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Est-ce au médecin (généraliste) de choisir ce que doit lui dire le consultant ?

J’ai lu l’autre jour le tweet d’un médecin généraliste qui trépignait d’acquiescement en vantant une affichette telle que celle que je vous montre ci-dessus et qui était apposée sur la porte d’une salle d’attente à destination de patients (anglais) consultant en médecine générale : « Un problème par consultation. S’il vous plaît. »

Cette affiche est, selon moi, la négation de la médecine générale. 
Mais, et certains s’en souviendront peut-être, je n’ai pas toujours pensé comme cela : je me laissais sans doute emporter par la colère, par le mainstream des idées faciles, par mon paternalisme et… par l’encombrement des consultations…

Examinons l’affaire.

La médecine générale est une médecine de premier recours. Mais pas que.
Ce n’est pas au médecin de choisir le ou les motifs de consultation des patients (ou des non patients).
Il est possible (et souhaitable) que ce soit le médecin qui détermine la hiérarchie des priorités : un infarctus versus un rhume.

Tout le monde connaît cette histoire de consultation : Un.e dame.monsieur vient pour a) le renouvellement de ses médicaments, b) un (petit) rhume, c) une verrue et, en fin de consultation, la main sur la poignée de la porte : « Jai mal au mollet ». Et c’est finalement une phlébite…

Chaque consultation de médecine générale est unique (même ceux qui parlent de bobologie le comprendront) et dans les réunions de groupes de pairs, les cas les plus banals sont souvent ceux qui entraînent le plus loin dans le coeur du métier.

Quand un patient consulte pour un « renouvellement », ce renouvellement comporte plusieurs sous motifs : faudrait-il les scinder ?

Dans le cadre d’un suivi longitudinal (diachronique selon la vulgate universitaire un peu péteuse) le praticien, en accord avec son consultant, peut décider d’aborder lors de consultations successives des problèmes qui peuvent être considérés comme distincts : prévention du cancer du col et/ou régime hypocalorique et/ou autokinésithérapie pour lombalgies.

Lors d’une consultation unique il est aussi possible de faire le point sur les différentes pathologies suivies afin de fournir au consultant une vision cohérente de son état de santé : plusieurs motifs, plusieurs problèmes (et vision synchronique pour ls péteux).

Je m’arrête là. La médecine générale peut et doit avoir une vision holistique (terme très péteux également) des patients mais il faut se méfier de cette vision globalisante qui a tendance à faire du tout médical et à médicaliser la santé.

Cette affiche issue du NHS dont tout le monde dit du mal en dehors du Royaume-Uni mais que  Margareth McCartney défend bec et ongles (en voulant le transformer) dans son dernier livre « The state of Medicine » et où elle écrit que tout le monde envie le NHS -!-) est une affiche économique.

C’est une vision économique de la médecine comme j’ai une vision économique dans mon propre cabinet avec des rendez-vous tous les quart d’heure qui sont un compromis entre les attentes des consultants, les représentations collectives de la santé (péteux), le prix de la consultation, mes charges et mes besoins…

Donc, pour des raisons fonctionnelles (et économiques), le système choisit ce que le consultant doit et a le droit de raconter pendant la consultation.

Oups.

On pourrait dire également : le médecin, sous couvert des contraintes du système, choisit ce que le consultant doit et a le droit de raconter en consultation. On est loin de la décision partagée. Les associations de patients pourraient parler, à juste titre, d’abus de pouvoir.

La médecine générale est la médecine de l’individu malade (ou non) et non une médecine de motifs séparés (j’ajouterai : de pathologies déjà constituées). Je pourrais développer mais j’aurais peur de me répéter sur l’originalité de la médecine générale et sur ses manques.

Nous sommes en plein paradoxe : les médecins veulent tout médicaliser, s’étonnent que les consultants les prennent au pied de la lettre, s’arqueboutent sur le pouvoir médical mais voudraient que les consultants hiérarchisent eux-mêmes leurs plaintes dans une démarche économique et consumériste (le principe des marketeurs influençant les industriels est : à un besoin ou à une indication correspond un produit ; l’exception étant Minimir, les vendeurs ont des ruses infinies, qui est multi usages et pas cher : une métaphore du médecin généraliste ?).

Le consultant consulte pour des raisons qui lui échappent parfois et qui échappent parfois aussi au consulté.

Il semblerait donc que le rapport temps/bénéfices soit au centre de notre sujet.

Je rappelle qu’en moyenne une consultation de médecine générale dans le NHS anglais dure 7 minutes et que le temps réel en France est de moins de 15 minutes.

Commentaire des gens qui critiquent le système anglais parce qu’il n’est pas assez libéral mais qui en retiennent des aspects positifs (la rémunération)  : « Oh là là, le nul, il ne sait pas que dans le système du NHS, il y a une nurse qui  note des éléments administratifs, prend la tension, et cetera, avant que le docteur n’examine le patient. Ce qui explique le faible temps de consultation. » Je rappelle aussi que les médecins généralistes anglo-gallois voient en moyenne 50 à 60 patients par jour !
Une patiente me disait par ailleurs l’autre jour que chez son pédiaaaaaaatre, une assistante (secrétaire ? infirmière ? puericultrice ? jeune fille au pair ?) déshabillait l’enfant, le pesait et le mesurait avant que le docteur n’intervienne. Elle trouvait ça bien, elle m’a même dit « c’est classe ».
Mouais.
Je vais caricaturer : 
La médecine générale est la médecine de l’individu malade (ou non) et non une médecine de motifs séparés (j’ajouterai : de pathologies déjà constituées). Je pourrais développer mais j’aurais peur de me répéter sur l’originalité de la médecine générale et sur ses manques (cela fait environ 800 billets de blog).

Bel articulet de Margareth McCartney sur le sujet initial (un problème, une consultation) que j’ai trouvé en picorant sur le web : ICI.

((je lisais l’autre jour un compte rendu d’hospitalisation d’une de mes patientes — d’origine africaine– suivie depuis trois ans dans un service parisien huppé de rhumatologie, et je ne comprenais strictement rien. J’ai seulement compris que le diagnostic de Polyarthrite Rhumatoïde avait été fait depuis belle lurette mais qu’on cherchait pourquoi la patiente ne répondait pas aux traitements proposés (tout en, la méchante, faire plein d’effets indésirables gênants). Le jargon était diafoiresque mais la patiente n’allait pas mieux. J’avais souligné dans le premier courrier d’adressage que j’avais remarqué l’incidence curueuse de pathologies rhumatologiques complexes chez mes patientes d’origine africaine et le chef de service m’avait gentiment répondu sur le sujet sans donner d’explications))

Prendre la pression artérielle est un geste médical (que l’on peut déléguer, que l’on doit parfois déléguer à des non médecins, mais surtout aux patients eux-mêmes) dont les conséquences sont majeures. Une étude a montré que plus on répétait la prise de la pression artérielle en cabinet de consultation et plus les patients, au fil des ans, était traité par un nombre toujours plus important de médicaments anti hypertenseurs.

Déhabiller un enfant ou le faire déshabiller par la maman ou le papa ou les deux est un moment très important de la consultation et ce d’autant que les enfants sont petits. Quand je touche et parle à l’enfant que je mets à nu, j’ai une relation particulière avec lui et les questions que je lui pose, les propos que je lui tiens, fusse-t-il un nourrisson, sont toujours fructueuses. Mon examen clinique, j’exagère, et mon examen social, et sociétal est pratiquement terminé (quand il n’y a pas de problèmes) après ce déshabillage. J’exagère bien entendu. Ah, au fait, l’enfant, combien de motifs de consultations ?
C’est tout pour aujourd’hui.

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Un enfant médicalisé. Histoire de consultation 197.

Distribution des cigarettes à l’hôpital
Madame A, 32 ans, accompagne son petit B, trois ans et trois mois qui fréquente la classe des petits en maternelle.

La maman : « J’ai plusieurs choses à vous demander. »

Je connais le petit B pour deux choses : trois otites moyennes aiguës pour lesquelles j’ai dû me battre pour ne pas prescrire d’antibiotiques ; deux épisodes de bronchite sifflante, i.e. bronchiolite, dont la deuxième a conduit l’enfant aux urgences où le diagnostic d’asthme a été porté, où une consultation chez un pédiatre (le genre qui consulte en ville et à l’hôpital) a conduit à la prescription de flixotide (1) et de ventoline au masque (sans compter les séances de kinésithérapie dont on connaît l’inutilité, voir LA).
Les parents de B sont des gens charmants, ouverts, attentifs, et c’est leur premier enfant. Le papa est agent de sécurité et la maman est vendeuse de prêt à porter dans une enseigne bon marché.
Les plusieurs choses de la maman : 
Premièrement (elle a un petit papier) :  » La maîtresse voudrait qu’il voie une orthophoniste et j’ai réussi à en trouver une qui peut recevoir B. Il me faut donc une prescription (elle lit son papier : ) ‘Demande de bilan orthophonique avec séances si nécessaire’. »
Deuxièmement :  » La maîtresse trouve qu’il devrait consulter un neurologue et un psychologue car il est agité et qu’il ne peut se concentrer en classe. Y a pas des médicaments pour ça ? »
Troisièmement : vérifier son oreille droite.
Quatrièmement : la maman veut que je prescrive des semelles orthopédiques (elle est déjà allée voir le podologue).
Je commence par le point 3 pour me calmer : les tympans paraissent parfaits, la voix chuchotée est comprise mais surtout il a eu un audiogramme il y a 2 mois après passage chez un ORL de ville.
L’enfant se laisse faire sans crainte et sans appréhension. Sa participation est parfaite.
Le point quatre est plus complexe car il faut que je rappelle, non sans avoir examiné l’enfant dans les normes, cent et cent fois, combien les semelles orthopédiques ne servent à rien pour ce pied valgus d’une extrême banalité. La maman est surprise et furieuse quand elle réalise que je ne prescrirai pas de semelles orthopédiques (2).
L’interrogatoire de la maman renseigne que B n’a pas fait de crise d' »asthme » depuis trois mois, c’est à dire depuis la dernière fois où il a vu le pédiatre… « Mais il prend le flixotide » ajoute la maman. Effectivement. C’est toujours le même problème : est-ce le flixotide qui a arrêté les crises ou sont-ce des crises qui ne se seraient jamais reproduites ? Personne n’en sait rien. Mais le flixotide n’est pas anodin.
Il existe effectivement des difficultés de prononciation chez cet enfant.
Je pose des questions à B pour connaître son niveau de développement (chose que je n’avais pas faite auparavant, me fiant à mon sens clinique). Je m’inspire discrètement de ce document : ICI. Tout est OK. Je l’interroge sur les couleurs primaires (c’est un de mes dadas) : aucune hésitation.
Bon.

Nous parlons orthophonie : je lui explique ce que j’en sais (j’en ai déjà parlé LA) et je pense à ce que racontent les orthophonistes sur ce qui se passe à l’école (j’ajoute que les orthophonistes parlent surtout de la méthode d’apprentissage de la lecture qui a) leur font sortir les yeux de la tête et B) leur font douter du QI des inspecteurs de l’Education nationale mais c) ils ferment leur gueule car ils n’ont rien à gagner dans cette polémique sinon que leurs syndicats ont passé un pacte avec ceux de l’Education nationale pour ne rien dire ; j’en ai aussi parlé ICI à propos d’une si charmante patiente… une de mes patientes « favorites » que je ne vois plus car elle était de passage à Mantes, la vie est si mal faite…). Le sites spécialisés conseillent le bilan orthophonique dès le plus jeune âge, je n’en ai encore trouvé aucun qui parle d’orthophonie in utero mais nul doute qu’à l’impossible nul n’étant tenu le progrès de l’accès à la santé étant infini, il arrivera que des foetophoniatres se rencontrent dans les couloirs des maternités au même titre que des ostéopathes ou des fabriquants de casques pour plagiocéphalie, et donc, va pour l’orthophonie (ICI).

La maman : « Pourquoi avez-vous levé les yeux au ciel quand j’ai parlé de l’orthophoniste et du neurologue ? »
Elle a raison : mon non verbal est dramatique.
Moi : « Parce que je trouve qu’il est petit et qu’il faut prendre son temps. »
La maman :  » Il est intenable en classe. – Que fait-il ? – La maîtresse dit qu’il ne participe pas. Je vais vous donner un exemple, quand elle lit une histoire devant la classe il se lève, se promène et cela dérange tout le monde. »
Hum. 
Moi :  » Et à la maison ? Il écoute quand vous lui lisez une histoire ? – Oui. Le soir, et il s’endort après. Mais il est dur. Il nous épuise. – Est-ce qu’il était comme cela à la crèche ? – Non, il était sage, il ne bougeait pas (3). – Vous expliquez cela comment ? »
La maman me regarde comme si j’étais un idiot absolu. Elle continue : « A la crèche les enfants jouent alors qu’à l’école on leur fait faire des exercices… Eh bien, B perturbe les exercices et surtout il ne les fait pas… »
Je pense en moi-même : faire des exercices en petite section de maternelle n’est pas choquant mais cette formulation me choque quand même.
Je pose une question sotte : « Il y a combien d’élèves dans la classe ? – Ils sont 32. » Cette fois je lève les yeux au ciel. 
(Je rappelle que cet enfant est scolarisé au Val Fourré, l’ex plus grande ZUP d’Europe (je ne sais qui l’a détrônée), en ZEP, et que 32 élèves de trois ans dans une petite section, c’est intenable. Ici, environ un tiers des enfants proviennent de familles où le français n’est pas la langue maternelle des parents et où le français ne leur a même pas été appris à la maison !). (4)
La maman : « Je comprends que la maîtresse soit débordée et B la gêne vraiment. Pour les exercices. C’est tellement important. »
La maman commence sérieusement à m’énerver avec les exercices.
Mais je comprends que la maîtresse soit à bout.

D’ailleurs, la maman ajoute : « La directrice est d’accord. » Tu parles…

Voulez-vous (que ceux dont la femme, le fils ou la grand-mère sont, ont été ou seront instituteur.e.s (5), ce qui est mon cas entre parenthèses, s’arrêtent là : ils vont lire des horreurs) que nous parlions du  massacre pédagogique à l’usage des classes populaires ? Je rappelle ce que j’ai écrit : Les intégristes meirieuistes (cela rime avec les bourdieuistes mais pas avec les redoutables foucaldiens) considèrent que la méthode syllabique est une « violence symbolique » exercée à l’égard de l’enfant et « une négation de son droit fondamental à être le sujet de son propre apprentissage » (JC Michéa citant Philippe Meirieu et Charlotte Nordmann, une tenante du pédagogisme et, par assimilation rapide, du néo libéralisme capitaliste qui veut de la flexibilité à tout prix et qui approuve que les enfants, on ne dit plus élèves, n’apprennent plus mais « apprennent à apprendre »…).

Je me calme.

Mais il est normal que la directrice défende l’institution où il y a 32 élèves par classe…

Toutes les interprétations sont possibles.
Cet enfant n’est pas « en avance » mais il ne me paraît pas être en danger.
Je rédige une ordonnance de « Bilan orthophonique avec séances si nécessaire ».
Je ne prescris pas de semelles orthopédiques
Je ne represcris pas de flixotide.
Je raconte une histoire d’Allan sur les enfants turbulents. Pour rassurer.

J’ai droit à un grand sourire de l’enfant et de la maman (qui n’en pense pas moins).

Commentaire :
Les consultations de médecine générale sont une merveille.
J’en profite pour faire un clin d’oeil à Michel Arnould qui est un amoureux de cette complexité indescriptible de la médecine générale (et je m’étonne qu’il n’y ait pas plus de philosophes, de sociologues, d’anthropologues, d’analystes qui s’intéressent à cette matière exceptionnelle).
Mais, et il y a un mais, comment ne pas comprendre pourquoi de jeunes médecins généralistes, fussent-ils formés par mes correspondants estimables enseignants de médecine générale que je rencontre ici ou là, ne soient pas terrorisés à l’idée de devoir aborder autant de sujets dans une seule consultation d’un gros quart d’heure ?

Sur médicalisation.
Ce terme est sans doute impropre car il pourrait avaliser l’idée que la médicalisation pourrait être acceptable. Il vaut mieux parler de médicalisation de la vie ou de la société mais j’aime plus la formulation d’Illich : la médicalisation de la santé. Il faut dire que ce gamin a droit à (par ordre alphabétique) : asthme, flixotide, kinésithérapeute, médecin généraliste, neurologue, ORL, orthophoniste, pédiatre, podologue, psychologue, … Nul doute qu’il aura droit à de l’orthodontie, et cetera…
Notes.

(1) Le flixotide, alias fluticasone des Laboratoires GlaxoSmithKline, est devenu le pain et le beurre des pédiatres et autres pneumopédiatres (et donc des médecins généralistes « suiveurs » des prescriptions des maîtres) et il est étonnant que les marketeurs n’aient pas pensé à faire un combo en pharmacie lait de croissance/flixotide (oxymoron)… C’est peut-être déjà le cas. Toujours est-il que le disease mongering sur l’asthme des petits est assez gratiné : toujours la même façon de procéder : les MG passent à côté du diagnostic, ces crétins finis, et les pédiatres remettent l’enfant dans le droit chemin. Comme toujours en médecine, et il suffit de regarder les ordonnances et le suivi annexe de ces enfants (soumis le plus souvent à la terreur kinésithérapeutique) sans compter le pau d’attention aux conditions environnementales, les patients les plus graves sont mal traités et les patients « légers » sont trop traités (mais c’est là qu’est le chiffre d’affaires, coco).
(2) Un de mes amis médecin m’a dit ceci : « Mon fils est podologue. Il y a plusieurs écoles qui racontent des trucs différents. C’est le bordel. Grosso modo, chez l’enfant, et en de rares cas, cela n’est pas à prescrire » (voir ICI par exemple). La podologie n’est pas l’égale de l’ostéopathie mais…
(3) Il y a, grosso modo, deux types d’enfants en classe : les sages qui ne bougent pas et les speeds que l’on n’arrête pas. Les sages qui ne bougent pas sont les bons élèves et les autres sont à la fois casse-pieds et l’honneur de la famille (quand ce sont des garçons). Un enfant speed, un enfant qui touche à tout, qui renverse tout, qui casse tout, n’est pas un épouvantable sale gosse mais un enfant qui montre sa personnalité et tout le monde sait que pour réussir il faut être motivé, compétitif, marcher sur les autres, les empêcher de s’exprimer, les écraser… Il n’y a qu’à regarder les émissions de télé réalité pour constater que les héros sont ceux qui ont une grande gueule, qui poussent des cris, qui hystérisent leur moi, qui narcissisent leur ego, qui s’imposent. On n’aime pas les timides, les introvertis, les polis, les qui font des bonnes manières.
(4) On comprend aisément qu’une institutrice de maternelle, jeune, je me suis renseigné, ne veuille voir qu’une tête… et ait besoin de calme dans sa classe. On est donc dans cette aporie idéologique des pédagogistes de l’Education nationale, vouloir que les enfants s’expriment et qu’ils ne s’expriment pas.
(5) La novlang ne « marche pas » pour instituteur.e.s, cela marcherait-il pour institutrices ? Pas mieux. Mais la novlang épicène est savoureuse : instituteurE existe peut-être. Il faut dire professeurE des écoles en maternelle.

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Dépistage du cancer du colon : c’est au citoyen de décider.

Le dernier billet de Dominique Dupagne, le champion de la médecine participative (i.e. collaborative, i.e. de l’intelligence collective), dit, me semble-t-il, la médecine ICI d’une façon mandarinale ou plutôt dit le dépistage organisé du cancer colorectal par la pratique de la détection de sang fécal d’une façon curieuse (Je suis convaincu que les inconvénients de ce test pèsent peu face au bénéfice apporté aux patients.) alors qu’à mon sens il eût été beaucoup plus profitable pour tous qu’il prît l’exemple de CE dépistage pour donner la parole au citoyen (n’oublions pas le point fondamental : le dépistage concerne des gens non malades).

Alors que le narratif tient essentiellement à ceci : 
  1. J’ai été le grand gourou de la démolition du dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA, on ne peut donc pas m’accuser d’être partial et d’être un célébrant de l’Eglise de Dépistologie.
  2. La diminution de la mortalité globale n’est pas un critère intangible, il faut savoir déconstruire les vaches sacrées.
  3. A partir du moment où les effets indésirables du dépistage sont minimes ou quasiment nuls, tout est permis.
  4. Dépistons donc allègrement.
Comme il s’agissait d’un article « participatif » certains ont participé. D’autres, voyant que la participation n’entraînait aucun changement dans le texte, n’ont pas participé.
Voyons un peu ce qui aurait pu être précisé.

