Archives de catégorie : EUTHANASIE

Faut pas gâcher

Nos amis belges et néerlandais autorisent l’euthanasie depuis de nombreuses années. Je ne savais pas que la personne bénéficiant de cette procédure pouvait donner ses organes. Cet article du JAMA montre qu’il s’agit d’un formidable réservoir d’organes. Le but des … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Jour quatorze. Motif : euthanasie.

Jour quatorze.

Motif : euthanasie

Kenzo se meurt. Ce n’est une surprise pour personne, son cancer a été diagnostiqué il y a six mois déjà, et personne ne s’attendait à ce qu’il tienne aussi longtemps. D’ailleurs, en réalité, il n’agonise pas, au sens strict du terme : ses maîtres m’ont expliqué qu’il n’arrivait plus à se lever, que depuis trois jours il s’urinait dessus. Vu son poids (une bonne soixantaine de kilogrammes) et son caractère de putois, ils n’ont pu que le regarder macérer dans ses excréments.

Kenzo, je l’ai vu grandir. Depuis son premier vaccin. Une boule de poil soyeux, un petit agneau, devenu bien trop vite un immense patou à la laine embroussaillée.
Je l’ai vu grandir, je l’ai vu vivre. D’abord en liberté, puis dans un jardin bien clôturé. Il mangeait les poules des voisins, et puis, il faisait peur à tout le monde. J’ai vu son maître – il habite sur la route entre la clinique et mon domicile – le promener, trois fois par jour au moins. Il suivait la petite route puis bifurquait dans un chemin, descendait le coteau le long du bois puis suivait la clôture du pré mitoyen. Il descendait au cœur du val, le long du ruisseau, là où nichent les hérons, puis remontait vers la route qui le ramenait à sa maison.
Je l’ai vu grandir, je l’ai vu vivre, je vais l’euthanasier.

Je n’étais jamais rentré chez ces gens. Ce sont pourtant presque des voisins. J’ai serré des mains, j’ai traversé une cuisine, un couloir, et puis, un garage. Kenzo ne m’a même pas grogné dessus. Il est encore plus mal que je ne le croyais…
Nous mettons la muselière, par prudence. Je lui rase la patte, pose mon garrot, insère mon cathéter. Il n’y a presque rien à dire : nous avons déjà évoqué l’euthanasie et discuté de son déroulement. Je prends ma seringue. L’anesthésique d’abord. L’odeur d’urine est suffocante. Il perd conscience si rapidement… L’euthanasique ensuite. Il est mort, je crois, avant même que je l’injecte, en s’endormant, avec l’anesthésique. Vite, si vite, près de son maître qui le caressait, et se tenait devant lui.

Je lui retire sa muselière, j’ôte le cathéter. Je range mon garrot, mes aiguilles, mes flacons, je serre des mains, traverse le couloir, puis la cuisine. Je les regarde prendre les pelles. Il faut s’en aller.

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Jour quatorze. Motif : euthanasie.

Jour quatorze.

Motif : euthanasie

Kenzo se meurt. Ce n’est une surprise pour personne, son cancer a été diagnostiqué il y a six mois déjà, et personne ne s’attendait à ce qu’il tienne aussi longtemps. D’ailleurs, en réalité, il n’agonise pas, au sens strict du terme : ses maîtres m’ont expliqué qu’il n’arrivait plus à se lever, que depuis trois jours il s’urinait dessus. Vu son poids (une bonne soixantaine de kilogrammes) et son caractère de putois, ils n’ont pu que le regarder macérer dans ses excréments.

Kenzo, je l’ai vu grandir. Depuis son premier vaccin. Une boule de poil soyeux, un petit agneau, devenu bien trop vite un immense patou à la laine embroussaillée.
Je l’ai vu grandir, je l’ai vu vivre. D’abord en liberté, puis dans un jardin bien clôturé. Il mangeait les poules des voisins, et puis, il faisait peur à tout le monde. J’ai vu son maître – il habite sur la route entre la clinique et mon domicile – le promener, trois fois par jour au moins. Il suivait la petite route puis bifurquait dans un chemin, descendait le coteau le long du bois puis suivait la clôture du pré mitoyen. Il descendait au cœur du val, le long du ruisseau, là où nichent les hérons, puis remontait vers la route qui le ramenait à sa maison.
Je l’ai vu grandir, je l’ai vu vivre, je vais l’euthanasier.

Je n’étais jamais rentré chez ces gens. Ce sont pourtant presque des voisins. J’ai serré des mains, j’ai traversé une cuisine, un couloir, et puis, un garage. Kenzo ne m’a même pas grogné dessus. Il est encore plus mal que je ne le croyais…
Nous mettons la muselière, par prudence. Je lui rase la patte, pose mon garrot, insère mon cathéter. Il n’y a presque rien à dire : nous avons déjà évoqué l’euthanasie et discuté de son déroulement. Je prends ma seringue. L’anesthésique d’abord. L’odeur d’urine est suffocante. Il perd conscience si rapidement… L’euthanasique ensuite. Il est mort, je crois, avant même que je l’injecte, en s’endormant, avec l’anesthésique. Vite, si vite, près de son maître qui le caressait, et se tenait devant lui.

Je lui retire sa muselière, j’ôte le cathéter. Je range mon garrot, mes aiguilles, mes flacons, je serre des mains, traverse le couloir, puis la cuisine. Je les regarde prendre les pelles. Il faut s’en aller.

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Jour dix. Motif : accident

Jour dix

Motif : accident.

C’est. D’une. Brutalité. Sans. Nom.

Ils ont appelé vers 19h30. Ils avaient quinze minutes de route. J’avais donc dix minutes pour me préparer : allumer la radio, monter une perfusion, sortir le cathéter, chauffer une cage, attraper les antalgiques.

– Nous avons écrasé notre chien. Les deux pattes arrières, elle sont cassées.

Je n’ai même pas discuté. Pour quoi faire ? Venez, tout de suite, j’y serai avant vous.

Je ne suis de garde que depuis une demi-heure. Le temps d’achever mes préparatifs, ils sont entrés, avec un minuscule panier contenant un minuscule chien emballé dans une couverture. Seule sa tête dépassait. Un petit bout de museau de pinscher en état de choc. Shiff Sherrington. Trauma médullaire. Il n’a pas mal. Enfin si. Mais… il n’est pas vraiment conscient. Je le soulève, il tourne à peine la tête. Réflexe proprioceptif ou … ? Ses pattes arrières pendent, fracassées. Je ne sais pas comment il est encore en vie. Je regarde le monsieur. La dame sort en pleurant. Il n’y a pas vraiment besoin de mot, mais il faut les dire. Je ne peux rien pour lui.

Je ne peux rien pour lui

– Je le sais. Je suis venu pour…

Pour que je lui fasse sans attendre une injection d’anesthésiques. En intra-musculaire, pour commencer. En une minute ou deux, la tétanie s’efface, son cou retourné se détend. Il dort tandis que je lui tonds la patte et pose mon cathéter. Un dérisoire bout de plastique jaune pour une minuscule veine de chien en hypotension. Je scotche. J’injecte, des anesthésiques encore, à doses massives. Le sommeil s’approfondit, et j’injecte l’euthanasique.

Son maître n’est pas resté silencieux. Moi non plus, d’ailleurs, j’ai stimulé sa parole. Il y a des silences qui doivent être occupés. Il m’a expliqué l’accident, le truc idiot, le chien sourd, et aveugle, ils y faisaient attention, toujours. Ils savaient que ça pouvait arriver. La culpabilité sera très dure à effacer. Je le dis, je l’appuie, c’est une évidence, c’est normal. Ça arrive, ça arrivera toujours, et on ne peut pas ne pas culpabiliser. J’évite les « c’est un très bel âge » ou les « il a été heureux ». Ce monsieur n’a pas besoin de formules creuses. Il vit depuis plus de seize ans avec ce chien. Et il finit comme ça, entre mes mains. J’explique l’état de choc, la perte de conscience qui préserve l’organisme. Oui, il a souffert. Mais pas autant qu’il peut l’imaginer. Il s’est lui-même débranché. Et maintenant, c’est terminé.

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Jour dix. Motif : accident

Jour dix

Motif : accident.

C’est. D’une. Brutalité. Sans. Nom.

Ils ont appelé vers 19h30. Ils avaient quinze minutes de route. J’avais donc dix minutes pour me préparer : allumer la radio, monter une perfusion, sortir le cathéter, chauffer une cage, attraper les antalgiques.

– Nous avons écrasé notre chien. Les deux pattes arrières, elle sont cassées.

Je n’ai même pas discuté. Pour quoi faire ? Venez, tout de suite, j’y serai avant vous.

Je ne suis de garde que depuis une demi-heure. Le temps d’achever mes préparatifs, ils sont entrés, avec un minuscule panier contenant un minuscule chien emballé dans une couverture. Seule sa tête dépassait. Un petit bout de museau de pinscher en état de choc. Shiff Sherrington. Trauma médullaire. Il n’a pas mal. Enfin si. Mais… il n’est pas vraiment conscient. Je le soulève, il tourne à peine la tête. Réflexe proprioceptif ou … ? Ses pattes arrières pendent, fracassées. Je ne sais pas comment il est encore en vie. Je regarde le monsieur. La dame sort en pleurant. Il n’y a pas vraiment besoin de mot, mais il faut les dire. Je ne peux rien pour lui.

