Pandémie et intégrité des politiques publiques (EU) : corruption, conflits d’intérêts, fraude, népotisme, atteinte aux principes du système démocratique

Toutes les disciplines scientifiques ont eu leur augmentation d’articles pendant la pandémie. En consultant des articles en économie, j’ai trouvé un article qui fait très peur, mais il ne m’a pas surpris (accès libre). Nous comprenons que les standards d’une pratique responsable aient été oublié pendant cette période. La lecture de l’article (pages) est facile […]
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histoire d’un pétage en règle

Cet été, je suis allé avec mon pote Patrick découvrir le plateau des Millevaches à travers la Creuse et la Corrèze. Je suis arrivé avec peu d’entrainement et peu de fatigue sportive, mais sans fraîcheur à cause de la chaleur des jours précédents avec des nuits médiocres. Score de sommeil Garmin la veille de la […]
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Privation de connaissance

La domination du marché sur la recherche et la pratique médicales pose des problèmes encore plus graves que ceux de la sélection des thèmes ou de la manipulation des résultats. En voici quelques exemples.

Pour faciliter sa communication, donc le marketing, le marché raisonne toujours en monofactoriel : cellule cancéreuse = cancer, cholestérol = accident vasculaire, protéine tau = Alzheimer, manque de sérotonine = dépression, etc. Ce réductionnisme, au sens épistémologique du terme, est également réducteur sur les processus cognitifs des chercheurs et universitaires, souvent à leur insu, en diminuant leurs facultés de mise en perspective clinique ou historique.

L’obsession pharmacologique sur ces facteurs, artificiellement isolés, entraîne des conséquences bien plus fâcheuses que celles d’éventuels effets indésirables. La principale est d’amputer la connaissance de l’histoire naturelle de nos symptômes, troubles et maladies.

Tout en nous réjouissant des énormes progrès de la médecine sur les plus graves maladies, tout en évitant un passéisme désuet qui voudrait s’en tenir au célèbre aphorisme d’Hippocrate natura medicatrix, il nous faut néanmoins constater que faire progresser la connaissance sur notre complexion physiologique et physiopathologique est de plus en plus difficile, voire impossible.

Il n’est plus possible de connaître l’évolution naturelle d’une virose respiratoire sans anti-inflammatoires, voire sans antibiotiques théoriquement inefficaces. Il n’est plus possible d’observer passivement l’évolution d’une petite tumeur, même chez une personne âgée ; l’interventionnisme a transformé cette passivité en un risque juridique. Il n’est plus possible de connaître l’efficacité des thérapies comportementales sur les douleurs, car il n’existe plus de douleurs vierges d’antalgiques, y compris chez les enfants.

D’ailleurs, les thérapies comportementales de tous types ne peuvent plus faire l’objet d’études comparatives sérieuses et menées à terme, puisque le seul fait de mettre sur le marché un médicament dans une indication donnée, a pour conséquence immédiate de dévaloriser tout autre type de thérapie. La mercatique n’a pas eu à déployer de grands efforts de communication auprès de nombre de médecins et patients, pour les convaincre que la chimie sera plus efficace sur la douleur, la tristesse ou l’athérosclérose que le yoga ou la marche.

Le biopouvoir marchand, la consommation effrénée et l’évolution des pratiques médicales sont devenues les principaux freins aux progrès de la connaissance clinique et thérapeutique.

Faut-il s’en émouvoir davantage que des autres régressions cognitives liées à la suprématie du marché sur nos comportements ? Sans doute pas, mais ayant un penchant naturel pour la médecine et le soin, je suis triste de savoir que mille connaissances en ces domaines me sont désormais inaccessibles.

Référence

 

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Les scientifiques doivent apprendre à communiquer pour améliorer l’intégrité de la recherche

A première lecture, je n’avais pas bien capté les messages de ce court article (mai 2022, 4 pages) présentant l’activité du Center for Innovation in Science Education (R3ISE) de l’école de santé publique de Johns Hopkins à Baltimore (USA). Le titre : « Improving research integrity: a framework for responsible science communication”. Les 3R correspondent aux […]
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Bilan médical du lundi huit août au dimanche quatorze août 2022. C’est les vacances : no comments

Salman Rushdie

 







Est-ce que les revues systématiques peuvent nettoyer la science ?







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Quand une grossesse se produit sans qu’il y ait eu pénétration

© Pxhere

C’est l’histoire d’une fillette turque de onze ans, victime d’inceste, qui s’est retrouvée enceinte alors qu’il n’y a pas eu de rapport sexuel avec pénétration. Il s’agit là d’un cas très rarement rapporté dans la littérature médicale.

La petite fille est amenée à l’hôpital car elle se plaint de douleurs à l’estomac. Elle est rapidement conduite dans le département de médecine légale à des fins d’examens gynécologique et psychiatrique car les urgentistes constatent qu’elle est enceinte. La fillette, qui a 11 ans et 5 mois, vit dans une région rurale avec sa mère, son père et son frère. Ses parents ont une quarantaine d’années. Sa mère est femme au foyer et suit un traitement pour une dépression. Le père est ouvrier.

Il s’avère que la fillette a été victime d’abus sexuels. Tout a commencé lorsqu’elle regardait des films pornographiques en compagnie de son frère, âgé de 14 ans. Celui-ci posait ses mains sur sa sœur. Les attouchements ont duré pendant un an, jusqu’à conduire à des frottements, avec le pénis, des régions anale et vaginale de sa sœur.

La fillette a déclaré aux médecins que son frère avait commis ces gestes sur elle après avoir pris pour habitude de visionner des films pornographiques avec ses copains. Son frère a également tenté des pénétrations vaginale et anale sur sa sœur, lorsque sa mère était absente de la maison ou quand ils étaient seuls et que leur mère dormait.

La petite fille déclare aux médecins qu’elle a eu ses premières règles à l’âge de 9 ans. Les médecins n’observent pas de traces de traumatisme de la région génitale, normalement développée. L’hymen, de forme annulaire, a une structure non élastique. Le diamètre de l’orifice hyménal est de 1,3 cm. Sur la base de ces constatations, les médecins considèrent que l’hymen de l’enfant est « toujours intact et non élastique ». L’examen de la muqueuse anale ne montre pas de trace traumatique.

Lors de l’entretien psychiatrique, la fillette évite de regarder son interlocuteur dans les yeux. Son humeur est dépressive. Elle s’en veut, a des flash-backs, un sentiment de honte, racontent les médecins qui rapportent ce cas clinique dans un article publié dans le numéro de juillet 2022 du Journal of Forensic Sciences. Un test de grossesse (par détection de l’hormone bêta-HCG) est positif.

La jeune patiente est alors transférée dans le service de gynécologie et d’obstétrique de la faculté de médecine de l’université Ahi Evran (Kirsehir, ville au sud-est d’Ankara). Les médecins conseillent une interruption de grossesse afin de préserver la santé physique et mentale de cette fillette si jeune. Elle est examinée à nouveau dans le service de psychiatrie. Des symptômes de stress post-traumatique émergent lors de la consultation. Un avortement est pratiqué à la 14e semaine de grossesse. Les autorités judiciaires sont averties de la situation.

Un test ADN de paternité est réalisé sur le fœtus, qui révèle que le frère de la fillette est le père biologique. Durant toute la procédure médicale, l’enfant a été retirée de sa famille et placée par les services sociaux dans une institution d’une autre ville.

Il est extrêmement rare qu’une grossesse survienne en l’absence de pénétration vaginale et il est encore plus rare qu’une relation sexuelle incestueuse, sans pénétration pénienne, aboutisse au même résultat. On parle de coït intercrural (du latin inter, « entre » et crura « jambes »), ou de coït interfémoral, pour désigner le fait qu’un homme simule une pénétration vaginale en frottant son pénis entre les cuisses serrées de sa partenaire. Les abuseurs sexuels choisissent cette pratique de « sexe sans pénétration » afin de préserver la virginité de leur victime et/ou éviter la survenue d’une grossesse.

Ce n’est pas la première fois que des cas d’abus sexuels par un frère, plus  ou moins âgé que sa victime, sont rapportés dans la littérature médicale internationale. Ce cas clinique est exceptionnel dans la mesure où l’examen gynécologique, de même que les déclarations de la jeune victime, indiquent qu’il n’y a pas eu de pénétration pénienne.

D’anatomie variable d’une femme à l’autre, l’hymen est un repli situé au bord de l’orifice vaginal. Cette fine membrane sépare le vagin de la vulve. Il est naturellement perforé d’un petit orifice, plus ou moins étroit, qui permet l’écoulement des règles. On sait cependant que l’hymen, à la puberté, peut être suffisamment souple et élastique pour permettre des rapports sexuels complets sans occasionner de lésion traumatique. Son intégrité n’est donc pas synonyme de virginité. Dans le cas présenté par Ibrahim Eroglu et ses collègues légistes, l’hymen a cependant été considéré comme intact et non élastique. Ainsi, bien qu’il n’y ait pas eu de pénétration pénienne, des spermatozoïdes présents dans un éjaculat sur la vulve ont donc réussi à entrer via un minuscule orifice vaginal (ostium dit « en tête d’épingle »).

En 1999, des gynécologues et obstétriciens israéliens ont rapporté le cas d’une écolière de 18 ans admise à l’hôpital pour un avortement à la 20e semaine de grossesse. Trois mois auparavant, l’adolescente avait consulté pour un retard de règles (aménorrhée).

À l’examen gynécologique, l’hymen est intact. Le gynécologue exclut une grossesse chez cette jeune fille dont les règles, apparues trois ans auparavant, sont irrégulières. Il ne prescrit pas un test de grossesse, mais un court traitement progestatif pour le retard des règles (aménorrhée secondaire). N’ayant toujours pas ses règles un mois plus tard, la patiente consulte à nouveau son gynécologue qui lui prescrit un traitement prolongé par progestérone.

C’est alors que la jeune fille consulte son médecin traitant car elle est constipée. Constatant un abdomen distendu et une absence persistante de règles, le généraliste lui prescrit un test de grossesse, qui s’avère positif. Après quoi, la jeune fille est admise à l’hôpital de Beer-Sheva.

L’interrogatoire de la jeune fille révèle que son partenaire, qui se frottait contre elle, éjaculait entre ses cuisses. Il n’y a jamais eu de pénétration vaginale. À l’examen gynécologique, l’hymen est intact. « L’éventualité d’une grossesse, même si l’hymen est intact et que l’histoire indique l’absence de pénétration, devrait toujours être envisagée chez une jeune femme présentant une aménorrhée inexpliquée », concluent les auteurs de ce cas clinique hors normes.

Autre cas remarquable de grossesse inattendue

En 2007, des gynécologues britanniques ont décrit, dans BJOG (British Journal of Obstetrics and Gynaecology), le cas d’une femme de 33 ans se présentant aux urgences car elle souffre depuis cinq jours de vomissements et de douleurs abdominales.

Cette patiente a présenté à la naissance une ambiguïté sexuelle due à une maladie génétique enzymatique qui affecte les glandes surrénales. On lui diagnostique à l’âge de trois semaines un déficit en 21-hydroxylase (avec syndrome de perte de sel néonatal), responsable de ce que l’on appelle une hyperplasie congénitale des surrénales. Les patientes atteintes de cette pathologie endocrinienne pendant la vie fœtale subissent des troubles de la différenciation des organes génitaux externes, à l’origine d’une ambiguïté sexuelle à la naissance (virilisation des organes génitaux externes).

À l’âge de 3 ans, l’enfant subit une clitoridoplastie (réduction d’un clitoris hypertrophié) et une séparation des lèvres qui adhéraient entre elles.

Entre 14 et 18 ans, elle est à nouveau opérée. Les chirurgiens pratiquent à trois reprises une introitoplastie et une vaginoplastie. Ces procédures consistent à agrandir l’orifice d’entrée du vagin et à élargir la cavité vaginale. Malheureusement, au fil des années, le vagin s’est rétréci et les lèvres adhèrent de nouveau entre elles. L’orifice vaginal (ostium) devient minuscule.

La jeune femme entretient une relation avec un homme mais son anatomie intime empêche toute pénétration. À l’âge de 31 ans, et alors qu’elle a des règles minimes et peu fréquentes, on lui annonce qu’elle ne pourra jamais être enceinte, la forme clinique de déficit en 21-hydroxylase qu’elle présente conduisant à un état d’infertilité.

Lorsqu’elle se présente deux ans plus tard aux urgences pour des douleurs abdominales diffuses et alors que ses dernières règles remontent à quatre semaines, elle déclare à l’équipe soignante que son compagnon se livre au coït intercrural, ce qui simule donc une pénétration.

Le dosage sanguin de beta-HCG montre que la patiente est enceinte. L’échographie abdominale montre la présence d’un sac gestationnel. Un second examen échographique est pratiqué 72 heures plus tard, montrant le sac gestationnel et le sac vitellin, sac membraneux attaché à l’embryon humain, destiné à le nourrir avant que fonctionne le système circulatoire. La patiente est à environ 5 semaines de grossesse.

Durant sa grossesse, elle a reçu un traitement par glucocorticoïdes (hydrocortisone et fludrocortisone). Aucune anomalie fœtale n’a été observée lors des échographies. L’accouchement par voie basse étant anatomiquement impossible, les obstétriciens ont pratiqué une césarienne à 38 semaines de grossesse. La patiente a donné naissance à une petite fille  en bonne santé de 2,6 kg, dont les organes génitaux externes étaient normaux (absence de signes de virilisation).

Ce cas clinique est donc exceptionnel dans la mesure où une conception spontanée est survenue malgré l’existence d’importantes barrières physiologiques et de sévères obstacles anatomiques (sténose du vagin, coït intercrural).

Grossesse inexpliquée après mutilation génitale féminine

En 2015, deux autres cas cliniques remarquables ont été rapportés par des gynécologues britanniques dans The European Journal of Contraception & Reproductive Health Care. Ils concernent deux femmes, l’une d’origine érythréenne, l’autre soudanaise, victimes de mutilation génitale féminine. N’ayant jamais eu de pénétration vaginale, ces deux femmes, respectivement âgées de 25 et 26 ans, ne savaient pas qu’elles étaient enceintes lorsque les médecins leur ont annoncé leur grossesse.

La patiente de 25 ans, étudiante au Royaume-Uni depuis sept ans, a déclaré qu’il lui était impossible de tomber enceinte car elle n’avait pas de rapport sexuel avec pénétration. Elle indique avoir subi une mutilation génitale lorsqu’elle était enfant, sans qu’il lui soit possible de préciser à quel âge. L’examen gynécologique a montré un minuscule ostium vaginal, si petit que l’extrémité d’un écouvillon pour prélèvement vaginal ne pouvait même pas y être introduit. De plus, les lèvres étaient fusionnées, avec un minuscule interstice entre elles pour laisser s’écouler le flux menstruel.

L’échographie abdominale a montré une grossesse de 9 semaines. La patiente a décidé d’avorter une semaine plus tard.

Le cas de la seconde patiente, qui séjournait au Royaume-Uni depuis onze mois pour ses études, est similaire. Elle aussi ne comprenait pas qu’elle puisse être enceinte, n’ayant jamais eu de rapport sexuel avec pénétration, et pour cause : les lèvres sont presque entièrement fusionnées, avec entre elles une minuscule ouverture de 5 mm de diamètre.

À 16 semaines de grossesse, la patiente a accepté de subir une désinfibulation. Cette intervention chirurgicale est destinée à libérer la cicatrice vulvaire de l’infibulation, cette mutilation consistant en une suture de la majeure partie des lèvres de la vulve. Au moment de la parution de ce cas clinique en 2015, la grossesse était toujours en cours.

Pour conclure, signalons qu’une étude, publiée en 1974 et portant sur 3 000 femmes soudanaises, a rapporté trois cas de grossesse en absence de pénétration. La présence d’un minuscule ostium vaginal avait été constatée chez ces femmes alors que le travail avait commencé.

Enfin, en 1976, une étude, également conduite au Soudan et menée auprès de 1 245 femmes sur une période de cinq cas, a dénombré cinq cas de grossesse chez des femmes dont le diamètre de l’orifice vaginal était très réduit.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états’, consacré aux mille et une facettes du diabète – déjà dix-huit billets.) 

Pour en savoir plus :

Eroglu İ, Yildiz A, Seviçin S. Incestuous childhood sexual abuse between siblings resulting in pregnancy without sexual intercourse. J Forensic Sci. 2022 Jul;67(4):1743-1747. doi: 10.1111/1556-4029.15023

Mistry H, Jha S. Pregnancy with a pinhole introitus: A report of two cases and a review of the literature. Eur J Contracept Reprod Health Care. 2015;20(6):490-4. doi: 10.3109/13625187.2015.1044083

Cartwright R, Ben-Nagi J, Smith R. Intercrural sex leading to an unexpected pregnancy in a woman with a stenotic vagina secondary to congenital adrenal hyperplasia. BJOG. 2007;114(6):767–8.doi: 10.1111/j.1471-0528.2007.01330.x

Sheiner E, Katz M. Pregnancy without penetration. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 1999 Mar;83(1):121. doi: 10.1016/s0301-2115(98)00308-x

Wolf B. Schwangerschaft nach ejaculatio ante portas bei anatomisch bedingtem Kohabitationshindernis [Pregnancy after ejaculatio ante portas in a patient with an anatomical obstruction to intercourse]. Zentralbl Gynakol. 1988;110(22):1457-9.

LIRE aussi : « Miracle de la Nativité » ? Non, mais un cas clinique vraiment extraordinaire !

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Bulletin de l’Académie de Médecine : bravo pour 4 articles sur les revues scientifiques

Il est heureux de voir que des revues françaises défendent la diffusion des savoirs, en particulier dans notre langue. BRAVO, mais les relecteurs auraient pu être plus attentifs. Il y a un éditorial et trois ‘research articles’. L’éditorial du rédacteur en chef, JN Fiessinger, a pour titre ‘Revues scientifique, revues de formation’. Il pose bien […]
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Virons-les ! A propos d’une expérience en maternité. Allégorie et deuxième degré.

La moulinette du génial Jean-Christophe Averty (1928 - 2017)

Dr Yellokoum 🦁🤱🏼🍄 raconte sur twitter son expérience de la maternité.

Ce n'est pas piqué des hannetons.

Voir ICI.

Tout y passe : 

Frein de la langue (du bébé) qui empêche la tétée.

Torticolis (du bébé), tout le monde le dit.

Prise en charge par une psychométricienne proposée par l'interne (femme)de pédiatrie.

Ostéopathie pour le bassin du bébé avec cette phrase hors-sol : " Vous pouvez aller chez untel, il ne touche pas, il travaille en surface." 

Rebelote pour le frein. La pédiatre insiste "Si on le fait maintenant, on le fait comme ça. Si c'est plus tard, c'est ORL ou stomato et sous anesthésie générale"

La pédiatre : "Y a pas de torticolis"

La sage-femme conseille l'ostéopathie pour la maman.

La sage-femme libérale conseille l'ostéopathie parce que bébé "s'étire en diagonale"

Un détail : la maternité est de niveau 3 en CHU !

Ouah !

(Je n'ajoute pas, vous connaissez mon manque de confraternité, que le médecin généraliste de notre pharmacienne n'était pas tombé dans le piège du frein)

A mon (humble) avis il y a dans cette "prise en charge" un résumé succinct que rien ne va en médecine, je dis résumé succinct mais je devrais écrire une goutte d'eau dans l'océan de khonneries qui a envahi la santé.

La médecine remonte le temps où il y avait plus de bébés qui naissaient les jours de pleine lune, où la façon de "porter" un bébé indiquait le sexe de l'enfant à venir, où écouter du hard-rock ou du classique pendant la grossesse influençait le caractère de l'enfant, et cetera.

Voici revenu le temps des ténèbres.

Mais, plus précisément, la médicalisation de la santé, le règne du zéro défaut, le culte de l'enfant parfait, le mythe de la bonne mère, la normalisation de la vie des personnes non malades comme celle des personnes malades, sans compter celles qui ne le sont pas et qui pourraient le devenir, sont des facteurs d'anxiété majeurs.

On parle des soignants que l'on a éliminé des soins parce qu'iels ne voulaient pas se faire vacciner.

Je pense qu'il faudrait virer les enseignant.es qui parlent d'ostéopathie bénéfique dans leurs cours aux étudiants en médecine comme aux élèves infirmières, aux futurs kinésithérapeutes, aux apprenties sages-femmes ou aux puéricultrices.

Je pense qu'il faudrait virer les soignant.es qui établissent des diagnostics erronés pour des maladies qui n'existent pas et sans examiner les personnes, qui parlent à J1 de couper un frein de langue, qui proposent à J1 de l'ostéopathie à un bébé, qui parlent d'ostéopathie pour une femme qui vient d'accoucher.

Virons-les !

Une analyse plus fine de tout cela, et la lecture des commentaires sur twitter à propos de l'expérience de notre pharmacienne est vertigineuse, permettrait sans doute de revenir à des fondamentaux du soin. Et de la médecine. Et ne me dites pas que les professionnels de santé, ici une professionnelle de santé, sont des personnes à part quand iels deviennent des soins, non, ils ont le ragréé plus acéré.

Les fondamentaux du soin.

Ecouter.

Observer.

Rassurer.

Ne pas inquiéter.

Conseiller des pratiques éprouvées.

Savoir que la grossesse n'est pas un état pathologique.

Comprendre qu'un nouveau-né n'est pas un malade en puissance.

Un nouveau-né appartient à sa mère (et à son père, bien entendu), pas aux soignants.




Il est clair que dans cette moulinette idéologique je pourrais envoyer avec le bébé et l'eau du bain, le paternalisme, la misogynie, le patriarcat en oubliant que tous les intervenants, d'après ce témoignage, étaient des femmes, ce qui montre le pouvoir étonnant du maternalisme, le maternage forcé, le matriarcat volontaire, l'intériorisation de la violence faite aux femmes par les femmes elles-mêmes... 

Je peux rajouter qu'il ne s'agit pas de surmédicalisation mais de médicalisation de la santé.

Les femmes sont au centre de ce processus. Comme par hasard.

Et ce pourquoi elles sont faites : faire des enfants sains.

Jadis, il fallait choisir entre la vie de la mère et la vie de l'enfant et, devinez qui faisait le choix ? Le père.

Désormais la société patriarcale et maternalisée, choisit et la mère et l'enfant, c'est à dire une mère parfaite et un nouveau-né parfait avec des normes, de plus en plus de normes à respecter, depuis la meilleure musique à écouter en faisant l'amour jusqu'à la meilleure position pour donner le sein, sans oublier l'ostéopathie, l'acupuncture ou l'homéopathie.

Les injonctions, souvent contradictoires, pour la bonne santé dans un monde imparfait, sont sources de culpabilité, d'anxiété, de dépression, de mal être et non d'épanouissement à moins d'avoir les moyens intellectuels et sensibles de s'extraire de cette gangue de bons sentiments et de contraintes débiles. Et grâce aussi à un entourage emphatique, aimant, bienveillant qui rassure et qui réconforte. 

Virons les chefs de service qui laissent entrer l'ostéopathie, l'homéopathie, l'acupuncture, le yoga, et cetera, dans les maternités, virons les pédiatres, les sages-femmes, les puéricultrices, qui laissent entrer les coupeurs de freins dans les services, les manipulateurs des nouveau-nés, les séances d'ostéopathie pour les femmes, et qui prescrivent de l'homéopathie pour arrêter les montées de lait... 

Virons-les une bonne fois !

PS : Attention : deuxième degré.

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Reconnaissance des jeunes chercheurs qui sont l’avenir de la recherche par les éditeurs, les sociétés savantes…

Ce court point de vue (19 pages) a pour objectif de présenter quelques réflexions sur les jeunes chercheurs après la COVID-19. Il a été publié en janvier 2022 par une société savante basée au Canada, et que je ne connais pas : ‘The International Council for Research and Innovation in Building and Construction (Conseil International […]
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Stage avec Wim Hof en Pologne, part 3

Le lendemain en fin de matinée, c’est balade en direction de Wim’s House. Je papote avec A, américano-russe sportif. On a quelques passions communes. On suit les mêmes débats stériles sur le Net sur telle ou telle façon de s’alimenter. A l’époque, j’étais très enclin à m’entrainer quotidiennement, cette petite coupure est bizarre pour moi. […]
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Bilan médical du lundi premier août au dimanche 7 août 2022 : validité externe, menaces, pédiatrie hospitalière, Mediapart, vacciner, douleurs neuropathiques.

 
Marilyn Monroe (1/06/1926 - 4/08/1962)

Validité externe d'un essai clinique.

La validité externe d'une étude clinique, nous prendrons l'exemple d'une étude contrôlée molécule active vs placebo, est au centre de la pratique médicale.

Voyons d'abord la définition de la validité externe : ICI

En résumé : une étude clinique bien menée montre que la molécule A est supérieure au placebo sur des critères définis par avance et considérés comme robustes, c'est à dire adaptés à la pathologie et/ou pertinents pour l'évolution clinique du patient, soit la maladie B. 

Pour savoir si une étude randomisée est robuste, lire LA l'article de Guyatt et Busse datant de 2016. 

Dans quelle mesure les résultats de cette étude sont applicables aux patients tout venants, qu'ils soient vus à l'hôpital ou qu'ils soient vu en extra-hospitalier et porteurs de la maladie B ? Tout venants signifie des patients qui n'ont pas été inclus dans l'essai parce qu'ils étaient, par exemple, trop vieux, trop polymédicamentés, trop jeunes, ou que leurs fonctions rénale, cardiaque, pulmonaire étaient trop dégradées ou parce qu'il s'agissait de femmes, de représentants de minorités ou autres...

Il est possible de dire par provocation que la validité externe n'est pas tellement que cela au centre de la pratique médicale puisque nous l'avons dit très souvent ICI ou LA, la plupart des pratiques médicales (hospitalières) ne sont pas fondées sur des résultats significatifs et reproduits émanant d'études cliniques contrôlées menées selon une méthodologie robuste.

Vous imaginez aisément que les pratiques entre-hospitalières sont encore plus sujettes à caution non pas parce que les médecins extra hospitaliers seraient des crétins finis, mais parce qu'il n'existe pas le plus souvent d'essais contrôlés et que les populations qui les consultent sont différentes ou mal catégorisées. 

