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Est-ce au médecin (généraliste) de choisir ce que doit lui dire le consultant ?

J’ai lu l’autre jour le tweet d’un médecin généraliste qui trépignait d’acquiescement en vantant une affichette telle que celle que je vous montre ci-dessus et qui était apposée sur la porte d’une salle d’attente à destination de patients (anglais) consultant en médecine générale : « Un problème par consultation. S’il vous plaît. »

Cette affiche est, selon moi, la négation de la médecine générale. 
Mais, et certains s’en souviendront peut-être, je n’ai pas toujours pensé comme cela : je me laissais sans doute emporter par la colère, par le mainstream des idées faciles, par mon paternalisme et… par l’encombrement des consultations…

Examinons l’affaire.

La médecine générale est une médecine de premier recours. Mais pas que.
Ce n’est pas au médecin de choisir le ou les motifs de consultation des patients (ou des non patients).
Il est possible (et souhaitable) que ce soit le médecin qui détermine la hiérarchie des priorités : un infarctus versus un rhume.

Tout le monde connaît cette histoire de consultation : Un.e dame.monsieur vient pour a) le renouvellement de ses médicaments, b) un (petit) rhume, c) une verrue et, en fin de consultation, la main sur la poignée de la porte : « Jai mal au mollet ». Et c’est finalement une phlébite…

Chaque consultation de médecine générale est unique (même ceux qui parlent de bobologie le comprendront) et dans les réunions de groupes de pairs, les cas les plus banals sont souvent ceux qui entraînent le plus loin dans le coeur du métier.

Quand un patient consulte pour un « renouvellement », ce renouvellement comporte plusieurs sous motifs : faudrait-il les scinder ?

Dans le cadre d’un suivi longitudinal (diachronique selon la vulgate universitaire un peu péteuse) le praticien, en accord avec son consultant, peut décider d’aborder lors de consultations successives des problèmes qui peuvent être considérés comme distincts : prévention du cancer du col et/ou régime hypocalorique et/ou autokinésithérapie pour lombalgies.

Lors d’une consultation unique il est aussi possible de faire le point sur les différentes pathologies suivies afin de fournir au consultant une vision cohérente de son état de santé : plusieurs motifs, plusieurs problèmes (et vision synchronique pour ls péteux).

Je m’arrête là. La médecine générale peut et doit avoir une vision holistique (terme très péteux également) des patients mais il faut se méfier de cette vision globalisante qui a tendance à faire du tout médical et à médicaliser la santé.

Cette affiche issue du NHS dont tout le monde dit du mal en dehors du Royaume-Uni mais que  Margareth McCartney défend bec et ongles (en voulant le transformer) dans son dernier livre « The state of Medicine » et où elle écrit que tout le monde envie le NHS -!-) est une affiche économique.

C’est une vision économique de la médecine comme j’ai une vision économique dans mon propre cabinet avec des rendez-vous tous les quart d’heure qui sont un compromis entre les attentes des consultants, les représentations collectives de la santé (péteux), le prix de la consultation, mes charges et mes besoins…

Donc, pour des raisons fonctionnelles (et économiques), le système choisit ce que le consultant doit et a le droit de raconter pendant la consultation.

Oups.

On pourrait dire également : le médecin, sous couvert des contraintes du système, choisit ce que le consultant doit et a le droit de raconter en consultation. On est loin de la décision partagée. Les associations de patients pourraient parler, à juste titre, d’abus de pouvoir.

La médecine générale est la médecine de l’individu malade (ou non) et non une médecine de motifs séparés (j’ajouterai : de pathologies déjà constituées). Je pourrais développer mais j’aurais peur de me répéter sur l’originalité de la médecine générale et sur ses manques.

Nous sommes en plein paradoxe : les médecins veulent tout médicaliser, s’étonnent que les consultants les prennent au pied de la lettre, s’arqueboutent sur le pouvoir médical mais voudraient que les consultants hiérarchisent eux-mêmes leurs plaintes dans une démarche économique et consumériste (le principe des marketeurs influençant les industriels est : à un besoin ou à une indication correspond un produit ; l’exception étant Minimir, les vendeurs ont des ruses infinies, qui est multi usages et pas cher : une métaphore du médecin généraliste ?).

