Archives de catégorie : journalisme

Les journalistes peuvent-ils « harceler » l’exécutif (en réponse au Dr Philippe Batel) ?

Bonjour « Cher Jean-Yves, Voulez-vous l’adresse de Matignon ? Le numéro de l’avenue de Ségur où se trouve le ministère de la Santé (…) Je lis toujours avec beaucoup de plaisir votre blog mais votre interpellation quotidienne de l’exécutif et des agences de l’Etat commence à donner à vos quotidiennes réflexions des allures d’obsessions persécutrices qui […] Continuer la lecture

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Cannabis et double peine : que dire des juges qui condamnent un malade hémiplégique ?

Bonjour Un journaliste ne commente pas une décision de justice. Mais il ne lui est pas interdit d’en faire état. « Il est arrivé que la justice prononce une condamnation avec dispense de peine dans des cas d’usage et même de culture de cannabis dans un cadre purement thérapeutique. Pour le tribunal de Valenciennes, c’est non » […] Continuer la lecture

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Les étranges alliances : «Le Monde» et Doctissimo ; François Bayrou et Emmanuel Macron

  Bonjour C’est peu dire que nous vivons des temps étranges. Depuis quelques heures tous les commentateurs politiques se nourrissent de l’alliance a priori contre nature que forment le tendre Emmanuel Macron et François Bayrou l’aguerri. Certains y verront les ombres de Jeanne d’Arc et de Gilles de Rais. Le second a dit les pires […] Continuer la lecture

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Votez Montebourg : oasis médicales, hussards sanitaires, dispensaires du troisième millénaire!

  Bonjour Arnaud Montebourg, 54 ans, n’est jamais aussi bon (dit-on) que devant des journalistes. Mardi 10 janvier il était devant l’Association des journalistes de l’information sociale. Et Le Quotidien du Médecin était dans la salle (Anne Bayle-Iniguez) Que peut dire d’original (en janvier 2017) un ancien ministre de François Hollande (mai 2012 – août 2014) […] Continuer la lecture

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Une ancienne ministre socialiste tape sur les doigts des journalistes et des buralistes

Bonjour Les années passent, les fléaux demeurent. Celui du tabagisme comme celui de l’incapacité politique à trouver une thérapie à cette addiction de masse organisée par un Etat dissocié. Dernière pièce en date : Acte I. Un entretien accordé au quotidien  Sud-Ouest par Jean-Luc Renaud secrétaire général de la Confédération des buralistes. Acte II. Les commentaires […] Continuer la lecture

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Blog : en 2016 «Journalisme et Santé publique» a flirté avec les 600 000 visites. Merci.

  Bonjour Mesurer l’écho d’un blog ? « Journalisme et santé publique »: il y a deux ans nous faisions état  de 330 000 « visites » pour l’année 2014. Un an plus tard, les statistiques officielles (celles de « Wordpress.com ») recensaient, pour 2015, un peu plus de 500 000 « visites »  (et de près de 300 000 « visiteurs »). Les mêmes méthodes statistiques annoncent, […] Continuer la lecture

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Un malade d’Alzheimer sur deux n’est pas diagnostiqué. Article écrit par un robot dans le journal Le Monde.

Alzheimer : des révélations fracassantes !

Voir ICI pour l’article.

Le titre : Un malade Alzheimer sur deux ne serait pas diagnostiqué en France.
La signature : inconnue. Ou plutôt : Le Monde.fr avec AFP. Un robot journaliste, sans doute.
La source : Une étude publiée par Cap Retraite. Le robot aurait pu nous donner le lien pour l’article, non ? Le VOICI. Le rapport est beau comme une brochure publicitaire. Il n’est pas signé (c’est la Revue Prescrire qui fait des émules), les couleurs sont belles, la bibliographie ronflante. Est-ce la même agence qui a réalisé le document vantant l’intérêt de Sophia, le machin, disease management de la CPAM ? 
Le financeur : je donne le lien sur Cap Retraite pour le robot qui a écrit l’article : LA.
Cap Retraite est un service gratuit et il n’est pas clair à première vue et sur son site de savoir qui le finance. Le robot recherche sur google (pas très loin) : le robot trouve LA des éléments indiquant que Cap Retraite a fait l’objet d’une enquête de la revue 60 millions de consommateurs : voir ICI, LA et LA. C’est pas clair, clair, clair.
Bon, vous voulez un dessin ? 