La validité externe d'un essai est cependant à la fois au centre de la démarche d' Evidence Based Medicine et son impossibilité car les populations des essais contrôlés (outre le fait que la critique de leur robustesse peut être infinie) sont souvent à mille lieues des populations communautaires (on pourrait même dire que les populations communautaires correspondent exactement aux populations exclues des essais contrôlés !)

L'exemple du paxlovid est parlant. La HAS, mais d'autres agences non françaises, ont validé (pour des raisons qui pourraient paraître mystérieuses à des esprits scientifiques mais que l'on pourrait énumérer ainsi : qui peut le plus peut le moins, le principe de prévention, la peur des réactions de l'opinion publique à la non disposition d'un traitement "qui marche", ne pas fâcher les industriels qui les nourrissent, bla-bla-bla) la prescription du paxlovid chez des malades vaccinés alors que l'étude pivot Epic-HR (LA) ne comprenait aucun malade vacciné !


Publier des évènements indésirables liés à un médicament peut entraîner des menaces venant des employés de l'industrie pharmaceutique et des académiques



Article tout à fait surprenant : ICI.


Les hôpitaux, les prisons et les putes, telles sont les universités de la vie. J'ai passé plusieurs licences, vous pouvez me donner du Monsieur. Charles Bukowski


Pédiatrie hospitalière.

Cinq recommandations dans le cadre de Choosing Wisely pour améliorer la qualité des soins chez les enfants hospitalisés : LA. Prendre en compte : 

(1) length of intravenous antibiotic therapy before transition to oral antibiotics, (2) length of stay for febrile infants evaluated for serious bacterial infection, (3) phototherapy for neonatal hyperbilirubinemia, (4) antibiotic therapy for community-acquired pneumonia, and (5) initiation of intravenous antibiotics in infants with maternal risk factors for sepsis.

Grosse (grosse) polémique à propos d'un article de Lise Barnéoud dans Mediapart.

Malheureusement l'article (Vaccination, jusqu'où doit aller l'altruisme ?) ne peut être lu que sur abonnement : voir LA.

Donc, le commenter sans que vous l'ayez lu serait peu contributif .

En revanche, je vous propose de lire la discussion sur twitter initiée par Dominique Dupagne (@DDupagne) pour comprendre l'intensité des débats.


Vacciner tous les enfants (0-16) contre le covid et... contre le reste.

Pierre Callamand, pédiatre au centre hospitalier de Béziers, nous a gratifié d'un tweet enthousiaste et comminatoire pour la vaccination universelle des enfants contre toutes les maladies où il existe un vaccin. Etonnamment il n'a pas parlé de la grippe saisonnière et de la varicelle (un oubli ?)


Nous diffusons largement.

Image du centre hospitalier de Béziers


Les douleurs neuropathiques : des recommandations sous influence.

On me transmets des recommandations pour la prise en charge des douleurs neuropathiques : ICI

Je lis cela et comprends très vite que la lecture critique d'article ne fait pas partie de la philosophie de ces recommandations.

Je regarde les liens d'intérêts sur la base Eurosfordocs et je comprends : que les auteurs n'ont pas déclaré leurs liens d'intérêts et que je n'ai pu constater leurs conflits d'intérêts que parce que j'ai cherché.

C'est nul.

Le tableau suivant est très explicite (communiqué par 

Boson de Guiz

Effet collatéral du Covid : l'industrie arrose moins.

J'en profite pour regarder qu'à cause du Covid, de l'annulation des congrès, de la diminution de mise en place d'études cliniques, les sommes octroyées par l'industrie pharmaceutique et des matériels aux médecins a largement diminué. Sans doute que ces nouveaux pauvres vont bientôt se plaindre sur les réseaux sociaux de leur nouvelle précarité...






Hello San Francisco (
Joe Pierre, MD
)

Cette phrase devrait être une évidence : 

Gros problème de notre société, qui semble ne pas prendre conscience que l'angoisse et la tristesse ne sont pas des maladies...

Autrice : 
Dr Peecs




Publié dans VALIDITE EXTERNE | Commentaires fermés sur Bilan médical du lundi premier août au dimanche 7 août 2022 : validité externe, menaces, pédiatrie hospitalière, Mediapart, vacciner, douleurs neuropathiques.

Une vieille maladie contagieuse

 




C’est l’histoire d’une jeune femme Phyllis, 22 ans, dont vous apercevez avec son accord l’arrière-gorge sur la photo et en particulier son amygdale gauche avec une zone creusée blanchâtre en son centre. Cette jeune femme avait une symptomatologie d’angine non fébrile : mal de gorge, un ganglion douloureux et gonflé, difficultés lorsqu’elle avalait…

Son médecin généraliste, a évoqué une atteinte due à une bactérie classique mais en prescrivant des prélèvements de la zone suspecte de la gorge au laboratoire, il a également demandé une recherche de treponema pallidum. Et là, bingo, le tréponème a été retrouvé en grandes quantités. C’était donc un chancre syphilitique. Le chancre signe dans cette maladie le point d’inoculation c’est-à-dire la zone de pénétration de l’agent infectieux…

Lorsqu’il me l’a adressé pour explications et traitement, elle a eu la même réaction que tous les gens à qui on parle de syphilis : « ça existe encore cette maladie, ça n’a pas disparu ? »

Je lui ai expliqué que la syphilis était une infection sexuellement transmissible, très contagieuse et potentiellement grave. De plus, comme de nombreuses IST, elle peut passer inaperçue : chancre indolore, dans un deuxième temps plaques de syphilis secondaire prises à tort pour une atteinte non infectieuse… J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer cette maladie qui n’a jamais disparu, en détails (1,2).

Comme une infection sexuellement transmissible peut en accompagner d’autres, il faut toujours les rechercher même en l’absence de symptômes (cas le plus fréquent), un bilan IST s’imposait. Les IST se transmettent principalement par contact cutané lors d’un rapport sexuel par voie vaginale, anale ou orale. La transmission a lieu également via des caresses intimes, des rapports bucco-génitaux, avec ou sans pénétration.

Le bilan est à la fois sanguin et génital : sérologies HIV, hépatites virales B et C, sérologie syphilis (pour suivre son évolution), sérologie herpès, recherche de gonocoques, chlamydiae, trichomonas, frottis cervico-vaginal pour la recherche de papillomavirus… Si les IST ne sont pas traitées ou prises en charge tôt, les conséquences sont préoccupantes : salpingite (atteinte des trompes), stérilité, troubles de la fertilité… pour certaines, hépatites chroniques ou pire pour d’autres.

Par ailleurs, j’ai mené mon enquête auprès de Phyllis en évoquant les partenaires des dernières semaines et de découvrir ainsi le patient 0. Le but étant de couper court à une épidémie, c’est une étape essentielle.

Je l’ai vue énumérer ses dernières conquêtes : Tim, Sami, Edouard, Florian et Mona...« Je suis encore trop jeune pour me cantonner à une seule sexualité, je ne me veux pas me décider » m’a-t-elle fait remarquer. Aucun rapport n’avait été protégé. Pour être claire, je me réjouis que les gens aient des relations intimes et je n’ai aucun problème moral ni avec l’infidélité ni avec les partenaires multiples.

En revanche, malgré un interrogatoire poussé et des investigations avec l’accord des partenaires, je n’ai jamais réussi à trouver qui avait contracté la maladie en premier, ni réussi par conséquent à briser la chaîne de transmission et ça c’est un gros problème : la syphilis circule dans Paris… FF

1.       1. https://www.huffingtonpost.fr/life/article/la-syphilis-est-elle-une-maladie-du-present-ou-du-passe_74645.html

2. https://www.lisez.com/livre-grand-format/confidences-dune-dermatologue/9782221238707
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Covid-19 : une personne sur huit présente des symptômes persistants, selon une étude néerlandaise

Alex Green © Pexels

Une vaste étude néerlandaise, conduite en population générale, rapporte qu’une personne sur huit ayant contracté la Covid-19 se plaint d’au moins un symptôme persistant. Les résultats ont été publiés le 5 août 2022 dans l’hebdomadaire britannique The Lancet.

On sait qu’après avoir récupéré d’une infection aiguë par le SARS-CoV-2, certains patients continuent de présenter des symptômes physiques, psychologiques et/ou cognitifs, ce que l’on dénomme la « Covid longue » (ou plus communément « Covid long »).

Ces séquelles à long terme de la maladie aiguë Covid-19 constituent un enjeu majeur de santé publique dans la mesure où elles peuvent avoir d’importantes répercussions pour les personnes concernées. Aussi est-il urgent de déterminer l’ampleur et la nature de ce problème afin d’apporter une réponse adaptée en termes de politique de prise en charge médicale.

Absence de terminologie unifiée et d’une définition précise

Un problème inhérent à cette affection post-Covid-19 est qu’il n’existe toujours pas de définition précise de ce que l’on a baptisé Covid long, ni même de consensus sur la durée des symptômes associés à cette affection (qui va de quatre semaines à six mois, même si la plupart des études ont évalué cette question sur une période de trois mois). L’avance de terminologie unifiée et de définition consensuelle représente un obstacle à une prise en charge médicale codifiée de ces patients présentant des symptômes séquellaires. Pour compliquer les choses, la plupart des études publiées ont consisté à faire un suivi de patients ayant été pris en charge dans un service hospitalier. Or la grande majorité des personnes ayant développé la Covid-19 ont présenté une forme légère et n’ont pas été hospitalisées.

Une vaste étude en population générale

Aranka Ballering, Judith Rosmalen et leurs collègues psychiatres, spécialistes en médecine communautaire et médecine interne, ont conduit une vaste étude destinée à analyser la nature, la prévalence et la sévérité des symptômes à long terme associés à la Covid-19. L’originalité de cette étude tient au fait que les chercheurs ont tenu compte dans leurs estimations à la fois du fait que certains symptômes pourraient être déjà présents avant l’apparition de la Covid-19 mais également du fait que des symptômes pouvaient, durant la même période, toucher des personnes indemnes de Covid-19 (sujets témoins appariés sur le sexe et l’âge).

C’est la première fois qu’une étude sur la Covid-19 utilise ce type d’approche pour mesurer, au sein de la population générale, la nature et l’ampleur des séquelles à long terme après une COVID-19 aiguë. Elle fournit des informations détaillées sur la dynamique des symptômes avant et après l’infection par le SARS-CoV-2, les chercheurs ayant déterminé à intervalles réguliers la nature des symptômes au cours de ces deux périodes.

Le groupe des sujets Covid-19 convalescents a ainsi été comparé à un groupe témoin, afin de séparer les effets de l’infection virale de ceux possiblement liés à la pandémie, aux restrictions d’ordre sanitaire et aux mesures de santé publique.  

L’étude a examiné la santé et le comportement d’une cohorte de 167 729 personnes vivant dans le nord des Pays-Bas. Les chercheurs leur ont adressé, à 24 reprises, un formulaire informatisé portant sur 23 symptômes. Les réponses ont été recueillies entre le 31 mars 2020 et le 2 août 2021, le taux de réponse variant entre 28 % et 49 %. Envoyés initialement toutes les semaines, les questionnaires ont ensuite été adressés aux participants toutes les deux semaines, puis une fois par mois.

En mars 2021, soit un an après le début de l’étude, seulement 3,7 % des participants avaient été doublement vaccinés contre la Covid-19, un chiffre qui devait atteindre les 9,8 % fin avril 2021, moment où le dernier sujet a été inclus dans cette étude de suivi à long terme. Il est à noter que c’est le variant Alpha (ex-variant anglais) qui était dominant à cette époque aux Pays-Bas. Cette étude n’a donc pas porté sur des personnes infectées par les variants ultérieurs du SARS-CoV-2, en l’occurrence Delta et Omicron.

Vingt-trois symptômes évalués

Au total, 23 symptômes ont été listés par les chercheurs néerlandais : céphalées (maux de tête), vertige, douleur thoracique, nausées, douleurs musculaires, gêne pour respirer, sensations alternées de chaud et de froid, picotements des extrémités, sensation de boule dans la gorge, fatigue généralisée, lourdeur dans les bras ou dans les jambes, toux sèche, fièvre, diarrhée, douleur de l’estomac, agueusie (perte du goût), anosmie (perte de l’odorat), éternuements, yeux qui démangent. Les douze premiers symptômes de cette liste sont validés comme étant représentatifs de plaintes somatiques*. Les autres symptômes ont été ajoutés car considérés, dès le début de l’étude, comme liés à la Covid-19.

Parmi les 76 422 participants répondeurs finalement inclus dans cette étude (âge moyen : 53 ans, 60 % de femmes), plus de 4 200 ont développé la Covid-19, soit environ 5,5 % d’entre eux. Un plus grand nombre d’hommes que de femmes ont été hospitalisés (5 % vs. 2,5 %). 

L’évaluation de la dynamique des symptômes a montré que l’intensité de quasiment tous les symptômes évalués a augmenté lors de la phase aiguë de la Covid-19 dans le groupe des participants infectés par rapport à ceux présents dans le groupe témoin. Dans les 90 jours suivant le diagnostic de Covid-19, la diarrhée, les douleurs à l’estomac, les éternuements, la toux, l’écoulement nasal, la fièvre et le mal de gorge sont revenus à la normale, ce qui suggère que ces symptômes étaient surtout présents durant la phase aiguë de la maladie.

Lorsque les chercheurs ont analysé dans ces deux groupes les symptômes présents dans les 90 et 150 jours après la Covid-19, ils ont constaté que ceux-ci étaient plus sévères que ceux présents avant la Covid-19 et ceux observés chez les participants du groupe témoin. Ces symptômes étaient de nature cardiovasculaire (douleur thoracique, difficultés respiratoires, douleur à la respiration), musculo-squelettique (douleurs musculaires), sensoriels (agueusie, anosmie, picotements des extrémités, sensation de boule dans la gorge, sensations alternées de chaud et de froid), généraux (lourdeur dans les bras ou dans les jambes, fatigue généralisée).

L’intensité de ces symptômes atteignait un plateau dans un délai de trois mois et ne déclinait pas par la suite. Les chercheurs font remarquer que l’intensité des céphalées, des démangeaisons oculaires, du mal de dos et des nausées n’a pas augmenté dans les 90 à 150 jours après le diagnostic de Covid-19.

Il apparaît que la répartition de nombreux symptômes semble varier selon le sexe des participants, notamment la sensation d’avoir une boule dans la gorge, d’une lourdeur dans les bras ou les jambes, de ressentir du chaud ou du froid de façon intermittente. Ainsi, en comparaison avec les participants de sexe masculin, les participantes ayant eu la Covid-19 ont présenté durant plus longtemps des symptômes d’intensité croissante après l’infection aiguë.

Symptômes généraux. Lignes rouge et bleue : respectivement, participants et participantes ayant eu la Covid-19. Lignes hachurées rouge et bleue : participants et participantes du groupe témoin, ayant développé ou non la Covid-19. Ballering AV, et al. Lancet. August 06, 2022.

Les chercheurs précisent que 40,7 % (790 sur 1 942) des participants ayant eu la Covid-19 présentaient au moins un symptôme d’intensité modérée dans  un délai de 90 à 150 jours, contre 29,3 % (1 275 sur 4 353) parmi les sujets du groupe témoin. Les douleurs musculaires et le mal de dos étaient les symptômes les plus fréquemment rapportés à la fois dans le groupe Covid-19  (chez respectivement 13,5 % et 10,8 % des participants) et dans le groupe contrôle (8,5 % et 9,5 %, respectivement).

Il ressort également que les participants du groupe Covid-19 ont été plus nombreux (29,6 %) que ceux du groupe témoin (18,1 %) à présenter au moins un symptôme d’intensité croissante dans les 90 à 150 jours après le diagnostic de Covid-19. Les auteurs de l’étude soulignent que l’agueusie, l’anosmie, les douleurs musculaires et la fatigue généralisée ont plus tendance à augmenter d’intensité chez les participants Covid-19 que chez ceux du groupe témoin. En particulier, la prévalence d’une agueusie ou d’une anosmie d’intensité croissante a été 19 fois plus élevée dans le groupe Covid-19 (7,6 %) que dans le groupe témoin (0,4 %).

Si l’on ne s’en tient qu’aux symptômes généraux pour définir l’affection post-Covid-19, il ressort que 21,4 % des participants Covid-19 ont présenté au moins un symptôme ayant atteint une intensité modérée. Ils ne sont que 8,7 % dans ce cas dans le groupe témoin, ce qui représente une différence statistiquement significative. « Ces résultats impliquent que 12,7 % des patients ayant eu la Covid-19 ont présenté des symptômes généraux d’intensité modérée dans les trois mois après la Covid-19 et que ceux-ci ont pu être attribués à l’infection par le SARS-CoV-2 », résument les auteurs.

En d’autres termes, en tenant compte des symptômes ayant augmenté en sévérité et pouvant être attribués à la Covid-19, tout en corrigeant en fonction des symptômes présents avant l’infection et de ceux pouvant être observés dans une population indemne d’infection par le SARS-CoV-2, cette étude montre qu’« environ qu’un patient sur huit est affecté par des symptômes persistants après la Covid-19 . Ce résultat montre que l’affection post-Covid-19 représente un problème urgent, avec un bilan humain de plus en plus lourd », concluent les auteurs.

Il importe de souligner qu’au moment où cette étude a commencé, certains symptômes n’avaient pas encore été identifiés comme possiblement associés à la Covid-19, tels qu’un dysfonctionnement cognitif (brouillard cérébral) ou un malaise après l’effort. De plus, cette étude n’a porté que sur des personnes âgées de plus de 18 ans et ne concerne donc pas l’affection pédiatrique post-Covid-19.

À ce propos, une étude américaine cas-témoins, publiée le 5 août 2022 dans le MMWR, le bulletin épidémiologique hebdomadaire des CDC, rapporte que les patients âgés de 0 à 17 ans ayant eu la Covid-19 présentent un risque doublé d’embolie pulmonaire, de myocardite ou de maladie cardiaque. Le risque  d’évènements thromboemboliques veineux (caillot sanguin dans une veine), d’insuffisance rénale aiguë et de diabète de type 1 est également augmenté**. Toutes ces pathologies sont rares, ou peu fréquentes, dans ce groupe d’âge. Cette étude, conduite entre le 1er mars 2020 et le 31 janvier 2021, a inclus  781 419 patients âgés de moins de 17 ans ayant développé la Covid-19 et 2,34 millions de sujets témoins de même âge.

Il reste que l’étude néerlandaise, comme cette dernière étude américaine, ne fournit pas d’éléments permettant de déterminer les mécanismes physiopathologiques qui expliqueraient l’affection post-Covid-19 qui a généralement un impact sur le fonctionnement quotidien.

Des experts ont déterminé, en utilisant la procédure Delphi (processus codifié servant à établir des définitions scientifiques), que la fatigue et la dyspnée (gêne respiratoire) étaient les principaux symptômes de l’affection post-Covid-19. En revanche, l’étude néerlandaise confirme que ces troubles appartiennent bien aux symptômes généraux qu’ils ont identifié mais notent que  les douleurs thoraciques, l’agueusie ou l’anosmie font partie des symptômes les plus distinctifs. Les chercheurs attachent plus d’importance aux picotements des extrémités (considérés comme un symptôme important par 39 % des experts) qu’aux céphalées (jugées comme importantes par 56 % des experts). « Nos résultats suggèrent que les picotements des extrémités constituent un symptôme général alors que les céphalées ne sont pas liées à l’infection par le SARS-CoV-2 », estiment-ils.

Ces résultats montrent la nécessité, sinon l’urgence, de disposer d’une définition de l’affection post-Covid-19, reposant au moins sur les symptômes généraux. Il importe également de tenir compte de symptômes tels que la dépression, l’anxiété, le brouillard mental, l’insomnie, le malaise après l’effort, dans la mesure où il apparaît que la Covid-19 pourrait également affecter le fonctionnement du cerveau et donc la santé mentale.

Selon les chercheurs néerlandais, la recherche sur la Covid longue devrait également intégrer l’appartenance ethnique des sujets inclus dans les études, leur statut socio-économique, la présence de maladies chroniques préexistantes, le terrain génétique.

De même, il est nécessaire de déterminer les divers mécanismes physiopathologiques responsables de l’apparition de la Covid longue. Certains symptômes peuvent-ils être expliqués par des mécanismes communs ? Enfin, il est possible que la définition de la Covid longue nécessite de tenir compte de l’existence de différents types d’affection post-Covid-19. « Ce qui conduira à des traitements multimodaux personnalisés qui pourront être mis en œuvre pour prendre en charge le nombre de plus en plus élevé de personnes souffrant de Covid longue », estiment Christopher Brightling et Rachel Evans (université de Leicester) dans un éditorial associé à l’article de leurs collègues néerlandais.

Enfin, dans la mesure où de très récentes études semblent indiquer que la vaccination anti-Covid-19 avant une infection par le SARS-CoV-2 réduit les risques de développer des symptômes séquellaires six mois après la maladie, des études devraient évaluer, chez l’adulte comme chez l’enfant, l’effet de la vaccination et l’impact des différents variants, concluent les auteurs.

Publiée au Royaume-Uni en juin 2022, une enquête du Bureau des statistiques nationales (ONS) montre que deux millions de britanniques déclarent présenter une Covid longue. Parmi eux, 72 % indiquent avoir des symptômes depuis au moins 12 semaines, 42 % depuis au moins un an et 19 % depuis au moins deux ans.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous ses états’, consacré aux mille et une facettes du diabète – déjà dix-sept billets.) 

* Ces 12 symptômes s’inspirent de ceux figurant dans la sous-échelle somatisation (qui évalue les troubles somatoformes) dans le questionnaire Symptom Check List-90 (SCL-90) conçu pour mesurer la présence et l’intensité des symptômes psychologiques.

** Embolie pulmonaire aiguë  (adjusted hazard ratio : 2,01), myocardite et  cardiomyopathie (1,99), évènement  thromboembolique veineux (1,87), insiffisance rénale aiguë ou non spécifiée (1,32), diabète de type 1 (1,23).

Pour en savoir plus :

Ballering AV, van Zon SKR, de Hartman TC, et al. Persistence of somatic symptoms after COVID-19 in the Netherlands: an observational cohort study. Lancet. August 06, 2022. doi: 10.1016/S0140-6736(22)01214-4

Brightling CE, Evans RA. Long COVID: which symptoms can be attributed to SARS-CoV-2 infection? Lancet. 2002 Aug 6;400:411-13. doi: 10.1016/S0140-6736(22)01385-X

Kompaniyets L, Bull-Otterson L Boehmer TK. Post–COVID-19 Symptoms and Conditions Among Children and Adolescents — United States, March 1, 2020–January 31, 2022. MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2022;71:993–999. doi: 10.15585/mmwr.mm7131a3

Ayoubkhani D, Bermingham C, Pouwels KB, et al. Trajectory of long covid symptoms after covid-19 vaccination: community based cohort study. BMJ. 2022 May 18;377:e069676. doi: 10.1136/bmj-2021-069676

Soriano JB, Murthy S, Marshall JC, Relan P, Diaz JV; WHO Clinical Case Definition Working Group on Post-COVID-19 Condition. A clinical case definition of post-COVID-19 condition by a Delphi consensus. Lancet Infect Dis. 2022 Apr;22(4):e102-e107. doi: 10.1016/S1473-3099(21)00703-9

Nguyen NN, Hoang VT, Dao TL, et al. Clinical patterns of somatic symptoms in patients suffering from post-acute long COVID: a systematic review. Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 2022 Apr;41(4):515-545. doi: 10.1007/s10096-022-04417-4

Antonelli M, Penfold RS, Merino J, et al. Risk factors and disease profile of post-vaccination SARS-CoV-2 infection in UK users of the COVID Symptom Study app: a prospective, community-based, nested, case-control study. Lancet Infect Dis. 2022 Jan;22(1):43-55. doi: 10.1016/S1473-3099(21)00460-6

Evans RA, McAuley H, Harrison EM, et al; PHOSP-COVID Collaborative Group. Physical, cognitive, and mental health impacts of COVID-19 after hospitalisation (PHOSP-COVID): a UK multicentre, prospective cohort study. Lancet Respir Med. 2021 Nov;9(11):1275-1287. doi: 10.1016/S2213-2600(21)00383-0

Taquet M, Dercon Q, Luciano S, et al. Incidence, co-occurrence, and evolution of long-COVID features: A 6-month retrospective cohort study of 273,618 survivors of COVID-19. PLoS Med. 2021 Sep 28;18(9):e1003773. doi: 10.1371/journal.pmed.1003773

Amin-Chowdhury Z, Ladhani SN. Causation or confounding: why controls are critical for characterizing long COVID. Nat Med. 2021 Jul;27(7):1129-1130. doi: 10.1038/s41591-021-01402-w

Ballering A, Olde Hartman T, Rosmalen J. Long COVID-19, persistent somatic symptoms and social stigmatisation. J Epidemiol Community Health. 2021 Feb 23;75(6):603–4. doi: 10.1136/jech-2021-216643

Sur le web :

Une définition de cas clinique pour l’affection post-COVID-19 établie par un consensus Delphi (OMS, 6 octobre 2021)

Office for National Statistics. Prevalence of ongoing symptoms following coronavirus (COVID-19) infection in the UK.

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L’accès au buffet, l’accès aux vaccins.


Martin Parr (1952- )

Qui n'a jamais fréquenté un buffet all-inclusive de petit-déjeuner, de brunch, de déjeuner ou de dîner et qui ne s'est jamais laissé aller à faire comme les autres, c'est à dire manger plus que de raison, s'empiffrer, boire trop, goûter à tout et en laisser plein dans son assiette et dans ses verres ? 

Qui n'a jamais fréquenté un buffet all inclusive en disant à ses enfants d'y aller mollo, qu'il fallait manger et non bouffer et qu'ils finiraient pas être malades ?

Et recommencer le lendemain ?

Mais pas le susursursurlendemain car les rapaces se rendent compte que trop c'est trop, qu'ils commencent à avoir des troubles du transit, que c'est toujours la même chose, que ça manque finalement de goût ou qu'au contraire on finit par se lasser des bonnes choses...

Quand c'est all inclusive, c'est que vous êtes aussi all inclusive...