Le consultant consulte pour des raisons qui lui échappent parfois et qui échappent parfois aussi au consulté.

Il semblerait donc que le rapport temps/bénéfices soit au centre de notre sujet.

Je rappelle qu’en moyenne une consultation de médecine générale dans le NHS anglais dure 7 minutes et que le temps réel en France est de moins de 15 minutes.

Commentaire des gens qui critiquent le système anglais parce qu’il n’est pas assez libéral mais qui en retiennent des aspects positifs (la rémunération)  : « Oh là là, le nul, il ne sait pas que dans le système du NHS, il y a une nurse qui  note des éléments administratifs, prend la tension, et cetera, avant que le docteur n’examine le patient. Ce qui explique le faible temps de consultation. » Je rappelle aussi que les médecins généralistes anglo-gallois voient en moyenne 50 à 60 patients par jour !
Une patiente me disait par ailleurs l’autre jour que chez son pédiaaaaaaatre, une assistante (secrétaire ? infirmière ? puericultrice ? jeune fille au pair ?) déshabillait l’enfant, le pesait et le mesurait avant que le docteur n’intervienne. Elle trouvait ça bien, elle m’a même dit « c’est classe ».
Mouais.
Je vais caricaturer : 
La médecine générale est la médecine de l’individu malade (ou non) et non une médecine de motifs séparés (j’ajouterai : de pathologies déjà constituées). Je pourrais développer mais j’aurais peur de me répéter sur l’originalité de la médecine générale et sur ses manques (cela fait environ 800 billets de blog).

Bel articulet de Margareth McCartney sur le sujet initial (un problème, une consultation) que j’ai trouvé en picorant sur le web : ICI.

((je lisais l’autre jour un compte rendu d’hospitalisation d’une de mes patientes — d’origine africaine– suivie depuis trois ans dans un service parisien huppé de rhumatologie, et je ne comprenais strictement rien. J’ai seulement compris que le diagnostic de Polyarthrite Rhumatoïde avait été fait depuis belle lurette mais qu’on cherchait pourquoi la patiente ne répondait pas aux traitements proposés (tout en, la méchante, faire plein d’effets indésirables gênants). Le jargon était diafoiresque mais la patiente n’allait pas mieux. J’avais souligné dans le premier courrier d’adressage que j’avais remarqué l’incidence curueuse de pathologies rhumatologiques complexes chez mes patientes d’origine africaine et le chef de service m’avait gentiment répondu sur le sujet sans donner d’explications))

Prendre la pression artérielle est un geste médical (que l’on peut déléguer, que l’on doit parfois déléguer à des non médecins, mais surtout aux patients eux-mêmes) dont les conséquences sont majeures. Une étude a montré que plus on répétait la prise de la pression artérielle en cabinet de consultation et plus les patients, au fil des ans, était traité par un nombre toujours plus important de médicaments anti hypertenseurs.

Déhabiller un enfant ou le faire déshabiller par la maman ou le papa ou les deux est un moment très important de la consultation et ce d’autant que les enfants sont petits. Quand je touche et parle à l’enfant que je mets à nu, j’ai une relation particulière avec lui et les questions que je lui pose, les propos que je lui tiens, fusse-t-il un nourrisson, sont toujours fructueuses. Mon examen clinique, j’exagère, et mon examen social, et sociétal est pratiquement terminé (quand il n’y a pas de problèmes) après ce déshabillage. J’exagère bien entendu. Ah, au fait, l’enfant, combien de motifs de consultations ?
C’est tout pour aujourd’hui.

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Je n’irai pas travailler le dimanche 15 mars. LOL. (Quelques raisons) d’aller à Denfert-Rochereau.

Pierre Laroque : 1907 – 1997. Fondateur de la Sécurité sociale.

Je vais aller dimanche 15 mars 2015 manifester contre la loi de santé.

Je manifesterai pour montrer que je ne suis pas content.

