Archives de catégorie : mort

Brèves sémio-poétiques – Partie II

Sur un visage las et au regard tragique, Des yeux portent des flammèches hémorragiques. Se trace son vague à l’âme hémodynamique, En traits agités par un orage rythmique. Et le regard fuyant vers un ciel trop serein Le tonnerre omis … Lire la suite Continuer la lecture

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Ils gisent

Elle gît. J’observe sa tête posée entre ses deux pattes, son corps amaigri, son poil terni. Elle m’attendait sur la terrasse, à l’ombre d’une table, incapable de bouger. Ils m’attendaient autour d’elle. Il n’y avait plus rien à dire. Pas de surprise, pas de colère, pas d’incompréhension. Simplement, la fin. Attendue.
Sur la terrasse de la maison, j’essaie d’entendre son cœur tandis que passent, indifférents, voitures et camions qui couvrent mon auscultation.
J’attends le silence. Enfin. Ni voiture, ni camion.
Ni cœur.

Il est si facile de tuer. Tout s’est, vraiment, très bien passé. C’était une bonne mort.

Lorsque je rentre à la clinique, mes pas me dirigent vers le bloc. Il est toujours là. Lui aussi, il gît. Couché sur le côté, son pansement autour du corps, on pourrait croire qu’il dort encore. Mais le concentrateur d’oxygène est éteint, le circuit est débranché. Il est extubé. Il a encore son cathéter, sa perfusion, même si elle est arrêtée. Près de son corps, deux seringues, une aiguille, posées sur le métal de la table de chirurgie. Un gant retourné. Un stéthoscope. Sous lui, le tapis chauffant qui l’a accompagné pendant toute l’opération. Une petite serviette, aussi. Au-dessus de son corps, le scialytique semble le veiller. Tout est éteint, mais les grandes baies vitrées baignent de lumière son pelage tigré, son épaisse fourrure dans laquelle, hier, encore, je plongeais mes mains lorsque j’essayais de le rassurer. L’inox de la table brille tout autour de lui. Il est resté comme je l’ai laissé, lorsque son cœur l’a abandonné : silencieux, enfin apaisé. Je regarde à nouveau la cuve de chaux sodée et les tuyaux de la machine d’anesthésie. Le scialytique. Mes témoins. Je m’assieds, et, par réflexe, je reprends le stéthoscope. L’absolu silence là où cela devrait taper, souffler, grouiller et gargouiller. Le délicieux et répugnant vacarme de la vie, contre le silence sans nuance.

Il y a deux heures à peine, son cœur battait, il se réveillait. Je le veillais depuis une trentaine de minutes, seul dans la clinique, attendant le moment où je pourrais, en conscience, le laisser. Je n’aimais pas sa respiration, je pressentais que les choses allaient mal se terminer. Accélérations cardiaques, ralentissements, régularisations, des respirations spastiques puis à nouveau harmonieuses… son cœur a finalement perdu le rythme, et il ne l’a pas retrouvé. Je pouvais bien masser et m’exciter sur mon ballon d’oxygène, mes seringues et ses tuyaux. Il ne s’est jamais réveillé. Près de trois heures de chirurgie après deux jours d’hospitalisation, pour… rien.

Pas pour rien, non : il fallait tenter. Après l’avoir stabilisé et vaincu l’état de choc, il fallait lui laisser le temps de récupérer, puis attendre que nous puissions opérer, dans les meilleures conditions. Il fallait opérer, de toute façon. Ou décider d’abandonner, et l’euthanasier. Tout arrêter ? Alors qu’il n’avait que quatre ans et que nous avions une vraie chance de le sauver ? Je me suis impliqué, je l’ai… porté. Le matin, à midi, le soir, la nuit aussi. J’ai surveillé les drains, je l’ai caressé, je lui ai donné des médicaments avant de prendre le temps de me faire pardonner, jusqu’à l’entendre ronronner. J’ai rassuré ses propriétaire sans jamais leur mentir, je savais que les choses pouvaient mal se terminer. D’autres que lui… s’en sont sortis. J’ai l’impression de les avoir trahis, en les accompagnant dans la décision d’opération, en insistant sur les chances de le sortir de là. J’ai l’impression de lui avoir fait défaut, aussi. On ne demande jamais son consentement à un animal. Et de toute façon, ils hurlent tous non, de toutes leurs forces, même si, souvent, ils font confiance. J’accepte de ne pas les écouter parce que je sais que je peux les guérir, que je peux les sauver. Je le sais. Je sais aussi que je peux avoir tort. Je joue avec les probabilités, je tente ma chance, et la leur. J’apprends l’humilité. Je ne veux pas regretter de n’avoir pas essayé, mais je ne veux pas infliger à un animal une souffrance qui ne serait pas justifiée. Drôle d’équilibre.

Depuis sa mort, je cherche. Ce que j’ai pu rater, ce que j’aurais pu mieux faire, ce que j’aurais pu décider. Je ne trouve pas de vrai mauvais choix. Pas non plus de décision justifiée mais malheureuse. Les choses ont suivi leur cours logique, nous avons bien travaillé, et il est mort. C’est tout.

C’est tout et comme toujours, c’est insupportable. Je pense à ceux qui l’aimaient, qui sont venus le voir jusqu’à l’ultime instant, pour son endormissement, qui voulaient m’entendre dire que oui, nous allions, j’allais le sauver. J’ai, nous avons échoué.

Il est tellement difficile de les sauver.

