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Ne pas se laisser faire. par Corine Fontrel

« Très angoissée, à la suite d’une visite médicale où le médecin avait vu un peu de sang au début de ma grossesse ( trois mois environ)   j’ai pris RDV à la clinique pour une échographie.

L’échographie s’est passée comme je la décris ci-dessous, dans une lettre adressée à l’échographiste

J’ai eu un curetage, j’ai été très déprimée par cette fausse couche, cet examen, mais je suis allée mieux quand j’ai écrit le texte et l’ai envoyé, quelques semaines après la fausse couche.

Grâce à cette lettre, envoyée au médecin en question et au directeur de la clinique, j’ai pu surmonter ma déprime et me consacrer pleinement à mon fils de sept ans à l’époque.

Ne pas laisser faire, ne pas se laisser faire, ça vous sort de la déprime. »

Corine Fontrel, cliente du 27 août 1997

 ***

Au Dr X.

Attente

La pire qui soit.

Elle sait qu’il y aura un « après la visite ».

La porte s’ouvre.

Le médecin sort.

Avec la tête qu’il a,  il ne peut annoncer que de mauvaises nouvelles.

Vas y petit soldat, lève toi et remets toi entre les mains de la médecine, tu en as vu d’autres. 

Il s’assoit à son bureau,  et commence l’interminable série de questions insensées, étant donné que la seule question est : l’enfant vit-il ?

Elle répond à la machine comme une machine, un peu à côté, peu importe, il écoute distraitement les réponses qu’il consigne sur son ordinateur. Elle veut aller à l’essentiel, mais Docteur Microsoft lui coupe la parole, pas maintenant, dans l’ordre s’il vous plaît, l’ordre de la machine.

Le pire est à venir.

La date de ménopause de sa mère ? Ah, oui tiens à quel âge sa mère est-elle devenue incapable de faire des enfants? Bonne question.

Il faut s’astreindre à répondre à des questions vitales,  comme de savoir si elle eu la varicelle… Ces questions auraient pu être posées après l’exécution.

Puis la table, les étriers, l’échographie par où on a péché. Le pilote maîtrise l’appareil cinq sur cinq ; elle voit parfaitement son bébé. Il insiste longuement sur les mesures du crâne, parfaites.  Voyez vous la colonne vertébrale ? Oui, elle la voit très bien, la colonne vertébrale. Elle a juste besoin de savoir.  Au fond elle sait que le bébé est mort mais elle a sous les yeux et dans les oreilles la jubilation sadique du technicien des mesures, qui mesure un bébé qui ne bouge plus, il le sait, mais les mesures avant tout.  Comment résister au progrès ?

Maintenant, assez joué, on va écouter le cœur. Ah, pas de coeur, serait-ce une défaillance de la machine ?  Impossible, la seule défaillance c’est celle du corps de cette femme qui porte un enfant raté.

Et maintenant que va t-il se passer, demande t-elle d’une voix blanche, toute nue au milieu de la pièce. Lui, le technico-commercial, gêné par sa nudité, répond :

-Rhabillez vous, on en parlera après.

Elle,  elle s’en fout d’être nue, le monde s’est arrêté.

Plus à l’aise de l’autre côté du bureau, elle habillée, il dit :

-Revenez dans quelques jours, pour confirmation.


L’échographie est une opération juteuse.

-En attendant, rentrez chez vous.  C’est 340 francs.  Au revoir madame.

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A propos des jugements de valeur proférés par trop de médecins, une tragi-comédie en trois actes (pour le moment)- par Martin Winckler


Acte I 

Dans Les Brutes en blanc, publié chez Flammarion en octobre 2016 et repris par Points Seuil en octobre 2017, j’écrivais (p. 93 à 103) : 

« Intrusions et jugements de valeur

Quand ils entament leur parcours, les étudiants en médecine sont dans leur grande majorité des individus sensibles. Mais de leurs émotions, leurs répulsions, leurs désirs, il n’est pratiquement jamais question pendant leur apprentissage. Comme en témoignent les blogs et les courriels de jeunes médecins que j’ai l’occasion de lire (et il y en a beaucoup), tout se passe comme si, pendant leurs stages hospitaliers, on attendait d’eux qu’ils ne s’engagent pas, qu’ils restent émotionnellement aussi distants que possible des patients. Ce qui, bien entendu, est impossible.

Abandonnés à leur sort, certains font tout leur possible pour éviter les questions trop intrusives, ou pour les poser avec le plus de délicatesse possible. D’autres décident plutôt de les poser en rafale, de manière mécanique, comme si de rien n’était, ce qui leur permet de ne pas s’exposer émotionnellement et leur donne l’illusion d’avoir ainsi un comportement « professionnel ».

Or, depuis le tournant des années 2000, plusieurs études américaines et britanniques montrent qu’au fil de leurs études, beaucoup d’étudiants se « désensibilisent » et perdent leur empathie. Les causes sont multiples : le stress professionnel, la tempête de sentiments devant l’intensité de la souffrance humaine et leur sentiment d’impuissance à la combattre sont facteurs de burn-out, lequel est suivi d’un repli émotionnel destiné à les protéger.  

Ce phénomène aujourd’hui bien connu (hors de France, du moins) explique, sans le justifier, que de nombreux praticiens apparaissent comme « insensibles » ou « à peine concernés » par ce que les patients leurs disent. Cette insensibilité affichée est, le plus souvent, une posture défensive. Réagir, c’est montrer qu’on est touché. C’est un signe de faiblesse. Or, on enseigne aux médecins qu’ils doivent être forts puisque les patients sont faibles. Ne pas réagir, c’est affecter d’être fort. Cela sert l’image que beaucoup de médecins veulent donner ; ça ne sert pas l’établissement d’une relation de soin.

Et même si certains affichent une « insensibilité » défensive, cela n’explique en rien, en revanche, le caractère inquisiteur et agressif que rapportent beaucoup de patient.e.s, en gynécologie[1].
*

A travers les témoignages adressés à mon site internet, beaucoup de femmes disent avoir fait ou faire encore l’objet de questions nourries sur leur vie sexuelle ou leur situation socio-économique ; et cela, sans lien avec les raisons qui les ont conduites à consulter, ou les questions qu’elles désirent aborder. Ce qui devrait être un échange se transforme alors en interrogatoire policier doublé de jugements de valeur à l’emporte-pièce.

« Vous avez vingt-cinq ans et vous prenez déjà la pilule depuis dix ans ? Vous êtes folle ! Vous voulez faire un cancer, c’est ça ? »

« Comment ? Vous avez trente ans et pas encore d’enfant ? Il serait temps d’y penser !»

D’autres commentent sans délicatesse la situation personnelle de la femme :

« Une jolie fille comme vous, vous vivez seule ? Quel dommage ! »

« Combien de partenaires sexuels avez-vous en ce moment ? Quoi ? Deux ? Et vous vous protégez ou vous êtes inconsciente ? »

« Ouais, ben si vous avez pas de mec, c’est pas étonnant que vous ayez décidé d’avorter ! »

Ce genre de jugements de valeur, beaucoup de patient.e.s en subissent en consultation de gynécologie. Et il peut s’agir aussi bien de remarques désagréables que de commentaires graveleux sur leur manière de s’habiller, leur coiffure, leurs sous-vêtements, le fait qu’elles portent des tatouage ou des piercings, la taille et la forme de leurs seins, de leurs fesses, les vergetures, la cellulite.

« Chaque fois que j’allais chez ce gynécologue, me racontait une internaute, il me faisait déshabiller entièrement et, avant de me faire monter sur la table, il me demandait de rester debout, nue devant lui et il tournait autour de moi en m’examinant sous toutes les coutures. Même quand j’y allais pour renouveler ma pilule ! Au début, je n’y ai pas fait attention, mais à force, j’ai trouvé ça détestable. La dernière fois, pendant que j’allais demander un autre rendez-vous à la secrétaire, il est entré dans le bureau de son confrère et il s’est mis à lui décrire mes seins. Je les ai entendus rire. La secrétaire était pétrifiée, j’ai compris que ça n’était pas la première fois qu’elle entendait ça. Je n’y suis jamais retournée. »

Jugements « freudiens » à l’emporte-pièce

(…)  

Longtemps, en France, seuls les médecins purent se former à la psychanalyse : Jacques Lacan et Françoise Dolto étaient médecins tous deux. En 1950, le Conseil de l’Ordre porta plainte contre Margaret Clark-Williams, psychanalyste qui ne l’était pas, pour « exercice illégal de la médecine ». Aujourd’hui encore, il existe une rivalité non masquée entre les psychanalystes médecins et ceux qui ne le sont pas.

Pour les patients qui n’ont jamais affaire à eux, il pourrait sembler que les psychanalystes n’ont pas beaucoup d’importance en médecine. Or, c’est tout le contraire.

En effet, l’omniprésence de la psychanalyse dans la pensée médicale française a compromis gravement le développement – et surtout la vulgarisation et la diffusion – des psychologies fondées sur une approche scientifique – thérapies comportementales et cognitives, psychologie évolutionniste.