Je vous ai déjà expliqué en préambule contre qui et avec qui je vais défiler (LA).

Voici (LA) sur le site officiel du gouvernement le justificatif, je dirais, en termes marketing, l’accroche de cette loi.

Notre système de santé est performant mais inéquitable, c’est pourquoi il est indispensable de le refonder. La loi de santé s’articule autour de trois axes : prévenir avant d’avoir à guérir, faciliter la santé au quotidien et innover pour consolider l’excellence de notre système de santé.

Ce préambule est à la fois un tissu de mensonges et un programme atterrant de santé publique quand on connaît les tenants et les aboutissants de tout cela (corruption, fraude, concussion, sur diagnostics, sur traitements, dépistages sauvages, prévention inexistante, prises illégales d’intérêts, pots de vin, et j’en passe).

Pour ce qui est du projet lui-même, vous le trouverez ICI.

Je fermerai donc mon cabinet ce dimanche (j’ajoute qu’il est fermé tous les dimanches pour ceux qui n’auraient pas compris).

A l’origine il y avait trois raisons essentielles pour que je refuse cette loi de santé.

Je vous les expose : 

  1. Le Tiers-Payant Généralisé. Je suis contre pour des raisons purement administratives car je ne veux pas que ma secrétaire passe son temps à récupérer des impayés ou à ne pas récupérer des impayés (je ne parle donc pas des médecins qui n’ont pas de secrétariat ou un secrétariat à mi-temps… la double peine pour eux…), je refuse cette mesure « socialiste » qui est un chiffon idéologique sur lequel est inscrit le slogan « Accès aux soins pour tout le monde » pour faire passer le reste, à savoir et surtout le fait que la médecine générale est considérée comme de la merdre en barre par des décideurs qui, ne sachant pas ce que c’est que de prendre un rendez-vous chez leur médecin traitant, pensent que les pauvres en sont privés. Pour le reste, les arguments à la khon sur le patient doit payer de sa poche, il faut responsabiliser le patient, cela va augmenter le nombre d’actes, tout ce qui est gratuit ne vaut rien, c’est du flan intégral et des arguments d’hypocrites. Les médecins et les patients sont irresponsables et on le sait depuis longtemps, les médecins en prescrivant tout et n’importe quoi à des malades (ce serait un moinre mal, à des citoyens) qui sont heureux de profiter du système par tous les bouts avec la complicité des premiers. Les médecins et les patients, dans une grande danse effrénée, font du consumérisme à tout va et participent au gâchis généralisé des ressources sans que l’on ressente la moindre amélioration sur la satisfaction de tout le monde et sur l’amélioration des indices de santé publique. L’autre argument selon lequel les honoraires ne vont plus dépendre que d’un tiers qui ne serait pas le patient pourrait effectivement être recevable si cela n’était pas déjà le cas pour environ 70 % d’entre eux… Encore qu’au bout du compte, ce soient quand même les  cotaisations qui règlent tout cela (sans compter le déficit chronique des comptes publics). Non, le problème est administratif, la multiplicité des payeurs (et la multiplicité des régimes, vache sacrée de la République), l’absence de guichet unique, et les difficultés que vont entraîner le paiement d’actes déjà insuffisamment rémunérés. Je serai donc pour quand les problèmes de paiement seront résolus, ce qui n’arrivera jamais.
  2. Les réseaux de soin organisés par les mutuelles. Je suis contre. « La loi permet donc la mise en place de réseaux de soins et autorise les mutuelles à conclure des conventions avec certains professionnels de santé, les assurés pouvant bénéficier de tarifs moins élevés et de meilleurs remboursements. » Voir ICI. Nous nageons en plein délire. Les assurés des mutuelles qui, en théorie, n’avancent pas d’argent pour des examens complémentaires, vont payer moins cher. Et c’est la mutuelle qui va choisir pour le médecin traitant quels seront les médecins et les endroits où ils pourront adresser les patients. C’est la générication de la santé et de l’adressage aux spécialistes d’organes. Comment les choix seront-ils faits ? Sur quels arguments ? Sur l’épaisseur de la moquette ? Sur le nombre (non déclaré) d’infections nosocomiales ? Sur le classement du journal Le Point ? Mais il est possible également que le parcours de soin passe à la trappe : les assurés (vous avez remarqué que je n’ai parlé ni de citoyens ni de patients) liront que le docteur X est agréé Mutuelle Machin et il ira le voir in petto.  