Archives quotidiennes : 27 juillet 2013

À portée de clics

« Un gros poisson dans une petite mare
J’te parle de bluff, d’excès d’orgueil, d’abus de pouvoir
Un gros poisson dans une petite mare »
Orelsan, Perdu d’avance

À la croisée de ces improbables chemins : un interne usant de son droit au remord pour rejoindre les bancs chaleureux de la médecine générale. Une décision difficile, un virage violent et courageux. Son premier stage de clinique.

Peut-être me donnera-t-il un jour l’autorisation de raconter ses déboires, fruits de la rencontre de cet électron libre avec la machinerie froide et imbécile qui fait les fondements de la hiérarchie d’un service hospitalier et qui entretient les égos dans ce balai incessant de dominants/dominés. 
Je lui ai parlé de mon blog, poussé par l’intuition sourde qu’il répondrait à ses angoisses, ces lames froides qui s’agitent quelque part sous la cage thoracique et isolent en poison insidieux l’individu qui les abrite.
La glace brisée, nous avons discuté. Et je crois qu’il a trouvé quelque chose entre les lignes qui inondent l’écran de ces chroniques. Je crois qu’il a trouvé ce que moi-même je cherchais quelques mois plus tôt au fil des blogs innombrables, impuissant face à l’autorité implacable que m’imposait ma formation universitaire. La fameuse bouteille jetée à la mer. Parce qu’il suffit parfois d’un seul témoignage.
Dans quelques mois, une nouvelle mouture d’étudiants en médecine s’apprêtera à plonger dans le bain froid et solitaire de l’internat. Ce bain de non-dits, de fausses vérités et d’arguments d’autorité. 
Une nouvelle mouture qui devra affronter les arguments d’autorités de leaders d’opinion très locaux. 
Une nouvelle mouture qui, consciente de ses propres dépendances et faiblesses, devra se défier du déni d’influence qui paralyse le système.
Une nouvelle mouture qui aura à répéter les erreurs de ces prédécesseurs pour se forger une expérience propre et combler les manques d’une formation erratique.
Une nouvelle mouture. Une nouvelle génération. Et ces mêmes problématiques qui se répètent encore. Une nouvelle génération d’internes baignant dans cette petite mare où pataugent de gros poissons, patauds mais redoutables.
Et pour lutter, nous avons cette floraison de témoignages qu’offre la dynamique du web et de la médecine 2.0. 
Le mien n’est qu’un caillou ridicule dans cet immense édifice qui s’élève et qui je l’espère tend à faire de l’ombre à l’inertie d’un système universitaire inadapté.
Toutes ces possibilités d’apprendre sur soi, sur la médecine et sur la vie, le tout à portée de clics. 

Voici donc quelques liens qui me sont aujourd’hui indispensables, liens souvent délicieux, et qui me permettent au quotidien de poursuivre ce fabuleux travail de sape de la verticalisation de la transmission du savoir :
– le club des médecins blogueurs et la liste non exhaustive de blogs médicaux ou paramédicaux qu’il propose : http://www.clubdesmedecinsblogueurs.com/
– le réseau Twitter : https://twitter.com/
– le Formindep :http://www.formindep.org/
– etc
– etc
– etc

Alors ne vous privez pas.
À vos clics, prêts… Partez !


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Dopage : les pépites du rapport

  Les fiches de contrôle des Tours de France 1998 et 1999 sont les seuls éléments  »réalistes » du rapport sur « l’efficacité de la lutte contre le dopage ». Analyse. Ces fiches ne présentent aucun intérêt si l’objectif est d’identifier (par recoupement avec les fiches de résultat des tests EPO) les coureurs ayant fait usage d’érythropoïétine. L’intérêt est […] Continuer la lecture

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Le plus beau métier du monde


Cette note est une spéciale dédicace à ma petite soeur qui rejoint la grande famille des soignants! En plus de ses compétences propres elle a le sens du soin porté à l’autre, et rien que pour ça, je suis super fière!
Avec en guest-star par ordre d’apparition :
Boulet (est-il encore besoin de le présenter) lors d’une performance à l’atelier Le Bocal
– Ma bibliothèque (en ce moment je ne jure que par l’irlando-américain, ruez-vous donc sur les bouquins de Denis Lehane – par exemple « The Given Day » –  et Colum McCann – je suis en train de lire son dernier, « Transatlantic », c’est extra).
– L’acteur et ami Pierre-Jean Etienne de l’association Nöjd lors de son spectacle « Béhémoth Show »

Je vous aurais bien mis plein d’autres personnes, des musiciens, des peintres que j’apprécie, d’autres artistes, mais je m’en sortais plus et cette note n’aurais jamais été finie alors j’ai fait au plus court avec les gens que je connais le mieux. En tout cas, sans eux, le monde serait bien gris.

Si vous voulez en savoir plus sur l’art-thérapie (encore peu connue chez nous), vous pourrez trouver des informations sur ces sites :
– Ecole d’art-thérapie de Tours, AFRATAPEM

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Dernier été

« Oh think twice, cause it’s another day for you and me in paradise ! Oh think twice, cause it’s another day for you, you and me in paradise » (Another day in paradise, Phil Collins)
(Oh, réfléchis bien, c’est un jour de plus pour toi et moi au paradis)

« Tu ne viens pas dans l’eau ? »

J’étais au bord de la piscine, debout. Mes trois zèbres dans l’eau et ma femme avec eux.
Non, j’étais bien.
Là.
A les regarder.

