Archives quotidiennes : 9 mars 2015

Permis à 1 € par jour : dispositif accessible dès l’âge de 15 ans

Un décret de septembre 2005 a instauré le « permis à un euro par jour » pour favoriser l’accès au permis de conduire des jeunes âgés de 16 à 25 ans et d’autre part,  un décret d’octobre 2014 a autorisé l’apprentissage anticipé … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Ma soupe vietnamienne

Voici la recette de ma soupe phở. J’aimerais dire que ça en est une mais je crains le crime de lèse-majesté. 1) Je mets 1500 ml d’eau non salée dans une casserole que je mets à chauffer 2) Je détaille un gros pouce de gingembre frais en tout petit morceaux 3) Je mets le gingembre … Continuer la lecture de Ma soupe vietnamienne Continuer la lecture

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Autoriser les pharmaciens d’officine à vacciner ? Pourquoi Marisol Touraine s’obstine-t-elle ?

Bonjour C’est l’une des interrogations du projet de loi santé, un projet de loi qui n’en manque pas. Elle est apparue en octobre 2014, comme une incongruité : Marisol Touraine affirmait alors ( le 20 octobre) vouloir ouvrir la vaccination aux pharmaciens. Pourquoi ? « Pour que plus de gens se vaccinent ». « Pourquoi est-ce que je propose ça ? […] Continuer la lecture

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Le Dr Aquilino Morelle n’a pas pris (illégalement) d’intérêts dans le laboratoire Lunbeck

Bonjour C’est le Dr Aquilino Morelle (ancien conseiller du président François Hollande) qui le dit au Parisien : l’enquête préliminaire le visant quant  sur une éventuelle prise illégale d’intérêts (1) en lien avec le laboratoire Lundbeck  a été classée sans suite. On se souvient que  la révélation de ces liens avait, en avril 2014, conduit le […] Continuer la lecture

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Tiers payant, vaccinations etc. : Marisol Touraine ne veut pas «détricoter» le métier de médecin

Bonjour La course de lenteur n’a jamais été aussi tendue. On ne connaîtra désormais le vainqueur qu’à la fin de l’année 2017. Où seront, alors, les leaders du peloton d’aujourd’hui ? Marisol Touraine avait prévu de parler ce lundi. Elle le fait dans Le Monde daté de demain mardi 10 mars.  Que nous dit-elle d’essentiel ?  Qu’elle […] Continuer la lecture

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Les généralistes français pratiqueront-ils, demain, la «sédation terminale» à domicile ?

Bonjour Sont-ils les éthiciens de demain ? Pour l’heure ils sont stagiaires au centre d’éthique de l’hôpital Cochin de Paris. Alexandre Leroy et Corentin Ringot sont aussi étudiants en médecine et en pharmacie. Ils ont, ce lundi 9 février, l’honneur de signer une tribune dans les pages d’un vieux Libé qui semble comme régénéré. Alexandre et […] Continuer la lecture

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Le manuel de style du Council of Science Editors : la 8ème édition est impressionnante

Pour bien écrire et préparer des articles scientifiques, les auteurs, rédacteurs et reviewers peuvent consulter des recommandations et/ou des manuels de style. Les recommandations générales sont celles de l’ICMJE (International Committee of Medical Journal Editors) dont une version est en français, et les lignes directrices adaptées aux méthodologies des recherches. Ces lignes directrices sont accessibles sur le site Equator, et… Continuer la lecture

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Vérités et mensonges dans la relation de soin – Réflexions à l’intention des étudiants en médecine

Le fait que patient et médecin puissent se mentir l’un à l’autre (et le fassent parfois) soulève deux questions distinctes, mais inextricablement liées :
– un médecin peut-il soigner un patient qui ment (ou ne dit pas toute la vérité) ?

– un patient peut-il être soigné correctement par un médecin qui lui ment ?

