’elle une personne à part-entière. 
Son libre-arbitre et sa dignité.

Elle n’ose plus sortir s’occuper seule de ses petites affaires.

Elle déteste qu’on lui fasse ses courses.

Elle déteste la sensation d’être devenue trop bête pour préparer elle-même ses médicaments ou faire ses propres dextros.

Elle déteste ces journées à attendre que quelqu’un vienne faire à sa place ce qu’elle se sent toujours capable de faire tout en lui répétant qu’elle ne l’est pas.

Elle se déteste, se sent minable.

Elle se rappelle quelle femme forte et solide elle a été, quelle petite chose pitoyable elle est maintenant, pour qui on décide de tout, à sa place.

Denise est tombée.

Elle a récupéré sur le plan physique mais son isolement a laissé bien plus de séquelles que ses quelques contusions.

Elle n’a plus confiance, ne croit plus en ses propres capacités.

Elle ne marche plus qu’entre sa cuisine, sa chambre et son canapé.

Elle ne prend plus de risques mais se meurt d’ennui.

Elle ne sera bientôt plus capable de les prendre ces risques.

Pour lui éviter de souffrir, lui éviter de se blesser, bien intentionnés, nous l’avons privée de tellement plus qu’elle se laisse à présent mourir à petit feu. Dans la frustration, la colère et la pitié d’elle-même.

Et si nous les laissions décider des risques qu’ils choisissent de prendre ?

Si Denise reprend sa vie en main, chute à nouveau et se blesse, au moins peut-être aura-t-elle vécu heureuse jusque-là…

Qui sommes-nous pour décider ainsi de la couleur que nos aînés voudraient insuffler à leurs dernières années ?

Ils ont été adultes avant nous, laissons-les jouir de leur vie, prendre le risque de vivre. 

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Bonnes ressources pour rédacteurs sur Scholastica, une plateforme pour manager des revues (juridiques d’abord)

Scholastica est une plateforme qui manage environ 200 revues, essentiellement des revues académiques dans les domaines juridiques. Les ressources pour rédacteurs et auteurs sont bien faites, et le blog apporte des discussions intéressantes. Il y a toujours à apprendre par l’observation du fonctionnement de revues dans des disciplines autres que la santé. Deux ressources me semblent utiles : un billet… Continuer la lecture

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L’idiot

Je suis actuellement plongé dans L’Idiot de Dostoïevski. 
L’oeuvre de cet auteur me passionne. Ses ouvrages sont comme autant de clés qui déverrouillent, le temps d’une lecture, les cadenas de l’âme humaine ; cadenas qui semblent d’ailleurs se refermer aussitôt la lecture achevée, ne laissant dans le sillage de cette étonnante expérience littéraire que les fragments éparses de ces rêves que l’on ne parvient pas à reconstituer.
Si Dostoeïvski est, à mon sens, le pionnier du roman noir, il est surtout et avant tout un patient qui appelle à l’aide. Addiction aux jeux, épilepsie. Les tableaux sémiologiques qu’il décrit sont troublants de lucidité : le premier patient-expert.
Mais ce qui me fascine le plus chez cet auteur, c’est le caractère intemporel de son oeuvre et de ses analyses sociétales. Lisez plutôt :
« On déplore continuellement chez nous le manque de gens pratiques ; on dit qu’il y a, par exemple, pléthore d’hommes politiques ; qu’il y a également beaucoup de généraux ; que, si l’on a besoin de gérants d’entreprises, quel que soit le nombre exigé, on en peut trouver immédiatement dans tous les genres ; mais des gens pratiques, on n’en rencontre point. Du moins, tout le monde se plaint de n’en point rencontrer. […] Les bureaux sont si nombreux dans les services de l’Etat que l’on frémit en y pensant, ; tout le monde a servi, sert et compte servir ; ne paraît-il pas que dans une pareille pépinière de fonctionnaires, l’on ne puisse tirer un personnel convenable de navigation ? 
A cette question on donne parfois une réponse excessivement simple – si simple même qu’on a peine à l’admettre. On dit : il est exact que tout le monde a servi et sert encore dans notre pays ; cela dure en effet depuis deux cents ans. […] Mais ce sont précisément les gens rompus au service qui sont les moins pratiques ; à tel point que l’esprit d’abstraction et l’absence de connaissance pratique passaient naguère encore, même parmi les fonctionnaires, pour une vertu éminente et un titre de recommandations. »*
Troublant, non ?

* Extrait de L’Idiot de Dostoeivski. Troisième partie. Chapitre premier, page 523. éditions Folio classique.


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