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Un cas exceptionnel d’homicide réciproque

En médecine légale, certaines études de cas relatent des faits divers tragiques, comme celui que rapportent des médecins légistes français dans le numéro daté de juin 2017 de l’American Journal of Forensic Medicine and Pathology. Celui-ci décrit, pour la première … Continuer la lecture Continuer la lecture

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L’ombre des doutes

Un temps. Tu inspires. Tu souffles. Le monde derrière toi n’est qu’un tas de batailles. Celui devant toi plein de guerres à venir. Certains jours te semblent être d’immenses champs de ruines. L’éclats de quelques victoires peinent à les éclairer. … Lire la suite Continuer la lecture

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Symbole

6h du matin. Les urgences battent leur plein. Ce n’est pas tellement le « rush », ce n’est pas le désert non plus. On entame la 12ème heure de veille avec mes co-externes. Entre de vrais syndromes grippaux à 40°C de fièvre … Lire la suite Continuer la lecture

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Prendre du recul

Tout a commencé par un choix. Dans un stage d’étudiant hospitalier, on attribue souvent à chaque étudiant un ou plusieurs patients dont il est « responsable ». Un grand mot pour, dans la plupart des cas, dire que l’étudiant devra connaître « le … Lire la suite Continuer la lecture

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Donner la vie

Si vous étiez une femme, atteinte d’une maladie au pronostic sombre et incertain, mais souhaitant avoir un enfant malgré des médecins qui vous déconseillent fortement une grossesse car hautement susceptible d’être mortelle, que feriez-vous ? Le dossier a été présenté en … Lire la suite Continuer la lecture

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Suite d’une annonce

Ce matin, je vois ce tweet. How to Tell a Mother Her Child Is Dead https://t.co/8gJMQQytEo — Jean-Marie Vailloud (@grangeblanche) 4 septembre 2016 Je vais lire l’article sur le site du NYT. Bien écrit, des conseils de bons sens, ceux … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Des béta-ECN

Douleur pelvienne chez une femme « en âge de procréer » homosexuelle affirmant n’avoir aucun risque d’être enceinte : — Litthérapeute (@Littherapeute) August 11, 2016 La question a été posée sur twitter, sans penser qu’elle puisse être à l’origine d’autant de réactions. … Lire la suite Continuer la lecture

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Est-ce que l’humain meurt ?

Quand on s’engage dans des études de santé, notamment de médecine, il y a des choses que l’on ne nous dit pas. En même temps, comment dire l’indicible ? Quels mots poser sur ces choses dont les histoires, les romans et … Lire la suite Continuer la lecture

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Pour apprendre à soigner : tend l’autre joue

Cela fait plusieurs jours que j’hésite à écrire. On commence à me reprocher de n’écrire que sur ce qu’il y a de plus sombre dans les études de médecine. On me dit que je suis négatif, que je ne représente … Lire la suite Continuer la lecture

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Où meurent les médecins ?

J’ai lu une intéressante note d’un nouveau blogueur médical. Il y parle de ses raisons de refuser la pratique de l’euthanasie. J’ai trouvé très intéressant sa problématique de prisme pour aborder le sujet. Il est évident que nous devrions nous … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Le cancer vous salue bien!

1999. Ma mère vient de mourir, après neuf mois de lutte contre un cancer qui ne lui a laissé aucun répit. J’ai 22 ans et mon monde s’effondre. J’ai 22 ans et je dois préparer un enterrement. J’ai 22 ans et je dois choisir les vêtements avec lesquels ma mère sera incinérée. J’ai 22 ans et je dois vider son appartement. Choisir ce qui sera gardé, donné, jeté. Ce n’est pas chose aisée que de trier toute une vie. Je voudrais tout garder, parce que chaque petite chose me rappelle un peu ma mère. Mais que faire de tous ces vieux papiers, de ces dessins gribouillés maladroitement pour les fêtes des mères, de ces petites babioles parfois cassées gardées « en souvenir »? Et, surtout, que faire de cette perruque qui me nargue du haut de son cruel symbole? J’ai pour m’aider de précieuses alliées, Soeur Marie-Laure et Soeur Marie-Paule. Pendant sa maladie, ma mère a eu la chance d’être très soutenue par la communauté religieuse de la prison de Fresnes (ma mère travaille à la prison et, à cette époque, les infirmières de l’hôpital pénitentiaire sont des religieuses), et elles m’accompagnent avec beaucoup d’amour dans le difficile chemin du deuil. Soeur Marie-Laure passe son temps à remplir des sacs poubelle et je passe mon temps à récupérer in extremis tout ce qu’elle jette. Soeur Marie-Paule, elle, passe son temps à réfléchir à ce qu’on pourrait bien faire de ce vieux fil électrique ou de ces cahiers à peine griffonnés. À nous trois, on forme une équipe de choc, on trie, on garde, on jette, et ces heures douloureuses sont rendues un peu plus supportables par leur présence bienveillante.
Ce jour-là, je me trouve donc comme une poule devant un couteau face à cette foutue perruque désormais inutile. La garder? Qu’en ferais-je? La jeter? C’est quand même dommage, ça coûte cher ces conneries. La donner? Oui, mais à qui? Je suis assise par terre, au milieu d’une montagne de cartons, et je tiens dans ma main cette petite boule de cheveux qui a sobrement camouflé la maladie de ma mère. Et je me souviens.

Je me souviens de nos dernières vacances ensemble au Château d’Olonne. Nous étions parties toutes les deux passer quelques jours à la mer avant la prochaine chimiothérapie. Ce jour-là, après une jolie balade, nous nous étions arrêtées dans un café. Assises tranquillement devant un expresso, nous fumions une cigarette avant de rentrer (oui, à l’époque on fumait dans les cafés… ça commence à dater!) (et non, ma mère n’avait pas arrêté la cigarette, foutue pour foutue!). À l’autre bout de la salle, une bande de vieux pas très vieux mais un peu vieux quand même.
– Pfff… ces femmes qui fument… à notre époque les femmes elles fumaient pas hein… maintenant même les jeunes elles s’y mettent… pfff… elles rigoleront moins quand elles auront le cancer!
Ma mère et moi n’osions lever nos yeux de notre cendrier. Nous étions dans le coin fumeurs, loin d’eux, mais ils parlaient juste assez fort pour qu’on les entende, avec des regards en biais. Moi, j’avais juste envie de me lever et de partir, on était là pour oublier ce foutu crabe le temps de quelques jours et ces sombres cons en rajoutaient une couche. Mais ma mère a fini tranquillement sa cigarette, a réglé l’addition, s’est levée puis, passant près d’eux pour sortir, a très royalement soulevé sa perruque et, s’inclinant vers eux, leur a dit très solennellement :
– Messieurs, le cancer vous salue bien!
Nous sommes sorties en pouffant de rire comme des gamines, nous régalant de leurs mines ébahies! Je crois que c’est l’un de mes plus beaux souvenirs. Ma mère est morte quelques mois plus tard, sans avoir jamais pu revoir la mer.

