Archives quotidiennes : 7 février 2015

Humanocentré

Stade : peut-être un peu plus loin que la page blanche. Motivé, motivé, il faut rester motivé.   J’ai décidé que je n’allais pas sombrer dans la morosité. J’avais commencé un billet qui ne paraîtra pas où je pleurnichais sur ma vie de sage-femme précaire. Je suis dans une merde financière assez balèze, mais ça […] Continuer la lecture

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Une tasse de thé

C’était il y a quelques années. Sur mon planning à Morteville, un nouveau nom. Deux fois une heure et demie, pour l’entretien du logement chez un très vieux monsieur, dont la femme était hospitalisée depuis quelques semaines. Les enfants se relayaient pour les courses et le ménage, mais ils avaient besoin d’un peu de répit, et le CCAS avait été sollicité.
À première vue, ça n’avait pas l’air très compliqué. Du ménage, un peu de repassage, rien de plus. Le monsieur n’était pas très causant, il allait se reposer dès que j’arrivais et se réveillait quand je partais pour signer ma feuille de présence. J’avais commencé par le grand ménage, récurage de la maison du sol au plafond, et après quelques interventions je me sentais plutôt à l’aise dans mon travail. Je connaissais la maison, je savais ce qu’il y avait à faire, cette petite routine était agréable.
Puis sa femme est rentrée de l’hôpital. Ça s’est compliqué. Madame semblait toujours de mauvaise humeur, aucun sourire ne venait adoucir son visage renfrogné. Elle me demandait toujours un truc en plus au moment où j’allais partir, était mécontente des horaires, maugréait contre un peu tout le monde. La routine était devenue moins routinière. Et moins agréable.
Pour essayer d’adoucir Madame, j’avais proposé de demander un changement d’horaires à Madame Grandchef. Aussitôt dit, presque aussitôt fait. Dorénavant, je venais un peu plus tard, après la sieste.
Monsieur se réveillait vers trois heures et lisait son journal. À quatre heures, il quittait le salon pour la cuisine, mettait de l’eau à chauffer, sortait deux tasses, et servait le thé. Monsieur et Madame buvaient leur thé sans un mot et reprenaient place au salon.
Je n’avais jamais été là à l’heure du thé. D’habitude, j’étais déjà partie à quatre heures. Ce jour-là, j’étais présente. Monsieur fit chauffer de l’eau et sortit deux tasses. Madame se leva, sembla hésiter, puis vint me voir pour me proposer un thé. Quelques mois auparavant, Madame Grandchef avait débarqué à l’improviste chez une bénéficiaire et avait trouvé une de mes collègues en train de  boire un café avec cette dernière. La collègue avait été virée le jour même. Forcément, cela n’incitait guère à se prélasser autour d’une table. Prudente, je m’apprêtai à refuser poliment, avant de me rendre compte que cette tasse de thé n’était peut-être pas que de l’eau chaude aromatisée. Cette tasse de thé, proposée par cette dame, c’était comme une trêve. Pouce, on arrête tout, on fait une pause et on reprend après. J’acceptai, tout en expliquant que je laissais le thé refroidir un peu et que je le boirais par petites gorgées en passant.
Une nouvelle routine s’installa. Deux fois par semaine, chez Monsieur et Madame, mon thé était servi dans une petite tasse blanche à fleurs bleues et je le sirotais entre le repassage et la serpillière. Parfois, ils avaient de la visite, ils prenaient le thé dans la véranda, mais n’oubliaient jamais ma tasse. Et ils défendaient à quiconque de se servir de la petite tasse blanche à fleurs bleues.
Nos relations changèrent. La confiance s’installa. Madame cessait de m’observer tout le temps, Monsieur devenait un peu plus causant. Puis je vins aussi pour les repas du midi. Je les voyais tous les jours. J’étais devenue « leur » aide à domicile. Madame commença à parler. Elle me raconta quelques bribes de sa vie, me parla de leurs premiers enfants, des jumeaux, morts avant leur premier anniversaire. Elle me parla aussi d’un amour de jeunesse, avant Monsieur, un amour secret qu’elle ne lui avait jamais avoué.
Je partis en congés et fus remplacée. À mon retour, Monsieur et Madame étaient très remontés contre le CCAS. Ma collègue ne leur avait pas plu, elle était trop ceci, pas assez cela. Ce jour-là, je fis quelque chose d’inhabituel. Je m’assis pour boire mon thé et pris un peu plus de temps que d’habitude. Madame parlait, j’écoutais. De fil en aiguille, la conversation porta sur les aides à domicile et leurs différentes façons de travailler. C’était dur pour Madame de devoir accepter de l’aide, elle avait toujours tout fait dans la maison, n’avait jamais eu besoin de personne. Elle vivait mal cette présence quotidienne d’une tierce personne depuis son retour de l’hôpital. Elle vivait encore plus mal le changement, cela l’obligeait à s’adapter à chaque personne, et à son âge… Ce jour-là, mon thé eut largement le temps de refroidir. Ce jour-là, nous eûmes une vraie discussion. Je compris à quel point le retour à la maison avait pu être violent pour elle. Rentrer chez soi et découvrir une inconnue faire tout ce que vous faisiez encore il y a quelques semaines. Se sentir dépossédée de son travail. Devoir accepter des horaires qu’on n’a pas choisis, une présence dont on ne veut pas. Faire confiance à cette petite bonne femme qui va et vient dans la maison, telle une petite souris fureteuse.
La discussion fut longue et sincère. Apaisante aussi. Pour Madame comme pour moi. Ce jour-là, je me rendis compte que je n’étais pas qu’une simple aide à domicile. J’étais aussi une intruse. Une intruse nécessaire, qu’on devait accepter, parce qu’on vieillissait, parce qu’on était malade, parce qu’on ne pouvait plus tout faire tout seul. Une intruse qu’on devait apprendre à ne pas détester. 
Ce jour-là, je compris le pouvoir d’une petite tasse blanche à fleurs bleues, et je me dis que Madame Grandchef devrait prendre le thé plus souvent.

