Archives quotidiennes : 1 avril 2013

Mouettes, négresses et entrecôte

Au retour, ça fait comme un décalage. Pas seulement un décalage emmerdant comme ça : Pas seulement. Il y a aussi les problèmes de sous-locataire qui veut bien rester dans l’appartement, mais pas payer le loyer, par contre. Ça, et gagner pendant plusieurs mois le tiers de mon salaire habituel, petit détail, déclenche une cascade d’événements désagréables. […] Continuer la lecture

Publié dans doute, révolte | Commentaires fermés sur Mouettes, négresses et entrecôte

Demain, à l’hôpital …

Quand j’y pense … en fait, je n’ai pas envie d’y penser. Pourtant … Mettre la blouse ; un petit plaisir. Arpenter les couloirs de l’hôpital ; tantôt ce petit sourire discret au bord des lèvres, tantôt cet air perdu si visible … Lire la suite Continuer la lecture

Publié dans année, blog, DFGSM 2, Ethique, études, étudiant, Hôpital, Initiation, Litthérapeute, Litthérapie, médecin, médecine, P2, première, Réflexion, Réussir, Santé, soins, Stage, Vocation | Commentaires fermés sur Demain, à l’hôpital …

Vigilance.

Lors d’une garde, je reçois Tedji, âgé de quatre ans. Ce petit garçon est amené par sa Maman, qui a aussi emmené une de ses soeurs, mais aussi une Tante, et une autre femme de sa famille dont je n’ai pas pris le temps d’étudier le lien de parenté. Ils sont de passage. Ils sont « du Voyage », comme disent beaucoup. Ils vivent dans des caravanes, se déplacent souvent une partie de l’année. Nous sommes au mois d’août, et ils sont en route pour se rendre à un pélerinage.

Ils sont venus nombreux pour une consultation, mais comme la journée est plutôt calme, mon bureau plutôt grand, et aussi parce que cela semble important pour eux, j’ai pris le parti de tolérer une consultation collective.

Tedji a été amené parce qu’il avait de la fièvre, mais ne parait pas très abattu. En m’occupant de lui, je m’adresse à sa Maman, et je réponds au fur et à mesure aux questions des deux autres femmes présentes. La Maman et toute jeune, toute frèle, toute fine. On dirait plus une adolescente, et je n’ose pas lui demander son âge. Elle pose des questions, montre son inquiétude, mais tous ses arguments sont appuyés par sa Tante qui parle de façon ferme, debout, immobile, ses deux pieds bien plantés dans ses sandales. L’autre femme est enceinte, elle est obèse. Elle s’est assise sur une chaise, les épaules en arrière, son vaste ventre en avant, et donne l’impression d’occuper toute la pièce à elle seule. Elle soupire à intervalle régulier.

– Qu’est-ce que je suis fatiguée!

La soeur de Tedji est un peu plus âgée que lui. Elle est assise sagement sur une chaise pliante à côté de la Femme Enceinte-obèse, tient à la main un pan de sa jupe et observe silencieusement, en balançant ses deux jambes dans le vide.

Tedji a de la fièvre.

– Depuis quand?

– Ooooh! On sait pas, ça fait un moment.

– Vous êtes dans le coin depuis longtemps?

Les regards de la mère et de la tante se font suspicieux. Elles ne voient pas ce que vient faire cette question, et se méfient: trouver un endroit pour stationner quelque part devient très difficile, et elles se demandent si je ne vais pas mettre le sujet sur le tapis. Elles sont venue pour faire soigner un enfant, et ont l’impression de répondre aux question des gendarmes, ceux-là même qui viennent parfois les expulser.

– Ca fait deux jours.

– Et vous étiez où, avant?

L’hésitation croit, elle ne voit pas en quoi cela me concerne, et il est vrai que ça ne me concerne pas directement.

– A La Rochelle.

– Et Tedji, il a eu de la fièvre, à La Rochelle?

– Non, il allait très bien, c’est quand on est partis de là-bas qu’il était pas bien.