La différence principale entre la psychanalyse et les psychologies scientifiques réside dans leurs bases théoriques et leur méthode de recherche. La psychanalyse a pour bases théoriques les écrits de Freud, et comme méthode de recherche… les commentaires qu’en font les psychanalystes d’hier et d’aujourd’hui. Le Nouveau Testament et ses exégèses, en quelque sorte.   

(…) 
Toutes proportions gardées, la différence entre la théorie psychanalytique et la psychologie scientifique est la même qu’entre les principes de l’homéopathie inventés par Hahnemann au 18e siècle et la biologie contemporaine. Psychanalyse et théorie Hahnemannienne, une fois énoncées, n’ont jamais cherché à se remettre en question.[2]La biologie et la psychologie scientifique le font en permanence.

L’effet le plus pernicieux de la suprématie psychanalytique en France apparaît dans la propension qu’ont beaucoup de médecins français (y compris quand ils ne sont pas psychanalystes) à décréter qu’ils savent ce qu’un patient pense, même (et surtout) si ces pensées sont inconscientes. Comme s’ils pouvaient les lire. Cette incroyable vanité – car il s’agit de ça, plus encore que d’obscurantisme – conduit ainsi des praticiens à prononcer, au sujet de chaque parole ou de chaque geste de patient, des interprétations qui sont autant d’oracles.

Une femme déclare à son médecin qu’après l’accouchement, elle ne désire pas reprendre la pilule, mais utiliser des préservatifs. Réaction du médecin : « Vous êtes castratrice. »

Un homme souffre d’impuissance. Pour le médecin, c’est son inconscient : il a trompé sa femme et se punit. En réalité, il souffre d’artérite des membres inférieurs, ce que le médecin aurait pu diagnostiquer rien qu’en lui prenant le pouls aux chevilles.

Une vieille dame aphasique ne veut plus manger : « Elle régresse au stade infantile. » Non, elle a un abcès dentaire. Une fois l’abcès traité, elle se remet à dévorer.  

Des exemples comme ceux-là, je pourrais en énumérer des centaines. Je finirai simplement par celui-ci : à une rencontre où l’on m’avait invité à parler de contraception, j’entends des médecins que je croyais bien intentionnés dire : « Oui, bon, mais quand tu prescris un stérilet ou un implant, tu te rends compte que c’est une violence imposée au désir inconscient des femmes d’être enceintes ? Au moins, celles qui prennent la pilule peuvent l’oublier et satisfaire leur pulsion refoulée ! »

Stupéfait, j’ai répondu qu’il ne me venait jamais à l’esprit de « deviner » les désirs inconscients des patientes. Lorsqu’elles me disent avoir l’esprit plus libre avec un implant ou un DIU, et qu’elles ont moins peur d’être enceintes, je me contente de les croire sur parole.

Mais bien sûr, « Faut pas croire tout ce que disent les patient.e.s ».

La « posture psychanalytique » de nombreux médecins français peut être franchement désastreuse quand elle énonce des jugements arbitraires, cruels, définitifs. L’une des pires situations est celle, en particulier, des mères d’enfants autistes qui, en plus de devoir faire face à une situation familiale et éducative extrêmement difficile, se sont longtemps entendu dire qu’elles étaient responsable (inconsciemment, bien sûr) de la souffrance de leur enfant. (Beaucoup de psychanalystes disaient encore il y a peu la même chose des mères de garçons homosexuels, comme si l’homosexualité était une maladie.) Les diverses formes de troubles cognitifs apparentés à l’autisme font l’objet de nombreuses recherches et s’il y a bien une chose dont on est à peu près sûr, c’est qu’il s’agit d’un trouble du développement neurologique, dont l’origine est encore inconnue, pas du résultat d’une maltraitance maternelle in utéro !!!

J’ai vécu de près une situation similaire au cours de laquelle une adolescente qualifiée d’ « anorexique », soupçonnée de se faire vomir en cachette (c’était faux) était accusée à mots à peine couverts d’avoir des pensées impures pour son père. Le dit père, qui ne vivait pas avec sa fille, avait eu droit aux mêmes accusations définitives. Si sa fille allait mal, c’était forcément à cause d’un comportement « séducteur » de sa part.

Les psychiatres qui avaient posé ce diagnostic audacieux ne devaient pas y croire eux-mêmes, car ils décidèrent, du jour au lendemain, que l’adolescente n’avait plus besoin de soin.

Allez comprendre.


La violence de ce type de « diagnostic » n’a d’égal que son caractère irrationnel. Dans la plupart des pays développés, psychologie et psychothérapie sont fondées sur des travaux scientifiques, constamment remises en question et réévaluées. C’est pour cette raison que les professionnels de santé britanniques et américains ont rayé l’homosexualité du registre de la psychiatrie. Si les psychanalystes avaient eu leur mot à dire, elle y serait encore.

Le plus stupéfiant dans l’attitude consistant à accuser les patients d’être les « jouets » de leur inconscient, c’est qu’elle laisse entendre que les médecins, eux, n’ont pas de pensées mauvaises, ni de désirs tordus. Bref, qu’ils n’ont pas d’inconscient.

Il n’est évidemment pas possible de dire ce qu’un médecin pense. Mais quand il assène verbalement des jugements négatifs aux personnes qu’il est censé soigner, on est tout à fait en droit de dire qu’il est malveillant et maltraitant, et qu’il trahit sa mission.

En pleine conscience, donc. 

Cachez ce corps que je ne saurais voir

Les violences verbales (assorties ou non d’interprétations sauvages) sont particulièrement intenses quand le corps des patient.e.s ne correspond pas à… l’idéal esthétique (ou physiologique) des médecins, qui se posent alors en hérauts du bon goût.  

Début 2016, le site de Libération publiait un article[3]décrivant les commentaires insultants infligés à des patient.e.s en surpoids. Ces commentaires déplacés, que les personnes en surpoids subissent parfois quotidiennement, sont d’autant plus humiliants quand ils viennent d’un professionnel de santé dont la mission, rappelons-le, est de soigner sans discrimination. Cette attitude n’incite pas, on le comprend, les personnes ainsi échaudées à retourner consulter des médecins qui imputent – à tort, le plus souvent – tous leurs problèmes de santé au poids et tiennent un discours constamment culpabilisant.

En 2015, sur le blog L’école des soignants, j’avais publié un message intitulé « Nenous jugez pas ». Son auteure racontait les humiliations que de nombreux médecins lui avaient fait subir en parlant de son poids, et sa joie devant un praticien qui, disait-elle « lors d’une visite de la médecine du travail, lorsque j’ai passé l’épreuve de la balance n’a rien dit à l’annonce de mon poids. Rien. Et c’est ce silence qui a fait que deux mois après j’ai été chez un nutritionniste, parce qu’il n’y avait eu ni jugement de sa part, ni remarque idiote sur « Vous connaissez mangezbougez.fr? », ni pitié. Rien. »

Parfois, le respect consiste à ne rien dire. Ainsi, on est sûr de ne pas blesser.

Un jugement de valeur, en revanche, est toujours l’expression d’un manque de respect. Venant d’un médecin investi de confiance, c’est déplorable et le signe d’un flagrant défaut de professionnalisme. De plus c’est tout à fait contre-productif, car cela compromet toute possibilité pour le médecin d’apporter quoi que ce soit au patient qu’il a ainsi blessé.

(…)
*

Parfois, les jugements se doublent de contre-vérités éhontées. À de nombreuses reprises, j’ai reçu des messages de jeunes femmes me demandant s’il était vrai qu’un médecin n’avait pas le droit de prescrire une pilule à une mineure : celui qu’elle avait consulté la lui avait refusée en arguant que ses parents pourraient porter plainte contre lui. C’était un mensonge : la loi de 2001 (qui avait également supprimé l’obligation d’une autorisation parentale pour l’IVG et en avait rallongé les délais) stipule précisément :

« Le consentement des titulaires de l’autorité parentale ou, le cas échéant, du représentant légal n’est pas requis pour la prescription, la délivrance ou l’administration de contraceptifs aux personnes mineures. La délivrance de contraceptifs, la réalisation d’examens de biologie médicale en vue d’une prescription contraceptive, la prescription de ces examens ou d’un contraceptif, ainsi que leur prise en charge, sont protégées par le secret pour les personnes mineures. »

            Mais mentir est plus facile que refuser sans motif. »


[1] L’obstétrique, sur laquelle je reviens plus loin dans le livre est elle aussi l’un des hauts lieux de la maltraitance médicale. Je pense que vous en avez entendu parler récemment… 
[2]  Au moins, la prescription homéopathique est dotée d’un fort effet placebo, justement apprécié par les patients. On ne peut pas toujours en dire autant des jugements émis par les psychanalystes.

[3] « Grossophobie médicale : ‘’C’est une angoisse à chaque fois que je dois consulter’’ », par Elsa Maudet, Libération.fr, 8 janvier 2016.