Les réflexions qui suivent sembleront sans doute triviales à des soignants expérimentés ; elles sont destinées en particulier aux étudiants en médecine – et en général à tout lecteur, toute lectrice qui se sent concerné.e. 
Je ne prétends pas faire le tour complet de ces deux questions mais seulement amorcer une réflexion au moyen d’une suite de remarques, et inviter les internautes qui fréquentent ce blog à les discuter, les disputer, les compléter, les développer.
Les commentaires sont possibles au bas de l’article, mais si vous voulez contribuer sous la forme d’un texte plus long, envoyez-le à ecoledessoignants@gmail.com

1.

Un médecin peut-il soigner un patient qui lui ment (ou qui ne lui dit pas toute la vérité) ? C’est une question que je me posais souvent lorsque j’ai commencé à participer à un groupe Balint, à partir de 1986-1987. J’étais un jeune médecin – j’avais trente ans – investi d’un fort sentiment « apostolique » (je vous renvoie à l’articleprécédent), persuadé qu’il était non seulement de mon devoir de soulager tous ceux qui s’adressaient à moi, mais aussi que je ne pouvais rien faire de bon si je ne les faisais pas littéralement « accoucher » de ce qui leur faisait du mal. J’avais lu Freud (un peu), Françoise Dolto (beaucoup), Michael Balintet Norbert Bensaïd et, comme j’écrivais plus qu’à mes heures perdues, je croyais à la puissance de la parole. Alors, je faisais beaucoup parler mes patients, je leur faisais raconter leur enfance, leur vie de couple, leurs rêves, leurs fantasmes, et je ne sais quoi encore.

Et je ne me privais pas de leur dire ce que j’en pensais. 
Je ne me rendais pas compte que, si ça faisait peut-être du bien à certains, ça devait en enquiquiner plus d’un.

Au fil des réunions de groupe Balint, j’ai compris que mon attitude était non seulement très invasive et indiscrète (tout le monde n’a pas envie de parler de sa famille et de son enfance) mais aussi contre-productive. J’avais beau être bienveillant, j’imposais aux patients leur manière d’interagir. En suggérant d’emblée que « tout (ou presque) se passait dans leur inconscient » et qu’il fallait qu’ils déposent tout ça sur la table, je ne leur laissais pas beaucoup de liberté, c’est le moins qu’on puisse dire. Je leur laissais seulement celle de se déballer (et ça pouvait être très inconfortable) ou… de me répondre ce qu’ils pensaient que j’attendais d’eux.

Autrement dit : en leur demandant de tout me dire, je les invitais à beaucoup se cacher.

2.

Au lieu de survaloriser le savoir, le savoir-faire et le faire, comme on le fait en faculté de médecine, la participation à un groupe Balint enseigne et valorise le savoir être, le faire savoir, et le savoir ne rien faire

Dans un groupe Balint, on apprend à écouter et à tout faire de manière plus mesurée : on réagit de manière moins épidermique, on ne saute plus aux conclusions, on ne juge plus de manière abrupte. On apprend à accepter de ne pas comprendre une personne tout de suite – et même jamais. Et on découvre que ça n’a pas d’importance.

Les soignants les plus expérimentés ne savent pas toujours exactement ce qui se passe dans le corps et la tête des patients. Ils font des suppositions, émettent des hypothèses, essaient de les démontrer en les examinant ou en leur faisant passer des tests, mais avant d’avoir une réponse (qui n’est pas toujours celle qu’ils imaginaient ou anticipaient), ils sont dans le noir, comme le patient lui-même. 
Ils savent cependant que pour soigner, il n’y a pas trente-six solutions : ils doivent s’appuyer sur ce que le patient dit. Non parce que les patients disent toujours la vérité (nous avons vu que ce n’est pas le cas), mais parce qu’il est impossible, pour la plupart d’entre nous, de distinguer la vérité factuelle du mensonge. Si un médecin se croit capable d’opérer à tout coup ce type de distinction, il se fourre le doigt dans l’œil. 
Bien sûr, avec le temps et l’expérience, on subodore si ce que le patient raconte est factuellement vrai (et d’abord, plausible) ou non. Mais on apprend aussi que les descriptions faites par un patient ne sont pas construites comme des rapports de police ou des articles scientifiques, que tout le monde peut se tromper – en toute bonne foi – sur la chronologie des événements, que la mémoire est notoirement faillible, que la douleur obscurcit la réflexion (et donc, la logique) et qu’une personne peut mentir tout simplement parce qu’elle se cache la vérité à elle-même, en toute bonne foi. 