J’ai toujours été contre les réseaux de soins ou plutôt contre les soins en réseaux (voir ICI) parce que j’ai toujours pensé qu’il s’agissait de l’exportation hors les murs des pratiques et des diktats hospitaliers. Et dans ce cas il n’y avait pas d’intervenants extérieurs au monde médical. On va passer du disease-management CPAM (les khonneries à la Sophia dont l’inanité et l’inutilité sont évidentes et ont été montrées ICI par exemple) au disease-management mutualiste étendu au delà des pathologies chroniques (voir LA pour des informations en français sur le modèle). La loi de santé va formaliser dans le mauvais sens, celui du choix des non médecins (Guillaume Sarkozy, impudent capitaine de mutuelle, par exemple) pour les médecins et pour les patients. Au lieu d’un système de soins centré sur les patients (patient-centered care) cela deviendra un système de soins centré sur les mutuelles qui ne représentent que l’AMC dans le remboursement, c’est à dire très peu, et qui gèreront les choix des médecins. Le monde à l’envers. C’est ce que les Anglo-Saxons appelleraient le stakeholder-centered care. Une abomination.
  3. Le pouvoir des ARS. Désormais les ARS auront les pleins pouvoirs, aidés en cela par la représentation nationale, pour décider de l’implantation des médecins généralistes, pas des spécialistes d’organes qui sont de grandes personnes, mais aussi pour décider de l’implantation des services, des IRM (voir LA) et le reste. La rationnalisation de l’offre de soins est évidemment un objectif louable car ne rien faire signifierait laisser le marché s’auto-réguler, ce qui est une imposture libérale bien connue. Mais les ARS sont les instruments du pouvoir politique, pas les acteurs des politiques de santé, il y a bien des comités de pilotage mais ce sont des comités croupions, le décisions étant prises auparavant. Les ARS, en outre, sont un repaire d’incapables qu’il a fallu recaser à la suite des regroupements multiples, salaires élevés, postes irresponsables, incompétence notoire, voitures de fonction et appartements dans le même genre, après le démantèlement de différentes structures antérieures (comme l’ASE par exemple). On ne peut faire confiance à ces profiteurs ignares du système qui ne connaissent rien à la santé mais qui, forts des modèles économiques extérieurs, et de leurs lectures hâtives sur des expériences étrangères, se posent en experts de la réorganisation des territoires, des coeurs et des reins.
En réalité, il y a bien d’autres raisons, vous vous en doutez. Les énumérer serait fastidieux mais ferait aussi oublier qu’il nous faut d’abord proposer et ensuite négocier. Il ne faut pas que cette manifestation soit un catalogue de récriminations mais un catalogue de propositions.

Comment réécrire la Loi Santé ? J’entends bien les slogans « No Négos » mais est-ce bien raisonnable alors que le corps médical et les professions de santé en général tirent à hue et à dia dans des directions parfois opposées ? Quel est le point commun entre le médecin généraliste salarié qui travaille à mi-temps ou à temps partiel en PMI et le radiologue interventionnel qui travaille dans plusieurs cliniques à la fois ? Quel est le point commun entre le médecin généraliste rural qui fait lui-même les points de suture et le médecin généraliste urbain dont le SAMU est distant de quelques minutes ? Quel est le point commun entre l’ophtalmologiste libéral en secteur 2 et le psychiatre libéral en secteur 1 ? Mais je pourrais multiplier les exemples à l’infini. Dire que la FHF (Fédération Hospitalière de France) ne cesse de casser du sucre sur les libéraux qui seraient à l’origine de l’engorgement des urgences, dire que le toujours médiatique Patrick Pelloux, dire que les cliniques privées sont déjà sous la coupe des fonds de pension, dire que les mutuelles, dire que… Si je voulais faire de la démagogie je dirais que le seul point commun c’est le patient. Mais où est le patient ? Est-il visible ? Ou n’est-il qu’un enjeu économique et de pouvoir de plus ? Ou n’est-il qu’un instrument au service de tous ?