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Acte II 

Deux jours après la parution du livre (5 octobre) – et très probablement sans l’avoir lu – , le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) publiait le communiqué suivant

L’Ordre des médecins regrette que Martin Winckler ait fait le choix de la caricature et de l’amalgame pour assurer la publicité de ses écrits. L’Ordre défendra l’engagement quotidien des médecins, et condamnera toute tentative d’altérer le lien de confiance très fort qui unit nos concitoyens à leur médecin.
La thèse soutenue par Martin Winckler vise en effet à réduire l’ensemble de la profession médicale à des maltraitants. Ce constat est une aberration contredite par les résultats de la grande consultation menée en 2015 par l’Ordre auprès des patients et des médecins :
  • 97% des patients disent avoir une « bonne relation » avec leur médecin traitant, 95% avec les médecins libéraux et 91% avec les hospitaliers.
  • 94% des patients estiment « qu’ils comprennent ce que le médecin leur explique », 87% affirment que « le médecin consulté les a écoutés avec attention » et 87% que « le médecin consulté a compris leurs problèmes. »
La relation de confiance singulière entre le médecin et le patient est le pilier sur lequel se fondent la médecine française et le code de déontologie. Cette relation de confiance est jugée satisfaisante par la très grande majorité des Français.
Comme toute profession, la profession médicale n’est pas épargnée par les dérives de certains professionnels. Même si ces cas restent extrêmement rares, l’Ordre des médecins condamne fermement ces dérives et invite les patients à lui signaler toute situation de maltraitance.   

En tant que garant de la déontologie médicale, l’Ordre des médecins est entièrement mobilisé pour assurer la qualité des soins aux patients sur l’ensemble du territoire national.
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Acte III 

Le 18 septembre 2017, le quotidien 20 minutes titrait : 

Sondage: Un Français sur deux freiné dans son parcours de santé à cause du jugement d’un soignant

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Si – à en croire le CNOM – la maltraitance médicale est rare, les patient.e.s sont en revanche nombreux.ses. à la subir. 

Question de perception, sans doute…

MW 

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Un obscurantisme désespérant

Un échange ordinaire avec une internaute, un jour d’août 2017, sur une des pages de ma chaîne Youtube.

Question :

Bonjour, j’ai 19 ans et suis sous optimizette depuis 1 an. J’ai pendant cette période pris une vingtaine de kilos sans pour autant je pense avoir changé mes habitudes plusieurs fois depuis le début de ma prise de poids j’ai consulté divers médecins qui m’ont assurés qu’il était IMPOSSIBLE que cette pilule soit la cause de ma prise de poids.

J’y ai cru pendant un moment et voyant mon poids augmenter de semaines en semaines j’ai décidé de passer au diu la gynécologue que j’ai consultée (pour la première fois) m’a fait très peur en me disant qu’elle faisait la pose chez des nullipares mais « qu’il ne faudrait pas se plaindre dans 5 ans quand vous serez stérile » en me citant de nombreux exemples d’amis et patientes qui avaient eu un problème de fertilité a cause du stérilet , je lui ait dit que j’avais un partenaire régulier et que peu de risques d’attraper des mst , elle m’a assuré que c’était le stérilet en lui même qui rendait stérile en frottant contre la paroi de l’utérus, mais également que mon utérus étant trop petit j’allais souffrir non seulement pendant la pose mais aussi tout le long du port de celui ci . j’ai insisté et elle a fini par me dire « eh ben elle le veut son stérilet la demoiselle » et a accepté de m’en prescrire un.

J’avoue que depuis j’angoisse et me demande si , mon utérus étant plus petit, il y a un risque de « frottement » sur mon utérus qui pourrait me rendre stérile. Pouvez vous me dire si dans votre pratique vous avez rencontré des cas de stérilité du au stérilet sans autre cause apparente ou si cette gynécologue a juste souhaitée me « démotiver ». Merci beaucoup pour vos vidéos très instructives !!

Réponse :

1° on peut prendre du poids avec optimizette, malheureusement ; on vous a donc menti. Tous les progestatifs peuvent entraîner une prise de poids chez les femmes susceptibles d’en prendre beaucoup pendant une grossesse, car ils reproduisent l’état hormonal de la grossesse.

La liste des effets secondaires de Optimizette comporte d’ailleurs en toutes lettres la mention : prise de poids dans la rubrique « fréquent » (paragraphe 4)  http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/affichageDoc.php?specid=67203730&typedoc=N

2° il n’y a pas d’inconvénient à porter un DIU quand on est nullipare. Deuxième mensonge. Il suffit de choisir un DIU de petite taille (et il en existait déjà au début des années 80, ce qui montre qu’on posait déjà des DIU aux femmes sans enfant.

Voilà ce qu’en disait le Collège des Gynécologues en 2006 (p 65) : http://www.cngof.asso.fr/d_livres/2006_GM_059_serfaty.pdf

Ce qui montre que cette gynéco ne lit pas les recommandations de son propre collège. 

Les stérilités tubaires sont dues aux IST (en général : chlamydiae ou gonocoque) mais pas aux DIU. Donc, non, vous n’avez pas à avoir peur. Mais si elle ne vous l’a pas encore posé, allez vous le faire poser par quelqu’un d’autre (par une sage-femme, ou un médecin dans un Centre de planification : voici la liste de tous les centres de France. https://ivg.social-sante.gouv.fr/les-centres-de-planification.html)

Je regrette vivement que vous soyez si mal tombée à deux reprises. Merci de votre confiance. MW

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Des messages comme celui qui précède, je ne sais pas combien j’en ai reçu. Les mêmes mensonges, le même terrorisme. Cette fois-ci, par curiosité, je suis retourné regarder dans la rubrique Questions-Réponses du site MartinWinckler.com (créé en 2003).

Bonjour,
Je vous écris (en désespoir de cause), parce que je ne supporte pas la pilule ; combinée ou uniquement progestative, je les ai toutes essayées de la plus forte à la micro (micro val et cérazette pour les micro). Toutes me donnent des migraines, maux de jambes, irritabilité. Les gynécologues que j’ai vu l’admettent avec beaucoup de difficulté car les pilules progestatives ne sont pas censées provoquer ce genre de troubles (bien que ce soit écrit dans les effets indésirables de toutes ces pilules). 
Et, ils refusent catégoriquement la pose d’un stérilet, uniquement parce que je n’ai jamais eu d’enfant, ni avorté (j’ai 25 ans). Je viens de lire dans le 
Quiz (et je savais déjà que ça se pratique dans d’autres pays européens) que cette interdiction était un préjugé. Alors, existe-t-il des gynécologues qui pratiquent la pose du stérilet, en France à Paris si possible, pour les femmes n’ayant jamais eu d’enfant ? si oui pouvez vous me donner des noms ? Et s’il n’en existe pas en France, je peux aussi me déplacer en Suisse ou en Belgique ! 
J’attends avec beaucoup d’impatience votre réponse, merci déjà pour les informations recueillies sur votre site ! J’ai déjà exploré pas mal internet à ce sujet, je suis contente de trouver là autre chose que des discours qui semblent prémâchés par les dossiers marketting et études pseudo scientifiques des laboratoires pharmaceutiques.. 
E.

——

Il est désespérant de constater que certain.e.s « professionnel.le.s » n’ont pas évolué depuis 14 ans. On pourrait rire de leur obscurantisme si celui-ci n’était pas aussi lourd de conséquence pour les femmes qu’elles « soignent ».
MW 


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Effets secondaires des médicaments : les médecins devraient TOUJOURS croire les patient.e.s

Cet article publié le lundi 15 mai 2017 avait disparu du blog. Mais sur l’internet, on retrouve toujours tout. Je le republie donc (avec l’échange de courriels qui le suivait). 


Les premières fois que j’ai entendu décrire les effets secondaires des contraceptions hormonales c’était… en fac de médecine. En 1975 ou 1976.


En cours de pharmacologie, pas en cours de gynéco.


Les pharmacologues attiraient l’attention des étudiants sur les effets « systémiques »  (sur d’autres organes que les organes sexuels) de la pilule. Nous savions (c’était écrit noir sur blanc dans le poly et dans les livres) que les contraceptifs oraux provoquaient parfois des phlébites ou des embolies pulmonaires mais aussi des douleurs des seins, une prise de poids, de l’acné et de la séborrhée, des modifications de l’humeur, des syndromes dépressifs…


On nous avertissait aussi sur les interactions entre contraception hormonale et autres médicaments(antituberculeux, antiépileptiques, certains antibiotiques).


(A noter que la fausse interaction entre stérilet et antiinflammatoiresn’était/n’est pas colportée par les pharmacologues, mais par certains médecins et pharmaciens.)


L’une des premières patientes dont j’ai eu à m’occuper s’était retrouvée enceinte parce que le pneumologue qui lui avait prescrit de la rifampicine pour une tuberculose n’avait pas jugé bon de lui dire que cela inactiverait sa pilule. Je pense qu’il n’avait même pas dû lui demander si elle prenait la pilule. Pourtant, ça aurait été logique de lui poser la question : elle avait été enceinte quelques semaines plus tôt , alors qu’elle prenait un autre traitement antituberculeux (l’isoniazide) et elle avait été obligée d’avorter, car l’isoniazide est tératogène.