De sorte qu’au fil des années, on change de repères. On se préoccupe moins de la véracité des faitsénoncés dans le récit du patient que de l’expression des sentiments qui animent le patient et transparaissent dans son récit. Quand un récit de patient semble emberlificoté, incohérent, ce n’est pas parce qu’il veut embobiner le soignant, mais parce qu’il a du mal à se dépêtrer de ce qui lui arrive. 
Le rôle du soignant ne consiste pas à trancher d’un coup de bistouri, mais à aider le patient à défaire l’écheveau sans rien déchirer ni faire craquer. Sans forcer. Non seulement il n’est pas indispensable de tout savoir d’un patient – ni même qu’il dise toujours la vérité –  mais il est parfaitement possible de soigner en le laissant nous guider dans le noir. Après tout, ce noir est celui de sa vie, pas de celle du soignant.

3.

Pendant longtemps, ma phrase d’accueil était : « Que puis-je faire pour vous ? » – et j’ai fini par comprendre qu’en commençant ainsi, je laissais entendre que j’étais doté de pouvoir, et invitais donc les patients à faire appel à moi pour ces raisons ; et à me manipuler, le cas échéant.

« Quand on pose des questions, on n’obtient que des réponses » disait Pierre Bernachon, leader de notre groupe Balint. 
Le temps et les sessions de Balint aidant, j’ai pris l’habitude de poser beaucoup moins de questions et d’abord d’accueillir les patients en disant « Racontez-moi. » Cela peut sembler plus passif, mais c’est beaucoup plus productif : c’est d’emblée se mettre en position d’écoute, de confidence. C’était aussi les inviter à présenter les choses à leur manière, pas à la mienne ; à me centrer sur leur récit, non sur les réponses à mes questions. Il n’était alors plus question de décider si leurs déclarations étaient « vraies » ou « fausses » mais d’apprécier avec eux leur perception  de ce qui se passait et de se fonder sur cette perception pour suggérer explorations, traitements ou autre chose.  
4.

Les principes de la bioéthique – et en particulier celui qui prône le respect de l’autonomie du patient – sous-entendent aussi de respecter sa vision du monde. Ce n’est pas facile. C’est même, parfois, extrêmement compliqué. Mais l’alternative consisterait à lui imposer la vision de quelqu’un d’autre – médecin, parent, Etat. Ce ne serait plus du soin, mais une relation de pouvoir. 
Il en résulte, même si c’est très inconfortable, que le médecin doit, a priori, entendre ce que le patient dit comme étant vrai pour lui. Ce que le médecin ressent comme une contre-vérité – ou comme un mensonge – peut-être quelque chose que le patient croit dur comme fer. Le médecin peut bien sûr faire part de ses doutes ou de sa perplexité. Il peut dire que certains éléments ne collent pas et que son appréciation du problème s’en ressent. Il peut inviter le patient à l’éclairer, ou à compléter ce qu’il dit. Mais il n’a pas le droit d’accuser le patient de mentir, car ce serait alors se poser en juge, et non en soignant. 
Ne pas juger n’oblige pas pour autant le médecin à adhérer à ce que le patient croit. Mais pour que s’établisse une relation de soin, le professionnel doit abdiquer les « arguments d’autorité » (Je suis médecin et, pour cela, je sais ce qui est vrai/ce qui est faux/ ce qui est bon pour vous). Ce qui fait la relation de soin est l’échange, le dialogue que soignant et soigné nouent en bonne intelligence, dans le respect de leurs valeurs respectives. (La question du respect et de la dignité fera l’objet d’un prochain article.) 
5.