On pourrait en faire des tonnes sur la société de consommation sur le gâchis, sur l'arrogance des riches, sur le surpoids, l'obésité ou la bêtise pure et simple...

Mais n'oublions pas que le all inclusive ne concerne pas que les super riches de la planète, ce qui serait un moindre mal, le all inclusive concerne les riches, la classe moyenne supérieure et inférieure, et même les ouvriers et les employés de ces mêmes pays riches. Le all inclusive permet aux presque pauvres des pays riches d'aller se bâfrer dans des clubs de vacances dans les pays pauvres en inondant le ciel de kérosène.

Les assiettes tellement remplies que les personnes qui les ont décorées ont du mal à retourner à leur table sans les renverser.

Le pourcentage des personnes en surpoids.

L'appropriation de certains plats de peur de manquer : les desserts capturés ou kidnappés dès le début du repas.

Les personnes qui font des réserves en entassant dans des serviettes en papier des sandwiches pour la route.

Les bousculades.

Les femmes et les enfants après.

Tout le monde connaît. 

On pourrait en faire des tonnes..

Les serveurs et serveuses qui ramassent les assiettes à moitié vides ou à moitié pleines.

Les employés de cuisine qui viennent déverser la bouffe sur les présentoirs.

Je pourrais en faire encore plus et vous citer les "Soprano" où la nourriture est au centre de la vie sociale : le frigo des Soprano, le restaurant des Soprano.


Quant à La grande bouffe...




Et cela se passe près de chez vous...


Mais, vous me voyez venir avec mes gros sabots, je vais vous parler des vaccins anti Covid.

Rappelez-vous aussi les buffets offerts par l'industrie pharmaceutique : comment les médecins se ruaient sur le buffet comme s'ils n'avaient pas mangé depuis trois jours et comment ils bourraient leurs poches de petits fours pour les déguster chez eux aux frais de la princesse...

Car l'allégorie du buffet all inclusive s'applique parfaitement à la distribution locale et internationale des vaccins.

C'est le buffet all inclusive des vaccins.

Les pays riches ont décidé que les vaccins seraient leur propriété.

Les pays riches ont décidé de se servir d'abord. Et chaque pays riche a commencé par lui-même. C'est le contraire de l'altruisme, c'est même une idée très forte de l'extrême-droite : s'intéresser à ses proches d'abord sans tenir compte des autres.

Les pays riches ont commandé tellement de vaccins que l'offre dans les pays riches a été supérieure à la demande et que l'on a dû détruire des vaccins périmés parce qu'il était trop tard pour les offrir aux pays pauvres.






Le 27 mai 2022


Mais quand on détruit des vaccins périmés au Nigeria, c'est peut-être dû à l'hésitation vaccinale, je n'en sais rien, mais c'est surtout dû à l'impéritie des donateurs, à l'impéritie des logisticiens, à l'impéritie des systèmes de santé et de délivrances des soins dans les pays à faibles revenus.

Pas de système de santé robuste, pas de distribution de vaccins et surtout : pas de vaccination..

Mais ce n'est pas vrai que pour les vaccins : ce qui fait un bon système de santé, ce sont certes les soignants, médecins comme non médecins, mais ce sont les infrastructures, les hôpitaux, les cliniques, et le médico-social et l'hygiène (le tout à l'égout), les assistantes sociales et la lutte contre la dénutrition ou contre la faim.

Ce qui se passe avec le vaccin contre la "variole du singe" est encore plus démonstratif du all inclusive des riches.

  1. Cette maladie est endémique en Afrique
  2. Ce n'est donc pas nouveau
  3. Elle ne touchait que des Africains pauvres, très pauvres, dans des zones limitées
  4. On avait un vaccin et on ne vaccinait pas les populations à risque
  5. Maintenant que cela touche les pays riches on vaccine dans les pays riches et on se moque toujours des pauvres des pays pauvres
  6. Le buffet des riches est installé dans des pays où même les serveurs n'ont pas le droit de se servir des restes !




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Grandeurs et décadences des revues scientifiques pendant la pandémie de COVID-19

Je remercie F Coulée et E Hirsch qui m’ont invité lors d’un colloque de deux jours sur les enseignements de la pandémie de COVID-19. J’ai enregistré ma communication dans une vidéo mise sur YouTube et je voudrais récapituler dans ce billet tous les liens aux sources pour argumenter mes propos. J’ai cité de nombreux articles. […]
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Des chercheurs italiens isolent le virus monkeypox dans le sperme d’un patient présentant une excrétion virale prolongée

Virus monkeypox. NIAID © Flickr

Des chercheurs italiens rapportent, dans un article publié le 2 août 2022 sur le site web de la revue Lancet Infectious Diseases, avoir isolé le virus monkeypox dans le sperme d’un patient et avoir observé, pendant une durée prolongée, la présence de ce virus infectieux capable de se répliquer.

Le patient en question est un homme de 39 ans qui avait voyagé en Autriche  au cours des deux premières semaines du mois de mai dernier. Il a déclaré avoir des relations avec d’autres hommes et être un travailleur du sexe et a précisé avoir eu des rapports sexuels sans préservatif durant le mois précédent.

Infecté par le virus du sida (VIH), il reçoit un traitement antirétroviral (doglutavir et lamivudine). Il a été hospitalisé cinq jours après le début des symptômes. En plus de présenter de la fièvre, plusieurs lésions papuleuses  groupées, accompagnées de démangeaisons, sont apparues dans la région anale. Des lésions isolées sont également présentes sur la tête, le thorax, les jambes, les bras et le pénis. Il y a plus de trente ans, le patient avait été vacciné contre la variole.

La présence de l’ADN du virus monkeypox a été détectée par PCR sur des prélèvements de lésion cutanée et de croûtes réalisés cinq jours après le début des symptômes*. Les chercheurs de l’Institut national des maladies infectieuses ‘Lazzaro Spallanzani’ (IRCCS, Rome) ont réussi à isoler le virus à partir d’un prélèvement par écouvillonnage d’une lésion cutanée sur la tête. Par ailleurs, échantillons de plasma, d’urine et de sperme ont été recueillis dans le but de déterminer la durée d’excrétion du virus dans ces fluides biologiques.

L’ADN du virus monkeypox n’a été détecté que dans le plasma recueilli huit jours après le début ses symptômes. Tous les prélèvements d’urine ont été négatifs. En revanche, l’ADN du virus monkeypox a été détecté dans tous les échantillons de sperme**, jusqu’au 19e jour après le début des symptômes.

Des cellules (Vero E6) ont été incubées en présence de sperme recueilli au sixième jour après le début des symptômes. Quarante heures plus tard, les chercheurs ont clairement observé une infection cellulaire et la réplication du virus monkeypox a été confirmée dans les cellules (effet cytopathogène), avec détection de l’ADN viral dans le milieu de culture à 48 h, 72 h et 96 h.

Ces résultats montrent donc qu’ « une excrétion prolongée de l’ADN du virus monkeypox peut se produire dans le sperme des patients infectés pendant des semaines après le début des symptômes et que le sperme recueilli durant la phase aiguë de l’infection (J+6 après le début des symptômes) pourrait renfermer du virus compétent pour la réplication » [capable de se répliquer et donc infectieux].

Selon Daniele Lapa, Francesca Colavita et ses collègues, la présence de particules virales dans le sperme pourrait être soit la conséquence d’une diffusion passive du virus à partir du sang, de l’urine ou des lésions cutanées génitales, soit le témoin d’une réplication du virus au niveau génital. Et les chercheurs d’ajouter qu’il reste à savoir si le virus monkeypox infectieux détecté dans le sperme est associé aux spermatozoïdes ou s’il se réplique dans l’appareil génital.

En tout état de cause, « l’isolement d’un virus monkeypox compétent pour la réplication à partir du sperme et son excrétion prolongée, même avec un faible taux de copies virales, pourrait signifier la présence d’un réservoir viral », soulignent les chercheurs. Du fait que le patient soit infecté par le VIH,  bien que répondant sur les plans virologique et immunologique au traitement antirétroviral, on ne peut exclure que l’excrétion virale prolongée observée soit due à une dérégulation immunitaire.

Les chercheurs précisent par ailleurs avoir détecté l’ADN du virus monkeypox chez 11 patients parmi les 14 examinés. De plus, un virus vivant, compétent pour la réplication, a depuis été isolé à partir du liquide séminal chez un second patient VIH+***.

« À notre avis, le cas que nous rapportons va dans le sens d’une contamination par le virus monkeypox au cours d’une activité sexuelle, ce qui constituerait une voie de transmission viable et reconnue, en particulier dans le contexte de l’épidémie actuelle de 2022 », concluent les auteurs, qui soulignent que des études supplémentaires sont nécessaires pour en savoir plus sur les modes de transmission et de diffusion du virus, notamment chez les personnes non infectées par le VIH.

On rappelle que la majorité des cas de monkeypox (improprement appelée variole du singe) identifiés en Europe sont survenus chez des hommes ayant des relations avec des hommes. La transmission a lieu au cours des contacts étroits avec les muqueuses ou peau à peau, ou encore via des postillons lors de contacts face à face prolongés.

Jusqu’à présent, une transmission lors d’un rapport sexuel avec pénétration avait été rapportée au Royaume-Uni chez deux hommes n’ayant pas voyagé dans des pays où le monkeypox sévit à l’état endémique et chez lesquels une relation temporelle entre l’acte sexuel et l’apparition de lésions génitales avait été établie. En outre, l’ADN du virus monkeypox avait également été détecté chez trois patients italiens et deux autres en Allemagne. Enfin, une étude américaine avait fait état de la détection de l’ADN viral dans le liquide séminal de 29 patients sur 32 évalués.

* La valeur du Cq (nombre de cycles avant obtention d’un signal positif à la réaction PCR) était de 18,9 sur la lésion cutanée et de 21,4 sur la cicatrice.

** Les valeurs du Cq étaient comprises entre 27,8 (à J+7) et 40,6 (à J+19). Cette dernière valeur de Cq indique un faible taux de copies du génome viral près de trois semaines après le début des symptômes.  

*** Cq = 22,7.

Pour en savoir plus :

Lapa D, Carletti F, Mazzotta V, et al. Monkeypox virus isolation from a semen sample collected in the early phase of infection in a patient with prolonged seminal viral shedding. Lancet Infect Dis 2022; published online Aug 2.

Noe S Zange S Seilmaier M et al. Clinical and virological features of first human monkeypox cases in Germany. Infection. 2022; (published online July 11.) doi: 10.1007/s15010-022-01874-z

Thornhill JP, Barkati S, Walmsley S, et al; SHARE-net Clinical Group. Monkeypox Virus Infection in Humans across 16 Countries – April-June 2022. N Engl J Med. 2022 Jul 21. doi: 10.1056/NEJMoa2207323

Heskin J Belfield A Milne C et al. Transmission of monkeypox virus through sexual contact—a novel route of infection. J Infect. 2022. Published online June 1. doi: 10.1016/j.jinf.2022.05.028 https://www.journalofinfection.com/article/S0163-4453(22)00335-8/fulltext

Antinori A, Mazzotta V, Vita S, et al; INMI Monkeypox Group. Epidemiological, clinical and virological characteristics of four cases of monkeypox support transmission through sexual contact, Italy, May 2022. Euro Surveill. 2022 Jun;27(22):2200421. doi: 10.2807/1560-7917.ES.2022.27.22.2200421

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Maltraitance immunitaire

Dans le domaine de l’immunologie, les médecins se doivent d’afficher une certaine modestie. Certes, les grandes fonctions du système immunitaires sont théoriquement connues ainsi que la plupart de ses composants cellulaires et humoraux. Mais ces brillantes découvertes ne suffisent pas à la compréhension clinique des déficiences immunitaires, des maladies auto-immunes et des phénomènes plus complexes d’hyperimmunité ou d’anaphylaxie.

En médecine, l’ignorance est pardonnable, pas le fait d’en être insouciant. C’est assurément en immunologie que l’histoire de la médecine est la plus riche d’anecdotes de mandarins téméraires, ignares de leur ignorance.

Ce système, essentiellement constitué de protéines et cellules circulantes, était logiquement peu accessible à l’observation. Il possède cependant des organes bien solides tels que la rate, les ganglions, la moelle osseuse, le thymus, les amygdales et l’appendice, qui malgré leur visibilité sont restés tout aussi longtemps inaccessibles à la raison.

L’histoire la plus cocasse est celle du thymus. Dans les années 1920, des pédiatres américains, constatant que les enfants souffrant de rhino-pharyngites fréquentes avaient de gros thymus, proposèrent de détruire cet organe par irradiation. Prétextant que ces gros thymus pouvaient être responsables de gênes respiratoires ou circulatoires, voire de mort subite, les radiologues irradièrent des milliers d’enfants. La mortalité élevée de ces victimes du zèle médical obligea à cesser le massacre des thymus avant de découvrir que les lymphocytes y acquièrent leur compétence immunitaire (on les nomma alors lymphocytes T en référence à cet organe vital).

Ce drame n’empêcha pas d’extraire par la suite des millions d’amygdales, d’appendices ou de végétations, sans se poser plus de questions. Ces extractions, quoiqu’inutiles dans plus de 95% des cas, entraînaient heureusement des conséquences rarement aussi catastrophiques que celle du thymus.

Les médecins n’aiment décidément pas les organes du système immunitaire, et plus généralement, les organes dont les fonctions ne sont pas encore toutes connues. J’admire tant les prouesses de la chirurgie qu’il m’est douloureux de constater que le bistouri sert parfois de cocarde aux ignorants et aux hyperactifs.

L’histoire ne s’arrête pas pour autant. L’immunologie reste aujourd’hui le meilleur terreau de l’ignorance. Ses liens vraisemblables avec le psychisme sont d’une obscurité qui me fait redouter le pire…

Plus pittoresque encore est le déni du vieillissement du système immunitaire, lequel semble être officiellement devenu le seul système capable d’échapper à la sénescence. On prône la vaccination ad libitum des personnes dont l’immunité est aussi ridée que leur peau et aussi rouillée que leurs articulations. Fort heureusement, cela semble sans danger. Tant pis si c’est juste inutile et ridicule, et témoigne d’un constant manque de lucidité sur l’histoire des relations tumultueuses des médecins avec l’immunologie.

Bibliographie

 

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Ces patients qui ne peuvent pas transpirer

Le test de Minor consiste à appliquer une solution bétadinée puis de l’amidon pour révéler les zones d’hypersudation qui prennent alors une coloration violet-noir. Chez ce patient, l’absence de changement de couleur a confirmé l’anhidrose généralisée. Absence totale de transpiration sur les paumes de la main. Wollina U. J Dermatol Case Rep. 2014 Dec 31;8(4):120-1.

C’est l’histoire d’un garçon et d’une fille, tous deux âgés de 12 ans, qui ont souffert d’une tumeur cérébrale qui les empêchait de transpirer normalement. Ces jeunes patients ont présenté ce que l’on appelle une anhidrose acquise généralisée. Ce trouble survient en l’absence d’anomalies des glandes sudoripares.

Ces deux cas cliniques ont été rapportés le 26 mai 2022 par des médecins japonais dans la revue en ligne Frontiers in Endocrinology.

Le premier patient a été hospitalisé car il présentait depuis sept mois des sortes de coups de chaleur, non associés à une soif ou de la transpiration. Ces épisodes survenaient même en hiver. La courbe de croissance du garçonnet a ralenti depuis un an. Il a passé un test de Minor qui consiste à appliquer une solution iodée (lugol) puis de l’amidon de maïs afin de révéler les zones d’hypersudation en colorant la sueur en violet-noir. L’absence de changement de couleur confirme l’anhidrose. Le résultat est sans équivoque : l’enfant présente une anhidrose généralisée. En d’autres termes, il ne produit pas de sueur.

Dans la mesure où cette affection peut apparaître lors de maladies auto-immunes, les pédiatres de la faculté de médecine Aichi de Nagakute (île de Honshū, Japon) vont rechercher des auto-anticorps, notamment des anticorps anti-SSA/SBB présents dans le syndrome de Gougerot-Sjögren, maladie auto-immune caractérisée par une atteinte des glandes salivaires et lacrymales, responsable d’une sécheresse buccale et oculaire. Ces auto-anticorps sont absents.

Un bilan endocrinien est réalisé qui révèle une déficience de nombreuses  hormones produites par l’hypophyse. Située à la base du cerveau, l’hypophyse est suspendue à une autre structure, l’hypothalamus, par la tige pituitaire.

Cet enfant présente ce que l’on appelle un panhypopituitarisme avec déficit dans plusieurs hormones, en l’occurrence l’ACTH (qui stimule la production de cortisol par les glandes surrénales), la LH/FSH (qui stimule la production de testostérone chez le garçon), la GH (ou hormone de croissance) et la TSH (qui contrôle l’activité de la thyroïde).

La biopsie de la peau ne montre pas d’inflammation ou d’atrophie des  glandes sudoripares, dont le rôle est de produire de la sueur et ainsi permettre la thermorégulation du corps via la transpiration.

L’IRM cérébrale montre une absence de signal au niveau de la partie postérieure de l’hypophyse. Les médecins posent alors le diagnostic d’anhidrose généralisée acquise idiopathique (c’est-à-dire de cause inconnue) et de diabète insipide*, affection définie par une incapacité à retenir l’eau et qui se manifeste par l’excrétion de grandes quantités d’urine très diluée. Le diabète insipide central est dû à une insuffisance de production en hormone antidiurétique (également appelée vasopressine et produite par l’hypophyse postérieure). Les médecins prescrivent alors au jeune patient de la desmopressine, version synthétique de l’hormone antidiurétique. Mais l’anhidrose persiste.

Une nouvelle IRM cérébrale, réalisée trois mois plus tard, montre alors une large lésion de l’hypophyse, avec augmentation de volume du corps de la glande et de la tige pituitaire. Il existe également un signal anormal dans une région de l’hypothalamus voisin, dénommée aire préoptique médiane. Celle-ci joue un rôle important dans la thermorégulation, c’est-à-dire dans l’ensemble des processus permettant à l’organisme de maintenir sa température interne dans des limites normales quels que soient son niveau métabolique et la température du milieu ambiant.

Germinome du système nerveux central

Une biopsie révèle la présence d’un germinome, une tumeur rare du système nerveux central qui est composée de cellules uniformes ressemblant à des cellules germinales primitives.

Les germinomes sont le type le plus courant de tumeur germinale. Les tumeurs germinales malignes, parfois localisées dans le cerveau**, sont des tumeurs issues de la transformation de cellules primitives normalement destinées à donner les ovules chez la femme, ou les spermatozoïdes chez l’homme. Ces tumeurs sont rares (environ 40 enfants par an en France) et touchent le plus souvent, soit des nourrissons de moins de deux ans, soit des adolescents lors de la puberté, soit parfois des adultes jeunes. Les tumeurs germinales sont généralement traitées par une combinaison de chimiothérapie (carboplatine et étoposide) et de radiothérapie. Le garçonnet a reçu ce traitement combiné et une thérapie de substitution hormonale.

Il a pu à nouveau transpirer presque normalement sur le visage, le cou et les aisselles. Un an après la fin du traitement, les médecins n’ont pas observé de récidive tumorale. Le traitement par hormonothérapie substitutive a pour effet secondaire un plus grand appétit, avec une prise de poids de 30 kg en un an. L’enfant, âgé de 13 ans, pèse 60 kg.

Le second patient, dont le cas est rapporté par les pédiatres, dermatologues et neurologues japonais, concerne une fillette de 12 ans, de petite taille. Elle présente une polyurie (augmentation du volume des urines) et un retard de puberté. Le bilan endocrinien montre un panhypopituitarisme avec déficience en ACTH, LH/FSH, GH et TSH. Le test de Minor montre qu’elle présente une anhidrose généralisée.

Comme dans le cas du jeune garçon du même âge, l’IRM cérébrale révèle un signal anormal de l’hypophyse postérieure et une augmentation de volume de la glande et de la tige pituitaire. Là encore, la biopsie permet de poser le diagnostic de germinome. La fillette est traitée par une combinaison de chimiothérapie (carboplatine et étoposide) et de radiothérapie. La transpiration revient totalement à la normale. Aucune récidive tumorale n’a été observée six mois après la fin du traitement. La petite fille ne présente pas d’excès d’appétit.

Kohei Kawahara et ses collègues n’ont identifié dans la littérature internationale que deux autres cas d’anhidrose généralisée causée par une tumeur cérébrale. On ne dénombre donc que quatre cas, dont l’âge est compris entre 12 et 26 ans. La tumeur cérébrale consistait dans tous les cas en un germinome. Dans trois cas, la lésion siégeait dans l’hypophyse ainsi que dans l’hypothalamus et la glande pinéale (ou épiphyse).

On ne compte dans la littérature médicale internationale que 100 à 200 cas d’anhidrose acquise généralisée, de toutes causes confondues. Curieusement, la plupart des cas concernent des patients japonais.

En 2011, un cas anhidrose de l’ensemble du corps a été écrit dans le Journal of Neurology par des médecins de Tokyo chez une femme de 41 ans présentant une atteinte du nerf optique associée à une neuromyélite optique. Cette rare maladie auto-immune du système nerveux central est caractérisée par des épisodes de névrite optique (inflammation du nerf optique) et une myélite transverse (inflammation de la moelle épinière). Elle affecte beaucoup plus fréquemment la femme que l’homme (7 cas pour 1 cas). L’âge moyen d’apparition de cette pathologie se situe autour de 40 ans.

Chez cette quadragénaire japonaise, l’IRM cérébrale a monté la présence  d’une lésion de l’hypothalamus. Celle-ci était associée à la production d’auto-anticorps (anticorps-anti-AQP4) dirigés contre un « canal à eau » présent sur la membrane des cellules et dénommé aquaporine-4 (AQP4).

Anhidrose acquise généralisée idiopathique

Comme évoqué plus haut, lorsque l’anhidrose généralisée survient en dehors de toute pathologie cutanée, métabolique ou neurologique, on parle d’anhidrose acquise généralisée idiopathique. Les patients peuvent présenter une urticaire cholinergique (plaques rouges sur le visage ou le corps survenant lorsque la température corporelle augmente, notamment lors d’une activité physique), des douleurs cutanées, des démangeaisons, une rougeur du visage ou du corps entier, des nausées, des vomissements, des vertiges, des palpitations, des maux de tête ou une hyperthermie.

En 2021, des médecins américains ont rapporté dans la revue Pediatric Dermatology deux cas d’anhidrose acquise généralisée idiopathique chez deux jeunes hommes âgés de 17 et 19 ans. Ce trouble est caractérisé par une impossibilité de transpirer sur plus du quart de la surface corporelle. Il peut débuter de façon insidieuse ou soudaine. Survenant en l’absence d’anomalies neurologiques manifestes ou d’une atteinte des glandes sudoripares, il concerne la plupart du temps des patients jeunes, en bonne santé et asiatiques. Les deux jeunes patients  décrits par des pédiatres de l’université de l’Iowa étaient caucasiens (blancs).

Ces deux patients ont connu une amélioration, limitée et variable, après traitement par corticoïde (prednisone), ce qui suggère que la cause de l’anhidrose acquise généralisée idiopathique est inflammatoire ou auto-immune dans certains cas.

Chez le garçon de 17 ans, une variété particulière d’auto-anticorps (anticorps anti-nucléaires) a été détectée. Leur présence est un élément clé du diagnostic de nombreuses maladies auto-immunes.

Au terme d’un traitement de 18 jours par corticoïde et antihistaminique, ce jeune patient parvenait à transpirer au niveau de la face, mais sans amélioration notable sur les autres parties du corps. Un nouveau traitement de six semaines par corticoïde, plus long que le premier, associé à la prise d’un antihistaminique, a permis au patient de retrouver la capacité à transpirer du dos.

Chez ce patient, l’absence de changement de couleur au test de Minor a confirmé l’anhidrose au niveau du cou, la poitrine, des aisselles et du dos. Reid AT, et al. Pediatr Dermatol. 2021 Sep;38(5):1219-1221.

Le second patient ne transpirait pas sur le visage, le tronc et les membres supérieurs. Il parvenait néanmoins à transpirer des paumes. Ce patient était également porteur d’anticorps anti-nucléaires. Il a été traité par prednisone pendant quatre semaines. La transpiration est réapparue pendant les six mois qui ont suivi mais a ensuite disparu.

Par la suite, un traitement par corticoïde et antihistaminique a été instauré mais a échoué à guérir l’anhidrose. Les médecins ont alors entrepris un traitement par méthotrexate, médicament immunosuppresseur utilisé dans certaines maladies auto-immunes. Celui-ci a malheureusement dû être interrompu prématurément du fait d’une élévation des enzymes hépatiques.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états’, consacré aux mille et une facettes du diabète. Déjà 18 billets) 

* Cette affection est appelée diabète insipide car elle ne s’accompagne pas d’une présence de sucre dans les urines. Rappelons que les médecins anciens goûtaient les urines. Le mot diabète, qui vient du grec ancien, signifie « qui passe au travers ». L’eau traverse le corps sans être stockée. En 1674, le médecin anglais Thomas Willis différenciera le diabète sucré du diabète insipide dans lequel l’urine n’a pas de goût.

** Dans les deux-tiers des cas, les tumeurs germinales malignes sont localisées dans les gonades (l’ovaire ou le testicule), mais d’autres localisations sont possibles (médiastin, région sacro-coccygienne). La tumeur siège le plus souvent sur la ligne médiane du corps, depuis le cerveau jusqu’à la région du coccyx.