  1. Le problème du sur diagnostic n’est pas abordé mais il est rarement mentionné dans les essais cliniques, fussent-ils menés en théorie selon des protocoles validés : une des difficultés tient aussi au diagnostic d’adénome à haut risque pour lesquels l’histoire naturelle est incertaine. Peut-on parler de sur diagnostic pour un adénome dit à haut risque alors que l’on ne sait pas le nombre de ceux qui sont bénins (voir la note 9) ? Mais on peut lire ceci : « According to The Medical Letter, the new DNA stool test “detected 92% of cases of colorectal cancer in asymptomatic average-risk persons, but it detected less than half of advanced precancerous lesions and produced a substantial number of false-positive results.”« 
  2. La notion d’échec du test n’est pas mentionnée, ce qui est une donnée forte pour l’information des citoyens : « High-sensitivity gFOBT (Hemoccult SENSA; Beckman Coulter) has a sensitivity of 62% to 79% and a specificity of 87% to 96% for detecting colorectal cancer« . Mais les schémas de JB Blanc (cf. infra et son blog : ICI) pourront nous éclairer et les informations fournies par Jaddo et Hipparkhos également (LA).
  3. La notion de dépistage organisé et d’objectifs populationnels est absente, ce qui renvoit au dépistage individuel (les recommandations européennes indiquent qu’il faut obtenir 45 % de participation et les recommandations états-uniennes indiquent 60 %). Ainsi pourrait-on faire un parallèle avec ce que disent les urologues à propos du PSA : le dépistage organisé n’est pas à faire mais le dépistage individuel est indispensable.
  4. Les résultats sont présentés en chiffres relatifs (mortalité liée à la maladie) et non en chiffres absolus (mortalité globale), ce qui nous rappelle les grandes heures de la désinformation sur l' »efficacité » de la mammographie dans le dépistage du cancer du sein, par exemple. Rappelons que dans les grands essais de dépistage en cancérologie quand il existe une diminution concomitante de la mortalité globale et spécifique, c’est la mortalité globale qui diminue le plus, ce qui pose de sérieuses questions (LA) !
  5. La notion de groupes d’âge est absente alors qu’elle est fondamentale dans l’appréciation des résultats. Les chiffres (français) indiquent que la moyenne d’âge de survenue du CCR est de 72 ans chez l’homme et de 75 ans chez la femme et l’USPSTF américain précise : « Empirical data from randomized trials on outcomes of screening after age 74 years are scarce.« Il est évident que c’est un point capital dans le sens du dépistage puisque les cancers du colon sont « lents ». L’infographie de JB Blanc est éclairante.
  6. Le chapitre complication de la coloscopie est minimisé : « perforation (1/1 000 environ), hémorragie (1/1 000 environ), mortalité (1/10 000) » ce qui, pour une prévision optimale de 1 M de coloscopies par an représente donc respectivement 1000 perforations, 1000 hémorragies et 100 décès pour la France entière en un an (voir LA). Et nous ne parlons pas des effets cumulés sur le temps.
  7. La mortalité globale n’est pas réduite, voire augmentée : contrairement à ce qui est affirmé, ce n’est pas un essai qui l’affirme mais une revue de trois essais (ICI)
  8. Le chapitre prévention est absent or il appert que la prévention aurait plus d’efficacité que le dépistage. Mais cette notion d’efficacité est niée par l’auteur qui écrit « je considère que l’efficacité d’un dépistage est un élément peu important pour son évaluation !  » Quelques facteurs de risque : «  sédentarité, obésité, alcool, viande rouge, consommationde fibres alimentaires, tabac, et » Voir LA et ICI.
  9. Jaddo et Hipparkhos ont écrit un texte éclairant à propos surtout de l’ancien hemoccult qui répond en partie au point 2 : « Et effectivement, le test de recherche de sang est caractérisé par une faible sensibilité (inférieure à 50%) et une très faible valeur prédictive (inférieure à 10%), voir par exemple Bleiberg 2002 qui dénonçait à l’époque pour ces raisons l’usage de ce test. Cela signifie que seule une coloscopie de vérification sur dix confirme la présence d’un cancer, et la moitié des cancers ne sont pas détectés au dépistage.« La moitié des cancers ne sont pas diagnostiqués au dépistage. Comme le rappelait Siary dans les commentaires du billet de Dominique Dupagne le nouveau test (qui a été étalonné ad hoc) et ce que disent J et H : « et il est de manière standard pratiqué de façon à avoir deux fois plus de positifs que l’hemoccult, donc environ 5% de tests positifs au lieu de 2,5 % (ce taux est donc un choix de la part des promoteurs du test). Cela présente l’inconvénient de faire pratiquer deux fois plus de coloscopies, et donc d’engorger un peu les services concernés, et d’augmenter en proportion les effets indésirables. In fine, on a un peu moins de deux fois plus de diagnostics confirmés de cancer, avec des stades similaires : le test est donc plus sensible (par choix) mais moins spécifique (du fait ce choix de sensibilité). Un petit calcul montre qu’on peut s’attendre à un effet sur la mortalité globale sans doute moins bon qu’avec l’hemoccult, puisqu’on a plus augmenté les effets indésirables (y compris la mortalité pour autres causes) qu’on a diminué la mortalité spécifique…« 
  10. On peut désormais aborder le problème central : la décision partagée. L’accumulation de ces informations ne peut être expliquée de façon simple et courte lors d’une consultation (et ce d’autant plus que le patient nous tend souvent sa convocation au dépistage en fin de consultation et qu’il faut non seulement informer mais aussi expliquer comment ça fonctionne). Personnellement je fais revenir les gens.
  11. Petit point mais oh combien déterminant : dans le cancer du colon, et comme toujours en cancérologie, mais pas que, le résultat des courses est éminemmen opérateur dépendant (i.e. le chirurgien et, dans une moindre mesure le gastro-entérologue).
  12. Si vous relisez le texte de Dominique Dupagne vous remarquerez en outre que tous les éléments que je commente « y sont » mais qu’ils ne sont pas tous mis en valeur.

Pour finir, mais il faudrait un billet entier, la comparaison avec l’efficacité du frottis du col utérin comme geste de dépistage du cancer du col est assez peu crédible. Ce sujet est sensible. Je rapporte seulement cette phrase de Margaret McCartney : « Les femmes ont plus de chance d’avoir un test faux positif que d’avoir une espérance de vie prolongée. » dans « The patient paradox » (voir LA). N’oublions pas non plus deux choses à ce propos : le sur diagnostic et le sur traitement sont impressionnants (avec des conséquences majeures pour la femme : jadis l’hystérectomie était aussi banale que l’amydalegtomie, désormais le col est menacé).
CONCLUSION : 
Le billet de Dominique Dupagne est le contraire de la démarche participative, collaborative, intelligemment collective, et, en l’espèce, et d’ailleurs comme dans d’autres dépistages fussent-ils très discutés et discutables (prostate, sein), la décision doit revenir au CITOYEN informé. Et la pratique quotidienne de cet exercice est très difficile.

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Dépistage du cancer du colon : c’est au citoyen de décider.

Le dernier billet de Dominique Dupagne, le champion de la médecine participative (i.e. collaborative, i.e. de l’intelligence collective), dit, me semble-t-il, la médecine ICI d’une façon mandarinale ou plutôt dit le dépistage organisé du cancer colorectal par la pratique de la détection de sang fécal d’une façon curieuse (Je suis convaincu que les inconvénients de ce test pèsent peu face au bénéfice apporté aux patients.) alors qu’à mon sens il eût été beaucoup plus profitable pour tous qu’il prît l’exemple de CE dépistage pour donner la parole au citoyen (n’oublions pas le point fondamental : le dépistage concerne des gens non malades).

Alors que le narratif tient essentiellement à ceci : 
  1. J’ai été le grand gourou de la démolition du dépistage du cancer de la prostate par le dosage du PSA, on ne peut donc pas m’accuser d’être partial et d’être un célébrant de l’Eglise de Dépistologie.
  2. La diminution de la mortalité globale n’est pas un critère intangible, il faut savoir déconstruire les vaches sacrées.
  3. A partir du moment où les effets indésirables du dépistage sont minimes ou quasiment nuls, tout est permis.
  4. Dépistons donc allègrement.
Comme il s’agissait d’un article « participatif » certains ont participé. D’autres, voyant que la participation n’entraînait aucun changement dans le texte, n’ont pas participé.
Voyons un peu ce qui aurait pu être précisé.

  1. Le problème du sur diagnostic n’est pas abordé mais il est rarement mentionné dans les essais cliniques, fussent-ils menés en théorie selon des protocoles validés : une des difficultés tient aussi au diagnostic d’adénome à haut risque pour lesquels l’histoire naturelle est incertaine. Peut-on parler de sur diagnostic pour un adénome dit à haut risque alors que l’on ne sait pas le nombre de ceux qui sont bénins (voir la note 9) ? Mais on peut lire ceci : « According to The Medical Letter, the new DNA stool test “detected 92% of cases of colorectal cancer in asymptomatic average-risk persons, but it detected less than half of advanced precancerous lesions and produced a substantial number of false-positive results.”« 
  2. La notion d’échec du test n’est pas mentionnée, ce qui est une donnée forte pour l’information des citoyens : « High-sensitivity gFOBT (Hemoccult SENSA; Beckman Coulter) has a sensitivity of 62% to 79% and a specificity of 87% to 96% for detecting colorectal cancer« . Mais les schémas de JB Blanc (cf. infra et son blog : ICI) pourront nous éclairer et les informations fournies par Jaddo et Hipparkhos également (LA).
  3. La notion de dépistage organisé et d’objectifs populationnels est absente, ce qui renvoit au dépistage individuel (les recommandations européennes indiquent qu’il faut obtenir 45 % de participation et les recommandations états-uniennes indiquent 60 %). Ainsi pourrait-on faire un parallèle avec ce que disent les urologues à propos du PSA : le dépistage organisé n’est pas à faire mais le dépistage individuel est indispensable.
  4. Les résultats sont présentés en chiffres relatifs (mortalité liée à la maladie) et non en chiffres absolus (mortalité globale), ce qui nous rappelle les grandes heures de la désinformation sur l' »efficacité » de la mammographie dans le dépistage du cancer du sein, par exemple. Rappelons que dans les grands essais de dépistage en cancérologie quand il existe une diminution concomitante de la mortalité globale et spécifique, c’est la mortalité globale qui diminue le plus, ce qui pose de sérieuses questions (LA) !
  5. La notion de groupes d’âge est absente alors qu’elle est fondamentale dans l’appréciation des résultats. Les chiffres (français) indiquent que la moyenne d’âge de survenue du CCR est de 72 ans chez l’homme et de 75 ans chez la femme et l’USPSTF américain précise : « Empirical data from randomized trials on outcomes of screening after age 74 years are scarce.« Il est évident que c’est un point capital dans le sens du dépistage puisque les cancers du colon sont « lents ». L’infographie de JB Blanc est éclairante.
  6. Le chapitre complication de la coloscopie est minimisé : « perforation (1/1 000 environ), hémorragie (1/1 000 environ), mortalité (1/10 000) » ce qui, pour une prévision optimale de 1 M de coloscopies par an représente donc respectivement 1000 perforations, 1000 hémorragies et 100 décès pour la France entière en un an (voir LA). Et nous ne parlons pas des effets cumulés sur le temps.
  7. La mortalité globale n’est pas réduite, voire augmentée : contrairement à ce qui est affirmé, ce n’est pas un essai qui l’affirme mais une revue de trois essais (ICI)
  8. Le chapitre prévention est absent or il appert que la prévention aurait plus d’efficacité que le dépistage. Mais cette notion d’efficacité est niée par l’auteur qui écrit « je considère que l’efficacité d’un dépistage est un élément peu important pour son évaluation !  » Quelques facteurs de risque : «  sédentarité, obésité, alcool, viande rouge, consommationde fibres alimentaires, tabac, et » Voir LA et ICI.
  9. Jaddo et Hipparkhos ont écrit un texte éclairant à propos surtout de l’ancien hemoccult qui répond en partie au point 2 : « Et effectivement, le test de recherche de sang est caractérisé par une faible sensibilité (inférieure à 50%) et une très faible valeur prédictive (inférieure à 10%), voir par exemple Bleiberg 2002 qui dénonçait à l’époque pour ces raisons l’usage de ce test. Cela signifie que seule une coloscopie de vérification sur dix confirme la présence d’un cancer, et la moitié des cancers ne sont pas détectés au dépistage.« La moitié des cancers ne sont pas diagnostiqués au dépistage. Comme le rappelait Siary dans les commentaires du billet de Dominique Dupagne le nouveau test (qui a été étalonné ad hoc) et ce que disent J et H : « et il est de manière standard pratiqué de façon à avoir deux fois plus de positifs que l’hemoccult, donc environ 5% de tests positifs au lieu de 2,5 % (ce taux est donc un choix de la part des promoteurs du test). Cela présente l’inconvénient de faire pratiquer deux fois plus de coloscopies, et donc d’engorger un peu les services concernés, et d’augmenter en proportion les effets indésirables. In fine, on a un peu moins de deux fois plus de diagnostics confirmés de cancer, avec des stades similaires : le test est donc plus sensible (par choix) mais moins spécifique (du fait ce choix de sensibilité). Un petit calcul montre qu’on peut s’attendre à un effet sur la mortalité globale sans doute moins bon qu’avec l’hemoccult, puisqu’on a plus augmenté les effets indésirables (y compris la mortalité pour autres causes) qu’on a diminué la mortalité spécifique…« 
  10. On peut désormais aborder le problème central : la décision partagée. L’accumulation de ces informations ne peut être expliquée de façon simple et courte lors d’une consultation (et ce d’autant plus que le patient nous tend souvent sa convocation au dépistage en fin de consultation et qu’il faut non seulement informer mais aussi expliquer comment ça fonctionne). Personnellement je fais revenir les gens.
  11. Petit point mais oh combien déterminant : dans le cancer du colon, et comme toujours en cancérologie, mais pas que, le résultat des courses est éminemmen opérateur dépendant (i.e. le chirurgien et, dans une moindre mesure le gastro-entérologue).
  12. Si vous relisez le texte de Dominique Dupagne vous remarquerez en outre que tous les éléments que je commente « y sont » mais qu’ils ne sont pas tous mis en valeur.

Pour finir, mais il faudrait un billet entier, la comparaison avec l’efficacité du frottis du col utérin comme geste de dépistage du cancer du col est assez peu crédible. Ce sujet est sensible. Je rapporte seulement cette phrase de Margaret McCartney : « Les femmes ont plus de chance d’avoir un test faux positif que d’avoir une espérance de vie prolongée. » dans « The patient paradox » (voir LA). N’oublions pas non plus deux choses à ce propos : le sur diagnostic et le sur traitement sont impressionnants (avec des conséquences majeures pour la femme : jadis l’hystérectomie était aussi banale que l’amydalegtomie, désormais le col est menacé).
CONCLUSION : 
Le billet de Dominique Dupagne est le contraire de la démarche participative, collaborative, intelligemment collective, et, en l’espèce, et d’ailleurs comme dans d’autres dépistages fussent-ils très discutés et discutables (prostate, sein), la décision doit revenir au CITOYEN informé. Et la pratique quotidienne de cet exercice est très difficile.

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Publié dans cancer colorectal, citoyen, décision partagée, Dépistage, DUPAGNE DOMINIQUE | Commentaires fermés sur Dépistage du cancer du colon : c’est au citoyen de décider.

Trop de médecine. Histoire de consultation 196.

J’ai la rateQui s’ dilateJ’ai le foie. Qu’est pas droit. J’ai le ventre. Qui se rentre
Monsieur A, 59 ans, est un homme charmant (ce dont tout le monde se moque a priori mais c’est une phrase obligée pour attirer l’attention sur le fait que je ne pratique pas le patient-bashing), cadre supérieur dans une banque, assez fier de lui et de son apparence, ses collègues de bureau l’appellent « coquet » (ne me demandez pas comment je sais cela et j’ajoute, pour être précis, que sa femme ne  sait pas qu’on l’appelle ainsi mais qu’elle y souscrirait volontiers).
« Bonjour.
– Bonjour.
– Qu’est-ce qu’il vous arrive ?
– Oh, pas grand chose. Mais, dites-moi, docteurdu16, c’est de plus en plus difficile d’avoir des rendez-vous avec vous, cela fait quatre jours que j’appelle et c’est toujours complet.
– C’est vrai que c’est un peu chargé en ce moment, (phrase du médecin qui se la pète dans le style « qu’est-ce que je suis demandé… » ou « c’est la rançon du succès » alors que, pour moi, c’est tout simplement de la lassitude), et donc, qu’est-ce qui vous amène ?
– Oh, j’ai fait la grippe, mais c’est passé.
– La grippe ?
– Oui, j’avais le nez pris, je toussais, un peu de fièvre, j’ai empêché ma femme de dormir… mais ça va mieux, j’ai pris du doliprane.
(remarquons ici que je n’ai pas interrompu le patient, enfin, ce qu’il en restait puisqu’il était « guéri », qu’il s’est interrompu lui-même, attendant sans doute un commentaire de ma part, avant les 23 secondes fatidiques, le temps moyen que met une brute en blanc selon Martin Winckler/Marc Zaffran, citant là une étude ancienne étatsunienne de 1999 (voir LA), pour faire taire le patient – –j’écoutais l’autre soir sur France Culture, le feuilleton de France Culture, une adaptation radiophonique du fameux et fondateur roman « La maladie de Sachs » du célèbre sartho-montréalais paru en 1998 et ayant obtenu le prix du livre Inter la même année, qui me conforta dans l’idée, l’adaptation était d’un ridicule achevé, mais, justement, le ratage de cette adaptation, des années après la publication du roman — que j’avais lu en diagonale et sur les conseils de ma maman qui trouvait le livre formidable sans l’avoir vraiment lu– montre combien l’idée de la médecine générale n’a pas avancé d’un pouce dans l’esprit des citoyens qui ne retiennent que les côtés romantique et vocationnel comme le film encore plus ridicule « Médecin de campagne » de 2016 le prouve jusqu’à la nausée– que je n’avais pas aimé le roman initial)
(remarquons aussi que le vocable grippe a un contenu très extensif qui ne cesse de me faire réfléchir)
– Ainsi venez-vous me voir quand vous n’avez plus rien.
– Cest cela.
– Vous auriez pu annuler le rendez-vous, cela aurait fait plaisir à d’autres patients.
– Oui, mais je voulais que vous me confirmiez que j’étais guéri.
Trop de médecine est un slogan mal compris. Les médecins y voient une critique de leur profession et les pharmaciens (voir LA) une atteinte à leur chiffre d’affaire.
Cette consultation montre les dérives de la santé à tout prix et de la médecine à tout faire (j’ai déjà développé cela 100 fois, je ne m’appesantis pas). Bénissons donc les délais pour obtenir une consultation : les patients guérissent avant.
Mais aussi ceci : le besoin d’être malade et d’en parler à son médecin. Ou, plus prosaïquement : le besoin que l’on s’intéresse à soi. Estime de soi et hypochondrie. 
(j’ajouterai ceci : Monsieur A m’a demandé pendant des années pourquoi je ne lui prescrivais pas de statines pour « son » cholestérol jusqu’au jour où il lut un article indiquant que les statines pouvaient entraîner des impuissances (sic) et qu’il comprit à tort pourquoi, lui qui ne présentait aucun facteur de risque cardio-vasculaire, je ne lui avais rien prescrit, alors même que les risques de troubles de l’érection sous statine… , ce dont il me remercia à l’égal de ma façon de ne pas avoir prescrit de mediator à sa femme… Et c’est ce même patient qui me tanne encore pour que je lui prescrive un dosage de PSA, je lui ai pourtant cent fois raconté l’affaire, ce qui montre que la peur du cancer chez CE patient est plus forte que la peur d’être impuissant, ce qui doit être modéré par le fait qu’il n’a toujours pas eu de dosage du PSA alors que je cède le plus souvent dans le cadre d’une décision partagée…  mais que la peur du mauvais cholestérol ne fait pas le poids avec le risque d’avoir des troubles de l’érection)
Bonne journée en bonne santé.

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Publié dans 23 SECONDES, HYPOCHONDRIE, TROP DE MEDECINE, WINCKLER MARTIN | Commentaires fermés sur Trop de médecine. Histoire de consultation 196.

Harcèlement au travail et/ou burn-out sociétal.

Les cabinets de médecine générale sont désormais remplis de patients consultant pour harcèlement au travail (appelé aussi harcèlement moral : LA) et plus rarement pour burn-out (et, exceptionnellement pour syndrome d’épuisement professionnel, ce qui est la traduction française de l’expression anglaise : ICI).

Un rapport présenté récemment à l’Assemblée nationale propose, selon le journal Le Monde (ICI), « quelques pistes timides pour faciliter la reconnaissance de l’épuisement au travail en tant que maladie professionnelle ».

Une nouvelle entité clinique est apparue. Est)ce une maladie professionnelle ou une maladie systémique ?

Jean-Pierre Dupuy, polytechnicien, remarquable épistémologue des sciences et philosophe, et qui côtoya à la fois Ivan Illich et René Girard, parlait de patients « faisant grève de la société » (In : La marque du sacré, 2010, Champs essais).

Nous y sommes.

Et les histoires entendues se répètent à l’infini tant l’organisation des entreprises (privées et d’Etat) immergées elles-mêmes dans un contexte économique difficile (j’enfile les truismes avec application) est peu favorable à l’épanouissement personnel.

Ce qui m’étonne toujours, et ce qui est peu souvent rapporté, c’est la façon stéréotypée dont les patients expriment leur ressenti à tel point qu’il faut se poser des questions sur ce mimétisme symptomatique (nous n’avons pas le temps ici de parler de maladies construites sur des symptômes et qui ont disparu de la surface de la médecine). On dirait que les citoyens/salariés ont appris leur leçon avnt d’entrer dans le cabinet de consultation. On dirait qu’il s’agit d’éléments de langage. Au delà des particularités individuelles qu’il n’est pas possible de nier et qui sont évidentes lors de l’interrogatoire, il existe une ligne de souffrance, un vocabulaire (différent selon le niveau d’éducation), des gestes, des mimiques, des pleurs, qui confèrent une unité sociétale à cette pathologie.

La littérature psychiatrico-psycho-analytique/non analytique est foisonnante et chaque chapelle, comme d’habitude, tire la couverture à soi.

Les sites sont également nombreux. Il n’est pas inintéressant de constater que la souffrance au travail est aussi devenu un marché idéologique avec une base constituée par les psychiatres/psychologues du travail dont l’initiatrice est Marie-France Hirigoyen (LA). Au ressenti stéréotypé correspondent des réponses stéréotypées qui sont autant de constructions du réel supposé. Sans références nettes au capitalisme. Car les commentateurs du harcèlement comme du burn-out oublient que le système est vicié à l’origine ou plutôt sont persuadés qu’il s’agit d’un horizon indépassable.

Quelques définitions :

Le burn-out par wikipedia donne ceci :
Le burn-out peut être regardé comme une pathologie de civilisation, c’est-à-dire un trouble miroir qui reflète certains aspects sombres de l’organisation sociale contemporaine, notamment le culte de la performance et de l’urgence, la concurrence exacerbée ou encore la généralisation des méthodes d’évaluation

Pour le  harcèlement moral au travail sur un site officiel (ICI) :
Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés : remarques désobligeantes, intimidations, insultes…
Ces agissements ont pour effet une forte dégradation des conditions de travail de la victime qui risque de :
porter atteinte à ses droits et à sa dignité,
ou d’altérer sa santé physique ou mentale,
ou de compromettre son avenir professionnel.
Si vous êtes victime de harcèlement moral, vous êtes protégé que vous soyez salarié, stagiaire ou apprenti.
Ces agissements sont interdits, même en l’absence de lien hiérarchique avec l’auteur des faits.

Les experts vous diront, je les entends déjà, qu’il s’agit de faits différents. Sans doute.

Il faut aller chercher ailleurs.

Dominique Dupagne me signale sur tweeter il y a quelques jours une chronique radiophonique (La Tête au Carré : LA) parlant du burn out parental. J’écris ceci : « C’est la même logique manageriale : la décence commune est remplacée par les injonctions hétéronormes expertales. »

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Dupagne répond à quelqu’un qui trouvait ma réponse absconce. « Si, c’est logique : la petite entreprise parentale est détruite par des injonctions stupides, intériorisées et aliénantes. »

Dominique Dupagne a écrit un ouvrage remarquable sur la logique entrepreneuriale de notre modernité : La revanche du rameur, 2012, Michel Laffon. Mais il n’a pas parlé que de l’anthropologie du mal ou plutôt de l’éthologie du mal, il n’a pas parlé du contexte social qui est celui du capitalisme, cet horizon indépassable dont j’ai déjà parlé, comme si, le 13 juillet 1789, on avait discouru sur l’immanence de la monarchie de droit divin et de l’impossibilité d’y échapper en France. Bon, je ne vais pas ajouter, Marx et Engels bien entendu (cela ne fait pas bien de les citer), Freud, Ivan Illich, René Girard et quelques autres pour dire qu’il est tout à fait possible de faire le lien entre l’entreprise et la famille qui, justement, n’est pas une entreprise, mais surtout l’Etat qui est encore moins une entreprise, dans le contexte du système capitaliste.


Le burn-out familial :

L’organisation a sociale a dépossédé la famille de ses rôles régaliens autonomes : élever ses enfants, les nourrir, les punir, les encenser, les aider, les aimer.
La famille est en observation : le sens commun autonome (dont il est hors de question de faire l’éloge absolu) est battu en brèche par l’expertise hétéronome des experts qui disent la famille tout en n’ayant de cesse de la déconstruire.
Acrobaties idéologiques qui ne peuvent que rendre les familles folles.
Des livres entiers ont été consacrés à cette division de la pensée.

Je voudrais citer Geoffrey Gorer qui écrivait en 1948 dans The American People: A study in National Character cité par Christopher Lash in La Culture du narcissisme, 1979 : « Il s’est créé un idéal du parent parfait, tandis que les parents réels perdaient confiance dans leurs aptitudes à accomplir les tâches les plus simples attachées au soin et à l’éducation de leur progéniture. »

Rappelons aussi, car ce n’est pas anodin, ces chiffres d’une crudité incroyable : 19 000 enfants sont victimes de maltraitance, 78 000 se trouvent dans des conditions à risque et 600 à 700 décès sont attribuables à de mauvais traitements infligés par les parents (voir LA). Bien plus : en 2014, 290 000 mineurs étaient pris en charge par la protection de l’enfance, soit 1,98 % des moins de 18 ans (voir ICI). Voir aussi un article récent sur le rôle des placements : LA.