Il ne suffit pas, pour nouer une relation de soin, que le soignant s’abstienne de juger ce que le patient dit ou non. 
De la même manière qu’il n’est pas éthique de procéder à un prélèvement de sang ou, simplement, de toucher le patient qui le refuse (ou qui ne le sait pas), il est tout aussi contraire à l’éthique d’exiger quoi que ce soit du patient. Et donc, en particulier, de le contraindre à dire ce qu’il ne veut pas dire. Tout au plus le médecin peut-il lui expliquer en quoi le partage de cette information est utile aux soins (ou à la compréhension de la situation). Et le laisser peser le pour et le contre du silence et de la révélation.
Il faut aussi que le médecin laisse clairement entendre et voir que, quoi que le patient fasse, il ne lui fera subir ni pressions ni représailles. Déclarer, par exemple, « Si vous ne vous pliez pas à mes conditions ALORS je ne peux pas vous soigner, allez voir quelqu’un d’autre » n’est pas une attitude conforme à l’éthique, c’est une forme de chantage – ce qui, une nouvelle fois, substitue au soin un rapport de pouvoir.

A cela, certains médecins objectent souvent : « Laisser le patient faire ce qu’il veut (traduire : autre chose que ce qu’on lui dit) c’est manquer à notre obligation de soigner selon les règles de l’art. »

Mais cette « obligation de soigner » ne leur incombe pas dans l’absolu et à tout moment. Si c’était le cas, tout médecin devrait se sentir obligé de « soigner dans les règles de l’art » chaque personne qu’il croise dans la rue et qui, à ses yeux, souffre de quelque chose ! En dehors des situations (minoritaires) de danger imminent, un médecin ne peut pas décider unilatéralement de délivrer des soins, et il n’est pas non plus tenu de les dispenser à tout le monde. 
L’obligation de soigner n’existe que lorsque le patient la déclenche en demandant l’aide du médecin. Demander des soins ne signifie pas se plier aux soins que le médecin choisit ; l’obligation de soigner est elle-même subordonnée au consentement du patient, qui reste libre de refuser tout ou partie des soins, et d’y mettre fin à tout moment. Il ne peut pas y avoir d’obligation de soigner contre la volonté de celui-là même qui l’a initiée !

Enfin, l’obligation de soigner « selon les règles de l’art » signifie que les médecins ne doivent pas faire n’importe quoi, contre les preuves scientifiques sur lesquelles s’appuient les règles de bonne pratique. C’est au médecin que ces règles de l’art s’imposent, pas au patient ! 

Autre argument invoqué par certain médecins : « Mais si le patient décide, alors, où est notre liberté d’exercer ? »

Dans les pays démocratiques, le rôle d’un médecin s’inscrit à l’intérieur du système de santé. A ce titre, les médecins disposent de prérogatives extrêmement grandes : celles de faire des diagnostics, de prescrire ou de pratiquer des examens et des traitements invasifs, et bien d’autres encore !

La plupart des médecins ont choisi leur spécialité, leur lieu et leur mode d’exercice, leurs horaires, le type de gestes qu’ils font… ce qui contribue grandement à sélectionner les patients qu’ils reçoivent et soignent. Peu de professions peuvent ainsi « trier » à l’avance les personnes avec qui elles interagiront. Et tout médecin a la liberté d’organiser son exercice comme il l’entend (s’il n’a pas cette liberté, ce n’est pas parce que les patients l’en empêchent, mais les institutions, l’Etat, etc.). 
La liberté du médecin inclut, en particulier, qu’aucune personne extérieure ne contrôle le contenu de la relation de soin que le médecin établit avec les patients. (Lorsque l’Etat ou l’administration entendent régimenter le temps, le nombre ou les conditions dans lesquelles les médecins exercent – en introduisant des « quotas » par exemple – la liberté des médecins est gravement entravée, et celle des patients l’est aussi.)

Mais l’exercice médical a pour premier objectif de servir l’intérêt des patients, non ceux des médecins. La première obligation du médecin consiste à oeuvrer pour le patient et aveclui. Et en aucun cas malgré ou contre lui.