Ce pneumologue aurait su tout ça s’il avait tout simplement écouté l’histoire de cette femme…



C’était en 1977. Quarante ans plus tard, ça n’a pas changé.


Un certain nombre de médecins continuent à ne pas écouter les femmes qui disent n’avoir plus de libido sous pilule ou avec un implant ou avec un DIU Mirena – alors même que cet effet est connu ET INSCRIT EN TOUTES LETTRES DANS LES NOTICES !!!!



Et certains médecins au moins connaissaient les effets secondaires du Mirena et croyaient les patientes  il y a… onze ans. 


Un certain nombre de médecins (et le fabriquant) continuent à ne pas croire les femmes qui disent souffrir de symptômes très pénibles (douleurs, saignements et autres) après l’implantation d’un dispositif ESSURE, alors que ce dispositif contient du Nickel et que les ALLERGIES AU NICKEL SONT LES PLUS FREQUENTES DANS LA POPULATION !


Ces derniers jours, sur la page FB du CNGOG (Collège national des GynObs), on continue à écrire que « les réseaux sociaux se sont fait une spécialité de dénigrer les gynécologues.  ». https://twitter.com/PresqueRire/status/863779692314329088


Les pauvres ! On compatit de les savoir si marris de se sentir ainsi « accusés ». Cependant, quand ils ne donnent pas les informations et nient ce que les femmes ressentent, il ne s’agit pas d’accusations, mais de reproches fondés…

Et puis, s’il n’y avait pas les réseaux sociaux, les plaintes de beaucoup de femmes resteraient non seulement isolées mais elles seraient complètement passées sous silence. Et un trop grand nombre de médecins continueraient à les balayer d’un revers de main avec des arguments du type « C’est dans votre tête ».


Il est donc temps de le dire et de le répéter clairement (et je m’adresse ici seulement aux médecins qui ne le sauraient pas encore, pas à « tous-les-médecins ») :

Quand un.e patient.e invoque un effet secondaire, un médecin devrait TOUJOURS le ou la croire. TOUJOURS.

En effet, ne pas croire ce que dit un patient est inacceptabled’un point de vue éthique (j’ai détaillé ici le raisonnement à l’appui de cette affirmation).


Dans le cas d’un effet secondaire, ce n’est pas seulement une obligation éthique, c’est une obligation professionnelle et légale. Voici pourquoi. 

1Les patient.e.s sont les premières personnes concernées et menacées par les effets secondaires des médicaments. Les médecins, eux, ne risquent rien.


Les effets indésirables, les patients les subissent (au minimum) au point d’en être très gênés ou (au maximum) jusqu’à en perdre la vie ou encore (entre les deux) à se retrouver handicapés durablement.


Un effet secondaire gênant est nuisible.

« D’abord ne pas nuire » est un principe éthique vieux comme la médecine hippocratique.

Par conséquent, aucun médecin ne peut réfuter un effet indésirable, même s’il n’en a pas connaissance. (Malheureusement, trop de médecins pensent que ce qu’ils ne connaissent pas n’existe pas…) 


Quand bien même cet effet secondaire serait-il « psychologique » (effet nocebo), il n’est pas acceptable de laisser un patient en souffrir. Puisque le rôle du médecin est de soigner. Pas de provoquer (ou de laisser se pérenniser) un effet nocebo !


Par conséquent, toute mention par un.e patient.e d’un effet secondaire (ou, du moins, d’un symptôme associé contemporain, ou consécutif à la prise d’un médicament) doit être non seulement toujours prise au sérieux par le médecin mais aussi conduire celui-ci à proposer immédiatement une modification de traitement (voir plus loin). 



Ajoutons qu’ici, un médecin fait toujours courir moins de risque à un.e patient.e en la croyant qu’en ne la croyant pas. 

En effet, imposer la poursuite d’un traitement mal toléré, c’est au moins pénible, au pire dangereux pour le patient. Changer de traitement (il est rare qu’un traitement soit unique) et passer à un autre, c’est le plus souvent sans danger pour le patient, et c’est indolore pour le médecin. Alors, pourquoi s’en priver ? Par sadisme ? 

2. Les patient.e.s sont les personnes les mieux placées pour dépister les effets secondaires.


Ben oui : c’est dans leur corps que ça se passe. Le médecin peut à la rigueur constater une éruption ou une réaction allergique (si elle se voit) mais il ne peut pas constater un mal de tête, des brulures d’estomac, une diminution de la libido, un vertige, des démangeaisons, des douleurs abdominales, des palpitations, etc. Il est obligé de croire un patient sur parole. Et s’il ne le faisait pas, il ne ferait jamais le moindre diagnostic. 


C’est d’ailleurs en croyant les individus que le fabricant détecte les effets secondaires les plus fréquents : on enrôle des volontaires, on leur donne le médicament, et on les interroge régulièrement sur les effets qu’ils ressentent. Si l’effet est visible (éruption sur la peau, chute de cheveux, acné) on le note. S’il ne l’est pas, on le note aussi car quand quelqu’un dit « J’ai eu mal à l’estomac » ou « J’ai eu mal à la tête » on ne lui fait pas une fibroscopie, ou un scanner, ON LE CROIT !!! Ensuite, quand on rédige la notice du produit, on indique (en principe) tout, avec la fréquence observée chez les personnes ayant reçu le traitement pendant cette phase d’évaluation. 



De plus, parmi les patients d’un médecin, il y a (proportionnellement) plus de personnes ayant des effets secondaires que dans la population générale : Car, par définition, les personnes qui n’ont pas d’effet indésirable ne consultent pas.De sorte que nos confrères devraient savoir que parmi les personnes qui consultent, beaucoup le font pour un symptôme inhabituel, donc pour un effet indésirable potentiel. Il est donc statistiquement inacceptable de leur part de rejeter l’existence d’un effet indésirable chez une personne qui consulte, car elle fait partie d’un groupe auto-sélectionné (« Je prends un médicament et j’ai un symptôme inhabituel »), et non d’une personne « prise au hasard » ou qui perd la tête. 
Le simple fait qu’une personne consulte impose qu’on la prenne au sérieux !!! 



3. Les effets secondaires d’un médicament ne sont pas toujours connus ou identifiés avant sa mise sur le marché. Par conséquent, quand un médecin observe un effet (encore) inconnu, IL DOIT le déclarer !!! (Et, de toute manière, la déclaration des effets indésirables est obligatoire !) 



Pourquoi ne connaît-on pas toujours certains effets indésirables d’un médicament ?


A.     Le fabriquant les connaît mais ne les a pas signalés aux prescripteurs (ou alors en toute petite note de bas de page).


C’est une éventualité fréquente. Les industriels ont tendance à ne pas publier les résultats d’essais qui leur sont défavorables, et à ne pas trop insister sur les effets secondaires graves, en particulier ; voire à les cacher ou à les nier le plus longtemps possible. Quelques exemples :  Thalidomide, Distilbène, Vioxx, Médiator…  



En un sens, quand un médecin réfute un effet secondaire qu’il ne connaît pas, il se fait potentiellement le complice du fabriquant qui l’a peut-être caché, ou ne tient pas à ce que cet effet soit connu… 


B.     Même quand un fabriquant est loyal, il arrive qu’un effet secondaire soit trop peu fréquent pour avoir été identifié lors des essais de tolérance.


Une étude américaine récente rapporte qu’un tiers des médicaments mis sur le marché aux Etats-Unis se sont révélés avoir des effets secondaires non décrits par le fabricant, et ce dans un délai moyen de 4 ans !!!


C.     Certains effets peuvent n’être constatés que chez certaines personnes et pas d’autres !


Je vous renvoie au livre de Peggy Sastre, Le sexe des maladies qui révèle que la plupart des médicaments ne sont testés que chez les hommes, pas chez les femmes, et que les effets toxiques sont par conséquent souvent inconnus chez ces dernières…


Et ce qui est vrai entre les deux sexes l’est aussi d’un groupe ethnique à un autre ! Un médicament testé chez des hommes blancs peut avoir une efficacité (et des effets indésirables) différents chez des hommes d’origine africaine ou asiatique…



4° Croire ce que dit le/la patiente, pour le médecin, c’est seulement la première étape !!!


En effet, une personne peut présenter un symptôme et l’attribuer à un médicament sans pour autant qu’il y ait relation de cause à effet. C’est ce qu’on appelle « l’imputabilité », en médecine. Si vous avez de la fièvre et une toux, ça ne veut pas nécessairement dire que les deux sont liés. C’est très possible, mais ça n’est pas certain. Pour l’affirmer, il faut se pencher sur le problème de très près et l’examiner soigneusement. (Quand on ne le fait pas, on étiquette tous les enfants ayant maux de ventre et diarrhée comme souffrant de gastroentérite, et on passe à côté des appendicites.) 

Autrement dit : les symptômes invoqués par un patient ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Le médecin ne doit ni les rejeter, ni en rester là. 