Il est donc impératif que les services sociaux, la justice interviennent. C’est le rôle de l’Etat. Et c’est son devoir.

Ce qui est moins rassurant c’est quand les normes s’appliquent au « normal » et fixent des règles dans la règle. Car en ce cas il s’agit, comme on l’a vu, d’une dépossession de la famille, d’une délégation des tâches et d’un transfert des fonctions.

Les experts savent donc, et pas seulement les médecins et les professionnels de santé, comment les femmes doivent accoucher (et même comme elles doivent faire les enfants) et comment les maris (pardon si le terme paraît si vieux jeu) doivent se comporter avant, pendant et après, ils savent aussi comment il faut allaiter, donner le biberon, coucher les nourrissons (même si la dernière fois qu’ils se sont trompés des milliers d’enfants en sont morts, rien qu’en France), je ne continue pas mais, si vous ne le saviez pas, les experts précisent aussi quand il est possible de faire l’amour avant un accouchement, comment procéder pour l’endormissement des nourrissons, des enfants, des adolescents, et cetera, pour le réveil, l’arrivée à la crèche, à la maternelle… et ils n’oublient pas de préciser que l’utilisation des tablettes, des ordinateurs et autres smartphones est un formidable progrès qui va réduire la fracture numérique (mais pas la fracture sociale, idiots).

Les experts conseillent et d’autres, voire les mêmes, n’ont de cesse que de critiquer la famille hétéro-patriarcale alors qu’il est connu que ce sont les familles monoparentales qui sont les plus fragiles.

Quant aux conservateurs, pas tous, ils prônent le travail le dimanche pour des raisons économiques (augmenter le chiffre d’affaire) alors que c’est un des facteurs décisifs de la destructuration de la famille.

Mais revenons au propos initial.

Le lien entre le harcèlement au travail (et le burn-out) et le burn-out familial (et le harcèlement) est le suivant : des experts fixent des normes qui sont à la fois énoncées comme du bon sens pratique et de la morale courante, mais des normes inatteignables qui ne peuvent être atteintes car elles n’ont pas pour but d’être opérationnelles mais pour objet de rendre culpabilisantes toutes les tentatives avortées d’y parvenir, ce qui rend les travailleurs ou les parents coupables et anxieux de ne pas y arriver.

Dans l’entreprise il est beaucoup plus clair d’y voir clair. Le managériat des salariés, et on constate  que ce ne sont pas que les manoeuvres ou les professions non intellectuelles qui en sont victimes (bien que ces salariés soient victimes d’une quadruple pleine : exploitation, déshumanisation, bas salaires, manque de reconnaissance sociale) consiste, au nom de principes de rentabilité économique cachés sous le masque de l’organisation rationnelle du travail, à abrutir les gens, à les atomiser (au double sens de les détruire et de les isoler pour couper toute tentative d’autonomie que l’on pourrait traduire par camaraderie, amitié, empathie, voire syndicalisation), à rendre leur travail incompréhensible, à ne cesser de leur demander des comptes, à les réguler, à les juger, à les dresser les uns contre les autres.

Dans la famille les parents n’y arrivent plus ou se résignent au burn-out, et il est symptomatique que ce soient les femmes qui trinquent le plus. Car si les femmes étaient traditionnellement chargées de l’élevage et de l’éducation des enfants, elles ont en plus la nécessité expertale de réussir leur vie professionnelle, pour s’accomplir, certes, mais en entendant dire que s’occuper des enfants, leur parler, aller les chercher à l’école ou les aider à faire leurs devoirs pour les familles les plus éduquées, est ennuyeux, barbant, insuffisant, voire dégradant, et on les somme, l’image de la femme d’affaire accomplie, à tout réussir, à prouver à tous, maris, enfants, famille, belle-famille, voisins, collègues, ssupérieurs hiérarchiques, à être des femmes parfaitse,  des héroïnes stakhanovistes de romans à l’eau de rose, et, n’y arrivant plus, comment voudriez-vous qu’elles y arrivent sans sacrifier quelque chose ?, elles compensent en étouffant les enfants de sollicitude et de prothèses externes, les nounous, le para scolaire, les cours de soutien, l’inscription au tennis ou aux cours de flûte à bec, parfois au prix de la disparition de leurs sentiments spontanés (on leur a supprimé l’instinct maternel) ou… de leur vie sexuelle.

Quant aux hommes, ils feignent de s’adapter à la situation en tentant de garder leurs privilèges ou en faisant semblant d’y renoncer, et, tant dans l’entreprise que dans la famille ils sont dépossédés de leurs oripeaux merveilleux, tout en gardant le pouvoir et vivent, mais il faudrait développer plus amplement un paternalisme sans père.

Et les médecins, dans tout cela ?

Comment intervenir quand un patient parle de harcèlement au travail.

Ce sera pour une prochaine fois.

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Pudeur et impudeur. Histoire de consultation 195.

Chaïm Soutine : Portrait de Madame X (1919)
Madame A consulte ce matin pour le « renouvellement » de sa pilule. On parle de choses et d’autres, de sa famille, d’un deuil récent, des enfants et elle me dit : « Je crois que vous allez voir mon frère cet après-midi – Sans doute. – Il ne vous le dira pas mais sa femme l’a quitté. – Ah… » 
Elle ne me dit pas grand chose et je ne pose pas de questions. Je connais bien son frère, Monsieur B et je connais bien aussi sa femme dont je suis également le médecin traitant. 
Elle ajoute : « Il ne va pas bien. Il dort mal, il fait des genres de crises d’angoisse. »
Il ne m’a parlé de rien.

Chaïm Soutine : Portrait d’homme (1922-1923)
Monsieur B consulte cet après-midi pour le « renouvellement » de son traitement anti hypertenseur. Il m’apporte également les résultats d’une prise de sang. On parle de choses et d’autres, de sa famille, d’un deuil récent, des enfants, et il me dit : « Je crois que vous avez vu ma soeur ce matin. – Sans doute. – J’imagine qu’elle ne vous a pas dit que son mari était parti. – Je ne crois pas. »
Il ne me dit pas grand chose et je ne pose pas de questions. Je connais bien son beau-frère, Monsieur A, dont je suis le médecin traitant. 
Il ajoute : « Elle ne va pas très bien. Elle dort mal. Elle est fatiguée. »
Elle ne m’a parlé de rien.

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Transparence.

Une maison transparente qui fait froid dans le dos.
Rêve totalitaire ou exhibitionnisme ?
Pas pour moi.
Par l’architecte Travis Price à Berkeley Springs, Virginie Occidentale en 2014.
image © ken wyner Continuer la lecture

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Faits alternatifs/Alternative facts.

Une certaine Kellyanne Conway vient d’inventer les faits alternatifs : ce qui compte, ce n’est pas la vérité mais la perception de la vérité par le chef (ici Donald Trump) et la façon dont le service de presse de la Maison Blanche présente les faits. 
L’exemple qu’elle a pris est celui du nombre de personnes ayant participé à la journée d’intronisation de Donald Trump.
Donc, à gauche, c’est Obama et, à droite, c’est Trump. Bien entendu, il faut se méfier des images qui proviennent de USAToday (LA), il faudrait vérifier que ce sont les « bonnes » images, mais il semble qu’il ne s’agisse pas de photographies truquées. Voici un commentaire de CNN (ICI) et un article anglais sur les faits : LA.
Les faits alternatifs sont des mensonges.
Ne vous désolez pas trop à propos de ces faits états-uniens, ils existent aussi en France et en médecine, notre sujet.
Des exemples : 
  1. L’HAS vient d’annoncer que les anti Alzheimer étaient inefficaces et pourtant il existe toujours des docteurs Kellyanne Conway et des politiques dans le même métal qui disent qu’il faut continuer de les rembourser
  2. Des docteurs Kellyanne Conway disent que le dépistage organisé du cancer du sein sauve des vies
  3. Des docteurs Kellyanne Conway disent que le dosage personnalisé du PSA sauve des vies (et notamment l’AFU : Alternative Facts in Urology).
  4. Des docteurs Kellyanne Conway disent que la détection de sang dans les selles diminue la mortalité globale.
  5. Des docteurs Kellyanne Conway disent que les examens périodiques de santé servent à quelque chose.
  6. Des docteurs Kellyanne Conway disent que le paiement à la performance (alias ROSP en France) améliore la Santé publique.
  7. Des docteurs Kellyanne Conway disent que le tamiflu est un produit efficace.
  8. Je m’arrête : je suis las. Voir quand même ce que j’écrivais sur les MedTrump : ICI. Et l’ensemble du blog.
Ainsi notre Kellyanne Conway n’est pas une extra terrestre, elle est l’image de ce que nombre d’entre nous acceptons en médecine : des faits alternatifs.
Ras le bol.

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Publié dans ALTERNATIVE FACTS, CONWAY KELLYANNE, FAITS ALTERNATIFS, TRUMP DONALD | Commentaires fermés sur Faits alternatifs/Alternative facts.

Parler du silence. Histoire de consultation 194.

Madame A, 36 ans, je ne l’ai pas vue depuis six ans. Je demande des nouvelles d’elle à ses parents et ils me disent que tout va bien. Qu’en savent-ils ?

Aujourd’hui elle est venue avec sa fille de 5 ans, la petite B, qui a de la fièvre et qui tousse.
Elle est contente de me voir mais elle n’a rien perdu de sa tristesse. Elle me prie de l’excuser d’avoir pris rendez-vous, blabla, car elle n’habite plus Mantes : elle travaille près de Roissy comme institutrice. Elle est chez ses parents pour quelques jour et sa fille est malade.
La petite a une rhinopharyngite banale, je lui crée un dossier, il n’y a pas de carnet de santé, tout cela est très banal. L’ordonnance est étique : deux lignes.
A : « Vous n’avez pas changé. »
Moi : ?
A : « Pas d’antibiotiques alors que ma fille a 40, pas de gouttes dans le nez. »
Moi : « Pourquoi veux-tu que je change ? »
Elle sourit.
Moi : « Ca va ? »
A : « Ca va ».
Sa petite fille est l’aînée de deux enfants. Ils vont bien.
Je suis certain que cela ne va pas bien. Cela ne peut pas aller très bien.
Flash-back.
Je connais Madame A, qui s’appelait B quand je l’ai vue pour la première fois quand elle avait deux ans (les parents faisaient suivre leurs enfants à la PMI pour des raisons pratiques et financières).
Un jour, elle est venue me présenter son mari qui avait une angine. Je ne me rappelle plus si j’avais prescrit ou non des antibiotiques (je n’ai pas regardé le dossier  et, qui plus est, je ne me rappelle pas le nom de famille.
Puis elle est revenue seule. Elle avait l’air encore plus triste que d’habitude.
Son couple ne fonctionnait pas.
Notamment le sexe.
Nous nous sommes revus plusieurs fois et nous faisions du sur place.
Il y avait quelque chose et soit elle n’avait pas envie d’en parler, soit elle pensait que cela ne ferait pas avancer les choses.
Je lui ai raconté des trucs pour qu’elle s’en tire. Cela ne venait pas.
Un jour elle m’a annoncé qu’elle avait obtenu sa mutation dans le 93 (elle est institutrice de maternelle). Qu’elle divorçait. Sans enfants.
Et un jour elle a parlé. La veille de son départ dans le 93.
Quand elle était petite fille elle était constamment victime d’attouchements de la part de son oncle maternel. Elle n’en avait parlé à personne. Une fois à sa mère qui lui a dit de se taire et que ce n’était pas vrai. Puis elle apprit que l’une de ses soeurs y avait droit. Puis un jour il a tenté de la violer. Elle avait douze ans. Elle ne s’est pas laissé faire mais elle en a reparlé à sa mère. Qui n’a rien dit mais qui a interdit à son frère de venir à la maison quand elle n’était pas là.
Le père ? Selon elle : au courant de rien.
Pourquoi ne pas en avoir pas parlé avant ? Elle craignait que son père ne tue son oncle.
Aujourd’hui je suis toujours le médecin de la famille, les parents, dont la mère présumée consentante et le père présumé ignorant, consultent au cabinet. Je n’ai jamais abordé le sujet.
L’oncle âgé vit au bled (Tiznit). 
Madame B, que je connaissais Mademoiselle A et qui est devenue Madame C après son nouveau mariage, est toujours institutrice de maternelle.
Il y a six ans, quand elle est venue me voir parce qu’elle était grippée, elle était seule. Son nouveau mari était resté chez ses parents. Elle avait encore une fois envie d’intimité.
Moi : « Tu ne veux toujours pas porter plainte ? »
A : « A quoi cela pourrait servir ? »
Moi : « Dire la vérité, par exemple. »
A : « Et alors ? Est-ce que je me sentirai mieux ? Je n’ai pas envie de replonger dans ce cauchemar. J’ai fermé le robinet. Mon mari n’est au courant de rien. Je n’ai pas envie qu’il sache. Il serait dévasté. C’est mon truc, mon secret, ma douleur mais il vaut mieux que je continue à garder cela pour moi. J’ai trouvé un bon généraliste à D, j’ai pu lui parler. Il m’a beaucoup aidée.
Moi : « Super. Et ta soeur ? »
A : « Elle a rompu avec la famille. Elle vit à Bordeaux. Elle s’est mariée avec un Français… Cela n’a pas plu à mes parents. Ils ont deux enfants. « 
Moi : « Et tu la vois ? »
A : « Peu. Une fois par an. Mais c’est l’éloignement. Je crois qu’elle a fait le bon choix pour elle. Et moi j’ai fait le bon choix pour moi. Nous ne pouvons pas parler de tout cela. Elle en veut beaucoup à ma mère. Elle dit que tout ça, c’est de sa faute. Qu’elle aurait dû s’en mêler. Elle a raison mais c’est ma mère, elle est victime des traditions… »
Je ne dis rien.
A : « Quant à mon père… Il ne savait sans doute rien. Mais je ne sais pas. Il est faible. Il est vieux, maintenant. »
La tristesse de B… quand elle était enfant, sa retenue.
Sera-t-elle un jour vraiment heureuse ? En parlant ou en ne parlant pas.
Quand je reçois la mère en consultation, elle est traitée pour une hypertension modérée, elle prend un peu de doliprane quand elle a mal à la tête, je suis gêné. Mais que puis-je faire d’autre ?
Parler ?

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Relations soignant/soigné. Episode 2 : Doctolib.

Monsieur A est venu avec son papa, Monsieur A, qui parle très mal le français.

Je soupçonne Monsieur A de présenter une lésion suspecte à la pointe externe du sourcil droit.
Moi : « Je vais faire un courrier pour le dermatologue. »
Le fils : « OK. »
Moi : « Vous connaissez un dermatologue sur Mantes ? »
Le fils : « Non, mais de toute façon j’ai déjà pris un rendez-vous sur doctolib avec un dermatologue à B. »
Oups.
B est une ville située à onze kilomètres de Mantes.
Moi : « Vous avez le nom du dermatologue ? »
Le fils : « Oui, c’est le docteur Z. »
Je ne connais pas cette dermatologue. A Mantes, où j’exerce depuis 1979, je connais les dermatologues, pas tous, car les relations hôpital/ville se sont distendues en raison de changements incessants et du fait que toutes les occasions de se rencontrer, les réunions de formation médicale continues, sont payées par l’industrie pharmaceutique, eh bien, à Mantes je ne prescris pas un dermatologue « comme ça ». J’ai mes têtes, mais surtout je sais ce qu’ils savent faire et ce qu’ils ne savent pas faire et je tiens compte aussi des délais pour qu’ils reçoivent les patients. J’ai écrit sur les spécialistes d’organes en soulignant combien ils étaient indispensables (voir ICI) et encore indispensables (voir LA) mais, à mon humble avis, ils ne sont pas généricables.
Qu’aurais-je dû faire ?
Finalement, j’écris un courrier à la dermatologue en question.
Voici quelques commentaires désabusés :
  1. Cette médecine impersonnelle commence à m’ennuyer sérieusement. 
  2. La générication des médicaments a conduit tout naturellement à la générication des médecins.
  3. Nous sommes entrés de plain pied dans la médecine de service : j’ai besoin de guérir mon rhume et je vais voir n’importe quel médecin pour qu’il me prescrive ce que j’ai envie qu’il me prescrive dont, c’est selon, des antibiotiques (pour pas que cela ne tombe sur les bronches), des gouttes pour le nez (avec un bon vasoconstricteur efficace), de la pseudoéphédrine (y a que ça qui marche chez moi), du sirop (on sait jamais).
  4. 23 euro (et plus si affinités)
  5. Et si le médecin n’obtempère pas aux ordres du consommateur il se plaindra sur twitter et il criera au manque d’empathie, à l’arrogance et autres reproches et convaincra une association de patients ou un patient expert du rhume (celui qui connaît tous les arguments sur la non prise en compte par les vilains médecins de l’altération de la qualité de vie pendant un rhume et sur le fait qu’une étude a montré que la prise des médicaments précédents entraînait un retour à la normale quatre heures avant le mouchage dans un mouchoir jetable, les deux groupes absorbant du paracetamol) de faire écrire sur un blog dédié les mésaventures enrhumées d’un patient livré aux brutes en blanc.
  6. Le système Doctolib de prise de rendez-vous sur internet est symbolique de cette médecine de consommation où le patient peut aller voir un médecin en aveugle et où le médecin, déjà débordé par sa clientèle, cela semble être le cas partout, peut rencontrer de nouveaux patients qui ne reviendront peut-être jamais. Doctolib semble plaire aux patients branchés, connectés, modernes, ceux qui commandent leurs chaussures sans les avoir essayéees et qui peuvent les renvoyer si elles ne leur plaisent pas, et est le symptôme plus que la conséquence de la dégradation définitive de la médecine et de la disparition désormais presque effective de la médecine générale de proximité (expression galvaudée et surtout utilisée par les politiciens pour dire n’importe quoi, sans compter les Agences régionale de Santé — dont on me dit qu’elles sont éminemment politiques) que l’on pourrait nommer avec emphase le dernier lieu de la common decency médicale.
  7. La médecine « un coup » prend le pouvoir. J’ai mon spécialiste pour les verrues, mon spécialiste pour la sleeve, mon spécialiste pour ma tension…
  8. La dermatologue en question, elle s’est abonnée à Doctolib pour faire des économies de secrétariat, et il n’est pas possible de la blâmer vues les conditions actuelles d’exercice, mais qu’elle ne se plaigne pas ensuite que sa consultation de médecin spécialiste soit envahie par les verrues, les acnés vulgaires ou les pieds d’athlètes.
  9. Bon, ben, faut s’adapter, mon vieux, c’est comme ça, ça changera plus. Le progrès est en marche.
Le monde change mais on n’est pas obligé de dire amen.

Et les responsables des politiques publiques doivent savoir que ces transformations seront catastrophiques sur le plan de la Santé publique et vont entraîner une explosion des coûts.
PS. Il faudra que j’écrive un billet sur http://www.mesconfreres.com de Dominique Dupagne 

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Est-il encore possible pour les médecins libéraux de discuter avec les pharmaciens libéraux ?

Mon dernier billet (voir ICI) sur les 10 propositions des pharmaciens était, je l’avoue, un peu provocateur, un peu orienté, un peu maladroit, mais je ne regrette rien.

Les pharmaciens qui ont réagi ne l’ont pas fait en s’exprimant sur le blog, sans doute pour ne pas lui donner de l’importance ou pour le boycotter, mais ce que j’ai lu ici ou là, et heureusement que certains d’entre eux ont gardé un regard critique sur leur métier (ils me l’ont fait savoir en messages privés), montre que le déchaînement de certains dans l’entre soi de leurs conversations est franchement inquiétant. Ayant le cuir dur je ne m’en formalise pas. Mais ce que j’ai compris par en dessous (UTC : under the counter) m’a stupéfait au point que je suis désormais certain qu’il n’y a plus rien à attendre d’un dialogue, à condition même que l’on puisse se réunir autour d’une table, car le dit et le non dit sont terribles. J’ai compris que selon certains je ne comprenais rien, que j’étais un âne, mais, pas l’once de l’esquisse d’une tentative de pédagogie, alors qu’il ne me semble pas que je sois le plus bête d’entre nous.
Les échanges sur twitter ont montré une irréductibilité incroyable.
Les pharmaciens ont un problème avec leur chiffre d’affaires, ce que je comprends, mais qu’ils en fassent leur axe de santé publique est plus difficile à avaler.
Tout le monde se plaint et les médecins sont les premiers à demander une augmention de leurs honoraires (pas moi).
Il est donc nécessaire avant d’argumenter de préciser, pour ceux qui ne savent pas lire, qui ne lisent pas le blog, ce que je prétends. Et ne croyez pas qu’il s’agisse d’un plaidoyer pro domo : pour tous les points que je vais énoncer je suis également fautif.
  1. Les médecins en général croient trop en la médecine.
  2. Les médecins en général prescrivent trop de médicaments.
  3. Les médecins en général ne contrôlent pas assez le nombre de lignes de traitements sur leurs ordonnances.
  4. Les médecins en général rédigent mal leurs ordonnances.
  5. Les médecins en général se moquent des avertissements que leurs banques de données signalent lors de leurs prescriptions : contre-indications, précautions d’emploi.
  6. Les médecins en général peuvent se tromper sur les posologies des médicaments.
  7. Les médecins en général n’ont pas de bonnes relations avec les pharmaciens quand ceux-ci émettent des doutes sur la qualité, la pertinence et/ou la cohérence de leurs prescriptions.
  8. Les médecins en général se moquent de l’Evidence Based Medicine et/ou du processus de Share Decision Making.
  9. Les médecins en général ne connaissent pas le prix des médicaments qu’ils prescrivent.
  10. Les médecins en général sont influencés dans leurs prescriptions par l’industrie pharmaceutique.
  11. J’en passe et des meilleures.
Donc, ces préliminaires indispensables étant précisés, on peut aller au fond du sujet.
Les pharmaciens en général ont donc raison de se plaindre de la façon dont les ordonnances des médecins, en général, sont rédigées, de leurs incohérences, de leurs erreurs, de leurs fouillis, de leur inconsistance, de leur mal-à-propos, de leurs accumulations d’interactions médicamenteuses possibles, mais ils deviennent réticents quand on leur parle de diminuer le nombre de lignes sur les ordonnances, le nombre de molécules prescrites, le nombre de placebos prescrits, le nombre de produits coûteux, et cetera.
La principale source d’effets indésirables des médicaments est la méconnaissance des interactions et plus il y a de médicaments prescrits et plus il y a d’interactions, c’est automatique, plus il y a de médicaments nouveaux (c’est à dire dont on ne connaît pas l’étendue des potentialités nuisibles) prescrits (i.e. chers) et plus il y a d’interactions médicamenteuses, plus il y a d’ordonnances rédigées pour le même patient par des médecins différents et plus le risque d’interactions médicamenteuses est important (d’où l’intérêt du médecin traitant et du pharmacien traitant). Et cetera.
Il serait malencontreux que les pharmaciens, dans le souci de limiter les interactions médicamenteuses potentiellement nuisibles, puissent cependant penser que la surmédicamentation des patients est une bonne chose et, par conséquent, que la dé médicalisation en est une mauvaise.
Au delà d’un certain nombre de lignes de traitements sur l’ordonnance on fait de la mauvaise médecine mais de la bonne pharmacie. C’était une plaisanterie.
Est-ce que l’Evidence Based Pharmacy est une bonne chose pour les patients mais une mauvaise chose pour les pharmaciens ?