Je ne peux rien pour lui

– Je le sais. Je suis venu pour…

Pour que je lui fasse sans attendre une injection d’anesthésiques. En intra-musculaire, pour commencer. En une minute ou deux, la tétanie s’efface, son cou retourné se détend. Il dort tandis que je lui tonds la patte et pose mon cathéter. Un dérisoire bout de plastique jaune pour une minuscule veine de chien en hypotension. Je scotche. J’injecte, des anesthésiques encore, à doses massives. Le sommeil s’approfondit, et j’injecte l’euthanasique.

Son maître n’est pas resté silencieux. Moi non plus, d’ailleurs, j’ai stimulé sa parole. Il y a des silences qui doivent être occupés. Il m’a expliqué l’accident, le truc idiot, le chien sourd, et aveugle, ils y faisaient attention, toujours. Ils savaient que ça pouvait arriver. La culpabilité sera très dure à effacer. Je le dis, je l’appuie, c’est une évidence, c’est normal. Ça arrive, ça arrivera toujours, et on ne peut pas ne pas culpabiliser. J’évite les « c’est un très bel âge » ou les « il a été heureux ». Ce monsieur n’a pas besoin de formules creuses. Il vit depuis plus de seize ans avec ce chien. Et il finit comme ça, entre mes mains. J’explique l’état de choc, la perte de conscience qui préserve l’organisme. Oui, il a souffert. Mais pas autant qu’il peut l’imaginer. Il s’est lui-même débranché. Et maintenant, c’est terminé.

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L’étalon noir

Nous sommes dans un pré. Il n’y a rien entre moi et les sommets des Pyrénées. Je contemple sans les voir les nuances de noir sur les collines, sur les montagnes. Les sapins, la neige, le ciel, fondus dans l’obscurité. C’est, à la fin, la conclusion de cette journée. J’attends. Je suis épuisé. Quand je suis arrivé, nous avons à peine parlé : tout avait déjà été raconté.
L’homme s’est avancé dans le pré, vers son cheval. Il l’a rassuré, il l’a licolé, et puis, je me suis approché. Regardant mes pieds, contemplant le sol, la pâle blancheur des pâquerettes nouvelles. La jument est venue me flairer, je ne me suis même pas retourné. J’ai commencé à le caresser. L’étalon noir. Sa cascade obscure de crins emmêlés, son discret parfum d’équidé. Il s’était levé, je n’avais toujours pas parlé. Dans ma main, dans ma poche, la seringue de plastique, l’aiguille, le sédatif, presque trop réels, trop… tranchés, dans le silence de cette nuit sans étoile.
J’ai appuyé sur le bouton de ma lampe frontale.
Cruelle agression déchirant l’obscurité.
J’ai fermé les yeux.
Il s’est cabré.
La lumière : je l’ai aussitôt occultée.
La voix du monsieur s’est élevée. Des mots doux, des gentillesses. Des caresses et du silence formulés. Presque scandés. Ses mots nous ont, à nouveau, enveloppés. La nuit était revenue. Je me suis à nouveau approché. Ma main gauche a fait la compression, et de la droite, j’ai palpé la veine, la jugulaire. Pas besoin de voir. Il suffit de toucher.

Noir de Mérens sur noir de Pyrénées.

J’ai relevé ma manche gauche, j’ai piqué. Il s’est contracté, et puis j’ai senti la tiédeur du sang couler sur ma main, glisser sur mon avant bras. Même dans le noir, je sais tuer…
J’ai injecté le sédatif. Il s’est détendu. De nouveau, rassurée, sa compagne est venue me flairer, son souffle chaud et les chatouilles de ses naseaux sur ma nuque.
J’ai rempli ma seringue d’anesthésique.
Il est tombé.
La seringue d’euthanasique.
Il s’est arrêté de respirer.

Dans le silence, il s’est fondu dans l’obscurité. L’étalon noir nous a quitté.

Il n’y a pas très longtemps, à Muret, j’ai eu la chance d’entendre Hugues Aufray en concert. A 86 ans.
Je crois que je n’ai presque jamais entendu ma mère chanter. Et pourtant, je crois me souvenir, que, oui, elle chantait Aufray. C’était il y a trente ans. Je ne l’ai jamais écouté. Jusqu’à récemment, jusqu’à ce concert, où, par hasard, j’ai invité mes parents.
Je me suis rappelé de tant de chansons. Céline, Santiano, Monsieur le professeur. Tant de choses sont remontées, tant d’émotions, de sensations enterrées. Tant de belles choses informulées.
Et puis, cette chanson là.
Je l’avais consciencieusement enterrée. C’est un tube, et je l’avais parfaitement oublié. Éradiqué.
Je me suis pris Stewball dans la gueule, je me suis pris Stewball dans l’estomac.
Et le petit garçon, en moi, celui qui avait dix ans, celui qui lisait l’étalon noir, s’est demandé ce qui lui était arrivé.
Et si ma fille avait été là, peut-être, oui, peut-être, que, dans le noir du pré face aux Pyrénées, dans le noir du gymnase de Muret, pour la première fois, elle m’aurait vu pleurer.

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Directives anticipées.

Un rapport de l’IGAS datant d’octobre 2015 traite du sujet des directives anticipées (ICI). Quelqu’un a attiré mon attention sur le sujet sur twitter. C’est pourquoi je vous en parle.
L’article 8 de la proposition de loi «créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie « prévoit que toute personne majeure peut rédiger des directives anticipées pour le cas où elle serait un jour hors d’état d’exprimer sa volonté et que ces directives sont conservées sur un registre national »

.

Je ne suis pas un spécialiste du sujet (et, comme dirait l’autre, cela va se voir).

L’IGAS propose que les directives anticipées soient incluses dans le Dossier Médical Partagé.
Pour ce qui est de la gestion du registre, après expertise des différents opérateurs possibles la mission considère, qu’après un complément d’analyse juridique, technique et médicale qui pourrait être confié conjointement à la CNAMTS et à l’ASIP-Santé, que le futur Dossier Médical Partagé (DMP) prévu dans le projet de loi de modernisation du système de santé devienne le lieu de conservation des directives anticipées. Son déploiement dans un délai de 18 mois à 2 ans est tout à fait compatible avec la loi, qui précise que le registre n’est qu’un des moyens de conservation. 