Ensuite, en lisant l’article (qui reprend sans le savoir, à moins que le robot n’ait été programmé ou qu’il ne s’agisse que du recopiage pur et simple du communiqué de presse officieux de Cap Retraite, on se rend compte que :

  1. Il y a 500 000 personnes qui souffrent d’Alzheimer et, d’après l’INSERM, un million en souffrirait… Sous-diagnostic.
  2. Le nombre de ces malades risque de doubler et d’atteindre les 2 millions en 2014. Apeurer les populations.
  3. Dans les départements les mieux lotis 30 % des malades seraient effectivement pris en charge et, ailleurs, 15 % On sent le scandale pointer.
  4. Et là, on sort l’arme magique : le médecin généraliste ! Arme bien entendu à double tranchant : on a besoin de lui, il ne fait pas encore son boulot, il va le faire et s’il ne le fait pas, c’est que c’est un khon. MG bashing.
  5. La phrase choc sur la prise en charge précoce. On cite un gériatre cité dans l’étude qui fait partie de Cap Retraite. « Une prise en charge précoce permettra au sujet de rester plus longtemps à son domicile, lieu par excellence à favoriser, car porteur de l’histoire et de la mémoire » Hugues Bensaïd est expert Cap Retraite : LA.
  6. Rengaine : les MG ne font pas leur boulot. En effet, « 20 % des malades estimés résidant à domicile sont pris en charge par les ESA, es accueils de jour spécialisés et l’hébergement temporaire, les 80 % restants n’ayant pas encore été suivis, faute de diagnostic ». Comme en d’autres domaines « on » demande aux MG, ce « on » signifiant les experts, les spécialistes, les gériââââtres, les marchands de réseaux, les marchands de médicaments, les marchands de structure, les promoteurs immobiliers, les mutuelles, les assureurs, qu’ils se transforment en rabatteurs pour le plus grand bien de la santé publique. un citoyen qui oublie l’endroit où il a posé ses clefs, une citoyenne qui ne se rappelle plus ce qu’elle a vu à la télé la veille, est un Alzheimer en puissance, un ou une citoyenne que le MG, brave gars un peu niais (la MG, brave  fille un peu niaise), doit ficher immédiatement pour l’adresser dans un centre mémoire où, n’en doutons pas, le diagnostic d’Alzheimer sera porté, les anti Alzheimer prescrits, et cetera.
  7. L’article continue, il avait des trucs à vendre : Il faut créer 20 fois plus de places en ESAD et multiplier par 10 le nombre de places d’accueil de jour, et, dans les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Le robot serait-il passé par les ARS ?
  8. Mais, on l’aura remarqué, l’article ne dit pas un mot sur les médicaments dits anti Alzheimer, on n’oserait plus ?
Cet article, ni écrit ni à écrire est un concentré de disease mongering (fabrication des maladies, stratégie de Knock, voir ICI pour les précisions), une manoeuvre de plus pour alzheimeriser la société, je me permets de vous rappeler ce que j’écrivais LA sur ce sujet, la doxa des experts de l’Alzheimer : dépister le plus tôt possible une maladie incurable pour pouvoir prescrire aussi tôt que possible des anti Alzheimer (voir ICI pour ce qu’il faut penser de leur efficacité et de leurs effets indésirables), annoncer coûte que coûte le diagnostic au malade (je vous demande de lire ce que le docteur Leforestier dit, c’est effrayant, je cite : « Il n’y a plus d’indicible en médecine. La nomination d’un constat clinique doit se faire. Le faire de façon simple, humble, et cette ouverture donne un sens au suivi médical. Le fait de ne pas vouloir un diagnostic est un Droit des malades… mais le déni est très rare… on commence par dire le diagnostic et on analyse le déni…« ), accompagner, aider les aidants…, une façon de promouvoir des marchands d’illusions et des associations louches.
Fin de l’article.
Maintenant, et cela dit, qu’est-ce qu’on fait ?