Quant aux références constantes des pharmaciens français sur ce qui se passe au Québec, rappelons qu’au Québec un grand nombre de médecins internistes, pharmacologues, pharmacovigilants, prônent la dé prescription. Voir LA, par exemple, le livre de Pierre Biron intitulé « Alter dictionnaire médico-pharmaceutique ».

J’ai proposé des réunions de pairs pharmaciens/médecins sur la base de l’intérêt partagé des patients. Sans intérêt m’ont dit mes contradicteurs puisque mon idée de départ, c’est ce que j’ai compris entre les lignes, est de diminuer le chiffre d’affaires des pharmaciens (utilitarisme versus conséquentialisme).
Dont acte.

Peut-on encore parler d’exercice conjoint du soin entre libéraux et libéraux ?

S’il y a des bonnes volontés la porte est ouverte.

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Et si Fillon avait raison sur le rhume mais pour de mauvaises raisons ?

Les déclarations (maladroites ou émanant de son inconscient libéral avancé) de François Fillon sur le rhume (alias le petit risque) ont entraîné des réactions outrées, des réactions incongrues, des réactions non argumentées, des réactions politiques (les adjectifs précédents peuvent encore servir, accolées à politiques), et cetera.

Nul doute que le rétropédalage du candidat à l’élection présidentielle (voir ICI), mais pas de celui choisi par la primaire de droite, est électoraliste mais, s’il est aussi peu fondé que ses propos précédents, il pose des questions fondamentales dont les habitués de ce blog sont au courant.
Le rhume nécessite une boîte de mouchoirs en papier.
Rappelons la vieille pochade : un rhume dure huit jours en général et… une semaine si l’on va voir son médecin.
Vous avez autre chose à dire ?
Voici les arguments des pro rhumes :
  1. Un rhume peut « descendre » sur les bronches
  2. Un rhume peut cacher une maladie grave
  3. Un rhume est un motif caché de consultation
  4. Un rhume est une demande d’arrêt de travail
  5. Un médecin aimant les histoires de chasse : « Jai un jour vu un rhume se transformer en infarctus à mon cabinet… »
  6. Un rhume peut en cacher un autre
  7. Un rhume peut enrhumer l’entourage, et cetera.
Convainquant ? 
Nous entendons à longueur de réseaux sociaux les médecins se plaindre de l’encombrement de leurs consultations par des citoyens qui ne sont pas vraiment malades, nous entendons ces plaintes en ville comme à l’hôpital, ces consultations et ces urgences surchargées qui feraient passer les vrais médecins à côté des vraies urgences ou des vraies pathologies.
Alors, le rhume ?
Il faut aller chercher le motif caché de François Fillon : les maladies graves, ou rendues graves par le marketing, seraient remboursées par l’Assurance maladie et, le reste, par les mutuelles privées. OK, mais n’est-ce pas exactement ce qu’a initié Marisol Touraine en obligeant les salariés à avoir une mutuelle (privée) pour le (petit) risque ?
Car, ne l’oublions pas, le lobby santéo-industriel parle la même langue de gauche et de droite (ou l’inverse) : favoriser la consommation de soins inutiles, coûteux et dangereux. A gauche on agite le mouchoir de la justice sociale et à droite celui de l’efficacité économique (vous me dites si je me suis trompé quelque part…). 
Un citoyen porteur de rhume consulte. Le médecin perd son temps (on me souffle dans l’oreillette qu’il pourrait mesurer sa pression artérielle, lui demander s’il est fumeur, s’il boit exagérément, s’il frappe sa femme, enfin, toutes les petites cases qu’il faut cocher pour être un « bon » médecin aware des problématiques modernes, et cetera) en le recevant, en lui demandant de l’argent et, surtout, en lui prescrivant quelque chose.
Le comité novlangue me demande déjà pourquoi je n’ai pas écrit « Un.e citoyen.ne » au lieu de… Zut. Parce que seuls les rhumes d’homme sont à prendre en compte, les femmes, je généralise, ne consultent pas pour un rhume, elles ont d’autres choses plus importantes à faire.
Le médecin généraliste prescrit donc, il faut bien qu’il justifie ses maigres 23 euro, plus s’il est filloniste et qu’il consulte un médecin généraliste secteur 2 (va pour 50 euro), mais on me chuchote à l’oreille que des non fillonistes, voire des hamonistes ou des montebourgeois, consultent aussi des généralistes secteur 2, voire 3. Il prescrit des « gouttes pour le nez » (les seules encore remboursées : pivalone), du sirop (on tousse toujours un peu), du doliprane. Mais il peut faire mieux : du rhinofluimucil, voire du derinox (le rhume à nez bouché) ou un dérivé de la pseudo éphédrine par la bouche (non recommandé par La Revue Prescrire), un sirop codéiné, de l’ibuprofène, de la lamaline, le choix est vaste. Sans compter les antibiotiques : « On ne sait jamais », « ça peut tomber sur les bronches », « chaque fois que vous me voyez pour un rhume ça se transforme en bronchite », « mon médecin, dans les rhumes, y me prescrit toujours du clamoxyl »…
On en reste à la boîte de mouchoirs en papier ?
Il y a aussi le pharmacien qui peut faire la même chose que le médecin généraliste (sans les 23 euro ou plus pour les fillonistes ou les non fillonistes – voir plus haut) avec des produits dans le même genre mais un peu plus chers et non remboursés… sans compter quelques granules, pas chères, mais des granules quand même. Mais sans antibiotiques. 
Il y a aussi les urgences, non, je ne plaisante pas, tout urgentiste vous dira qu’il a reçu des rhumes à deux heures du matin, et les urgentistes, dont ce n’est pas le métier, feront aussi mal que les médecins et les pharmaciens.
Il y aussi l’ostéopathe qui redressera la cloison nasale à l’origine du rhume.
Mais n’oublions pas l’association des patients enrhumés (APE-National) qui va hurler en affirmant que l’accès aux soins est largement entravé si le rhume n’est plus remboursé et que c’est la santé publique tout entière qui est menacée.
Voilà. On a trouvé l’éléphant dans le couloir : ce n’est pas le déremboursement du rhume qui pose problème, remontons en amont, c’est le fait que des concitoyens pensent qu’il faut consulter un médecin quand on a un rhume. Et a priori les médecins ne protestent pas pour certaines des raisons sus-citées et… pour protéger leur chiffre d’affaires.
Bon, on récapitule ?
L’instruction sanitaire nationale devrait dire et répéter à nos concitoyens que le rhume n’est pas grave et qu’il n’est pas nécessaire, justifié, raisonnable, de consulter pour cela.

Je livre ces concepts à votre attention :

  1. Médécalisation/démédicalisation
  2. Autonomie/hétéronomie
  3. Médicamentation/démédicamentation
  4. Santé publique/hygiène/médecine
  5. Bonne santé
  6. Maladie/symptôme
  7. Sur médicalisation/sur diagnostic/sur traitement
  8. Hypochondrie
J’en passe et des meilleurs.

Mais, cela dit, le « petit risque » (que le rhume ne résume pas) mériterait un long billet. Et les déclarations de François Fillon montrent assez combien quelqu’un qui est en campagne depuis trois ans se fie à des collaborateurs qui ne préparent pas leurs dossiers.
Les propositions Fillon 2017 sont LA. On voit que c’est du bla bla déjà entendu et lu cent fois et que la bonne idée du rhume ne s’est pas concrétisée. Il a d’ailleurs corrigé et caviardé en fonction des réactions à son incise rhumesque.
C’est dramatique.

Fillon s’est enrhumé tout seul.

(lien d’intérêt : je ne suis pas allé voté pour Fillon, ni pour personne, d’ailleurs, à la primaire de la droite)

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10 propositions pour la pharma. Par un « collectif de pharmaciens ». Commentaires.

Avant de me lire il est souhaitable de lire le texte que vous trouverez ICI.

Je souhaiterais d’emblée préciser ceci : tout médecin généraliste (les autres médecins, je ne sais pas, enfin, je sais mais je préfère me situer dans le cadre de l’exercice que je connais le mieux, dans les situations qui sont les miennes, mes consultations, mes prescriptions) commet des erreurs de prescription. Ces erreurs, qui peuvent être graves, sont sans doute courantes dans le cas de ma pratique, mais il est important de hiérarchiser leur dangerosité car le seuil de gravité est tout aussi normé et normable que le seuil de conformité. Il faudrait également s’interroger sur la pertinence des logiciels signalant les interactions médicamenteuses : celui dont je dispose (Vidal) parle de deux interactions quand je prescris deux anti hypertenseurs A et B sur la même ordonnance : A vs B et B vs A. Trop d’effets indésirables tuent les effets indésirables…

Quel médecin généraliste ne rêve pas de pouvoir parler, discuter, commenter, avec un pharmacien compétent qui non seulement pourrait lui apprendre quelque chose mais également conforter des actions communes pour « mieux » prescrire et moins prescrire ? 

Les réflexions qui sont faites par le collectif semblent issues d’une pratique hospitalière où l’influence des pharmaciens est plus forte mais où, surtout, des réflexions de pairs peuvent être menées entre pharmaciens et médecins. Dans le cadre de la pratique de ville la méconnaissance physique entre médecins et pharmaciens est la plus fréquente, ce qui ne facilite pas la communication raisonnée et raisonnable.
Ainsi, pour terminer, il est important que la bonne entente entre pharmaciens et médecins se fasse sur des valeurs communes. Je fais partie des médecins qui, avant l’apparition des génériques, connaissait les produits que je prescrivais, la couleur des comprimés, le boîtage, le goût des sirops… Désormais c’est impossible.

Liens d’intérêts intellectuels.
Je précise également que je suis opposé aux génériques (ce qui ne signifie rien puisqu’on ne reviendra jamais en arrière) qui sont le summum de la société consumériste (raisons idéologiques), qui sont de façon concomitante une banalisation des médicaments qui, d’une part, ne valent plus rien, et, d’autre part, sont interchangeables et qui, au lieu de faire baisser le prix des médicaments, les ont fait monter (raisons économiques) au point que ce sont désormais des citoyens des pays riches qui sont privés de médicaments devenus hors de prix (et non plus ceux des pays du monde pauvre). Enfin, les génériques sont l’expression ultime de la financiarisation/mondialisation de l’industrie pharmaceutique dans un contexte ultra-libéral (les Etats auraient dû imposer aux princeps une baisse drastique des prix à la fin des brevets). Je ne parle pas non plus de l’absence de contrôle des génériques (les pro génériques disant que c’est la même chose pour les princeps, sans doute, mais pourquoi multiplier les lieux de production ?). Enfin, j’en parlerai tout à l’heure, où est le patient dans cette affaire ? 
J’ai publié un billet qui a eu peu d’écho sur l’Evidence based pharmacy (LA) où il faut tenir compte des valeurs et préférences des patients, je me suis prononcé dubitativement sur le suivi de l’INR par le pharmacien et, on le verra, je suis opposé à la primo vaccination par les pharmaciens…


Peut-on parler d’un socle de valeurs communes ? Les lecteurs de ce blog savent combien nombre de médecins généralistes ne partagent pas certaines « valeurs « communes. Alors, les pharmaciens ?
Parlons avec une brave bonne langue de bois : travailler avec les pharmaciens est indispensable. Mais comment ? Analysons le texte.

Proposition 1INCITER L’OPINION, L’INTERVENTION ET LE REFUS

Dès le troisième mot on parle de « rémunération ». Mais cette réflexion sur l’élargissement du champ des compétences des pharmaciens, pardon, excusez-moi, sur ce que devraient faire, sur ce qu’auraient dû faire les pharmaciens depuis belle lurette, et comment faire en sorte qu’ils le fassent vraiment moyennant finances, résonne dans mon esprit : c’est le pendant du paiement à l’acte pour le médecin libéral. Le médecin libéral est payé majoritairement par le nombre de patients qu’il voit par jour, par semaine, par an. Mais aussi par le nombre de patients inscrits sur sa liste, celle des patients l’ayant choisi comme médecin traitant. Eh bien, instituons et rémunérons le PhT, soit le pharmacien traitant.

Les questions posées dans le sous chapitre « Opinion pharmaceutique et intervention pharmaceutique » sont intéressantes et mériteraient, même si elles sont parfois farfelues, que l’on s’asseye autout d’une table pour en discuter (je suis gentil car quand je lis que « cela a pour but de faciliter l’observance », je sors mon manuel d’éducation thérapeutique) : prescripteurs, patients et dispensateurs de prescriptions. Le deuxième sous chapitre « Refus de délivrance » est, de mon point de vue, une obligation déontologique de la part du pharmacien mais le collectif nous dit que pour accéder à la déontologie il faut que les pharmaciens soient valorisés financièrement. Hum. L’exemple choisi (« Rappelons que 80 % des prescriptions de Mediator étaient non conformes aux conditions de prescriptions du médicament (dont hors AMM) ») me laisse songeur : 1) Ce qui veut dire que si les pharmaciens avaient été « valorisés » ils auraient refusé 80 % des prescriptions non conformes de Mediator ; 2) Ce qui veut dire aussi (cf. infra Proposition 9) qu’il vaudrait mieux que les cours de chimie ne soient pas supprimés des études de pharmacie car dans les 20 autres % de prescription de Mediator les pharmaciens ne pourraient plus savoir pourquoi ils auraient dû aussi interdire la délivrance de médicaments néfastes aux valves cardiaques. 3) Ce qui signifie également, pardon Madame Frachon, que, ne voyant que Servier, Servier, Servier, vous pardonnez aussi aux pharmaciens d’avoir délivré des substances toxiques prescrites par des prescripteurs toxiques.

Proposition 2 : SUBSTITUER LES ME-TOO,

LES BIOSIMILAIRES ET UN MÉDICAMENT EN CAS DE RUPTURE D’APPROVISIONNEMENT 

Substituer un me-too par un générique de la même classe. Je ne comprends pas cette proposition, enfin, les termes employés. Les pharmaciens, est-il écrit, ont déjà le droit de substituer un médicament de marque par son équivalent générique. Heu ! Ils ont le droit de le faire à condition que le médecin prescripteur n’ait pas, en accord avec son patient, indiqué la mention manuscrite « Non substituable » précédant la prescription tapuscrite. N’est-ce pas plus correct ? Mais que vient faire ici la notion de me-too ? Un me-too est un princeps dont la molécule est très semblable à celle d’une molécule d’un princeps déjà existant, c’est à dire dont les effets pharmacologiques sont identiques, ce n’est pas un générique, bien qu’il existe des génériques de me-too.

Le collectif souhaite dont que la prescription de Tahor (atorvastatine) puisse être, au gré du pharmacien, transformée par exemple en simvastatine. Pourquoi pas ? Mais sur quels critères ? Sur des critères commerciaux (le contrat passé à tel groupement pharmaceutique plutôt qu’un autre), des critères scientifiques (bien malin celui qui peut faire la diférence entre les statines sinon sur des critères d’interactions hépatiques avec d’autres molécules ou sur la foi d’essais cliniques dont on peut douter de la qualité, sur les critères des Agences, de La Revue Prescrire ?), des critères d’approvisionnement ? Mais pas un mot sur la sécurité d’emploi des médicaments, notamment chez les personnes âgées, mais, surtout, pas un mot sur la décision partagée. C’est vraiment ce qui manque le plus dans ce chapitre. C’est un retour au paternalisme pur et dur : où sont les soins pharmaceutiques quand on assène l’idée que toutes les molécules de la même classe pharmacologique se valent alors que les AMM, le collectif ne nous en a pas assez parlé, les AMM, donc, peuvent être différentes selon les génériques et par rapport aux princeps ? Quand on passera d’un me-too à un générique, le pharmacien informe-t-il le patient de ces différences d’AMM  quand elles existent ?

Enfin, le collectif demande une rémunération pour cette substitution alors que les pharmaciens l’ont déjà obtenue puisque ils touchent un bonus sur le prix réel des génériques.

Substituer un médicament biologique par un médicament biosimilaire. Là, on est dans un cas de figure plus osé puisque ce ne sont pas (sauf exception) des médicaments tombés dans le domaine public, et prendre l’exemple des Etats-Unis est assez curieux dans la mesure où c’est un des pays où les biosimilaires sont les plus chers du monde. N’oublions pas non plus (ce n’est pas indiqué dans le texte) que ces biosimilaires ont des effets indésirables différents les uns des autres et des surveillances biologiques pas toujours équivalentes : le pharmacien fera-t-il revenir le patient pour lire les examens complémentaires ? Je demande à voir.

Substituer un médicament en rupture d’approvisionnement. Encore une fois le vocabulaire employé est peu précis : que signifie un médicament « de la même famille » ? S’agit-il de la même famille pharmacologique ou de la même famille thérapeutique ? Mystère.

Proposition 3 : DEREMBOURSER L’HOMEOPATHIE
Peu de commentaires à faire sinon celui-ci : le déremboursement de l’homéopathie signifierait-il qu’il faille dérembourser tous les placebos prescrits par les médecins ou tous les placebos vendus par les pharmaciens ? Est-ce bien raisonnable ? Je suis un farouche opposant moral à la prescription de placebos (voir LA) mais est-ce possible de ne jamais en utiliser ?

Proposition 4 : RENDRE LA PILULE ET D’AUTRES MEDICAMENTS ESSENTIELS ACCESSIBLES SANS ORDONNANCE
Je lis cette phrase « Avec la démocratisation des informations médicales »… Que vient faire le mot démocratisation dans cette galère ? Il est vrai que l’exemple des sites anti IVG montrent à l’envi ce qu’est la « démocratisation » des informations… Il vaudrait mieux dire : avec le développement de l’information par les professionnels de santé dans le cadre d’une décision partagée ou en raison du déluge d’informations médicales ou pseudo médicales sur internet… Notre collectif donne trois exemples :
La pilule contraceptive. De deux choses l’une, soit la pilule contraceptive est un outil non médical de contraception, soit non. Dans le premier cas, et comme le préconisait le chanteur Antoine, il faudrait la vendre dans les supermarchés. Dans le second cas il serait nécessaire que le pharmacien, comme tout médecin, envisageât avec la « cliente », la « patiente », la citoyenne, quel est le moyen de contraception le plus adapté à sa personnalité, à ses antécédents, personnels et familiaux, à son mode de vie, et cetera. L’exemple des pilules de troisième génération non bloquées au comptoir par les pharmaciens nous incite à la prudence. Par ailleurs, il serait utile de refaire le point au bout d’un certain temps d’utilisation afin de ne pas passer à côté des facteurs de risque, et cetera. Les pharmaciens ont par ailleurs déjà le droit (et le devoir) de délivrer la pilule du lendemain sans ordonnance.
Quant aux deux autres points, arrêtons nous-y. Pour le paludisme, et en zone 3 par exemple, je prescris hors AMM (doxycicline) dans un but utilitariste : pour que les patients peu fortunés prennent le traitement. Les pharmaciens prescriront-ils des produits onéreux non remboursés ou le doxypalu  peu onéreux non remboursé ? Pour les antibiotiques chez les femmes qui ont une infection urinaire récente (et sous réserve d’un test urinaire de confirmation) (sic), je demande au collectif de revoir les recommandations officielles pour ce genre de situation pathologique.

Proposition 5 : AJUSTER UNE ORDONNANCE
Comment s’opposer à une telle proposition de bon sens ? Il est vrai que la vision de certaines ordonnances de médecins, sans compter le fait que certains patients prennent des médicaments prescrits sur des ordonnances différentes émanant du MG, du rhumatologue, du cardiologue, de l’endocrinologue… laisse rêveur. Mais il me semble que le médecin aborde toujours (ou presque) tous ces sujets avec ses patients mais que c’est souvent par lassitude et par manque de temps qu’il finit par céder… Donc, s’il est possible d’obtenir un renforcement positif de la part du pharmacien, ce ne peut être que du bonheur… Mais le pharmacien ne se rend-il pas compte des mouvements de foule qu’il va provoquer dans sa pharmacie quand il va passer un quart d’heure lors de chaque délivrance ?…

Proposition 6 : RENOUVELER/PROLONGER LES ORDONNANCES
D’accord. Mais cela n’existe pas déjà ? Quand je lis le début de la phrase qui aurait pu être écrit auparavant dans le texte, « Il s’agit également de répondre à la pénurie de médecins », « et de la difficulté grandissante pour obtenir un rendez-vous dans les délais fixés par l’ordonnance »… De qui se moque-t-on ? Le patient A est traité par un antihypertenseur et il revoit son médecin traitant tous les 3/6 mois, n’est-il pas capable de prendre les devants ? Remplacer les médecins généralistes est un but que poursuivent tous les acteurs de santé et cet objectif sera bientôt atteint.

Proposition 7 : DEMANDER ET INTERPRETER DES TESTS

DE LABORATOIRE

Là, les pharmaciens ont fumé la moquette. Demander des tests de laboratoire sans disposer du dossier, sans savoir quels examens ont déjà été demandés, quels en ont été les résultats, quelles sont les indications (par exemple de l’anticoagulant), c’est pas gérable. Ou alors faudrait-il que la communication médecins/pharmaciens ou pharmaciens/médecins s’améliore et que l’on puisse convenir de façon conprofessionnelle de réunions types groupes de pairs afin de parler des prescriptions et des dossiers. OK pour moi.

Proposition 8 : AUTORISER LA VACCINATION PAR LE PHARMACIEN ET L’ENSEIGNEMENT DE L’ADMINISTRATION DES MEDICAMENTS
Je ne vois pas le rapport entre les deux propositions. Et pour la deuxième, je pensais que c’était déjà le cas. Cela dit, mais je ne fréquente pas assez les pharmacies, combien de fois sur 100 délivrances un pharmacien montre-t-il comment il faut utiliser un aérosol doseur ? (et je trouve anormal par ailleurs que certains médecins, en prescrivant ventoline ou airomir, ne fassent pas la démonstration devant leurs malades ou ne demandent pas systématiquement à leurs malades de vérifier que le patient sait le faire, en prétendant que ‘c’est le boulot du pharmacien’, voir ICI)
La vaccination. Je passe sur l’argumentaire prônant la nécessité de vacciner, bla bla bla, tous les vaccins se valent, et bla bla bla, et ce qui compte, ce n’est pas l’efficacité mais le nombre de personnes vaccinées… Non, tous les vaccins ne se valent pas, tous les vaccins n’ont pas la même efficacité, non, tous les vaccins n’ont pas le même intérêt, non, tous les vaccins n’ont pas les mêmes effets indésirables (pardon, il y en a). La vaccination contre telle ou telle maladie, et indépendamment des vacins obligaroires, recommandés ou facultatifs, comme tout médicament, exige un accord, un consensus, une entente, une décision partagée, entre le médecin et la patient. La vaccination dans les pharmacies ne me choque pas (j’imagine qu’il faudra une longue formation aux pharmaciens pour apprendre à vacciner…) si la décision de vacciner ou non n’est pas une décision d’Etat mais un choix individuel pris après une séance de décision partagée. Quant au Dossier Pharmaceutique Vaccination, encore un « machin » de plus. Mais là où je trouve le collectif particulièrement léger, c’est qu’il ne parle pas des infirmières/infirmiers qui sont déjà formés pour cela.