Le Dossier Médical Partagé est un vieux serpent de mer bureaucratique (je ne suis toujours pas spécialiste de ce truc) pour lequel je suis très sceptique pour une raison anecdotique qui s’appelle le droit à l’oubli et pour une raison essentielle qui se nomme la déliquescence professionnelle et sociétale du secret médical.
Le DMP ne devrait comporter que quelques informations, à savoir les intolérances aux médicaments, éventuellement le traitement en cours. Rien d’autre. C’est déjà pas mal. Et peut-être déjà trop.
Pour les directives anticipées, voici quelques remarques générales qui pourront passer pour des truismes mais enfiler les perles de l’évidence peut avoir un certain intérêt : 
  1. Mes directives anticipées : je désigne une personne de confiance (voir ICI), une personne qui me connaît, une personne avec qui j’ai discuté cent fois de ce problème, pour moi, pour les autres, pour des patients, pour des amis, une personne qui connaît mes incertitudes, mes certitudes, mes hésitations, mes partis-pris, mes faiblesses, mes lâchetés… Et cetera. Elle se reconnaîtra.
  2. A qui appartient la fin de vie, la mort et… la vie après la mort ? Il y a grosso modo deux conceptions mais avec d’énormes divisions d ela conscience.
  3. La première conception est celle-ci : il faut coûte que coûte respecter les dernières volontés de celui qui va mourir. C’est la conception kundérienne : la fin de vie, la mort et la vie après la mort appartiennent à celui qui va mourir et ceux qui ne respectent pas ces volontés sont des traîtres. Pour mieux connaître ce point de vue, lire Les testaments trahis, un essai de Milan Kundera qui en dit plus que de nombreux traités spécialisés et qui, à mon sens, est un des plus grands livres du vingtième siècle. Pour alimenter ce point de vue et pour en dénoncer son non respect Kundera parle, entre autres, de Max Brod, l’ami de Kafka, qui, contrairement à ce que lui avait demandé son ami, n’a pas détruit une grande partie de son oeuvre, qu’il a au contraire publiée (ce qui a fait la postérité du Praguois) et qui l’a encore plus trahi en rendant Kafka semblable aux personnages de ses romans, c’est à dire en mentant sur la vraie personnalité de son ami.
  4. La deuxième conception (mais il est possible qu’il y ait autant de positions intermédiaires que d’individus — encore que Kundera ait écrit : il y a moins d’idées que d’hommes) et aussi la moins populaire et la moins avouable : les gens qui vont mourir, les morts, la postérité des morts, appartiennent aux vivants, c’est à dire à ceux qui survivent (j’avais traité le sujet LA), c’est donc à eux de décider. Je rappelle Montaigne : « Les Essais (I,3), citant Saint Augustin (Cité de Dieu, I,12) : « Le service des funérailles, le choix de la sépulture, la pompe des obsèques sont plus une consolation pour les vivants qu’un secours pour les morts.« « 
Alphonse Allais
En réalité, le problème de la fin de vie est éminemment un problème sociétal (je sais, quand on a dit cela, on a tout et rien dit, mais, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas proposer une réflexion citoyenne…) et se rattache à de nombreux thèmes qui courent dans ce blog : hédonisme, droit de ne pas souffrir, immortalité, sur traitement, valeurs et préférences des patients. J’ai oublié quelque chose ?
Et les paradoxes ne manquent pas.
Il est impossible à mon sens de parler de directives anticipées sans aborder le problème de l’acharnement thérapeutique voulu par certaines familles (traitements de troisième ligne sans aucun intérêt pratique) qui seront ensuite les premières (ou non) à prôner le « débranchement ».
Impossible de parler des directives anticipées sans s’occuper de ce qui se passe avant le moment où le patient ne peut faire de choix. 
Impossible de parler des directives anticipées sans parler du comportement discrétionnaire des équipes soignantes (voir LA)… Il semblerait qu’il existe des consensus locaux, des endroits où on fait ça et d’autres ou on fait ceci, indépendamment du patient et de la famille.
Impossible de parler des directives anticipées sans parler des problèmes familiaux que cela entraîne et surtout si une personne de confiance a été désignée.
Impossible de parler des directives anticipées sans évoquer des expériences nombreuses qu’ont les soignants et les familles des changements d’avis de leurs proches ou de leurs patients au cours du temps.
Rien n’est gravé dans le marbre (et encore moins dans le DMP).
En réalité, les incertitudes concernant les directives anticipées, et il semble d’après l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD ; LA), j’élargis le sujet, que 95 % des Français interrogés (sondage IFOP de 2014) seraient favorables à une loi que propose l’ADMD (et le sondage a dû être proposé par l’ADMD), je cite, visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté et à assurer un accès universel aux soins palliatifs, d’où viennent-elles ? 
C’est sans doute qu’il existe des points à éclaircir. Je conçois que j’obscurcis le sujet en étendant mon propos.
Je suis incapable dire ce que je ferai quand les choses se présenteront car, n’en doutons pas, les directives anticipées n’anticipent en rien la décision que peut prendre un patient de mettre fin à ses jours pour abréger ses souffrances avant qu’il ne devienne incapable de décider. Contre l’avis du corps médical, par exemple ; contre l’avis de sa famille ; ou d’une partie de sa famille. 
Pendant que j’écrivais ce billet je suis sorti prendre l’air et j’ai vu un monsieur d’une cinquantaine d’années qui accompagnait son (vieux) père manifestement dément dans les rues de Versailles : faudra-t-il que j’écrive dans mes directives anticipées qui seront intégrées à mon DMP que j’autorise « ma » personne de confiance à m’euthanasier en ce cas ne voulant ni embêter tout le monde ni me représenter en dément marchant dans les rues de Versailles ?
Voici ce que propose l’ADMP pour le point précis des directives anticipées : LA
Je lis le document avec attention et notamment ceci :

JE DEMANDE :
qu’on n’entreprenne ni ne poursuive les actes de prévention, d’investigation ou de soins qui n’auraient pour seul effet que la prolongation artificielle de ma vie (art L.1110-5 du code de la santé publique), y compris pour les affections intercurrentes.
que l’on soulage efficacement mes souffrances même si cela a pour effet secondaire d’abréger ma vie (art L. 1110-5 du code de la santé publique).
que si je suis dans un état pathologique incurable et que je suis dans des souffrances intolérables, je puisse bénéficier d’une sédation terminale, comme l’autorise l’article L. 1110-5 du code de la santé publique.
que s’il n’existe aucun espoir de retour à une vie consciente et autonome, l’on me procure une mort rapide et douce. 
Y a-t-il quelque chose de choquant ?
Faut-il une loi pour cela ? 
Finalement, ce qui me terrifie vraiment, lisant ce que je viens de lire, ce serait que l’on me désignât comme personne de confiance. J’en serais paralysé. On voit où est le problème.

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Music

Je le vois quitter le comptoir de l’accueil de la clinique, alors que je sors de salle de consultation. Il a les yeux rouges, et me fuit tout en me disant bonjour, cachant ses larmes.

– Music ?
– Ça va pas fort, Fourrure, ça va pas fort. Tu peux passer le voir à la maison ?

Je… oui, je le laisse s’enfuir. Ce n’est pas le moment de discuter, et oui, bien sûr, oui, je passerai, après les consultations.
Même si je n’en ai aucune envie.

Il n’habite pas loin, à peine à quelques rues de là. M. Marty me présente son épouse, Sylvie, ses rosiers, son salon. Il n’a pas besoin de me présenter Music. Le vieux setter est l’un des piliers de la clinique, même s’il la déteste et se cache toujours au fond du C15 quand son patron vient chercher ses médicaments pour le cœur.

La première fois où je l’ai vu, il y a une bonne dizaine d’années, M. Marty était assis sur une chaise pliante au fond de la salle de radio, le visage dans ses mains. Ce jour là aussi, il pleurait. Music avait bondi au moment où son maître appuyait sur la détente. Une décharge de plombs, ce n’était pas trop grave, mais il y avait perdu un œil. C’était la première fois où nous avions posé un implant de silicone, lors de l’énucléation. Un tout petit peu trop grand, finalement. Mais Music avait continué sa vie de chien épanoui, son maître avait petit à petit digéré sa culpabilité (enfin, à peu près). Music qui continuait à l’accompagner à la chasse, de préférence sans fusil, Music qui était dans sa voiture, partout, tout le temps, Music qui dormait à côté de son lit.

– Tu vois, Fourrure, surtout ces derniers temps, c’est mon chien bien plus que celui de Sylvie.
– Il ne me lâche plus d’une semelle, on croirait qu’il se rassure avec moi. Il n’y voit plus grand chose, le bonhomme.
– Les enfants sont loin, alors, maintenant, c’est lui, notre enfant. Regardez, il y a son portrait, là, sur le mur.

Sur la tapisserie à fleurs du salon, un tableau, Music, avec un faisan dans la gueule. Avec ses deux yeux.
Music est couché sur une couverture, près de la table basse. J’écarte un vase, m’assied près de lui, l’examine. Il s’intéresse aux odeurs de mon pantalon, mais, circonspect, n’ose remuer la queue. Apprécie mes caresses, mais avec prudence. Un peu déshydraté, mais sans plus. Je lui palpe l’abdomen, souple. L’auscultation n’est pas pire que d’habitude, pas d’œdème pulmonaire, malgré la chaleur, ce n’est pas le cœur. Je le lève, M. Marty m’explique qu’il n’y arrive, plus, seul, que les choses se dégradent à se niveau, depuis quelques semaines. Neurologiquement, tout va bien, mais il a mal au dos, très mal au dos.

Ça explique la faiblesse, mais pas la perte d’appétit. J’évoque l’insuffisance rénale, même si je n’y crois pas beaucoup. J’explique cette évolution naturelle et fatale, car c’est la seule hypothèse crédible, dans les choses courantes. J’explique aussi qu’une insuffisance rénale avancée, à cet âge, implique une euthanasie, vue la mocheté de l’agonie associée. Mais je pense que l’arthrose et la douleur sont des coupables bien plus probables. Alors, une injection d’antalgiques, et une prise de sang : je vais aller vérifier ça à la clinique. Music, du coup, s’est levé. Il a titubé un peu, puis est parti se planquer derrière le canapé.

En partant, je suis optimiste. Je leur serre la main, nous sourions, je lui dis que je le rappellerai dans quelques minutes, une fois l’analyse faite. Nous discuterons à ce moment là de la prise en charge de la douleur.

Ça ira.

Ou ça n’ira pas.

Je suis bloqué devant l’analyseur de biochimie. Je relance une urée, pour voir. Cohérente. Sa créatininémie est explosée. Ce ne sont pas mes antalgiques qui vont lui redonner envie de manger… Tout ce qu’il va faire, c’est se dégrader. S’étioler. Mort de merde après une agonie de merde.

Je rappelle.

– Oui allo ? Sa voix est enjouée. Bordel, je lui ai remonté le moral.
– M. Marty ? C’est Fourrure. Je… heu, les résultats sont très mauvais. Pas entre deux, pas limite, juste très mauvais. Je suis désolé… mais ça va mal, très mal se passer.

Un silence.

– Alors, c’est comme ça que ça se finit ?
Vous pouvez venir le chercher ? Je ne veux pas y assister, je ne veux pas le regarder mourir, je ne veux pas le voir agoniser, alors, si c’est ça, alors, le plus tôt, ce sera le mieux.

Mme Marty est en larmes.
– Je suis bête de pleurer, hein, ce n’est qu’un chien !