Le slogan « No Négos » est un slogan creux car les grandes avancées sociales (il en est même qui souhaitent des accords de Grenelle…) ont été obtenues, certes par la revendication, mais, plus encore, par la négociation.

Quant aux états-généraux de la médecine proposés par d’autres ou les mêmes, ceux qui ne sont pas capables de lire la lettre d’un correspondant jusqu’au bout ou d’écouter leur patient jusqu’au bout de ses plaintes, ils voudraient une grande messe, j’imagine le bordel, et on pourrait réunir ce petit monde jusqu’à la fin de la présence de médecins généralistes authentiques dans le paysage médical français, que certains se battraient encore pour être sur la photo.

Car la plus grosse urgence, c’est la disparition programmée de la médecine générale et de certaines spécialités.

Où sont les propositions pour que la médecine générale ne disparaissent pas ? Où sont les propositions pour que plus de 17 % de médecins généralistes formés s’installent en libéral ? A part le C à 50 euro ?

Nous le verrons la prochaine fois.

Illustration : Pierre Laroque (voir ICI pour quelques éléments le concernant).

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Je n’irai pas au cabinet le dimanche 9 mars (LOL) et je serai à Denfert. Préambule.

Je vais aller dimanche manifester contre la loi de santé que vous pouvez consulter ICI mais j’ai hésité et j’hésite encore.

Préambule.
Cela fait au moins trois siècles et demi que je ne suis pas descendu dans la rue. J’ai été immunisé dans les années soixante et soixante-dix contre les mouvements de foule protestataires qui étaient surtout des selfies (pardon pour l’anachronisme) politico-moraux.
Parce que je ne suis pas content du tour général pris par la santé publique en France (désolé pour la grandiloquence).
Le problème vient de ce que je vais manifester (avec) beucoup de gens que je n’aime pas ou que je voudrais pas fréquenter professionnellement. Je pourrais les citer en détail et énumérer les erreurs qu’ils ont commises dans la gestion de nos métiers mais à quoi bon ressasser et à quoi bon me faire penser à mes propres insuffisances, à mon désengagement progressif lié à ma divergence presque totale vis à vis de la pensée ou des pensées dominantes dans mon milieu professionnel ? Car je suis autant coupable que les dirigeants syndicaux qui ont pactisé avec le diable depuis une quarantaine d’années : je les ai laissé faire.
Je vais (aussi) manifester avec des gens qui croient pouvoir réinventer le monde (à défaut de pouvoir le réenchanter) en faisant des propositions irréelles, irréalistes, corporatistes, et, pour tout dire, démagogiques (le C à 50 euro par exemple, comme il y a quelques années les communistes voulaient doubler le smic, bla bla bla) et qui croient, les braves gens, à l’autorégulation d’une profession qui n’a jamais su se penser. ces libéraux devraient se rappeler Adam-Smith et d’autres qui pensaient que le prix des choses reflétait ce qu’elles valaient réellement. Peut-être que le contenu de nos C « vaut » 23 euro. Peut-être.
Je vais aussi manifester avec des confrères et consoeurs qui se rendent compte que le monde les a dépassés, que la société n’a plus besoin d’eux en tant qu’experts ou que professionnels ou qu’artisans du corps humain mais qu’elle est en train de les utiliser pour assouvir ses rêves eschatologiques de vie éternelle, d’existence sans douleurs, de soumission des désirs à la technique, de division de la conscience sans réflexion éthique, d’asservissement du corps humain au bien être intégral…