– Donc, ça fait environ deux jours qu’il est malade, c’est ça?

– Ah oui, c’est ça!

Je sens le soulagement, car mes questions sont devenues tout à coup sensées et moins intrusives. Je quitte la Maman des yeux, et croise le regard de la Soeur, la Tante, et la Femme Enceinte, dont je remarque le visage rond, peut-être un peu bouffi, et les traits tirés.

Pendant que je pose quelques questions anodines et néanmoins utiles à la Maman de l’enfant, j’entends discuter la Tante et la Femme Enceinte à voix basse. Je n’écoute pas leur conversation, mais mon radar à signe clinique retient une petite phrase:

– Je suis essoufflée, ce matin, un peu plus qu’hier.

J’appelle Tedji, et je lui explique que je vais commencer à l’examiner. Je commence à palper son ventre, et mon regard croise, au passage, les chevilles et les mollets de cette femme qui me paraissent énormes, et surtout dont la peau me semble tendue et luisante. Ceci dit, elle est obèse, doit être en fin de grossesse, et je ne l’avais jamais vue avant.

Tedji est un peu inquiet, mais se laisse examiner, encouragé à haute voix par sa Maman:

– N’aie pas peur, mon fils, le Docteur, elle va t’ausculter et te regarder, elle va pas te faire de mal.

La Tante parle toujours à la Femme Enceinte. Une fois finie l’auscultation, lorsque je retire le stéthoscope de mes oreilles, j’entends cette fois:

– Oh, et puis, c’est ce mal de tête, ça fait un moment et j’en peux plus.

Pendant que j’attrape mon otoscope, je ne peux m’empêcher d’entendre la Tante qui embraye:

– T’as les jambes gonflées, non, aujourd’hui?

– Ben oui, c’est la première fois, ça me l’avait jamais fait avant. J’ai les chaussures qui marquent.

J’essaye de me concentrer sur Tedji, qui semble n’avoir vraiment pas grand chose de grave, mais je dois dire que mon attention est maintenant émoussée. Je lui regarde deux fois l’oreille droite, parce que, une fois en train de regarder la gauche, je ne me souviens plus de ce que j’avais vu à droite, ayant maintenant à l’esprit les plaintes de la Femme Enceinte. La Maman a une petite grimace d’inquiétude:

– Il a quelques chose à l’oreille?

– Non, je n’ai pas bien vu la première fois.

Et j’entends encore:

– Ah, mais ce mal de tête!

Je finis rapidement avec Tedji, parce que je suis convaincue qu’il n’a rien de grave, et que l’urgence est ailleurs. Je donne rapidement à la Maman et à la Tante quelques explications simples, rédige et explique une ordonnance aussi simple que possible, en leur expliquant les médicaments par leur nom mais aussi par leur aspect et leur couleur. Bien m’en prend, car la Maman m’avoue à voix basse:

– On ne sait pas trop lire, nous, vous savez.

Je lui demande si elle sait reconnaître les chiffres, et elle me dit que ça, elle sait le faire sans problème. Je lui suggère alors de demander au pharmacien de lui écrire le nombre de prises sur les boîtes, et je lui indique une pharmacie que je connais, proche d’une aire de stationnement des Gens Du Voyage, où le pharmacien a pris l’habitude de le faire systématiquement et de spontanément réexpliquer en délivrant les boîtes.

Je m’adresse maintenant à la Femme Enceinte, dont je ne connais ni le nom ni le lien de parenté avec les autres occupants de la pièce, et je lui propose de contrôler sa tension. Je lui explique que j’ai cru comprendre qu’elle ne se sentait pas très bien, et elle me ressert pèle-mêle toutes les plaintes que j’avais interceptées. Sa tension est beaucoup trop élevée pour une femme enceinte. C’est sa deuxième grossesse, et elle n’est pas vraiment suivie: elle a consulté çà et là aux urgences de plusieurs maternités, depuis le début, pour des inquiétudes anodines, des douleurs au ventre, pour se rassurer, et aussi pour « voir le petit » à l’échographie. Elle l’a vu la dernière fois, elle ne sait pas depuis combien de temps, c’est un garçon, il bougeait bien. Là, elle sait que la grossesse est bientôt finie, mais ne sait pas dire le terme en semaines, « comme ils font, les docteurs », elle pense être vers sept mois, parce qu’une fois, après une écho, on lui a dit qu’il devrait arriver vers octobre, et nous sommes en août.