S’il ne vous croit pas, il ne fait pas son boulot.


 ********


Conclusion : que doit faire un médecin quand un patient se plaint d’un effet indésirable ?


A Lui demander de le lui décrire le plus précisément possible et rechercher si cet effet est décrit dans les notices (parfois, les notices accessibles aux médecins sont plus détaillées que celles dont disposent les patients). 



Que l’effet secondaire soit connu ou inconnu, il doit le déclarer(aujourd’hui, ça se fait en ligne, c’est rapide et facile.)


B Le médecin doit expliquer au patient à quoi l’effet indésirable est dû, s’il est durable ou non, s’il est inquiétant ou non


Même si l’effet indésirable n’est pas menaçant, il doit proposer immédiatement au patient de changer de traitement.


Je dis « proposer » car certains effets indésirables sont parfois tolérés par certain.e.s patient.e.s une fois qu’on les a rassuré.e.s sur leur innocuité.


Je pense en particulier à l’arrêt des règles ou aux saignements intermittents avec un Mirena. Certaines femmes ne les tolèrent pas. D’autres les acceptent parce que ça leur semble un inconvénient mineur par rapport aux bénéfices premiers. C’est leur appréciation qui compte, leur perception et leur confort. Pas ceux du médecin… 

Parfois, le remplacement du traitement incriminé est indispensable pour apporter des informations complémentaires. Dans le cas, par exemple, de la baisse de libido avec un Mirena, le fait de lui substituer un DIU au cuivre (non hormonal) permet très vite (en deux à trois semaines) de confirmer si le symptôme était dû aux hormones. S’il ne l’est pas, l’utilisatrice a quand même une contraception, et on peut chercher une autre cause à cette baisse de libido… 
Ce qui est vrai pour un vêtement qui ne vous va pas ou qui n’est pas confortable, et que vous iriez échanger à la boutique, ça l’est encore plus avec un médicament !!!!

Alors, patientes et patients, continuez à poster sur les blogs et les réseaux sociaux. C’est seulement comme ça que ça fera changer les choses. Comme me le rappelle justement La coupe d’Hygie, « La première notice de médicament mise dans les boîtes a concerné les pilules après une mobilisation des féministes. Dans les années 60, elles se plaignaient de ne pas être écoutées et de ne pas avoir d’information sur le bénéfice et les risques. »

Oui, décidément, certaines choses n’ont pas changé… 

Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)




PS : Une lectrice me suggère de parler du Valproate. C’est très judicieux. Voilà un médicament dont un effet secondaire GRAVE était connu (les effets toxiques sur l’embryon et le foetus) et que de nombreux médecins ont TOUT DE MEME prescrit à des femmes sans se préoccuper de savoir si elles étaient ou allaient être enceintes. (Non, elles ne l’ont pas prise toutes seules, sans prescription…) 


(Note aux pharmacologues, centres de pharmacovigilance, médecins et pharmaciens et internautes non professionnels de santé : si vous identifiez ici des manques ou des erreurs factuelles, ou si vous désirez ajouter des compléments merci de me les signaler à ecoledessoignants@gmail.com ; je les intègrerai à ce billet.)  



**********************

Quiz


Les effets secondaires du Mirena (prise de poids, chute de cheveux, perte de libido, acné, saignement intermittents ou au contraire, arrêt des règles) sont connus et indiqués sur la notice. Ils sont fréquents (jusqu’à 10% des utilisatrices). Pourtant, un certain nombre de médecins ne croient pas les patientes. 


A votre avis, ces médecins-là : 


A.     ne savent pas lire

B.     ne croient que ce qu’ils voient

C.     ont des préjugés sexistes

D.    s’en foutent

E.     sont incompétents

F.     toutes les réponses ci-dessus



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3 commentaires:

  1. Réponse F clairement, avec E en premier dans la liste.

    Répondre

  2. Bonjour,
    Je suis un médecin généraliste qui croit ses patientes! Et hier encore j’ai rassuré et écoutée une patiente et lui ai proposé d’autres moyens de contraception , elle réfléchit et ce n’est pas sur qu’elle ôte son stérilet.
    Je ne reçois aucun labo , je lis Prescrire.
    Et je suis une patiente aussi. Heureuse de son stérilet Mirena et qui serait absolument contrariée si le Mirena devait être retiré du marché! Que les effets secondaires existent nul ne le nie! Mais que la contraception soit une avancée, qu’il puisse exister plusieurs méthodes aux effets secondaires variés ( à choisir par la patiente après information ou après quelques mois d’essais ) cela reste essentiel.
    J’ai juste peur qu’on nous vole notre contraception ! Tous les médicaments ont des effets secondaires , mais avoir 10 enfants non désirés ou faire l’amour en ayant peur de tomber enceinte me semble des effets secondaires plus importants encore.
    Oui , il faut croire les patientes mais il faut défendre la contraception!

    Répondre

    Réponses


    1. Chère Anonyme, Il n’est pas question de faire interdire le Mirena, qui apporte plus de bénéfices que de problèmes. Il est question de PREVENIR les femmes qui pourraient avoir des effets secondaires afin qu’elles soient averties et de CROIRE les femmes qui invoquent les effets secondaires au lieu de les renvoyer dans leurs foyers en disant « c’est dans la tête ». Il est aussi question de ne pas POSER SYSTEMATIQUEMENT un Mirena en disant « c’est mieux » à toutes les femmes qui demandent un DIU, mais de leur donner le choix entre DIU au cuivre et SIU (Mirena). Dans mon expérience de généraliste qui défend la contraception depuis 1983 (et qui ai, je vous le rappelle, publié le premier livre grand public sur le sujet, en 2001), les femmes à qui on donne les informations choisissent des méthodes dont elles acceptent les effets secondaires ; les femmes à qui on donne l’occasion de parler des effets secondaires et de changer de méthode sont plus satisfaites que celles à qui on leur impose une méthode. Et enfin, les femmes qui sont écoutées et respectées vont mieux que celles qu’on ne respecte pas. Défendre la contraception, ça commence par traiter les femmes en adultes, et non en inconscientes qui se plaignent de symptômes « imaginaires ». Or, c’est de ça qu’il est question, et que beaucoup de médecins infligent à leurs patientes. Lutter contre les médecins qui n’ont pas ces attentions, ça n’est pas lutter contre la contraception, mais pour une prescription de qualité. Très amicalement.

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Commentaires fermés sur Effets secondaires des médicaments : les médecins devraient TOUJOURS croire les patient.e.s

Pourquoi je vais continuer à défriser un certain nombre de médecins – par Martin Winckler


J’écris des textes critiques à l’encontre des institutions médicales françaises depuis le début des années 70. (Je n’étais pas « connu », à l’époque, mais j’écrivais déjà et j’étais parfois publié. Pour celles et ceux que ça intéresse, un certain nombre de textes rédigés entre 1975 et le début des années 2000 ont été recueillis dans En soignant, en écrivant.)

Par le terme « institutions médicales » j’entends en particulier (la liste n’est pas exhaustive) :
– l’Ordre des médecins (certains de ses membres sont probablement des gens biens, mais l’Ordre lui-même… Oh, il y aurait tant à en dire…)
– les syndicats et groupes d’intérêts de médecins
– les facultés de médecine, CHU et structures hospitalières
– les réunions (formelles ou non) médicales à visées corporatistes
– les congrès, symposiums, revues et organismes de formation médicale continue financés par l’industrie.

En dehors des (rares) moments ou je cite une personne condamnée par la justice ou dont les propos discutables ont été diffusés par des médias publics ou professionnels, mes critiques visent toujours ces institutions et leur « culture d’entreprise », non les personnes elles-mêmes.

Face à un texte ou à un livre attaquant un groupe constitué ou une institution, les membres de cette institution ont plusieurs possibilités de réagir. L’une d’elles – c’est la plus légitime – consiste à lire le livre, à l’analyser et à répondre aux critiques l’une après l’autre. (Evidemment, ils peuvent le passer sous silence, ce qui est leur droit absolu ; et du silence… il n’y a rien à dire.)

Pourtant, un certain nombre de médecins se sentent personnellement visés par mes propos sans avoir été explicitement nommés – et parfois même sans m’avoir lu… Ils devraient peut-être s’interroger sur leurs propres tendances paranoïaques mais comme ils ne le font pas, je reçois régulièrement des accusations surprenantes.

J’énumère ci-après ces différentes réactions pour montrer ce qu’elles ont de fallacieux.

Ce billet vise avant tout à encourager les citoyen.ne.s qui luttent contre la maltraitance médicale à ne pas se laisser abattre (ou museler) par des « arguments » qui n’en sont pas. 

***

Depuis quarante ans, les réactions négatives qu’on m’a le plus souvent décochées, de La Maladie de Sachs (*) aux Brutes en blanc – sont toujours les mêmes :

« Vous inventez ! Mon expérience personnelle a été tout autre/J’ai jamais entendu ça pendant ma formation. «  

Ce motif est aussi irrecevable – et irrationnel – que de dire (par exemple)
« La violence conjugale n’existe pas ; mon/ma conjoint.e et moi, on s’entend parfaitement bien« .
ou encore
« La gravité n’existe pas : je ne suis jamais tombé. »

C’est une posture égocentrique et pas scientifique du tout : l’expérience d’un médecin n’englobe pas la totalité de l’exercice ou de la formation médicale.