Les mêmes confrères et consoeurs qui investissent dans les fonds de pension s’étonnent que des fonds de pension investissent dans la médecine (et notamment dans les médicaments, les matériels et… les cliniques privées). Les mêmes qui sont libéraux dans leurs pratiques bancaires, patrimoniales ou fiscales s’insurgent contre la financiarisation de leur métier.
Le problème vient de ce que je vais (aussi) manifester contre des gens qui sont les instrumentts serviles de la mondialisation de la médecine et qui, au lieu de réfléchir aux adaptations qui pourraient permettre de rendre le système plus acceptable, croient que la seule façon d’être moderne c’est de céder aux sirènes du libéralisme. Le changement de ministre de la santé (et il faut dire que notre ministre de la santé est particulièrement inadaptée à l’empathie, à la réflexion, au dialogue et à la compréhension) ne produirait rien de bien nouveau car la mondialisation est actée dans nos métiers et parce que les fonctionnaires de l’Etat, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont paralysés par l’envie de bien faire, c’est à dire de faire entrer définitivement la médecine dans l’ère post moderne : financiarisation, paiement à la performance, normalisation des pratiques, consumérisme, médicalisation complète de la société, hyperspécialisation (alias taylorisation) des médecins, patients en batterie comme dans les fermes industrielles, protocolisation des soins, corruption généralisée depuis les décideurs jusqu’aux professionnels de santé de base, et cetera.

L’évolution mondiale de la médecine est celui de l’industrie dans les années soixante-dix et il va y avoir de la casse. 
Cela vaut-il donc le coup de manifester ?
Je suis parmi les défenseurs de la médecine générale, celle dont tout le monde se fout mais qui fait l’objet de déclarations enflammées et sans suite, et que faut-il pour que le système de santé résiste ? Des artisans, des petits entrepreneurs, des artistes de la relation médecin patient ou médecin malade, des indépendants… mais aussi des hommes et des femmes qui sont conscients qu’ils ne sont plus de ce monde.
C’est la médecine générale qui sauvera le système mais une médecine générale fière, inventive, libre, propositionnelle.

Je vais manifester dimanche (je ne sais d’ailleurs pas sous quelle bannière car j’ai compris que personne ne se mélangerait, que chaque syndicat comptera ses troupes, chaque groupe de pression aura son coin, chaque métier, même) mais je sais que le rouleau compresseur de la mondialisation est en train d’écraser l’artisanat de nos cabinets. Je me ferai écraser par les chenilles des chars mais j’aurais été là.

Inutile ? Sans doute pas si les négociateurs négocient.

Cela dit, et pour conclure ce préambule par une note plus optimiste : il est donc nécessaire de négocier, de négocier pied à pied, de négocier chaque détail, chaque point, chaque virgule, pour que les technocrates « modernes » et libéraux plient sur un certain nombre de points .

Pour finir, je vous proposerai dans les deux jours qui viennent deux chapitres importants : les « vraies » raisons de ma manifestation et « mes » modestes propositions pour améliorer le système.

A bientôt.

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Faut-il faire signer un serment au patient ? Non.

L’écho récemment fait à la lettre d’un médecin généraliste répondant à la lettre d’une citoyenne qui se plaignait de ne pas pouvoir trouver de médecin a suscité des réactions diverses. La Charente Libre a intitulé cela « Lettre d’un médecin agacé par ses patients désinvoltes. » ICI

Voyons le texte de ce médecin dont l’objet était de faire signer un « serment » aux patients qui aurait été le pendant du serment d’Hippocrate.