M. Marty est assis, la tête dans ses mains. Il pleure et cache ses larmes, comme ce jour si lointain où il m’avait amené Music, blessé. Plus de dix ans, déjà, dix ans à le soigner, à plaisanter sur le prix de ses traitements, quand M Marty venait les chercher, tous les 15 jours parce que bon, c’est pas sûr qu’il vivra bien plus, sur sa manière de se cacher au fond du C15 quand son maître passait devant la clinique, à s’inquiéter lors de ses syncopes, à se rassurer lorsqu’il repartait. Ses œdèmes pulmonaires, ses extra-systoles, son œil, sa surdité sélective, son bonheur de chasser, son envie de courir la gueuse, qui avait fini par passer, sa prostate, ses bobos, ses tout petits riens. C’est comme ça que ça se finit. J’emporte Music dans ma voiture, le pose au pied du siège passager à côté de moi. J’ai des poils blancs plein mon T-shirt, et Music se laisse porter. Quand je le pose sur ma table de consultation, seul dans la clinique désertée – ils sont tous partis manger – quand je le pose sur la table de consultation, il s’assied, et me regarde, de ce regard indescriptible de celui qui ne me voit plus mais qui sait où je me trouve. Alors je le caresse, en silence, je lui pose un cathéter, il frémit à peine. Il s’est assis, appuyé contre moi, il s’est assis, et tout doucement, tendrement, il s’est affaissé, il s’est endormi, et moi, moi aussi, tranquillement, j’ai pu pleurer.

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Appelez la Réa !

Qu’est-ce que réanimer ? Il s’agirait peut-être de re-animer. Redonner vie. Restaurer le souffle vital. C’est du moins ce que l’étymologie peut nous dire. Cette nuit-là, j’entrais dans le service de réanimation, dans le but d’y contribuer un peu, pour la … Lire la suite Continuer la lecture

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Appelez la Réa !

Qu’est-ce que réanimer ? Il s’agirait peut-être de re-animer. Redonner vie. Restaurer le souffle vital. C’est du moins ce que l’étymologie peut nous dire. Cette nuit-là, j’entrais dans le service de réanimation, dans le but d’y contribuer un peu, pour la … Lire la suite Continuer la lecture

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Soins palliatifs : La Cour des Comptes fustige une fois encore le retard français

    C’est un constat sans concession que dresse la Cour des Comptes dans son rapport annuel : la France connait un retard colossal dans le développement et la mise en place des soins palliatifs. Les Sages critiquent notamment les manques de structures dans les maisons de retraite type EHPAD et le faible nombre de …

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Je veux qu’il ne souffre pas

C’est devenu une litanie. Quand les questions deviennent compliquées, les pronostics défavorables, les diagnostics trop sombres, on me dit, presque toujours : je veux juste qu’il ne souffre pas.
Parce qu’on sait qu’on ne peut pas vraiment le guérir, que l’on peut sans doute ralentir la maladie, améliorer ses symptômes.
Qu’il ne souffre pas.
On peut choisir l’euthanasie, tout arrêter dès aujourd’hui.
Pour qu’il ne souffre pas.
Oh, non, docteur, pas d’analyses, de toute façon. Moi, je veux juste…
Qu’il ne souffre pas.

Cette litanie est parfois une fuite. Qu’il ne souffre pas, ça peut être la réponse facile. Celle qu’on ne vous reprochera jamais. A juste titre, d’ailleurs.

C’est aussi, simplement, souvent, la conclusion logique d’un raisonnement parfaitement sain, et construit : arriver aux soins palliatifs, dans le sens le plus noble de cette terme. Soulager la douleur, accompagner l’évolution inéluctable d’une maladie.

C’est souvent moi qui le précise, alors : faire adhérer le maître de l’animal à la démarche, lui rappeler que c’est la motivation finale de mon travail. Soigner, certes, guérir, de préférence, mais atténuer la souffrance, avant tout. Ne me demandez pas pourquoi, d’ailleurs. Je ne sais pas. Il est simplement inenvisageable de voir les choses autrement. Drôle de question, non ?

D’autant que nous avons vraiment les moyens de gérer la douleur et la souffrance, maintenant.

Alors pourquoi écrire ce texte ?

Parce que cette litanie, cette formule tant répétée, « je ne veux pas qu’il souffre », est la réaction normale et réflexe du maître tétanisé. Je viens de vous assommer. De vous apprendre, ou de vous confirmer – souvent, vous vous en doutiez – que la douleur, ou la souffrance au sens plus large du terme, ne disparaîtra jamais tout à fait. Alors je voudrais, que plus souvent, dans un second temps, vous vous demandiez : « qu’est-ce que je veux vraiment ? ».

Alors, dans ce second temps, une fois que l’urgence, le court terme, aura été géré, on pourra étudier toutes les possibilités. Soigner vraiment, parce que c’est la meilleure façon de faire disparaître la souffrance. Ou utiliser les bons médicaments, sans se cacher derrière de faux nez. Des anti-inflammatoires, des morphiniques, pour la douleur. Des diurétiques, des IECA, pour soulager cette insuffisance cardiaque et cet œdème pulmonaire que vous remarquez à peine.
Parce que finalement, c’est souvent ça, mon problème : vous faire admettre que l’animal souffre, quand vous trouvez juste qu’il vieillit. Ou que vous n’avez rien remarqué, ce qui d’ailleurs, peut régulièrement vous vexer. On n’aime pas entendre que l’on a rien vu, et qu’on a laissé, plus ou moins consciemment, son animal se dégrader.

« Boaf, de toute façon, il est vieux, qu’est-ce qu’on peut y faire. »

On s’habitue à la souffrance. Surtout quand ce n’est pas la nôtre.
D’ailleurs, on préfère ne pas la voir, la minimiser. C’est naturel. C’est confortable.

C’est insupportable.

C’est mon boulot. Vous dire que s’il se lève difficilement le matin, c’est qu’il a mal. Que s’il pue autant de la gueule, c’est parce qu’il a des abcès dentaires, et ça fait mal. Que son otite chronique, sa maladie de peau qui ne disparaît jamais vraiment, non, ce n’est pas anodin. Que sa respiration courte et rapide, c’est un signe de souffrance.
Que oui, il vaut mieux prendre des anti-inflammatoires tous les jours de sa vie que d’avoir mal tous les jours de sa vie.

Personne ne souhaite qu’un animal souffre.

Mais qui se donne les moyens, simples, au quotidien, de lutter contre cette douleur ? De la reconnaître, de l’accepter, puis de la traiter ?

Et ne me sortez pas l’argument du prix. Oui, soigner un animal, ça peut coûter cher. Très cher. Mais au long terme, pour la grande majorité des cas, il existe des traitements efficaces et accessibles.

Bien sûr, tout ne se soigne pas, toutes les souffrances ne se soulagent pas. Et finalement, finalement, oui, on pourra finir par choisir l’euthanasie. Pour qu’il ne souffre pas.

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Vers une société toujours plus inhumaine ?

Ce matin, je découvre un « fait divers » dramatique : un vieil homme de 94 ans a assassiné sa femme à coups de marteau avant de se donner la mort par défenestration. C’est ce que l’on appelle paraît-il un suicide altruiste. En effet, sa femme était atteinte de la maladie d’Alzheimer. « C’est un drame de la vieillesse » […] Continuer la lecture

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Les affaires Bonnemaison et Lambert : sociétalisation de la médecine.