Je viens de voir le rapport avec la deuxième proposition : les pharmaciens veulent apprendre aux diabétiques à s’auto-administrer l’insuline. Là encore les infirmières/infirmiers sont renvoyés dans leurs cordes. Je croyais également que certains pharmaciens le faisaient déjà…

Proposition 9 : REFORMER LES ETUDES :

MOINS DE CHIMIE PLUS DE SOINS PHARMACEUTIQUES 

J’en ai déjà parlé plus haut : si la chimie et la pharmacologie ne sont pas le domaine réservé des pharmaciens il ne reste plus qu’à tirer l’échelle… Réformer les études de pharmacie, je n’en ai aucune idée, mais enlever la chimie est une très mauvaise idée.

Proposition 10 : VALIDATION PHARMACEUTIQUE OBLIGATOIRE ET SIGNÉE PAR CPS SANS DÉLÉGATION
On ne peut qu’applaudir des deux mains. Mais cela va poser de sacrés problèmes d’organisation dans les pharmacies sans pharmaciens (non, je plaisante).

Que retenir de tout cela ?

  1. Les pharmaciens veulent trouver des moyens d’augmenter leurs rémunérations.
  2. Les pharmaciens veulent remplacer en certains domaines les médecins généralistes surchargés.
  3. Les pharmaciens ne se rendent pas compte du surcroît de travail que cela va représenter pour eux en termes de temps de contact avec les clients.
  4. Les pharmaciens devraient opter, dans une logique scientifique, pour l’Evidence Based Pharmacy mais cela risque de rendre leur chiffre d’affaire encore moins vigoureux.
  5. La création d’un pharmacien traitant devrait sans doute valoriser leur activité.
  6. Les pharmaciens et les médecins libéraux ont besoin de contacts plus rapprochés et plus professionnels qui permettraient à chacun d’apprécier les qualités des uns et des autres et de pouvoir au mieux déprescrire pour éviter une consommation inutile de médicaments mais, surtout, éviter les effets indésirables. On voit ici une zone conflictuelle évidente puisque les rémunérations supplémentaires demandées ne compenseront jamais les baisses de chiffre d’affaires liés à cette déprescription
  7. Les conflits d’intérêts entre pharmaciens et médecins ne sont pas seulement économiques et on imagine un patient à qui son médecin aurait prescrit une statine et dont le pharmacien dirait qu’elle est inutile (et on voit ici que je ne prends partie ni pour l’un ni pour l’autre). 
  8. Les logiciels d’interactions médicamenteuses devraient être unifiés mais surtout améliorés.
  9. J’aime beaucoup la notion de validation pharmaceutique qui est une prise de position à la fois scientifique, intellectuelle et morale qui engage le pharmacien et témoigne de son professionnalisme. 
  10. Le but de ces propositions est d’éviter les affaires mais il m’apparaît clair, au delà de la responsabilité évidente de prescripteurs, dans l’affaire Mediator comme dans celle de la Dépakine, que le filtre pharmacien dans ces deux affaires a échoué.
  11. Je trouve quand même que le patient et la décision partagée sont légèrement absents de ces propositions.
Discutons, discutons pour le grand bien des citoyens non malades ou malades.

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Publié dans 10 PROPOSITIONS POUR LA PHARMA, EVIDENCE BASED PHARMACY, VALIDATION PHARMACEUTIQUE | Commentaires fermés sur 10 propositions pour la pharma. Par un « collectif de pharmaciens ». Commentaires.

L’élection de Trump a l’air de scandaliser tout le monde…

Il est assez amusant de constater que l’élection de Donald Trump scandalise tout le monde : comment un homme aussi peu cultivé, aussi vulgaire, aussi misogyne, aussi raciste, aussi je ne sais quoi encore,  a-t-il pu être élu alors qu’il sent la corruption, la triche, le mensonge, les scandales, les arnaques ?… On a quand même trouvé des gens qui, sans oser le dire, il y en a quand même qui se lâchent, suivez mon regard, laissent parler leur inconscient, c’est à dire leur inconscient vulgaire, goût de chiottes et compagnie. Dans le domaine médical.
Il y a les medTrump qui ont prescrit du Mediator larga manu.
Il y a les medTrump qui continuent de prescrire des coxibs.
Il y a les medTrump qui disent que les médicaments anti Alzheimer structurent la maladie d’Alzheimer.
Il y a les medTrump qui continuent d’organiser des congrès avec Servier.
Il y a les medTrump qui affirment que le dépistage organisé du cancer du sein sauve des vies.
Il y a les medTrump qui pensent que l’EBM, c’est dépassé.
Il y a les medTrump qui prescrivent du nicorandil.
il y a les medTrump qui pensent que les franchises médicales, ça responsabilise le patient. 
Il y a les medTrump qui décalottent encore les nourrissons.
Il y a les medTrump qui pensent que le tiers payant généralisé dévalorise l’acte médical.
Il y a les medTrump qui pensent que si un médecin reçoit de l’argent de big pharma c’est parce qu’il est un bon médecin.
Il y a les medTrump qui trouvent que la lecture du Quotidien du médecin, ce n’est pas lire Closer.
Il y a les medTrump qui pensent que la médecine générale doit disparaître.
Il y a les medTrump qui font des frottis du col utérin tous les six mois.
Il y a les medTrump qui pensent que malades et médecins traitants n’ont rien à faire dans les réunions de concertation pluridisciplinaire.
Il y a les medTrump qui prescrivent un PSA sans prévenir le patient.
Ad libitum.
Je suis désolé d’avoir oublié des électeurs de Trump.
Donald Trump, c’est pas seulement les autres.

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Publié dans trump | Commentaires fermés sur L’élection de Trump a l’air de scandaliser tout le monde…

Alzheimer. Le non déremboursement de médicaments inefficaces et dangereux : Marisol Touraine fait le job des lobbys.

Marisol Touraine, dont j’avais montré en son temps qu’elle était la marionnette parfaite (il est difficile d’utiliser un tel adjectif avec cette femme dont Christian Lehmann a écrit récemment qu’elle était « veule, stupide, consternante », ICI) du lobby santé-industriel qui règne sur la santé publique en France (LA), a donc décidé qu’il ne fallait pas tenir compte des avis d’une agence gouvernementale pourtant ad hoc, la HAS, et que des médicaments inefficaces, coûteux et dangereux pouvaient continuer à être remboursés. Il s’agit des médicaments dits anti Alzheimer.

Marisol Touraine fait le job des lobbys.

Je ne voudrais pas en faire une affaire de personne mais Madame Touraine, qui a montré en de domaines qu’elle était une menteuse patentée, ne rate jamais une occasion de faire des déclarations sottes et infondées, elle qui déclarait encore récemment que « La vaccination, ça se discute pas » avant que de mettre en place une concertation dite « citoyenne » sur le même sujet. Il eût fallu qu’elle claironne : « Circulez, y a rien à voir ! » Elle est aussi en première ligne pour tenter de mettre à la poubelle le rapport sur le dépistage organisé du cancer du sein qui lui aussi ne plaît pas au lobby santéo-industriel (vous le trouverez ICI et vous pourrez consulter le site Cancer Rose LA qui tente de fournir une information balancée sur le dépistage organisé du cancer du sein).
Mais, ne lui en déplaise, ce serait injuste de lui donner plus d’importance qu’elle n’en a : elle ne fait que continuer la politique de ses prédécesseurs quand Roselyne Bachelot modifiait l’AMM du tamiflu en conférence de presse ou quand Xavier Bertrand mediatorisait sans vergogne. Le ministre de la santé est la marionnette des lobbyistes de tous poils qui interviennent dans la santé publique (et privée).
Reprenons les choses dès le début : les médicaments dits anti Alzheimer sont inefficaces (et dangereux). Tout le reste n’est que littérature.

Et il y a longtemps qu’on le sait !

Rappelons d’abord les actions du Formindep qui s’est d’abord attaqué aux liens/conflits d’intérêts des experts de l’HAS dès décembre 2008 (ICI) avec succès puisque les recommandations professionnelles sur la maladie d’Alzheimer datant de 2008 (LA) ont été ensuite retirées. 
Philippe Nicot produit une expertise externe (20 juillet 2011) (LA) qui conduit à revoir à la baisse le remboursement des médicaments anti Alzheimer.
Philippe Nicot écrit en octobre 2010 un article excellent, Anticholinestérasiques : le généraliste peut-il dire non ?,  qui fait la genèse des éléments de preuve indiquant l’inefficacité et la dangerosité des anti Alzheimer en général (ICI).
La Haute Autorité de Santé le disait en 2011, les anti Alzheimer ont peu d’intérêt. Je signale que le lien a disparu.
Louis-Adrien Delarue l’écrivait en 2011 dans sa thèse de médecine : LA et avec mes commentaires (élogieux : ICI) ainsi que ceux de Dominique Dupagne le 18 novembre 2011 (LA).
Marc Girard, le 13 novembre 2011, dénonçait les faux semblants de la réévaluation des anti Alzheimer (LA) et écrivait de façon prophétique : « quand le ministre avait d’emblée annoncé que la réévaluation ne changerait rien au remboursement des médicaments en question [9] ?« 
Dominique Dupagne a lui aussi apporté sa contribution sur les conflits d’intérêts des experts à la suite du Formindep le 8 décembre 2009 (ICI) et le 21 septembre 2011 (ICI).

Sans oublier Christian Lehmann que nous avons déjà cité et qui publiait le 21 septembre 2011 un billet définitif : ICI.

Et j’en oublie.

Qu’est-ce qui vous frappe, dans cette affaire ? 
Vous avez deux minutes.

Il n’y a que des médecins généralistes (MG) pour dénoncer l’inefficacité et la dangerosité des anti Alzheimer (j’oublie Olivier Saint-Jean qui a eu le courage de savoir lire et de ne pas la fermer dans le concert assourdissant des professeurs). Ces pourris (je parle des MG), ces bas du cerveau, ces rugueux, ces ratés de l’Examen Classant national, cette race honnie qui va disparaître et qui pourrait très bien être remplacée par des IDE ou des réceptionnistes dont le rôle serait d’envoyer tout ce beau monde chez les spécialistes… Je m’arrête là.

Ce qui est aussi très intéressant c’est que les MG, pour une fois, dans une de ces manipulations dont les grands professeurs, la CPAM et la Direction Générale de la Santé ont le secret, ne pourront pas être accusés de trop prescrire d’anti Alzheimer puisqu’ils n’avaient pas le droit d’en initier la prescription ! Seuls les néreulogues, les gériatres et les médecins ayant une compétence en gériatrie avaient le droit de le faire…  

Le non déremboursement de médicaments inefficaces et dangereux n’est pas une nouveauté mondiale. C’est le lot. Notamment en cancérologie.

Mais ce qui attire l’attention, ce sont les justifications des experts.
Les alzheimerologues qui sont neurologues, neurogériatres (si, ça existe), et surtout gériatres, nouvelle spécialité réservée jadis aux internistes sans diagnostics, aux hospitaliers sans chaire, et maintenant aux généralistes qui aspirent à plus de reconnaissance et qui s’autorisent du haut de leur suffisance à dénoncer leurs anciens confrères, sont favorables  aux médicaments anti Alzheimer (il y a des exceptions, heureusement et ils font l’objet du mépris de leurs pairs) avec des arguments dont la drôlerie est épatante : Structurer la maladie (il est évident que c’est une idée de médiocres : imagine-t-on que Claude Bernard ait attendu un médicament pour découvrir un syndrome ou que Basedow ait eu besoin…), comme si une maladie se structurait en raison du traitement qui était administré… Dans ce cas on pourrait répondre à ces cuistres que les médecins généralistes savent d’ores et déjà « structurer » les maladies parce qu’ils savent ce que c’est un malade dans la continuité, un malade dans son jus (son lieu de vie, sa famille, ses amis), un malade avant qu’il ne le soit, un malade vu une fois par mois ou moins, et cetera… Les médecins hospitaliers entrent-ils au domicile des patients souffrant d’une maladie d’Alzheimer, font-ils des visites en EHPAD, revoient-ils les familles après la fameuse consultation d’annonce ? Mais les médecins généralistes, surtout, savent aussi déstructurer les maladies (pour les cours de médecine générale, nous verrons…)… Proposer quelque chose aux patients, comme si la médecine, et a fortiori les soins, signifiait seulement donner des médicaments… Ce qu’il faut proposer aux patients c’est une prise en charge globale, cela tout le monde le sait, même les experts, et il existe même une étude (d’un faible niveau de preuve il est vrai) montrant que le suivi en médecine générale était identique à celui des centres de mémoire pour ce qui est de l’aggravation des patients. Et c’est pas facile. Donner de l’espoir aux familles, c’est à dire leur mentir sur l’inéluctable évolution de la maladie vers des lendemains qui déchantent.
On passe.
Ce que nous retiendrons de ce non déremboursement.
Premier point : la maladie d’Alzheimer n’est actuellement pas, ou presque, un problème médical. Sinon faire le diagnostic et ne pas prescrire des médicaments inappropriés (il n’y a pas que les anti Alzheimer). une étude toulousaine a montré que sur deux ans de suivi, ce qui est peu, les médecins généralistes faisaient aussi bien que les centres de mémoire (LA).
Deuxième point : la mise en place des aides à la personne est fondamental : anticiper, prévoir, organiser, adapter, assumer. C’est le rôle du médecin généraliste et des services d’aide à la personne.
Troisième point : le rôle des médecins généralistes est capital pour ce qui est d’aider les  aidants familiaux. 

Derniers points :

Les tests de mémoire : Comme toujours en médecine (que les exceptions cochent une petite case) les tests psychométriques (dépression, anxiété, mémoire, qualité de vie, et cetera) ont toujours été créés pour déclencher la prescription de médicaments, pour enrichir l’industrie pharmaceutique, pour gonfler d’importance les auteurs, pour solidifier des maladies ou des symptômes qui ne demandaient rien, voire pour inventer des maladies. Mais ils ne servent ni à faire un diagnostic, ni à faire le suivi, et cetera. Qu’on le sache.
Les associations de patients : France-Alzheimer, j’en ai déjà parlé (ICI), est certainement un plus pour l’aide aux aidants. Les familles sont désemparées, elles ont besoin de parler, de communiquer avec d’autres familles, pas seulement pour l’organisation des soins, des prises en charge, et cetera, et bien que sur le terrain il existe de nombreuses structures d’accompagnement, aux compétences confuses, aux acronymes mystérieux, et, en écrivant ces lignes, je me rends compte que je suis assez ignorant des structures existant sur mon lieu d’exercice, m’en remettant au centre de gérontologie local, me défaussant de mes tâches extra médicales, cent fois plus par exemple, que lorsqu’il s’agit de malades en fin de vie ressortissant de l’oncologie, fin de la parenthèse… Donc, France-Alzheimer en fait sans doute beaucoup mais l’association se désole, crie au scandale, du possible déremboursement des anti Alzheimer… Pourquoi ? Sans doute parce que la médicamentation d’une maladie incurable donne de l’espoir.  Sans doute parce que l’arrêt des traitements signifie la fin de l’espoir ou le retour à la réalité. Sans doute parce que la trop grande complicité avec les professeurs rend les familles crédules sur l’efficacité des médicaments anti Alzheimer. Sans doute parce que le financement de l’association par les industriels fabriquant les anti Alzheimer adoucit les consciences et aiguise les appétits…
Amis généralistes. Vous ne pouviez prescrire des anti Alzheimer, vous aviez des difficultés à les arrêter (avis d’experts, coyances des familles), continuez de prendre en charge patients et aidants et soyez au top pour connaître les structures d’aides sociales qui permettront à tous et à toutes de survivre. Voir par exemple le portail gouvernemental pour les personnes âgées : ICI.
Marisol Touraine est une marionette et elle obéit aux lobbys dont le principal, je ne l’ai pas mentionné, l’éléphant dans le couloir, est l’industrie pharmaceutique qui a structuré la maladie, le marché et les prescripteurs. Il était normal qu’elle ne voulût pas un déremboursement.

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Quand le journal « Le Monde » dit la cancérologie. CMT répond.

La première Une du « Monde »le 19 décembre 1944

Un article récent du journal Le Monde attirait le chaland avec un titre plutôt sensationnel : (ICI).

Cancer : « Le Monde » révèle des hausses inquiétantes pour certaines tranches d’âge



Lisez d’abord l’article et ensuite le commentaire de CMT, alias docteur Claudina Michal-Teitelbaum.

Chers journalistes

L’outil que vous avez élaboré est plaisant mais votre article passe malheureusement totalement à côté d’un certain nombre de questions majeures concernant l’évolution de l’incidence des cancers. Un outil n’est pas grand-chose sans un minimum de connaissances et réflexion.

Ainsi vous n’évoquez même pas le surdiagnostic concernant le cancer du sein, bien que vous le fassiez pour les cancers de la thyroïde et de la prostate.

Le surdiagnostic est lié au dépistage. Les estimations concernant le surdiagnostic pour le cancer du sein varient de 10 à 80%. 80% pour la dernière en date, qui se fonde sur une étude de l’évolution du taux  et de la taille des cancers au cours du temps aux USA et qui montre que bien que l’incidence des petits cancers inférieurs à 2cm ait augmenté de 162 pour 100 000, elle n’a été suivie que par une baisse de l’incidence des cancers du sein> 2 cm de 30 pour 100 00. Les auteurs  estiment donc que la différence pourrait être due au surdiagnostic http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1600249 . Cela veut dire que si l’incidence réelle des cancers est restée constante, environ 80% des femmes dépistées diagnostiquées avec un cancer du sein auraient été surdiagnsotiquées.

 Le surdiagnostic des cancers étant défini comme des cancers correctement diagnostiqués par l’histologie, mais qui n’auraient pas présenté de manifestations cliniques au cours de la vie de la patiente et qui ne lui auraient pas provoqué de gêne s’ils n’avaient pas été activement recherchéshttp://www.formindep.org/IMG/pdf/surdiagAnnaba_mai_2011_2pp.pdf . Certains incluent dans le surdiagnostic les faux positif. Et cela semble justifié dès lors que même l’histologie n’est pas fiable à 100% et pose donc la question des cancers qui n’en sont pas et sont traités à tort.

Cette question du surdiagnostic dû au dépistage systématique, avait été mise en lumière par des médecins généralistes depuis le milieu des années 2000, notamment par D Dupagne http://www.dailymotion.com/video/x6vxfp_le-depistage-du-cancer-de-la-prosta_lifestyle, Jean-Claude Grange, http://docteurdu16.blogspot.fr/2009/06/cancer-de-la-prostate-ne-pas-depister.html. Mais on les avait pris pour des loufoques jusqu’à ce qu’en 2012, l’USPTS américaine  et la HAS en France déconseillent le dépistage par dosage du PSA dans tous les groupes d’âge en raison de son inefficacité et de ses risques : https://www.uspreventiveservicestaskforce.org/Page/Document/RecommendationStatementFinal/prostate-cancer-screening .

Encore maintenant on peut penser que  beaucoup de médecins et patients évaluent très mal les apports, les tenants et aboutissants du dépistage. Par exemple une majorité de médecins comme de patientes pensent qu’une mammographie positive signifie des fortes chances pour une femme d’être diagnostiquée comme porteuse d’un cancer après biopsie. Or, ces chances ne sont que d’environ 7% après une mammographie positive http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=8157 . Ces chances sont appelées la valeur prédictive positive de la mammographie et dépendent de deux facteurs : les performances du test, sensibilité(capacité à diagnostiques correctement des malades) et spécificité (capacité à diagnostiques correctement des non malades) du test et la rareté de la maladie dépistée.

Pour une maladie rare comme le cancer du sein, on peut prendre des chiffres fictifs approchants. Si la mammographie a une spécificité de 98% et une sensibilité de 90%, et que la prévalence du cancer du sein est 100 pour 100 000 dans la population dépistée, cela signifie que 2% des 100 000 auront des résultats faussement positifs soit 2000 femmes. Tandis que 90 des 100 cancers seront dépistés à juste titre. Les chances d’avoir un cancer après mammographie seront donc de 90 sur 2000+90, soit de l’ordre de 4%.

Un autre problème lié au dépistage est qu’il permet de détecter des petits cancers. C’est son objectif et c’est le credo du dépistage qui postule que plus les cancers sont détectés tôt mieux c’est.

Mais des études ont montré que pour des cancers petits et localisés, les cancers canalaires in situ,  le fait de traiter ou non affecte peu la survie spécifique à 20 ans. En moyenne, aux USA le risque de mortalité sur 20 ans après le diagnostic par cancer du sein pour les femmes NON traitées pour un cancer canalaire in situ est de 3,3% http://www.bmj.com/content/351/bmj.h4555?etoc . Ces très petits cancers représentaient 3% des cancers avant la mise en place du dépistage, mais 20 à 25% après. A tel point que certains se demandent si appeler cela un « cancer » avec toute la charge émotionnelle et l’appréhension que cela induit, est appropriéhttp://jamanetwork.com/journals/jamaoncology/article-abstract/2427488 .

L’autre point que votre article ne met pas du tout en évidence est le poids écrasant du dépistage dans l’augmentation d’incidence des cancers.

En effet, si on utilise le taux standardisé monde, comme vous le faites, on peut alors traduire cela comme le risque moyen d’avoir un diagnostic de cancer chaque année (incidence) pour la population observée et indépendamment de la structure en âge de cette population.

Or on s’aperçoit qu’entre 1980 et 2005, années où l’on peut situer le pic des diagnostics de cancer ( 2005, que je choisis car bizarrement il n’y a plus s’estimation pour le cancer de la prostate après 2009 par l’INVS), le risque d’avoir un diagnostic de cancer chez la femme (le taux standardisé monde), tous cancers confondus est passé de 176,4 en 1980 donc à 248,8 pour 100 000 en 2005. Soit une augmentation du risque de 72,4 pour  100 000. Sur la même période le risque annuel d’avoir un diagnostic de cancer du sein, cancer LE PLUS FREQUENT DE LA FEMME, est passé de 56,3 à 98,8 pour 100 000. Soit une augmentation de 42,5 pour 100 00. On peut en conclure que le cancer du sein a contribué pour 42,5 / 72,4 soit 59% à l’augmentation du risque de cancer chez la femme pendant cette période. C’est énorme.

Pour la femme le cancer du poumon, associé au tabagisme, et le cancer de la thyroïde, associé au surdépistage expliquent 18,8 pour 100 000 des 29,9 pour 100 000 d’augmentation non associés  au cancer du sein. Au total, pour la femme, le surdépistage et le tabagisme expliqueraient environ 85% de l’augmentation observée entre 1980 et 2005.

Pour l’homme c’est encore plus simple, car si le risque total annuel de diagnostic de cancer était de 283,5 en 1980 et est augmenté à 396,1 en 2005, soit une augmentation de 112,6 le risque de diagnostic de cancer de la prostate, LE PLUS FREQUENT CHEZ L’HOMME, est passé de 24,8 pour 100 000 en 2001 à 127,1 pour 100 000 en 2005, soit un risque multiplié par 5, augmentation  de 102,3 totalement attribuable au dépistage par dosage du PSA . Dans ce cas le dépistage du cancer de la prostate par PSA a contribué pour 102,3 /112,6 soit pour 91% à l’augmentation du risque de diagnostic annuel de cancer. Cela fait beaucoup.

