Archives de catégorie : placebo

Domination du placebo sur toutes les médecines

Beaucoup de médicaments ont une base théorique expliquant leur action. Les bétabloquants bloquent les récepteurs béta du cœur et des artères, les antibiotiques tuent ou affaiblissent les bactéries, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) permettent un … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Arnica 9 CH x3/jour

Fin de consultation. Je donne et j’explique les ordonnances d’antalgiques pour une intervention bénigne qui aura lieu en ambulatoire. Et là, je suis surpris par une question : « Docteur, pouvez-vous ajouter de l’arnica sur l’ordonnance ? j’en prends à chaque fois avant les opérations, et après aussi, ça m’aide bien »           … Continuer la lecture de « Arnica 9 CH x3/jour » Continuer la lecture

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Poudre de corne aux yeux

Dans le Zaïre des années 1970, le commerce de la « poudre de taureau » était florissant. Une petite boîte métallique ronde, sur le couvercle de laquelle était imprimée une tête de taureau aux cornes monumentales, contenait de la poudre issue de … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Faut-il interdire la domperidone ?

Le billet de Dominique Dupagne, que je vous invite à lire ICI, pose plusieurs questions médicales, industrielles et idéologiques qui vont bien au delà du problème de la molécule elle-même.

Il faut d’abord dire que ce billet présenté sous la forme d’un questionnement fictif est avant tout un plagiat.

Plagiat d’un article de Marc Girard que vous pouvez lire LA.
Si j’avais le temps et l’intérêt de surligner les « doublons »vous seriez surpris du résultat.

La domperidone est une molécule peu active dont le Service Médical Rendu est soit modéré (soulagement des symptômes de type nausées et vomissements), soit insuffisant dans toutes ses autres indications.

Voici donc quelques réflexions qui mériteraient chacune de longs développements.

