Archives quotidiennes : 16 juillet 2014

Le clan des Siciliens

« Les voilà! les voilà! c´est vous! quelle merveille! Par ici les manteaux, par là les bouteilles. Les voisins sont montés en chemise de nuit, on les applaudit, ce sont des amis. Un pique nique en hiver sur une moquette, c´est la faim, c´est la joie, la bonne franquette. Et ça fume et ça boit, ça chante et ça rit. Je peux vivre sans pain mais pas sans amis… » (La bonne franquette, Herbert Pagani)

Ces paroles de chanson, je ne les connaissais pas avant de connaître celle qui est ensuite devenue @MmeCalaf il y a 14 ans maintenant.
Disons que je ne suis pas le seul à connaître des chansons… peu connues…

L’amitié. C’est une valeur universelle.
Même si à y regarder de plus près, on a toujours un truc à dire sur l’un ou sur l’autre. C’est la nature humaine qui doit vouloir ça. Ou alors nous sommes tellement peu sûrs de nous, que nous cherchons à dédouaner ce manque de confiance dans le reproche fait aux autres.

Il n’y a aucune amitié sincère alors ?
Et si l’amitié c’était aussi de savoir reconnaître ce qu’on aime chez l’autre, sans nier les petits riens qu’on apprécie moins. L’amitié c’est donc être lucide et sincère en somme.
J’aime bien ça.
Les moments où le temps passe si vite qu’on ne s’en rend plus compte. Où l’on peut se parler comme si on s’était vu encore la veille, alors que la dernière rencontre date de plusieurs mois ou de plusieurs années.

« Si tu aimes les éclaircies, mon enfant, mon enfant, prendre un bain de minuit dans le grand océan, si tu aimes la mauvaise vie, ton reflet dans l´étang, si tu veux tes amis près de toi, tout le temps… » (Ton héritage, Benjamin Biolay)

Les amis, la famille. La famille dont on hérite à la naissance. La famille qu’on se choisit et qu’on appelle « les amis ».
C’est pareil. C’est l’un des pieds du trépied dont j’ai régulièrement parlé ici.

La famille, c’est pour moi se retrouver comme dans la série que je regardais dans ma jeunesse. « Une famille formidable ». Dans ses débuts, bien avant qu’ils n’étirent le concept en longueur, en lui faisant perdre pas mal de sens je trouve.
Mais bref, cette famille qui pouvait traverser des moments de joie intense, des difficultés, mais qui se retrouvait toujours, à la fin de l’épisode, autour d’une table, dans une bonne ambiance.
Aimer l’autre, en respectant ses différences.

La famille, pour moi, c’est me retrouver avec mon « clan des siciliens », autour des lasagnes préparées par la mamma qui n’a rien d’une sicilienne sur le plan génétique, mais beaucoup sur les autres plans.
C’est se retrouver autour des desserts « traditionnels ». C’est discuter, rire. Ne pas être d’accord parfois. Se dire aussi que, oui, vraiment, la mamma parle autant qu’une vraie sicilienne. Mais ne pas voir le temps passer.
C’est bizarre à quel point les clichés de la famille sicilienne peuvent se retrouver dans ces moments passés. Je n’ai pas pourtant l’impression d’avoir été élevé par un padre traditionaliste, au contraire, mais il faut croire qu’une partie de cet esprit est génétique.

J’aimerais me dire que tout le monde peut vivre des moments comme ça. J’aimerais me dire qu’il suffit de ne pas se prendre au sérieux, et de prendre la vie comme elle vient. Et que ces moments là sont autant de petits cailloux semés sur le chemin de nos vies pour pouvoir contempler un jour tout ce que nous aurons parcouru ensemble.

« Moi dans la maison vide, dans la chambre vide, je passe ma vie à écouter cette symphonie qui était si belle et qui me rappelle un amour fini » (Dans la maison vide, Michel Polnareff)

« Docteur, depuis qu’il est mort, je n’arrive plus à vivre. Je n’arrive plus à avancer. Je ne mange plus ».