Je ne me souviens plus ce qu’avait Tedji, je me souviens que ce n’était pas grave, il est sorti et a accompagné tout de suite la Femme Enceinte, qui était en fait une tante à la maternité, car elle avait bien une toxémie, et un cousin est né par césarienne quelques heures plus tard, un petit peu trop tôt, mais à temps.

Continuer la lecture

Commentaires fermés sur Vigilance.

Brève polyvalente.

– En temps que sophrologue, j’ai plusieurs branches à mon arc.

Continuer la lecture

Commentaires fermés sur Brève polyvalente.

Paris le 1er avril 2013 – URGENCE SANTE – Le gouvernement décide d’engager sans plus tarder la réforme du système de santé.

Prolongeant la récente intervention du président de la République et son appel à un effort national engageant tous les secteurs d’activité et notamment ceux de la santé et de la protection sociale, le premier ministre a réuni en séminaire de … Lire la suite Continuer la lecture

Publié dans Divers | Commentaires fermés sur Paris le 1er avril 2013 – URGENCE SANTE – Le gouvernement décide d’engager sans plus tarder la réforme du système de santé.

Un malade qui fait chier. Histoire de consultation 1146.


L’autre jour j’ai vu Monsieur Quipue en visite. J’aime pas trop les visites mais c’est quand même pas mal, les visites, ça montre la vraie vie, la vraie médecine, les mains dans le cambouis, là… La merde, ce qu’y a pas dans les livres, toussa. 
Tu m’emmerdes, gros con, voilà ce que je devrais dire à ce malade à qui je répète depuis des siècles qu’il faut arrêter de bouffer de la merde et qui continue avec une putain d’HbA1C dans les nuages à me faire douter de la médecine.

J’ai tout essayé et rien n’y a fait.

Quant à ce con de remplacé, le docteur Mescouilles, y s’en tamponne de son malade. Il pense que chacun fait ce qui veut et que le médecin donne des conseils et que son boulot s’arrête là. On est quand même pas des assistantes sociales qu’il m’a dit sans utiliser le second degré ! Mais à mon avis, le second degré, y comprend pas.

Moi, je me demande si je ne suis pas parfois une assistante sociale.

Alors, l’autre jour, je me pointe chez le mec, un taudis où t’as envie de rester debout et de ne pas coller ton cul de nana propre sur elle sur aucun des sièges qui te sont même pas proposés.

L’appart est un vrai chantier avec de la vaisselle pas lavée et des mégots de cigarettes un peu partout. C’est peut-être ça qui rend l’air irrespirable ?

Le malade, y va pas bien. Y tousse comme un damné et il a un peu de fièvre. J’ouvre une fenêtre et y me fait une tronche pas possible comme si j’étais en train de polluer son atmosphère.

Bon, si on faisait un peu de médecine… Faut dire que chez Monsieur Quipue, le problème, c’est qu’y pue. J’ai failli plusieurs fois lui demander si ça lui arrivait de se laver mais j’ai pas osé. Cela aurait servi à quoi ? La salle de bains est encore plus sale que lui. Le lavabo est noir et ressemble à son évier, sauf qu’il y a pas d’assiettes et de bols sales…

Donc, pour résumer, le malade est diabétique, il a une HbA1C à 10, y veut pas se faire piquer et au bout de 150 mètres il a une crampe dans le mollet. D’ailleurs je sais pas comment y fait pour savoir s’il a une crampe au bout de 150 mètres puisqu’il ne marche jamais ou presque et qu’il a une épicerie au coin de sa rue. Il picole, il fume et tout va bien.