Et maintenant je suis là, face à cette perruque inutile qui me rappelle cruellement l’humour caustique de ma mère, et le souvenir fabuleux de nos vacances à la mer. Soeur Marie-Paule, derrière moi, semble hésiter, puis se lance.
– Dis… je pensais à quelque chose, si tu ne sais pas quoi faire de cette perruque, il y a des détenus ici qui sont en chimiothérapie, et ils n’ont pas toujours les moyens de s’acheter une perruque… Alors si tu n’en fais rien… Je pourrais l’arranger un peu, pour faire une coupe plus masculine… Ça ferait sans doute plaisir à quelqu’un… Mais si tu ne veux pas je comprendrai, ne t’en fais pas…
Je suis soulagée. Soulagée et reconnaissante. Parce que je ne pouvais ni garder ni jeter cette perruque. Et parce que je sais qu’elle servira à quelqu’un d’autre, quelqu’un qui combat la même saloperie que celle qui a emporté ma mère. Et peut-être que ce quelqu’un que je ne connais pas gagnera, lui.

Aujourd’hui, j’ai coupé mes cheveux. Huit ans sans voir un coiffeur, et ça m’a pris, comme ça, d’un coup. J’ai attaché ma très longue chevelure en queue de cheval et clac, on a coupé! Clic clac, une frange, clic clac, une nuque dégagée, clic clac, des petites mèches sur les côtés. Quand je suis rentrée chez moi, je me sentais plus légère de 200 grammes. J’ai regardé ma nouvelle tête et mes anciens cheveux, me demandant ce que j’allais faire et de l’une et des autres. La solution a été vite trouvée.  La mèche de cheveux fait 50 centimètres, c’est largement assez pour confectionner une perruque. Quelques clics de recherche plus tard, et avec l’aide et les conseils de Twitter, je découvre Solidhair, une association qui récolte les dons de cheveux. Alors voilà, les cheveux sont dans une enveloppe, prêts à partir quelque part en région parisienne. Prêts à servir à quelqu’un qui, peut-être, soulèvera un jour sa perruque devant un groupe de vieux radoteurs en les narguant d’un superbe « le cancer vous salue bien! » Continuer la lecture

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Auscultation du Soignant

Kryptonite « Je ne sais pas si c’est moi, mais j’ai l’impression, parmi les amis de la promo, que tout le monde est malheureux, tu ne trouves pas ? » Elle me dit ça entre deux cours. Le cours sur les antidépresseurs vient … Lire la suite Continuer la lecture

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Le cœur entre les bras

Les urgences, encore. C’est là-bas que ça arrive le plus souvent. Vous avez trois ou quatre choses à faire à la fois. Prévenir untel de ceci ou cela. Apporter un verre d’eau ou une information à un.e patient.e. Apporter du … Lire la suite Continuer la lecture

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Le grand test de la rentrée : quel patient êtes-vous ?

Recyclant sans vergogne les bonnes idées de Judge Marie qui nous gratifie chaque été d’un test de personnalité [1 & 2] d’une rigueur scientifique à faire pâlir les Cosmo et Grazia du monde entier, nous avons nous aussi décidé de … Lire la suite Continuer la lecture

Publié dans Accident vasculaire cérébral, Adrian Monk, Alliance thérapeutique, anxiété, Aqua-zumba, Autodiagnostic, Autonomie, Bavard, Blagues de merde, cancer, Centre Hospitalo-Universitaire (CHU), Certificat médical, Chirurgie orthopédique, Décision médicale partagée, Depeche Mode, Dépendance, Do it yourself, Dobby, Doc Gynéco, Docteur Who, Doctissimo, Donkey, Dr Grégory House, Dr La Peluche, Eczéma, effets indésirables, Evidence-Based Medicine (EBM), examen clinique, Fast & Furious, Fauve ≠, Foutage de gueule, Gaston Ouvrard, Gastro-entérite, Georges Brassens, gravité, homéopathie, Hôpital, Hypochondriaque, industrie pharmaceutique, internet, Jordy, Journal de Mickey, knock, Laboratoire Sanofric, Lapin Blanc, Leucémie, Lorenzo Lamas, Mademoiselle Bigueboubze, Matthieu Calafiore, MEDECINE GENERALE, Médecines alternatives, médicaments, Mensonge, Mickey 3D, Mon Chéri, mort, Myofasciite à macrophages, Négociation, Noir Désir, paracétamol, peur, pharmacie, Porcinet, Porto, Prescrire, Presse, Psoriasis, Pulp Fiction, PUPH, Quiz, Réassurance, Rebelle, Reconnaissant, Relation médecin-malade / soignant-soigné, respect, Samsagace Gamegie, Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU), Service public, Shrek, Soumission, Spartacus, Star Wars, Système nerveux autonome, Sœur Marie-Thérèse des Batignolles, Tanguy, test, Têtes à claques, The Beatles, TMTC, Urgences, vaccination, Vie du blog et miscellanées, Virose, Visiteur médical | Commentaires fermés sur Le grand test de la rentrée : quel patient êtes-vous ?

Le grand test de la rentrée : quel patient êtes-vous ?