L’image illustrant ce billet est une création d’Elise Shootthelife. Vous pouvez trouver d’autres illustrations sur sa page Facebook.

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Quand le toucher fait mal

« Bonjour. Je suis Litthérapeute, étudiant en 4ème année de médecine. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je suis ravi qu’on puisse discuter un peu. Ce message concerne le scandale des touchers vaginaux sur les patientes endormies au bloc … Lire la suite Continuer la lecture

Publié dans AG, apprendre, coup de gueule, Ethique, études, étudiant, examen, expérience, externat, formation, Hôpital, Initiation, Litthérapeute, Litthérapie, médecin, médecine, Méthode, OBSERVATION, patient, Patiente, première, Réflexion, Réussir, Santé, soins, Stage, toucher, toucher vaginal, Vaginal, vie, Vocation | Commentaires fermés sur Quand le toucher fait mal

Quand le toucher fait mal

« Bonjour. Je suis Litthérapeute, étudiant en 4ème année de médecine. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je suis ravi qu’on puisse discuter un peu. Ce message concerne le scandale des touchers vaginaux sur les patientes endormies au bloc … Lire la suite Continuer la lecture

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Euthanasie et fin de vie : une « consultation numérique citoyenne » pour amuser la galerie

Bonjour Qui, en France,  le sait ? Et qui sait que cela sera fini le 17 février ? Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, a annoncé l’ouverture de la première « consultation nationale numérique » via le site internet de l’Assemblée. Et cette première expérience, concerne, tout simplement, « la fin de vie ». Il faut pour en savoir […] Continuer la lecture

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Médecin traitant, ROSP, et petites mesquineries du quotidien.

Au commencement, était la liberté totale d’accès au médecin généraliste pour les patients.

Lorsque j’ai commencé à faire des remplacements, les patients allaient et venaient chez le médecin de leur choix, comme bon leur semblait, selon leurs désirs, leurs besoins, la disponibilité des médecins. En théorie, ils pouvaient aller voir n’importe lequel à tout moment. En pratique, dans les villages où je travaillais, chaque patient et même chaque famille s’attachait à consulter souvent le même pour de multiple raisons toujours très personnelles. Les patients avaient une habitude bien ancrée de toujours consulter « leur » médecin, et pas celui de la voisine.

Quelques études s’étaient attachées à observer le phénomène du « nomadisme médical »: cette pratique consiste, pour un patient, à consulter fréquemment un nombre important de médecins différents afin de trouver satisfaction dans ce qu’il attend des soins, qui n’est pas toujours ce que comptent procurer les soignants. Ces études montraient un phénomène bien réel, mais difficile à estimer car d’abord compliqué à définir et à observer. Les estimations de ces comportements allaient de « totalement négligeables » à « très fréquents », en fonction des critères retenus.