Pour en savoir plus :

Kawahara K, Shimomura Y, Oshima Y, et al. Case Report: Acquired Generalized Anhidrosis Caused by Brain Tumor: Review of the Literature. Front Endocrinol (Lausanne). 2022 May 26;13:877715. doi: 10.3389/fendo.2022.877715

Sekiguchi T, Ishibashi S, Kubodera T, et al. Anhidrosis associated with hypothalamic lesions related to anti-aquaporin 4 autoantibody. J Neurol. 2011 Dec;258(12):2293-5. doi: 10.1007/s00415-011-6112-z

Reid AT, Goettsche L, Willis M, Powers J, Berrebi KG. Acquired idiopathic generalized anhidrosis: A case series of two Caucasian patients. Pediatr Dermatol. 2021 Sep;38(5):1219-1221. doi: 10.1111/pde.14694

Ayvaz HH, Gönül M, Gökçe A. Acquired idiopathic generalised anhidrosis: A rare cause of sweating deficiency. Australas J Dermatol. 2018 Nov;59(4):e299-e301. doi: 10.1111/ajd.12831

Pargfrieder C, Struhal W, Sega W, Klein G, Sepp N, Exler G. Acquired idiopathic generalized anhidrosis in a young Austrian patient. JAAD Case Rep. 2018 Feb 23;4(3):222-225. doi: 10.1016/j.jdcr.2017.09.012

Fukunaga A, Tajima S, Sasayama T, et al. Hypothalamic-pituitary germinoma presenting as generalized hypohidrosis. Eur J Dermatol. 2017 Jun 1;27(3):297-299. doi: 10.1684/ejd.2017.2975

Munetsugu T, Fujimoto T, Oshima Y, et al. Revised guideline for the diagnosis and treatment of acquired idiopathic generalized anhidrosis in Japan. J Dermatol. 2017 Apr;44(4):394-400. doi: 10.1111/1346-8138.13649

Wollina U. Photoletter to the editor: Acquired idiopathic generalized anhidrosis. J Dermatol Case Rep. 2014 Dec 31;8(4):120-1. doi: 10.3315/jdcr.2014.1187

Tay LK, Chong WS. Acquired idiopathic anhidrosis: a diagnosis often missed. J Am Acad Dermatol. 2014 Sep;71(3):499-506. doi: 10.1016/j.jaad.2014.03.041

Brantley EI, Mutasim DF, Heaton C. Acquired idiopathic generalized anhidrosis: case report. Cutis. 2011 Jan;87(1):21-3

Palm F, Löser C, Gronau W, et al. Successful treatment of acquired idiopathic generalized anhidrosis. Neurology. 2007 Feb 13;68(7):532-3. doi: 10.1212/01.wnl.0000253221.41124.46

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Bilan médical du lundi 25 juillet au dimanche 31 juillet 2022 : Jacinda Ardern, étude Singapour, Covid long, hépatites mystérieuses, goût et odorat, Pfizer, Buzyn, médecins des assurances





Jacinda Ardern : la dirigeante de la semaine.

En décembre 2021 elle a annoncé LA vouloir supprimer la consommation de tabac en Nouvelle-Zélande pour les futures générations (l'enfer, comme chacun le sait est toujours pavé de bonnes intentions) à l'horizon 2025.

La ministre de la santé avait déclaré :"“People aged 14 when the law comes into effect will never be able to legally purchase tobacco … New laws will mean only smoked tobacco products containing very low-levels of nicotine can be sold, with a significant reduction in the number of shops who can sell them.”"

Personne n'est contre la réduction de la consommation de tabac (sauf les industriels du tabac) mais la prohibition générationnelle a un côté hygiéniste très dix-neuvième, très ligues de vertu...

Mais, au delà de l'hygiénisme, elle a fait plus fort récemment :

Orwell ou la Ministère de la Vérité

La première-ministre de la Nouvelle Zélande a donc fait une déclaration glaçante (ICI) à propos de la pandémie : " Nous continuerons à être votre seule source de vérité... A moins que vous ne l'ayez entendu par nous, ce n'est pas la vérité." 




Revenir sur l'étude de Singapour : vaccination covid chez les enfants 5-11 ans

Je vous ai parlé la semaine dernière (LA) des controverses concernant cette étude qui indiquait que la vaccination chez les enfants de 5 à 11 ans diminuait de 87 % les hospitalisations !

Un article d'un étudiant en médecine, David Allely, cornaqué par Vinay Prasad, démonte l'essai : ICI

Il reprend d'abord les données en soulignant ceci : Sur une population de 53429 infections dont 10 % avec PCR > 0 (n=288) : 288 enfants ont été hospitalisés (0,5 %). Parmi les enfants hospitalisés 5 seulement reçurent une supplémentation en oxygène et 4 de ceux-là ont été admis en soins intensifs... Aucun décès."

Vous lirez avec attention les critiques sur la méthodologie et notamment sur le fait que les enfants sont considérés comme incomplètement vaccinés (une dose) le lendemain et 7 jours après la deuxième dose...

Par ailleurs, vous lirez avec attention une disputatio entre deux médecins qui se connaissent très bien (pour avoir écrit ensemble le livre Medical reversal - voir La pour les commentaires sur ce blog) : Faut-il encourager la vaccination des enfants en bonne santé âgés de 5 à 11 ans. ICI.

A Pro-Con Debate: Should doctors encourage healthy kids 11 and under be vaccinated against COVID-19?


Brad Pitt
Paris - 2022

Revenir sur le covid long

Rappel de l'essai britannique (étude épidémiologique cas-témoin) ICI : l'incidence des symptômes de covid long ou de symptômes prolongés est de : 
  1. 5,4 % pour les patients ayant présenté une infection par covid
  2. 4,4 % pour les personnes du groupe contrôle sans antécédents de covid
Donc : on se calme. Et on attend des essais plus robustes.




BB King 
(photographié par Barry Feinstein)


Revenir sur les hépatites chez l'enfant

Je vous en avais déjà parlé en mai : LA.

L'article de l'European Center for Disease Prevention and Control (ICI) résume les hypothèses possibles.

  1. Un cofacteur affectant les jeunes enfants rendant les infections modérées à adénovirus plus sévères ou les provoquant en déclenchant un phénomène immun pathologique. Le cofacteur peut  être : a) une susceptibilité particulière due à un manque d'exposition antérieure aux adénovirus lié à la pandémie ; b) une infection antérieure à SARS-CoV-2 ou une autre infection incluant un effet limité de l'omicron ; c) une coinfection par SARS-CoV-2 ou une autre infection ; d) l'exposition à une toxine, une molécule ou un facteur environnemental
  2. Un nouveau variant d'adénovirus avec la contribution on non d'un cofacteur (cf. supra)
  3. Une toxine, une molécule ou un facteur environnemental
  4. Un nouveau pathogène agissant seul ou en confection
  5. Un nouveau variant de SARS-CoV-2


Quatre thèses (voire plus) s'affrontent donc : (1) les hépatites sont liées au covid-19, (2) ne sont pas liées au covid 19, (3) pourraient avoir été déclenchées par le covid 19, (4) seraient liés à un adenovirus, (5) seraient liées au confinement et à la perte d'immunité.

Aujourd'hui, il est toujours aussi difficile de se prononcer.

Un article de presse liant (2) et (4) : ICI

Alasdair Munro est très catégorique contre (1) et très favorable à (5) : LA 

Et un article plus récent (ICI) disant le contraire.


Félicitations !



Une étude non randomisée sur l'efficacité du port du masque au parlement britannique

via @whereisdaz

Perte de goût et d'odorat post covid


Une méta-analyse (et nous ne répéterons pas une fois de plus la méfiance qu'il faut avoir à leur égard) (LA) indique que moins de 5 % des patients atteints par le covid en souffriraient à 6 mois.


Pfizer sera la première compagnie pharmaceutique à réaliser 100 milliards de dollars de CA en un an : comirnaty et paxlovid



Madame Agnès Buzyn est nommée es qualités à la cour des comptes



Choisissez la réflexion pertinente : 
  1. La République sait récompenser ses meilleurs sujets
  2. La France est une République bananière
  3. Madame Buzyn sait des choses gratinées sur le début de gestion de la pandémie (et sur Macron en particulier)
  4. La France ne manque pas de médecins...

Grossier pour des confrère :






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Des études montrent que la pandémie de Covid-19 a commencé sur un marché de Wuhan et que deux lignées virales ont été transmises à l’homme

Marché à Wuhan. Skoleopgave1 © Wikimedia Commons

Deux études, publiées en ligne le 26 juillet 2022 dans la revue Science, rapportent que le marché aux animaux vivants Huanan à Wuhan, en Chine, a été l’épicentre de l’émergence de la pandémie de Covid-19 et que celle-ci s’est manifestée par la transmission de l’animal à l’homme d’au moins deux lignages viraux distincts.

On le sait, tout a commencé le 31 décembre 2019, lorsque le gouvernement chinois a notifié à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’apparition d’une épidémie de pneumonie sévère de cause inconnue à Wuhan (province du Hubei), ville qui compte environ 11 millions d’habitants. Le 2 janvier 2020, 41 personnes étaient hospitalisées pour une mystérieuse pneumonie. Parmi elles, 27 avaient eu un contact direct avec le marché Huanan de la ville de Wuhan où des animaux vivants étaient vendus. Les premiers diagnostics de ce que l’on dénommera la Covid-19 furent établis dans plusieurs hôpitaux entre le 18 et le 29 décembre 2019.

Une revue systématique publiée dans un rapport de la mission conjointe OMS-Chine avait montré que 55 des 168 premiers cas de Covid-19 étaient associés au marché Huanan (Huanan Seafood Wholesale Market).  

La première étude a été conduite par des chercheurs de l’université d’Arizona (Tucson), du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie), de l’école de santé publique Bloomberg de l’université Johns Hopkins (Baltimore, Maryland), en association avec des équipes du centre médical de l’université Erasmus (Rotterdam, Pays-Bas) et de l’université d’Édimbourg (Royaume-Uni). « Nos résultats montrent que  le marché Huanan a été l’épicentre précoce de la pandémie de Covid-19 et suggèrent que le SARS-CoV-2 a probablement émergé à la faveur du commerce d’animaux vivants sauvages en Chine », déclarent Michael Worobey, Andrew Rambaut, Kristian Andersen et leurs collègues.

Il s’avère que les premiers cas de Covid-19 ont concerné des personnes vivant à proximité ou aux alentours du marché Huanan. Bien que ne disposant pas des coordonnées précises des habitations de 164 patients vivant à Wuhan, les chercheurs ont pu déterminer la latitude et la longitude de 155 cas à partir des cartes du rapport de la mission conjointe OMS-Chine.

Le groupement des cas de Covid-19 en décembre 2019 autour du marché de Wuhan contraste avec ce que l’on a observé entre début janvier et mi-février 2020 où la diffusion des cas était plus dispersée dans Wuhan. Ces cas apparus secondairement ont été tracés via les données de localisation d’une application d’assistance pour les personnes atteintes de Covid-19 réalisée par le réseau social Sina Weibo.

Contours indiquant en décembre 2019 les densités de probabilité d’avoir un cas de Covid-19. B : tous cas confondus (115). C : cas non liés au marché (120 personnes n’y étant pas allé récemment ou ne connaissant personne y travaillant). Worobey M, et al. Science. 2022 Jul 26:abp8715.
D : Localisation plus diffuse, entre janvier et février 2020, de 737 cas de Covid-19 à partir des données du réseau social Weibo. E : on observe les mêmes différences en termes de densités de probabilité parmi les 737 cas de Covid-19. Worobey M, et al. Science. 2022 Jul 26:abp8715.

Les scientifiques ont cherché à déterminer si les cas de Covid-19 étaient plus proches du marché Huanan que ce à quoi l’on pourrait s’attendre au vu de la densité de population dans la ville de Wuhan. Trois catégories ont été examinées. Toutes se sont révélées significativement plus fortement associées au marché aux animaux vivants que ce qui serait attendu. Il s’agissait des cas pris dans leur ensemble (115 au total), de ceux directement liés au marché (35 cas) et de 120 cas ne présentant pas de lien épidémiologique direct avec ce marché (n’y travaillant pas, ne connaissant personne qui y travaille et n’y étant pas allé récemment).

De fait, les cas déclarant ne pas avoir de lien direct résidaient même plus près du marché que les cas présentant des liens avec ce dernier, ce qui semble indiquer que ces personnes ont été exposées au virus aux alentours du marché.

Encadré : les points gris représentent l’emplacement du millier de mesures effectuées. La figure principale indique la distance moyenne entre le marché de Wuhan et la distribution spatiale des cas de Covid-19. Worobey M, et al. Science. 2022 Jul 26:abp8715.

Les distances entre les localisations des différents agrégats de cas recensés en décembre et le marché Huanan étaient plus courtes pour ces trois catégories que ne l’aurait donnée une distribution empirique des cas au sein de l’agglomération de Wuhan en tenant compte de la densité de population. Selon les catégories, la distance entre le lieu de résidence des cas et l’emplacement du marché était comprise entre 0,91 et 2,28 km.

Au total, la majorité des cas étaient regroupés dans le centre de Wuhan, près de la rive ouest de la rivière Yangtze, avec une importante densité des cas près et autour du marché. Il importe de noter que le marché Huanan n’est pas le marché le plus fréquenté de la ville. De fait, ce marché a été localisé dans seulement 0,04 % des enregistrements effectués sur les réseaux sociaux parmi plus de 400 sites identifiés à Wuhan comme très susceptibles d’être des lieux de supercontamination et ayant reçu autant de visites que le marché Huanan. 

Encadré : les points gris représentent l’emplacement du millier de mesures effectuées. La figure principale indique la distance moyenne entre le marché de Wuhan et la distribution spatiale des cas de Covid-19. Worobey M, et al. Science. 2022 Jul 26:abp8715.

Il ressort donc que le marché Huanan est situé dans une zone géographique bien définie comportant un grand nombre de cas de Covid-19. Aucune autre région de la capitale tentaculaire de la province du Hubei ne présentait une telle densité de cas. Par ailleurs, l’excès de mortalité due à la pneumonie a d’abord été observé dans les districts bordant le marché.

Deux lignages distincts, désignés A et B

La seconde étude, publiée dans Science, émane, en partie des mêmes équipes. Elle a été conduite par des virologistes moléculaires de l’université de Californie San Diego, du Scripps Research Institute, de l’université d’Arizona et de l’université d’Édimbourg. Elle a montré que deux lignages (lignées virales), désignés A et B, ont circulé depuis le début de la pandémie de Covid-19, avant février 2020.

Là encore, les onze cas associés au lignage B de décembre 2019 pour lesquels on dispose d’informations sur leur localisation résidaient dans le périmètre situé plus près du marché de Wuhan que ne le voudrait la distribution de la population locale. En effet, les lieux d’habitation de ces personnes se situaient à une distance de seulement 1,95 km du marché.

Les deux cas associés au lignage A concernent des personnes ayant déclaré n’avoir eu aucun contact avec le marché Huanan. Le premier cas a été détecté avant même que l’on envisage un lien possible entre la survenue d’une pneumonie inexpliquée et le marché Huanan.

Le second cas d’infection associée au lignage A concernait une personne résidant dans un hôtel situé près du marché, à environ 2,31 km de ce dernier. Sa localisation précise n’a pu être déterminée, mais il existe dans cette zone au moins 20 hôtels répartis sur 500 mètres. Il est donc étonnant que les deux premiers cas de Covid-19 associés au lignage A se situent si près du marché de Wuhan. « Le fait que ces deux cas identifiés de lignage A aient une connexion géographique avec le marché est en faveur de la probabilité que le lignage épidémique A, comme le lignage B, aient diffusé dans les quartiers environnants à partir du marché Huanan », déclarent les auteurs de l’étude.

Ce marché de la ville de Wuhan, qui en compte quatre au total, est un lieu de vente de poissons, de volailles et de nombreuses espèces animales. Durant les années et mois précédant la pandémie de Covid-19, on y achetait des animaux vivants, sauvages ou fermiers. De nombreux hôtes animaux pourraient avoir hébergé les virus ancêtres du SARS-CoV-2, notamment des renards roux, des blaireaux porcins et des chiens viverrins. Ce mammifère carnivore, prédateur de chauves-souris et qui ressemble à un raton-laveur, se cache souvent dans les endroits où se trouvent des chauves-souris. Les chiens viverrins sont vendus durant toute l’année à la fois pour leur chair et leur fourrure. On sait que ces animaux étaient vendus au moins jusqu’en novembre 2019. On rappelle que l’on ignore toujours quel est l’hôte animal intermédiaire infecté par le SARS-CoV-2 qui aurait été présent sur le marché Huanan ou dans une ferme approvisionnant les commerçants de ce lieu de vente d’animaux vivants.  

La zone sud-ouest du marché

Le 1er et le 12 janvier 2020, le Centre chinois de prévention et de contrôle des maladies (CCDC) a procédé à des prélèvements environnementaux sur le marché Huanan, qui se sont poursuivis en janvier et février. Utilisant les cartes disponibles en ligne, des photographies et des données provenant de registres du commerce et d’un rapport officiel faisant état de vendeurs illégaux, les scientifiques ont pu reconstituer le rez-de-chaussée du bâtiment du marché Huanan et y intégrer l’emplacement des commerçants. Ils ont ainsi identifié, dans la zone sud-ouest du marché, cinq étals vendant des animaux vivants, des mammifères fraîchement abattus et d’autres morceaux de viande.

Schéma montrant l’emplacement des prélèvements environnementaux positifs pour le SARS-CoV-2 et les cas humains dans la zone ouest du marché de Wuhan. La zone rectangulaire entourée d’une ligne hachurée délimite la zone « vie sauvage » du marché. La photo de gauche (prise par Edward Holmes de l’université de Sydney en 2014) montre l’empilement des cages dans lesquelles des chiens viverrins et des oiseaux vivants sont enfermés. Worobey M, et al. Science. 2022 Jul 26:abp8715.

Il s’avère que cinq prélèvements environnementaux recueillis à partir d’un emplacement unique vendant des animaux vivants fin 2019 étaient positifs pour le SARS-CoV-2. De plus, les objets échantillonnés concernaient une cage métallique, deux chariots (du même type que ceux fréquemment utilisés pour transporter les cages des animaux), et un instrument servant à tondre ou à enlever les plumes.

Edward Holmes, l’un des auteurs de l’article, chercheur à  l’université de Sydney, avait eu l’occasion, en 2014, d’observer des chiens viverrins enfermés dans une cage métallique disposée au-dessus d’une cage renfermant des oiseaux vivants. Un récent rapport a indiqué que le grillage autour de cet étal, sur lequel les cages de ces animaux étaient empilées, avait été testé positif pour le SARS-CoV-2. Il avait également été montré que le virus était aussi présent dans l’eau s’évacuant de cet emplacement et d’un emplacement voisin.

Premiers cas humains dans la même zone du marché où des animaux sauvages vivants étaient vendus

Les chercheurs ont donc montré la présence du coronavirus sur les prélèvements environnementaux provenant de l’aile sud-ouest du marché Huanan, là où des mammifères vivants étaient vendus. De plus, les vendeurs infectés par le SARS-CoV-2 se situaient dans cette même zone. Les huit cas de Covid-19 détectés avant le 20 décembre provenaient de l’aile ouest du marché où des espèces de mammifères étaient vendues. Contrairement aux échantillons environnementaux positifs pour le SARS-CoV-2 qui étaient localisés, les cas de Covid-19 étaient plus dispersés dans le bâtiment.

« Ces résultats suggèrent que des animaux infectés étaient présents sur le marché Huanan au début de la pandémie de Covid-19. Nous ne disposons cependant d’aucun échantillon provenant d’animaux vivants. Des informations supplémentaires, notamment des données de séquençage, de même que des données sur la stratégie d’échantillonnage, seraient extrêmement précieuses » à cet égard, soulignent les auteurs.

La présence constante d’une source de virus pouvant potentiellement être transmis à l’homme à partir d’animaux vivants infectés vendus sur le marché Huanan permet de fournir une explication sur les origines du SARS-COV-2, estiment les auteurs. Et d’ajouter que « les événements survenus en amont du marché, de même que les circonstances précises sur le marché, restent obscures, ce qui souligne le besoin d’études supplémentaires pour comprendre et diminuer le risque de nouvelle pandémie ».

Comme indiqué plus haut, une seconde étude, complémentaire de la première, est publiée dans Science. Les chercheurs ont analysé la diversité génétique du SARS-CoV-2 dans la phase précoce de la pandémie. Revenons donc aux lignages A et B, c’est-dire à deux grandes familles de SARS-CoV-2 telles que définies par les analyses phylogénétiques qui étudient la parenté génétique des virus.

Commençons par le lignage B qui a été le plus fréquent des lignages tout au long de la pandémie. C’est à ce lignage qu’appartient la totalité des onze génomes de SARS-CoV-2 séquencés chez des personnes infectées directement liées au marché Huanan, notamment le plus ancien génome (Wuhan/IPBCAMS-WH-01/2019) et celui devenu le génome de référence pour la communauté scientifique : Wuhan/Hu-1/2019 (depuis désigné Hu-1). Ces isolats viraux ont été séquencés le 24 et le 26 décembre 2019. Les plus anciens des virus du lignage A (Wuhan/IME-WH01/2019 et Wuhan/WH04/2020) ont été respectivement recueillis le 30 décembre 2019 et le 5 janvier 2020. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les virus du lignage B ont donc été séquencés et publiés avant ceux du lignage A.

Les virus du lignage A diffèrent de ceux du lignage B par la substitution de deux nucléotides. Ils partagent ces deux nucléotides (lettres de l’alphabet génétique) avec deux coronavirus apparentés (RaTG13 et RmYN02) présents chez des chauves-souris rhinolophes ou « fer à cheval », trouvées dans le Yunnan en 2013. Les génomes des plus anciens virus du lignage A ne présentent pas de lien épidémiologique direct avec le marché Huanan mais proviennent d’individus qui vivaient, ou avaient récemment séjourné, à proximité du marché.

Des introductions séparées des lignages A et B chez l’hôte humain

Les chercheurs ont utilisé une discipline en plein essor : la phylodynamique, qui concerne surtout les virus à ARN qui connaissent une évolution rapide de leur génome. L’hypothèse sous-jacente est que la manière dont les virus se propagent laisse des traces dans leur génome. Les méthodes phylodynamiques tirent parti de ces informations génomiques pour estimer des paramètres épidémiologiques tels que les taux de croissance d’une population virale, le nombre d’infections ou leur durée moyenne.

Couplés à des simulations épidémiologiques, ces travaux de phylodynamique ont révélé que les deux lignages viraux A et B, présents avant février 2020, ont résulté d’au moins deux événements de transmission séparés. En d’autres termes, la pandémie a très probablement commencé à l’occasion d’au moins deux franchissements distincts de la barrière d’espèce entre l’animal à l’homme en novembre 2019.

Les auteurs sont formels : leurs simulations épidémiologiques ne sont pas compatibles avec l’hypothèse d’une unique introduction du SARS-CoV-2 chez l’homme pour expliquer la diversité génétique de ce virus, ce que l’on appelle sa phylogénie. À l’inverse, leurs modèles sont très en faveur d’introductions séparées des lignages A et B.

Phylodynamique et simulations épidémiologiques

Les virologistes moléculaires et spécialistes de l’évolution des génomes viraux ont ensuite cherché à déterminer le moment de survenue de la première et de la seconde transmission zoonotique.

Le tout premier cas de Covid-19, identifié de façon non ambiguë, dont le début des symptômes remonte au 10 décembre et qui a été hospitalisé six jours plus tard, concerne un vendeur de fruits de mer du marché Huanan. On ne dispose malheureusement pas du génome du virus qui avait infecté ce patient, précisent les virologistes qui ajoutent que l’on peut cependant raisonnablement penser que cet individu était porteur d’un virus du lignage B dans la mesure où l’échantillon provenant sur l’étal de ce vendeur appartenait au lignage B.

Concernant le premier virus du lignage A identifié, celui-ci provient d’un agrégat de cas familiaux (cluster) au sein duquel les premiers symptômes sont apparus le 15 décembre et la première hospitalisation est survenue le 25 décembre. À partir de ces données, les modélisateurs en ont déduit que la date de l’infection par le lignage B du premier individu a été le 18 novembre (selon toute vraisemblance entre le 23 octobre et le 8 décembre) et que celle de l’infection par un virus du lignage A a eu lieu environ sept jours plus tard, le 25 novembre (selon toute probabilité entre le 29 octobre et le 8 décembre).

« Nos résultats indiquent par conséquent que le lignage B a été introduit chez les humains pas avant la fin octobre et probablement à la mi-novembre 2019 et que l’introduction du lignage A a suivi de quelques jours ou quelques semaines cet événement », résument les auteurs de l’étude.

Ces résultats sont en accord avec le fait qu’aucune trace du virus SARS-CoV-2 n’a été détectée dans aucun échantillon sanguin provenant de dizaines de milliers de personnes ayant donné leur sang entre septembre et décembre 2019. De même, aucun des milliers de prélèvements biologiques recueillis auprès de patients hospitalisés présentant un syndrome pseudo-grippal n’a été trouvé positif pour le SARS-CoV-2 entre octobre et décembre 2019.

L’introduction d’un virus peut échouer à provoquer une chaîne continue de transmission. Il peut arriver que l’hôte infecté décède rapidement ou qu’il guérisse et de ce fait s’immunise. Dans ces cas-là, chaque guérison ou décès d’un individu infecté correspond la fin de la naissance de l’infection. L’équipe dirigée par Jonathan Pekar, Marc Suchard, Kristian Andersen, Michael Worobey et Joel Wertheim a estimé que 77 % des épidémies qu’ils ont simulées se sont éteintes d’elles-mêmes, faute de générer un nombre conséquent d’infections secondaires. Ils en déduisent que de nombreux passages du virus à l’homme ont pu facilement ne pas être détectés.

Les chercheurs en biologie évolutive ont simulé plusieurs scénarios de dynamique épidémiologique. Ils estiment que, pour que deux lignages distincts du nouveau coronavirus SARS-CoV-2 aient finalement réussi à s’établir chez l’hôte humain, huit introductions (chiffre vraisemblablement compris entre 2 et 23) ont conduit à la persistance des lignages viraux A et B chez l’homme, sachant donc que le lignage B a commencé à diffuser chez l’hôte humain avant le lignage A.

Les auteurs soulignent que ce n’est pas la première fois que des introductions répétées ont conduit à des épidémies ou des flambées épidémiques dues à des coronavirus. Cela a été le cas avec le SARS-CoV-1, le MERS-CoV, coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient et plus récemment avec un Deltacoronavirus porcin à Haïti.

Ces multiples introductions avaient été aisément identifiables du fait que les virus humains responsables de ces flambées épidémiques étaient plus étroitement apparentés à des virus animaux que d’autres virus humains, font remarquer les auteurs. Et de déplorer que l’on ne dispose toujours pas d’un virus étroitement apparenté au SARS-CoV-2 dans une espèce animale présente sur le marché Huanan. En effet, la connaissance d’un tel génome viral de mammifère permettrait de dater plus précisément le moment du franchissement par le SARS-CoV-2 chez l’homme de la barrière d’espèce de l’animal et d’identifier les ressorts de sa dynamique épidémiologique avant l’émergence de la pandémie.