Le fait d’apprendre que quelque chose existe devrait déclencher la curiosité (« Ah bon ? Dites-m’en plus ! ») et non le rejet. L’exemple le plus parlant est celui des médecins qui, à un article de 2003 où je déclarais qu’on pouvait laisser en place un DIU au cuivre pendant 10 ans et plus, ont répliqué : « Mensonge ! Vous êtes irresponsable ! » Or, je m’appuyais sur des essais anglo-saxons relayés par toutes les ONG de santé du monde, et par l’OMS… Mais ils ne les avaient pas lus.

Quand je parle de maltraitance médicale, je m’appuie sur un grand nombre d’autres ouvrages, des enquêtes, des articles, etc mais aussi de témoignages individuels : je reçois plusieurs dizaines de messages de citoyen.ne.s par jour depuis 1998.

Ces citoyen.ne.s sont des patient.e.s, des étudiant.e.s en santé, des professionnel.le.s de santé, des chercheur.e.s. Et je ne suis pas moins « légitime » à m’en faire l’écho qu’un volontaire de MSF qui parle de la violence dans un pays en développement, qu’un avocat qui parle des dénis de justice infligés aux prévenus, qu’un enseignant qui parle des abus de pouvoir dans un établissement scolaire.

Ce n’est pas parce que quelque chose vous est inconnu que ça n’existe pas. 

*

« Le monde médical – et en particulier hospitalo-universitaire – est irréprochable et les médecins sont formés de manière parfaite. » 

Ce qui équivaut à entendre un policier, un magistrat, un enseignant ou un énarque dire que tous les membres de la police, la magistrature, le corps enseignant ou l’ensemble des fonctionnaires issus de l’ENA sont irréprochables…

C’est une posture de caste, consistant à refuser toute remise en cause du groupe dont on fait partie. 

*

« Vous parlez d’un temps révolu. La pratique médicale a changé. » 

Les théories sur la supériorité des races n’ont plus cours, mais les racistes existent encore.
L’idée que les femmes ne sont pas des êtres humains à part entière n’est plus dominante, mais la misogynie et le sexisme sont encore présents (y compris dans le monde médical).
Le fait que la violence conjugale soit criminalisée n’empêche pas, malheureusement, qu’il y ait encore des hommes qui assassinent des femmes. Le fait que le harcèlement moral soit pénalisé (et encore, pas toujours) n’empêche pas que le harcèlement soit encore monnaie courante.

De même, le fait que la formation médicale soit différente aujourd’hui de ce qu’elle était en 1977 ne signifie en rien que tous les médecins en exercice aujourd’hui se comportent de manière plus éthique, ni que la maltraitance médicale a disparu. La marchandisation, l’hypertechnologisation, l’hyperspécialisation de la santé sont toutes des facteurs allant dans le sens d’une maltraitance accrue.

Il faut plusieurs générations pour changer des valeurs et des mentalités, a fortiori des comportements. Et cela, si les conditions socio-économiques le permettent ! 

*

« On n’enseigne plus la médecine comme ça. » 

C’est probablement vrai dans de nombreux endroits et pour de nombreux enseignants, mais il s’en faut de beaucoup que ce soit vrai partout – voir le débat récent sur les examens gynécologiques sous AG, (qui a suscité des cris d’orfraie de nombreux professionnels hurlant à la calomnie en dépit des rapports officiels accablants) ; ou encore les constatations tout à fait actuelles du livre de Valérie Auslender, Omerta à l’hôpital concernant la maltraitance subie par les étudiants en santé.

Le livre de V. Auslender n’a pas été (que je sache) voué aux gémonies, et c’est heureux. Ce qui me surprend plus, c’est que l’on n’en tire pas les conclusions logiques : si tant d’étudiants en santé sont maltraités (par leurs formateurs, autant que par le système), comment ne pas craindre que leur capacité à soigner en soit altérée ? Et quand on sait que cette maltraitance est identique à celle que l’on décrivait (et que mes camarades et moi avons subie) il y a quarante ans, comment prétendre qu’on « n’enseigne plus comme ça » ?

Depuis la PACES jusqu’aux ECN, la médecine française est fondée sur une sélection élitiste et sur l’enseignement par argument d’autorité. 

Non seulement ça ne s’est pas arrangé depuis quarante ans, mais ça s’est encore aggravé. Ceux qui ne le voient pas sont aveugles ou stupides, ou les deux.

De plus, l’enseignement actuel de la médecine comporte plusieurs volets : l’enseignement théorique préclinique (qui comprend des sciences humaines, entre autres) et l’enseignement clinique – qui se déroule sous la supervision de professionnels exerçant parfois depuis des décennies.

Ces professionnels transmettent aux étudiants ce qu’on appelle dans les pays anglo-saxons le « curriculum caché » (hidden curriculum) des attitudes, des postures, des gestes, des points de vue qui sont le reflet de leurs propres valeurs. Ces valeurs ne sont, le plus souvent, pas discutables/questionnables par les étudiants car on ne peut pas apprendre et en même temps questionner l’enseignement du mentor si le questionnement réciproque ne fait pas partie intégrante de la démarche d’enseignement.

Ainsi, quand une figure d’autorité déclare : « Au moment de l’accouchement, tout le sang est drainé vers l’utérus, au détriment du cerveau. La manière dont on vit et décrit a posteriori son accouchement peut ne pas correspondre complètement à la réalité »quel.le étudiant.e osera mettre en question son sexisme ?

Il ne fait aucun doute que certains enseignants en France pratiquent une pédagogie bienveillante, incluant le questionnement et le doute. Est-ce pour autant le cas de tous ? 

J’ai entendu beaucoup d’enseignants déclarer « Je le fais », mais aucun dire « Tout le monde le fait ». Car ils savent que tout le monde ne le fait pas. Affirmer par conséquent « On n’enseigne plus la médecine comme ça » n’est pas seulement inexact, c’est aussi se fourrer le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Le biologiste Robert Trivers appelle ça Self Deception et a écrit un livre passionnant sur le sujet. (Traduit en espagnol, en italien et en allemand.)

La digitoendooculopraxie (activité consistant à se fourrer le doigt dans l’oeil) est un acquis évolutif indispensable à notre survie : mieux vaut croire que le bruit dans le buisson est produit par un lion plutôt que par le vent. Dans le premier cas on s’écarte pour rien ; dans le second on risque de servir de repas.

Mais elle contribue aussi – et c’est plus regrettable – à la survie des systèmes de pensée les plus arbitraires. Il est très difficile d’admettre que la personne à qui on fait confiance est une brute. C’est pour cela que beaucoup d’enfants battus ne luttent pas contre, voire défendent leur parents batteurs. Il en va de même pour les médecins éduqués violemment par leurs maîtres. Reconnaître qu’ils ont été violentés ça peut être très déstabilisant : ça veut dire qu’on a respecté des brutes et qu’on a appris son métier de ces brutes.

Il est de plus très périlleux de remettre en question l’institution dont on fait partie. J’ai rencontré un certain nombre de profs de faculté rebelles (y compris pendant mes études) mais aucun n’avait la vie facile. Et ils étaient une minorité. Critiquer l’institution c’est en être éjecté ou rester marginalisé.

L’absence d’esprit critique concerne les membres de toutes les institutions élitistes : les grandes écoles, l’armée, l’Eglise, les sectes, les clubs exclusifs… Et les institutions fermées ont furieusement tendance – et intérêt – à se reproduire.

Alors, prétendre que les facultés de médecine françaises ne sont pas (plus) élitistes et se sont transformées en parangon de bienveillance au cours des quarante dernières années, c’est… désarmant. 

*

« Les patients qui se plaignent ne comprennent pas ce qu’est être médecin ; leurs plaintes ne sont pas fondées. » 

Cette « objection » est si paternaliste qu’elle se disqualifie au moment même où on la formule. Les patients n’ont pas besoin de savoir ce qu’est d’être médecin pour dire s’ils sont soignés ou s’ils sont maltraités. Personne n’a besoin de savoir ce que vivent un parent maltraitant ou un militaire brutal pour condamner leur violence.

De même qu’un symptôme (« J’ai mal ») est indiscutable, le sentiment ou la sensation d’être maltraité.e ne peut pas être disqualifiée par celui ou celle qui les provoque. Tout ce qu’il ou elle devrait faire, c’est entendre et y remédier.

Car soigner impose aussi de soigner le mal qu’on peut être amené (à tort ou à raison) à provoquer soi-même. (Ca s’appelle la iatrogénie – les maux provoqués par les traitements médicaux – , et c’est bien étudié depuis longtemps, mais très peu enseigné aux premiers concernés.)