Appartement au centre de Zurich utilisé par Dignitas pour recevoir les patients durant leurs dernières heures.
Je ne suis pas un spécialiste de la question des fins de vie. Je ne suis pas un expert. Je n’ai pas tout compris dans les attendus des jugements. Et d’ailleurs je m’en moque. Je suis un Français moyen qui parle sans savoir, qui s’exprime, et qui a déjà écrit un billet sur la question (ICI) où il était effectivement question d’hypnovel et où je me suis fait allumer par les commentaires car je ne connaissais rien à l’hôpital, à sa profonde humanité et aux merveilleux personnels dévoués qui s’occupent des malades 24 heures sur 24… 
Au lieu d’être un inconvénient, le fait de ne pas être un expert me semble au contraire, à la lumière d’expériences médicales accumulées au cours des ans (couchage des nourrissons, dépistage du cancer du sein par dosage du PSA, antibiothérapie dans l’otite moyenne aiguë, et cetera), un avantage considérable pour m’interroger sur les affaires Lambert et Bonnemaison. 
Un collègue twittos qui se reconnaîtra et que l’on reconnaîtra a envoyé un gazouillis qui disait en substance : « Le seul tort de Vincent Lambert est de ne pas avoir croisé Bonnemaison. » Voir ICI. Cette remarque est profonde et résume ce qu’il était nécessaire de savoir sur l’affaire.
Mais mon propos est autre.
Je voudrais auparavant me justifier.
Dans un souci de bienséance, et pour ne pas avoir à être taxé de je ne sais quoi par je ne sais qui, je ne suis ni un catholique intégriste, ni un musulman intégriste, ni un anti pro choix, ni un partisan de  l’acharnement thérapeutique, ni un paternaliste alapapa, ni un néolibéral, ni encore moins un libertarien, ni un partisan de la peine de mort, ni…
Et j’ajoute : il m’arrive de côtoyer des gens qui vont mourir.
Mon propos est le suivant : par un injuste retour des choses, et après que les médecins n’ont eu de cesse de médicaliser la société (et jadis on disait médicaliser la vie), c’est la société qui sociétalise la médecine.
Les médecins sont devenus, à l’insu de leur plein gré, des outils sociétaux au service de l’opinion publique et, surtout, de l’opinion privée. Qu’une technique existe et les médecins sont sommés de l’utiliser au risque de passer pour des conservateurs, des pisse-froid, des paternalistes, des réactionnaires, au risque, aussi, d’être traînés devant les tribunaux.
Par un tour de passe passe ironique de l’histoire, mais de plus savants que moi sauront retrouver des exemples antérieurs, la gauche morale a enfilé les habits de la droite libertarienne. Mais n’en parlons pas, c’est tabou. Il y a eu une étape préalable, le passage par le libéralisme et par le néo libéralisme. Remarquons au passage que les bons esprits de la gauche morale (nous entendons ici la gauche de la gauche, Dieu reconnaîtra les siens) ne voient aucune différence entre libéralisme et néo libéralisme (qu’ils aillent faire un tour sociétal dans les pays néo libéraux et libéraux et ils comprendront les « subtilités » de l’affaire par rapport à la législation du travail par exemple) et qu’il en est même qui confondent conservatisme et libéralisme (et néolibéralisme puisqu’ils ne savent pas en faire la distinction), ce qui est assez gratiné.
La sociétalisation de la médecine fait des médecins les outils des désirs sociétaux (et l’histoire nous dira s’ils étaient fous ou non), ces désirs qui sont instrumentalisés ou justifiés par la philosophie des Droits : « J’ai le droit de… » Et gare à ceux qui ne s’y conforment pas. Le slogan de mai 68 « Tout est possible et sans tabou » est devenu le leitmotiv des sociétés « avancées » qui disposent des techniques ad hoc. La médecine ne peut plus raisonner pour elle-même (on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas envisageable) et doit, technicienne, se plier aux bons vouloirs de la société.
Les médecins ont toujours fait partie intégrante de la société (quand ils ne l’ont pas organisée) et depuis les temps immémoriaux des chamans, et ont toujours voulu lui plaire (pour en vivre par exemple) mais ils sont parfois passés par des extrêmes (nous allons atteindre, très chers amis, le point Godwin et le point Stalwind — marque déposée docteurdu16–), Mengele, la psychiatrie soviétique, les injections léthales dans l’administration de la peine de mort, des extrêmes qui existent toujours aujourd’hui : essais cliniques sur des enfants et des femmes du Tiers-monde, trafics d’organes, et cetera.
Puisque la greffe d’un sixième orteil sur le pied dominant améliore de 12 % les temps au 50 kilomètres marche et qu’une clinique costaricienne la pratique à San José il est scandaleux, prétendent les théoriciens des Droits, qu’aucune clinique française ne la pratique, qu’elle ne soit pas remboursée par la CPAM, et qu’elle soit considérée comme de la médecine méliorative susceptible d’être assimilée à du « dopage ». 
Revenons aux cas Bonnemaison / Lambert.
Que viennent faire les médecins dans cette histoire ? 
Dans le cas Lambert les médecins et une partie de la famille du patient considèrent qu’il s’agit d’acharnement thérapeutique et les parents, semble-t-il, s’opposent à l’arrêt des soins. Peut-on, doit-on obliger en conscience des médecins et des équipes soignantes à garder en vie végétative un patient qui, selon les médecins, souffre quand même et qui ne sortira jamais, en l’état actuel des prévisions de la science, de son état ? Les médecins et les équipes soignantes n’ont-ils pas, eux aussi, une conscience qu’il est nécesssaire de respecter ? La conscience médicale et soignante doit-elle être considérée comme quantité négligeable et doit-on contraindre des médecins à pratiquer des actes qu’ils réprouvent ? Est-on au courant du fait qu’agir contre sa conscience peut entraîner des dégâts considérables ? Même en cas de décision de justice. Sociétalisation de la médecine, dis-je, et même sociétalisation à géographie variable : le dépaysement de Vincent Lambert à Bayonne aurait peut-être réglé le problème…
Dans le cas Bonnemaison que l’on a décrit comme « assassin par compassion » il semble que son instrumentalisation (les acclamations de la salle d’audience à l’annonce de l’acquittement en témoignent) par les associations ne fasse aucun doute. Je ne dirai rien de ce que j’ai pu percevoir de la personnalité de Bonnemaison (son changement de coupe de cheveux avant et après est assez stupéfiant) et des raisons qui l’ont poussé à pousser la seringue mais, je l’avais déjà signalé ailleurs (LA), les Bonnemaison aux mains propres ne sont pas rares dans les centres hospitaliers mais on n’en parle pas, on le tait. Et là, a contrario, il s’agit de la pratique des médecins, forcément inexplicable car non expliquée parfois aux patients et aux familles, qui se substitue à la conscience des patients et des familles. Médicalisation de la vie et ici de la mort par des équipes soignantes comme pendant de la sociétlisation de la médecine à qui l’on demande de se plier aux désirs de la société. Eût-il fallu que Bonnemaison confie hypnovel et / ou Norcuron à la famille pour qu’elle accomplisse le geste d’amour  et de compassion ? 
Ce que je voulais souligner : les médecins font désormais partie de la « boîte à outils » sociétale. Ceux qui en profitent feront de l’argent. Les autres souffriront.
PS. On remarquera que les infirmières et aides-soignantes sont condamnées et les médecins acquittés. Vous avez le droit à plusieurs grilles d’interprétations : marxiste, genriste, sexuelle, autre…
Illustration venant de LA.
Dignitas, CH : ICI.

PS du premier juillet 2014 : Judge Marie (LA) justifie en droit Bonnemaison. Je lui réponds.

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Mourance

Si tu veux comprendre ce billet, il faut au préalable que tu aies lu « Lauriers ou bonnets d’âne? » Suite Comme sa famille l’a décidé après mûre réflexion et ample concertation, en tenant compte de son histoire, de son caractère, des…

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Paradoxe avortement / euthanasie

À mon titre d’homme, j’ai toujours été favorable à l’avortement et à l’euthanasie, car ils me paraissent être deux étapes importantes de notre long processus d’hominisation. À mon titre de médecin, j’accepte sans réticence, bien que sans enthousiasme, d’être impliqué … Continuer la lecture Continuer la lecture

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Eros, Thanatos et Casimir

Le mariage vient de s’ouvrir à tous les couples de même sexe, à titre personnel, je salue cette loi qui offre une liberté supplémentaire tout en renforçant les liens sociaux entre citoyens. Davantage de reconnaissance, de sécurité, de stabilité institutionnelle, … Lire la suite Continuer la lecture

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Les deux messages de l’euthanasie

Poursuivons les quelques posts sur la série euthanasique. Le premier rappelait quelques définitions pour que tout le monde parle de la même chose. Le deuxième abordait les mécanismes d’adaptation et notre capacité à tous à appréhender une situation dès lors … Lire la suite Continuer la lecture

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Euthanasie active. Histoire de consultation 144.

Madame A, 55 ans, revient de Bordeaux où sa mère vient de mourir à l’hôpital. Elle est choquée. Elle tente de ne pas le montrer, du moins au début, elle consulte pour vérifier que son hypertension est contrôlée par le traitement qui lui est prescrit, mais, qui ne serait pas choqué par la mort de sa mère à l’hôpital ?