Gertrude Weaver, 116 ans, doyenne de l’humanité pendant 5 jours

Le médecin généraliste (je commence le blablabla) est effectivement au centre de la prise en charge des personnes âgées.
Petit détour : et si les malades Alzheimer (sic) n’étaient que le symptôme plus général d’un problème sociétal éternel (la peur de la maladie et de la mort) et circonstancié (le vieillissement de nos sociétés et le nombre accru de personnes atteignant le stade de dépendance et le grand âge) et d’un problème anthropologique (la gestion des anciens par les familles).
L’anticipation est le maître mot de la médecine longitudinale. parler de l’avenir avec ses patients est une façon de les informer et de les sonder sur leurs intentions, leurs possibilités et sur les moyens dont ils pourraient disposer quand ils commenceront à perdre leur indépendance.
Il n’est pas de semaine où je ne reçois un ou une patiente qui pense avoir un Alzheimer car elle a des trous de mémoire, il n’est pas de semaine où je ne reçois un ou une patiente qui me dit que la prochaine fois que je verrai son conjoint, sa conjointe, interrogez le (la) sur ses trous de mémoire, ça devient pénible.
Je commence par interroger, je commence par prendre le pouls (au sens figuré) de la situation médicale, familiale, sociale, avant (1) d’administrer un test de mémoire, (2) d’adresser.
Quand j’ai l’impression que c’est rassurant je fais passer un test MMS (mini mental state), téléchargeable pendant la consultation pour la consultation suivante, qui, le plus souvent, dans ces cas bien entendu, est rassurant : rassurant par ses résultats, rassurant parce que le patient, la patiente, est étonné (e) de la simplicité et de l’évidence des questions. Il est donc nécessaire de rassurer, de comprendre ce qu’il est possible de changer dans la vie du patient pour qu’il aille mieux.
Les personnes vieillissantes ont peur d’être malades, de souffrir, de devoir dépendre de quelqu’un, elles sont anxieuses, elles dorment mal, et cette anxiété, cette trouille, cette angoisse, intergissent avec leurs performances mentales, avec leur mémoire, et pas seulement en raison des anxiolytiques et des hypnotiques trop souvent prescrits. Il ne faut pas confondre les causes et les conséquences (à moins que cela ne soit l’inverse).
Et les familles des personnes vieillissantes, attention, j’enfonce des portes ouvertes, sont elles-aussi anxieuses que les personnes vieillissantes qu’elles aiment souffrent, perdent la mémoire et… meurent. Comme dirait l’autre : cela les renvoie à leur propre vieillissement…
Une anecdote : une patiente sous neuroleptiques et anxiolytiques est vue lors d’un passage à l’hôpital (problèmes digestifs) par la consultation mémoire qui conclut à un Alzheimer… Les troubles de la mémoire et la désorientation ne devaient pas faire partie des effets indésirables notés des neuroleptiques et des anxiolytiques (la malade a retrouvé ses esprits et n’a plus d’Alzheimer).
Quand le malade, la malade, a vraiment un Alzheimer ou apparenté. Il faut d’abord travailler avec la famille, quand c’est possible. Il est rare que les familles soient absentes ou qu’elles ne soient pas capables de gérer avec l’aide des services sociaux (assistantes sociales, centre de gérontologie) les problèmes d’APA et la recherche de structures. Le maintien à domicile est souvent plus compliqué à organiser et coûte cher.
Mais le rôle du MG, en général, à condition qu’il s’agisse d’une famille qu’il connaît, est surtout un rôle d’accompagnement des familles. Pas un rôle médical, sinon gérer le quotidien. Soutenir le mari ou la femme non malade. Voir les enfants, leur parler. Savoir que cela risque d’être un bouleversement considérable dans l’équilibre familial. Etablir, avec les services compétents, un projet de vie.

Heureusement, nous sommes partis loin de l’article robotisé.
Mais les problèmes liés au vieillissement…  Cela ne vous donne pas envie d’être anxieux ?