Quant à l’augmentation du risque de cancer chez les jeunes femmes une explication vraisemblable est le dépistage individuel des jeunes femmes, peu quantifié en France . On sait nénamoins qu’il représente environ un quart des femmes dépistées dont une majorité n’ont aucun facteur de risque (HAS, 2011). Les femmes ont recours au dépistage individuel sur incitation des médecins, en particulier les jeunes femmes en région parisienne http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=1614 .Or, chez les jeunes femmes, le risque de faux positifs et d’erreur diangostique à la mammographie et à  la biopsie est augmenté http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=2203798.
Il est à noter que la diminution du risque de mortalité des cancers du sein et de la prostate a été MOINS RAPIDE que la diminution moyenne de mortalité pour les cancer, diminution d’ un taux annuel pour le cancer du sein de 0,6 et de 1,3 pour le cancer de la prostate contre une diminution de 1 pour la femme tous cancers confondus et 1,5 pour les hommes.
UNE CONCLUSION S’IMPOSE AU VU DE CES CHIFFRES, ET C’EST QUE L’AUGMENTATION DU RISQUE GLOBAL DE CANCER EST LARGEMENT UN ARTEFACT GENERE PAR LA TECHNIQUE, LE SURDEPISTAGE QUI, A SON TOUR, INDUIT UN SURTRAITEMENT MASSIF. D’où sans doute les conclusions du rapport du comité d’orientation en octobre 2016 recommandant, parmi deux scénarii, l’arrêt du dépistage du cancer du sein, http://www.concertation-depistage.fr/wp-content/uploads/2016/10/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf , rapport qui est une petite merveille et dont on espère qu’il ne sera pas jeté aux oubliettes comme les recommandations concernant le déremboursement des médicaments de la maladie d’Alzheimer.

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Relations soignant/soigné. Episode 1 : Diane 35

Tout le monde n’est pas d’accord avec mon point de vue radical : il aurait fallu interdire Diane 35 et ses génériques. Voir ICI.
Je reprends l’histoire de consultation 163 : LA.
Mademoiselle A, 18 ans, est venue avec sa copine qui est restée dans la salle d’attente.
Le dossier m’indique qu’elle n’a pas consulté au cabinet depuis environ trois ans.
Elle a une gastro, elle n’est pas allée en cours aujourd’hui, elle va mieux, c’est à dire qu’elle n’a pas besoin de médicaments, mais elle voudrait bien un certificat pour le lycée.
Je lui fais mon plus beau sourire.
« Ah, encore une chose, il faudrait que vous me prescriviez Diane 35… »
La jeune fille a trois boutons sur le visage cachés il est vrai par une épaisse couche de maquillage.
Nous commençons à parler du pays.
Je lui pose deux ou trois questions et je retiens ceci : elle a eu « tous » les traitements possibles pour l’acné (mais elle arrive à n’en citer aucun pas plus que ceux ou celles qui les ont prescrits), elle n’a jamais pris Diane 35, elle est complexée par ses boutons, elle n’arrive pas à survivre avec… 
Je lui dis : « Je ne vous prescrirai pas Diane 35 »
Elle : Mais Pourquoi ? Maintenant vous avez de nouveau le droit.
Moi : Ce n’est pas une question de droit. Je n’en prescris pas comme ça, sans avoir examiné la situation, sans avoir fait d’examens complémentaires. Connaissez-vous bien les risques de ce médicament ?
Elle : Oui. J’ai regardé sur internet, j’ai vu tous les risques, je les assume. A vous de prescrire.
Moi : Ce n’est pas comme cela que cela se passe. Je ne suis pas votre machine distributrice de Diane 35. 
Elle : Vous ne vous rendez pas compte de ma souffrance, je ne peux presque plus me montrer, j’en ai fait une phobie. Il faut m’aider. Vous ne pouvez pas comprendre…
(Je suis presque en train de pleurer et mon esprit fonctionne à cent à l’heure : l’empathie, l’empathie, l’empathie. Je sens que Dominique Dupagne me surveille (ICI) et qu’il me dit : Il est interdit d’interdire, il y a des patientes qui ont besoin de Diane 35, pourquoi s’en priver, du moment que les patientes sont informées, qu’elles sont au courant, la liberté individuelle, ne nie pas la capacité des patientes à prendre des décisions lucides concernant leur santé (sic)… Est-elle informée, d’ailleurs ?)
La polémique suscitée par la publication du livre de Martin Winckler et sa conviction que les médecins sont des brutes (définition : « personnage grossier et vulgaire ». La lecture du dictionnaire historique de la langue française –Le Robert. Dirigé par Alain Rey– est passionnante sur l’évolution du sens du substantif qui fut d’abord masculin, ah, le genre, mais c’est hors sujet) ou plutôt sa posture personnelle, tous les médecins sont des brutes, sauf moi, permet d’envisager cette consultation d’une façon différente. A ceci près sans doute que ma transcription et les commentaires de l’époque ne rendent sans doute pas compte de la véracité des faits. Le lecteur a intérêt à se méfier 1) que je n’embellis pas, 2) que je ne transforme pas afin d’anticiper les commentaires, 3) que je ne me mets pas dans la posture de celui qui s’autocritique pour mieux se valoriser (tout le monde peut se tromper mais c’est encore mieux de le reconnaître), 4) que je n’omets pas des faits qui pourraient ne pas aller dans le sens de ma « thèse », à condition qu’il y en ait une, 5) que je n’enlaisis rien…

Mademoiselle A, 18 ans, est venue avec sa copine qui est restée dans la salle d’attente.
Le dossier m’indique qu’elle n’a pas consulté au cabinet depuis environ trois ans.

Je signale donc en passant que cette jeune femme, dont je connais les parents qui m’ont désigné comme médecin traitant, soit n’est jamais malade, ce qui, à cet âge, devrait être la norme, soit va ailleurs entre deux, ce qui est son droit le plus strict, soit a désigné un autre médecin comme médecin traitant (ce qui est le cas en consultant le site Ameli).

Elle a une gastro, elle n’est pas allée en cours aujourd’hui, elle va mieux, c’est à dire qu’elle n’a pas besoin de médicaments, mais elle voudrait bien un certificat pour le lycée.

1) Est-ce que le fait d’avoir une gastro nécessite d’aller consulter un médecin ? Sans doute pas. Et d’ailleurs elle est « guérie », elle n’a pas besoin de médicaments selon moi mais elle en demande quand même, sans conviction, certes, mais elle insiste un peu. 2) Ma position de dire, « quand on a une gastro, on ne consulte pas », est-elle, à la lumière de ce qu’on lit ici ou là de la part des associations de patients, une position a) paternaliste, b) arrogante, c) méprisante, d) brutale, e) idéologique, f) sachante, g) inappropriée, h) aveugle (je ne cherche pas le motif caché qui serait par exemple « je veux prendre diane 35 pour mon acné mais c’est en fait pour ne pas dire à mes parents que je prends la pilule…parce que j’ai un copain – ou des copains »)… ? 2) un certificat pour le lycée : pourquoi l’éducation nationale ne se cantonne-t-elle pas à observer les décrets qui stipulent (j’ai un courrier type au cabinet) que ce genre de certificat est inutile, gaspilleur de temps, et cetera mais, comme me l’a dit officiellement un CPE au téléphone, « l’éducation nationale a ses propres règles », ce qui m’a laissé sans voix et la lycéenne sans certificat.

Je lui fais mon plus beau sourire.
« Ah, encore une chose, il faudrait que vous me prescriviez Diane 35… »
La jeune fille a trois boutons sur le visage cachés il est vrai par une épaisse couche de maquillage.
Nous commençons à parler du pays.
Je lui pose deux ou trois questions et je retiens ceci : elle a eu « tous » les traitements possibles pour l’acné (mais elle arrive à n’en citer aucun pas plus que ceux ou celles qui les ont prescrits), elle n’a jamais pris Diane 35, elle est complexée par ses boutons, elle n’arrive pas à survivre avec… 

Je reprends ce que j’ai dit plus haut. Mon commentaire personnel ‘…trois boutons sur le visage… », n’est-elle pas une position : a) paternaliste, b) arrogante, c) méprisante, d) brutale, e) idéologique, f) sachante, g) inappropriée, h) aveugle (je ne cherche pas le motif caché qui serait par exemple « je veux prendre Diane 35 pour mon acné mais c’est en fait pour ne pas dire à mes parents que je prends la pilule…parce que j’ai un copain – ou des copains)… ?. Quand la jeune femme dit qu’elle est « complexée », qu’elle ne peut « survivre », est-ce vrai, simulé, exagéré, manipulateur ou ne va-t-elle pas se jeter sous un autobus en sortant d’ici parce que je ne lui aurais pas prescrit Diane ? Ai-je le temps durant ma consultation de médecin généraliste surchargé d’interroger une patiente vagabonde qui joue sur le versant sentimental pour me faire prescrire un médicament controversé alors que, certainement, son médecin traitant a refusé de lui prescrire la fameuse pilule ? Quant au dermatologue, comment s’est passée la consultation ? Si je n’ai pas suffisamment de temps (nous pourrions ouvrir ici un long débat sur le temps de consultation en médecine générlae libérale), j’ai sans doute le devoir de m’assurer, ce que je fais, que la jeune femme n’est pas en danger immédiat par ma non prescription (elle pourrait avoir besoin d’une contraception urgente, d’urgence, ou immédiate) comme je devais m’assurer qu’elle ne le serait pas en prenant cette pilule, mais j’ai jugé, et on se trompe tout le temps, que je ne prenais pas de risque (en écrivant ces lignes je me suis assuré que la jeune femme, qui n’est jamais revenue me voir, une brute, vous dis-je, est bien vivante) en ne la prescrivant pas. Par ailleurs on peut également considérer que « trois boutons sur la figure » n’est pas une urgence…

Je lui dis : « Je ne vous prescrirai pas Diane 35 »

Voici la brutalité dans toute sa crudité. La brutalité de l’homme en blanc (je pourrais faire un commentaire sur l’expression « les brutes en blanc » utilisée par Winckler : datée, ancienne, soubiranesque, old school) dans toute sa splendeur. Déjà, en passant, je ne porte pas de blousz blanche pour travailler. N’oublions pas non plus dans ctte relation soignant/soigné une composante wincklerienne forte, celle de la mâle traitance. Tout membre (actif) d’une association de patients me dirait (violemment) : « IL N’EST PAS POSSIBLE DE PARLER COMME CELA A UNE PATIENTE. » Enfin, c’est vrai, mais il ne faut pas sortir la phrase de son contexte. Ensuite, je prends un autre exemple qui va éclairer la suite, si un patient me demande un dosage de PSA dans le cadre d’un dépistage individuel, il m’arrive, après beaucoup de temps perdu, de céder. Je ne suis pas un obsessionnel du non, de mes convictions, de mes idées, de mes croyances, tout ce que vous voulez, et, après que j’ai expliqué au patient, après que j’ai informé le patient, hein, pas éduqué, c’est lui qui sera dans le pétrin de la gestion de son PSA qui sort des normes et qui n’est ni synonyme de cancer, ni synonyme de cancer mortel, je l’aurais prévenu, il aura compris ce qu’il voulait, il aura entendu ce qu’il voulait entendre, il aura dénié, il n’aura pas compris, et il finira sa vie aux mains des urologues. Et j’entends encore, il m’arrive d’avoir des voix en ces temps confus, les associations de patients ou, mieux, les représentants des associations de patients, hurler : « parce que vous n’avez pas bien expliqué ! » Ouais, comme dirait Kundera… quand quelqu’un te dit que tu es un poisson, que faire d’autre que de lui dire « Oui je suis un poisson ? » 

Elle : Mais Pourquoi ? Maintenant vous avez de nouveau le droit.

Cette phrase est magique. Si je n’en prescrivais plus c’était parce que je n’avais pas le droit d’en prescrire, et puisque le droit est revenu je dois lui en prescrire ; et le motif caché est tellement évident : si un médicament est commercialisé le patient a le droit de demander à son médecin de le prescrire. Cette notion de droit est sans doute lié à la notion plus générale du droit à la santé, maxime que l’on peut lire au fronton de tous les temples de la bonne conscience moderne ou plutôt de la bonne conscience de la modernité. Le problème est : qu’est-ce que la santé ? Si nous nous référons à la définition de l’OMS, il est évident que tout est possible :
La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.(ICI). Tout est possible, au sens, il faut tout faire pour y arriver.

Moi : Ce n’est pas une question de droit. Je n’en prescris pas comme ça, sans avoir examiné la situation, sans avoir fait d’examens complémentaires. Connaissez-vous bien les risques de ce médicament ?
Elle : Oui. J’ai regardé sur internet, j’ai vu tous les risques, je les assume. A vous de prescrire.

Cette jeune fille de dix-huit ans a tout compris, elle n’a pas eu besoin de lire McKeown, Illich ou Rawls, elle sait tout naturellement, elle pourrait faire des cours en faculté de médecine, elle s’est informée, elle a lu wiki ou elle a regardé Le journal de la santé ou Allo Docteur, et elle assume. 

Moi : Ce n’est pas comme cela que cela se passe. Je ne suis pas votre machine distributrice de Diane 35.

C’est mal de parler comme cela à cette jeune femme me soufflent les défenseurs des patients. C’est à moi d’assumer. Il y a un moment où il faut dire les choses.

Elle : Vous ne vous rendez pas compte de ma souffrance, je ne peux presque plus me montrer, j’en ai fait une phobie. Il faut m’aider. Vous ne pouvez pas comprendre…

Eh oui, elle a encore mille fois raison, il faut avoir été malade de la maladie dont souffre le patient assis en face de soi pour pouvoir en parler, pour pouvoir le traiter. C’est le bon sens. Les amputés parlent aux amputés. Les SEP parlent aux SEP. Les cardiaques parlent aux cardiaques. Un utilisateur du carburateur *** parle aux futurs utilisateurs du carburateur ***. Les anciens fumeurs parlent aux fumeurs. Ainsi, et je pèse mes mots, retenez bien, grâce à la modernité du discours des associations de patients et des Winckler addicts, on est passés par un tour de passe passe lumineux, de la période paternaliste du médecin qui parle à la maladie d’un patient qui n’existe pas à celle du patient malade qui ne parle qu’au médecin qui souffre ou qui a souffert de la même maladie que lui ! Je plaisante…

(Je suis presque en train de pleurer et mon esprit fonctionne à cent à l’heure : l’empathie, l’empathie, l’empathie. Je sens que Dominique Dupagne me surveille (ICI) et qu’il me dit : Il est interdit d’interdire, il y a des patientes qui ont besoin de Diane 35, pourquoi s’en priver, du moment que les patientes sont informées, qu’elles sont au courant, la liberté individuelle, ne nie pas la capacité des patientes à prendre des décisions lucides concernant leur santé (sic)… Est-elle informée, d’ailleurs ?)

Voilà, c’était le premier épisode de notre nouveau feuilleton. J’attends vos commentaires avec impatience.

Je voulais dire en passant que j’ai lu de nombreux billets et articles sur le livre de Marc Zaffran et qu’il y en a un qui m’a beaucoup touché, celui de Dix Lunes car elle a démonté l’ami Martin Winckler avec une seule remarque quand elle l’a cité parlant sur France 2 « Il y a énormément de très bons médecins en France, il y a énormément de gens qui sont tout à fait charmants mais ce qui n’est pas normal, c’est que ce ne soit pas la norme. » en s’étonnant que l’on puisse utiliser l’adjectif charmant… ICI qui n’est manifestement pas utilisé dans la nouvelle vulgate marxiste wincklerienne.

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Publié dans associations de patients, brute, DIANE 35, soignant/soigné, WINCKLER MARTIN | Commentaires fermés sur Relations soignant/soigné. Episode 1 : Diane 35

Prix Nobel de littérature 2016 : Bob Dylan.

Je suis tellement content qu’il y ait des grincheux, des envieux, des jaloux,
Tellement content que l’on dise que Bob, c’est pas de la littérature,
Je n’aurais pas la méchanceté de citer d’autres prix Nobel que l’on ne lit jamais,
Tellement content qu’il ait eu le prix,
Tout simplement,
Tellement certain que dans plusieurs générations on l’écoutera encore chanter et qu’on lira ses textes.
Pourtant,
J’aurais préféré que ce soit Milan Kundera

Ou Philip Roth

Mais ces trois là, je ne cite pas les autres car j’en oublierais tant,
Sont des artistes de génie. C’est déjà pas mal.

Pour finir : une de mes chansons favorites :

« Tombstone Blues »

The sweet pretty things are in bed now of course
The city fathers they’re trying to endorse
The reincarnation of Paul Revere’s horse
But the town has no need to be nervous.

The ghost of Belle Starr she hands down her wits
To Jezebel the nun she violently knits
A bald wig for Jack the Ripper who sits
At the head of the chamber of commerce.

Mama’s in the fact’ry
She ain’t got no shoes
Daddy’s in the alley
He’s lookin’ for food
I’m in the kitchen
With the tombstone blues.

The hysterical bride in the penny arcade
Screaming she moans, « I’ve just been made. »
Then sends out for the doctor who pulls down the shade
And says, « My advice is to not let the boys in. »

Now the medicine man comes and he shuffles inside
He walks with a swagger and he says to the bride
« Stop all this weeping, swallow your pride.
You will not die, it’s not poison. »

Mama’s in the fact’ry
She ain’t got no shoes
Daddy’s in the alley
He’s lookin’ for food
I’m in the kitchen
With the tombstone blues.

Well, John the Baptist after torturing a thief
Looks up at his hero the Commander-in-Chief
Saying, « Tell me great hero, but please make it brief
Is there a hole for me to get sick in? »
The Commander-in-Chief answers him while chasing a fly
Saying, « Death to all those who would whimper and cry. »
And dropping a bar bell he points to the sky
Saying, « The sun’s not yellow it’s chicken. »

Mama’s in the fact’ry
She ain’t got no shoes
Daddy’s in the alley
He’s lookin’ for food
I’m in the kitchen
With the tombstone blues.

The king of the Philistines his soldiers to save
Puts jawbones on their tombstones and flatters their graves
Puts the pied pipers in prison and fattens the slaves
Then sends them out to the jungle.

Gypsy Davey with a blowtorch he burns out their camps
With his faithful slave Pedro behind him he tramps
With a fantastic collection of stamps
To win friends and influence his uncle.

Mama’s in the fact’ry
She ain’t got no shoes
Daddy’s in the alley
He’s lookin’ for food
I’m in trouble
With the tombstone blues.

The geometry of innocent flesh on the bone
Causes Galileo’s math book to get thrown
At Delilah who’s sitting worthlessly alone
But the tears on her cheeks are from laughter.

I wish I could give Brother Bill his great thrill
I would set him in chains at the top of the hill
Then send out for some pillars and Cecil B. DeMille
He could die happily ever after.

Mama’s in the fact’ry
She ain’t got no shoes
Daddy’s in the alley
He’s lookin’ for food
I’m in the kitchen
With the tombstone blues.

Where Ma Raney and Beethoven once unwrapped their bed roll
Tuba players now rehearse around the flagpole
And the National Bank at a profit sells road maps for the soul
To the old folks’ home in the college.

I wish I could write you a melody so plain
That could hold you, dear lady, from going insane
That could ease you and cool you and cease the pain
Of your useless and pointless knowledge

Mama’s in the fact’ry
She ain’t got no shoes
Daddy’s in the alley
He’s lookin’ for food
I’m in the kitchen
With the tombstone blues.

Alright!

Le site officiel de Bob : LA.
Les chansons en français : ICI.

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Publié dans DYLAN BOB, KUNDERA MILAN, Prix Nobel, ROTH PHILIP, TOMBSTONE BLUES | Commentaires fermés sur Prix Nobel de littérature 2016 : Bob Dylan.

Monsieur le directeur de la CPAM des Yvelines. Privatisation, gaspillage de l’argent public et destruction du parcours de soins.

A l’attention du directeur de la CPAM des Yvelines, Monsieur Patrick Negaret.

(Copie Nicolas Revel, directeur général de la CNAMTS)

Bonjour Monsieur,

Je vais vous raconter ce cas exemplaire. Ce cas exemplaire n’est pas une histoire de chasse. De nombreux médecins généralistes pourront vous raconter la même chose.
En 2013 j’avais déjà parlé de cette patiente aux services de la CPAM des Yvelines.  Je vous rappelle le cas : ICI. (voir ICI et LA pour d’autres informations sur le sujet).

Voici ce qui m’avait été répondu (en substance) (un certain E. Le Boulaire) (voir LA) : 
  1. L’examen se santé périodique fait partie des droits de chaque assuré social…
  2. … les organismes d’assurance maladie doivent veiller à offrir ces examens en priorité aux personnes les plus démunies et les plus vulnérables au plan de la santé plusieurs fois dans l’intervalle des cinq ans.
  3. Ils contribuent à l’amélioration de l’état de santé des assurés par la combinaison de procédures qui relèvent du dépistage, de l’éducation à la santé et du conseil individualisé.
  4. Le centre IPC, certifié ISO 9001 version 2008…
  5. S’agissant de la réalisation d’examens biologiques dans le cadre du bilan… l’examen est modulé selon le référentiel… le médecin appliquait les référentiels scientifiques…
Madame A, 62 ans, dont je suis le médecin traitant, est convoquée par l’IPC, officine privée, avec des papiers où la CPAM est mentionnée.
Madame A va à ce rendez-vous.

Elle revient me voir avec un compte rendu. « Ils m’ont trouvé des choses. »

Je lui demande pourquoi elle est retournée à l’IPC alors que je lui avais dit la première fois que cela ne servait à rien. Elle lève les yeux au ciel : « J’ai eu peur de ne pas aller à la convocation. Et puis : on ne sait jamais. »

Voici le compte rendu d’examen.

Ainsi, le docteur T a-t-il signé un compte rendu où une PA anormale a été trouvée sans aucune mention du fait qu’elle est traitée pour cette pathologie. Le docteur T n’a pas trouvé de troubles de régulation glycémique alors que la patiente est traitée pour un diabète de type 2. j’ai déjà dans un billet précédent analysé les termes employés comme « limites », rien ne change donc.

Mais surtout : l’IPC n’est pas foutue de savoir, on appelle cela le suivi des patients, que cette patiente a un passé dans son propre organisme.

J’ai déjà indiqué que d’autres officines (le CIPC, voir LA) faisait du grand n’importe quoi médical et faisait dépenser à la CPAM des sommes astronomiques alors que le simple bon sens clinique…

A qui tout cela sert-il ?
Cette patiente, dont je suis le médecin traitant, est diabétique non id. Elle a une ALD pour diabète de type 2. Elle est donc suivie par moi. Je passe sur les différents examens et sur la fréquence des consultations. La demande d’ALD a été approuvée par le médecin conseil (puisque la demande n’a pas été refusée).
Sans doute vos services lui ont-ils demandé de participer à Sophia, ce machin aussi inutile que coûteux (cf. un article de Dominique Dupagne : ICI).
Je le répète : la prévention au pif, au hasard, sans  signes d’appel, ça ne marche pas. Toutes les études l’ont montré.

L’expérience du NICE anglais ou, plus précisément, du Quality and Outcomes framework (ICI) a montré que les sommes englouties ne servaient à rien en termes de Santé Publique (LA) mais remplissaient les poches de médecins qui, par ailleurs, ne faisaient que du remplissage et négligeaient ce qui était hors du QoF.