La liberté du médecin s’arrête là où commence celle du patient. Les médecins qui n’acceptent pas cette notion simple devraient s’interroger sérieusement sur leur conception de la liberté. 
*

« On ne va tout de même pas prescrire au patient le traitement qu’il veut si c’est un traitement absurde ! »

Effectivement – et la liberté du médecin réside aussi dans la possibilité de dire « Je ne suis pas d’accord pour vous soigner ainsi et je ne désire pas le faire » – sous réserve d’avoir des arguments valides à présenter, et non quand ça lui chante ! (Refuser un stérilet à une femme sous prétexte qu’elle n’a pas d’enfant, ça n’est pas une décision médicale valide.) 

Un médecin n’est pas autorisé à juger, punir, menacer, humilier ou induire un patient en erreur au motif que celui-ci a choisi une voie qui ne lui plaît pas. Il n’est pas autorisé non plus à refuser des soins avec lesquels il est d’accord, au prétexte que le patient emprunte, simultanément d’autres voies thérapeutiques. Si les deux traitements ne sont pas incompatibles, le médecin n’a pas motif à refuser le sien. (Refuser un traitement antibiotique à un patient qui en a besoin et prend aussi des granules homéopathiques n’est pas une décision médicale valide.) 
Aucun médecin ne peut prétendre détenir l’exclusivité du savoir médical ; aucun médecin ne peut prétendre être le seul soignant pour un patient.
Tout ceci pour dire que la liberté d’exercer des médecins n’inclut jamais, et à aucun moment, de pouvoir dicter aux patients la manière dont ils doivent se faire soigner. On ne soigne pas sous condition, et un médecin n’est pas moralement autorisé à imposer les siennes.

6.

Dans une société démocratique, toutes les personnes concernées par la relation de soin doivent respecter la loi. Et si la loi encadre de très près les médecins, c’est bien parce que les patients ont besoin d’être protégés ! 
La loi punit le patient qui déciderait, mettons, de frapper son médecin, de le menacer, de le violer ou de le voler – comme n’importe quel autre citoyen. (Elle punit aussi le médecin qui ferait ça au patient…) Elle ne punit pas le patient qui ment, car mentir n’est un délit que lorsqu’on ment sous serment – autrement dit, lorsque la fonction que l’on occupe s’accompagne d’une obligation de sincérité. Ce qui est le cas des médecins, mais pas celui des patients.

Ainsi, les mensonges du patient (sur son état, par exemple) nuiront avant tout au patient lui-même. S’il tait une information qui pourrait (mettons) lui sauver la vie, c’est sa vie qu’il met en jeu, pas celle du médecin. La mort du patient peut affecter moralement le médecin, mais elle est surtout grave pour le patient !!!
 » Et si le mensonge du patient conduit le médecin à prescrire un traitement dangereux ? »

Evidemment, le risque existe. Mais la liberté de prescrire est un privilège considérable. En échange de ce privilège, tout médecin est responsable de ses prescriptions et de leur suivi, comme le conducteur est responsable de sa conduite, ou le chasseur de son arme. S’il ne veut pas assumer les risques et les responsabilités découlant de ce privilège, il doit y renoncer. L’éventualité qu’un patient pâtisse d’une erreur existe en permanence. Mais plutôt que d’invoquer les erreurs « induites par le patient », les médecins ne doivent-ils pas d’abord redouter les erreurs provoquées par leur inexpérience, leur vanité, leur inattention ou leur propre ignorance ? 
7.

Quand un patient ment, c’est parce qu’il se sent menacé, par la maladie, par son entourage, et parfois par le jugement ou les représailles du médecin.