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La fin de vie

Je jette une pierre dans l’eau. Elle s’écoule, tout au fond. Elle passe d’un monde de lumière à l’obscurité des profondeurs insondables, perdue, seule, dans le néant que nulle lueur n’a jamais exploré. En sombrant, elle traverse une frontière invisible, … Lire la suite Continuer la lecture

Publié dans Ethique, études, étudiant, expérience, fin de vie, Hôpital, Initiation, job, Litthérapeute, Litthérapie, médecin, médecine, mort, mourir, patient, personnel, peur, Réflexion, Santé, soins, Stage, vie, Vivre, Vocation | Commentaires fermés sur La fin de vie

La fin de vie

Je jette une pierre dans l’eau. Elle s’écoule, tout au fond. Elle passe d’un monde de lumière à l’obscurité des profondeurs insondables, perdue, seule, dans le néant que nulle lueur n’a jamais exploré. En sombrant, elle traverse une frontière invisible, … Lire la suite Continuer la lecture

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Music

Je le vois quitter le comptoir de l’accueil de la clinique, alors que je sors de salle de consultation. Il a les yeux rouges, et me fuit tout en me disant bonjour, cachant ses larmes.

– Music ?
– Ça va pas fort, Fourrure, ça va pas fort. Tu peux passer le voir à la maison ?

Je… oui, je le laisse s’enfuir. Ce n’est pas le moment de discuter, et oui, bien sûr, oui, je passerai, après les consultations.
Même si je n’en ai aucune envie.

Il n’habite pas loin, à peine à quelques rues de là. M. Marty me présente son épouse, Sylvie, ses rosiers, son salon. Il n’a pas besoin de me présenter Music. Le vieux setter est l’un des piliers de la clinique, même s’il la déteste et se cache toujours au fond du C15 quand son patron vient chercher ses médicaments pour le cœur.

La première fois où je l’ai vu, il y a une bonne dizaine d’années, M. Marty était assis sur une chaise pliante au fond de la salle de radio, le visage dans ses mains. Ce jour là aussi, il pleurait. Music avait bondi au moment où son maître appuyait sur la détente. Une décharge de plombs, ce n’était pas trop grave, mais il y avait perdu un œil. C’était la première fois où nous avions posé un implant de silicone, lors de l’énucléation. Un tout petit peu trop grand, finalement. Mais Music avait continué sa vie de chien épanoui, son maître avait petit à petit digéré sa culpabilité (enfin, à peu près). Music qui continuait à l’accompagner à la chasse, de préférence sans fusil, Music qui était dans sa voiture, partout, tout le temps, Music qui dormait à côté de son lit.

– Tu vois, Fourrure, surtout ces derniers temps, c’est mon chien bien plus que celui de Sylvie.
– Il ne me lâche plus d’une semelle, on croirait qu’il se rassure avec moi. Il n’y voit plus grand chose, le bonhomme.
– Les enfants sont loin, alors, maintenant, c’est lui, notre enfant. Regardez, il y a son portrait, là, sur le mur.

Sur la tapisserie à fleurs du salon, un tableau, Music, avec un faisan dans la gueule. Avec ses deux yeux.
Music est couché sur une couverture, près de la table basse. J’écarte un vase, m’assied près de lui, l’examine. Il s’intéresse aux odeurs de mon pantalon, mais, circonspect, n’ose remuer la queue. Apprécie mes caresses, mais avec prudence. Un peu déshydraté, mais sans plus. Je lui palpe l’abdomen, souple. L’auscultation n’est pas pire que d’habitude, pas d’œdème pulmonaire, malgré la chaleur, ce n’est pas le cœur. Je le lève, M. Marty m’explique qu’il n’y arrive, plus, seul, que les choses se dégradent à se niveau, depuis quelques semaines. Neurologiquement, tout va bien, mais il a mal au dos, très mal au dos.

Ça explique la faiblesse, mais pas la perte d’appétit. J’évoque l’insuffisance rénale, même si je n’y crois pas beaucoup. J’explique cette évolution naturelle et fatale, car c’est la seule hypothèse crédible, dans les choses courantes. J’explique aussi qu’une insuffisance rénale avancée, à cet âge, implique une euthanasie, vue la mocheté de l’agonie associée. Mais je pense que l’arthrose et la douleur sont des coupables bien plus probables. Alors, une injection d’antalgiques, et une prise de sang : je vais aller vérifier ça à la clinique. Music, du coup, s’est levé. Il a titubé un peu, puis est parti se planquer derrière le canapé.

En partant, je suis optimiste. Je leur serre la main, nous sourions, je lui dis que je le rappellerai dans quelques minutes, une fois l’analyse faite. Nous discuterons à ce moment là de la prise en charge de la douleur.

Ça ira.

Ou ça n’ira pas.

Je suis bloqué devant l’analyseur de biochimie. Je relance une urée, pour voir. Cohérente. Sa créatininémie est explosée. Ce ne sont pas mes antalgiques qui vont lui redonner envie de manger… Tout ce qu’il va faire, c’est se dégrader. S’étioler. Mort de merde après une agonie de merde.

Je rappelle.

– Oui allo ? Sa voix est enjouée. Bordel, je lui ai remonté le moral.
– M. Marty ? C’est Fourrure. Je… heu, les résultats sont très mauvais. Pas entre deux, pas limite, juste très mauvais. Je suis désolé… mais ça va mal, très mal se passer.

Un silence.

– Alors, c’est comme ça que ça se finit ?
Vous pouvez venir le chercher ? Je ne veux pas y assister, je ne veux pas le regarder mourir, je ne veux pas le voir agoniser, alors, si c’est ça, alors, le plus tôt, ce sera le mieux.

Mme Marty est en larmes.
– Je suis bête de pleurer, hein, ce n’est qu’un chien !