Cette prévention, telle que vous la pratiquez ou telle que vous la faites pratiquer en privatisant la CPAM au profit de sociétés profitables, entre dans le cadre de ce qu’avait dénoncé un médecin anglais, Julian Tudor Hart, en 1971 : The Inverse Care Law ou, en français, la Loi Inverse des Soins. Je vous donne la référence (ICI) pour que vous puissiez faire lire cet article à vos services. C’est à dire que les ressources sont plus allouées aux personnes qui n’en ont pas besoin qu’à celles qui devraient en bénéficier.
Mais il n’y a pas que la CPAM qui ne connaît pas cette Loi. 
Les médecins libéraux ou hospitaliers font de même. Savez-vous que dans les hôpitaux des Yvelines et dans des cabinets libéraux des praticiens hospitaliers et des gynécologues pratiquent des frottis du col utérin annuellement (et à des prix non secteur 1) bien que la recommandation soit triennale et alors qu’il est si difficile d’obtenir des rendez-vous chez eux et que ce sont les femmes qui n’ont JAMAIS de frottis qui devraient en bénéficier en premier car, comme par hasard, ce sont elles qui sont les plus à risques ? Savez-vous que dans les hôpitaux des Yvelines des PH suivent mensuellement en consultation privée des nourrissons qui ne posent aucun problème alors qu’il est si difficile d’obtenir des rendez-vous pour des nourrissons fragiles ? Savez-vous que des femmes de 40 ans sont initiées, sans risques particuliers, à la pratique d’une mammographie tous les deux ans, en dehors de toute recommandation et, surtout, en dépit du bon sens le plus commun ? 
Mais je m’arrête là. Tout le monde sait cela.
La prévention au pif, au hasard, cela ne marche pas. Pourquoi dépister des patients, comme ma patiente, qui bénéficie d’une ALD pour diabète de type 2, c’est à dire qui est connue en théorie de vos services médicaux, sans que le médecin traitant ne soit informé. cela s’appelle, dans votre jargon, un non respect du parcours de soins.

Que de temps perdu !
Que d ‘argent perdu !
Que de légitimité perdue !

Je voudrais rappeler ici la fameuse, trop fameuse, phrase de David Sackett :  » La médecine préventive est trois fois arrogante : Premièrement, elle est agressivement affirmative traquant les individus sans symptômes et leur disant ce qu’ils doivent faire pour rester en bonne santé… Deuxièmement elle est présomptueuse, persuadée que les actions qu’elle préconise feront, en moyenne, plus de bien que de mal à ceux qui les acceptent et qui y adhèrent. Finalement, la médecine préventive est autoritaire, attaquant ceux qui questionnent la validité de ses recommandations. » Voir ICI.

Sachant que mon courrier, comme celui que j’avais écrit en 2013, ne peut être pertinent puisqu’il ne correspond pas aux objectifs que vous vous fixez, à savoir toujours plus d’examens périodiques de santé, je ne désespère pourtant pas qu’il puisse être lu et pris en compte.

Avec mes meilleurs sentiments.

Docteur Jean-Claude GRANGE

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Publié dans CPAM, EXAMENS PERIODIQUES DE SANTE, HART JULIAN TUDOR, IPC, NEGARET PATRICK | Commentaires fermés sur Monsieur le directeur de la CPAM des Yvelines. Privatisation, gaspillage de l’argent public et destruction du parcours de soins.

L’hôpital (APHP) ordinaire. Paris, France, 2016.

Un de mes collègues subit une petite exploration chirurgicale dans un grand hôpital parisien. 
Cinq personnes entrent dans la chambre.
Pas un bonjour. Personne ne se présente.
Une infirmière, sans doute, lui dit qu’il est sortant. On ne lui a pas demandé comment il allait (il va moyen).
C’est tout.
Mon collègue s’adresse à celui qui paraît être le senior :  » Mon cher confrère, vous pourriez au moins dire bonjour au patient quand vous entrez dans une chambre ».

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Publié dans APHP, Maltraitance, POLITESSE | Commentaires fermés sur L’hôpital (APHP) ordinaire. Paris, France, 2016.

Les relations médecins/patients sur twitter. Conséquentialisme versus déontologie.

Happy Valley : Sara Lancashire. La bienveillante.
Je vais vous raconter une histoire simple, telle que je l’ai reconstituée, ne venez pas m’ennuyer sur les détails techniques.

Une jeune femme mineure, vraiment mineure, vient aux urgences accompagnée de sa mère.
Elle est examinée par l’interne.
Elle est interrogée.
Le senior revient une demi-heure après.
 » Est-ce que vous avez déjà eu des rapports ? »
Question qui a déjà été posée auparavant.
Gêne.
« Non, bien sûr que non. »
Le senior a dans la poche un test de grossesse positif.
Il s’agit d’une grossesse extra-utérine qui est une urgence chirurgicale pouvant mettre en jeu la vie de la patiente. 
Cette histoire est racontée sur twitter.
Les défenseurs des patients réagissent très vite.
Je résume : « Il est intolérable de pratiquer un test de grossesse sans le consentement de la patiente. »
Les médecins rient. Je résume: « Elle aurait pu mourir, donc, il n’y a pas de discussion. »
Les messages s’enveniment.
Les médecins ne comprennent pas que l’on puisse discuter une seule seconde le fait d’avoir pris la bonne décision, à savoir faire un test de grossesse à une femme qui dit ne jamais avoir eu de rapports sexuels, pour lui sauver la vie.
Vous imaginez que si j’écris ce billet c’est parce que je me pose des questions, ce n’est pas parce que je pense que les défensuers du consentement sont des demeurés.
Ma première réaction était instinctive et fondée sur l’expérience : on a tous entendu parler d’histoires de ce genre ou on en a même tous vécu et personne ne nous a jamais parlé d’un problème moral dans cette attitude. C’est une urgence. Point.

Vous assistez à un accident de la circulation et vous agissez rapidement pour sauver une personne inconsciente, vous n’allez quand même pas fouiller ses poches, interroger un éventuel fichier national pour savoir si la personne souhaite ne pas être réanimée.
Dans le cas du test de grossesse qui nous préoccupe il est aussi vraisemblable que, malgré les dénégations de la jeune femme, le fait de ne pas avoir pratiqué le test pourrait être considéré, professionnellement comme une faute et pourrait être reproché juridiquement aux praticiens.

Donc, les propos violents lus à propos des médecins posent question.

Pourquoi et comment en est-on arrivés là ?

Je ne vais pas vous écrire l’histoire du paternalisme. C’est long, c’est compliqué, c’est contradictoire, c’est controversé.

Je suis allé voir un billet de JP Devailly (LA) en son blog (ICI) toujours bien informé mais souvent un peu compliqué dans son expression et catégorique dans ses conclusions, dont le titre est « Le soignant, le patient et le système – Le paternalisme dans tous ses états ». J’ai retenu ceci comme définition générale : « Le paternalisme, c’est l’interférence d’un État ou d’un individu avec une autre personne, contre sa volonté, et justifiée ou motivée par la croyance qu’elle s’en portera mieux ou qu’elle sera protégée d’un mal » d’après Gerald Dworkin, un texte de 2016 (LA). Et ceci de JP Devailly : « Le vieux modèle paternaliste de la relation médecin patient est obsolète. Certains soutiennent que l’absence totale de paternalisme est illusoire mais que les formes coercitives et fortes en sont les plus difficiles à justifier sur le plan éthique (« Paternalisme, biais cognitifs et politiques publiques favorables à la santé« ).« 

Il faudrait dire ceci : il y aura toujours une relation asymétrique médecin/patient ou médecin/malade ou soignant/soigné mais il ne faut pas envisager cet aspect du seul point de vue des connaissances scientifiques mais aussi selon celui de la dépendance intellectuelle, financière, spirituelle, émotionnelle, et pas toujours dans le sens escompté : le patient/malade est parfois en position dominante vis à vis du médecin/soignant… Il y aura toujours ne signifie pas qu’il ne faille pas lutter contre…

Il existe un vieux mythe, sur une idée de Georges Duhamel, écrivain et médecin du « colloque singulier entre médecin et malade » qui aurait été à une certaine époque un modèle rassurant d’humanisme partagé. Je n’y crois pas une seconde. Le colloque singulier existe toujours, sans doute, je n’aime pas les consultations à trois, par exemple, je veux dire deux médecins et un patient, dans l’autre sens, cela me dérange moins bien que cela signifie une certaine forme de censure. Et il y a des éléphants dans la pièce que sont les représentants de la société de consommation.

Dans les tweets que j’ai consultés, et on ne dira jamais assez combien la forme twitteriale est agaçante par sa brièveté, par son agressivité innée et par sa volatilité, des mots et expressions sont apparues : bienveillance, serment d’Hippocrate, empathie, sympathie, neutralité, eh bien, à mon avis signifiant et signifié ne collent pas bien.

Dans notre cas précis on a aussi du mal à envisager que cette jeune femme débarquant aux urgences puisse être un patient expert, un patient ressource ou un expert profane. Si vous souhaitez sur la question lire des choses très mauvaises, j’ai trouvé une mine : le professeur André Grimaldi : ICI et LA.

Passons.

Certains des messages sont passés par le serment d’Hippocrate. Il y avait longtemps que je n’y étais pas allé faire un tour. 

Commençons par l’Hippocrate originel.

C’est quand même d’une sacrée débilité anachronique.

« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants :

Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire2 abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille3, je la laisserai aux gens qui s’en occupent.

Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »

.
Ensuite, voici la version du Conseil de l’Ordre de 2012.

« Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.
Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.
J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.
Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.
J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.
Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. »

Donc, on raye, c’est tellement à mourir de rire et décalé de la réalité quotidienne. Comme on dit sur twitter : trop faux.

Je suis allé faire un tour sur l’excellent blog du docteur Niide (LA) où il a écrit un billet intitulé « Care is not benevolence » (ICI) qui nous permet de mieux comprendre les différentes attitudes que nous avons décrites plus haut et d’éviter de lire des âneries (notamment sur l’Evidence Based medicine) comme celles de Gérard Reach (LA) considéré pourtant comme une sommité sur la question. 
Revenons à nos moutons.
Je voudrais citer cette phrase de Jean-Pierre Dupuy à propos du conséquentialisme en l’adaptant à notre test de grossesse : « Cet argument éthique (c’est à dire doser les beta HCG sans demander son avis à la patiente) est dit conséquentialiste : lorsque l’enjeu est important, les normes morales que l’on nomme déontologiques – au sens où elles expriment le devoir que l’on a de respecter des impératifs absolus, quoi qu’il en coûte et quelles qu’en soient les conséquences – doivent s’effacer devant le calcul des conséquences. » (Dupuy Jean-Pierre. La marque du sacré. Champs essais. Paris : Flammarion, 2008) Il parlait des justifications américaines (aujourd’hui largement réfutées) pour le largage des bombes sur Hiroshima et Nagasaki. Excusez la comparaison.
Je rappelle la définitionn wiki du conséquentialisme : »Le conséquentialisme fait partie des éthiques téléologiques et constitue l’ensemble des théories morales qui soutiennent que ce sont les conséquences d’une action donnée qui doivent constituer la base de tout jugement moral de ladite action.« 
Allons plus loin avec le livre de Ruwen Ogien et Chrisine Tappolet : « « Faut-il être conséquentialiste ? ». Il ne s’agit donc pas de passer en revue tous les concepts de l’éthique, mais de défendre la plausibilité de la théorie conséquentialiste en comprenant plus précisément comment doivent s’articuler ces deux concepts essentiels que sont les normes d’une part et les valeurs, d’autre part. En un mot : faut-il, avec les défenseurs du conséquentialisme, considérer que ce que je dois faire (la norme) dépend en dernière instance des valeurs que présente le monde ? Ou faut-il supposer au contraire, avec les approches déontologiques, que la norme prime sur la valeur, c’est-à-dire qu’il y a des choses que je dois faire, quelles que soient les conséquences qui en résultent ? » J’ai repris ce texte sur le site Raison Publique. fr (LA).
Nous sommes au coeur du débat.
Les défenseurs des patients disent que la déontologie, même en ce cas, est plus forte que le conséquentialisme.
Les médecins pensent le contraire pour des raisons sans doute liées à leur formation. Pas tous, bien entendu. 
Il existe certainement des situations moins claires mais si, en ce cas précis, les défenseurs des patients prennent une position aussi tranchée, il n’est même pas nécessaire de parler de cas moins évidents ou plus litigieux.
Le débat est ouvert.

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Publié dans ALLEMAND HUBERT, conséquentialisme, déontologie, paternalisme, Relations médecins-patients | Commentaires fermés sur Les relations médecins/patients sur twitter. Conséquentialisme versus déontologie.

Délires et rôle du médecin généraliste comme coordinateur des soins. Histoire de consultation 193.

Buddy Guy
Monsieur A, 93 ans, est accompagné par sa fille. C’est un patient de mon associée que je reçois en son absence.
Son dossier me renseigne : maladie des corps de Lewy, diabète non id, HTA. Il est actuellement hébergé che sa fille.
Madame B, sa fille, avant un rendez-vous pris chez l’urologue, est venue « pour le renouvellement » (et je remarque en passant la sobriété du traitement de ce patient très âgé et « dément »), et pour me montrer les résultats du scanner.
L’histoire est la suivante : pendant les vacances Monsieur A a présenté une hématurie macroscopique. Sa fille l’a emmené aux urgences. 
Il a vu ensuite un urologue qui a prescrit divers examens dont un scanner. 
Le compte rendu du scanner indique que « tout est normal » (je résume). 
(Je fais une incidente. Quand j’étais « petit » et après que j’avais fait des stages dans des services où existaient des pédagogues médecins, j’avais appris à lire des radiographies. Des radiographies simples  comme des radiographies pulmonaires ou des clichés de rachis lombaire et, lors des visites, lors de staffs, il était possible d’acquérir des connaissances en discutant avec nos « chefs » et nos pairs qui critiquaient, commentaient, interprétaient des clichés, non seulement de façon technique mais aussi en fonction du contexte clinique. Ces temps sont révolus. Désormais on lit les comptes rendus, du moins nous, les médecins généralistes, sauf quand le radiologue nous sélectionne une image et va même jusqu’à dessiner une flèche pour indiquer l’endroit pathologique, et, paradoxe des paradoxes, dans le cas des scanners et des IRM, le radiologue fournit un cd qui, le plus souvent, demande un logiciel ad hoc pour « animer » les résultats et qui est donc proprement illisible. Passons. Les non médecins généralistes se reconnaîtront aussi dans ceux qui ne lisent que les comptes rendus.)
(Deuxième incidente. L’hyper spécialisation de la médecine est une plaie. Elle est la conséquence de la technicisation et elle est une menace pour le patient. J’ai déjà écrit sur ce sujet mais je tente de synthétiser : ne plus savoir lire une imagerie et, encore plus, ne pas savoir l’interpréter, nous met à la merci des techniciens qui sont des gens formidables, mais qui sont des techniciens auxquels nous devons faire confiance aveuglément ; et ainsi, la parcellisation du corps malade, son atomisation, sa découpe en rondelles, rendent le patient (l’être humain) de plus en plus invisible, sa « transparence » supposée le détruisant en tant qu’individu.)
Monsieur A suit la conversation comme s’il comprenait tout mais, je ne mets pas longtemps à me  rendre compte qu’il est à côté de la plaque, qu’il pose des questions et commente sans qu’il y ait de rapports avec les propos que nous tenons. Sa fille, d’une patience d’ange et d’une empathie communicative, me dit que l’urologue a convoqué son père pour regarder le scanner et pour, vraisemblablement, biopsier sa vessie.
Elle remarque ma grimace.
J’interroge Madame B : l’hématurie macroscopique a disparu.
Madame B me regarde drôlement mais ne dit rien.
Je prescris une numération pour vérifier qu’il n’y a pas de déglobulisation, un bilan de surveillance diabète/HTA (en fonction des molécules prescrites) et la recherche de sang dans les urines.
Une semaine plus tard.
Le bilan est normal.
Madame B : Faut-il aller chez l’urologue ?
Moi : Je n’en sais rien. Mon avis, mais ce n’est qu’indicatif, vous le prendrez comme vous le voudrez, est qu’il faut laisser votre père tranquille.
Madame B s’est figée.
Moi : Vous pouvez aller voir l’urologue mais, si j’étais vous, je lui poserais trois questions.
Elle me regarde avec attention et je sens que le « si j’étais vous » la choque.
Moi : Est-ce que le fait de pratiquer une biopsie chez votre papa dans l’état où il est actuellement et en fonction de son âge va, un, entraîner la mise en oeuvre d’un traitement qui lui permettra, deux, d’avoir une meilleure qualité de vie, trois, d’augmenter son espérance de vie et, quatre, d’améliorer sa prise en charge ?
Silence (elle a dû remarquer qu’il y avait 4 questions).
Monsieur A n’a pas compris ce que j’ai dit.
Madame B me regarde avec des yeux qui me transpercent (c’est l’impression que j’ai).
Madame B : C’est la première fois que j’entends quelque chose de pareil venant d’un médecin. Mais vous avez le mérite d’être clair.

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Publié dans ACHARNEMENT DIAGNOSTIQUE, BIOPSIES, CONSULTATIONS, DROITS DES MALADES, LEWY | Commentaires fermés sur Délires et rôle du médecin généraliste comme coordinateur des soins. Histoire de consultation 193.

Stéphane Foucart parle aussi de vaccination. On aurait pu espérer mieux.

(Mon texte a été écrit le 9 et le 10 septembre 2016, et donc, certaines informations pourraient être devenues fausses.)

Stéphane Foucart écrit des livres, écrit dans Le Monde où il est responsable de la rubrique Sciences, travaille à France-Culture et est connu pour dénoncer les scandales de l’industrie (OGM, climat).

Et là, tout d’un coup, sans doute parce qu’il avait un diner en ville et qu’il fallait boucler, il se lâche sur la vaccination. Parce que la vaccination, coco, « ça ne se discute pas ». Il n’enquête pas sur Big Pharma. C’est un peu l’histoire du mec qui, pour dire qu’il n’est pas raciste, dit qu’il a un ami juif. Mais l’idée est sans doute la suivante : il pense que les vaccinosceptiques sont de la même trempe que les climatosceptiques qu’il dénonce à juste raison.

Son dernier papier  intitulé sobrement « Scandales sanitaires, controverses… les raisons de la défiance en France contre les vaccins », voir ICI,  se situe dans la droite ligne de ce qu’écrivait Frédéric Orobon, voir LA, c’est à dire, partisan, sans ressources, naïf, peu au courant, et témoigne que les journalistes scientifiques vedettes, j’ai déjà parlé des génies que sont Jean-Daniel Flaysakier et Jean-Yves Nau (LA) (cf. infra), font plus dans le paraître que dans les études de cas. 

C’est le journalisme plan plan.
Il cite donc une étude sans la référencer. Rappel : on a deux façons, en 2016, de référencer les études, soit en mettant une note en bas de page (old school), soit en fournissant un lien hypertexte (même les grands-mères savent faire cela). Nenni.
Il est vrai que la recherche de l’article original de Heidi Jane Larson est difficile (l’article doit être « protégé »). Je trouve différentes choses dont un commentaire de Jon Cohen dans Science Mag (LA) qui fournit un lien erroné (serait-ce dû à la protection de l’article ?). Quant à Ebiomedicine (LA) c’est une revue du groupe milliardaire Elsevier associée au Lancet connue pour ses publications liées à Big Vaccine. En revanche, on retrouve facilement un communiqué de presse  écrit par la coordinatrice de l’étude (LA).

JY Nau a aussi écrit sur le sujet. Il est le seul à dire que l’article que l’on commente partout n’est pas encore publié : ICI.

A ce stade de la lecture de l’article se Stéphane Foucart on se demande s’il a lu l’étude ou s’il n’a lu que le communiqué de presse.

Il aurait pu parler de la méthodologie et de la façon de poser les questions. Comment, en 2016, mener une étude monitorée par la London School of Hygiene and tropical Medicine (ICI), en posant une question datant des mauvais auteurs du dix-neuvième siècle, « Les vaccins sont-ils sûrs ? » Les anthropologues auraient-ils oublié le concept pourtant universel de bénéfices/risques ? Quant aux interrogations sur la religion des sondés, on sent le truc téléguidé. N’aurait-il pas mieux valu, dans une étude anthropologique, segmenter en fonction de la structure familiale ?

Stéphane Foucart cite le sociologue Jocelyn Raude qui est un vaccinolâtre convaincu et qui fait des conférences (ménages) pour l’industrie pharmaceutique (voir ICI) en donnant comme exemples pour illustrer sa phrase « Les effets de la vaccination sont manifestes », ceux des pneumonies et de la tuberculose. On croit rêver en constatant autant d’ignorance (si j’étais méchant, mais je ne le suis pas, je me demanderais si les citations de Stéphane Foucart sur le climat sont de cette qualité. Comme dit l’autre : les journalistes sont écoutables quand ils ne parlent pas de sujets que l’on connaît).

Par ailleurs, notre journaliste lanceur d’alerte cite un propos du sociologue concernant l’étude « Je m’attendais à des résultats en ce sens mais je ne pensais pas qu’ils seraient aussi marqués »et, en lisant le papier de Jon Cohen cité plus haut, on retrouve une phrase de Heidi Jane Larson : « “I didn’t expect France to be as negative as it was,” » Raude a donc lu le communiqué de presse.

Pourquoi Jocelyn Raude ne parle-t-il pas de sociologie au lieu de fournir des données contestables et sans intérêt sur les vaccins ?

Stéphane Foucart, qui a écrit des livres sur la corruption dans le milieu industriel, ne contrôle pas ses sources et cite des auteurs corrompus dans le domaine d ela pharmacie
.
Je pourrais dire ceci : si je faisais le pari d’écrire un article à la manière de Jocelyn Raude ou de Stéphane Foucart pour vanter l’efficacité des vaccins, je serais meilleur que les deux réunis.

Francis Chateauraynaud, sociologue convoqué par Stéphane Foucart écrit sur l’anthropologie des sciences (voir LA). Il remonte à l’affaire du sang contaminé. Possible. Mais notre journaliste climato non sceptique écrit ceci : « La récurence des scandales sanitaires liées à l’industrie pharmaceutique semble en effet jouer un rôle dans la singularité française. » Heu, deux erreurs dans la même phrase. Primo : le scandale du sang contaminé n’était pas lié à l’industrie pharmaceutique ; secundo : les scandales pharmaceutiques sont légion dans le monde et les amendes que doivent verser les « grands » labos de big pharma sont nombreuses et répétées, notammaent aux US.  

Stéphane Foucart enfile ensuite les perles : il n’y aurait qu’en France que l’on aurait parlé des risques de la vaccination contre l’hépatite B (l’étude princeps sur ces risques est anglo-américaine) ; la phrase du siècle : « Dans les pays anglo-saxons l’influence de la Toile est également importante. » ; la polémique sur l’autisme post vaccinal dans les pays anglo-saxons (dont on a très peu parlé en France, ce qui infirme, bla bla bla, les réticences françaises contre LA vaccination) et sur la résurgence de la rougeole en Angleterre et au Pays de Galles (tiens, il aurait les mêmes sources que Fréric Orobon…) ; le fait que les recommandations de taux de vaccination faites par l’OMS ne sont pas atteintes sans mentionner que c’est l’OMS qui est à l’origine de la fausse déclaration de pandémie grippale A1H1N1 ; et cetera.

Mais Stéphane Foucart est suivi rapidement. Une journaliste de Slate,  Nadia Daam, écrit un article (LA) sur la fameuse étude en question en renvoyant sur un lien qui est un article de presse  intitulé « Who have more faith in vaccine safety: parents in France or in Bangladesh? » (LA). Par ailleurs, elle cite un journaliste pour défendre le gardasil sans contrepartie. Que vient faire le gardasil ici ?