  1. Qu’est-ce qu’une publication ou une « recommandation » de la Revue Prescrire ? Est-ce qu’une revue de littérature de la Revue Prescrire a la même valeur prescriptive qu’une méta-analyse de la Collaboration Cochrane ? Marc Girard a répondu sur le point de la valeur scientifique d’une publication en interne dont les tenants et les aboutissants, c’est à dire les validités intrinsèque et extrinsèque sont pour le moins floues et franchement liées à une expertise a priori, avis d’expert, qui serait ici la Revue Prescrire elle-même. J’ajouterai ceci (et je précise, je déclare mes liens d’intérêt,  que je suis abonné à la Revue Prescrire, que j’en suis parfois relecteur) :  la Revue Prescrire m’a apporté, elle continue de m’apporter, de moins en moins car cela ronronne sec, un éclairage pertinent sur ma façon de prescrire en médecine générale… (Je ne développe pas non plus les critiques qui peuvent être faites sur la Collaboration Cochrane mais il faut se rappeler que l’esprit critique est indispensable même et surtout quand il s’agit d’institutions). Dans le cas présent la Revue Prescrire publie un communiqué de presse (ICI) à partir d’un article édité dans un journal de pharmacoépidémiologie (LA) signé par Catherine Hill et 5 autres personnes (relevons, dans le cadre de la transparence, que le communiqué de presse ne mentionne pas que l’un des signataires, PN, est un abonné de la revue et qu’un autre, BT, en est le directeur éditorial) et, en lisant entre les lignes, demande d’abord le déremboursement, puis, sans doute, l’interdiction de la molécule. La méthodologie de l’étude même pose problème. J’ai déjà signalé (LA), mais les interprétateurs étaient différents, à propos d’un rapport de l’ANSM sur les glitazones, que les bases de données utilisées (celles de la CNAM) étaient pour le moins peu pertinentes et que la robustesse des donnée était pour le moins farfelue. Voir le rapport ICI.
  2. Faut-il interdire des molécules commercialisées depuis plusieurs dizaines d’années ? La question peut paraître sotte si on ne la considère que sous l’aspect des effets indésirables et, plus généralement, du rapport bénéfices/risques. Si les effets indésirables sont graves et/ou le rapport bénéfices/risques défavorable (les effets de la domperidone sont pour le moins modestes), où est le problème de les retirer du marché ? Il y a 4 interrogations en réalité : (a)  : Comment se fait-ce que l’on ne s’en soit pas rendu compte avant ? Est-ce lié à la sous déclaration des effets indésirables ? Est-ce lié à un mésusage ? Est-ce lié à des doses aberrantes ? Est-ce lié au fait que cela n’est pas vrai, tout simplement ? ; (b) : Ne s’agit-il pas d’une manoeuvre de big pharma pour laisser passer au bon moment des informations qu’elle avait tues jusqu’à présent ou fournir de fausses informations alarmantes dans le but, dans les deux cas, de promouvoir d’autres produits, plus récents, moins étudiés, et dix fois plus chers ? ; (c) : N’y a-t-il pas un danger de transferts de prescriptions vers des molécules encore moins sûres ? ; (d) Est-ce que le fait que certains malades, même quelques uns, puissent vraiment en bénéficier suffit à ce que le retrait ne soit pas prononcé (tout en sachant que la preuve de ce besoin exclusif pour certains patients soit affirmée) ?
  3. Si ce que prétendent Hill et coll est vrai, le scandale du Mediator, c’est de la gnognote par rapport à celui de la domperidone. 231 morts en une seule année (2012) ! Qui dit mieux ? Il faudrait prendre des mesures urgentes alors que le plus souvent la domperidone est prescrite dans des indications mineures et de confort. Nous ne parlons pas des nausées/vomissements induits par la chimiothérapie (ça marche peu) ou des vomissements prolongés de la grossesse (ça marche pas beaucoup mieux) mais des vomissements dans les gastroentérites où la situation clinique est la plus souvant hyper gênante mais ne met pas le pronostic en jeu (sauf chez les nourrissons où les solutés de réhydratation…), sauf chez les personnes âgées où là, justement, les risques d’accidents électriques cardiaques sont les plus importants en raison de la déshydratation, des pathologies et des médicaments associés.