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Comment faire des frites plus croustillantes en 2014

Ce matin, j’ai lu libération, survolé serait le bon mot. La une du supplément est l’An Foiré 2013. C’est un ramassis des échecs de 2013. Une drôle de façon pour finir l’année et commencer la nouvelle. Passons sur cette passion … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Le scandale alimentaire blablabla

On ne parle plus que de ça. Les lasagnes au bœuf à la viande de cheval, et puis les raviolis. On en oublie les résidus de phénylbutazone trouvés dans de la viande de cheval en provenance du Royaume-Uni (mais, soyons honnête, qui aurait pu venir de chez nous…), les résidus de produits antibiotiques, d’hormones, de phytosanitaires, les faux œufs bio, les OGM détectés là où ils ne devraient pas être, en traces certes infime, mais néanmoins…

Je vous invite à lire ce très intéressant article de Fabrice Nicolino. Complet, nuancé, il soulève des questions pertinentes, bref, j’aime beaucoup. Mais je n’aime pas son titre, et j’ai envie d’y aller, moi aussi, de mon commentaire.

En quel honneur ? Je suis vétérinaire. Je prescris donc des médicaments à des animaux, et notamment à des animaux qui entreront dans l’alimentation humaine. Des bovins, pour la viande ou pour le lait, des ovins, des porcins, des volailles. « L’incroyable pharmacopée » évoquée par M. Nicolino comprend des antibiotiques (nombre d’entre eux sont également utilisés en médecine humaine), des anti-inflammatoires, des hormones (pas les stéroïdes ou œstrogènes d’antan qui servaient à faire prendre du muscle aux crevures, mais des analogues d’hormones liées à la reproduction, FSH, LH, GnRH, et destinées à mieux contrôler la reproduction). Une pharmacopée pas franchement incroyable, et pour tout dire assez simple, utilisée pour soigner les animaux essentiellement, et bien secondairement, comme je l’évoquais à l’instant, à améliorer par exemple le contrôle de la reproduction.

Des résidus présents à doses infimes dans l’alimentation

M. Nicolino cite deux études indiquant avoir trouvé nombre de ces molécules dans du lait de vache, de brebis et de femme (les hormones citées dans l’étude ne sont pas utilisées en élevage en France, elles ne sont même plus disponibles), ou dans des petits pots pour bébé. Il précise bien que les doses relevées sont infimes – c’est important, je vais y revenir – mais que des chercheurs soupçonnent une toxicité liée à la synergie entre plusieurs molécules qui pourraient être consommées en même temps ou successivement. L’idée est inquiétante, et pertinente. Elle est vraiment loin d’être nouvelle, mais elle est très difficile à explorer (l’auteur le souligne à juste titre).

Entre une molécule A et une molécule B, il peut y avoir toxicité additive (A toxicité 20% et B toxicité 30% donne A+B toxicité 50%), antagoniste (A 20% + B 30% = A+B 5%), mais aussi potentialisée (A non toxique donc 0% + B 20% = A+B 50%), voire synergique (A 5% + B 10% = A+B 100%). Les vrais toxicologues me pardonneront, je l’espère, mes raccourcis.

Quelle est l’origine de ces résidus ?

La prescription et l’utilisation des médicaments sont soumises à des règles très strictes. Si je prescris un antibiotique à une vache, mettons, une association de benzylpénicilline et de dihydrostreptomycine pour sa péritonite, je dois indiquer sur l’ordonnance, et reporter sur un registre d’élevage, ce que l’on nomme des temps d’attente (TA). Dans cette exemple, 30 jours pour la viande, 6 traites (soit trois jours) pour le lait. cela signifie que l’éleveur n’a pas le droit de faire abattre, ou de livrer le lait de ce bovin dans les 30/3 jours qui suivent la dernière administration de ce médicament (le lait est donc éliminé, et non mis dans le tank).

Ces temps d’attente sont déterminés par des études reposant sur la notion de Limite Maximale de Résidu (LMR), elle même liée à la Dose sans Effet Toxique Observable (DSETO, NOAEL en anglais) évoquée dans l’article de M. Nicolino. Je vais essayer de ne pas être imbitable : on a obtenu une DSETO sur des souris. On sait que les souris ne sont pas des hommes, ce n’est pas un scoop, et on est prudent. On détermine donc une Dose Journalière Admissible pour l’homme (DJA) en divisant la DSETO par 100 ou 1000, ou plus, selon la solidité des données. En croisant ces DJA avec les consommations moyennes d’aliments d’un humains, on détermine une LMR, toujours avec des marges de sécurité. Des LMR, on détermine les temps d’attente, en faisant des analyses sur des groupes d’animaux traités avec le médicament étudié (on injecte, on abat à J1,2,3 etc, on mesure). Voilà pour le principe.