En résumé, les auteurs ont donc montré que la diversité génomique précoce du SARS-CoV-2 et son épidémiologie s’expliquent mieux si l’on considère qu’il s’est produit au moins deux transmissions zoonotiques séparées. Cela implique que les virus à l’origine des lignages A et B (appelés virus progéniteurs), ont tous deux circulé auparavant dans des mammifères avant leur passage chez l’homme.

Voilà qui nous ramène au marché Huanan. « L’explication la plus probable de l’introduction du SARS-CoV-2 chez l’homme implique des sauts zoonotiques à partir d’hôtes animaux intermédiaires, non encore déterminés, sur le marché Huanan », déclarent les auteurs. Et d’ajouter que « la présence de réservoirs animaux potentiels, associée au moment de survenue du premier cas d’infection chez un individu par le lignage B et à la distribution géographique des premiers cas autour du marché Huanan, est en faveur de l’hypothèse selon laquelle le lignage B du SARS-CoV-2 est passé chez l’humain au marché Huanan à la mi-novembre 2019 ».

Quant au lignage A, il serait apparu un peu plus tard sur ce marché, à la fin novembre 2019. La présence d’un virus du lignage A, sur un échantillon provenant de gants jetés, est mentionnée dans un article diffusé en février 2022 sur la plateforme de prépublication Research Square par une équipe chinoise.

Au total, ces résultats montrent donc qu’ « il est fort peu probable que le SARS-CoV-2 circulait largement dans la population humaine avant novembre 2019 » et que fin décembre 2019 ce nouveau coronavirus (on parlait alors du n-CoV2019) avait sans doute été déjà introduit à de multiples reprises chez l’humain du fait de contacts répétés avec un réservoir animal présent sur le marché Huanan.

Hôte intermédiaire toujours introuvable

À ce propos, les auteurs font remarquer qu’il existe des milliers de fermes d’animaux sauvages dans l’ouest de la province du Hubei, dont des centaines de milliers de chiens viverrins dans les fermes de la préfecture de Enshi qui approvisionnent le marché de Wuhan. Et de préciser que cette région habite des grottes géantes peuplées de chauves-souris rhinolophes, ces chiroptères hébergeant des coronavirus (SRASr-CoV) apparentés au coronavirus humain du SRAS.

Les auteurs concluent leur article en faisant remarquer que le passage à l’humain des virus des lignages A et B lors d’événements zoonotiques indépendants indique que l’adoption évolutive chez l’homme n’est pas une condition nécessaire à la propagation dans l’espèce humaine. En effet, il a été montré que le SARS-CoV-2 est capable de repasser chez l’animal (on parle alors de zoonose inverse) comme constaté chez des hamsters, des visons et des cerfs à queue blanche (cerfs de virginie), ce qui souligne leur grande capacité à se transmettre à d’autres espèces animales sensibles. Ils peuvent même parfois faire le chemin dans l’autre sens (de l’animal à l’homme) comme cela a été observé à Hong Kong avec des hamsters infectés et aux Pays-Bas avec des visons contaminés.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états’, consacré aux mille et une facettes du diabète. Déjà 17 billets)

Pour en savoir plus :

Worobey M, Levy JI, Serrano LM, et al. The Huanan Seafood Wholesale Market in Wuhan was the early epicenter of the COVID-19 pandemic. Science. 2022 Jul 26:abp8715. doi: 10.1126/science.abp8715

Pekar JE, Magee A, Parker E, et al. The molecular epidemiology of multiple zoonotic origins of SARS-CoV-2. Science. 2022 Jul 26:eabp8337. doi: 10.1126/science.abp8337

Gao G, Liu W, Liu P, et al., Surveillance of SARS-CoV-2 in the environment and animal samples of the Huanan Seafood Market. Research Square. Posted Date: February 25th, 2022. doi: 10.21203/rs.3.rs-1370392/v1

Lednicky JA, Tagliamonte MS, White SK, et al. Independent infections of porcine deltacoronavirus among Haitian children. Nature. 2021 Dec;600(7887):133-137. doi: 10.1038/s41586-021-04111-z

Rambaut A, Holmes EC, O’Toole Á, et al. A dynamic nomenclature proposal for SARS-CoV-2 lineages to assist genomic epidemiology. Nat Microbiol. 2020 Nov;5(11):1403-1407. doi: 10.1038/s41564-020-0770-5

Chinese SARS Molecular Epidemiology Consortium. Molecular evolution of the SARS coronavirus during the course of the SARS epidemic in China. Science. 2004 Mar 12;303(5664):1666-9. doi: 10.1126/science.1092002

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Faut-il nettoyer les articles scientifiques qui ont été offensants ou dommageables ? Oui pour les rédacteurs du groupe BMJ

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Stage avec Wim Hof en Pologne, part 2

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Les petits arrangements des cartels de citation

Il s’agit de pratiques bien identifiées, mais pas assez connues de nos collègues. Ce billet du 17 mai 2022 de RetractionWatch. commence bien : « Les universitaires sincères s’efforcent d’élargir les connaissances et la compréhension des recherches. Ils citent toutes les recherches pertinentes, même celles produites par ceux avec qui ils sont en désaccord ou qu’ils […]
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Vaccination des enfants contre la Covid-19

Dans un précédent billet je condamnais assez abruptement la vaccination des enfants. La question mérite un  vrai argumentaire.

Notons d’abord que, le 15 juin 2021, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait recommandé de ne pas vacciner les enfants et que le 9 juin 2021, en Grande-Bretagne, le comité supervisant la vaccination anti-Covid avait refusé d’étendre la campagne à tous les enfants âgés entre 12 et 15 ans.

Rappelons le pass sanitaire, équivalent d’une obligation vaccinale, avait été demandé à tous les français de plus de 12 ans, à partir du 30 septembre 2021.

La vaccination des 5-11 ans avait d’abord été réservée aux enfants à risque de faire une forme grave de la maladie et de décéder et à ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées, vulnérables, ou non protégée. Dans un second temps elle  a été proposée à

à tous les enfants de 5 à 11 ans. C’est en effet le mercredi 22 décembre 2021 que le ministre de la Santé Olivier Véran annonce que la vaccination contre le Covid-19  est officiellement ouverte à tous les enfants. Il suit ainsi l’avis de la HAS, qui s’était prononcée en faveur de cet élargissement le 20 décembre, sans que cette vaccination ne soit obligatoire ni exigible.

La vaccination des 5-11 ans doit être évaluée à l’aune de la sacrosainte balance bénéfice risque. Un vaccin, en tant qu’il est une thérapeutique préventive, doit avoir plus de bénéfices que de risques. Il doit protéger le sujet d’une maladie potentiellement grave et qui n’admettrait aucun traitement curatif. 

Combien d’enfants sont morts de la Covid-19 ? Voici les chiffres de la HAS : depuis le début de l’épidémie,  on compte chez les 5-11 ans 540 942 cas de Covid-19 confirmés, parmi lesquels (28 %) étaient symptomatiques. Parmi ces symptomatiques 1399 hospitalisations ont été rapportées dont 238 concernaient des admissions en soins critiques ; trois décès d’enfants de 5 à 11 ans  ont été constatés. Il s’agit dans un cas d’un décès par PIMS[1] et dans les 2 autres cas de décès au cours d’une infection SARS-CoV-2 aiguë. Dans un cas, l’enfant est décédé dans un tableau associant plusieurs infections virales ou bactériennes sévères et dans l’autre, il est survenu chez un enfant présentant de lourdes comorbidités. Ces chiffres nous permettent de conclure que la mortalité par covid-19 chez l’enfant est inexistante.

La survenue d’un PIMS, complication spécifique des enfants justifie-t-elle la vaccination ? Rappelons que le PIMS est une manifestation tardive de l’infection par le SARS-CoV-2 chez les enfants, caractérisée par de la fièvre, une inflammation systémique et un dysfonctionnement de plusieurs organes et  des signes cutanés.

Entre le 2 mars 2020 et le 28 novembre 2021, 708 cas de syndromes inflammatoires multi-systémiques pédiatriques (PIMS), en lien avec la Covid-19, ont été signalés à Santé publique France. Un séjour en réanimation a été nécessaire pour 309 enfants (44%) et en unité de soins critiques pour 194 (27%).

Le PIMS a d’abord été considéré comme une forme clinique de  la maladie de Kawasaki. On sait maintenant que le PIMS est différent de cette maladie. le PIMS ne touche en moyenne qu’un enfant sur 32 000. On ne comprend pas pourquoi une maladie si rare, et avec un pronostic somme toute favorable, justifierait une protection vaccinale.

Regardons maintenant les effets indésirables des vaccins. Selon la HAS, plus de 10 millions d’enfants de 0 à 14 ans ont été vaccinés. Sur ces 10 millions 3233 évènements indésirables on été rapportés selon les bases de données nord-américaines. Seuls 3% de ces évènements indésirables présentaient une réelle gravité. Sur ces 3% on dénombre 2 décès survenus « chez des enfants qui présentaient de lourds antécédents médicaux » et « 14 cas de myocardite », l’un des effets indésirables les plus redoutés. Au total rien de vraiment inquiétant du côté des évènements indésirables. Ce qui ne valide pas pour autant la vaccination.

Au vue de ces données, on est en droit de conclure que la vaccination des enfants ne leur apporte aucun bénéfice individuel. C’est là que les autorités sanitaires vont invoquer un autre type d’argumentation pour justifier cette vaccination.

Dans le rapport du Conseil d’Orientation de la Stratégie Vaccinale, présidée par le Pr Alain FISHER du 11 mai 2021 on peut lire : «  Bien que peu affectés par des formes symptomatiques de la Covid-19, les enfants et adolescents transmettent le virus et participent à la dynamique épidémique ». On va donc faire jouer l’excuse altruiste. Ce n’est pas pour les protéger eux qu’on doit les vacciner, mais pour protéger les autres. L’objectif étant de parvenir à l’immunité collective qui impose que 80% de la population soit immunisée. Si les moins de 30 ans représentent 35% de la population, il est obligatoire de les vacciner pour aboutir à ce taux de 80% d’immunité collective. Nos responsables politiques ont fait le choix d’instrumentaliser les mineurs pour imposer leur stratégie vaccinale.

Dans son avis du 9 juin, le Comité consultatif national d’éthique s’interroge : « est-il éthique de faire porter aux mineurs la responsabilité, en terme de bénéfice collectif, du refus de vaccination d’une partie de la population adulte. » et « si la vaccination leur était présentée comme leur seule chance de retour à la vie normale, cette pression effective poserait la question de la validité de leur consentement ».

Les autorités sanitaires ont tout simplement oublié un principe éthique majeur en santé publique qui relève de la justice. Une mesure thérapeutique doit être non seulement d’un rapport bénéfique favorable pour celui qui la reçoit. Mais ce bénéfice risque doit aussi bénéficier à l’ensemble de la population. Elle ne pouvait aboutir à plus de bénéfices pour les uns ( en l’occurrence les personnes âgées) et plus de risque pour les autres, les autres étant les jeunes en bonne santé.

Cette exigence éthique s’articule celle du  philosophe  Emmanuel Kant qui  avait énoncé un des principes fondateurs de l’éthique moderne en ces termes : « Agis de manière à traiter la personne d’autrui jamais seulement comme moyen, mais toujours en même temps comme une fin » ; la dignité de l’autre exige que l’on n’en fasse ni un esclave ni un simple instrument.


[1]  syndromes inflammatoires multi-systémiques pédiatriques

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Plaques amyloïdes et Alzheimer. Histoire de santé publique sans consultation 6.

Jackson Pollock (1912-1956)
Number 1 - 1949


Les fraudes supposées sur l'origine supposée de la maladie d'Alzheimer (ICI) m'ont permis d'avoir des nouvelles de Monsieur A, 73 ans.

Monsieur A est un ancien patient qui m'a envoyé un mail avant-hier où il m'a parlé de ces fraudes (c'est un ingénieur qui lit l'anglais) et où il me dit qu'il va très bien et que son Alzheimer s'est évanoui.

Voici l'histoire.

Il y a environ deux ans, deux ans et demi, Madame A, qui est aussi une de mes patientes, me dit en consultation à propos de son mari: "La prochaine fois que vous le verrez au cabinet parlez-lui de ses pertes de mémoire, je suis inquiète..."

J'interroge Madame A sur ces pertes de mémoire : "Bah, vous savez, docteur, il ne sait plus où il met ses clés, il les cherche partout, il a besoin d'une liste pour aller acheter deux trucs au supermarché... Je crois qu'il commence un Alzheimer..." Elle ajoute : "Ne lui dites surtout pas que c'est moi qui vous en ai parlé..."

Quelque temps après, je reçois Monsieur A qui est hypertendu et qui a besoin de son médicament qui comprend deux molécules en un comprimé, et l'interroge (subtilement) sur la question. Il convient qu'il lui arrive d'avoir quelques oublis. "Mais rien de grave." Nous parlons aussi de l'essentiel.

Entre temps je discute avec le docteur B, un ami de longue date, qui me parle spontanément de Monsieur A et de ses oublis : ils font partie du même club de bridge et il sait que je suis son médecin traitant. J'interroge mon confrère qui m'affirme n'avoir rien remarqué au bridge et que c'est Madame A, également bridgeuse, qui lui en a parlé.

Monsieur A revient au cabinet pour passer un test de mémoire, le Mini Mental State dont il se sort avec un score maximum.

Ouaip.

Les mois se passent.

Mon collègue, le docteur B, m'appelle : "Tu sais, on avait parlé de A - Je n'en ai eu aucune nouvelle... - C'est normal, il a changé de médecin. - What ? - Oui, sa femme a trouvé que tu n'avais pas pris son cas au sérieux, elle l'a emmené voir C qui a prescrit une consultation dans un centre de mémoire, il a eu droit à un scanner et il y a des plaques amyloïdes partout. - Bof. - Comment ça ? Bof. Tu ne crois pas aux plaques amyloïdes dans l'Alzheimer ? - Je ne sais pas mais je connais mon patient et il n'a sans doute pas un Alzheimer." 

Le docteur B me prend pour un con. Il a lu le compte rendu du scanner qui signe le crime.

Ce qui m'inquiète, moi, c'est que "mon" patient n'est pas revenu me voir...

J'appelle le docteur C que je connais bien.

Je lui raconte l'affaire.

Quelques jours après Monsieur A est de retour au cabinet.

"Je ne savais vraiment pas quoi faire. Et j'en ai marre de faire des mots croisés, des sudoku et des mots fléchés. Ma femme m'emmerde. Elle m'oblige à faire ça pour que je ne perde pas la tête - Cela se passe comment au bridge ? - Parfait. On a gagné un tournoi au Chesnay. - Donc, j'en conclus que vous n'avez pas d'Alzheimer." 

Je marque une pause et lui demande : "Vous avez choisi ?"

Il me regarde en souriant. "Oui, j'ai choisi. Je garde ma femme."

Je ris. "Et les antidépresseurs ? - Le docteur C, et il m'a dit 'sur vos conseils', les a arrêtés et je garde un peu de seresta quand ça va pas".

Monsieur A n'allait pas bien quand il a commencé à oublier ses clés.

Monsieur A mène désormais une vie tranquille. 

A l'époque il s'est demandé si, malgré leurs longues années de mariage et sans motif particulier (il n'a personne, comme on dit), s'il n'allait pas se séparer de sa femme. Il s'est posé, l'âge avançant, des questions existentielles sur la façon de mener la dernière partie de sa vie. Il n'arrivait pas à trancher. S'est installé un état entre-deux, un peu de dépression, beaucoup d'anxiété. Et il a commencé à ne plus savoir où il posait ses clés. Comme il est ingénieur il a élaboré une théorie sur les capacités de sa mémoire vive, de son disque dur et tout le bla-bla. 

Maintenant, comme il a résolu son problème (sa femme sera la femme de sa mort après avoir été la femme de sa vie), il ne se pose plus de questions morales, presque plus de questions existentielles, enfin, c'est vite dit, et ses pertes de mémoire se sont envolées. 

Mais il a quand même, comme il dit, "des putains de plaques amyloïdes dans le cerveau".



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Combien de jeunes chercheurs voudraient rétracter un article ?

La lecture d’un billet de blog de juillet 2022, signalé par Nature, m’a rappelé quelques souvenirs..  Il m’arrive épisodiquement, lors de séminaires de formation à la rédaction scientifique d’avoir des témoignages dont j’assure les participants de toute confidentialité. J’ai plusieurs souvenirs très précis de jeunes chercheurs ayant pleine conscience des données falsifiées de leur thèse […]
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C’est difficile d’avoir un rendez-vous en dermatologie!


 

Mon métier est précieux. Je ne collecte pas les perles des huîtres, je ne suis pas chercheuse d’or ni même poseuse de girouettes, je suis dermatologue. Avant quand je le disais j’avais parfois droit à : « alors, c’est quoi ce bouton sur ma jambe ? »  et désormais c’est plutôt, les yeux brillants : « ah oui ça existe encore ? Vous prenez des nouveaux patients ? »

En effet, pendant de nombreuses années, les dermatologues en exercice avaient soit un diplôme appelé CES soit le diplôme actuel appelé DES (après avoir réussi le concours de l’internat ou les épreuves nationales classantes puis fait les quatre années de l’internat en dermatologie). Les CES sont en train de prendre petit à petit une retraite bien méritée. Le numerus clausus a été trop sévère depuis plus de vingt ans, et pour le passage en deuxième année, et pour l’admission au concours de l’internat en sixième année, que le renouvellement n’est pas suffisant. On évalue environ à 120 dermatologues qui arrêtent leur activité par an pour grossièrement une quarantaine ou une cinquantaine de nouveaux diplômés par an. (chiffres à vérifier). La dermatologie n’est certainement pas la seule spécialité souffrant de ce double numerus clausus. Elle est assez emblématique des difficultés de la médecine en France.

Or, et j’en parle avec beaucoup d’affection et de fierté puisque c’est celle que j’ai choisie, cette spécialité est très étendue, elle va de l’infectieux à la cancérologie en passant par la médecine interne, les maladies auto-immunes, elle est indispensable à chacun et difficile à déléguer.

N'écoutez pas les imbéciles qui vous balancent que c’est parce que les dermatologues ne font plus que de l’esthétique et que c’est pour cela qu’ils n’ont pas de rendez-vous de dermatologie médicale. Ce sont les mêmes qui nous bassinent avec la réintégration des soignants non vaccinés arguant qu’on en a absolument besoin pour faire tourner les hôpitaux… D’abord, il y a énormément de demandes esthétiques des femmes et des hommes de tous les âges. Il y a d’ailleurs beaucoup de généralistes qui pratiquent exclusivement la médecine esthétique. Ensuite, il vaut mieux que cela reste des gestes médicaux et pas des injections réalisées par des influenceuses faisant leur pub sur internet, travaillant dans leur cave, sans connaissance, sans formation, sans notion anatomique.

Les nouveaux diplômés, et en l’espèce surtout nouvelles diplômées, en dermatologie rechignent à s’installer en ville pour plusieurs raisons. Certains préfèrent l’hôpital où les pathologies sont souvent plus compliquées, les cas plus intéressants. Et aussi parce que les 35 h hebdomadaires sont assurées.

En effet, ils sont attachés à une notion que nous n’évoquions pas encore : la qualité de vie. Le médecin corvéable à merci tend à disparaître. Parmi les remplaçant(e)s ou les nouveaux installé(e)s personne ne souhaite travailler après 18h ou les samedis alors que les charges liées au fonctionnement d’un cabinet sont importantes.

Les lourdeurs administratives sont un point noir de l’installation. Je suis étonnée que l’état pour inciter les jeunes médecins à s’installer, ne participe pas à aider à ces tâches, désert ou pas, puisque tout le pays sera bientôt un désert médical. Car s’il est onéreux de former un médecin, et qu’il n’a pas été décidé d’allouer des sommes supplémentaires pour en former plus, fournir des agents administratifs (comptabilité, secrétariat…) est facilement envisageable.

Dernier élément à soulever : le comportement des patients. Ceux qui réservent un rendez-vous et qui ne viennent pas. Combien de rendez-vous non honorés avons-nous par semaine ? Ceux qui viennent en urgence pour un bobo ?

Comment manager les patients ? Filtrer en faisant une sorte de préconsultation ? Hiérarchiser les motifs ? Les responsabiliser pour qu’ils ne vous plantent pas empêchant d’autres patients atteints de maladies graves d’être vus à temps ?

La médecine en France en terme d’organisation, en terme de gestion, en terme d’image, est à repenser, à refonder entièrement avec les médecins, les patients et tous ces éléments, ceux de 2022. 

FF


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Bilan médical du lundi 18 juillet au dimanche 24 juillet 2022 : Industrie rose, nécessité des essais contrôlés, morale et médecine, Flahault doit-il être réintégré ?, fraudes dans les études, fraude massive sur l’étiopathogénie d’Alzheimer, fraude sur la sérotonine…

 

Ernest Hemingway (1899-1961

Le dépistagocapitalisme fait du fric sur le corps des femmes : l'industrie rose (cancer du sein) 

Voir ICI le film qui montre comment l'Eglise de Dépistologie est non seulement infiltrée par les firmes "roses"  mais comment ses prêtres et ses fidèles y sont sensibles et comment les femmes en souffrent.



Quand une courbe de résultats montre qu'un essai non contrôlé est biaisé (cardiologie).


John Mandrola, cardiologue à Louisville (KY), sur twitter (@drjohnm), son blog (ICI), commente la courbe : comment une étude non randomisée CABG (Coronary Artery By-pass Graft -- pontage coronarien) vs PCI (Percutaneous Coronary Intervention -- Intervention coronarienne percutanée).

"Signal classique de confusion :la séparation rapide des courbes. CABG peut être meilleur que PCI mais  pas entre 6 et 12 mois : la séparation précoce indique que ce sont les malades en meilleure santé qui ont été opérés."


Vincent Van Gogh (1853-1890)
Maison à Auvers. 1890.

Chaque fois qu'un médecin fait la morale il ne fait plus de médecine.

Pour paraphraser Nietzsche (sur une idée de Philippe Muray) qui parlait de morale et de comédie : "Inclure la morale dans la médecine signifie prendre de la distance aussi bien de la médecine que de la morale"

Si un médecin hait les personnes non vaccinées au point qu'il maudit leur existence et leur attribue l'endémicité du covid, lui ferez-vous confiance pour soigner un malade non vacciné  qui sera malade ?

La position des médecins de twitter (merci @akira_doe) :

  • Si vous faites "tout" bien, vous n'attraperez pas le covid 
  • Si vous l'attrapez, c'est à cause de ce que les autres ont fait, les méchants


Gustav Klimt (1862-1918)
La vie et la mort (1908 à 1915)

Pourquoi les oncologues finissent par choisir l'industrie...

Ce thread de Vinay Prasad est terrifiant, plein d'humour et désespérant. ICI

Faut-il réintégrer les soignants non vaccinés ?

Antoine Flahault a fait un pas de côté (@FLAHAULT) selon le noyau dur des ZéroCovideurs.

Il a écrit sur twitter qu'il était favorable à la réintégration des soignants non vaccinés.

(Cela ne me dérange pas car je n'y suis pas favorable non plus et ce qui peut choquer certains de mes amis et connaissances)

Eh bien, un certain nombre de compagnons de route de notre fier exilé helvétique, l'ont courageusement dénoncé bien qu'il fasse partie de leur camp. Et je donne l'exemple du professeur Mahmoud Zureik (@mahmoudzureik) que je cite souvent sur ce blog : LA. D'autres encore l'ont fait.

Mais ce qui m'a surpris (mais pas tellement), c'est que de nombreux compagnons de route d'Antoine Flahault (et là je ne donnerai pas de noms, ce serait méchant, et ielles pourront dire qu'en privé, ielles ont protesté auprès de l'intéressé), ont fermé leurs bouches. Les raisons, je vous les laisse les évoquer... Peur de critiquer un éminent professeur, attendre comment le vent va tourner, ne pas couper ls ponts, ne pas se priver d'une voix vaccinolâtre...


21 juillet 1969
(je n'ai pu identifier la source)

Comment les autorités de régulation des médicaments sont financées.

En rouge la part de financement liée à l'industrie pharmaceutique et des matériels.


Pensez-vous qu'une quelconque indépendance soit possible ?


A propos d'une étude singapourienne : polémiques .

C'est une des polémiques de la semaine.

Cette étude singapourienne rétrospective compare les taux d'infections et d'hospitalisations covid chez des enfants de 5 à 11 ans non, partiellement et complètement vaccinés (255 936 enfants) : omicron et comirnaty.

Vous pouvez la lire ICI.

Adam Cifu cite le tableau 2 et dit que c'est quand même dérangeant : il faut vacciner.

Vinay Prasad dit le contraire.

Kyle Sheldrick "démonte" Prasad qui ne se laisse pas démonter.

Les résultats sont en faveur d'une efficacité de la vaccination sur les hospitalisations de 42,3 et 87 % quand elle est respectivement incomplète et complète.

Mais : 


Ces faibles nombres de covid sévères chez les enfants sont tout à fait identiques à ceux retrouvées dans une étude israélienne : LA.

Encore des données rassurantes sur le covid long (ou covid persistant) chez les enfants.

Par Eric Topol. ICI dans le JAMA

En revanche, chez les adultes, une étude menée par Santé Publique France (LA) est moins rassurante. Mais la méthodologie de l'étude est telle que je préfère ne pas en parler.


Fraudes massives sur Alzheimer : les plaques amyloïdes inventées et les western blots trafiqués.

Lisez cet article (LA). Il est long, documenté, parfois un peu trop long, trop documenté, il démontre que les hypothèses physiopathologiques concernant la maladie d'Alzheimer étaient fausses et que les centaines de millions de dollars injectés dans la recherche était du temps perdu. Il est aussi inquiétant de comprendre qu'une molécule a été autorisée par la FDA avec un mécanisme d'action épousant les fausses hypothèses.

Incroyable.

Nous y reviendrons avec un billet consacré à ce sujet.