Je la laisse parler.
Je ne connaissais pas l’histoire et elle commence par me raconter les faits médicaux. C’est un cancer du poumon opéré. Qui a métastasé. Au cerveau, notamment, mais pas seulement.
Ce qui la choque (la consultation, la dernière des rendez-vous, aura pris du temps car elle a du mal à savoir ce qui est ou non important, en raison bien entendu de son implication) c’est que les médecins ont été à la fois terriblement optimistes, c’est à dire terriblement interventionnistes, voire jusqu’au boutistes, puis incroyablement défaitistes. Elle s’est sentie exclue de ces deux attitudes. Ou en décalage.
Je crois, en l’écoutant, qu’elle s’est sentie déphasée.
Il y a d’abord eu les premiers médecins qui ont laissé entendre qu’il n’y avait plus rien à faire (c’était dans un hôpital général). Puis la recherche d’un hôpital plus spécialisé (un CHU de Bordeaux) où les médecins ont dit qu’il y avait quelque chose à faire. Grâce à la pose d’un stent la maman de la patiente a gagné trois mois en très bonne santé. Puis le stent s’est bouché, retour d’abord à l’hôpital général où les médecins qui avaient annoncé que tout était fichu ont laissé entendre « qu’ils lui avaient bien dit que c’était fichu » et la dame de penser « avec trois mois en très bonne santé », puis il y a eu un nouveau transfert au CHU où les médecins ont dit qu’il fallait changer le stent, ce qui a été fait, mais avec de moins bons résultats. La maman a finalement vécu cinq jours après l’intervention mais dans de mauvaises conditions.
Mais le plus choquant arrive : la malade, la veille du décès, entre dans la chambre de sa mère et une infirmière lui apprend qu’on lui a donné un peu de morphine pour qu’elle ne souffre pas. Puis, en douce, une autre infirmière lui dit que, malgré la faiblesse des doses, il sera difficile de lui parler à nouveau. Et la patiente meurt le lendemain au petit matin. La fille demande à l’infirmière : « Mais elle souffrait tant que cela ? » Et elle : « Ce matin elle nous a dit qu’elle en avait assez. »
Stupeur.
« Ce matin » me dit ma patiente « j’ai dit à mon mari que j’en avais assez de ces allers et retours à l’hôpital, je ne me suis pas méfiée, et il m’a planté un couteau dans le ventre pour me soulager. »
Je la regarde. J’essaie de ne rien dire. Je pense qu’elle a raison d’être choquée.
« J’avais encore des choses à dire à ma mère. Ils ne m’ont pas demandé mon avis. Ils ont pris une décision hâtive. Ce n’est pas bien. Jamais elle ne m’avait dit qu’elle en avait assez. Je ne sais si elle voulait combattre ou non, si elle y croyait encore, si elle avait seulement envie de se laisser glisser, elle avait de grosses difficultés respiratoires, de l’eau dans la poumons, il lui arrivait de suffoquer, mais jamais, au grand jamais, elle ne m’a parlé d’abandonner, jamais elle ne m’a dit, ma petite fille je n’en peux plus, j’en ai marre de la vie, je ne veux plus lutter, mes derniers instants sont arrivés, je voulais vous dire que je vous aime, et cetera… et là, des inconnus, des personnes qui ne la connaissaient pas, qui ne connaissaient pas sa vie, qui ne connaissaient pas ses rapports avec ses enfants, avec moi, avec la vie, qui ne connaissaient ni ses croyances philosophiques, qui en aurait parlé avec elle ?, ni sa conception de l’existence, des inconnus, donc, ont décidé pour elle, ont décidé pour moi et je n’ai jamais pu lui reparler, je n’ai jamais pu l’entendre répondre à mes questions ou exprimer une demande… Je suis terrifiée. Je ne dors plus, je me réveille la nuit en sueurs, je fais des cauchemars, je vois la seringue qui s’enfonce dans le bras de ma mère qui lui dit c’est fini, qui lui dit ‘puisque vous en avez marre, il faut en terminer avec la vie…’, c’est quand même incroyable, mais pour qui se sont-ils pris ?, pour qui se prennent-ils ?, pour le bon Dieu… est-ce que le bon Dieu serait même capable de cela ?… « 

Je ne suis pas un spécialiste des questions de fin de vie. Avant que de commencer à écrire cette histoire de consultation j’aurais dû m’informer plus avant sur les termes exacts de la loi Leonetti (ICI), sur les propositions de ceux qui veulent légiférer sur l’euthanasie, sur ceux qui sont déçus qu’on ne le fasse pas, sur les avis et futurs avis du Comité Consultatif National d’Ethique (LA) mais mon expérience interne, cet exemple comme deux autres que je vais vous détailler brièvement, me font dire que l’euthanasie active est courante dans les établissements de soins et à l’insu du plein gré de tout le monde.

Il y a donc une profonde hypocrisie sociétale : dans les faits « on », c’est à dire l’institution médico-hospitalière constituée en norme (locale ?, locorégionale ?, nationale ?, politique ?, confessionnelle ?, idéologique ?, bobooïque ?), décide de ce qui doit être fait et non fait sur de simples constatations, sur de vagues impressions, sur des propos de fin de nuit en établissement hospitalier, entre le bassin et la distribution des médicaments, entre la toilette et le bruit des sabots dans les couloirs, sans demander l’avis ni du malade (dans le cas que j’ai décrit) et encore moins (si c’est possible) de la famille du malade, des personnels hospitaliers constitués en démocratie d’opinion, en web 1.0 de l’hôpital, qui décident (dans la salle de soins l’interne ou le senior ou le chef de clinique ou le chef de service, allez savoir, il passe parfois, qui jette à la cantonade un ‘Madame A, elle est fichue’ et tout le monde de prendre des mines et de préparer le geste qui tue pour soulager des souffrances terrestres une malade condamnée… qui a dit l’autre matin qu’elle en avait assez de mal dormir), des personnels hospitaliers qui ne reverront jamais la famille, avec qui ils ne discuteront plus, dont ils ne connaîtront pas le destin ou la « vraie » vie à l’extérieur de l’hôpital…

Je parle avec Madame A et nous reprenons un à un les éléments de cette discussion et j’essaie de distinguer ce qui touche à l’information elle-même sur le pronostic de la maladie dont sa mère souffrait, le déphasage entre ce qu’elle a perçu et ce que voulaient dire les « soignants », de son désarroi, du fait qu’elle se raccrochait au moindre sourire de la moindre agent hospitalière, au moindre rictus de la moindre aide-soignante, au moindre clignement des yeux du moindre médecin pour se faire une opinion, j’essaie de distinguer le reste, c’est à dire le pronostic lui-même et la désinvolture de l’équipe soignante quand il s’est agi de prendre la décision activiste de l’euthanasie sans le dire…
Une euthanasie médiatisée avec des débats sans fin et des décisions privées et minables prises dans le dos des patients et des familles. Du bla bla pour amuser la galerie.

(Deux autres exemples : la famille s’aperçoit qu’un patch a été collé sur la peau  du patient sans que personne n’ait été informé ; une autre famille s’entend dire que de l’hypnovel a été administré et aucun dialogue, aucune discussion n’a précédé ce geste. La politique du fait accompli, comme si la morale hospitalière se substituait à la morale privée des familles, une sorte de prise de pouvoir sauvage. Au nom de quoi ? Ainsi, des familles demandent et en sont pas écoutées et d’autres ne demandent rien et sont privées de leur réflexion.)

L’arrogance de l’Institution qui dit la morale pour les autres.

(Précisions importantes : il ne s’agit pas d’un hôpital de Bordeaux ; il ne s’agit pas d’un service de pneumologie ; il s’agit d’une famille)

PS du 19 mai 2013 : une famille porte plainte : LA

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Maladresse

C’est un jeune couple, un lundi matin. Ils sont venus sans rendez-vous, mais nous avons l’habitude : nous donnons peu de rendez-vous sur cette plage horaire, pour absorber les urgences plus ou moins urgentes qui ont attendu le week-end. Et nous prévenons ceux qui veulent malgré tout nous voir à ce moment là : les vraies urgences passeront toujours en premier, et elles peuvent être nombreuses. Comme les mercredis et les samedis après-midi avec les chiens de chasse au sanglier.

Personne ne râle jamais. Difficile de faire la gueule pour 30-60 minutes d’attente pour le vaccin du chien lorsqu’on voit passer un animal agonisant ou qui pisse le sang par tous les membres. Nos urgences sont quand même souvent de vraies urgences. Du genre qui auraient vraiment dues être vues avant.

Celle-ci fait partie du lot.

La chienne n’urine plus. Depuis deux jours. Le motif de consultation est peu crédible, à voir l’allure de la chienne dans la salle d’attente. Elle attend tristement, assise, l’abdomen gonflé, mais elle n’a pas l’air si mal, et une anurie de deux jours s’accompagne presque toujours d’insuffisance rénale avancée. J’ai très souvent des rendez-vous « n’urine plus depuis trois jours », « ne mange plus depuis cinq jours », « pas de selles depuis la semaine dernière ». Dans l’immense majorité des cas, le « pas » ou le « plus » indiqué au téléphone lors de la prise de rendez-vous devient un « moins » ou un « pas comme avant » lors de la consultation. De quoi relativiser…

Pourtant, cette fois-ci, dès les premiers mots, les premiers regards, je comprends que, vraiment, il y a quelque chose de très sérieux. De définitif. Ce jeune couple a vraiment l’air d’être… comment dire. Précis. Pas qu’ils soient habillés tailleur et costard cravate, non. Pas du tout. Mais il y a un étrange mélange d’urgence, de crainte et de résignation dans leur attitude. Je regrette de ne pas en avoir tiré les conclusions logiques avant d’agir.

Je porte leur chienne sur la table d’examen. Elle manque sérieusement de muscles sur son dos voussé, ses membres sont de traviole, son ventre pendouille. Son poil est clairsemé, sa peau plus ou moins lichénifiée, pleine de comédons. Elle sent la malassezia. Elle est vraiment moche, elle est tout à fait vieille, elle est adorable. Pas le temps de gagatiser, mais bien assez pour une caresse, un mot gentil. La rassurer. Je palpe son abdomen gonflé, manifestement pas douloureux.

– Elle a gonflé depuis qu’elle n’urine pas.