Madame, sensible à votre rappel de notre serment d’Hippocrate, à mon tour de vous proposer un serment du patient, encore en projet il est vrai: Je jure de ne pas insulter mon médecin s’il refuse de marquer sur l’ordonnance «non substituable», ni s’il ne marque pas l’antibiotique tant désiré et recommandé chaudement par ma voisine, victime d’un rhume atroce. Je promets de ne pas claquer la porte et d’aller voir le médecin voisin si mon médecin refuse ma demande d’arrêt de travail pour ce même rhume…Je m’engage à venir honorer de ma présence le rendez-vous pris (au pire d’avoir la politesse de l’annuler avant si je dois partir absolument faire mes courses avant que cela ferme…), de ne pas demander à mon médecin, pendant ce même rendez-vous, de voir mes deux gamins qui ont chopé ce même rhume et qui ne peuvent souffrir un autre rendez-vous.
Je ne ferai jamais la remarque «encore en vacances!» à mon médecin qui vient d’afficher dans sa salle d’attente sa semaine de congés annuels. Je ne lui reprocherai pas sa demande d’honoraires pour les interminables certificats que je lui demande, et souvent le samedi matin en urgence….
Je me déplacerai chez lui, grâce aux mêmes moyens que j’utilise pour aller chez le coiffeur, à la foire, au supermarché ou au repas du village, pour le consulter, surtout pour le renouvellement d’ordonnance ou le fameux certificat urgent.
Je demanderai un rendez-vous dans des heures acceptables par nous tous, surtout si je suis à la retraite, ou que je dispose de récupérations d’heures de travail, et éviterai ainsi le refus du rendez-vous du samedi 11h… J’en passe et des meilleures…
Alors je pense, chacun fier de son serment à honorer, qu’il sera possible de trouver un rendez-vous pour une relation basée sur le respect mutuel.
Je termine par cette fameuse «quête de confort de vie professionnelle» si chère à cette seule et rare espèce qu’est devenu le médecin traitant. Elle est souvent et seulement réduite à une quête de vie, vie qui serait jugée intolérable pour eux-mêmes par plus de 90% de mes patients…
PS: J’ai refusé ce matin même une demande de rendez-vous d’une patiente qui me téléphone à 7h10 (on peut me joindre de 7h du matin à 20h), pour qui ma proposition de rendez-vous à 9h, puis à 18h, puis sans rendez-vous à 14h ne convenait pas, elle préférait 19h30 au plus tôt). Elle viendra demain matin à 7h30, car pour une fois que je ne suis pas de garde ou en formation professionnelle, je pense sortir manger en famille demain soir, chose que je n’ai pas faite depuis une semaine!»

Cette lettre est probablement un témoignage de la souffrance de ce médecin.
Souffrance de vivre dans une société qui ne le considère pas comme un chaman omniscient.
Souffrance d’un homme qui a besoin de reconnaissance.
Souffrance d’un homme qui a besoin de s’exposer pour justifier sa souffrance.
Souffrance d’un homme qui aimerait qu’on l’aime et qu’on le respecte.
Mais je peux me tromper.
Ce médecin en a assez.
Ce médecin devrait changer ses horaires.
Ce médecin devrait changer sa façon de fonctionner.
Ce médecin devrait s’interroger sur sa souffrance au travail.
Sinon, à moins que cela ne soit qu’une posture, il va droit dans le mur.
Dernier point : cette lettre agacée est quand même, par quelque bout qu’on la prenne, une manifestation de paternalisme médical…

Je me plains également.
Il m’arrive même de me laisser aller à être désagréable en cas de certaines demandes indues.
Mais, c’est peut-être dû à mon lieu d’installation, je suis un privilégié (j’entends déjà les confrères me traitant d’esclave content de son sort, d’exploité heureux ou d’aliéné du travail, je connais les arguments) et mes patients ont le plus souvent (95 % des cas ?) des revenus plus faibles que les miens, des boulots peu intéressants, non choisis et / ou répétitifs, des horaires peu enviables, le travail en équipe, des mi-temps non voulus, le chômage partiel, le chômage total, des difficultés financières, des difficultés psychologiques, les deux en même temps, des problèmes culturels (analphabétisme, mauvaise compréhension du français), un environnement difficile (des HLM bruyants, des halls d’immeuble occupés toute la nuit, des dealers au coin de la rue, des écoles de merdre, des collèges de merdre, des lycées de merdre, des rues peu sûres après une certaine heure…), des fins de mois compliquées, des formations foireuses, et cetera.
Je suis un privilégié qui gagne bien sa vie (oui, oui, je le dis), qui sait lire et écrire, qui s’exprime, qui lit des livres, qui voyage beaucoup, qui mange en famille. Je m’arrête là, je ne voudrais pas faire de l’exposition gratuite.