Chaque fois que je vais en visite chez lui, je me répète avant tout ce que je devrais faire pour changer ce bordel et à chaque fois c’est le fiasco complet : Monsieur Quipue a une force d’inertie que même Einstein y saurait pas s’en sortir pour la calculer… Mais tout est relatif.

« Monsieur Quipue, faut qu’on fasse quelque chose ! », je commence avec vaillance en tentant de respirer le moins possible les remugles de la maison. « Ce n’est pas possible, vous avez trop de diabète, vous fumez trop, vous buvez trop, vous ne pouvez plus marcher et vous ne voulez rien faire… » Il me regarde avec un air bovin. J’ai oublié que le mec qui est devant moi assis sur une chaise pliante genre camping des flots bleus avec une table en formica souillée par de la poussière, des taches de café genre Rorschach, un cendrier rempli à ras bord, une boîte d’allumettes de cuisine, deux tasses ébréchées avec un fond indéterminé, Le Parisien ouvert et replié en deux à la page des mots fléchés, un bic mordillé sur le dessus et un bout de baguette dans un coin avec des miettes tout autour, était, avant que tout cela n’arrive, agent d’assurance et plutôt informé sur tout avec une solide culture de l’actualité… Y a des livres un peu partout et des livres bien, des classiques, des trucs intellectuels, des livres que j’ai même pas lus… Mais sa femme est morte il y a six ans, y m’a raconté ça, et il n’a plus eu envie de vivre… y s’est mis à boire plus qu’avant, et cetera… Le docteur Mescouilles m’a raconté l’histoire à sa façon, dans le style « C’est dingue comme les accidents de la vie peuvent être fatals… des gens biens… un peu négligents sur le ménage et tout a basculé… un cancer du sein qui a tué sa femme… c’est pourquoi moi, le dépistage, j’y crois dur comme fer… »

Et chaque fois que je ressors de chez Monsieur Quipue je me rends compte que j’ai rien fait, que je me suis laissée aller à ne rien faire, qu’il continuera à bouffer du sucre, à fumer des clopes, à ne pas se laver et à ne pas parler du décès de sa femme et de ses enfants qui ne viennent plus le voir et qui n’attendent qu’un truc, qu’il clamse pour récupérer le taudis…

J’y ai prescrit des antibios, du sirop, du doliprane, des bonnes paroles et je suis repartie la queue entre les jambes en me disant que la prochaine fois je ferai quelque chose. On appelle cela la procrastination…
Monsieur Quipue fait chier.


(Crédit photographique : ICI)

Continuer la lecture

Publié dans POISSON D'AVRIL | Commentaires fermés sur Un malade qui fait chier. Histoire de consultation 1146.

De la bonne (ou pas)

La bonne SF, la bonne fantasy, c’est quoi, d’abord ? Aujourd’hui, les littératures et les films de l’imaginaire semblent plus populaires que jamais…

Lire la suite…

Article original rédigé par Stockholm et publié sur Le Blog de Stockholm
Reproduction interdite sans… Continuer la lecture

Commentaires fermés sur De la bonne (ou pas)

l’Ordre des Médecins et le « Sunshine Act » à la française

Il y a un an, je publiais ce poisson d’avril provocateur. En réaction, Irène Kahn (vice-présidente du CNOM) affirmait sur Twitter qu’il ne s’agissait pas d’un poisson ! L’avenir lui a presque donné raison. Aux côtés de Prescrire et du Formindep, le CNOM s’est battu pour que la mise en application du Sunshine Act en France ne soit pas la tartuferie prévue initialement par le Ministère. Les dernières déclarations de Marisol Touraine sur ce sujet laissent (…)


Déontologie médicale et indépendance professionnelle

/
Continuer la lecture

Publié dans Humour | Marqué avec | Commentaires fermés sur l’Ordre des Médecins et le « Sunshine Act » à la française