Archives quotidiennes : 31 décembre 2012

Bonnes résolutions

 » ‘Cause we’re only human. Oh yes we are, only human. If it’s our only excuse, do you think we’ll keep on being only human? Oh yes we are, only human, so far, so far » (Only human, Jason Mraz)

Il y a quelques jours, je lisais l’excellent billet de @docteurmilie ici .

Comme elle, j’aimerais pouvoir être parfait : toujours d’humeur égale, toujours souriant, toujours débordant d’énergie, toujours créatif.
J’aimerais aussi ne jamais râler ou ronchonner, ne jamais avoir de petits coups de blues, ne jamais avoir une crise de flemmingite aiguë.

Un médecin, ça se doit d’être parfait, tout le temps.
Un médecin a l’obligation de moyens, mais nous nous imposons, plus ou moins, une obligation de résultats.

J’aimerais tellement être tout le temps performant. Toujours savoir gérer mes patients de façon optimale.
Toujours être disponible, précis et clair quand je donne mes cours.

Bref, un monsieur zéro défaut.

Et pourtant, des défauts, j’en trimbale un sacré nombre. Plus ou moins gênants, plus ou moins encombrants, mais des défauts qui, je suppose, font de moi ce que je suis.
L’idéal serait peut-être d’avoir des défauts et ne pas s’en rendre compte pour donner l’illusion d’être parfait ?

Non, cela voudrait dire que l’on ne se connaîtrait pas suffisamment bien soi-même. J’ai déjà cité Socrate et son célèbre « Connais-toi toi-même ». Je préfère me connaître, savoir à quoi je dois faire attention pour tenter de lisser ces aspérités.

D’un autre côté, les gens sans défaut, je n’en connais pas. Ou peu. Ou alors, je ne les connais pas assez pour savoir quels sont leurs défauts.
Parce que, il faut le reconnaître, quand on se rend compte que ceux que l’on côtoie et admire sont, eux-aussi, imparfaits, cela a quelque chose de rassurant. Une espèce de sensation de normalité qui nous envahit et nous fait dire que l’on n’est peut-être pas si mauvais en fin de compte.

« C’est ta chance, ta force, ta dissonance. Faudra remplacer tous les « pas de chance » par de l’intelligence. C’est ta chance, pas le choix. C’est ta chance, ta source, ta dissidence. Toujours prouver deux fois plus que les autres assoupis d’évidence, ta puissance naîtra là » (C’est ta chance, Jean-Jacques Goldman)

Ah, cette angoisse de performance, encore elle.
J’avais un maître de stage de médecine générale, au cours de mon internat, qui m’avait dit un jour une phrase qui m’avait choquée.
« Ton contrat de soins s’arrête au moment où tu honores ta part du contrat en prodiguant tes soins, et le patient la sienne en te règlant la consultation ».
J’avais trouvé cela choquant parce que cela introduisait la notion de contrat, qui plus est, de contrat rémunéré.
Je ne suis pas certain de toujours réussir à m’appliquer cette notion.
J’ai du mal à clore un dossier difficile. J’entends par là, clore « psychologiquement ».
Je ne compte plus les fois où je suis rentré énervé chez moi parce qu’un patient n’avait pas été pris en charge comme je l’aurais souhaité par un confrère, ou parce que je ne me suis pas estimé suffisamment bon dans ma prise en charge personnelle du patient. Et Pardon à ma petite femme qui m’accueille ces soirs là.
Quand il fait beau, et qu’il n’est pas trop tard (ce qui n’arrive pas très souvent, malheureusement), je mets les baskets et je file courir un peu dans la campagne mi-française mi-belge juste derrière chez moi. Je rentre un peu soulagé. Provisoirement, mais c’est toujours cela de pris.

Mais, je me sens bien souvent comme @Fluorette, dans son magnifique billet (ici).
Je n’arrive pas à tout chasser de mon esprit. Ce n’est pas facile. J’envie ceux qui ont un métier qui leur permet de ne plus y penser une fois franchie la porte de leur entreprise.
Je ne les envie que quelques secondes, parce que je sais que ce métier que j’ai choisi est celui qui me convient le mieux. Et je regretterais sans doute si je n’avais pas pu être médecin généraliste.

Alors, j’essaye de prendre sur moi, et de le montrer le moins possible à mon entourage. Pour qu’ils n’aient pas à subir les inconvénients de mon métier.
Mais ils me connaissent trop bien pour savoir décrypter mon visage et mes comportements et se rendre compte quand cela ne va pas.
Encore une fois, le mythe du mari et du père parfait restera un mythe.
Mais cela fait sûrement encore de moi celui que je suis.

En cette veille de Nouvelle Année, si je devais prendre une bonne résolution, ce serait sans doute d’apprendre à accepter les imperfections, et ne plus vouloir tout le temps les gommer.

Oui, si en 2013 j’y arrivais, ce serait parfait.
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