Tous les médecins généralistes qui liront ce billet liront cette phrase comme un écho à leurs propres expériences professionnelles. Nous avons tous entendu cela un jour ou l’autre.
Comment ça se passe quand on a eu l’habitude d’avoir de l’animation dans un foyer, et que d’un coup le silence y règne.
Comment fait-on pour surmonter cela ? On parle au disparu, quitte à passer pour un imbécile aux yeux des autres ?

Mais surtout, quand on n’a pas eu de clan, quand on n’a pas entretenu cet esprit de famille, ou qu’on n’a pas veillé à avoir un cercle de famille choisie (comprenez d’amis) sur qui compter, on fait comment ?

« La maison si nette, qu’elle en est suspecte, comme tous ces endroits où l’on ne vit pas. Les êtres ont cédés, perdu la bagarre, les choses ont gagné, c’est leur territoire.
Le temps qui nous casse, ne la change pas, les vivants se fanent, mais les ombres pas. Tout va, tout fonctionne, sans but sans pourquoi, d’hiver en automne, ni fièvre ni froid » (La vie par procuration, Jean-Jacques Goldman)

Tic. Tac. Tic. Tac.
J’imagine une scène de cinéma. Une horloge franc-comtoise responsable de ce tic-tac.

Finalement, je préfère que la mamma parle fort. Et que le padre fasse ses blagues à deux balles. Et que les zèbres s’amusent. Et qu’entre frangins on continue à se taquiner.
Et que je retrouve les twittos aussi. Ca fait un bail que je ne les ai pas vus. Mais on reprendra le fil de notre discussion, comme d’habitude.

Il paraît qu’on vieillit comme on a vécu.
Je vous raconte pas le bordel que ça va être.
Mais on va finir tous autour d’un repas. A table.

Générique. Pas de mot « FIN ». On va l’étirer en longueur aussi le concept. Après tout… Continuer la lecture

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Confidences

Dernier stage. SSIAD. Horaires en coupe. J’ai profité de mon après-midi pour retourner à l’école. J’ai rendez-vous avec ma tutrice « pour faire le point ». Mes collègues de promo sont déjà presque tous diplômés, et presque tous en poste. Moi, je suis encore en stage, et ne serai pas diplômée avant le mois d’octobre.  EAS décalée mais pas décalquée.
Ce dernier rendez-vous à l’école, j’avoue que je l’attends avec impatience, pour parler de l’année écoulée, de mon ressenti de formation, de stage, de future professionnelle. De mes projets aussi.
14h. Bureau de la formatrice. Dans ce bureau, j’ai beaucoup parlé, parfois pleuré. Dans ce bureau, une femme m’a beaucoup écoutée, parfois réconfortée. Dans ce bureau, il y a maintenant une formatrice et une presque ancienne élève, une infirmière et une presque aide-soignante. Des presque collègues finalement. On parle. Des cours, des stages, de la découverte des patients et des équipes. De l’empathie, du « prendre soin« , des émotions. Je relate une histoire vécue en stage (faudra que je vous raconte, ça parle de barquettes en plastique, c’est drôle vous verrez), on enchaîne sur l’éthique, le regard, la volonté de ne pas s’habituer à ce qui nous choque (du coup faudra aussi que je vous parle de Cathy un jour, c’est pas drôle vous verrez). Quotidien et routine, éthique et déontologie… La discussion est enrichissante, j’aime cet échange, et c’est tout naturellement que je parle d’écriture quand nous abordons le délicat sujet des projets professionnels. Des projets, j’en ai plein, j’ai d’ailleurs repéré quelques formations sympathiques. Soins palliatifs, maladie d’Alzheimer, Humanitude, thérapie par médiation animale… Ce ne sont pas les sujets qui manquent! Mais, par-dessus tout, au milieu de tous ces domaines à explorer, l’écriture. Écrire, réfléchir, me poser des questions… accepter de ne pas toujours y trouver de réponses. Et partager. La tentation est grande de donner l’adresse de ce blog à ma tutrice. Parce que j’aime le regard qu’elle a sur les choses, parce que j’aime son humanité, parce que j’aime sa façon de parler du métier d’aide-soignante. Parce qu’écrire toute seule dans mon coin et fanfaronner sur les réseaux sociaux, c’est facile, mais me confronter au métier et au regard de mes pairs, c’est une autre paire de manches (courtes, les manches, bien sûr).
Je suis vraiment tentée de tout « avouer »… mais je me retiens. Peur, moi? Oui, un peu. Peur d’avoir fauté, peur d’être réprimandée. Alors j’évoque juste un projet de livre, comme ça, pour voir, un jour peut-être. Moitié sérieuse, moitié rieuse. Mais pas du tout menteuse, ça c’est sûr! Et je promets, une fois la formation vraiment finie, de lui en amener quelques pages… Mais en élève prudente que je suis, j’attendrai d’avoir le diplôme en poche. Pas folle Babeth! Continuer la lecture