Partant du principe que, de toutes façons, « y en a des qui abusent et qu’en plus c’est dangereux et ça coûte cher », les cadres des caisses d’assurance-maladie ont soufflé dans le cornet des conseillers ministériels qu’il serait bon d’y mettre un terme. Cherchant un idée et se penchant sur ce qui existait dans les autres pays, ils se dirent que ça serait pas mal de faire un peu d’ordre en demandant aux patients de « désigner un médecin traitant ».

Pour ce faire,il a été demandé aux patients et médecins de contre-signer un formulaire que les patients devaient ensuite renvoyer à leur caisse d’assurance-maladie.

La première fois que j’ai vu débarquer ces formulaires, je remplaçais dans un village où exerçaient en tout et pour tout deux médecins dans un seul cabinet: l’un du lundi au mercredi, et l’autre du jeudi au samedi. Les quelques éternels insatisfaits avaient vite fait le tour, et tout le monde savait en détail qui consultait où, et même parfois pourquoi. Les patients ont vu arriver ces formulaires comme une tracasserie de plus, qui venait sceller une évidence.

Les médecins que je remplaçais n’en voyait vraiment pas l’utilité.

Je me suis installée à cette période, avec un médecin débordé par le nombre de ses patients, et qui comptait sur mon arrivée pour répartir les consultations.

Pour arriver à une prise en charge cohérente des patients, et à un certain confort de travail pour nous, nous avons décidé de partager, outre les frais du cabinet, l’ensemble des dossiers. Ainsi, tous les ordinateurs ont été connectés en réseau, les dossiers mis en commun, et les courriers consultés par tous. Il a été proposé aux patients de consulter le médecin de leur choix en fonction des désirs et des disponibilités, sachant que le médecin consulté avait à chaque fois accès à la totalité de leurs données médicales.

Et la déclaration de médecin traitant, dans tout ça? On laisse les patients choisir, mais la majorité s’en fout, alors c’est celui qui passe par là à ce moment là qui signe.

Arriva ensuite la « responsabilisation » (financière), et le parcours de soin coordonné.

Pour que les patients soient remboursés intégralement de leurs soins, il faut qu’ils consultent LEUR médecin-traitant, celui du papier qu’ils ont signé depuis un moment.

Alors à chaque consultation est revenue la petite question, au moment de faire la feuille de soin: « C’est qui, votre médecin traitant? ». Une partie des patients le savent et y tienne, une autre le sait et n’en tient pas compte, une autre ne le sait pas nommément: « mon médecin traitant? Ben… c’est… ici, quoi! ».

On a hésité entre faire rechercher l’information par la secrétaire et noter cet élément systématiquement dans chaque dossier, ce qui l’aurait occupée… un certain temps, ou cocher la case « médecin traitant remplacé » en fin de chaque consultation pour garantir un remboursement aux patients sans passer un temps en fin de consultation à chercher à savoir qui a tamponné ce fichu formulaire ils y a quelques mois ou années.

Les mises à jour des logiciels médicaux ont apporté un peu de progrès en permettant d’enregistrer les noms des médecins traitants dans les dossiers. Il n’y avait plus qu’à rajouter un petit clic et passer à la suite.

Et les insatisfaits, pendant ce temps-là? Les patients en quête de médecin idéal, celui de leurs rêves, se sont attachés à faire signer une déclaration de médecin traitant à chaque nouvelle consultation, leur garantissant le remboursement.

J’ai tout de même entendu une fois une patiente se plaindre: « la caisse m’a écrit parce que j’avais changé onze fois de médecin depuis l’an passé, mais ils ne veulent pas comprendre que je n’en trouve pas qui me convienne! »

Une seule partie du problème était résolue, car, par ailleurs, le médecin généraliste entre-temps désigné comme pivot du système de soin était également missionné pour effectuer les démarches administratives qui concernaient ses patients, comme les demandes de prise en charge en Affection Longue Durée. Lorsqu’un médecin du cabinet effectuait une demande pour un patient qui avait fait signer son formulaire de médecin traitant par l’autre médecin, les caisses le refusaient, ou l’accordaient seulement pour quelques mois, en demandant au médecin traitant, le vrai, celui des papiers, de la refaire pour que ce soit accordé plus longtemps.

C’est alors que sont arrivées les rémunérations forfaitaires pour les patients atteints d’affections longue durée, et c’est là que la donne va un peu se modifier lorsqu’on travaille en cabinet de groupe.

Pour chaque patient qui en bénéficie, le médecin traitant, celui des papiers, perçoit quarante euros par an.