  4. Rappelons également pour mémoire l’affaire prepulsid/cisapride retiré du marché américain le 14 juillet 2000 par la firme Janssen et du marché français le 3 mars 2011. La molécule était en particulier « indiquée » chez l’enfant de moins de 3 ans et utilisé larga manu par les pédiatres dans le cas de reflux gastro-oesophagien alors qu’une publication Cochrane indiquait que son efficacité n’avait pas été démontrée (LA). Cette affaire était exemplaire de la mécanique big pharmienne de promotion dans le cadre du phénomène général de disease-mongering : dossier d’évaluation sans preuves ; promotion intense en amont de l’AMM ; mise en avant de la « gravité » de l’affection chez les « petits » ; AMM obtenue avec des restrictions ; promotion intense en aval chez les pédiatres et les médecins généralistes pour élargir la cible promotionnelle (c’est à dire prescrire chez des sujets non identifiés refluant) ; persuader les médecins que « ça » marche dans leur expérience interne et rendre le médicament « indispensable ». La crainte de procès a fait le reste.
  5. Faut-il publier des listes positives ou des listes négatives de médicaments ? La Revue Prescrire a choisi la deuxième solution (voir LA). Indépendamment de la question de fond (l’interdiction, au bout du compte), est-ce que cela marche ? Il serait intéressant de regarder la courbe des ventes des 71 molécules jugées inutiles ou dangereuses par la revue. J’en suis incapable personnellement car il faut disposer de données payantes. Qui pourrait nous donner des informations ?
  6. Faut-il faire confiance à l’information éclairée des possibles prescripteurs et des patients ? Ce point est crucial. Marc Girard et Dominique Dupagne sont d’accord sur ce point : ils pensent, sauf information à laquelle j’ai échappé, que les retraits de médicaments sont contre-productifs. Ce qui signifie, selon moi, qu’ils pensent que le marché va se réguler tout seul. Personnellement, je ne fais confiance à personne et encore moins à des médecins qui seraient de purs scientifiques au service de leurs patients. J’ai soutenu, avant même que l’affaire n’éclate,  le retrait de Diane 35 et de ses génériques. Avais-je tort ? Je n’en sais rien mais la prescription des pilules 3G et 4G se sont effondrées (selon les dires des agences gouvernementales). Je ne crois donc pas beaucoup au tact prescripteur des prescripteurs à moins qu’ils ne soient menacés personnellement de poursuites pénales ou de pertes financières. (Je ne souhaite pas entrer encore une fois dans la querelle libéralisme, néo-libéralisme, voire libertarianisme, les libéraux en général prétendant que ce sont les individus pensant et informés qui doivent décider par eux-mêmes, une régulation « naturelle » se produisant « naturellement »)
  7. Faut-il prescrire des placebos ? Cette question peut paraître incongrue dans le contexte de l’interdiction éventuelle d’un médicament pour effets indésirables graves mais elle a été soulevée dans les commentaires du billet de Dominique Dupagne. J’ai trois petits commentaires à faire sur le commentaire de JM Bellatar ***. Précisons ceci sur l’utilisation d’un placebo en médecine : j’ai largement exprimé mon opinion contre l’utilisation de placebo en médecine (sans omettre qu’il m’arrivait de le faire dans des moments de grande fatigue, de désespoir ou de renoncement) : voir ICI ce que j’en pense. Les commentaires : (a) : l’effet médecin fait certes partie de l’effet placebo mais l’effet placebo, c’est surtout le médicament (du moins dans notre culture et notamment dans les essais contrôlés où l’on tente de négativer cet effet pour dégager l’effet thérapeutique du médicament actif) ; (b) : le remède-médecin décrit par Balint est surtout critiqué par lui pour ses effets nocebo : les mots ont un fort pouvoir létal, prétend-il ; (c) : le fait de ne pas prescrire un médicament actif (en l’occurence un « placebo » avec des effets indésirables) dans des pathologies où le malade « guérit » tout seul ressort de la déprescription que nous tentons de nous promouvoir.  
  8. Je lis aussi que quelques malades en ont vraiment besoin. Est-ce vrai ? 
  9. Enfin, il me semble, je peux me tromper, que le billet dont nous parlons peut être ressenti comme une attaque violente contre la Revue Prescrire et, indirectement contre Catherine Hill.