M. Marty est assis, la tête dans ses mains. Il pleure et cache ses larmes, comme ce jour si lointain où il m’avait amené Music, blessé. Plus de dix ans, déjà, dix ans à le soigner, à plaisanter sur le prix de ses traitements, quand M Marty venait les chercher, tous les 15 jours parce que bon, c’est pas sûr qu’il vivra bien plus, sur sa manière de se cacher au fond du C15 quand son maître passait devant la clinique, à s’inquiéter lors de ses syncopes, à se rassurer lorsqu’il repartait. Ses œdèmes pulmonaires, ses extra-systoles, son œil, sa surdité sélective, son bonheur de chasser, son envie de courir la gueuse, qui avait fini par passer, sa prostate, ses bobos, ses tout petits riens. C’est comme ça que ça se finit. J’emporte Music dans ma voiture, le pose au pied du siège passager à côté de moi. J’ai des poils blancs plein mon T-shirt, et Music se laisse porter. Quand je le pose sur ma table de consultation, seul dans la clinique désertée – ils sont tous partis manger – quand je le pose sur la table de consultation, il s’assied, et me regarde, de ce regard indescriptible de celui qui ne me voit plus mais qui sait où je me trouve. Alors je le caresse, en silence, je lui pose un cathéter, il frémit à peine. Il s’est assis, appuyé contre moi, il s’est assis, et tout doucement, tendrement, il s’est affaissé, il s’est endormi, et moi, moi aussi, tranquillement, j’ai pu pleurer.

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Refuser la mort peut être mortel

  Le confort de vie et les progrès sociaux ont allongé considérablement la durée de vie des Occidentaux. La chirurgie, l’obstétrique, les vaccins et quelques autres progrès médicaux ont supprimé la majorité des « morts prématurées », définies par leur survenue avant … Continuer la lecture Continuer la lecture

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La médecine palliative est un combat

Il n’y a pas si longtemps, un des patients du service de gériatrie, M. K., a fait ma connaissance. Car moi, étudiant stupide à qui l’on demande d’aller faire ci-et-ça à tel-ou-tel patient, j’obéis. Du coup, ce jour-là, je me … Lire la suite Continuer la lecture

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La médecine palliative est un combat

Il n’y a pas si longtemps, un des patients du service de gériatrie, M. K., a fait ma connaissance. Car moi, étudiant stupide à qui l’on demande d’aller faire ci-et-ça à tel-ou-tel patient, j’obéis. Du coup, ce jour-là, je me … Lire la suite Continuer la lecture

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Faire face à la mort

C’est un matin comme les autres. Je suis arrivé en avance, mais un peu moins que d’habitude. La femme de ménage a terminé de nettoyer le couloir qui est presque sec. J’ouvre la fenêtre du bureau des médecins, comme pour … Lire la suite Continuer la lecture

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Faire face à la mort

C’est un matin comme les autres. Je suis arrivé en avance, mais un peu moins que d’habitude. La femme de ménage a terminé de nettoyer le couloir qui est presque sec. J’ouvre la fenêtre du bureau des médecins, comme pour … Lire la suite Continuer la lecture

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Appelez la Réa !

Qu’est-ce que réanimer ? Il s’agirait peut-être de re-animer. Redonner vie. Restaurer le souffle vital. C’est du moins ce que l’étymologie peut nous dire. Cette nuit-là, j’entrais dans le service de réanimation, dans le but d’y contribuer un peu, pour la … Lire la suite Continuer la lecture

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Appelez la Réa !

Qu’est-ce que réanimer ? Il s’agirait peut-être de re-animer. Redonner vie. Restaurer le souffle vital. C’est du moins ce que l’étymologie peut nous dire. Cette nuit-là, j’entrais dans le service de réanimation, dans le but d’y contribuer un peu, pour la … Lire la suite Continuer la lecture

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Everybody lies

Lors de la publication d’un précédent billet, certains lecteurs avaient « reproché » à Tiben de mentir à ses patients (en fait il se « contentait » d’utiliser un raisonnement non logique, mais sans rien avancer de réellement faux). En revanche, mentir aux patients, … Lire la suite Continuer la lecture

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L’enterrement

L’histoire commence ici.

Ce jour-là, je suis allée voir mon père et ma belle-mère (Madame Pasdbol) et j’ai appris une mauvaise nouvelle. En rentrant, je me souviens avoir écouté Norig à fond dans la voiture et m’être arrêtée plusieurs fois pour pleurer. Le cancer, je connaissais, il avait déjà emporté une partie de ma famille, dont ma mère. Optimisme zéro.

La suite, je l’ai racontée, et mon frère aussi. J’ai parlé de la maladie, de la mort, mais aussi des émotions que je devais apprendre à apprivoiser en tant que future soignante. Mais je n’ai pas tout raconté, parce que certaines choses étaient trop dures, ou trop sordides. Par exemple, je n’ai jamais parlé de l’enterrement.

Mon père est mort un lundi (ma mère aussi, Madame Pasdbol aussi, ça doit être une sorte de tradition). Nous avons « choisi » la date de l’enterrement en essayant de faire au mieux pour tout le monde. C’est tombé un samedi, un jour avant son anniversaire de mariage avec Madame Pasdbol. À quelques jours près, ils auraient pu fêter leur première année de mariage… mais non.

La préparation de l’enterrement, le choix du cercueil, des plaques, de la musique… tout était tellement douloureux. Il fallait prévenir tout le monde, pleurer, organiser les obsèques, pleurer, faire tout un tas de démarches administratives, pleurer, s’occuper des vivants, pleurer.
Les vivants, justement, étaient ce qui nous raccrochaient au présent, mon frère et moi. Les enfants qui couraient, qui riaient, qui jouaient, c’était la vie qui continuait, malgré tout. C’était la génération d’après. C’était quelques gouttes de joie au milieu d’un océan de tristesse.
Ces quelques jours, entre la mort et l’enterrement, c’était comme une bulle, une sorte de parenthèse. Mon père était mort, certes, mais il était encore là, je pouvais aller le voir, je pouvais le regarder, le toucher. Je pouvais encore m’asseoir à côté de lui et lui parler. Je pouvais encore faire le rêve insensé qu’il allait ouvrir les yeux, me sourire, et se relever comme si rien ne s’était passé.
Mais, entre les enfants joueurs et mon père immobile, il y avait la veuve. La veuve qui ne pleurait pas. La veuve qui reprochait à mon père mort le coût de la maladie et des obsèques. La veuve qui voulait tout bazarder. La veuve qui buvait. La veuve qui se noyait. Et dont nous devions aussi nous occuper. En plus du reste.