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« L’épidémie de sida sera finie en 2030 ». Ou quand l’Onusida dit (pour partie) n’importe quoi

Bonjour Un  bulletin d’information mandé depuis Genève. Une nouvelle d’importance : les progrès dans la lutte contre le sida ont permis, officiellement, d’obtenir une chute de 30% en dix ans des décès prématurés causés par cette maladie apparue il y a trente-trois ans. Parallèlement on observe une baisse du nombre de nouvelles infections par le VIH. […] Continuer la lecture

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Prise en compte de la pénibilité pour un départ anticipé à la retraite

L’exposition d’un salarié de droit privé à un ou plusieurs facteurs de pénibilité au-delà des seuils d’exposition qui devraient être prochainement fixés par décret, lui ouvrira des droits qui prendront la forme de points : ces points s’accumuleront sur le […] Continuer la lecture

Publié dans Actualités, assurance retraite, assurance vieillesse, compte C3P, décrets, départ anticipé, facteur de risque, formation, IPP, majorer, pénibilité, Pénibilité : tracer les expositions, Pénibilité au travail, retraite, Retraite et travail, seuil d'exposition, trimestre | Commentaires fermés sur Prise en compte de la pénibilité pour un départ anticipé à la retraite

Nouvelle loi de santé: extension du domaine de la bureaucratie et destruction de la solidarité

Autisme de l’action publique et micro-économie de la santé

« Le management n’est pas une technique neutre mais une activité indissolublement liée à la politique, aux politiques publiques, aux droits et aux enjeux de la société civile. Il est toujours sous-entendu par des valeurs et/ou des idéologies. » Christopher Pollitt et Geert Bouckaert « Public Management Reform, a Comparative Analysis », 2004. Cité par Claude Rochet

« La nouvelle santé publique, loin d’être neutre au plan des valeurs sur lesquelles elle s’appuie, s’inspire des valeurs de rationalité et d’efficience qui fondent l’intervention planifiée et justifient une technocratie du savoir (Gordon, 1991), tout en flirtant avec les mouvements idéologiques et sociaux qui les critiquent. » Raymond Massé 

« Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » Bossuet

Ce qu’il faut retenir du projet de loi de santé de Marisol Touraine

Loi de santé: une version intermédiaire passée au crible

Présentation des orientations du projet de loi de santé : intervention de Marisol TOURAINE

Loi de santé : la colère gagne les praticiens hospitaliers qui n’excluent pas un mouvement en septembre


Les 4 points de crispation: Gouvernance contre les pleins pouvoirs aux directeurs – L’attractivité des hôpitaux oubliée – Les praticiens remplaçants, une « rustine » – Contre la constitution forcée des groupements hospitaliers de territoire

