Archives quotidiennes : 18 avril 2007

Gériatre, une profession d’avenir.

Il y a une chose plus exaspérante que tout, c’est les rélexions gentilles mais pleines de condescendance larvée qu’on vous assène si vous êtes une fille et que vous parlez de votre stage en pédiatrie, ou que vous envisagez d’être pédiatre.
« oh oui, c’est mignon les gosses », etc etc. Ce qui, si on ajoute les sous titres veut dire « ah ces utérus sur pattes, dès que ça voit un gamin, ça perd toute dignité ».
Si vous êtes un mec, c’est une preuve d’humanité et de sensibilité toute particulière que de vous intéresser aux gosses.
Si vous êtes une nana, c’est parce que vos hormones vous travaillent et que vous avez décider de vous éclater en faisant gouzi gouzi toute votre vie durant.

Alors que, par exemple, quelqu’un qui choisit la gériatrie n’aura jamais droit à ces réflexions condescendantes, pourtant la gériatrie c’est aussi drôle et mignon que la ped.

– Les couches ? Elles y sont dans les deux cas. Alllez allez, ne te voile pas la face, lecteur, tu es assez grand pour entendre ce genre de vérité, tu n’es pas comme ces femmes enceintes pour la première fois à qui personne n’ose dire qu’elles ont une bonne chance de se déféquer dessus lors du plus beau moment de leur vie (il ne faut pas gâcher le plaisir en révélant cela à l’avance).

– Les arts plastiques que savent faire les gamins plus grands ? Ils y sont toujours. Du point de croix, à la fresque en caca sur les murs (pour les plus évolués), tous trouvent un moyen d’exprimer leur extraordinaire créativité.

– Les deux sont taquins.
Si vous demandez à un gamin « et tu as mal, ? », comme c’est influençable un gamin, il répondra quasi immanquablement « oui’. Vous en serez pour vos frais, vous devrez ravaler le « et tu te foutrais pas un peu de ma gueule là ? », et trouver un autre moyen de savoir où il a mal vraiment.
Si vous demandez la même chose à un petit vieux, il se peut qu’il vous répondre « Gare du Nord, j’attends le train », auquel cas vous revoilà exactement dans la même situation. Sauf que vous aurez un fou rire à gérer en plus.

– Les deux sont contagieux. De principe.
Si vous faites un stage en pédiatrie en période de bronchiolite, vous avez toutes les chances de vous chopper une toux. Si vous le faites en période de gastro…
Et si vous n’avez pas fait la varicelle, vous allez immanquablement saisir l’occasion, tel le petit veinard que vous êtes.
En gériatrie ce n’est pas la même flore bactérienne, mais c’est le même topo. Un ami, qui, comme moi, faisait AideSoignant en maison de retraite l’été, a (contrairement à moi), réussi à y choper la gale. La classe.

– Les deux sont surprenants au quotidien.
Vous pouvez voir un gamin de 8ans remercier l’aide soignante qui remporte son plateau repas d’un « Je vous remercie infimiment, c’était excellent », ce qui, d’une part vous prouve qu’il existe des gosses bien élevés (ma bonne dame), d’autre part vous donne la furieuse envie de prolonger son hospitalisation de quelques jours. Trouver un plateau repas d’hôpital excellent, est forcément le symptôme de quelque chose. Au moins de mythomanie.
Vous pouvez aussi croiser une petite vieille dans l’ascenceur, en revenant de la radio qui se trouve 4 étages sous votre service, et voir, en réponse à votre obligeant « Quel étage, madame ? », la petite vieille enfoncer le bouton de l’étage de gériatrie aiguë en vous assenant, l’air triomphant « Moi je vais au 8ème merci ». Ce qui en soit est perturbant, mais l’est d’autant plus quand on sait qu’il n’y a que quatres étages.

– Les deux ont des prénoms ridicules, rarement dans le même genre (quoique). Entre Roberte ou Britney… que choisir ? Mais surtout, pourquoi, pourquoi, faire ça à un enfant (encore) innocent ?
En prévision de toutes les conneries qu’il fera plus tard, vous lui offrez un passeport pour se faire lapider au quotidien dans la cour de récré ? Alors, allez y, lâchez vous.

Et enfin, la gériatrie a même des avantages. Alors, la prochaine fois, soyez condescendants avec les pédiatres ET les gériatres
– Un vieux, ça se drogue. Regardez les médicaments que prend boulotte votre grand mère. Je suis prête à parier qu’au milieu des vitamines et des trucs pour le coeur, vous aurez de l’haldol ou du rivotril. Ca aide à dormir, ça calme les angoisses. Appliquer la même logique à un gosse est certes fort tentant, mais n’est pas une pratique qui fait consensus dans le monde médical.

– Si mamie se pète la hanche, on la confie à l’orthopédiste. Mais quand vous essaiez de vérifier que les hanches d’un ancien prématuré qui vient d’atteindre les 2kg300 g ne sont pas instables, vous avez l’impression que quelque chose va vous rester entre les doigts et que vous n’aurez alors d’autre choix que vous retourner vers la mère un peu méfiante dans son coin de chambre, pour lui laisser le choix « vous préférez l’aîle ou la cuisse ? ».

– Et enfin, gros gros avantage de la gériatrie, et qui rend la pédiatrie bien moins fun de nos jours :
Il n’y a pas de parents. Parce que quand quelqu’un est suffisament vieux pour vous faire un alzeihmer galopant, en général, c’est que ses parents boulottent des pissenlits depuis un moment.

Et ça c’est grandiose, parce que vous pouvez faire un examen clinique sans avoir l’impression que l’oeil de dieu est sur vous. (Rien n’est plus stressant qu’une mère inquiète, ou même curieuse. Je veux dire, faire tomber un bébé discrétos, pas de problème… Mais si les parents sont là… aaaah…).
Il paraît qu’à une époque bénie, avant l’avènement des chambres « mères enfant » dans les services, certains externes sussuraient à des gosses d’un ton apaisant et doucereux « mais qu’est ce que t’es laid(e) toi. oh làlà, tu vas en avoir du mal à trouver une nana plus tard », (Françoise Dolto, si tu me lis, cesse de te retourner dans ta tombe).
Si les préma sont des crevettes hallucinantes de fragilités et au delà des vannes, certains nouveaux nés tiennent plus de la baudroie que de l’être humain. Alors évidemment, ce genre de phrase ça passe toujours par nos têtes (au moins par la mienne), mais ne franchissent jamais mes lèvres, parce que si la mère entre à ce moment là, je suis bonne pour devoir lui expliquer que « mais non, une tête de baudroie, c’est pas grave, ça passe souvent en grandissant, et au pire, on fera de lui un orthopédiste ».
Et là, franchement, le prosélytisme pour l’ortho, c’est au dessus de mes forces.

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