Mais les habitués de ce blog connaissent l'affaire. Mais sous un autre angle : celui de médicaments inefficaces mais sans rapport avec les plaques amyloïdes. LA

Mais ce n'est pas tout : une méta-analyse montre que les antidépresseurs inhibant la recapture de la sérotonine utilisés dans la dépression n'étaient pas efficaces et, mieux, que l'hypothèse sérotoninergique était erronée. 

Cet article publié dans Nature (LA) mérite d'autres commentaires.

J'en ai déjà vu certains qui, hostiles, parlent des processus intra synaptiques. Nous y reviendrons.

Bonne semaine.

La revue de la littérature et des commentaires de la littérature devient problématique... Tellement c'est riche.


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Légalisation du cannabis

Deux thèmes tissent les débats sur la dépénalisation du cannabis, d’une part la nocivité de cette drogue, d’autre part les risques inhérents à tout trafic illégal.

Le problème de la nocivité peut être écarté, car le statut légal ou non d’une drogue ne change rien à sa nocivité intrinsèque. Ce statut ne modifie pas davantage l’accès à cette drogue si l’on en juge par l’augmentation régulière de la consommation de cannabis et la stabilité de celle de l’alcool.

Le cannabis, par son illégalité, provoque essentiellement une mortalité en amont de sa vente, liée aux règlements de compte entre truands. L’alcool, par sa légalité, provoque exclusivement une mortalité en aval de sa vente (violence conjugale, accidents, etc.)

Le risque majeur d’une dépénalisation du cannabis serait de déplacer les activités des trafiquants, ainsi privés d’un gros marché, vers des drogues plus dures, augmentant alors la mortalité en aval, sur les consommateurs. Cela pourrait aussi augmenter secondairement la consommation de drogues légales, comme les morphiniques de prescription médicale.

Un autre problème, absent du débat, peut se résumer de façon naïve à une histoire de « gentils » et de « méchants ». Admettons que les drogués soient le plus souvent des « gentils », fragiles, pauvres ou faibles, soit par manque d’éducation sanitaire sur les méfaits de toutes les drogues, soit par une fragilité psychique à compenser par diverses addictions. Admettons que les trafiquants drogueurs soient des « méchants », marginaux, sociopathes ou délinquants, dépourvus d’empathie et connaissant tous les subterfuges des marchés de l’addiction.

Prendre la décision de la légalisation c’est protéger les « méchants » en diminuant la mortalité liée aux trafics, et c’est aggraver les addictions, donc la fragilité et la mortalité des « gentils ».

Sans éducation sanitaire, quelles que soient les décisions politiques et juridiques qui seront prises, ce seront assurément les plus fragiles et les plus pauvres qui paieront le plus lourd tribut. Comme d’habitude.

L’éducation sanitaire autour des drogues est particulièrement difficile, puisque le monde médico-pharmaceutique, non content d’être devenu le premier pourvoyeur d’addiction avec les psychotropes et les opiacés, s’engage maintenant résolument dans la promotion du cannabis thérapeutique. Ne doutons pas qu’il y parviendra. Le marché de la douleur et de la détresse a toujours été le plus lucratif, indépendamment de ses résultats catastrophiques.

Un autre type de difficulté apparaît. Il faut évidemment informer que toutes les drogues, légales ou illégales, sont dangereuses sur les plans psychiques et cognitifs. Mais devant la frénésie mercatique des industriels et des truands, l’âge de consommation est de plus en plus précoce. Les psychoses et déficits cognitifs ainsi engendrés diminuent l’efficacité de cette information sanitaire.

Autant de nouvelles pelles pour creuser le fossé des inégalités sociosanitaires.

Bibliographie

 

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Monkeypox : une étude sur plus de 500 cas rapporte des symptômes plus variés que prévu

Frenois-Veyrat G, et al. Virus monkeypox. Particules virales vues en microscopie électronique. bioRxiv. July 19, 2022.

Une étude internationale, portant sur 528 cas de monkeypox (variole du singe) survenus sur cinq continents et identifiés dans 43 établissements de santé, montre la diversité des signes cliniques dermatologiques et généraux de cette maladie.

La publication de cette étude a précédé de 48 heures l’annonce, lors d’un point presse samedi 23 juillet, par Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que le monkeypox est déclaré comme une urgence de santé publique de portée internationale. À ce jour, on dénombre plus de 16 000 cas de monkeypox dans 75 pays et territoires et cinq décès.

Publiée le 21 juillet 2022 dans l’hebdomadaire médical américain The New England Journal of Medicine, cette vaste étude a été conduite par un groupe collaboratif de médecins, répartis dans 16 pays (dont la France*). Ces cliniciens ont été contactés par l’intermédiaire d’un réseau basé à Londres, dénommé SHARE (Sexual Health and HIV All East Research).

Ces 528 patients avaient consulté dans des centres de médecine sexuelle, des dispensaires prenant en charge des personnes infectées par le virus du sida (VIH), des services d’urgence, des départements de dermatologie. Moins souvent, ils avaient été adressés par des médecins généralistes.

Cette série de cas concerne des personnes résidant en Europe, aux Amériques, dans le Pacifique Ouest et dans la région Est de la Méditerranée. L’âge médian était de 38 ans, 56 % des patients ayant plus de 50 ans. Globalement, 9 % avaient été vaccinés contre la variole. Par ailleurs, 41 % étaient infectés par le VIH (95 % d’entre eux ayant une charge virale indétectable, c’est-à-dire inférieure à 50 copies/mL).

Diagnostic le plus souvent confirmé par PCR sur les lésions cutanées ou ano-génitales

Dans tous les cas, ces infections par le virus monkeypox ont été confirmées par un test PCR, effectué sur des lésions cutanées ou ano-génitales dans 97 % des cas.  La PCR avait parfois été réalisée sur un autre site anatomique. Le pourcentage de résultats PCR positifs était de 26 % sur les échantillons nasopharyngés, de 3 % sur les prélèvements urinaires et de 7 % dans les échantillons sanguins.

Le sperme a été testé chez 32 patients, examinés par cinq établissements différents. La présence de l’ADN du virus monkeypox a été détectée chez 29 d’entre eux.  

Grande variabilité des signes cliniques

Il apparaît que la présentation initiale de l’infection virale ainsi que l’apparition ultérieure de signes cliniques cutanés ou généraux varient considérablement. Ainsi, la maladie se manifeste le plus souvent par une seule lésion initiale sur la peau ou par l’apparition de plusieurs lésions cutanées, principalement dans la région ano-génitale, le tronc ou les membres, ou encore le visage. Ces lésions peuvent parfois siéger en ces trois localisations en même temps. Le nombre de lésions augmente avec le temps, s’accompagnant ou non de signes généraux. On assiste donc à une grande variabilité des symptômes cliniques au moment où la maladie se manifeste cliniquement.

Des lésions cutanées sont présentes chez 95 % des patients. Les sites cutanés concernés sont la zone ano-génitale (73 % des cas), le tronc, les bras ou les jambes (55 %), la face (25 %), les paumes des mains et les plantes des pieds (10 %).

Présence possible de lésions cutanées à différentes phases d’évolution

Lésions cutanées d’un patient de monkeypox. a1 et a2 : lésions de la face. b1 à b3 : lésions sur le pénis. c1 et c2 : lésions sur le front. Thornhill JP, et al. N Engl J Med. 2022 Jul 21.

On observe un large spectre de lésions cutanées, qui sont maculeuses (surélevées), pustuleuses (avec une petite cavité remplie de pus), vésiculaires (bouton avec liquide à l’intérieur) ou croûteuses. En outre, des lésions à différentes phases d’évolution peuvent être présentes simultanément.

Chez les patients présentant des manifestations cutanées, 58 % de ces lésions sont vésiculo-pustuleuses. Le nombre de lésions varie grandement, la plupart des personnes présentant moins de dix lésions. Parmi les 528 cas observés, 54 ne présentaient qu’une seule lésion ulcérée de la région ano-génitale, ce qui montre à quel point il est aisé de faire fausse route sur le plan diagnostique et d’attribuer une telle lésion à une autre infection sexuellement transmissible, déclarent les auteurs.

Les lésions siégeant sur les muqueuses ont été observées chez 41 % des patients étudiés. Une lésion de la muqueuse anorectale a été la première manifestation observée chez 61 personnes. Elle était associée à des douleurs anorectales, une rectite (inflammation du rectum), associée à une tension douloureuse rectale ou ténesme, de la diarrhée, voire à l’association de ces trois symptômes.  

Les lésions oropharyngées peuvent être la manifestation initiale

Lésions péri-buccales, linguales et pharyngées. Thornhill JP, et al. N Engl J Med. 2022 Jul 21.

L’atteinte de la muqueuse oropharyngée peut également être à l’origine des premiers symptômes cliniques. Cela a été le cas pour 26 patients. Les symptômes ORL étaient variés : pharyngite (angine), sensation douloureuse, en arrière du sternum, survenant lors d’une déglutition (odynophagie), inflammation aiguë de l’épiglotte (épiglottite), gênant grandement la respiration. Des lésions de la muqueuse buccale et des amygdales peuvent également être observées.

Les auteurs ont noté que 13 personnes présentaient une atteinte isolée ano-génitale ou buccale.

Enfin la muqueuse oculaire peut être atteinte. Chez trois patients, des lésions de la conjonctive ont été parmi les premières à apparaître.

Une pharyngite dans 21 % des cas

Les signes généraux observés au cours de la maladie sont de la fièvre (dans 62 % des cas), une léthargie/fatigue (41 %), des douleurs musculaires (myalgies, 31 %), des céphalées (maux de tête, 27 %). Tous ces symptômes surviennent fréquemment avant l’apparition de l’éruption cutanée généralisée. On observe dans plus de la moitié des cas (56 %) une augmentation de volume des ganglions lymphatiques (lymphadénopathies). Les auteurs ont recensé une pharyngite (angine) dans 21 % des cas.

Principalement du fait de la grande variabilité des signes cliniques lors de l’apparition de la maladie, une chronologie claire du moment de l’exposition potentielle au virus et des symptômes n’a pu être obtenue que chez seulement 30 patients. Un événement potentiellement contaminant a été clairement identifié chez 23 d’entre eux.

Un délai médian de 7 jours (compris entre 3 et 20 jours) entre l’exposition et le développement des symptômes a été noté. Un délai médian de 5 jours (entre 2 et 11 jours) a été observé entre le développement de la première lésion cutanée et l’apparition des autres lésions sur la peau.

Chez les patients chez lesquels des tests PCR de détection du virus monkeypox ont été régulièrement réalisés au cours du suivi, il s’avère que le dernier résultat positif a été noté 21 jours après le début des symptômes.

John Thornhill, Sapha Barkati, Marina Klein, Chloe Orkin  et leurs collègues infectiologues et dermatologues précisent que la présentation clinique était similaire que les patients soient ou non VIH+. Parmi les 377 personnes ayant été testées pour une infection sexuellement transmissible (IST) intercurrente, 9 % présentaient une syphilis, 8 % une gonorrhée , 5 % une infection à Chlamydia.

Selon les médecins qui ont rapporté ces cas cliniques, la transmission du virus monkeypox impliquait un « contact sexuel étroit chez 95 % des personnes », mais « il n’est pas possible de confirmer une transmission sexuelle ».

Et les auteurs d’ajouter que, pour 406 personnes sur les 528 chez lesquelles l’histoire sexuelle a pu être renseignée, celles-ci avaient en moyenne cinq partenaires sexuels au cours des trois derniers mois. Par ailleurs, 28 % d’entre elles avaient voyagé à l’étranger le mois précédant le diagnostic et 20 % avaient participé à de grands rassemblements (de plus de 30 personnes), tels que des marches des fiertés (Pride).

Globalement, environ un tiers de ces patients (32 %, 103 personnes), avaient fréquenté des lieux de consommation de sexe au cours du mois précédant. Ils étaient 20 % à avoir eu recours au chemsex. Ce terme, contraction de chemical et sex, provient de la culture gay anglo-saxonne. Il désigne des pratiques de consommation de substances psychoactives dans le cadre de relations sexuelles. Celles-ci visent à augmenter l’intensité et la durée des plaisirs charnels, tout en facilitant la désinhibition des partenaires.

Il est à noter que sur les 528 cas de monkeypox répertoriés, 70 patients ont été admis à l’hôpital, soit seulement 13 % d’entre eux. Les principaux motifs d’hospitalisation étaient des douleurs intenses, principalement causées par une atteinte anorectale, une surinfection des tissus mous.

Deux complications rares : myocardite et épiglotitte

Parmi les autres raisons nécessitant l’hospitalisation du patient, on note des pharyngites sévères gênant la prise alimentaire, une atteinte oculaire, une atteinte rénale aiguë, une myocardite (inflammation du muscle cardiaque), le besoin d’isoler le patient afin de contrôler la diffusion de l’infection.

Les deux cas de myocardite observés (chez un patient VIH+ et un autre VIH-) ont été spontanément résolutifs, en moins de sept jours.

Dans la plupart des cas, la maladie était d’intensité modérée. Aucun décès n’a été rapporté parmi les 528 cas de monkeypox répertoriés.

Transmission lors de l’activité sexuelle

« L’activité sexuelle, largement parmi les hommes homosexuels ou bisexuels, a été de loin la voie de transmission du virus la plus suspectée. La forte probabilité d’une transmission sexuelle a été confirmée par la découverte de lésions primaires des muqueuses génitales, anales et buccales, qui peuvent représenter le site d’inoculation. L’ADN du virus monkeypox, détectable par PCR dans le liquide séminal dans 29 des 32 cas testés, confirme cette hypothèse », déclarent les auteurs.

Selon Romain Palich, infectiologue à l’hôpital Pitié-Salpêtrière (Pars) qui a collaboré à cette étude et qui s’exprimait récemment lors d’un webinaire organisé par la Société française de microbiologie, les lésions de la région génitale se situent sur la verge ou dans la région anale, selon le mode de rapport sexuel, insertif ou réceptif.

Les auteurs de l’étude publiée dans le NEJM soulignent cependant qu’il « reste à déterminer si le sperme est capable de transmettre l’infection, car on ne sait pas si l’ADN viral détecté dans ces prélèvements était compétent pour la réplication », autrement dit s’il était capable de se répliquer et était donc infectieux**. À ce jour, on ne dispose pas d’éléments montrant clairement une transmission sexuelle par l’intermédiaire du liquide séminal ou des sécrétions vaginales.

Et d’ajouter que la survenue de « clusters associés à des fêtes sexuelles ou à des saunas souligne le rôle potentiel du contact sexuel comme promoteur de la transmission ». Selon eux, « les voyages internationaux et la participation à de grands rassemblements liés à des activités sexuelles sur place peuvent expliquer la propagation mondiale des infections monkeypox amplifiée par les réseaux sexuels ».

On le voit, l’atteinte rectale ou des muqueuses est au premier plan des symptômes du monkeypox. De même, il est possible qu’une personne infectée ne présente qu’une seule lésion. Ces particularités cliniques s’écartent des descriptions de cas acceptées à l’échelle internationale, soulignent les auteurs. En effet, « les définitions existantes recommandent de considérer le monkeypox dans le contexte de toute éruption ‘inhabituelle’, mais elles ne couvrent pas toute la gamme des manifestations possibles », soulignent-ils.

« Les lésions cutanées génitales solitaires et les lésions touchant les paumes et les plantes des pieds peuvent facilement conduire à un diagnostic erroné de syphilis et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST), ce qui peut à son tour retarder le dépistage », et ce d’autant que 29 % des personnes testées présentaient une IST intercurrente. Et le collectif de praticiens de « recommander par conséquent d’envisager le diagnostic de monkeypox chez les personnes à risque qui présentent des symptômes traditionnels d’une IST ».

Les auteurs insistent sur deux rares complications sérieuses : la myocardite et l’épiglottite, ce qui indique que « le spectre complet de la maladie et de ses complications nécessite des études supplémentaires, notamment sur le long terme », étant donné le peu de recul actuel.

« Sur les deux établissements parisiens de référence, Bichat et Pitié-Salpêtrière, on a environ 25 personnes hospitalisées sur plus de 500 patients diagnostiqués », me confie le Pr Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat. « On observe des formes cutanées extensives, des formes extrêmement douloureuses, des rectites invalidantes, des abcès dus à des réinfections bactériennes et qui doivent être drainés, de même que des atteintes oculaires ». Et d’ajouter que certains patients présentent des « angines assez carabinées, avec des amygdales très hypertrophiées, monstrueuses, qui peuvent obstruer la filière des voies respiratoires ».

« Les professionnels de santé doivent être formés afin de pouvoir reconnaître et traiter les cas de monkeypox », insistent les auteurs de l’étude. De même, selon eux, les associations représentant les communautés d’hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes doivent relayer les interventions de santé publique en veillant à ce qu’elles soient « appropriées et non stigmatisantes », et en évitant tout message susceptible de favoriser la diffusion d’une épidémie underground, passant sous les radars.

Une épidémie pouvant toucher n’importe qui

« Bien que l’épidémie actuelle touche de manière disproportionnée les hommes homosexuels ou bisexuels et d’autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, le monkeypox n’est pas plus une ‘maladie gay’ qu’une ‘maladie africaine’. Elle peut toucher n’importe qui », soulignent les auteurs qui indiquent avoir identifié neuf hommes hétérosexuels atteints de monkeypox.

Au Royaume-Uni, l’Agence de sécurité sanitaire (UKHSA), dans son dernier point épidémiologique du 22 juillet, précise que 2001 des 2014 cas de monkeypox recensés en Angleterre, pour lesquels on connaît le sexe des patients, sont des hommes (99 %) et que 13 cas ont été diagnostiqués chez des femmes.

Environ 31 % des patients avaient eu plus de dix partenaires au cours des trois derniers mois. Les épidémiologistes britanniques précisent que seulement 8 % des quelque 2 000 cas de monkeypox enregistrés en Angleterre ont été identifiés comme étant sujets contacts d’un cas confirmé.

Publié le 1er juillet dans la revue Lancet Infectious Diseases, une étude conduite auprès d’une cinquantaine de malades londoniens ayant présenté une infection par le virus monkeypox en mai dernier, avait déjà montré que certains symptômes cliniques diffèrent, par leur localisation et/ou leur fréquence, de ceux rapportés lors des épidémies antérieures survenues en Afrique.

Le rapport de l’UKHSA rapporte également l’apparition de « symptômes atypiques, notamment de lésions uniques ou peu nombreuses, et indique que des observations internationales font état d’une infection subclinique », autrement dit d’une infection n’ayant pas encore donné de symptômes visibles. À ce propos, les auteurs de l’étude parue dans le NEJM déclarent que « les personnes de cette série de cas présentaient des symptômes qui les ont amenées à consulter un médecin, ce qui implique que des personnes asymptomatiques, présentant des symptômes plus légers ou paucisymptomatiques, [associées à peu de symptômes] auraient pu passer inaperçues (…) La propagation à d’autres populations [que celles prises en charge dans des centres de santé sexuelle] est attendue et la vigilance est de mise ».

« Nous recommandons la vigilance lors de l’examen d’éruptions cutanées aiguës inhabituelles chez n’importe quelle personne, en particulier lorsque les éruptions sont associées à des symptômes systémiques, afin d’éviter de passer à côté du diagnostic chez des personnes hétérosexuelles », concluent les auteurs.

En rapportant le 18 juillet dans la revue Eurosurveillance, un cas de monkeypox chez un enfant de 10 ans, des infectiologues et pédiatres néerlandais souhaitaient, quant à eux, « sensibiliser les cliniciens sur le fait que le monkeypox peut se développer chez les enfants ».

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états’, consacré aux mille et une facettes du diabète. Déjà 15 billets)

* Font partie des infectiologues et virologues français ayant participé à l’étude publiée dans le NEJM : Romain Palich, Valérie Pourcher, Gentiane Monsel, Yara Wakim, Vincent Bérot, Alexandre Bleibtreu, Cécile Brin, Ariane Gavaud, Anne-Geneviève Marcelin, Agathe Nouchi (hôpital Pitié-Salpêtrière), Claire Pintado et Emma Rubenstein, Caroline Lascoux-Combe, Jean-Michel Molina (hôpital Lariboisière-Saint-Louis), Thomas Grunemwald (centre d’examen de santé).

** Récemment, des chercheurs italiens ont rapporté la présence de l’ADN viral dans le liquide séminal de quatre patients.

Pour en savoir plus :

Thornhill JP, Barkati S, Walmsley S, et al; SHARE-net Clinical Group. Monkeypox Virus Infection in Humans across 16 Countries – April-June 2022. N Engl J Med. 2022 Jul 21. doi: 10.1056/NEJMoa2207323

Sur le web :

Investigation into monkeypox outbreak in England: technical briefing 4  (UKHSA, Updated 22 July 2022)

Point de situation au 21/07/22 suite aux cas de variole du singe (Monkeypox) signalés en France et dans le monde (Santé publique France, publié le 22 juillet 2022)

LIRE aussi : Monkeypox : certains symptômes des premiers patients londoniens diffèrent de ceux observés lors des épidémies antérieures

Un cas inexpliqué de monkeypox chez un enfant

Publié dans amygdales, Dermatologie, épidémie, épidémiologie, épiglottite, éruption cutanée, homosexuels, homosexuels masculins, Infectiologie, infection à VIH, lésions cutanées, lésions vésiculo-pustuleuses, macules, monkeypox, muqueuse anorectale, myocardite, pharyngite, pustules, région ano-génitale, région génitale, région périanale, signes cliniques, signes systémiques, symptomatologie, ulcérations, variole du singe, vésicules | Commentaires fermés sur Monkeypox : une étude sur plus de 500 cas rapporte des symptômes plus variés que prévu

Hors sujet : la deuxième division (littéraire). Europe. Un écrivain, une oeuvre. Travail en cours.

Après avoir brièvement parlé de la première division littéraire en Europe (ICI), vici la deuxième division.

Et comme le disait Richard Strauss (nazi notoire, ça, c'est pour le politiquement correct) : "Je ne suis peut-être pas un compositeur de premier ordre mais je suis un compositeur de deuxième ordre de première classe." 


22 juillet 2022

Antonio Tabucchi (1943-2012)
Pereira prétend (1995)


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Un cas inexpliqué de monkeypox chez un enfant

A : deux lésions isolées en regard de la mandibule gauche et sur la joue gauche. B : lésion sur l’épaule droite. Tutu van Furth A Marceline, et al. Euro Surveill. 2022;27(29):pii=2200552.

C’est l’histoire d’un petit néerlandais de 10 ans, sans antécédent médical particulier, qui a été adressé début juin 2022 aux urgences de l’Emma Kinderziekenhuis, un hôpital pédiatrique à Amsterdam. Ce cas a été rapporté le 18 juillet 2022 dans la revue en ligne Eurosurveillance.

Tout a commencé trois semaines auparavant, lorsque ce jeune garçon s’est plaint d’avoir mal à la gorge. Il n’était pas fiévreux et tout est rentré dans l’ordre le jour suivant. Le lendemain, il est parti avec ses parents en vacances en Turquie. À son retour, le garçonnet remarque deux petites lésions circulaires du côté gauche du visage, l’une en regard de la mâchoire inférieure, l’autre sur la joue.

Une crème antifongique est prescrite par un médecin généraliste qui pense que l’enfant a une mycose de la face. Le praticien est à nouveau consulté trois jours plus tard. Une pommade antibiotique est alors prescrite pour une suspicion d’impétigo, infection de la peau d’origine bactérienne.

Ce n’est que lorsqu’une vingtaine de lésions apparaissent sur le corps que l’enfant est amené aux urgences hospitalières pédiatriques pour suspicion de monkeypox. Le jeune patient est alerte, en bonne santé générale, non fiévreux. Le volume des ganglions lymphatiques du cou, des aisselles ou de l’aine n’est pas augmenté. Le foie et la rate sont de volume normal.

Les médecins observent sur la peau du jeune garçon une distribution centrifuge de 20 vésicules isolées, bien délimitées, de couleur rouge-brun. Ces lésions siègent à l’oreille gauche, la mandibule gauche, les deux bras, les deux cuisses et sur le dos. Les pédiatres notent l’absence de lésion buccale ou de la région génitale.

Le bilan biologique sanguin est normal, si ce n’est que l’enfant présente un déficit en immunoglobulines A (IgA), ce qui favorise généralement la survenue d’infections pulmonaires chroniques et de sinusites.

Dans la mesure où le virus monkeypox se transmet par l’intermédiaire de contacts étroits lors de rapports sexuels, les médecins ont cherché à déterminer si l’enfant a pu être victime d’un abus sexuel. Après interrogatoire, ils excluent cette possibilité. Par ailleurs, les examens à la recherche d’une syphilis, d’une gonorrhée, d’infection à Chlamydia, d’une hépatite B et C, sont tous négatifs. Un test PCR de détection du virus de la varicelle-zona réalisé sur le liquide des vésicules est également négatif.

Un test PCR de détection du virus monkeypox (MPXV) est réalisé dans des prélèvements de sang, de gorge, d’urine, ainsi que sur des vésicules cutanées. Tous les prélèvements sont positifs pour le MPXV, à l’exception de l’échantillon urinaire. Le séquençage génomique du MPXV montre que le virus en question appartient au lignage B.1, responsable de l’épidémie actuelle de monkeypox en Europe. Les virologues n’ont établi aucun lien direct avec d’autres souches de MPXV circulant dans la région d’Amsterdam.

Des prélèvements sanguins, urinaires, pharyngés et de la région péri-anale, sont alors réalisés dans la fratrie (parents et deux enfants). Les tests PCR sont négatifs pour le MPXV. À ce propos, les auteurs soulignent la nécessité de « réaliser rapidement un test diagnostique en cas de symptômes cliniques potentiellement liés au monkeypox afin de prévenir une transmission potentielle non détectée dans la communauté ».

Aucune source plausible d’infection n’a été identifiée

Le service de santé publique d’Amsterdam va entreprendre une enquête épidémiologique pour tenter de découvrir chez cet enfant l’origine de l’infection par le virus monkeypox. Le contact tracing ne permettra pas d’identifier de source potentielle. L’enfant n’a pas été en contact avec des personnes présentant une infection prouvée ou possible par le MPXV. « Pendant leurs vacances en Turquie, la famille a constamment recouvert les transats de la piscine avec leurs propres serviettes et il n’y a pas eu de contacts étroits avec d’autres personnes », déclarent Marceline Tutu van Furth, Matthijs Welkers et leurs collègues pédiatres et infectiologues.