Pas le temps, pas l’envie de discuter. C’est vraiment une urgence. Que j’aurais du voir samedi. Un spéculum, et je place une sonde urinaire en la priant de m’excuser, en lui parlant gentiment. Je ne cesse jamais de parler lorsque je place un spéculum. Un vrai ronronnement, à la limite de l’hypnose. Ça a l’air tellement désagréable… J’enlève environ un litre d’urine en pressant sur l’abdomen de l’épagneule. Ce n’est pas franchement douloureux non plus. Elle se laisse faire sans trop ronchonner pendant la bonne quinzaine de minutes nécessaire. Cette urine a l’air normale. Elle ne pue pas trop le vieux pipi macéré, il n’y a pas de flocon dégueulasse dedans, pas de sang non plus.

Je repose la louloute par terre. Elle semble soulagée et se promène dans la salle de consultation en remuant sa queue pelée. Son abdomen a repris un profil plus normal, même si je suis certain de ne pas avoir fini de vider sa vessie. Je verse le seau dans l’évier, le haricot métallique s’étant révélé largement insuffisant.

Je souris.

Elle a vraiment l’air mieux.

Le jeune couple sourit aussi, mais avec tristesse.

Je n’ai pas le dossier de cette chienne. Et je ne sais pas pourquoi elle n’urinait plus. Mais eux le savent.

– C’est rare, une vessie qui se distend autant. Il y a peut-être deux litres d’urine là-dedans. Cela fait longtemps qu’elle a du mal à uriner ?
– C’est de pire en pire, répond la jeune femme.
– Un an qu’on voit qu’elle force bizarrement, précise son compagnon.
– Elle n’a pas l’air franchement malade, de ses reins en tout cas. J’imagine que la distension de sa vessie a été très progressive, et qu’elle ne doit plus être capable de franchement la vider de façon normale, elle doit pousser avec le ventre, mais pourquoi ?
– On a trouvé une tumeur dans son bassin, il y a huit mois. Un truc pas opérable, mais qui ne lui faisait pas mal. On nous a dit que ça grossirait.

C’est la jeune femme qui a repris la parole. L’homme cache ses yeux derrière ses cheveux bouclés. Il se passe sans cesse la main sur son début de barbe, remonte et redescend ses manches.

– Au début, il lui fallait juste du temps. Et puis elle a forcé de plus en plus. Des fois, on avait l’impression qu’elle n’y arrivait pas, mais ça finissait par aller.

Il y a une putain de tumeur là-dedans. Une saloperie qui appuie plus ou moins sur sa vessie, la pousse vers le bas de l’abdomen, comprime sans doute l’urètre. Quand elle se met en position pour uriner, le poids de la vessie qui descend vers le bassin doit aggraver sa compression, voire plier l’urètre, l’empêchant d’uriner.

Ça, je l’ai dit à voix haute. Plus pour moi que pour eux. Eux le savent déjà, même s’ils ne maîtrisent pas forcément les détails.

Ils savent par contre, mieux que moi, que c’est foutu. Que suspendre la vessie ou autre chirurgie à visée « mécanistique » est ridicule vue la cause. Ils culpabilisent, parce qu’ils n’ont pas pu la faire soigner – il n’y avait de toute façon probablement aucun recours, même il y a un an. Mais ils culpabilisent quand même.

Ils viennent pour demander une euthanasie. Et moi, j’ai balancé un bon gros rayon de soleil bisounours sur la scène, redonnant un peu de joie et de confort à leur chienne, pour laquelle je n’ai aucun espoir à offrir. Shiny, happy bordel de merde. Quel con.

Mon assistante s’éclipse discrètement.

Je soupire.

– En fait… commence-t-elle
– On pensait venir pour une euthanasie, achève-t-il.

Je me passe la main dans la barbe. Rattrape le coup, super véto.

– Nous avons une politique assez… heu… simple, pour les euthanasies. Si nous estimons qu’il n’y a pas moyen de soigner ou d’offrir un confort à un animal dans des conditions raisonnables, nous acceptons l’euthanasie. Nous les refusons quand nous les jugeons injustifiées. Dans le cas de votre chienne…
– Vous ne refuserez pas ? demande-t-il, résigné.
– Je suis désolé, non, malheureusement, je ne refuserai pas, je n’ai rien à vous proposer. Les mêmes causes vont produire les mêmes effets, et des complications vont survenir même si on choisit de gagner du temps avec un système de sonde urinaire… Il n’y a pas d’alternative, et il ne sert à rien d’attendre, pour se revoir après deux jours de plus passés sans uriner. Vous avez raison, c’est le bon moment pour l’aider à partir.

Je suis écœuré, et triste comme une pierre tombale.

Je m’accroupis. La vieille épagneule vient me voir, comprenant l’invite aux caresses.

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Publié dans chien, diagnostic, EUTHANASIE, Vétérinaire au quotidien | Commentaires fermés sur Maladresse

Euthanasie et chocolat chaud

Allez projetons nous dans l’avenir, la loi pour l’exception d’euthanasie va être votée. Elle va susciter des débats, certes, mais devant l’écrasante majorité de l’opinion en sa faveur, les parlementaires vont pencher pour le oui. Je dis « exception d’euthanasie … Lire la suite Continuer la lecture

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Prélude à l’euthanasie

Voici une série de billets ayant pour sujet l’euthanasie. Comme médecin de soins palliatifs, j’écoute ce qui se dit sur ce sujet avec grand intérêt, d’une oreille forcément engagée. Je ne revendique aucune autorité sur le sujet, qui appartient à … Lire la suite Continuer la lecture

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Silence

Au bout d’un chemin, passer le petit pont, prendre la montée, se garer sous le saule. Nous sommes au creux d’un vallon, on ne voit plus le ciel. Il fait bon. Trop chaud pour un mois d’octobre. Je me gare dans la cour de la maison isolée. Je coupe la musique, j’ai besoin de silence. Il n’y a que les canards pour foutre le bordel, dans la mare sous le saule, devant ma voiture.
Je sonne à la porte, contemple les nénuphars, les mains dans les poches de ma polaire informe. J’inspire profondément. Contrôle. La porte s’ouvre sur une fillette.

– Tes parents sont là ?
– Oui, ils sont dans la cuisine.

La pitchoune disparaît dans l’escalier. La maison est un dédale d’ailes et de marches, d’annexes et de recoins. La cuisine. Elle doit être là, au fond. Il n’y a pas un bruit.

Une ado descend l’escalier en silence, me suit dans ce qui, oui, est bien la cuisine. M. et Mme Wilson sont assis sur le petit escalier qui mène au jardin. Ils m’attendent, Sarah dans leurs bras. Fleur s’avance vers moi, remuant sa queue de bon vieux griffon, innocente et joyeuse. Sarah soupire, M. Wilson pleure, Mme Wilson essuie ses larmes. Je m’agenouille devant Sarah, pose sa grosse tête dans ma paume. Elle émet un son de douleur, un son de tristesse, et ferme les yeux, apprécie la caresse de mes doigts sur ses joues.

Je regarde M. Wilson, je regarde Mme Wilson. Je retourne à ma voiture, en me mordant les joues. Mes yeux piquent, et je suis si fatigué. Je prends ma sacoche, celle dans laquelle j’ai déjà tout préparé.

Je rouvre la porte, retrouve le chemin de la cuisine. Tous les enfants sont là, cette fois.

Il n’y a rien à dire et je ne dis rien. Sarah est toujours dans les bras de M Wilson, Mme Wilson continue d’essuyer ses larmes. Je ne regarde plus autour de moi, je ne vois plus la cuisine et l’escalier, je ne vois plus les enfants et les ados. Je ne vois plus Fleur, je ne vois plus que Sarah. Je prends doucement sa patte, et pose le garrot. Verse quelques gouttes d’alcool, cherche le cathéter bleu dans ma sacoche. J’ouvre son blister, retire le capuchon, fais jouer le mandrin, débloque le bouchon. Je coupe un bout de sparadrap, que je scotche sur la table près de moi. Je suis assis par terre, le carrelage est froid, je ne m’en rendrai compte qu’en partant. Beaucoup de poils, mais je devine la veine. Sarah ferme les yeux et soupire encore. J’attends, puis je pique, et place le cathéter. Récupère la goutte de sang avec le bouchon, avant qu’elle tache le poil blanc. Je prends mon bout de scotch.

Sarah n’a rien dit.

Je pose la mandrin dans ma petite boîte, prends l’anesthésique.

– She’s going to sleep, now. She’ll leave fastly, she’ll be asleep before the end of my injection. She won’t be dead, but she won’t be there anymore.

J’ai à peine murmuré. je ne suis pas sûr qu’ils m’aient entendu.

M. Wilson pose sa main sur mon avant bras. J’injecte doucement, il pleure et caresse Sarah, Sarah qui s’était déjà abandonnée à cette étreinte, Sarah qui part, en silence. Je serre les dents à me les fissurer. Je prends ma seconde seringue, attends encore quelques secondes. Puis j’injecte.

Sarah est partie, dans les bras de son maître.

Moi, j’ai déplié mes jambes et j’ai repris ma sacoche, après avoir vérifié que tout était terminé. Puis j’ai laissé M et Mme Wilson avec leurs enfants.

Fleur m’a accompagné jusqu’à la porte.