Donc, si j’avais une information à donner aux patients, ce serait ceci.

L’économie de ce cabinet médical composé de deux médecins et d’une secrétaire est fondée sur la consultation des patients. Une consultation signifie un paiement qu’il soit direct (espèces, chèque, carte bancaire) ou différé (dans le cas du tiers-payant partiel ou total) qui permet de disposer de locaux accueillants et de matériel médical adapté et de proposer des services utiles, dont l’adressage à des confrères. 

Nous sommes ouverts du lundi 8 heures au samedi 15 heures.
Vous pouvez consulter sur rendez-vous et en accès libre (voir les horaires).
En dehors de ces horaires vous pouvez appeler le 15.

Le fonctionnement idéal de ce cabinet repose sur un temps moyen de consultation de 15 minutes. Mais il s’agit d’une moyenne. Les visites à domicile sont le plus souvent inutiles sauf dans le cas des personnes très âgées et en cas d’urgence absolue. Mais nous tentons de les les assurer.

Nous essayons d’assurer la prise en charge des affections aiguës et a fortiori des urgences dans un délai raisonnable.
Prendre un rendez-vous exige un engagement réciproque entre un médecin qui tente de recevoir le patient à l’heure et un patient qui arrive à l’heure et qui prévient s’il ne vient pas. Un rendez-vous correspond à un patient, pas à deux ou à trois, l’allongement du temps de consultation qui en résulterait entraînerait des retards qui pénaliseraient les autres patients et le médecin.

La médecine générale consiste à prendre en charge des patients de façon globale en tenant compte de leurs plaintes et de leurs symptômes mais aussi de leurs environnements familial et professionnel qui peuvent influer sur leur état de santé.  

Un médecin généraliste est capable de prendre en charge, par exemple, une affection ORL aiguë (une otite), une affection dermatologique chronique (des verrues) et une pathologie cardiovasculaire chronique (suivi d’une hypertension). Mais pas dans le cadre d’un même rendez-vous de consultation de médecin généraliste qui aurait nécessité séparément une consultation chez un ORL,  une consultation chez un dermatologue et une consultation chez un cardiologue, soit, au moins le triple de temps de consultation. 

En revanche, le médecin traitant est le plus capable d’envisager efficacement et sans danger le traitement d’une otite aiguë en tenant compte du traitement anti hypertenseur et des autres traitements en cours, des allergies éventuelles et des valeurs et préférences du patient.

Cela dit, le médecin généraliste ne sait pas tout et il peut (et doit) adresser certains patients chez un confrère pour avoir un avis ou un conseil, pour effectuer un geste technique qu’il ne peut ou ne sait pas faire mais toujours dans le but d’améliorer la prise en charge du patient et toujours en accord avec lui. Le médecin généraliste dispose pour ce faire d’un carnet d’adresse pour décider d’envoyer tel ou tel patient chez tel ou tel confrère. Ce carnet d’adresse est fondé sur la confiance et l’expérience mais le patient peut avoir des préférences. 

Le point particulier des certificats médicaux : ils sont une plaie administrative et, le plus souvent, ne sont pas justifiés médicalement. Nous savons que le patient n’y est le plus souvent pour rien, que c’est une demande d’un club de sports, d’une crèche, d’une école, mais il s’agit d’un acte à part entière puisqu’il engage la responsabilité médicale et administrative du médecin.
Les certificats médicaux demandés pour obtenir une invalidité, une aide personnalisée (handicap, âge) ou pour entrer dans un établissement de soins sont longs à remplir et exigent une consultation complète et parfois plus longue que les quinze minutes habituelles. D’une part, parce qu’ils engagent l’avenir du patient (médical, professionnel, de vie), d’autre part parce qu’ils permettent de faire le point sur l’état du patient… 

Merci de prendre en compte tous ces éléments qui vous permettront de ne pas attendre quand vous avez rendez-vous et de consulter un médecin de notre cabinet en cas de semi urgence ou d’urgence dans les meilleures conditions de temps et de confort.

Bonne consultation.

(crédit illustratif : dentoscope ICI)

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