Archives quotidiennes : 6 janvier 2013

Album photo

Je n’ai pas beaucoup de temps en ce moment, et juste envie d’écrire un petit billet même pas polémique, pour partager quelques photos de mon voyage en Asie.

Le choc de l’aéroport de Bangkok. 

             
Les paysages de la campagne où j’ai travaillé pendant un mois  

Les enfants :



Le marché du village (oui, bon, c’est pas l’abondance…)

Les routes 

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Médecine générale, mon amour

À ce statut formidable qu’est celui de l’externat de médecine
5 %  serait le nombre d’externes pleinement épanouis au quotidien pendant leurs études.
Les résultats de cette enquête seront présentés dans 5 jours par l’ANEMF.
Je ne connais pas les détails de cette étude. Mais je plancherai dessus.
5 %
Ce chiffre me laisse songeur. Une note dissonante qui vibre encore en moi.
À cette époque, je tenais déjà un  blog, tandis que je redoublais ma quatrième année et suivais ma femme dans son année de concours à Paris. Un blog beaucoup moins lu. Terriblement moins. Quelques amis, de la famille aussi. J’avais abdiqué. Le web peut parfois se révéler d’un effroyable mutisme ; j’ai connu cet anonymat glacial, un abîme où les mots se noient dans les brumes du néant 2.0. Sans écho. Seul.
Le froid du silence. Comme une ombre molle balaie la façade d’un caveau, j’errais sur le web.
Il a fallu plusieurs années avant que je ne fasse cette rencontre professionnelle fondamentale, essentielle ; mon salut. Rencontre qui me fait aujourd’hui dire : médecine générale, mon amour.
Mais ce chiffre tombe : 5 %
Chateaubriand a écrit le passé ressemble à un musée d’antiques ; on y visite les heures écoulées ; chacun peut y reconnaître les siennes. * Mon propre musée m’effraie.
J’ouvre un dossier, je tombe sur ces textes que la poussière a figé dans l’obscurité des rayonnages informatiques. Je ne pensais pas un jour y revenir.
J’ouvre ce dossier, lance le logiciel. Une diode rouge clignote à fleur de clavier. Un musée d’antiques. Je suis estomaqué par la souffrance que ces quelques paragraphes dégagent. Merde. La souffrance et la solitude.
5 %
Si ce chiffre se révèle un reflet sincère de la souffrance d’un corps étudiant, je veux profiter de la popularité naissante de mon blog pour publier le message de cet externe que j’étais il y a 4 ans. Un externe seul dans le silence du web. Une façon de rendre hommage aux externes, et à leur formidable ténacité.

Hiver 2008, quelque part dans le XI° arrondissement parisien :

« Faculté

Elle se tient là, dominant la ville et sa campagne de son ombre vulgaire. Ce colosse de béton semble être au centre d’une toile complexe de bitume. Tous les chemins mènent à Rome, et Rome est aujourd’hui enfoncée dans l’un de ses derniers cercles dantesques.
Les moteurs surchauffés bourdonnent sur le macadam, glissent sur les rampes sinueuses qui s’élèvent jusqu’au gigantesque cube. On le croît égaré, posé ici par erreur. Mais la tour a belle et bien été arrachée du béton ; une bulle a éclaté à la surface de ***, et des profondeurs a jailli cette aberration d’urbanisme. Le fils longiforme extrait de la cuisse d’un dieu malade.
La faculté se tient là, elle aussi, creusée dans les fondations mêmes du bâtiment. 
Il faut imaginer ces viscères glacées de plâtre et d’amiante, ses murs crasseux de poussière noire, où les plafonniers projettent sur les tableaux une lumière agonisante. Il faut une fois sentir les effluves grasses de sueur qui émanent des amphis surpeuplés pour réaliser l’atmosphère qu’il y règne. Il faut se heurter au murailles épaisses de l’administration pour réellement comprendre ce qu’est la Faculté de Médecine de *** et ce qu’elle représente pour nombres d’étudiants.
La Faculté de médecine de *** est une cave sombre. Des bas-fonds sordides dans lesquels se développent les réseaux arachnéens que tissent le doyen, ses agents et l’indolence de plus en plus significative de fonctionnaires blasés.
Règnent dans ces ténèbres permanents les mains anémiées de ces marionnettistes mous. Aveugles. Qui ne voient pas venir la chute.
Des araignées qui tapissent dans les ombres glacées de la cave du CHU la toile de l’échec.
D’après le chef de cette noble entreprise, l’échec de plus de deux tiers d’une promotion à l’examen de sémiologie – dont les antécédents pédagogiques sont déjà lourdement chargés – ne peut-être que la faute isolée des étudiants…
Nous abhorrons la structure qui est censé bâtir les fondations de notre profession future. Nous vous haïssons, vous et votre vision passéiste d’un enseignement qui n’est que le spectre de souvenirs qui vous hantent. 
Comment vous faire comprendre que les temps changent, que les étudiants ne nourrissent plus le désir de s’enliser dans les ténèbres de cette univers que vous glorifiez ? 
Le dégoût est la seule sensation que vous pouvez inspirer. Je ne parle même plus d’émotions, ni de perceptions raisonnées, mais de réactions viscérales. Le dégoût. Il faut qu’un journaliste frappe au seuil de votre institution pour que votre infernale machinerie fasse marche arrière.
Comment ne pas vomir ce système ? Comment ne pas haïr cette faculté ? Et pourtant, j’aime profondément ce pourquoi je foule son linoleum, laissée à l’abandon.
Car vous l’avez abandonnée en désignant seul coupable des étudiants face à un échec dont il est flagrant que vous en êtes les principaux auteurs. »

Presque 5 années plus tard, je me surprends à dire :
Médecine générale, mon amour.
Et ce que je n’avais jamais ressenti comme une vocation semble pourtant le devenir ; que de chemin parcouru pour parvenir à cette sérénité.

* Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI°, Chateaubriand

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