Mourir en été, c’est pas terrible. Les gens sont en voyage, c’est difficile de trouver à se loger dans une région un peu touristique, ils n’avaient pas prévu un enterrement dans leur planning de vacances… Bref, tout ça pour dire qu’il n’y avait pas grand-monde à l’enterrement. Une cérémonie toute simple, avec la famille réunie en rond autour d’un cercueil tout simple décoré des fleurs du jardin. Une belle cérémonie quand même, avec le chant des enfants et les textes choisis. Et cette chanson, que je ne peux plus écouter sans pleurer. C’est après que ça a merdé.

Mon père avait choisi la crémation. Madame Pasdbol, d’emblée, nous avait dit qu’elle ne viendrait pas, que c’était au-dessus de ses forces. Pour avoir vécu la crémation de notre mère, mon frère et moi comprenions que cela puisse être un moment qui semble insurmontable. Les enfants, eux, voulaient venir. Ils avaient vu leur grand-père malade, puis mort, ils voulaient être là jusqu’au bout. Les quelques « grandes personnes » qui n’étaient pas concernées ont protesté, au nom de la morale et de que sais-je encore. Les enfants ont cédé. Du coup, après la cérémonie, il n’y avait plus grand-monde de partant pour la crémation. Les enfants devaient rester à la maison, ma belle-soeur et mon mari devaient s’en occuper, le reste de la famille était fatigué et souhaitait rester avec la veuve. Certes. Nous avons redemandé à celle-ci si elle voulait venir. Non ferme et définitif. C’est donc pleins d’entrain que mon frère, mon parrain, mon bébé et moi nous sommes élancés sur la route joyeuse du crématorium (désolée, j’essaye de mettre un peu d’allégresse dans ce billet, c’est un peu morbide sinon).

Une crémation, c’est long. Long et sinistre. Et difficile. Toucher le cercueil, une dernière fois. Pleurer. Le regarder partir. Pleurer. Attendre. Pleurer. Recevoir l’urne. Pleurer. Réaliser que son père est là-dedans, dans ce récipient encore chaud. Alors qu’il y a quelques heures à peine le cercueil n’était pas fermé. Pleurer. Et rentrer. En pleurant. En se disant que cette fois c’est vraiment fini. Il n’ouvrira pas les yeux. Il ne sourira pas. Il est vraiment parti. Pour toujours.

Le retour à la maison a été l’apothéose. J’avais à peine eu le temps de descendre de voiture que mon mari s’était rué vers moi pour me dire que c’était « dégueulasse » ce qu’on avait fait à Madame Pasdbol! Hein? Quoi? Qu’est-ce qui se passe?
Ce qui se passait? Madame Pasdbol, pendant que nous pleurions notre père en attendant que tout soit vraiment fini, avait bu plus que de raison, un apéro par ci et un autre par là, et, dans un état d’ébriété avancée, titubante et bégayante, s’était plainte de ses méchants beaux-enfants qui n’avaient même pas voulu d’elle à la crémation de son cher époux. La famille endeuillée, attendrie par cette pauvre veuve sans défense, s’était bien entendu offusquée de notre attitude inhumaine. Pauvre, pauvre veuve! Et nous, quels monstres nous faisions! Nous, les enfants, les orphelins, les vilains méchants pas beaux qui osions abandonner cette pauvre femme à son triste sort alors qu’elle venait de perdre son mari…

ET NOUS ON VIENT DE PERDRE NOTRE PÈRE! ET VU QU’ON A DÉJÀ PERDU NOTRE MÈRE, ÇA VEUT DIRE QU’ON EST ORPHELINS! ET ON LE VIT UN PEU MAL! ET ON A DÉJÀ ASSEZ DE NOTRE PEINE À SUPPORTER SANS AVOIR EN PLUS L’ALCOOLISME ET LES MENSONGES DE LA VEUVE À GÉRER! BANDE DE CONS!!!

Bon, ça, c’est ce qu’on aurait voulu leur dire… mais on n’a pas osé. On s’est contentés de ravaler nos larmes et notre colère. Parce que ça n’était pas le moment. Parce que nous étions trop fatigués. Trop tristes aussi. Parce qu’on parlerait de tout ça demain, calmement. Sauf que le lendemain, ce fut pire.

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Madame Pasdbol, suite et fin.