Quand un médecin ment, ce n’est jamais parce qu’il est menacé par le patient
S’il déclare mentir pour le « protéger », parce qu’il croit, par exemple, que la vérité lui « fera du mal », il adopte une attitude paternaliste – c’est à dire celle d’un parent pour un enfant, d’un patron pour son employé. Le paternalisme, c’est l’attitude supérieure, « bienveillante » ou non, des colonisateurs envers les colonisés, des occupants envers les occupés, des maîtres envers les esclaves. Le paternaliste ne voit pas son mensonge comme un délit ou une transgression. Il n’en reste pas moins que lorsqu’il contrôle ce que l’autre sait, il le maintient dans la dépendance. Il entrave sa liberté.  
Pour toutes ces raisons, les principes de l’éthique biomédicale, les codes de déontologie et la loi interdisent au médecin de mentir au patient, de travestir la réalité, de retenir ou de cacher des informations qui le concernent. Et ceci parce que les mensonges des médecins ont des conséquences incalculables, parfois mortelles, pour les patients. 
Leur impact symbolique n’est pas négligeable non plus. Lorsqu’un patient consulte un médecin pour savoir la vérité (ou ce qu’il en imagine) sur son état de santé, il le fait parce que sa vie dépend de cette vérité : il est impossible de prendre pour sa vie des décisions éclairées en étant maintenu dans l’ignorance. Si la vérité n’est connue de personne et s’il fait un choix de vie aux conséquences négatives, le patient ne peut blâmer personne, seulement la malchance. Mais si la vérité est connue du médecin, et si celui-ci la refuse au premier intéressé (ou la travestit pour l’amener à faire un choix plutôt qu’un autre), alors le médecin est entièrement responsable des conséquences négatives du mensonge, et le fait de se glorifier de conséquences positives est une usurpation et une tricherie.

« Bon, d’accord, mais on ne peut pas toujours dire la vérité au patient. Il ne va pas tout comprendre. Il ne va pas toujours le supporter. On ne peut pas lui asséner une mauvaise nouvelle et le planter là. »

« Il ne va pas comprendre, il ne va pas le supporter« 


Si quelqu’un peut comprendre la maladie, l’invalidité, la déchéance ou la mort des autres, il peut comprendre la sienne. Il va avoir du mal à l’accepter, bien sûr. Mais s’il l’accepte mal, n’est-ce pas, justement, qu’il la comprend ? Je veux dire : qu’il en comprend la gravité et les conséquences ? De plus, comment savoir s’il comprendra ou non sans le lui avoir dit ? Là encore, il s’agit d’une position paternaliste, et même d’une posture de classe, qui suppose que le patient non-médecin n’est pas capable de prendre la mesure de la gravité de la situation qui le concerne, mais que le médecin, lui, le peut. C’est évidemment faux. Le médecin ne connaît que les aspects médicaux de la situation. Les aspects personnels et humains – beaucoup plus complexes, beaucoup plus nombreux – seul le patient les connaît et est en position de les apprécier. 
De même que l’aptitude d’un patient à accepter ou refuser un traitement ou un examen, la compréhension d’un patient ne peut pas être décrétée par le médecin. Et si le patient ne comprend pas (ou pas bien), l’aider à comprendre fait partie du boulot du médecin. Il en va de même pour ce qui est de « supporter » la vérité. Chacun fait face à sa manière. Comment savoir si un patient saura faire face sans lui permettre de faire face, sans lui en donner les éléments ? S’il a des ressources, il les mettra en œuvre pour faire face. S’il n’en a pas, le soutenir fait aussi partie du boulot du médecin.

« On ne peut pas lui asséner une mauvaise nouvelle et le planter là »

C’est vrai. C’est contraire à l’éthique. Et là encore, l’annonce d’une mauvaise nouvelle fait partie du boulot du médecin. Le fait de ne pas y avoir été formé n’est pas une excuse pour s’y soustraire. C’est même une raison de plus pour s’y exposer ! Aucun médecin n’étant préparé, pendant ses années d’étude, à toutes les situations qu’il est susceptible de rencontrer, chaque diplômé est censé poursuivre sa formation pendant toute sa carrière. Et le meilleur moyen de se former, c’est d’accompagner les patients dans les épreuves qu’ils affrontent.

Refuser d’annoncer un diagnostic sombre sous prétexte qu’on n’a pas appris est, le plus souvent, motivé par la peur de paraître impuissant ou de « trahir » le patient en lui annonçant une mauvaise nouvelle. Or, on ne peut pas trahir un patient en lui disant : « Je suis là et je ne vous abandonne pas ». C’est quand on le laisse dans le noir, en lui mentant ou en l’abandonnant à son sort, qu’on trahit sa confiance et ses attentes.
8.