Soit dit en passant, ces études coûtent une fortune, et c’est normal. C’est pour cela que les médicaments coûtent cher, et qu’un certain nombre d’espèces n’ont plus de médicaments disponibles. Impossible de rentabiliser des médicaments pour les caprins ou les lapins, par exemple. Nous n’avons donc plus légalement la possibilité de soigner un certain nombre de maladies, parfois basiques, par manque de données. Je le déplore, mais je n’ai pas de solution.

C’est pas bientôt fini ces informations techniques ?

Ouais, ok, j’arrête avec les infos prise de tête. Ou presque. Là où je suis assez réservé sur l’article de M. Nicolino, c’est quand il évoque la surprise que constitue la découverte de ces molécules, de ces résidus, dans l’alimentation humaine. Le potentiel scandale.

Avec les techniques actuelles de dosage (chromatographie en phase liquide ou gazeuse, spectrométrie etc), si on cherche, on trouve.

Quoi que vous cherchiez, vous le trouverez. A des doses infimes dans l’immense majorité des cas, mais vous trouverez. On peut s’inquiéter des effets potentialisés ou synergique de toutes ces molécules qui en elles-mêmes, seules, à ces doses, ne sont absolument pas toxiques, mais je pense que l’on n’a pas le droit d’être surpris par leur présence.

M. Nicolino évoque par exemple la présence de phénylbutazone, un anti-inflammatoire utilisés chez les chevaux de sport et de loisir mais depuis longtemps interdit chez les animaux destinés à la consommation humain (je n’ai pas la date exacte, je ne l’ai jamais connue en service dans ces indications), et retirée depuis 2011 de la pharmacopée humaine en France. On en a trouvé dans des carcasses de chevaux importées du Royaume-Uni (les anglais ne mangent pas de chevaux mais ils les abattent et exportent la viande).

Oublions un peu la mesquinerie anti-anglaise, car cela aurait pu arriver en France. Je prescris régulièrement de la phénylbutazone pour des chevaux de sport et de loisir. Sous forme injectable, ou en sachets de poudre à faire avaler. Pas cher, très efficace, pas trop de risques pour le cheval, voire pas du tout ou presque sur des traitements courts. C’est un médicament intéressant. Lorsque je prescris cette molécule, je dois le noter sur le carnet du cheval, ce qui implique qu’il sera exclus de l’abattage. Définitivement. Honnêtement, je ne le fais que rarement. Parce que je n’ai pas le carnet sous la main, parce que je n’y pense pas. Je soigne le cheval fourbu du poney-club du village avec, et non, j’oublie qu’un jour il partira peut-être à l’abattoir. Ce n’est pas bien. Je ne suis pas non plus derrière le dos du propriétaire du cheval qui utilise des sachets de phénylbutazone lorsque qu’il estime que son cheval en a besoin. C’est pas bien. Dans l’immense majorité des cas, cela n’a pas d’importance, l’article le souligne en indiquant que les contrôles n’en détectent jamais : les résidus ne sont pas éternels, il faudrait que le cheval parte à l’abattoir peu après un traitement pour que cela soit un souci, ce qui est peu vraisemblable pour un cheval de sport ou de loisir. Mais ça arrivera, je n’en doute pas. Est-ce que la dose sera toxique pour le consommateur ? Peu probable, la phénylbutazone a une toxicité dose-dépendante, il en faut beaucoup pour être malade, et je rappelle qu’elle était encore utilisée comme médicament en 2011 chez l’homme.

J’ai évoqué tout à l’heure les temps d’attente pour les molécules autorisées chez les animaux destinés à la consommation humaine. Est-ce qu’ils sont toujours respectés ? Est-ce qu’il n’y a jamais d’erreur ?

Je ne crois pas.

Est-ce que c’est grave ?

Pour autant que l’on sache, non.