Identifiés comme personnes contacts à haut risque, les parents, un ami et un autre enfant de la famille, ont été rapidement vaccinés avec le vaccin de troisième génération Imvanex® (vaccin vivant atténué non-réplicatif de la souche Ankara, du laboratoire danois Bavarian Nordic). Des lettres d’avertissement ont également été adressées par le département de santé publique d’Amsterdam à l’école du jeune garçon ainsi qu’au club de sports qu’un des parents avait fréquenté durant la période infectieuse. Fort heureusement, aucun cas secondaire n’a été observé.

On le sait, les rapports sexuels, avec ou sans pénétration, réunissent des conditions pour une contamination du virus monkeypox. Mais cette voie de transmission du MPXV n’est pas la seule. Le virus peut être transmis par contact direct avec les lésions cutanées ou les muqueuses d’une personne malade, ainsi que par les gouttelettes (salive, éternuements, postillons). La contamination par le MPXV peut aussi avoir lieu au contact de l’environnement de la personne infectée (literie, vêtements, vaisselle, serviettes de bain).  Il est donc possible que l’enfant ait été en contact étroit avec une personne infectée ou un objet contaminé, sans même le savoir.

La durée d’incubation est variable, comprise entre 5 et 21 jours. Il a été montré chez les patients atteints de monkeypox aux Pays-Bas que la durée moyenne d’incubation est de 8,5 jours, ce qui indiquerait que l’infection aurait eu lieu début juin. Mais rien n’est moins sûr dans ce cas pédiatrique car la voie de contamination est différente de celle habituellement décrite dans la plupart des infections qui, rappelons-le, surviennent chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

Le jeune garçon présente un déficit en immunoglobulines A (IgA). Or les IgA jouent un rôle protecteur vis-à-vis des virus au niveau des muqueuses. Il est possible que cela ait pu influer lors d’une transmission par voie respiratoire du virus monkeypox. Et les auteurs d’ajouter qu’on ignore encore beaucoup de choses sur l’épidémie actuelle de monkeypox, notamment la durée d’incubation.

Les virologues néerlandais précisent que chez cet enfant le MPXV a été aisément détectable dans les voies respiratoires supérieures et dans la région péri-anale, sans qu’ils n’observent cependant de lésions dans ces régions.

Ils précisent enfin que la charge virale a diminué, jusqu’à atteindre au bout d’une semaine des taux situés en-deçà du seuil de détection. La PCR est cependant restée positive dans le fluide des vésicules pendant trois semaines après le début des symptômes*, ce qui pourrait indiquer la présence d’un virus capable de se répliquer.

« En décrivant ce cas, nous souhaitons sensibiliser les cliniciens sur le fait que le monkeypox peut se développer chez les enfants et être présent dans la population générale », concluent les auteurs.

En Espagne, le 20 juillet, la Direction générale de la santé publique de la Communauté de Madrid a confirmé un cas de monkeypox chez un bébé de 7 mois qui a contracté la maladie à son domicile, ses parents étant également infectés. La transmission à l’enfant a eu lieu pendant les soins de ses parents, indiquent les autorités sanitaires. L’enfant et ses parents sont en bonne santé.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états, consacré aux mille et une facettes du diabète. Déjà 15 billets)

* La valeur du Cq (nombre de cycles avant obtention d’un signal positif à la réaction PCR dans le liquide des vésicules) était de 27 à J+29. On ignore si cela reflète une réplication active du virus infectieux.

Pour en savoir plus :

Tutu van Furth A Marceline, van der Kuip Martijn, van Els Anne L, et al. Paediatric monkeypox patient with unknown source of infection, the Netherlands, June 2022. Euro Surveill. 2022;27(29):pii=2200552. 

Sur le web :

La Comunidad de Madrid confirma un caso de viruela del mono en un bebé de 7 meses (Comunidad de Madrid)

Joint ECDC-WHO/Europe monkeypox surveillance bulletin. Epidemiological update, 20 Jul 2022 (ECDC)

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Merci à Joint Bone Spine pour ‘COVID-19 as a source of poor publications’

Il faut continuer à signaler les mauvaises pratiques des publications COVID-19. Je remercie à ce titre la revue Joint Bone Spine qui a publié en juin 2022 un éditorial que j’ai soumis sur ce thème. C’est difficile à écrire, et les relecteurs m’ont fait des remarques constructives et utiles : le peer-review demande du temps, […]
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Je n’irai pas en EHPAD !

Les invasions barbares - Denys Arcand - 2003


"Je n'irai pas en EHPAD !" est une phrase débile qui pourrait très bien se retourner contre moi le jour où, ayant perdu toute autonomie et où mes proches (ou ce qu'il en restera) en auront eu assez d'éponger la salive sortant de ma bouche ou de torcher mon cul ou de changer mes couches ou de me donner à manger de la nourriture moulinée (chaque fois que je lis sur la carte d'un restaurant l'intitulé "Ecrasé de pommes de terres", je pense à l'EHPAD), ou de perdre du temps à venir me voir, ou à se battre avec les horaires des auxiliaires de vie et des aides à domiciles, ou à mordre sur leurs horaires de travail et se faire engueuler par leurs chefs qui n'ont ni parents ni grands-parents, ou à se faire reprocher de mal faire par les membres de la famille qui ne font rien (et si je remarque tout et que je ne dis rien c'est parce que la vieillesse, au lieu d'être la période où on règle tout est plutôt celle où on laisse tout passer), et où ils ne pourront plus s'occuper de moi dans l'appartement où j'ai passé une cinquantaine d'années à collectionner des souvenirs dont personne ne voudra plus, et, donc, je déménagerai dans un établissement sentant le désinfectant et rythmé par le bruits des crocs sur les linoléums, je me retrouverai dans une chambre anonyme en train d'attendre la mort ou des visites qui ne viendront pas ou qui viendront malheureusement.

Je n'irai pas en EHPAD.

J'attendrai avec impatience des visites et, une fois qu'elles seront là, je penserais me trouver au parloir d'une prison, purgeant une peine à perpétuité sans possibilité d'aménagement de durée, ou je me rappellerai mes propres visites en EHPAD où je m'y ennuyais ferme tout en jouant au bon fils, au bon beau-fils, au bon camarade.

Je me rappelle le film de Denys Arcand, Les invasions barbares, où les amis d'un mourant lui apportent  une bouteille de très grand vin et qu'il les regarde en leur disant qu'il ne fait plus la différence entre une piquette et un verre d'eau... Sans compter la disparition du sexe et de la séduction. 

Bien que médecin, je ne sais pas quoi faire quand je suis dans une chambre d'hôpital avec quelqu'un de ma famille : je ne suis ni médecin, ni un proche, je suis un intrus. Je fais semblant de pouvoir interférer avec l'hôpital, alors, quand je serai malade : avec qui pourrais-je interférer pour décider des traitements que je prendrai ou que je refuserai de prendre ?

Je n'irai pas en EHPAD car je n'aimerais pas qu'en fin de vie mes proches, ceux que j'aime, ceux à qui j'ai tenté de donner un sens à ma vie et à leur existence, me voient décrépit, bavant, bredouillant, lent, le cerveau englué, l'ombre de moi-même.

Je n'irai pas en EHPAD pour ne pas rendre coupables ma famille de ne pas venir me voir, de ne pas venir assez me voir, de se trouver désemparée et anxieuse (de sa propre déchéance voire de sa propre mort), pour ne pas voir dans les yeux de mes proches que je ne ressemble pas à celui que j'étais, que je suis à la porte de la mort.

Je n'irai pas en EHPAD pour me retrouver dans une grande salle, à huit, à dix, à six, en train de regarder des émissions débiles à la télé, toutes celles que je ne regardais jamais quand j'étais jeune, beau et valide,  ou à jouer au volley fauteuil avec des animateurs zélés qui ne pourraient me faire oublier l'apollon des plages que j'étais qui smashait pour draguer les jeunes femmes...

Je n'irai pas en EHPAD pour voir des personnes de mon âge dans un état désespérant qui ne peut être que le miroir de moi-même.

Je n'irai pas en EHPAD pour pisser et pour chier dans ma couche, pour pisser et pour chier dans un bassin.

Je n'irai pas en EHPAD pour ne pas subir des toilettes quotidiennes complètes en cinq minutes alors que je préfèrerais une toilette de chat (d'ailleurs, où est mon chat, pourquoi n'est-il pas à côté de moi ? Parce que c'est un chat d'appartement, de son appartement, qui n'aurait pas supporté le transfert, qui aurait eu peur de toute cette agitation...) avec une jeune femme douce qui me parlerait de son enfance à Fouta et qui éclaterait de rire à la moindre de mes débiles remarques sans avoir besoin de cocher des cases alakhon sur son tableau de service.

Je n'irai pas en EHPAD bien qu'il soit possible que je sois déjà incapable de savoir que j'y suis (la meilleure façon de survivre dans ce couloir de la mort) et que ma mémoire me fera défaut au point que toutes les lectures que j'ai fièrement faites tout au long de ma vie ne seront qu'évanescences irritantes.

Il est possible que j'aille en EHPAD mais il faudrait changer ce putain d'acronyme.

C'étaient mes directives anticipées.

PS

Et ce n'est pas la peine de faire des commentaires sur les EHPAD où il fait bon vivre, où il y a des animasions (j'ai toujours détesté les aniamtions du Club Meb), passez votre chemin. 

Et ce n'est pas la peine de faire des commentaires sur le dévouement des personnels, le fait que toutes ces personnes sont mal payées, cela fait partie du package.

Et ce n'est pas la peine de me parler de fin de vie agréable, de mort douce, ce sont des âneries modernes.

Changer l'acronyme ?

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Une bonne ressource sur la science ouverte : le blog de l’Institut Pasteur

J’ai encore constaté le fossé entre les générations quand il s’agit d’évoquer la science ouverte lors de formations à la rédaction scientifique. Les doctorants sont très ouverts et comprennent les exigences ; par contre les séniors ne sont pas toujours entrés dans cette culture. Si le site du ministère ‘Ouvrir la science‘ apporte de nombreuses […]
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Identification d’anticorps neutralisants à large spectre, actifs sur tous les coronavirus humains

Illustration montrant des anticorps (en forme de Y) spécifiquement dirigés contre le coronavirus SARS-CoV_2. © Fujita Health University

Deux équipes indépendantes rapportent, dans le numéro daté du 12 juillet 2022 de la revue Science, avoir identifié des anticorps neutralisants à large spectre, actifs contre une vaste gamme de coronavirus.  Ces anticorps humains ont la particularité de cibler une autre région de la protéine spike que celle contre laquelle sont dirigés les anticorps induits par la vaccination anti-Covid-19. Ils ont dirigés contre une région impliquée dans la fusion de l’enveloppe virale et de la membrane cellulaire.

La connaissance d’anticorps spécifiques de cette sous-région cruciale de la protéine spike, appelée « peptide de fusion », représente une nouvelle piste  potentielle pour la mise au point de vaccins capables d’induire une immunité  protectrice à large spectre, c’est-à-dire active sur une vaste gamme de coronavirus.

Au sein des coronavirus, la sous-famille des Orthocoronavirinae est composée de quatre genres : les Alphacoronavirus, les Betacoronavirus, les Gammacoronavirus et les  Deltacoronavirus. Les Alphacoronavirus NL63 et 299E, ainsi que les Betacoronavirus OC43, HKU1, SARS-CoV-1, MERS et SARS-CoV-2, constituent la quasi-totalité des coronavirus responsables d’infections chez l’homme. Alors que les coronavirus NL63, 299E, OC43 et HKU1 provoquent des infections légères, il n’en est pas de même pour SARS-CoV-1, MERS et SARS-CoV-2 comme l’ont montré respectivement les épidémies de syndrome respiratoire aigu sévère, de syndrome respiratoire du Moyen-Orient et Covid-19.

De plus, des infections sporadiques humaines ont été attribuées à un nouveau coronavirus canin CCoV-HuPn-2018 et à un Deltacoronavirus porcin PDCoV-0081-4. Ces deux coronavirus, initialement uniquement associés à des infections animales, ont récemment été décrits, respectivement à Haïti et en Malaisie, comme pouvant occasionnellement provoquer chez l’homme des syndromes pseudo-grippaux.

On observe que les sous-variants d’Omicron BA.2, BA.2.12.1 et BA.4/BA.5 qui circulent actuellement sont dotés d’un fort pouvoir d’échappement immunitaire, ce qui les rend moins sensibles aux vaccins anti-Covid-19 aujourd’hui disponibles et partiellement, voire totalement, résistants à certains anticorps monoclonaux thérapeutiques. C’est ainsi que de tous les anticorps monoclonaux disponibles, le bebtelovimab est le seul à avoir montré une activité in vitro remarquablement préservée contre tous les variants du SARS-CoV-2, y compris les plus récents sous-variants d’Omicron, BA.4 et BA.5, qui sont aujourd’hui dominants.

Localisation du peptide de fusion au sein de la protéine spike du SARS-CoV-2 (acides aminés situés entre les positions 816 à 843). Un motif ciblé par les anticorps neutralisants dirigés contre le peptide de fusion est 815RSFIEDLLF823, chaque lettre représentant un acide aminé. Dans le carré, vue agrandie de cette région. Degré (de faible à fort) ) de conservation de la séquence codant le peptide de fusion entre 34 isolats viraux viraux, représentant chacun les quatre genres de coronavirus (Alpha-, Beta-, Gamma-, Deltacoronavirus). Dacon M, et al. Science. 12 Jul 2022.

Principale cible des anticorps neutralisants, la protéine spike (également appelée protéine S ou spicule) est située sur l’enveloppe des coronavirus. Elle est composée de deux sous-unités S1 et S2, dont la séquence génétique diverge fortement entre les sous-familles de coronavirus. On n’observe en effet que seulement 30 % d’identité de séquence entre les Alpha- et les Betacoronavirus.

L’objectif des recherches entreprises par des immunologistes de ces deux équipes a été d’identifier des anticorps capables de neutraliser des coronavirus appartenant à des sous-familles différentes de coronavirus. Pour ce faire, ces anticorps doivent avoir pour cible une région conservée entre différentes sous-familles de coronavirus tout en étant essentielle au cycle de reproduction virale.

Pour comprendre la stratégie des immunologistes et virologistes, il importe de rappeler que l’infection par un coronavirus est un processus qui implique un clivage (sous l’action d’enzymes) et un réarrangement de la protéine spike. Cette protéine de l’enveloppe du virus renferme deux sites de clivage, l’un situé à la frontière entre les sous-unités S1 et S2, et un autre (dénommé S2’) qui est conservé chez tous les coronavirus.

On sait que l’entrée du virus dans une cellule nécessite que la protéine spike se fixe au récepteur cellulaire ACE2. Une fois cette liaison établie, la sous-unité S1 est libérée et un clivage enzymatique se produit au niveau du site S2’*. Ce processus aboutit à l’insertion d’une sous-région de la protéine spike dans la membrane cellulaire et à la fusion de l’enveloppe du virus avec la membrane de la cellule. C’est pour cette raison que cette région dans la protéine spike jouant un rôle crucial dans l’entrée du virus est appelée « peptide de fusion ».

Anticorps dirigés contre le peptide de fusion

Serait-il possible de disposer d’anticorps capables de neutraliser l’infection par des coronavirus en ciblant spécifiquement le peptide de fusion ? Pourrait-on identifier de tels anticorps à large spectre dans le sang de sujets Covid-19 convalescents ? C’est à cette tâche que s’est attelée l’équipe de Josha Tan des Instituts nationaux de la santé (NIH, NIAID, Rockeville, Maryland). Ces chercheurs ont examiné des échantillons de plasma des 142 donneurs ayant déjà été infectés par le SARS-CoV-2.

Au terme de leurs expériences, les chercheurs ont réussi à isoler six anticorps à large spectre, pouvant se lier à la protéine spike à chacun des sept coronavirus (NL63, 299E, OC43, HKU1, SARS-CoV-1, MERS, SARS-CoV-2). Quatre de ces six anticorps pouvaient également se lier à la protéine spike de deux nouveaux coronavirus animaux récemment associés à une maladie humaine, le coronavirus canin CCoV-HuPn-2018 et le Deltacoronavirus porcin PDCoV-0081-4.

Ces six anticorps monoclonaux ont été isolés à partir de quatre donneurs différents. Ces anticorps hyper-spécifiques du peptide de fusion sont le résultat d’un processus de maturation leur ayant progressivement conféré une affinité croissante pour cette cible antigénique. « Étant donné que ces anticorps monoclonaux ont été isolés à partir de personnes Covid-19 convalescentes à New York, qui avaient été contaminées en mars 2020, il est probable que les cellules qui les produisent ont pour origine des lymphocytes B qui avaient été déjà stimulés à l’occasion par une infection saisonnière par un coronavirus et ont par la suite été réactivés à l’occasion d’une infection par le SARS-CoV-2 », estiment Cherrelle Dacon et ses collègues.

Parmi ces six anticorps, il a été montré que deux possédaient une activité à large spectre dans la mesure où ils sont capables de neutraliser les Betacoronavirus SARS-CoV-2, SARS-CoV-1 et OC43, ainsi que les Alphacoronavirus NL63 et 229E. Qui plus est, ces deux anticorps (désignés COV44-62 et COV-44-79) neutralisent des sous-variants d’Omicron, en l’occurrence BA.2, BA.4 et BA.5, de même que d’authentiques souches ancestrales de SARS-CoV-2. Enfin, l’un d’eux neutralise également le coronavirus responsable du MERS, alors qu’aucun des autres anticorps testés n’y parvient.

Il s’avère que ces six anticorps monoclonaux neutralisants à large spectre ne reconnaissent que la sous-unité S2 de la protéine spike et plus précisément le peptide de fusion.

L’affinité de ces six anticorps pour S2 ne diffère pas sensiblement. Ils possèdent une affinité pour la sous-unité S2, 3 à 76 fois supérieure à celle vis-à-vis de l’ensemble de la protéine spike. Ces anticorps n’ont en revanche qu’une faible affinité de liaison vis-à-vis de la sous-unité S2 lorsque celle-ci renferme deux mutations dans l’acide aminé proline. On rappelle que l’ARN messager utilisé comme vaccin contre la Covid-19 renferme une séquence codant pour une forme de protéine spike stabilisée par la génération d’une protéine de préfusion dans laquelle ont été introduites deux substitutions au niveau de la proline (2P).  

Plus précisément, chacun de ces six anticorps reconnaît, au niveau d’une des extrémités du site de clivage S2’**, un motif au sein du peptide de fusion, désigné 815RSFIEDLLF823. Les chercheurs ont examiné ce motif dans 34 isolats viraux, représentant chacun les quatre genres de coronavirus (Alpha-, Beta-, Gamma-, Deltacoronavirus). Chaque acide aminé de cette séquence dans le motif 815RSFIEDLLF823 était conservé dans plus de 90 % des isolats viraux examinés, à l’exception de l’acide aminé F en position 817 qui était conservé dans moins de 50 % des virus étudiés.

Cinq acides aminés de ce motif s’avèrent particulièrement importants pour la liaison avec les anticorps monoclonaux COV44-62 et COV-44-79. Il s’agit là des résidus les plus conservés dans la protéine spike des coronavirus. En d’autres termes, ils sont constamment, ou presque toujours, présents à l’identique dans chacune des sous-familles de coronavirus. D820 et L822 sont ainsi complètement conservés, tandis que R815, E819 et F823 sont conservés dans 34 des 35 isolats viraux examinés.

Le résidu en position 815 apparaît déterminant. En effet, la liaison des quatre anticorps les plus neutralisants est négativement affectée lorsque le résidu R815 est muté (mutation R815A, située à proximité immédiate du site de clivage S2’).

Les chercheurs du NIH, en association avec des équipes du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie), ont recherché la présence d’anticorps dirigés contre le peptide de fusion parmi ceux présents chez des sujets vaccinés avec le vaccin Moderna, chez des personnes Covid-19 convalescentes et des individus n’ayant pas été infectés par le SARS-CoV-2.

Les personnes n’ayant jamais développé la Covid-19 possédaient des anticorps ne se liant que très peu au peptide de fusion. Ceci suggère que les infections saisonnières par les coronavirus endémiques ne contribuent que marginalement à la production d’anticorps dirigés contre le peptide de fusion. La production de ces anticorps spécifiques a été détectée chez les sujets doublement vaccinés. Leur taux n’était cependant pas augmenté après une première dose de rappel (troisième dose).

Globalement, les personnes  Covid-19 convalescentes ne présentaient pas un taux d’anticorps anti-peptide de fusion significativement supérieur à celui des sujets vaccinés. Cependant, chez plusieurs sujets convalescents, les chercheurs rapportent avoir détecté les taux les plus élevés en anticorps spécifiques du peptide de fusion. Ce résultat suggère donc que l’infection naturelle par le SARS-CoV-2 peut entraîner chez certains individus une forte réponse en anticorps dirigés contre le peptide de fusion***.

Cette observation semble donc indiquer qu’une infection naturelle par le SARS-CoV-2 s’accompagne d’une exposition plus importante des lymphocytes B à la sous-unité S2, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on administre un vaccin contenant la protéine spike en conformation pré-fusion (par deux résidus proline au niveau du site de clivage entre les sous-unités S1 et S2).

L’importance des anticorps spécifiques du peptide de fusion est par ailleurs soulignée par de récentes expériences qui ont montré que leur élimination s’accompagne d’une réduction in vitro de 20 % de la capacité de neutralisation des anticorps anti-SARS-CoV-2.

Des travaux ont par ailleurs montré que les anticorps dirigés contre le peptide de fusion COV44-62 et COV-44-79 contrecarre in vitro la fusion entre des cellules exprimant la protéine spike du SARS-CoV-2 et d’autres porteuses à leur surface du récepteur cellulaire ACE2, ce qui montre que ces anticorps inhibent la liaison entre l’enveloppe du virus et la membrane cellulaire.

Maladie atténuée dans un modèle animal d’infection par SARS-CoV-2

Enfin, les chercheurs ont évalué l’efficacité antivirale des anticorps COV44-62 et COV-44-79 dans un modèle animal de l’infection par le SARS-CoV-2, en l’occurrence chez le hamster syrien qui reproduit certaines caractéristiques des formes modérées à sévères de la Covid-19. Les anticorps ont été administrés par voie péritonéale à des rongeurs préalablement contaminés par voie nasale.

Les hamsters traités par l’anticorps COV44-62, et dans une moindre mesure par l’anticorps COV44-79, ont perdu moins de poids et ont plus rapidement récupéré que leurs congénères non traités. Par ailleurs, à J+7, l’atteinte pulmonaire des hamsters ayant reçu l’anticorps COV44-79 était moins importante que celle observée chez les animaux non traités. La charge virale dans les poumons des animaux traités était également inférieure chez les hamsters traités que chez les animaux du groupe contrôle.

Les résultats présentés dans cette étude montrent donc que le peptide de fusion, dont la séquence est très largement conservée dans la famille des coronavirus, joue un rôle clé sur le plan fonctionnel dans l’infection virale. Il représente un site prometteur pour le développement d’une nouvelle génération de vaccins contre la Covid-19.

Or, jusqu’à présent, le peptide de fusion n’a pas été au centre des recherches vaccinales. Les vaccins actuels ciblent le RBD (receptor binding-domain), le domaine de liaison au récepteur, à savoir la région de la protéine spike entrant en contact avec le récepteur cellulaire ACE2.

Comme le soulignent les auteurs, le principal inconvénient des anticorps monoclonaux décrits dans cet article tient au fait que leur pouvoir neutralisant est somme toute modeste. Cela dit, on peut observer que des anticorps monoclonaux très puissants, ciblant le RBD, ne neutralisent pas tous les variants du SARS-CoV-2. En revanche, ceux identifiés dans cet article, bien que moins puissants, ont pourtant un spectre de neutralisation (breadth) plus large. De plus, les expériences conduites chez le hamster suggèrent que les tests de neutralisation ne reflètent que partiellement leur efficacité in vivo.

Enfin, il est possible d’améliorer la spécificité des anticorps identifiés et donc leur efficacité. En effet, des techniques existent pour y parvenir, notamment celles consistant à miniaturiser ces anticorps pour ne conserver que les régions directement impliquées dans la reconnaissance de l’antigène viral.

Surtout, ces résultats montrent qu’une nouvelle piste potentielle se fait jour en matière de vaccination, à savoir l’emploi conjoint de préparations vaccinales induisant à la fois des anticorps ciblant deux régions différentes de la protéine spike : le RBD et le peptide de fusion. Il est donc plausible que des « anticorps polyclonaux dirigés contre le peptide de fusion puissent jouer un rôle appréciable », soulignent les auteurs. Et de conclure que leurs résultats sont cohérents avec des études qui avaient pointé l’utilité potentielle du peptide de fusion en tant qu’immunogène vaccinal.

Les anticorps monoclonaux dirigés contre le peptide de fusion pourraient donc fournir des outils supplémentaires pour combattre la Covid-19. Ils pourraient, en ciblant cette région conservée entre isolats viraux, augmenter les capacités de riposte face à la pandémie, en anticipant possiblement sur l’évolution du SARS-CoV-2 qui n’en finit pas de muter au niveau d’une autre région (RBD).

Des anticorps capables de reconnaître les quatre genres de coronavirus

La seconde étude a été conduite par des chercheurs suisses de l’université de la Suisse italienne (Bellinzona), en association avec l’École polytechnique fédérale de Zurich et des équipes américaine et italienne. Elle rapporte des résultats très similaires.

Jun Siong Low, David Veesler, Frederica Sallusto et leurs collègues ont isolé sept anticorps monoclonaux qui se lient à la protéine spike de tous les coronavirus humains. Eux-aussi ciblent le peptide de fusion.