Conclusion : faut-il ou non interdire la domperidone ? Sans doute oui si l’essai de Hill et coll est fondé. Sinon : de grosses restrictions d’utilisations sont à prévoir.

*** j’utilise de plus en plus l’effet placebo (encouragé par la revue Prescrire ), que l’on peut appeler aussi remède-médecin selon Balint, ou pour le dire autrement un temps d’écoute prolongé de la parole du patient, avec une amélioration des symptômes très fréquente sans aucune prescription médicamenteuse(je n’ai jamais réellement cru à l’effet de la dompéridone).

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    Placebo vs médicament – Le pouvoir de l’information, positive ou négative

    La plupart des gens ont déjà entendu parler de “l’effet placebo”: il s’agit du fait que certaines personnes peuvent ressentir une amélioration de leur état suite à l’administration d’un traitement alors qu’elles ont en fait reçu une substance neutre, inactive. … Lire la suite Continuer la lecture

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    Les dangers de l’utilisation d’un placebo (bis, ter, quater repetita). Histoire de consultation 159.

    Monsieur A, 46 ans, a été opéré de son rachis lombaire au décours d’une défenestration accidentelle et avinée il y a déjà trois ans. Il marche désormais avec une béquille, est en invalidité, suit des séances de kinésithérapie et combat son addiction avec succès et sans baclofène.
    Il lui arrive d’avoir des « blocages »douloureux de son rachis lombaire accompagnés de spasticité des deux membres inférieurs qui « passent » volontiers avec une corticothérapie ponctuelle et des antalgiques codéinés dont je me méfie en raison d’un autre passé addictif.
    Cet homme est intéressant au sens où les discussions que nous avons ensemble au cabinet indiquent une intelligence supérieure à la normale, nonobstant le fait qu’il n’a pas fait d’études supérieures et, peut-être, grâce au fait qu’il n’a pas fait d’études supérieures. Avant son accident il était grutier.
    L’autre jeudi, mon jour de congé, il a appelé le cabinet car il souffrait atrocement de douleurs lombaires depuis la veille et mon associée a proposé de le voir mais il a refusé.
    Le samedi il m’a appelé pour me dire qu’il allait mieux.
    Il m’a raconté qu’il avait contacté « son » chirurgien qui lui a dit de passer à la clinique où il avait été opéré (à environ 40 kilomètres de son domicile). Son frère l’y a emmené (sans bon de transport).
    Lui : J’ai été soulagé immédiatement.
    Moi : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait ?
    Lui : Ils m’ont perfusé un nouveau produit, m’a dit le docteur B. Cela a marché au bout de deux heures…
    Moi : Un nouveau produit ?
    Lui : Oui. Il faudra que vous lui demandiez ce que c’est pour la prochaine fois que cela m’arrivera. Car cela fait un sacré déplacement. 
    Moi (prudent) : Il peut s’agir de produits hospitaliers…
    Quelques jours après, Monsieur A a pris rendez-vous au cabinet et nous reparlons de son cas.
    Il marche comme avant sa crise, c’est à dire lentement, avec précaution, une seule canne, mais il est venu à pied et il a marché environ 1500 mètres sans pratiquement s’arrêter.
    Lui : Vous avez téléphoné au docteur B ?
    Moi : Oui.
    Lui : Il vous a donné le nom du produit ?
    Moi : Oui.
    Lui : Alors ?
    Moi : Alors, ben, c’est un produit que l’on ne peut utiliser en ville. C’est embêtant.
    Lui : Le docteur B ne peut pas vous le fournir ?
    Moi : C’est compliqué.
    Vous avez deviné de quoi je veux parler. J’ai appelé le docteur B qui m’a répondu goguenard qu’il avait perfusé du sérum américain… 
    Moi : Vous me placez dans une situation difficile.
    Lui : Oui, mais je l’ai soulagé.
    J’ai déjà évoqué plusieurs fois le problème de l’utilisation des placebos en médecine. Notamment ICI où j’en soulignais les dangers pour le patient et pour le médecin.
    J’ai eu l’occasion de défendre mon point de vue sur différents forums ou blogs et il m’a semblé que l’opinion générale des intervenants (je ne parle pas des autres) ne m’était pas favorable.
    Voici un exemple de billet de blog sur farfadoc (LA) et les commentaires.
    Pour provoquer, je dirais ceci (tout en ayant précisé qu’il m’arrive encore sciemment de prescrire des placebos à mes patients, depuis du tanganil dans des vertiges qui seraient « passés » tout seuls jusqu’à des antibiotiques dans une bronchite virale particulièrement cognée, personne n’est parfait et personne ne peut résister, tout le temps, à la pression du patient qui veut un traitement, mais disons que je me soigne lentement, je ne suis pas si autoritaire que cela à mon égard, je tente de me calmer) : l’utilisation consciente d’un placebo est, très simplement, une manifestation subtile (mais parfois brutale) du paternalisme médical. Dernier point : il ne faut pas confondre l’effet placebo et l’utilisation d’un placebo.
    (illustration : chaman amazonien)

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    Placebo

    Ma chère maman dit toujours « un rhume soigné, ça dure une semaine, un rhume pas soigné, ça dure sept jours ». Et elle a raison (même si parfois, avec la petite toux sèche de la trachéite qui suit, ça peut durer … Lire la suite Continuer la lecture

    Publié dans effet placebo, efficacité, homéopathie, médicament, mms, placebo, Système de santé, Un peu de tout | Commentaires fermés sur Placebo

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    Le placebo n’est pas une insulte

    Nous ne cessons jamais de redécouvrir la puissance de l’effet placebo ni de disserter sur ses mécanismes obscurs. De tous temps, les placebos ont représenté l’essentiel des thérapeutiques ; en réalité, ils contenaient toujours quelque « simple », « essence » ou « principe », hérités de … Continuer la lecture Continuer la lecture

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