Est-ce qu’il faut pour autant dire que cela n’a pas d’importance, est-ce qu’il faut détourner le regard ? Non plus.

Le contrôle de l’alimentation dans le monde occidental est incroyable. Incroyable. Traçabilité, enregistrement, on demande aux éleveurs, aux vétérinaires, aux abattoirs, aux distributeurs, d’incroyables efforts pour contrôler les risques de résidus (et ça engendre une inimaginable paperasse). Tout n’est pas parfait. Il y a des erreurs. Il y a aussi des tricheurs, comme partout. Bien sûr : il y a de l’argent à se faire.

Mais il faut bien distinguer les résidus à doses interdites (supérieures aux LMR), qui résultent de ces manquements, et les résidus à doses infimes évoqués dans les articles cités plus haut, très inférieures aux LMR, et qui sont « normaux ».

Vous n’avez sans doute pas envie de manger des aliments contenant ces résidus, même à doses infimes. C’est normal. Même si vous fumez, même si vous roulez en voiture, même si vous brûlez de l’encens chez vous, utilisez des désodorisants dans vos toilettes, même si vous fréquentez par essence un monde qui pollue par tous les moyens imaginables.

Vous vous dites que, quand même, vous voudriez bien être sûr de mangez des aliments sains. Mais, sincèrement, vous pensez vraiment qu’une alimentation si peu onéreuse peut être parfaite ? Je ne dis pas que vous avez forcément le choix : on achète des aliments pas chers parce qu’on le veut, parce qu’on n’a pas le choix, ou parce qu’on ne se pose pas la question. Je ne critique pas. Mais soyons réalistes : il faut nourrir des milliards d’humains, nous avons besoin de l’industrie agro-alimentaire pour cela. Et si nous industrialisons, nous créons des problèmes que nous allons devoir résoudre avec des produits qui laissent des résidus potentiellement toxiques (au-delà des autres problématiques liées à l’agro-alimentaire). Bien sûr, nous déplorons tous cet état de fait, mais, franchement, est-ce que nous faisons quelque chose pour que cela change ?

Ceci étant, je ne viens pas vous dire qu’il faut pour autant chanter les louages de cette industrie, dire que tout va bien et que l’on peut lui faire confiance sans se poser de questions. Bien sûr que non. Il faut des contrôles, il faut des procédures. Il faut du réalisme. Il y aura des scandales, des coups de pied dans la fourmilière. Tant mieux.

Je crois fermement que l’alimentation n’a jamais été aussi saine qu’aujourd’hui. Je suis sans cesse surpris de constater le faible nombre de problèmes alimentaires (toxi-infections alimentaires par exemple) du genre steaks hachés contaminés par des bactéries ou camemberts à Listeria, quand on voit les volumes de viandes, de produits laitiers, d’œufs, et de légumes consommés. Je trouve extraordinaire qu’il n’y ait pas plus d’emmerdes, sérieusement. Je trouve ça aussi magique qu’un truc en métal qui vole ou une boîte en plastique qui me permet de discuter avec des amis à des kilomètres de distance, et de surfer sur le web.

Évidemment, on peut manger bio. Ce n’est pas une solution parfaite : tout ce qui est bio n’est pas bio, et même ce qui est bio n’est pas franchement sans résidu. Et puis, c’est cher.

On peut acheter de la viande à un éleveur, des légumes à une AMAP locale. C’est une excellente idée. Ça peut être cher aussi. Est-ce que ça implique moins de résidus ? Boaaahhhh. Franchement, non. Et quand je vois les œufs que m’offre ma voisine, couverts de fientes et de plumes, certes excellents gustativement, mais, sanitairement, franchement ? Avec ses poules qui piétinent et mangent la merde de ses chiens et chats, avec les pigeons qui volent partout, it’s the ciiiiircle of liiiiife… Bref. J’adore, mais d’un point de vue sécurité sanitaire, ça ne vaut pas les œufs de poule en batterie.

Ce qui ne va pas m’empêcher de continuer à échanger ces œufs de la voisine contre de menus services.

Je n’ai pas peur de ma nourriture.

Je ne peux pas contrôler grand chose, j’en ai conscience, et j’ai une vie à vivre.

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