Soigner, ça consiste d’abord à écouter les plaintes des patients. Et à les croire. Et à prendre leur parti. Disqualifier leurs opinions sur les médecins, c’est crapuleux. Ces opinions font précisément partie des outils qui doivent permettre d’améliorer les comportements. 

*

« Tout le monde n’est pas comme ça, et en attirant l’attention sur les quelques moutons noirs, vous diabolisez ceux qui font bien leur métier. » 

Là encore, il s’agit d’une défense du groupe, qui ne résiste pas à la réflexion.

Quand bien même il n’y aurait dans tout le corps médical qu’un seul médecin violeur (par exemple), le dénoncer haut et fort en appelant tous ses confrères à se désolidariser de lui n’équivaut pas à condamner la profession. Mais au contraire à lui demander de balayer devant sa porte.

Je conçois que prendre position sur le comportement d’un confrère n’est pas facile, et représente un risque réel. Si l’on défend l’institution, on peut être soupçonné (à raison ou à tort) de complicité avec les médecins maltraitants ; si l’on prend parti pour les patients, on peut être perçu par ses collègues comme « traître » à la corporation.

On peut, bien sûr, choisir de ne rien dire et continuer sa vie comme si de rien n’était. Se taire est aussi une prise de position. Pour être tout à fait tranquille, mieux vaut d’ailleurs ne pas chercher à savoir ; et, si jamais on entend parler d’un « problème », de ne pas y croire. Comme ça, on est parfaitement tranquille.

Mais ça ne change rien à la réalité : quand on voit quelqu’un commettre une mauvaise action, détourner les yeux, ne pas l’empêcher ni la dénoncer, c’est s’en faire complice. 

*

« Vous n’êtes pas/plus médecin en exercice. Vous ne savez pas de quoi vous parlez. » 

Là encore il s’agit d’une posture de caste (ou de classe, ou les deux) : elle sous-entend que les seules personnes habilitées à critiquer le corps médical doivent en faire partie. Ce qui équivaut à dire qu’on ne peut critiquer que « de l’intérieur ». C’est évidemment fallacieux : il n’est pas nécessaire d’être policier pour critiquer le comportement d’un officier de police, ni enseignant pour critiquer l’attitude d’un enseignant, ni même d’avoir fait son service militaire pour critiquer le comportement de l’armée.

Dans un pays qui se dit démocratique, tout.e citoyen.ne est habilité.e à interpeller ou critiquer une institution chargée de servir les intérêts des citoyen.ne.s. Et une institution publique a pour obligation d’entendre ces points de vue et d’en tenir compte. 

*


« Votre propos est manichéen. » 

Ce n’est pas un argument, c’est juste une invective. En se focalisant sur la « nature » supposée de mes propos, on évite d’avoir à en discuter la teneur. C’est du même ordre que le psychanalyste qui accuse une mère d’être responsable de l’autisme ou de la schizophrénie de son enfant. C’est gratuit, infondé et juste malveillant.

Ca marche avec les individus déjà culpabilisés. Heureusement, tout le monde n’est pas sensible à la culpabilisation. Ni aux « objections » creuses.

*

« Vous contribuez à détruire une profession déjà trop fragilisée. » 

Ici, on est dans la pire des manoeuvres : se présenter en victime.
D’une part, laisser entendre que je vais à moi seul « détruire » une profession est risible. Je me souviens de plusieurs autres reproches du même genre – en particulier de la part du LEEM qui, après mes chroniques sur France Inter, déclarait : « Ces accusations introduisent donc le doute et la suspicion sur la prescription des médecins, sur les médicaments prescrits, ou sur la réalité de certaines maladies, risquant ainsi de mettre en danger la santé des malades. » 

C’est me prêter beaucoup de pouvoir. Beaucoup plus que le pouvoir de malfaisance des labos ou des médecins maltraitants. J’aimerais bien avoir autant de pouvoir que ça. Je pourrais, à mon tour, faire de vrais dégâts chez ceux qui en commettent. Mais heureusement pour tout le monde (à commencer par ma pomme), je ne suis ni Voldemort, ni Robespierre…

Accuser des individus, ça permet de ne pas voir la réalité. La « destruction » de la profession a été amorcée depuis longtemps. Sa marchandisation était déjà dénoncée par Ivan Ilich ; sa déshumanisation par Jean Carpentier ; son hyperspécialisation
– et la nécessité de préserver la relation entre soignant et soigné –
par Norbert Bensaïd dans les années 70.

Cette destruction est réelle, mais elle concerne essentiellement les pratiques méprisées – à commencer par la médecine générale. Cette destruction est entretenue par l’absence totale de solidarité dans la profession. Depuis cinquante ans, les syndicats médicaux défendent avant tout les intérêts des spécialités les plus rémunératrices pour médecins et industrie. La médecine générale continue à être traitée par le mépris tout au long des études de médecine – ce qui contribue à la désaffection des étudiants. Les généralistes en exercice sont harassés et maltraités par l’administration, ce qui contribue à ce qu’ils dévissent leur plaque.

Toutes ces choses, je suis l’un de ceux qui les écrivent depuis… quarante ans. Il est vrai que la plupart de mes détracteurs d’aujourd’hui ne me lisaient pas quand j’écrivais dans Prescrire ou Pratiques au cours des années 80.

Mais la violence médicale des années 70 et 80 était également décrite de manière spectaculaire par d’autres – en particulier par une soignante non-médecin, Victoria Thérame, dans un livre époustouflant intitulé Hosto-Blues. Je l’ai relu ces jours-ci. Quand on lit des blogs comme « Une patiente impatiente » ou celui de Florence Braud, on voit que rien n’a vraiment changé…

La particularité de ces militants/écrivants du soin qu’étaient Carpentier, Bensaid et Thérame, c’est qu’aucun d’eux ne se posait en victime. Ils n’oubliaient pas que les patient.e.s dont ils s’occupaient étaient bien plus à plaindre qu’eux.

La présentation de la profession comme « victime » n’est pas seulement crapuleux, il est indécent. Certains médecins sont, effectivement, en mauvaise posture. Gravement.
D’autres ne le sont pas du tout, comme en témoignent les chiffres annuels de l’INSEE.

Présenter « la profession » comme « fragile » est donc doublement crapuleux. A l’égard des patients et à l’égard des professionnels de santé qui sont vraiment en difficulté – à commencer par tous les soignants non médecins : aide-soignants, infirmier.e.s, sages-femmes, etc. 

*

« Vous écrivez ça pour vous faire connaître/par démagogie/par esprit de revanche/etc ».
L’un des derniers en date, sur Twitter : « Vous racolez pour faire du fric. »

Ce n’est pas un argument, c’est – encore une fois – juste une attaque ad hominem. Ca évite d’aborder le fond, de lire, de réfléchir et de contre-argumenter.

Et encore une fois, ça équivaut à dire que toute expression écrite est purement destinée à se faire valoir. Si tel est le cas, il faut mettre tous les interviews de médecins, toutes les autobiographies de grands professeurs et toutes les émissions de télé vantant tel ou tel service dans le même sac.

(Soit dit en aparté, l’accusation d’ « écrire des livres qui se vendent » m’a toujours fait rigoler. Je me souviens qu’un journaliste français demandait à John Ford – qu’il révérait comme un artiste – s’il regrettait de devoir tourner des films « commerciaux ». Ford lui a répondu : « J’espère bien qu’ils sont commerciaux et que le public ira les voir ! C’est grâce à ça que je pourrai tourner les suivants ! » Alors oui, j’espère bien que mes livres se vendront, assez pour que je puisse continuer à publier. Car peu d’éditeurs publient les auteurs dont les livres ne se vendent pas du tout. Mais quant à devenir riche en écrivant des livres, faut pas rêver… Seuls ceux qui n’ont jamais écrit de manière professionnelle fantasment sur la richesse des écrivants.)

*

Tous ces arguments n’ont aucune importance : nous sommes désormais nombreux/ses à exiger une plus grande éthique de la part de la profession médicale, comme en témoigne la multiplication des blogs de témoignages et de critiques rédigés par patient.e.s et soignant.e.s. 

Cela devrait faire bouger les choses. Ca commence à être le cas, et j’en suis très heureux. Je pense depuis toujours qu’il y a plus de soignant.e.s soucieux d’intégrité et d’éthique que de soignant.e.s sans scrupules. Reste qu’il y a encore beaucoup à faire pour que la bienveillance et la vigilance des un.e.s l’emportent sur les méfaits des autres.

Autant dire que (si le sort me prête vie) je ne suis pas près de lâcher mon clavier.

Marc Zaffran, alias Martin Winckler
(citoyen, écrivant, médecin)

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(*) La Maladie de Sachs a été considéré par de nombreux généralistes comme l’un des livres qui décrivait le mieux leur métier. J’y décrivais déjà l’élitisme, la hiérarchie et la maltraitance médicale, en parlant des médecins qui se comportent comme des Docteurs et de ceux qui agissent comme des soignants.
C’était il y a vingt ans.
Aujourd’hui, singulièrement, certains médecins me reprochent , dans Les Brutes en blanc, des critiques déjà présentes dans Sachs et reprises depuis dans Les Trois Médecins puis dans Le Choeur des femmes. Comme si ces propos critiques étaient nouveaux.