Managérialisme et théorie de l’idiot rationnel

La nouvelle loi de santé est marquée par la remarquable stabilité des enceintes mentales qui paralysent toute évolution du système de soin depuis des décennies. Aucune remise en cause substantielle de la très soviétique loi HPST n’est attendue. Cette loi donne pourtant pouvoir de vie et de mort sur des activités de soins à des directeurs soumis à des agences pourtant dépourvues des moyens d’évaluer les besoins territoriaux.
Il ne faut guère espérer non plus de réforme importante de cet ersatz de départements hospitaliers à la française, les « pôles » qui auraient nécessité de très profondes réformes. Après de multiples réunions de concertation et les rapports qui en sont issus, la montagne a accouché d’une souris. Les conditions de fonctionnement des pôles à la française, souvent trop gros, parfois multisites et contre-productifs, assemblés souvent de façon obligatoire et à la hâte, sans cohérence médicale et donc sans pilotage fonctionnel,  ne semblent pas devoir beaucoup changer, au désespoir des chefs de services et responsables d’unités, et ce malgré les enquêtes aux résultats désastreux quant à la participation et la circulation de l’information. Mais les conférences de présidents de CME, de chefs de pôles et les fédérations en ont minimisé les défauts.
On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont créé, ni avec ceux qui en ont bénéficié.
La doxa n’a pas changé. L’efficience doit toujours naître de la rationalité managériale, des économies d’échelle permise par les nouveaux trusts obligatoires que sont les GHT. On ne rétablit pas le service public hospitalier mais un « machin » à coordination technocratique, peu ou pas médicalisé nommé Service Public Territorial de Santé. Les Départements d’Information Médicale (DIM), déjà menacés dans leur autonomie, dépendront de niveaux hiérarchiques ou nulle commission médicale ne pourra plus les protéger. Loin de « débureaucratiser » on aggrave encore la lourdeur effroyable et l’épaisseur de la pyramide sanitaire. On se gargarise de quelques mesures de prévention comme source miraculeuse d’économies substantielles et des « parcours », qui vont, après les « réseaux », réenchanter le paysage socio-sanitaire. et ses pratiques professionnelles. Comme si personne n’y avait pensé avant, à défragmenter, à décloisonner, alors que cela remonte au moins à l’époque on l’on a pensé le secteur psychiatrique. Personne n’avait non plus pensé à faire des lettres de sortie pour les malades quittant ou entrant à l’hôpital. De qui se moque-t-on?
Mais les pompier pyromanes n’ont eu de cesse de dresser les acteurs les uns contre les autres dans une guerre de tous contre tous, par une série de réformes qui, depuis les années soixante dix, ont aggravé la fragmentation institutionnelle, temporelle, culturelle et financière entre hôpitaux soins de ville et secteur de l’action sociale/médico-sociale. 
On enfume le vide abyssal de cette loi par une démagogie en direction des usagers, avec un peu de lutte contre les dépassements à l’hôpital, quelques filets de sécurité, le tiers payant et les actions de groupe, tout cela pour mieux masquer la destruction de la solidarité, l’augmentation vertigineuse du reste à charge et des inégalités réelles d’accès aux soins à rebours des incantations officielles. Il s’agit surtout de masquer le transfert scandaleux de l’organisation et du financement des « parcours » aux assurances privées à qui on vend la solidarité nationale par « tranches de salami » (Tabuteau). 

L’ère du vide

Ce prêchi-prêcha indigeste est à l’image des rapports qui l’ont précédé. Cet assemblage hétéroclite de vent, de démagogie, de « nouveaux métiers » digne d’un inventaire de Philip Muray et de novlangue digne de l’holistique new age ne doit pas nous empêcher de mesurer l’essentiel. Les « boucs émissaires » n’ont pas changé. Ce sont toujours le médecin calculateur égoïste, le manager exécrable gestionnaire d’un argent qui n’est pas le sien, l’élu local inculte en santé publique tout obsédé de ses administrés et de son hôpital et enfin l’usager irresponsable aux comportements à risque, qui ne pense qu’à surconsommer (overuse) des soins qui sont induits par l’offre selon l’économie orthodoxe. 
Curieusement on ne voit guère les propagandistes de la « démocratie sanitaire » mettre en avant des modèles économiques de sous-consommation (underuse) et de mésusage des soins (misuse) alors que c’est bien le constat alarmant des soignants au quotidien, ceux qui pourraient décrire le caractère de plus en plus chaotique des parcours réels, faits d’abandon de suivi et de renoncements aux soins.
La fausse solution, itérative, redondante et monotone tombe, toujours la même, toujours portée par la spirale de la défiance mais habillée de quelques nouveaux oripeaux de novlangue: faire la guerre à outrance à ces résistants au changement par l’innovation disruptive, par la répétition ad nauseam du dernier buzzword pas encore usé jusqu’à la corde, le « parcours » qu’on va décliner en supply chain management – entendre surtout réduire les temps de passage aux urgences et les temps d’hospitalisation en aigu et en SSR, par le contrôle de gestion, la comptabilité par activité, par la fermeture d’enveloppes financières jugées inutilement surdimensionnées, par le reporting, par la bureaucratie caporalisée, par la « déconcentralisation » (Pierru) qui paralyse les acteurs en les éloignant des processus de décision et d’information, la délation numérique des conflits d’intérêt (Sycophante 2.0 ?), par les incitatifs insignifiants, par la gestion fondée sur des indicateurs myopes, par la réduction de toute initiative décentralisée, de toute délégation réelle de gestion aux gens qui savent faire fonctionner des choses qu’ils connaissent intimement.

