Archives quotidiennes : 6 décembre 2012

Point de vue et insémination

Le pantalon sur les genoux, j’allume le téléviseur. Le ronronnement d’un lecteur DVD. Sélection des scènes. Je ne sais pas. Au hasard, scène 4. Une femme à la cinquantaine bien contrôlée est assise sur une glissière de sécurité au bord d’une route. Elle porte un tailleur. Elle écarte doucement les jambes, son regard simule un désir vicieux.
Il est 7h30. J’ai encore les paupières gonflées de sommeil. Qu’est-ce que je fous là, je me dis. J’éteins le téléviseur. Vous trouverez les magazines dans cette boîte. Juste là. 
Effectivement. 
Images nettes, en focale fixe. Les corps sont arc-boutés, dressés en torsions douloureuses sur un lit. Une chambre d’hôtel. Plusieurs séries de photo. Clichés dynamiques.
Je tourne les pages, feuillette.
Je me sens un peu plus à l’aise avec ça ; je n’en suis pas à mon premier coup d’essai.
Simulation de plaisir sur papier de mauvaise qualité.
Assailli d’images, je continue pourtant de tourner les pages.
Brutalisation de la sexualité par cette simulation à bas-coût. De la simulation du plaisir naît un simulacre lucratif, une représentation qui s’auto-entretient, dégagée de sa base réelle. Un simulacre qui nous plonge dans une inévitable frustration. La société crée du fantasme en millions d’exemplaires, ou sous couvert d’un haut-débit. Ce bombardement rétinien disperse son étalage de chairs dans une démesure totale. Courbes retouchées ou contrastes photoshopées, il déshumanise l’être et le transforme en un objet sexuel parfait, hygiéniste, un sex-toy imberbe et totalement onirique. Dans les décombres que laissent ces explosifs visuels gît un désir sourd, redoutable, qui peine en vain les corps épuisés. Le simulacre a pris le pas sur la simulation. Une forme d’aliénation nourri par l’inassouvissement du désir. Inaccessible.
Le corps est une icône, cul à l’air, sur ces rayonnages de papier glacé. On a fabriqué un simulacre de réalité sexuelle, une toile de désirs que l’on tisse sans jamais pouvoir s’y fixer. Sexual Web.

7h45.
J’ai les mains encore douloureuses de la brûlure du froid. Températures négatives à l’extérieur.
Je dépose le prélèvement de sperme et quitte la pièce. Laissez la porte bien ouverte, il est écrit sur la pancarte au-dessus de l’évier. Je croise la technicienne en sortant. Je suis nerveux. Elle me rend l’ordonnance. Renouvelable encore cinq fois. Mais en espérant que ce ne sera pas nécessaire, me dit-elle en souriant.

Plus à l’aise ?
Vraiment ?
Au moins le temps d’une première insémination.


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