Comme quoi, on lit ce qu’on veut… et la mémoire est courte.

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Commentaires fermés sur Pourquoi je vais continuer à défriser un certain nombre de médecins – par Martin Winckler

Vol au-dessus de Fort Boyard – par La Folie Ordinaire

On pourra penser que cet article est opportuniste et profite de la bulle médiatique autour de cette problématique levée récemment à la suite d’énergies multiples. Probablement. Et ce n’est pas un problème pour autant. J’assume.

Si j’ai participé en tant que psychiatre, psychothérapeute et blogueuse sous mon pseudo “La Folie Ordinaire” en cosignant la tribune du Monde du 10 juillet 2017 intitulée Fort Boyard: la maladie mentale n’est pas un jeu, c’est que ce type de divertissement participe directement à la stigmatisation de la maladie mentale en la représentant de façon archaïque. De nombreux articles ont abordé le sujet dans la presse depuis sa première diffusion le 24 juin 2017. Vous trouverez une bonne partie de ceux-ci en bas de l’article.


L’Asile de Fort Boyard


En pratique, ce jeu consistant à mettre un participant en chambre d’isolement capitonnée et en camisole pour récupérer des balles avec sa bouche dans un environnement angoissant surfe sur la vague des peurs, comme à l’accoutumée dans Fort Boyard. En effet, il y a plusieurs types d’épreuves dans ce jeu: celles demandant des compétences sportives, une habileté dans un contexte stressant, une réflexion et celles pouvant mettre face aux peurs archaïques que chacun peut avoir.

Parmi celles-ci, il y a  les classiques phobies des animaux qui sont régulièrement mises en oeuvre. Quoi de plus stressant de voir pour le spectateur la tête du participant avec des insectes grouillants, des araignées, des serpents, des rats ou autres bestioles qui ont une cote de popularité relativement pauvre…

La psychophobie


Sauf que cette année, les producteurs ont accepté des scénaristes de l’émission de surfer sur une nouvelle phobie: la psychophobie. La phobie de la maladie psychique, mentale. Bref, la peur du fou ou de le devenir et de se faire hospitaliser en psychiatrie. “Interner” comme je l’entends encore trop souvent, au point de faire saigner mes oreilles. Beaucoup de gens ont encore peur de se faire enfermer à vie comme cela avait pu être le cas à une époque révolue depuis longtemps. Les fantasmes de la Folie et de ses soins restent ancrés sur des représentations effrayantes qui ont eu un certain succès cinématographique.



 Vol au dessus d’un nid de coucou



Et oui, beaucoup de personnes sont encore dans leur imaginaire à l’époque de Vol au dessus d’un nid de coucou  de Milos Forman qui avait consacré Jack Nicholson dans un rôle de fou qu’il jouera tout aussi bien dans un registre différent en 1980 dans Shining de Stanley Kubrick. Dans Vol au dessus d’un nid de coucou, l’hôpital psychiatrique est représenté avec tous ses rituels, ses soins qui asservissent le patient à l’institution avec toutes les formes de traitement qui retirent la liberté d’agir. Les murs, les barreaux, les traitements neuroleptiques qui zombifient, l’isolement, la contention physique avec les camisoles, les électrochocs fait à l’époque sans anesthésie générale, jusqu’à l’ultime lobotomie. Désolée de spoiler pour ceux qui ne l’avaient pas vu, mais le film reste génial à voir même si on en connaît le déroulé.

Il évoque juste une pratique révolue ! Mais que continue à véhiculer ce genre d’épreuve de l’émission. Beaucoup de non usagers de la psychiatrie et de non soignants pensent encore qu’il s’agit du vrai visage de la psychiatrie d’aujourd’hui. Que le capiton et la camisole restent monnaie courante. Et du coup, lorsque les besoins de se soigner se font sentir, les gens n’osent pas recourir aux soins. En retardant l’accès aux soins, le pronostic de certaines maladies s’en voit aggravé. Pour les courageux , voici des articles de publications scientifiques sur le sujet (1-3).



Stigmatisation



Voir un(e) psychiatre est encore trop souvent considéré comme uniquement indiqué pour les fous. Toutes les expressions qui persistent dans le langage courant attestent encore de cette stigmatisation: “t’es fou”, “t’es malade”, “va te faire suivre” sont autant d’injonctions qui manquent de bienveillance. On se méfie du fou, de « l’anormal », de celui dont les réactions paraissent ne pas respecter les codes de la société. La crainte du passage à l’acte agressif est souvent sous-jacente, alors qu’il est bien connu dans le monde psychiatrique que les personnes atteintes d’une maladie mentale sont d’abord les victimes de violences avant d’en être les auteurs, de très loin. (4) Oui, mais dans le monde psychiatrique. Alors il faut diffuser cette information pour combattre les que les rares passages à l’acte médiatisés que retient le grand public.



Les soins psychiatriques



En psychiatrie en France, l’organisation des soins repose toujours en grande partie sur le secteur (cf cet article). Ce réseau est capital. Ceux qui le contestent parfois n’en comprennent généralement pas le rôle.

Pour revenir aux représentations des films, fort heureusement, à notre époque, il n’y a plus de lobotomie. Les électrochocs persistent parce que c’est le meilleur traitement existant sur le marché dans certaines indications précises (je ferai plus tard un billet sur le sujet). Mais en salle de réveil, sous anesthésie générale, en respectant un protocole strict qui permet l’absence de complications majeures outre des problèmes de mémoire. 

La camisole n’existe plus ou pratiquement plus bien que j’ai eu l’occasion de la voir une fois (cf cet article d’une expérience lorsque j’étais interne). Cependant la contention physique persiste sous d’autres formes (lire cet article).

Elle peut être discutée dans un certain nombre de cas. Inutile dans d’autres. De même que les chambres d’isolement. Ces pratiques sont actuellement souvent encore nécessaire pour des raisons triviales que voici.

Elles sont utilisées majoritairement dans des situations de crise ou l’agitation d’un patient amènera à un besoin de canalisation. Cette canalisation peut être faite par la voie de la parole quand les soignants qui s’occupent de ces problématiques sont suffisamment nombreux et formés. Chose qui tend à être plus fragile avec une tendance à s’aggraver ces dernières années.



Les soignants en psychiatrie



La psychiatrie est souvent le parent pauvre de la médecine. Les budgets alloués sont souvent en deçà des besoins. Les équipes manquent de personnel. Le diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique (ISP) a disparu en 1992 (5) et les jeunes générations d’infirmiers n’ont que la formation générale qui leur permet de passer de la psychiatrie à la réanimation ou la cardiologie de manière aisée.

L’importance du relationnel en psychiatrie, de l’empathie et de l’aptitude à déjouer les crises nécessite un sens inné ou une formation spécifique qui n’existe plus. Alors les soignants apprennent sur le tas. Ou pas. Je ne jette pas la pierre. Qui peut faire ce qu’on ne lui apprend pas. Il existe bien des formations a posteriori mais tout le monde n’y a pas forcément accès tout de suite et elles sont moins vastes que celles dispensées dans l’ancien diplôme d’ISP.



Changer les choses



Plutôt que de montrer la Folie sous cet angle, apportons donc un peu d’humanité, de soutien et participons à une meilleure connaissance des maladies psychiatriques qui permettront d’amoindrir les croyances qui laissent la peau dure à cette image négative de la psychiatrie et de la Folie.

Malgré le fait de raconter certaines histoires souvent tristes de mes patients, je suis plutôt une fille qui aime rire. Je peux même avoir une certaine tendance à aimer l’humour noir. Je relis par moments Pierre Desproges avec délectation. Mais là, cela n’a rien à voir avec de l’humour. C’est discriminant. Peut-être que c’est sans s’en rendre compte. Que vous ne voyez pas où est le problème. Mais c’est une réalité pour de nombreuses personnes. Alors s’il vous plaît France 2,  admettez-le et retirez cette épreuve de votre émission !

Merci aux nombreux Twittos avec qui j’ai pu échanger sur le sujet et qui ont participé à la constitution de la Tribune du Monde. Je ne serai forcément pas exhaustive puisque nous étions plus de cinquante, alors pardonnez-moi, mais je cite @CdFous, @Babeth_AS, @Martinez_J_, @alexnlm, @Galatee, @DrPsydufutur, @LePsylab, @pedrosanchau, @Anne_A_P, @BeaulieuBap, @MartinWinckler, @Linternee, @Litthérapeute, @garsanis, @DelarueJC, @PhilippeBanyols, @odile31, @SolUsagersPsy, …

Voici les articles de la presse sur le sujet, classés chronologiquement:

le 27 juin:  

 

le 28 juin:

le 29 juin:

le 3 juillet:

le 5 juillet:

le 8 juillet:

le 10  juillet:

le 11 juillet:

le 12 juillet:

Et les quelques rares citations qui appuient le discours scientifique sous-jacent.

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