L’ubulogie clinique: pour la vigilance critique et l’ingérence organisationnelle


La première étape de l’ubulogie clinique, que nous définissons comme généalogie des régulations absurdes en médecine, est de mettre en évidence les trois grandes sources d’imposture scientifique que sont la rationalisation managériale, le régime de vérité sur la santé « Bien-être » et la microéconomie de la santé. Ces boites à outils peuvent bien sûr être objet de discours scientifiques, mais ce qui en fait un instrument d’imposture sont avant tout instrumentalisés dans des jeux de pouvoirs par des coalitions aux intérêts complexes et des appareils idéologiques de santé. Nous pensons qu’il s’agit de trois systèmes de « mythes rationnels » irréductibles l’un à l’autre, en premier lieu la maîtrise calculable du risque, en second lieu l’efficience supposée des incitations de « l’idiot rationnel » pour produire l’intérêt général et enfin la « grande santé » comme Bien-être économique et social et comme finalité de la politique. Le puzzle doctrinal qui associe managérialisme, économisme orthodoxe et cet holisme socio-sanitaire se combine de façon variable aux niveaux micro, méso et macro de la gouvernance publique. Rationalité marchande, bureaucratie managériale et « biopolitique », trois piliers de la nouvelle gestion publique en santé, ne peuvent sans doute pas être réduits à une seule et même logique. Chaque pays décline ainsi sa propre version du New Public Management.
La seconde étape de la démarche ubulogique est d’expliquer pourquoi, malgré l’évidence de la supercherie pseudo-scientifique qui sous tend les politiques publiques de santé, jusqu’au contrôle par les appareils idéologiques d’Etat de la définition de la santé, de sa « fonction de production » et des ses « résultats », les acteurs continuent à faire comme s’ils ne savaient pas qu’on leur présente des simulacres de réalité à des fins de rationnement. La nouvelle santé publique, support idéologique de la fonction de production du Bien-être, de la culpabilisation de la victime du « workfare« , de l’intériorisation de la contrainte par le « consumer empowerment » et de la construction utilitariste du risque est le système de valeur qui sous-tend la rationalité des nouvelles politiques publiques de santé.
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La question est donc de savoir pourquoi cette réalité de second ordre, socialement construite, leur convient. Pourquoi les parties prenantes des systèmes de santé, ces classes théoriques, qui ne sont que potentielles, à commencer par les médecins, entre autres « professionnels de santé », ne se constituent-elles pas en classe comme groupe mobilisé en vue d’objectifs communs? Éternelle question qui fait l’objet du dialogue entre Gramsci et Marx, au delà, des stratégies de « faisabilité politique de l’ajustement » ainsi que des travaux des sociologues et anthropologues qui tentent de les dévoiler.
La webographie présentée ci-dessous commence par la critique de la théorie de « l’idiot rationnel » par Sen et par quelques autres textes clés. La critique des postulats fondateurs de la micro-économie de la santé, sous sa forme orthodoxe, pourrait éviter bien des bavardages mathématiques inutiles. Qui sont-ils censés tromper et à quelles fins?