J’essayais de me fabriquer des souvenirs, des images que je pourrai tenter de me rappeler le jour où je serai fatigué, énervé, et que j’aurai besoin de virtuellement m’échapper et rejoindre un endroit où je me sens bien.

C’était là.
C’est là. Au milieu d’autres images de ma vie que je tente de garder, même si le temps s’échappe et qu’il ne me reste que ce que mon cerveau a bien voulu conserver.

Mon 36ème été.

Garderai-je aussi d’aussi belles images en souvenir lors du 37ème ?
Puis-je seulement être sûr qu’il y en aura un ?
Only God knows (Seul Dieu sait)
Parce que même si j’essaye d’avoir un mode de vie sain, et assez équilibré, j’ai un scoop : un jour je vais mourir. Comme d’autres avant moi, et d’autres après. Le cercle de la vie.

« Si on devait mourir demain, qu’est-ce qu’on ferait de plus, qu’est-ce qu’on ferait de moins ? Si on devait mourir demain » (Mourir demain, Pascal Obispo et Natasha St Pier)

Du coup, cet arrêt sur image, est-ce un moment marquant de ma vie que je serai content d’avoir tenté d’enregistrer ?
Ou tout simplement quelques secondes de perdues que j’aurais dû consacrer à aller les rejoindre et jouer avec eux ?

Si je savais que celui-là, le 36ème, était le dernier, que ferais-je d’autre ?
Est-ce que les images auraient encore plus de couleurs ou aurais-je tenté de mémoriser plus longuement ?
Aurais-je dû sortir un enregistreur vidéo et immortaliser cet instant « réellement » ?

Je me pose la question régulièrement quand l’un des patients dont je suis le médecin traitant décède. Ce patient a-t-il fait tout ce qu’il aurait aimé faire ? Je pense que non, dans la plupart des cas.
A-t-il su que cela allait être la dernière saison ? Non, surtout si le départ vers l’autre rive a été brutal.

« S’il faut mourir, autant vivre à en crever. Tout retenir pour tout immoler. S’il faut mourir, sur nos stèles, je veux graver que nos rires ont berné la mort et le temps » (Vivre à en crever, Mozart l’Opéra Rock)

J’ai déjà évoqué dans l’un de mes premiers billets cette fâcheuse tendance à ne pas savoir rester en place, sans rien faire.
Cela fait rire ma femme. Enfin, j’ai plutôt l’impression que c’est parfois un rire teinté d’une forme de fatalisme… elle m’a déjà dit « Je ne peux pas t’empêcher de faire tout ça ! Pour que tu restes dans ton coin en étant malheureux, ça ne sert à rien ».
Comme souvent, elle n’a pas tort…

Je n’ai pas l’impression de faire des choses extraordinaires. Pas l’impression non plus que ce que je fais soit si difficile.
Est-ce que je sous-estime ce que je fais ? Ou de la fausse modestie ? Je n’en sais rien.
Je me fabrique des souvenirs.
J’essaye de m’en fabriquer beaucoup, oui. D’aider les autres à s’en fabriquer. D’aider mes zèbres et ma femme à s’en fabriquer. « Se souvenir des belles choses ».

Du coup, j’ai du mal à comprendre ceux qui confessent s’ennuyer. Et s’ennuyer souvent.
Je ne parle pas de la procrastination. Ca c’est de l’ennui volontaire. Plein de choses à faire mais pas l’envie de les faire. Et pendant ce temps là l’esprit, lui, est occupé à beaucoup de choses. Il s’évade, tente de résoudre des problèmes de la vie quotidienne.
Procrastiner sans vraiment le faire en somme. J’avoue que cet ennui là, je le pratique régulièrement… et qu’il me fait parfois avancer plus vite que si j’avais tenté d’être hyperactif.

Avancer. Toujours. Profiter de chaque jour, chaque instant.
Le Carpe Diem mis à l’honneur dans Le cercle des poètes disparus.

« Au bout du chemin, y’a mes souvenirs, y’a un jardin à entretenir. C’est d’autres doigts qu’les miens qui feront les choses. Je serai pas là pour voir s’ouvrir les roses. […]
C’est comme ça, y’a rien à dire, sitôt qu’c’est l’heure, on doit partir. On s’casse le cœur comme une tirelire, on laisse derrière c’qu’on a d’plus cher et on recommence ailleurs.

C’est pas vrai qu’on meurt » (C’est comme ça, Lynda Lemay)

Oh oui, j’espère que ce n’est pas vrai. Parce que le temps passe vite et qu’il y a tellement à faire.
Mais on laisse derrière soi tous ses souvenirs…
Toutes ces belles images qu’on emmagasine, et qui nous ont rendu la vie un peu plus douce.

« Tu ne viens pas dans l’eau ? »

Si, j’arrive. Juste le temps de vous admirer.
Encore une minute.
Encore un jour.
Encore un été.
Encore d’autres. J’espère. Continuer la lecture

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