La dernière fois que j’ai vu Madame Pasdbol, c’était un vendredi. Le 30 mai pour être exacte. Le jour où j’ai complètement craqué en stage. J’étais sortie de l’hôpital, un gobelet de café à la main, complètement vidée par mon entretien avec la cadre. Je m’étais assise sur un banc au soleil avec Madame Pasdbol. Elle était hospitalisée depuis quelques jours dans le service qui avait vu mon père mourir et attendait un résultat d’examen. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle était là. Elle avait profité de son « séjour » pour faire la connaissance d’un patient sympathique, patient que je connaissais un peu puisqu’il était dans mon service. J’étais là, assise sur un banc avec eux, sirotant mon café pendant qu’ils fumaient leur cigarette, et j’étais tellement décomposée que j’avais l’impression que ma vie allait s’arrêter là, devant cet hôpital qui avait englouti mon père et mes rêves de soignante. Et puis je suis rentrée. Madame Pasdbol est restée sur le banc. Je lui ai dit, avant de partir, que je passerais la voir le lundi.
Je ne suis pas retournée en stage. Craquage complet. Je n’ai pas revu Madame Pasdbol. J’ai enchaîné le burn out, le nouveau stage à une heure de chez moi, la MSP, le dernier stage, le boulot en EHPAD et le boulot en accueil de jour sans m’arrêter. Je n’ai pas rappelé Madame Pasdbol, parce que je n’y ai pas pensé, parce que j’étais occupée, parce que je me suis dit qu’elle pouvait appeler après tout. En juin, elle n’a pas appelé pour l’anniversaire de Georges. En juillet, aucune nouvelle pour le triste « anniversaire » de la mort de mon père. En novembre, aucun signe de vie pour l’anniversaire d’Amélie. Du coup, à Noël, je ne l’ai pas invitée. Premier Noël sans elle depuis cinq ans. Jusqu’au dernier moment j’ai cru qu’elle allait se manifester… et puis non. Alors j’ai bêtement pensé que quand même, c’était bizarre de sortir de la vie des gens comme ça, aussi simplement. J’ai aussi pensé, plus prosaïquement, à toutes les affaires de mon père qui étaient restées chez elle. Des objets qui avaient appartenu à mes parents, voire à mes grands-parents maternels, donc sans aucun lien avec elle, et auxquels je devrais renoncer. C’est sans doute très terre-à-terre dit ainsi mais il est n’est pas si simple de faire le deuil de certains objets que vous avez toujours connus chez vous.
Et puis, il y a deux nuits, j’ai fait un drôle de rêve. Elle venait me voir pour couper officiellement les ponts. Elle refaisait sa vie (avec le patient de l’hôpital?) et voulait oublier tout ce qui la rattachait au passé. Ma famille en faisait partie.
Étrange impression au réveil. Le soir, j’ai eu un doute, une sorte d’alarme bidale comme dirait jaddo. J’ai pianoté sur internet, rubrique obsèques, comme ça, au cas où, juste pour vérifier, sait-on jamais? Elle était là. En troisième page.

Nous avons la douleur de vous faire part du décès de Madame Pasdbol, née Pasdveine, survenu à l’hôpital, le 15 septembre, à l’âge de 64 ans.
De la part de Madame Voisine, son fils, et ses amis.
Madame Voisine remercie particulièrement l’hôpital pour son dévouement.

Donc elle est morte depuis plus de trois mois. Et je ne savais pas. Je pouvais toujours attendre qu’elle appelle. Et d’un coup, mille et une questions. De quoi est-elle morte? Comment? Était-elle accompagnée? A-t-elle souffert? Qui a organisé les obsèques. Accessoirement, qui a payé? Qui étaient ses amis? Pourquoi n’a-t-on pas été prévenus? Nous détestait-elle à ce point? Elle a été incinérée, alors où sont ses cendres? Que sont devenues toutes ses affaires (et accessoirement, celles de mes parents, pardon d’être matérialiste)?
Je me sens pas bien. Je me rends compte que jusqu’à la fin je suis passée à côté de la vie de cette femme. Elle demeure un mystère. Je ne sais même pas si je dois pleurer sur son sort. Le faire-part, laconique, me semble un dernier pied de nez. Aucune mention de feu son mari, ni de sa vraie famille (elle avait encore son frère et sa mère pourtant). C’est comme si personne n’avait jamais existé pour elle, comme si cela faisait bien longtemps qu’elle n’existait plus pour personne.
C’est tellement étrange de mourir ainsi, sans que personne n’en sache rien. Sans même que quelqu’un ne s’en inquiète. C’est tellement déstabilisant d’apprendre un décès de cette façon. C’est tellement dur de s’avouer qu’on n’a pas tenu une promesse. C’est tellement con de se dire qu’un simple coup de fil ne nous aurait pris que cinq minutes. C’est tellement angoissant de se demander qui sera le prochain.

Je me sens tellement mal. Continuer la lecture

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Dernier clin d’œil

Dimanche matin. Premier jour d’une semaine de vacances. J’ai 300 km à faire pour aller voir ma sœur exposer ses photos dans un festival, raison de plus pour se féliciter de n’être plus capable de dormir après 8h du matin. . Pendant que la théine régénère doucement mes neurones, le téléphone sonne. Cela fait une […] Continuer la lecture

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Un point pour refermer les plaies

Salle d’attente des urgences Il est presque huit heures. J’entame la quatorzième heure de garde, la vingt-quatrième heure de veille. La soirée aux urgences a été longue et mouvementée. Pas une minute de répit, pas même aux alentours de 2 … Lire la suite Continuer la lecture

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Vers une société toujours plus inhumaine ?

Ce matin, je découvre un « fait divers » dramatique : un vieil homme de 94 ans a assassiné sa femme à coups de marteau avant de se donner la mort par défenestration. C’est ce que l’on appelle paraît-il un suicide altruiste. En effet, sa femme était atteinte de la maladie d’Alzheimer. « C’est un drame de la vieillesse » […] Continuer la lecture

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Ma « première »

L’autre soir, j’ai mis les pieds aux urgences. Devant l’imminence d’une garde, et en constatant ma flagrante ignorance/incompétence, j’ai voulu suivre un collègue dans sa garde pour voir un peu à quoi m’attendre. Je n’ai pas été déçu… ou plutôt … Lire la suite Continuer la lecture

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A-t-on vraiment le choix ?