Mensonge et mort sont intimement liés dans l’esprit des patients, au point que, lorsqu’un patient meurt accidentellement sur une table d’opération, ce n’est pas l’annonce de l’accident qui déclenche les reproches ou la suspicion, mais au contraire le refus de répondre aux questions, qui suggère une dissimulation. Cela, ce n’est pas moi qui le dis, mais… les compagnies d’assurances professionnelles, qui depuis deux décennies au moins, recommandent aux médecins, lorsqu’un accident médical ou opératoire imprévisible est survenu, d’aller immédiatement en avertir le patient ou sa famille et de répondre à toutes leurs questions. 
Les médecins qui le font sont très rarement poursuivis. Les médecins qui ne le font pas et refusent de répondre ou tentent de masquer la réalité, font l’objet de procès même s’ils n’ont commis aucune faute. Autrement dit, ce ne sont pas les soupçons portant sur la compétence technique qui motivent les poursuites, mais ceux qui portent sur la sincérité du médecin, car le mensonge (ou l’idée du mensonge) est ressenti comme une trahison morale.

Le mensonge du médecin introduit un rapport de force. Il introduit aussi un sentiment de trahison chez le patient qui le découvre ou le soupçonne. En faut-il plus pour démontrer que mentir et soigner sont antinomiques ?

9.

Dans la relation de soin, le patient fait appel au médecin parce qu’il ne sait pas – ce qui lui arrive ou le fait souffrir, si ça le met en danger, ce qu’il faut faire. Ce qu’il demande au médecin c’est de l’éclairer ou de l’accompagner dans le noir – autrement dit : de l’aider à choisir dans quelle direction il préfère aller.

Avant d’entrer pour la première fois dans le bureau du médecin, le patient était libre. De se soigner ou non, de choisir ce médecin ou un autre, ou aucun. 

Dans ces conditions, quand quelqu’un frappe à sa porte, un médecin devrait toujours avoir à l’esprit que :

1° le patient l’a choisi librement ; il est tout aussi libre de choisir comment se soigner ; 

2° c’est le patient qui, en faisant appel à lui, honore le médecin – et non le médecin qui honore le patient ; en donnant des soins, le médecin n’accorde pas de « faveur », il remplit ses obligations ! 

3° la confiance que le patient lui fait en le choisissant engage la responsabilité professionnelle et morale du médecin et lui impose de soigner avec loyauté ;

4° soigner avec loyauté, c’est établir une relation fondée sur l’échange, non sur un rapport de force ; c’est faire de son mieux pour accompagner le patient, quoi qu’il arrive, sans le tromper, sans faire pression sur lui, sans le juger.  
10.

Un médecin est un individu comme un autre. Ce n’est pas un.e saint.e ou un super-héros. 
Il importe que les médecins en formation en soient conscients dès le début de leurs études. 
Il importe qu’ils se rappellent sans cesse qu’ils sont des êtres humains avant d’être médecins. 
Il importe qu’ils s’interrogent sans cesse sur leur « fonction apostolique », sur leur paternalisme « bienveillant », sur leurs aspirations à dominer ou à exceller, sur leurs conflits d’intérêts, sur leurs peurs, sur leurs insuffisances (afin de les surmonter) et sur leurs points forts (pour ne pas les surestimer et ne pas les mésestimer non plus). 
Il importe qu’ils soient à la fois humbles quant à leurs propres aptitudes, confiants dans leurs intuitions morales et critiques à l’égard de leurs mentors (aucun – je dis bien : aucun – mentor n’échappe à la critique). 
Il importe qu’ils gardent toujours à l’esprit qu’ils sont l’allié du patient qui les sollicite, pas son supérieur hiérarchique, son maître à penser ou son directeur de conscience. 
Il importe qu’ils sachent que la relation de soin n’est pas une situation expérimentale au cours de laquelle le médecin observe le patient et le tourne dans tous les sens, mais une expérience vécue par le patient et le médecin, côte à côte et ensemble. 

Marc Zaffran/Martin Winckler

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