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Vieux

« La vieillesse n’est pas une maladie. » Cet axiome, je ne l’ai entendu qu’une fois ou deux, dans ma scolarité. Ou pendant mes stages, mes premiers remplas. Ou en entendant discuter des médecins. Ou des piliers de comptoir. Je ne sais pas.

Mais il m’a marqué.

Et cette phrase, pour moi, est devenue une litanie.

On ne guérit pas du vieillissement : ce n’est pas une maladie.

On ne prévient pas le vieillissement : ce n’est pas une maladie.

Mais la vieillesse est souvent le prétexte à une démission, lorsque je déroule un fil diagnostique, passant, étape après étape, les hypothèses les plus évidentes, pour m’acheminer vers la complexité.

« Oh, vous savez, docteur, il est vieux« .

Entendez : « ne vous cassez pas le bol, ça ne sert à rien, de toute façon, il est vieux, il vaut mieux le piquer. »

OK, il est vieux. Mais alors, pourquoi me l’avez-vous amené ? Pour que je mette un nom médical sur sa vieillitude, genre SVC ?

– Oh, madame, vous savez, c’est un SVC, et même, sans doute, un SVCEN (en anglais : ODSEN).
– Un SVCEN, oh non docteur ?
– Et si. Ca pourrait même être un SDC.
– Un SDC !! Alors… on l’euthanasie ?

Parce que voilà, on veut un bon argument médical pour déculpabiliser d’en avoir assez, pour se faire entendre dire, que, oui, ça suffit ? Pour que quelqu’un d’autre décide ? Moi ?

Remarquez, j’exagère. Parfois, le constat « mais est-ce qu’il n’est pas tout simplement vieux ? » est parfaitement sincère. Cette sincérité étonnée, je la rencontre en général avec les plus jeunes de mes clients. Ils ou elles ont 18, 20 ans, et ils n’ont pas encore eu besoin de se demander, très personnellement, si la vieillesse était autre chose qu’une maladie inéluctablement incurable.

Parfois, la demande d’euthanasie est parfaitement assumée. Reste à en discuter, même si certains ne viennent pas pour discuter.

Et parfois – moins qu’avant – c’est le véto qui se fend d’un « boah, vous savez, il est vieux, alors on va le piquer hein ». Ma première euthanasie, c’était ça. J’étais stagiaire, quatrième année, et le (vieux) vétérinaire a reçu ces personnes âgées. Il a flairé le pyomètre de cette vieille golden, lui, le véto à vaches. Il l’a prouvé d’un coup d’échographe. Et puis il a énoncé sa sentence. « Elle est vieille. Fourrure, tu t’occupes de l’euthanasie. » Je ne l’ai pas remis en question, le maître. Les gens ont été impassibles. Pas de larmes, pas de mots, ils s’y attendaient, je suppose. Surtout : ils n’attendaient pas autre chose. Moi non plus ? Moi, j’ai euthanasié la chienne, avec la certitude zélée de l’élève paralysé par le respect. Quel con. Évidemment, même si on avait discuté chirurgie, même si, même si, ça aurait sans doute fini pareil. Peut-être. Peut-être pas.
Nous ne sommes pas là pour décider à la place de nos clients. Nous pouvons avoir tort. Une cliente me reproche tous les trois mois d’avoir voulu, il y a deux ans, euthanasier son chat au taux de créat’ délirant. Qui vit encore très bien sa vie de papy. Nous pouvons aller trop vite. Et puis, il y a cette routine qui nous encroûte, tous. Cette habituation, cette acceptation de la souffrance, cette certitude : de toute façon, on sait bien comment ça va finir. Autant abréger.

Non.

Ça ne marche pas comme ça. Parce que le chien, ou le chat, ben il est vieux, certes. Pas besoin d’un véto pour lire une date de naissance et calculer un âge. Mais le chien, il ne serait pas un peu cardiaque ? Le chat, beaucoup hyperthyroïdien ? Diabétique ? Ou plus simplement perclus d’arthrose ? Une hernie discale ? Un pyomètre ? Un hémangiome ? Une bonne vieille pyodémodécie des familles ?

Ah ben oui, il pue. Il est sale. Il bouge lentement. Mais, bordel, si on lui collait des anti-inflammatoires, il pourrait pas bouger plus vite ? Se remettre à remuer la queue avec un enthousiasme spontané ? Ou recommencer à dévorer ses gamelles, avec appétit ?

Comme avant.

Avant qu’il soit vieux, avant qu’il ne soit plus le compagnon que vous aviez choisi, celui qui pouvait faire des balades, celui qui jouait à la balle, celui qui venait ronronner dans le lit après avoir chopé quelques souris. Avant qu’un matin, soudain, vous réalisiez que, ça y est, il est vieux. Et qu’il doit souffrir, le pauvre, et qu’il n’y a plus rien à faire, alors, on va l’emmener chez le véto, qui va diagnostiquer un Syndrome du Vieux Chien (ou Chat), de préférence dans sa variante Euthanasie-Nécessitante, ou un Syndrome de Décrépitude Chronique. Comme ça on l’aura même amené chez le véto, on l’aura fait soigner, il n’aura rien pu faire, et on passera à autre chose. Facile.

Mais.

Non.

Alors, des fois, oui. Parce qu’il y a des maladies trop lourdes à soigner, ou juste pas soignables. Parce que, oui, l’âge est une excuse valable pour éviter certaines procédures médicales, lorsque le bénéfice est faible et le risque, ou les inconvénients, élevés. Je suis d’accord : imposer une mammectomie totale et une chimio à la doxo à une chienne avec des tumeurs mammaires métastasées de partout, dont l’espérance de vie se compte en jours, ou en semaines pour les plus optimistes, c’est plus que discutable.

Parce que lorsque l’insuffisance rénale chronique arrive à son terme, il faut savoir aider l’urémique en souffrance à partir.

Les plus observateurs parmi vous remarqueront que, bordel, si le vieux avait été amené avant, on aurait pu mieux l’aider. Était-il nécessaire d’attendre qu’il se paralyse pour se soucier de son arthrose ? N’aurait-on pas pu gérer son diabète avant qu’il ne vire à l’acido-cétose délirante ? N’y avait-il pas des signes d’appel ? Après tout, depuis combien de temps avait-il du mal à se lever, à monter dans la voiture, à sauter sur le canapé ? Depuis combien de temps maigrissait-elle tout en mangeant comme quatre et en descendant dix fois plus d’eau qu’avant ?

Bien sûr, vous avez raison. On aurait pu faire du bon boulot, plus tôt. Et souvent j’hérite de situations effectivement irrécupérables qui auraient pu être évitées, ou sérieusement retardées. Et trop souvent, je n’ai pas le choix, entre une agonie mal gérée (parce que nous n’avons pas accès à assez de soins palliatifs, pour moult raisons), et une euthanasie.

Mon discours n’est pas : « il ne faut pas tenir compte de l’âge de l’animal ». Bien entendu : il faut en tenir compte, mais la vieillesse ne doit pas être une excuse ou un prétexte. Elle diminue les défenses de l’organisme, elle diminue les capacités de cicatrisation, de récupération, elle implique indirectement tout un tas de maladies qui, misent bout à bout, rendent nombre de prises en charge irréalistes.

Une ovario-hystérectomie sur un pyomètre, ce n’est pas irréaliste; Une mammectomie, même une, voire deux chaînes complètes, ce n’est pas délirant s’il n’y a pas de métastases. Une cardio-myopathie dilatée avec tachycardie paroxystique, ça se traite. Pas dix ans, mais quand même. Une arthrose douloureuse, une hernie discale avec début de perte de proprioception, ça se gère. Même un cancer incurable, ça peut se gérer.

Bien sûr, les critères financiers comptent. Le vétérinaire, ça peut vite coûter très cher. Mais la vieillesse ne doit pas être un maquillage pour des problèmes d’argent : ceux-ci doivent être envisagés pour ce qu’ils sont. Et il faut parfois – souvent ? – admettre qu’ils ne peuvent être surmontés.

Il faut aussi prendre en compte la volonté des propriétaires du chien ou du chat. Imposer une prise en charge, ça ne marche pas. Si refuser l’euthanasie aboutit à condamner le chien ou le chat à agoniser dans un coin de la cour, c’est nul.

Parce que c’est ça, mon boulot, et les bonnes âmes ne devraient pas trop vite l’oublier. Il est facile de s’indigner. Facile de juger, de reprocher aux gens de n’avoir pas mieux fait. Facile de refuser d’admettre les contraintes financières. De blâmer alternativement le véto, le maître et/ou le système capitaliste. Moi, mon problème, c’est de trouver, pour l’animal, les solutions les meilleures aux situations dont j’hérite. Par ailleurs, culpabiliser le propriétaire négligent est rarement constructif, au contraire. Le braquer, c’est le meilleur moyen de faire perdre ses chances à son animal.

Les incantations et les reproches, ça n’a jamais soigné personne.

Bien sûr, j’euthanasie, mais plus tellement des vieux. Maintenant, j’euthanasie plutôt des malades pour lesquels je n’ai pas d’alternative acceptable.

Beaucoup sont vieux.

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