J’ai écouté une émission de France Culture qui a interpellé le médecin que je suis. Cette émission parlait de l’accompagnement vers la mort . Cet accompagnement avait duré 8 mois. Il a été donné peu de détail sur la maladie et le cancer responsable de la mort mais il était dit que la patiente s’était […] Continuer la lecture

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Les savates, les questions et la perspective (2)

(Le premier épisode est ici ) Le MacumbaPourri a laissé place à d’autres bruits d’hôtel de passe. On rigole jaune foncé en espérant fort que le PèreBernard a l’endormissement rapide puis le sommeil très lourd. À chaque cri d’autre nature, de porte qui claque ou de tirs de Kalashnikov lointains on peut vérifier que notre réaction de sursaut […] Continuer la lecture

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Ce que nous disent les patients de nous

« Allo, monsieur, c’est l’externe, y a un arrêt cardiaque aux soins, M. veut savoir, bla, bla », angoisse. Il est 23h30, je venais de m’endormir, je ne comprends rien dans la logorrhée anxieuse de la malheureuse externe. « J’arrive » Fringues, clés, voiture, … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Les savates, les questions et la perspective (1)

Souvent on me demande comment après le retour je prends les demandes, plaintes, ralages, de mes patientes, des familles, de l’entourage personnel ou professionnel et est-ce que tout cela ne serait pas un peu insignifiant par rapport aux horreurs du monde et tout. Alors : a. et bin ça va, c’est normal de râler ça […] Continuer la lecture

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Aide-soignante en devenir

« Mon père est mort au bout de ce couloir »
Voilà trois jours que je suis en stage à l’hôpital et cette pensée ne cesse de me hanter.
Même hôpital, même étage. Pas de chambre 423, pas de fenêtre donnant sur la petite église, mais ce long couloir, que j’ai arpenté si souvent pour aller le voir.
À un bout du couloir, mon stage et la MSP3 qui se rapproche dangereusement, la MSP de tous les dangers, celle qui fait paniquer (presque) tous les EAS. Le stage, la MSP, le diplôme… mon avenir.
À l’autre bout du couloir, la fin de vie de mon père, qui m’a aidée à prendre la décision de passer le concours. La maladie, l’agonie, la mort… mon passé.
C’est étrange comme tout au long de cette formation j’ai eu l’impression d’avancer dans mon deuil. Des lieux, des rencontres, des situations, autant de petites choses qui me font penser à lui et me confortent dans mon choix. Revenir dans cet hôpital avec un regard de soignante, croiser ceux qui ont pris soin de lui, revêtir leur uniforme, apprendre d’eux… Comprendre le fonctionnement de la grosse machine qui a englouti mon père et repenser à plein de petits détails qui m’avaient semblé tellement compliqués à l’époque. Que de chemin parcouru en deux ans! J’ai été une patiente, j’ai été une famille de patient, je suis maintenant une apprentie-soignante.

Un jour, je serai une vraie aide-soignante. J’aurai un diplôme et une blouse blanche, j’arpenterai les couloirs d’un petit EHPAD ou d’un gros hôpital, et je prendrai soin des patients et de leurs familles. J’apporterai un bassin, je tiendrai une main, je rafraîchirai un visage. Et, qui sait, un jour peut-être, je recevrai une stagiaire qui m’avouera qu’elle a choisi d’être aide-soignante parce que d’autres ont su lui donner cette envie dans des moments difficiles. Alors la boucle sera vraiment bouclée. Continuer la lecture

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Incompétente! (2)

J’ai été envoyée chez des personnes malades, alcooliques, démentes.
J’ai été envoyée chez des personnes diabétiques, cardiaques, cancéreuses.
J’ai été envoyée chez des personnes amputées, handicapées, endeuillées.
J’ai été envoyée chez toutes sortes de personnes, avec toutes sortes d’histoires, sans presque rien savoir d’elles.
Que savais-je des pathologies de la vieillesse, de l’alcoolisme, de la démence?
Que connaissais-je du diabète, des cardiopathies, des cancers?
Qu’avais-je appris sur les personnes amputées, le handicap, le deuil?
Rien. Je ne savais rien, ou presque. Je ne connaissais que ce que j’avais vécu, de près ou de loin, à travers l’histoire de mes parents, ou la mienne, ou ma maigre expérience professionnelle.
Je suis allée chez toutes ces personnes, j’ai travaillé chez elles. J’ai fait à manger à des diabétiques, je suis allée marcher avec des cardiaques, j’ai parlé avec des déments.
Madame Grandchef leur a dit que toutes les auxiliaires étaient diplômées et expérimentées… sans leur préciser de quel diplôme et quelle expérience elle parlait. Toutes ces personnes m’ont plus ou moins fait confiance, elles m’ont confié leurs menus, leur intérieur, leur personne. J’ai fait des repas, des courses, des promenades, du ménage, des toilettes, chez des personnes dont l’histoire de vie se résumait parfois à deux lignes sur une fiche de liaison. Secret médical oblige, je ne savais (presque) rien d’elles. Le strict nécessaire : nom, prénom, adresse, mission. À la limite, la pathologie principale (Alzheimer, diabète…) et le nom du médecin traitant, et encore, pas toujours. Je glanais quelques infos à droite à gauche, auprès des collègues, de la famille, des infirmières libérales, mais ça restait de l’anecdotique, de l’ordre de la débrouille. Et puis, faut avouer que le projet de vie, la globalité de la personne aidée, tout ça, c’est pas franchement ouvert aux auxis hein! Une nana qui prépare la soupe et refait le lit a-t-elle vraiment besoin de savoir autant de choses?
Eh bien figurez-vous que oui! J’aurais aimé savoir ce qu’il fallait faire à manger pour Fernand, diabétique insulinodépendant. J’aurais aimé savoir communiquer avec Marie-Hélène, qui souffrait de la maladie d’Alzheimer depuis une dizaine d’années. J’aurais aimé aider Raymond, amputé d’une jambe, à se remonter dans son lit. J’aurais aimé connaître la bonne attitude à avoir avec Jean, endeuillé depuis peu, quand il me parlait de son épouse. J’aurais aimé pouvoir déceler les signes de souffrance chez Suzanne, qui souffrait d’une insuffisance cardiaque. Mais je ne savais pas, et j’ai sans doute fait et dit un paquet de conneries!
Vieillir chez soi, c’est bien. Vieillir chez soi avec un médecin traitant qui vous connaît bien et des infirmières qui prennent soin de vous, c’est encore mieux. Vieillir chez soi avec une auxiliaire de vie qui ne va pas vous envoyer au cimetière plus tôt que prévu parce qu’elle n’est ni formée ni informée… c’est la moindre des choses non? Continuer la lecture

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