Ces chercheurs soulignent cependant que bien que presque tous les anticorps dirigés contre le peptide de fusion se lient à la protéine spike du  SARS-CoV-2, seuls 9 sur 30 étudiés ont présenté un large spectre de neutralisation. Ainsi, même si le peptide de fusion du coronavirus est conservé, seule une minorité d’anticorps spécifiques du peptide de fusion se montre capable de neutraliser différents genres de coronavirus. Seuls certains d’entre eux présentent in vitro une capacité de neutralisation vis-à-vis des Alpha- et Betacoronavirus, y compris contre des coronavirus de chauve-souris (WIV-1 et PDF-2180).

Le motif reconnu par les anticorps monoclonaux spécifiques du peptide de  fusion est K811PSKRSFIEDLLFNK825. Certains résidus, très conservés, s’avèrent jouer un rôle clé dans la reconnaissance des Orthocoronavirinae par ces anticorps, en l’occurrence R815, S816, I818, E819, D820, L821, L822, F823, N824 et K825.

Il a été montré que deux anticorps monoclonaux (désignés VN01H1 et C77G12) sont capables de neutraliser d’authentiques sous-variants d’Omicron, en l’occurrence BA.1 et BA.2, et de façon plus efficace que contre la souche ancestrale Wuhan-Hu-1, sans doute du fait d’une meilleure accessibilité du peptide de fusion dans la protéine spike d’Omicron. Ces deux anticorps ont également permis de réduire la charge virale et l’atteinte pulmonaire dans un modèle animal (hamster syrien).

Enfin, les analyses fonctionnelles et structurelles ont montré que les anticorps monoclonaux dirigés contre le peptide de fusion se lient, selon diverses modalités, à un même épitope cryptique, autrement dit à un motif  enfoui au sein de la protéine spike et qui n’est de toute façon pas accessible lorsque celle-ci est stabilisée en conformation de pré-fusion (comme dans les actuels vaccins à ARN messager). En revanche, ce motif se démasque après liaison de la protéine spike au récepteur ACE2. C’est donc bien la liaison à ACE2 qui expose le peptide de fusion au système immunitaire, lui permettant alors de produire des anticorps neutralisants à large spectre.

Selon les auteurs, les anticorps monoclonaux neutralisants qu’ils ont isolés, dirigés contre le peptide de fusion (région conservée), pourraient servir à concevoir, à des fins vaccinales, des immunogènes capables d’induire des réponses en anticorps possédant un vaste spectre de neutralisation. Une conclusion qui rejoint en tout point celle de l’étude précédente.

Marc Gozlan

* Ce clivage enzymatique est réalisé par TMPPRSS2 ou d’autres enzymes cellulaires (cathepsines endosomales) lorsque le virus emprunte la voie endosomale.

** Ne surtout pas en conclure que des réinfections multiples remplaceraient le bénéfice conféré par un schéma vaccinal complet (avec un rappel, voire un second). Chez un non vacciné, chaque infection expose au risque potentiel de faire une forme grave de Covid-19 ou de développer une Covid longue. Il existe donc au fil des réinfections par le SARS-CoV-2 un risque cumulatif en termes de morbi-mortalité. Lire également page 2 de ce document de Public Health Ontario.

*** Le peptide de fusion se situe en aval du site de clivage S2′.

Pour en savoir plus :

Dacon M, Tucker C, Peng L, et al. Broadly neutralizing antibodies target the coronavirus fusion peptide. Science. 12 Jul 2022. First release. doi: 10.1126/science.abq3773

Low JS, Jerak J, Tortorici MA, et al. ACE2-binding exposes the SARS-CoV-2 fusion peptide to broadly neutralizing coronavirus antibodies. 12 Jul 2022. First release. doi: 10.1126/science.abq2679

Vanderheijden N, Stevaert A, Xie J, et al. Functional Analysis of Human and Feline Coronavirus Cross-Reactive Antibodies Directed Against the SARS-CoV-2 Fusion Peptide. Front Immunol. 2022 Jan 5;12:790415. doi: 10.3389/fimmu.2021.790415

Lednicky JA, Tagliamonte MS, White SK, et al. Independent infections of porcine deltacoronavirus among Haitian children. Nature. 2021 Dec;600(7887):133-137. doi: 10.1038/s41586-021-04111-z

Vlasova AN, Diaz A, Damtie D, et al. Novel Canine Coronavirus Isolated from a Hospitalized Patient With Pneumonia in East Malaysia. Clin Infect Dis. 2022 Feb 11;74(3):446-454. doi: 10.1093/cid/ciab456

Morgenlander WR, Henson SN, Monaco DR, et al. Antibody responses to endemic coronaviruses modulate COVID-19 convalescent plasma functionality. J Clin Invest. 2021 Apr 1;131(7):e146927. doi: 10.1172/JCI146927

Sun X, Chunyan Y, Yuanfei Z, et al. Novel neutralization mechanism of a human antibody with pan-coronavirus reactivity. Res Sq, [Preprint]. Posted 01 Oct, 2021. doi: 10.21203/rs.3.rs-952553/v1

Poh CM, Carissimo G, Wang B, et al. Two linear epitopes on the SARS-CoV-2 spike protein that elicit neutralising antibodies in COVID-19 patients. Nat Commun. 2020 Jun 1;11(1):2806. doi: 10.1038/s41

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L’empoisonnement du puits ! Science & Pseudo-sciences de juillet est arrivé

Comme d’habitude, j’ai dévoré le numéro 341 de S&PS qui est en kiosque depuis début juillet. Le sommaire est sur le site de l’Afis. L’éditorial intitulé ‘L’épuisement du puits’ est en accès libre. Il commence ainsi  : L’« empoisonnement du puits » désigne une figure rhétorique consistant à donner au public une information négative, vraie […]
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Un cas d’hyperthermie fatale chez un enfant

Chauffage d’appoint. © Wikipedia

C’est l’histoire d’un enfant de 14 mois décédé après avoir été mis dans une poussette à l’intérieur d’une pièce vide, près d’un chauffage d’appoint. Le garçonnet était presque nu, uniquement vêtu d’une couche. Il avait été placé dans cette pièce, sans aucun meuble, avec un autre garçon âgé de 4 ans. Tous deux se trouvaient dans un mobil-home en piteux état. Le plus jeune enfant est décédé.

Ce cas fatal d’hyperthermie pédiatrique s’est produit pendant les mois d’hiver dans le Sud-Est des États-Unis. Il a été publié en mai 2022 dans le Journal of Forensic Sciences, revue américaine de médecine légale.

Température rectale de 42,2 °C

Tout commence lorsque les autorités locales sont prévenues en milieu de matinée par les services d’urgence. À l’arrivée des secours, les deux enfants, inconscients, ne se trouvent plus dans la pièce où ils avaient été placés mais dans la cour d’entrée. Tous deux sont transportés à l’hôpital local. L’enfant âgé de 14 mois succombera. Avant son transport à l’hôpital, sa température rectale est de 42,2 °C.

Les enquêteurs remarquent d’emblée que la pièce dans laquelle les enfants dormaient est extrêmement chaude. Le chauffage a pourtant déjà été coupé. La température dans la pièce est mesurée à plusieurs reprises, environ 45 minutes après l’arrivée des secours. Le thermomètre affiche 31,8 °C. Une intoxication au monoxyde de carbone (CO) est exclue, la teneur du CO étant nulle lors de l’analyse effectuée par les pompiers.

Au début de l’enquête, les personnes en charge des enfants déclarent qu’ils jouaient tous les deux normalement cinq minutes avant qu’ils n’appellent le 911, le numéro des services d’urgence. L’un des adultes avait remarqué que les enfants avaient un comportement étrange et demandé à ce que l’on envoie une ambulance. À l’arrivée des secours, les enfants étaient sans connaissance.

L’autopsie de la jeune victime a révélé de discrets signes hémorragiques à la surface du cœur (pétéchies le long de l’épicarde, le feuillet du péricarde en contact direct avec cet organe), ce qui est évocateur d’une lésion par hyperthermie, définie par une température corporelle dépassant les 40 °C.

Dès lors, une question se pose : pendant combien de temps les deux enfants sont-ils restés dans une pièce surchauffée avant de se retrouver confrontés à une hyperthermie fatale pour l’un d’eux ? Lee Bushong, expert auprès du département de la justice de l’État de Floride à Tallahassee, va être contacté par les autorités pour conduire une série d’expériences visant à répondre à cette question. Il est le premier auteur de l’article publié dans le Journal of Forensic Sciences. Les simulations sont effectuées en utilisant le même appareil de chauffage de 1500 W placé au même endroit où il se trouvait le jour du drame. La température en début d’expérience est de 20,5 °C. À la fin, elle s’élève à 41 °C.

La pièce est une chambre à coucher mesurant 3,48 m sur 2,84 m, avec une hauteur de plafond de 2,26 m. Deux thermomètres ont été utilisés. Un capteur a été installé à l’endroit même où les enfants dormaient, l’autre près du mur opposé, à 2,74 m du premier capteur. Deux inconnues demeurent cependant : on ne sait pas avec certitude si l’enfant décédé a été placé dans une pièce quand elle était à la température ambiante ou si la température y était déjà élevée. Pas plus qu’on ne sait quelle était la température corporelle de cet enfant au moment où il a été placé dans la pièce.

Deux modèles thermiques ont été utilisés pour ces expériences dont les données ont été recueillies sur une durée de 16 heures. Selon le premier modèle, la température des enfants a commencé à augmenter dangereusement après 2 heures et 45 minutes. Cela se serait produit lorsque la température de la pièce a dépassé les 36° C. L’autre simulation repose sur l’hypothèse selon laquelle les enfants auraient été placés dans une pièce déjà surchauffée. Elle conclut que cela n’a pris que 45 minutes pour que la température centrale des enfants dépasse celle de la chambre et environ une heure de plus pour que leur température corporelle atteigne les 39 °C.

Il ne s’agit là d’estimations, soulignent les auteurs. En effet, dans ce drame, on ne saura jamais avec certitude combien de temps les enfants sont restés dans la pièce, ni combien de temps ils ont été exposés à la chaleur. Dans les expériences qui ont été menées, un paramètre n’a pu être contrôlé, à savoir l’humidité relative. De plus, les expériences n’ont évidemment pas intégré les possibles effets de la respiration des deux enfants.

En résumé, en tenant compte des facteurs environnementaux, des données recueillies lors des expériences, et des indices collectés par les enquêteurs, il a été possible de déterminer que l’enfant décédé avait été exposé à une source de chaleur importante durant « une période comprise entre 45 minutes et 2 heures 45 minutes avant que sa température centrale atteigne un niveau dangereux, entraînant son décès par hyperthermie », peut-on lire dans l’article. Et les auteurs d’ajouter qu’il est, selon eux, «  improbable que l’enfant décédé était en train de jouer comme l’a déclaré la personne qui en avait la garde ».

Au terme de leurs expériences,  les auteurs concluent que ce cas correspond à un « homicide sur enfant du fait d’une exposition à des conditions environnementales intérieures extrêmes associant négligence et hyperthermie ».

Enfants laissés seuls dans une voiture en plein soleil

La plupart des cas pédiatriques d’hyperthermie surviennent habituellement lorsqu’un enfant est laissé dans l’habitacle d’une voiture un jour de forte chaleur ou lorsqu’il dort enroulé dans une couverture chauffante ou en portant une grande épaisseur de vêtements.

Une étude américaine, publiée en 2020 dans la revue Pediatric Emergency Care, montre que dans environ 16 % de cas l’enfant avait été laissé seul dans le véhicule par des personnes qui en avaient pleinement conscience. Des poursuites judiciaires ont été engagées dans plus de 58 % des cas.

Les enfants qui succombent à un coup de chaleur sont souvent retrouvés morts le lendemain matin. Le cas rapporté dans le Journal of Forensic Sciences est exceptionnel dans la mesure où il n’avait jamais été décrit de cas d’hyperthermie fatale chez un enfant non vêtu durant toute une nuit.

Défaillance de la thermorégulation

La thermorégulation est un système de contrôle complexe de la température corporelle. Le corps humain est en effet capable de préserver une température stable grâce au centre de la thermorégulation qui est situé dans l’hypothalamus antérieur. Celui-ci équilibre la production excessive de chaleur par des mécanismes de refroidissement comme la vasodilatation et la sudation. Le but de la thermorégulation est de maintenir la température centrale dans les limites compatibles avec la vie.

Quatre mécanismes physiologiques assurent la dissipation de la chaleur corporelle : la radiation (diffusion d’ondes électromagnétiques dans le spectre de l’infrarouge), la convection (transfert de chaleur vers de l’air ou de l’eau en mouvement), la conduction (transfert de chaleur vers un objet directement au contact de la peau, comme une poche de glace ou un sol froid), et l’évaporation (chaque gramme de sueur qui s’évapore à la surface de la peau permet de perdre environ 0,59 Kcal de chaleur). Il a été montré que, chez des enfants âgés de 52 jours à 2 ans, la température corporelle pouvait atteindre entre 39,9° C et 41,3 °C lorsqu’ils étaient exposés durant une période de 4 à 7 heures à une température supérieure à 37 °C.

L’hyperthermie se manifeste par un état confusionnel et/ou une perte de conscience. La peau est chaude et sèche. L’hyperthermie peut entraîner une défaillance du cœur, des reins, du foie, du système nerveux central.

Coup de chaleur

Le coup de chaleur est une variété d’hyperthermie qui engage le pronostic vital. Il est caractérisé par une élévation rapide de la température centrale au-dessus de 40° C et est associé à des troubles neurologiques pouvant évoluer vers la défaillance multiviscérale (défaut de fonctionnement de nombreux organes) et la mort.

Un exemple classique de coup de chaleur est représenté par l’hyperthermie survenant lorsqu’un enfant est oublié dans une voiture en plein soleil. Lorsque la température centrale dépasse les 41°C, les fonctions vitales sont compromises. Le syndrome de défaillance multiviscérale est la conséquence d’une interaction complexe entre l’effet toxique de la chaleur sur les cellules (responsable de lésions tissulaires), une réponse inflammatoire généralisée et des hémorragies.

À l’autopsie des victimes de coup de chaleur, on n’observe généralement pas de signes spécifiques d’hyperthermie. En revanche, certaines lésions sont évocatrices, telles que de petites taches cutanées hémorragiques (pétéchies) sur la peau, le thymus, la rate, la plèvre viscérale (qui enveloppe les poumons) et l’épicarde (au contact du muscle cardiaque). On peut observer une coagulation intravasculaire disséminée (multiples petits caillots à l’intérieur du système vasculaire), un œdème cérébral et pulmonaire.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, Facebook, LinkedIn, et sur mon nouveau blog ‘Le diabète dans tous états’, consacré aux mille et une facettes du diabète. Déjà 16 billets) 

Pour en savoir plus :

Bushong LC, Diao Z. Fatal pediatric hyperthermia: A forensic review. J Forensic Sci. 2022 May;67:1092-1107. doi: 10.1111/1556-4029.14989

Hammett DL, Kennedy TM, Selbst SM, et al. Pediatric Heatstroke Fatalities Caused by Being Left in Motor Vehicles. Pediatr Emerg Care. 2021 Dec 1;37(12):e1560-e1565. doi: 10.1097/PEC.0000000000002115

Alunni V, Crenesse D, Piercecchi-Marti MD, et al. Fatal heat stroke in a child entrapped in a confined space. J Forensic Leg Med. 2015 Aug;34:139-44. doi: 10.1016/j.jflm.2015.05.011

Grundstein AJ, Duzinski SV, Dolinak D, et al. Evaluating infant core temperature response in a hot car using a heat balance model. Forensic Sci Med Pathol. 2015 Mar;11(1):13-9. doi: 10.1007/s12024-014-9619-7

Zhou Y, Li L, Liu L, et al. Heat stroke deaths caused by electric blankets: case report and review of the literature. Am J Forensic Med Pathol. 2006 Dec;27(4):324-7. doi: 10.1097/01.paf.0000233567.51784.31

Krous HF, Nadeau JM, et al. Environmental hyperthermic infant and early childhood death: circumstances, pathologic changes, and manner of death. Am J Forensic Med Pathol. 2001 Dec;22(4):374-82. doi: 10.1097/00000433-200112000-00008

Guard A, Gallagher SS. Heat related deaths to young children in parked cars: an analysis of 171 fatalities in the United States, 1995-2002. Inj Prev. 2005 Feb;11(1):33-7. doi: 10.1136/ip.2003.004044

McLaren C, Null J, Quinn J. Heat stress from enclosed vehicles: moderate ambient temperatures cause significant temperature rise in enclosed vehicles. Pediatrics. 2005 Jul;116(1):e109-12. doi: 10.1542/peds.2004-2368

Zhu BL, Ishida K, Fujita MQ, Maeda H. Infant death presumably due to exertional self-overheating in bed: an autopsy case of suspected child abuse. Nihon Hoigaku Zasshi. 1998 Apr;52(2):153-6. PMID: 9711068

Surpure JS. Heat-related illness and the automobile. Ann Emerg Med. 1982 May;11(5):263-5. doi: 10.1016/s0196-0644(82)80097-8. doi: 10.1016/S0196-0644(82)80097-8

Bacon C, Scott D, Jones P. Heatstroke in well-wrapped infants. Lancet. 1979 Feb 24;1(8113):422-5. doi: 10.1016/s0140-6736(79)90896-1. doi: 10.1016/S0140-6736(79)90896-1

Roberts KB, Roberts EC. The automobile and heat stress. Pediatrics. 1976 Jul;58(1):101-4. PMID: 934765

Sur le web :

Heat stroke in children (UpToDate, updated: Jan 28, 2022)

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Bilan médical du lundi 11 juillet au dimanche 17 juillet 2022 : santé publique à gauche, dépendance et sevrage, décès des enfants : rassurant, vaccin femme enceinte, rotavirus, tricheries, APHINITY négative, paludisme et vaccin.

@JeffYsope


Quand les membres de Think Tank libéraux critiquent la gauche pour lui dire ce que doit être la vraie gauche en santé publique. Etonnant.

Deux articles parus récemment (ICI et LA) dans AOC-Media s'attaquent au livre de Barbara Stiegler et François Alla, Santé publique : année zéro paru dans la collection Tract, (non cité par la deuxième autrice, on remarque l'élégance)  pour donner des leçons de gauche en santé publique. Au delà des arguments, et notons que le premier article est une défense de la politique macronienne et le second un plagiat de  l'éminence based santé publique, il est savoureux de constater que Terra Nova et Institut Montaigne, dont on connaissait par ailleurs les financements et l'idéologie libérale, veulent donner des leçons de gauche à des auteurs clairement de gauche.

A noter que le livre commenté est, comme les deux articles critiques, truffé d'erreurs et d'approximations qui pourraient nous faire intituler le champ de ces auteurs : Misère des sciences sociales covidiennes.
Chien de garde : Il a menti sur son CV mais il a eu quand même le job.


L'institution d'un traitement pouvant entraîner dépendance et/ou symptômes de sevrage à son arrêt doit faire l'objet d'un choix partagé.

Un article du BMJ (sur abonnement : LA) rappelle que la perspective pour un prescripteur d'instituer un traitement pouvant entraîner dépendance et symptômes de sevrage doit faire l'objet d'une décision partagée entre le soignant et le (futur) soigné incluant une information sur les bénéfices/risques de cette thérapeutique et prévoyant un plan de surveillance permettant l'adaptation des posologies et l'éventuel retrait programmé...

C'est évident mais cela va mieux en le disant.

Quand Santé publique France dit le contraire des Faiseurs de Peur à propos des décès d'enfants avec un lien possible avec le Covid 

Attention. Ce que je rapporte ne signifie pas qu'il ne faut pas lutter contre le Covid.

Attention. Ce que je rapporte ne signifie pas que je suis un eugéniste.

Attention. Ce que je rapporte signifie qu'il ne faut pas mentir sur les chiffres, que les faiseurs de peur, sans doute de bonne foi (je ménage tûtes les susceptibilités), se sont nourri, pour leur ego, de la peur qu'ils ont suscitée.

Un rapport de Santé publique France (et n'oubliez jamais combien j'ai toujours été critique de cette institution aux ordres, ici je donne des arguments aux faiseurs de peur) (LA) indique que depuis le début de l'épidémie : 



En résumé : 94 enfants et adolescents sont décédés depuis le début de la pandémie en France. Pour 79 d'entre eux une enquête a été menée : dans 33 cas (42 %) il y avait un lien possible avec le covid et 29 de ces 33 enfants (88 %) présentaient des comorbidités très sévères.

Attention : il est désormais nécessaire de se poser la question : aurait-on pu faire mieux ?

Sur ces 3 années il n'y a ps eu d'excès de mortalité.

Voici le nombre absolu de décès d'enfants par an en France : LA

Paxlovid (suite du feuilleton tamiflu)

Rappelons encore qu'aucun essai avec Paxlovid n'a été mené chez les vaccinés.




Emigrer ?





Les effets de la vaccination anti covid chez la femme enceinte.


On ne dit pas que c'est négligeable mais ce n'est quand même pas fameux, l'efficacité...

The effectiveness of maternal vaccination against hospitalization for Covid-19 among infants was 52% (95% confidence interval [CI], 33 to 65) overall, 80% (95% CI, 60 to 90) during the delta period, and 38% (95% CI, 8 to 58) during the omicron period. Effectiveness was 69% (95% CI, 50 to 80) when maternal vaccination occurred after 20 weeks of pregnancy and 38% (95% CI, 3 to 60) during the first 20 weeks of pregnancy.

Voir LA.

La HAS recommande la vaccination contre le rotavirus.

La HAS prône la vaccination contre le rotavirus (ICI) le 12/07/2022

Est-ce sérieux ? 

Il semble que oui. Rappelons ici que les solutés de ré hydratation sauvent des vies.

Pfizer a déjà triché et manipulé des essais cliniques : Neurontin (gabapentine).

Pfizer, le fabricant du vaccin Comirnaty et de l'anti viral Paxlovid, les lecteurs de ce blog sont au courant depuis longtemps, a déjà été condamné pour tricheries dans des essais cliniques (LA). 

Mais aussi dans le cas de Zoloft et Champix.

Quand le journal Le Monde fait un publi-reportage sur les malheurs de l'industrie pharmaceutique...

Voir LA

Préparez vos mouchoirs. On y lit ceci : "De nombreux médicaments tomberont dans le domaine public à partir de 2023. Un cap périlleux pour les groupes, qui feront face à une baisse de leurs revenus."

Tous les poncifs sur les difficultés et les coûts de la recherche cliniques sont cités sans le moindre esprit critique. Il est possible que cet article ait été écrit sous la dictée du LEEM, le syndicat patronal de l'industrie pharmaceutique (ICI).

Quand l'étude APHINITY ne montre pas, après 8 ans de suivi, une augmentation de la survie globale (cancer du sein HER2-positif) !

Malgré les déclarations péremptoires des laboratoires (LA) le traitement adjuvant par pertuzumab et trastuzumab n'améliorent pas la survie globale. Il paraît, selon les auteurs et les industriels, que l'essai n'est pas assez mature. C'est malheureusement cuit. Mais les firmes n'abandonnent pas et la FDA va finalement (j'espère que non), sauter dans le train.

Quand l'argent manque pour délivrer la première dose du vaccin anti palu (c'est pour les pauvres, c'est pas la 4° dose anti covid pour les adultes en bonne santé des pays du G7 !) 


Il y a moins de ZéroPaluders que de Zérocoviders ! Surtout quand les maladies touchent les pays du tiers-monde et, surtout, les enfants du tiers-monde.

L'OMS alerte (LA) sur les freins à la vaccination liés au manque de doses de vaccins, aux problèmes structurels des pays concernés mais surtout au déficit de financement.

Pour être juste il est important de souligner que l'efficacité du vaccin est assumée à 30 %, ce qui n'est pas fameux, et que les investisseurs attendent de meilleurs résultats (les effets de la deuxième dose) pour s'engager plus avant.

Rappelons pour la énième fois, et cette fois à l'échelle planétaire, la Loi Inverse des Soins (voir ICI) et le mépris des pays riches à l'égard des pays pauvres.

Sachez encore que le vaccin Moderna contre le covid a une efficacité, asseyez-vous un peu, chez les enfants âgés de 6 à 24 mois de 4 % (LA)

Mais aussi : un article paru dans le BMJ (LA) tente de comprendre pourquoi on vaccine moins contre le covid sans les pays à faible revenu et explique, notamment, que ce sont les insuffisances des systèmes de santé de ces pays qui expliquent ces faibles taux de vaccination et non une hypothétique hésitation vaccinale qui est en fait un bouc-émissaire qui permet de ne pas investir dans les structures médico-sociales.

Dissonance(s) cognitive (s)

Il est amusant de constater que les dissonances cognitives ne NOUS concernent jamais (n'oublions pas, et vous l'aurez noté vous-mêmes que je suis partie intégrante de ce NOUS).

Le club des commentateurs faisant autorité sur les réseaux (CCFASR) (par exemple : Claude-Alexandre GUSTAVE, @C_A_Gustave) cite, par exemple, la pyramide (cf. infra) des niveaux de preuve


pour fustiger les études ou les avis brandis par leurs adversaires et oublient de la regarder quand ils proposent des essais (cliniques ou non) pour justifier leur point de vue.


La lecture critique d'articles sur twitter donne ceci (en anglais) :


D'autres membres du club (CCFASR) (Bio_Saiyan, @SaiyanBio) brandissent des études montrant l'efficacité des masques comme preuve ultime indiscutable alors qu'il s'agit de modélisations mathématiques (LA) (et nous n'aurons pas l'insolence de citer les modélisations farfelues dont nous avons dû subir les publications depuis janvier 2020) : où placent-ils cette étude sur la pyramide ?

Commentaire amusant de @VPrasadMDMPH : 


C'est tout pour cette semaine.

Commentaires fermés sur Bilan médical du lundi 11 juillet au dimanche 17 juillet 2022 : santé publique à gauche, dépendance et sevrage, décès des enfants : rassurant, vaccin femme enceinte, rotavirus, tricheries, APHINITY négative, paludisme et vaccin.

Le scandale des gros publiants : la vit D n’est pas recommandée pour prévenir ou traiter la COVID-19

Les gros publiants saisissent toutes les opportunités pour caser des études et articles : la COVID-19 a été une opportunité. Pirouette-Cacahuète, je vous fais croire que tout marche ! Excellent s’il ne s’agissait pas de malades… Bien que certains préconisent d’arrêter les essais avec la vitamine D, des gériatres français dont le leader est à […]
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