Webographie

Textes en anglais

3. The market of lemons. George Akerlov (nos corps sont-ils des voitures d’occasion?)

Textes en français

Micro-économie
8. Micro-économie de la santé au Québec

Santé publique, action publique, économie et biopolitique

1. “La santé publique comme nouvelle moralité.” Raymond massé

2. « Pas de philosophie, SVP, nous sommes des managers» Claude Rochet

3. Du calcul économique à l’évaluation organisationnelle des politiques de santé Sophie Béjean et Maryse Gadreau

4. Les formes contemporaines de la biopolitique Thibault Bossy et François Briatte

5. Les sources libérales de la biopolitique Jérôme Lamy

6. Le bio-pouvoir aujourd’hui. mardi 15 mai 2012, par Nikolas Rose, Paul Rabinow
« Dans ce contexte, il est bon de se rappeler que la médecine est peut-être le site le plus ancien où l’on peut observer le jeu de la vérité, du pouvoir et de l’éthique en relation à un sujet ou aux possibilités du bien, ou, comme le disaient les Grecs, de la vie bonne. »
7. Biopolitique, utilitarisme et libéralisme John Stuart Mill et les Contagious Diseases Acts Vincent Guillin Dans Archives de Philosophie 2010/4 (Tome 73)

8. L’économique face à la santé

Cette thèse montre comment l’Économique intègre la santé dans son corps théorique alors que l’économie de la santé peut être considérée comme une sous-discipline organisée de l’Économique. Il s’agit plus précisément de documenter cette étape du raisonnement économique où l’économiste doté d’un corps théorique et de méthodes économiques doit y incorporer l’objet étudié, ici la santé. Deux questions de recherche sont posées : 1) quelles sont les interactions entre l’Économique et la santé dans l’élaboration de théories économiques et 2) quels sont les choix de pratique qui se posent à l’économiste à cette étape du raisonnement économique où il intègre la santé aux théories économiques ? La réponse ne peut se faire que par une bonne connaissance de la santé. La première étape de cette thèse consiste donc à réunir et articuler des connaissances multidisciplinaires sur la santé. La santé est d’abord saisie au niveau individuel et est vue comme un lien normatif entre l’individu biologique et l’individu psychosocial. Elle est ensuite interprétée comme une norme collective et l’on voit une santé en quête d’État. On examine alors quel a été le traitement de la santé en économie de la santé. On constate que l’Économique a retenu certaines dimensions de la santé comme l’incertitude, les externalités et l’asymétrie d’information. Mais en même temps, elle a imposé une dimension économique à la santé en l’interprétant parfois comme une fonction de production ou une variable économique. Enfin, au niveau méthodologique, il apparaît que l’économiste fait des choix de pratique dont quatre ont été développés dans cette thèse : 
1) le choix d’une conception particulière de la santé, 
2) un choix éthique qui porte aussi bien sur les fins poursuivies par l’individu et par la société que sur un critère particulier d’allocation des ressources dépendant de la conception de la santé retenue, 
3) un choix entre l’orthodoxie économique et la multidisciplinarité quant aux dimensions de la santé retenues, et 
4) le choix d’un certain niveau de réalisme des hypothèses sur la santé.

Dans notre prochain billet, nous analyserons la nouvelle division de la DGOS en sous directions et en bureaux




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Les fentes de timidité

En lisant un livre de vulgarisation sur la théorie de l’évolution j’ai découvert les fentes de timidité. Certains arbres maintiennent entre eux un espacement. Les branches ne s’enchevêtrent pas. Dans l’article Wikipédia, il est expliqué que ce phénomène existe peut-être aussi pour les racines.  Les mécanismes sous-jacents ne sont pas bien compris : des hypothèses […] Continuer la lecture

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Hépatite C et Sovaldi® : rebondissements dans le scandale d’un prix exorbitant

Bonjour Des symptômes croissants nous éclairent sur l’obsolescence d’un système : celui de la fixation du prix des médicaments. Des médicaments  dont le coût (il faut le rappeler)  est pris en charge par notre collectivité. Près de vingt milliards d’euros chaque année. C’est, pour le sire simplement,  une usine à gaz qui prend l’eau. Dans ce […] Continuer la lecture

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Avant de comprendre les Altmetrics, définissons les objectifs et clarifions les concepts

Depuis le développement des nouveaux médias pour diffuser les articles de recherche, l’ancien modèle de la revue papier a vécu… et le facteur d’impact (indicateur de notoriété d’une revue) ne représente plus une mesure des productions de la recherche. Je vois encore d’éminents PU-PH défendre en public le facteur d’impact ou l’index H pour évaluer les carrières… mais ils sont… Continuer la lecture

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