Après mon installation, certains patients qui en bénéficiaient et qui étaient suivis par mon associé ont pris l’habitude de me consulter plutôt que lui, pour des raisons qui ne les concernent qu’eux. Mais les faits sont là. Pour limiter les tracas administratifs, et aussi dans un souci d’équité au sein du cabinet, nous avons décidé avec mon associé de proposer à ces patients de désigner comme médecin traitant celui qu’ils consultaient le plus pour leur pathologie chronique, ce qui a été très bien accepté, et assez facile à faire, car ils n’étaient pas si nombreux.

On pensait avoir enfin trouvé un moyen de contourner le problème pour fonctionner en synergie.

Est arrivé ensuite le ROSP: Rémunération sur Objectif de Santé Publique. Cette rémunération nous est effectuée une fois par an, et est individuellement calculée selon une série de critères, allant de l’infrastructure et l’organisation du cabinet aux démarches de prévention, en passant par des critères cliniques des patients et la teneur de certaines prescriptions.

Un grain de sable de plus dans le fonctionnement d’un cabinet de groupe.

Sur certains critères, la rémunération est calculée en fonction du nombre de patients qui ont choisi le médecin comme médecin traitant, avec des seuils: il faut cinq cent patients pour faire prendre en compte une partie des critères, huit cent pour en faire prendre en compte la totalité.

Il faudrait porter cet élément aux élus des petites communes qui cherchent désespérément un médecin: en dessous de ces seuils, le nouveau médecin installé ne pourra pas compter sur une aide conséquente.

Dans le cabinet où j’exerce, où nous sommes maintenant trois médecins, les montants de la rémunération versée à chacun ont varié avec un facteur dix, (le dernier installé a touché une somme dix fois moindre que le plus ancien) lié en grande partie à la répartition administrative des patients entre les différents médecins.

Comment y remédier dans un cabinet de groupe? Reverser les sommes? Mais elles sont calculées aussi sur des critères de pratique médicale personnelle. Et on ne connait rien du mode de calcul.

Est arrivée ensuite l’extension de la rémunération forfaitaire: pour chaque patient qui a désigné un médecin traitant, le médecin reçoit un forfait de cinq euros par an.

L’inégalité entre le premier et le dernier installé se creuse.

Nous proposons aux patients de consulter le médecin de leur choix dans le cabinet de groupe, pour garantir une meilleure accessibilité aux patients, permettre au jeune installé de mieux commencer son activité et au plus ancien d’éviter la saturation, mais la rémunération ne se répartit pas équitablement. Une grosse proportion de patients n’a pas de pathologie particulière, a désigné un médecin traitant depuis des années, et consulte indifféremment les trois, souvent les plus récemment installés qui sont encore plus disponibles.

Alors, si nous voulons rétablir une équité dans le cabinet, il faudrait maintenant demander à ces patients de « choisir » de nouveau. Comme ils sont les premiers concernés,et qu’il faut leur accord, il faudrait leur expliquer. Donc, il faudrait que je passe un temps en consultation pour leur tenir ce discours: « vous venez vous faire soigner au cabinet, je vois sur votre dossier que vous voyez autant l’un de nous que les autres, mais pour des raisons de gros sous, je vais vous demander de désigner l’un d’entre nous pour qu’il soit rémunéré autant que les autres, car nous partageons les frais, et un de mes associés touche un max alors que l’autre ramasse des clopinettes ».

J’avais rêvé autrement la relation médecin-patient…

J’ai cru en m’installant en association que le cabinet de groupe, c’était l’avenir, que ça permettait de se donner les moyens d’avoir un bel outil de travail, de salarier des gens, d’échapper à la solitude professionnelle, de garantir une qualité de soins et une accessibilité en échappant au burn-out.

Trois ans après la mise en place du ROSP et des rémunérations forfaitaires, je constate que le dispositif est totalement inadapté à ce fonctionnement, et totalement dissuasif pour les jeunes installés.

Les déserts le resteront encore pour un moment. Les patients attendront.

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Sei Shōnagon, intemporelle

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L’espace-temps, le fil et la fourmi

Je poursuis ma lecture des « Notes de chevet » de Sei Shōnagon. C’est charmant, dirait-elle. Je sens néanmoins que mes abonnés de Twitter/Facebook vont bientôt avoir envie que je termine vite ma lecture ;-). Sei Shōnagon nous narre un conte ancien pour elle, immémorial pour nous: Cette histoire de fil et de fourmi m’en a rappelé … Continue reading L’espace-temps, le fil et la fourmi Continuer la lecture

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