En réalité, le copinage, l’entre soi et l’autocongratulation sont le fait du milieu journalistique scientifique, il y a des exceptions que je ne citerai pas ici pour ne pas porter tort à ces courageux… Vous trouverez toujours les mêmes noms dans le chapeau et les experts qui se sont trompés et qui, pour certains, pas pour tous, l’ont reconnu, sont ignorés des journalistes et apparentés qui veulent faire carrière dans les médias. Nous ne parlerons donc pas de François Bricaire (voir LA) ou d’Antoine Flahault, par exemple.

Mais heureusement le canon des élégances de la disruption apporte son soutien à Stéphane Foucart. Amen.

 

Dominique Dupagne@DDupagne

Un sociologue confirme l’impact désastreux de la campagne de vaccination 2009 H1N1 sur la confiance vaccinale http://www.lemonde.fr/medecine/article/2016/09/09/scandales-sanitaires-controverses-les-raisons-de-la-defiance-en-france-contre-les-vaccins_4995062_1650718.html  1/2

 

Dominique Dupagne@DDupagne

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(Brève) revue de presse médicale.

http://sci-hub.cc 
Je vous conseille, chers collègues, chers journalistes, chers citoyens, de vous inscrire sur twitter et ainsi, au delà des polémiques, des attaques personnelles, des trolls ou des propos de café du commerce ou de cour de récréation, d’aller y faire un tour pour être au top des derniers articles médicaux que vous conseillent des gens de qualité que vous suivez (les followers). 
https://twitter.com 
Je ne vous parle pas des Français que vous connaissez tous, Dupagne, Lehmann, ni de ceux que j’ai déjà cités comme JM Vailloud en cardiologie ou Stéphane Burtey en néphrologie, ceux que j’ai oubliés peuvent me unfollower, mais de moins connus de vous comme Philippe Ameline ou Philippe Eveillard, Paul Benkimoun du Monde. Sans oublier le compte twitter du Formindep.
Quant aux Anglais : Ben Goldrace, Medskep, Vinay Prasad, Jeanne Lenzer, Richard Lehman et son fameux blog du BMJ…
Information craquante : si vous voulez lire un article paru dans une revue où vous n’êtes pas abonné, il est possible d’avoir un accès. C’est illégal. Lire la notice wikipedia : ICI ou le site lui-même : LA. Cela ne marche pas pour la revue Prescrire.

Brèves.

Baclofène. Voilà, les résultats préliminaires de deux essais sur le baclofène sont « libérés » dans un congrès à Berlin. Les baclofènolâtres, dont Dominique Dupagne, exultent. Un article du journal Le Monde (LA) en fait un résumé orienté, on se croirait dans le Quotidien du Médecin. Sur ce blog, la polémique fait rage entre CMT et Sylvie Imbert de l’Association Baclofène (LA, ça commence le 4 septembre dans les commentaires). Je suis (plutôt) d’accord avec CMT… J’écrirai sans doute un billet sur la question mais, en résumé : publication d’essais sans parler des effets indésirables (non encore étudiés) ; résultats en pourcentages relatifs d’amélioration ; quand le promoteur d’un essai est une association de patients et l’APHP, big pharma est loin du compte en termes de manipulation des esprits…

Césariennes : le taux de césarienne n’est pas lié à un problème « médical ». Voir ICI des courbes comparatives entre US, Australie, Brésil et Allemagne.

Fraude en médecine : le rédacteur en chef du Lancet dit ce que nous disons depuis des siècles : les essais cliniques, faut s’en méfier. ICI.

MDPH : ASK en son blog pose une question stupéfiante : « MDPH : fabrique à handicaps ? ». CMT lui répond et complète son propos. LA

Oncologie de précision. Vinay Prasad, dont vous avez déjà entendu parler sur le blog, a publié un éditorial dans Nature (LA) pour démonter l’oncologie de précision. A faire lire aux optimistes dysrupteurs.
SPRINT. Je vous avais dit tous les doutes que j’avais à propos de l’étude Sprint (ICI et LA) alors que d’autres étaient plus favorables (ICI) et, aux Etats-Unis, la controverse fait rage (n’oublions cependant pas qu’il peut aussi y avoir, dans ces critiques qui semblent fondées, des liens d’intérêt cachés, financiers, académiques, jaloux…). Ben Goldrace, activiste UK, dont vous pourriez vous abonner aux TWTs, nous signale un article rapportant les réserves des cardiologues américains (et notamment sur la façon dont la PA a été mesurée) : ICI.

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Publié dans BACLOFENE, césarienne, FRAUDE MEDICALE, MDPH, PRECISION, revue de presse, SPRINT | Commentaires fermés sur (Brève) revue de presse médicale.

Frédéric Orobon, philosophe, « dit » la vaccination et ne s’est pas informé.

La Revue Esprit, à laquelle je suis abonné avec bonheur, publie un article d’un certain Frédéric Orobon, philosophe en Bourgogne, dont le titre pompeux, Les réticences contemporaines vis à vis de la vaccination (Revue Prescrire 2016, 426 : 150-61), est trompeur.

Frédéric Orobon a par ailleurs publié un livre, que je n’ai pas lu (et que je n’ai pas envie de lire, en raison de ce que je viens de lire et qui ferait de lui un spécialiste de Santé publique philosophique), intitulé Santé publique et libertés individuelles. L’exemple des conduites par lesquelles on peut se nuire à soi-même, Paris, LGDJ, 2013. C’est en fait son sujet de thèse.

J’ai hésité à écrire ce billet par peur de gaspiller mon énergie et par crainte de faire de la publicité à ce philosophe qui aurait dû rester dans sa spécialité. Mais, sans doute peu enclin à écrire de la philosophie par incompétence, il a préféré se spécialiser ailleurs, c’est à dire trouver des sujets d’étude peu abordés, sa thèse ayant été un objectif, un prétexte et une opportunité, et ainsi, spécialiste auto proclamé et seul dans son genre, c’est le principe de l’expert mongering, il est désormais invité à vie à gloser dans la Revue Esprit ou dans carnets de Santé (LA). Il aurait pu faire oeuvre de philosophe des sciences, envisager l’anthropologie, la sociologie, voire la médecine, mais non, il a recopié béatement et benoîtement la littérature plan plan et officielle de big vaccine.

On aurait aimé apprendre quelque chose, la transdisciplinarité étant à la mode et, nonobstant, potentiellement féconde, mais il est clair que cet article est un copié collé de racontars et, malheureusement, d’ignorance.

Nous avons écrit plusieurs fois ici, et CMT encore plus, qu’il était aussi crétin de parler de LA vaccination que de parler DES traitements antibiotiques, chaque cas étant particulier. Monsieur Orobon ne fait pas la différence et ne saisit pas la nuance, ce qui pour un philosophe ne manque pas de sel, mais il n’omet pourtant pas de ne pas parler du vaccin anti papillomavirus ou des graves effets provoqués par le pandemrix. Le philosophe autodidacte des sciences n’en est pas arrivé à la lettre P.

Il appert donc que l’ignorance scientifique de monsieur Orobon est à l’égal de mon ignorance philosophique (enfin, je n’espère pas, j’écris cela pour ne pas être trop méchant).

Prenons dans l’ordre.
Dès la deuxième ligne (p 150)  il va fort : 

… les réticences plus ou moins marquées vis-à-vis de la vaccination semblent aujourd’hui gagner un public plus large, à mesure que la rougeole gagne aussi du terrain.

N’étant pas habitué à la rédaction scientifique il ne cite pas ses sources. La rougeole gagnerait-elle du terrain ? Les derniers chiffres dont nous disposons ne vont plutôt pas en ce sens. Monsieur Orobon aurait dû lire CMT (LA) sur le fait qu’il existe effectivement des foyers épidémiques mais y compris dans des pays où le taux de couverture vaccinale est sub optimal (en France les « épidémies » de rougeole sont le fait de communautés à faible niveau socio-sanitaire ou de communautés religieuses réticentes à l’égard des vaccins). La lecture du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire sur le sujet (ICI) qui, en passant, est une officine de big vaccine, ne fait pas partie des occupations académiques de Frédéric Orobon.

Orobon ajoute même plus loin (p 153) :

Ainsi la rougeole, maladie considérée à tort comme bénigne, alors qu’elle est potentiellement mortelle, et que n’existent contre elle que des traitements symptomatiques, est la plus contagieuse des maladies contagieuses…

A aucun moment le philosophe ne parle de l’efficacité du vaccin ou des vaccins mais on sent chez lui une certitude appuyée quand, p 154, il écrit, enthousiaste : « Par conséquent, même si au niveau populationnel, l’efficacité de la vaccination est incontestable… » Il ne connaît pas plus les chiffres de mortalité de la rougeole avant la généralisation de la vaccination. Mais c’est parce qu’il se trompe complètement de perspective. Il écrit pour parachever son contre sens fondamental (p 151) :

S’adressant à de vastes populations, la vaccination est une des pratiques de santé publique parmi les plus connues et parmi les plus efficaces avec l’accès à l’eau potable.

Diantre.

Il est toujours déterminant de s’intéresser aux citations ou aux références qui sont celles d’un auteur, elles éclairent sur son degré de connaissance du sujet ou du parti-pris qui l’a animé : Anne-Marie Moulin, Frédéric Huet, Roselyne Bachelot (Frédéric Orobon écrit sans sourciller, ce qui montre le niveau de son argumentation : « …Roselyne Bachelot, qui se fait vacciner, certes pour montrer l’exemple, mais aussi pour ne pas exposer son petit-fils de 7 ans, et aussi pour protéger ses collaborateurs…« , François Ewald, Patrick Zylberman (qui fait des ménages pour big vaccine et qui est également membre du cercle prestigieux des amis d’Antoine Flahault, spécialiste du catastrophisme A H1N1 non éclairé, 5 à 7000 morts par an dues à la grippe en France), Claude Le Pen (économiste de la santé ultra libéral). Mais Frédéric Orobon n’a pas cherché à s’informer, il n’a lu que les tirés-à-part éparpillés sur des tables lorsqu’il a assisté à la dernière conférence de Daniel Floret. Frédéric Orobon semble induire donc que seuls des illuminés, des illuminati, des crétins, des idiots, des anencéphales s’interrogent sur la vaccination. 
Pourquoi Frédéric Orobron n’a-t-il pas eu connaissance ou ne cite-t-il pas Thomas McKeown et son livre fondateur  paru en 1976 ?

J’en ai déjà un peu parlé ICI (que l’on me pardonne les auto citations mais la littérature mackeownienne en français est d’une ridicule pauvreté mais j’avais oublié CECI écrit par JBB). Que monsieur Orobon regarde cette courbe concernant la rougeole.

S’il l’avait vue et analysée il aurait pu comprendre que la quasi disparition de la rougeole dans les pays post pasteuriens (i.e. les pays où le tout à l’égout, l’eau potable et le lavage des mains font partie de la culture de base) est avant tout liée aux progrès de l’hygiène et non à la vaccination. J’écris cela  en soulignant que je vaccine contre la rougeole avec un zèle immense (99 % de mes patients sont vaccinés) et que le fait de vacciner peut certes rendre idiot mais n’empêche pas non plus de réfléchir à ce que l’on fait. N’est-ce pas un des grands principes de la philosophie ?

Une lecture attentive de McKeown aurait pu permettre à notre philosophe (des sciences ?) de citer l’exemple de la vaccination anti poliomyélite qui, elle, grossomodo, a tué la maladie, hygiène ou pas hygiène (je sens déjà que certains de mes amis vont émettre des réticences car…).

La lecture du fameux livre de McKeown, tout autant que ses premiers articles datant de 1955, aurait pu le mettre sur la piste de cette idée pourtant simple : la médecine et les médicaments ne résument pas la santé publique, il existe des politiques publiques et, surtout, des conditions socio-économiques. Il aurait pu tout aussi bien lire des critiques que l’on a adressées à McKeown qui éclairent mieux encore, à mon avis, ses propos qui étaient prémonitoires (LA).

A large and growing body of research suggesting that broad social conditions must be addressed in order to effect meaningful and long-term improvements in the health of populations has validated the underlying premise of McKeown’s inquiries.

 Nous avons droit également à une virée touristique sur le droit où notre nouveau Candide découvre que les décisions de justice n’ont rien à voir avec la médecine (« … le raisonnement juridique sur la causalité va s’écarter du raisonnement scientifique. ») ! Mais cela lui permet de parler de l’hépatite B, de la SEP, de l’hydroxyde d’aluminium et de la myofasciite à macrophages (il n’a rien lu de vraiment déterminant sur ce sujet). Il fait même un exposé très scolaire sur le rôle des adjuvants pour l’industrie des vaccins (p 157) qu’il a recopié on ne sait où.

Il se rend coupable d’une causerie sur la grippe A (H1N1) en nous servant un couplet sur l’individualisme opposé à la solidarité. Il est vrai que Frédéric Orobon est le défenseur d’un nouveau paternalisme, le paternalisme libéral, sans doute pour vacciner les populations à l’insu de leur plein gré (voir Revue Esprit 2093, 396 : 16-29 : il écrit un article sur le libéralisme et l’individualisme en ne citant jamais John Rawls ou le self).

Voici, à propos de la grippe ce qu’écrit le Haut Conseil de la Santé Publique qui semble être la bible de ce philosophe (voir ICI) : « La politique de vaccination contre la grippe chez les personnes âgées a été mise en place sans qu’il existe d’éléments scientifiques robustes démontrant l’efficacité des vaccins grippaux dans ce genre de population. Les études de chohorte pour justifier a posteriori pour justifier cette recommandation sont entachées de biais qui majorent l’efficacité des vaccins. » Ce n’est quand même pas moi qui ai écrit cela…

Frédéric Oribon a également l’art des non citations et la note 20 de son papier est savoureuse. Il assène :

De même, nous ignorons le plus souvent qu’une épidémie de grippe saisonnière « standard » cause de 1500 à 2000 morts par an en France. Par contre, le nombre de décès due à l’épidémie de grippe saisonnière de l’hiver 2014-2015 est d’environ 10 000.

Où a-t-il vu cela ? Je rappelle que selon les chiffres officiels de l’administration l’épidémie de grippe 2010-2011, largement commentée par Oribon, a fait 151 morts contre 312 la saison précédente (LA).
Un rapport du CepiDC de 2011 disait ceci :
Les données du CepiDC (organisme insermien) indiquent (soyez bien assis et accrochez-vous à votre écran) que, pour les années précédentes (de 2000 à 2008), le nombre de décès dus à la grippe était « estimé » à 437 par an avec une moyenne d’âge à 82 ans (ces chiffres vous étaient cachés, chers amis citoyens débiles et médecins ignares et on préférait vous assener 5000 à 7000 morts annuels) et, pour l’année de la grippe « pandémique » les décès avaient été assumés à 349 avec une moyenne d’âge à 59 ans. Mais non, ils ne vous étaient pas cachés, ces chiffres, ils avaient fait l’objet d’une publication dans le même BEH : Vicente P, Aouba A, Lévy-Bruhl D, Jougla E, Rey G. Spécificité des caractéristiques de la mortalité liée à la grippe lors de la pandémie de grippe A(H1N1) en 2009-2010 en France. Bull Epidémiol Hebd. 2011; (1):1-5.
Il n’a pas plus mentionné un rapport de l’INED que nous avions critiqué LA qui allait pourtant dans son sens.
Mais il n’a plus lu les articles de la Collaboration Cochrane sur l’efficacité de la vaccination anti grippale chez les personnes âgées (ICI), chez les jeunes enfants en bonne santé (LA) ou sur l’effet préventif de la vaccination des personnels en institution (ICI).
Et lui, le philosophe, aurait pu lire Tom Jefferson commentant les mesures de coercition à l’égard des professionnels de santé en Colombie Britannique.
« It is not my place to judge the policies currently underway in British Columbia, but coercion and forcing public ridicule on human beings (for example by forcing them to wear distinctive badges or clothing) is usually the practice of tyrants.« . (LA)

Le sujet de son article était passionnant et il aurait pu aborder le problème de « la » vaccination du point de vue des représentations collectives en termes de sacré/profane, en liaison également avec les autres procédures médicales (le dépistage, la prévention, le traitement) qui sont elles-mêmes sujettes à questionnement, aborder l’anthropologie, la sociologie, la philosophie des sciences, citer Illich, Jean-Pierre Dupuy, voire René Girard ou, plus prosaïquement, souligner les incroyables erreurs de communication de Bachelot and co dans une démarche qui aurait pu être gagnée d’avance, les mensonges, les approximations, les affirmations à l’emporte-pièce des autorités politiques, des agences gouvernementales dont celle, récente de Marisol Touraine, « la vaccination, ça ne se discute pas ».
Occasion manquée.

En conclusion : Misère de la philosophie vaccinale.

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Publié dans MCKEOWN THOMAS, OROBON FREDERIC, philosophie, vaccination | Commentaires fermés sur Frédéric Orobon, philosophe, « dit » la vaccination et ne s’est pas informé.

La biographie de Simon Leys par Philippe Paquet. Un sommet d’intelligence.

Qu’on me pardonne de dire le mal que je trouve dans le monde. Je souhaite qu’il change assez pour qu’on en dise du bien. Prince de Ligne. 

Cette biographie réconcilie avec les biographes (1, 2).
Philippe Paquet
Vous n’y apprendrez certes pas dans quelle position il a conçu ses quatre enfants ni comment il a flirté avec une secrétaire de l’université à Taïwan ou pourquoi ses relations avec sa mère/son père ont influencé ses avis sur La Grande révolution culturelle.
Cette biographie appartient au genre informatif, intellectuel, raisonné, documenté, transversal, élististe (le chapitre sur la peinture chinoise -mais c’était le boulot de Leys- est un peu long à mon goût). Certains, dont moi, pourront penser que Philippe Paquet a versé parfois dans l’hagiographie, mais ici le défaut est mineur, superficiel, écrire la biographie de quelqu’un c’est quand même soit l’apprécier, soit le haïr, soit avoir des factures à régler, et l’on oublie vite ce léger travers en raison de la qualité extraordinaire de ce que l’on apprend sur Leys et sur le reste.
Les biographies sont parfois aussi pour le lecteur moyen une façon inélégante de pouvoir parler du biographé en seconde main, c’est à dire citer Leys sans l’avoir lu, connaître le catalogue de ses oeuvres sans les avoir parcourues, et pouvoir dire ce qu’il y a de convenu sur le sujet, pour faire le malin en société (3) et  s’éviter ainsi de se faire une idée par soi-même. Mais Philippe Paquet, malgré le nombre important de citations qui rendent compte du style de Leys, au lieu de nous décourager de lire le reste, nous donne au contraire envie d’y aller faire un tour, de lire et surtout de relire, ce que Leys a écrit. Relire un bon auteur est l’exercice intellectuel le plus excitant qui soit. Il nous renvoie à notre propre incompétence : celle de ne pas avoir tout saisi la première fois, soit même de ne pas avoir compris le premier, le deuxième ou le troisième degré dès la première lecture, mais surtout celle d’avoir affaire à un auteur qui a sué sang et eau pour vous livrer une oeuvre qu’une simple première lecture n’a pu permettre d’apprécier. Les oeuvres d’art ont besoin d’être revues, je parle des grandes, plusieurs fois, non seulement en raison de leur mystère et de leur complexité intrinsèque, mais aussi parce qu’à différents moments de notre vie, elles peuvent exister différemment, non parce qu’elles auraient changé mais parce que nous avons changé et parce que nous y puisons des impressions différentes.

Leys a beaucoup écrit. Sur tout et sur rien. Et bien entendu on ne peut être d’accord sur tout (ni même sur rien). A la fin de sa vie on peut dire sans nul doute que c’était un conservateur. Je ne vous ferai pas l’injure de réciter la différence entre conservateur et réactionnaire. Un homme qui a tant aimé Orwell et qui a écrit des pages si magnifiques à son sujet ne peut pas être un mauvais bougre… Son insatiable curiosité pour les livres en a fait un grand lecteur et un grand critique littéraire d’une férocité parfois mordante et surprenante. Quand il y avait un cuistre, il ne le ratait pas (4). Il a beaucoup commenté (en mal) les critiques littéraires et le monde académique qui écrivait sur la littérature. Lui-même, disait-il, n’avait qu’une ambition, « stimuler l’amour de la littérature et faire lire de beaux et bons livres ». Il a publié un livre s’appelant Les idées des autres, idiosyncratiquement compilées pour les lecteurs oisifs, pour dire ce qu’il avait appris des autres et comment il le leur rendait. Leys a cité un grand critique allemand de l’après-guerre, Marcel Reich-Ranicki qui disait : « la plupart des écrivains ne comprennent pas plus la littérature qu’un oiseau ne comprend l’ornithologie ».

Georges Orwell
Il a donc écrit sur un nombre incroyable de sujets qui vont de la traduction (il est peu d’accord avec Kundera sur la liberté accordée au traducteur, se rapprochant de Borgès qui n’aimait rien moins que les traductions infidèles, mais il a surtout écrit ceci : « La traduction ne met pas seulement à contribution toutes les ressources de l’écriture… on ne possède vraiment un texte que si on le traduit. ») au moi des écrivains (comment des personnages aussi vils que Céline ou Rebatet ont pu écrire des chefs-d’oeuvre), en passant par la belgitude (une étude inoubliable sur le déclin de Michaux dû à sa francisation), le provincialisme français (se croire universel, ne pas apprendre les langues étrangères), la poésie qu’il mettait au dessus de tout, l’université (et là, c’est tellement drôle et cela s’applique si naturellement à la Faculté de médecine (5)), mais surtout par Georges Orwell (il vous paraîtra désormais aussi incongru d’entendre un communiste ex stalininien ou un néo communiste ignorant s’en réclamer que Sarkozy citant Jaurès), Nabokov, Simone Weil (il traduisit en anglais Note sur la disparition générale des partis politiques, encore un clin d’oeil à Orwell) ou la Chine

La Chine a été le morceau de choix de Leys.

Son coup d’éclat (et surtout son courage extrême) de 1971 avec la parution  des « Habits neufs du président Mao » ne peut faire oublier qu’il était déjà un sinologue reconnu qui aimait la Chine et pas seulement la Chine éternelle. Un des grands défauts de Leys, qui s’appelait encore Pierre Ryckmans, fut qu’il parlait parfaitement le mandarin, ce qui, pour un sinologue européen est une tare rédhibitoire. Il avait appris le mandarin, s’était marié à une Chinoise de Formose, et, au cours des années il traduisit les plus grands auteurs chinois (en français puis en anglais), il devint un des plus grands experts de la peinture chinoise. Il fut aussi calligraphe, une part importante de la culture chinoise.
En 1971, et pour publier son livre il dut changer de nom, de Pierre Ryckmans il devint Simon Leys, son livre fut un coup de tonnerre dans un ciel serein et idolâtre. Dénonçant les crimes de la révolution culturelle, il fut assailli par les maolâtres de tous les pays, Paris fut pourtant la capitale mondiale du délire pro Mao et les intellectuels furent les champions du monde (nous ne citerons personne par courtoisie), mais aussi par tous les universitaires français, américains, australiens, et cetera, détenteurs de chaires de sinologie. Simon Leys résista à ce torrent de boue, Flaubert parlait d’une « marée de merde », et il les tailla en pièce, d’une part en écrivant, d’autre part en argumentant, et les faits, l’évolution de la Chine vint définitivement à sa rescousse. Le point d’orgue fut l’émission de Bernard Pivot, « Apostrophes », en mai 1983, durant laquelle il « démonta » Maria-Antonietta Macciochi qui ne vendit plus jamais un livre sur la Chine (voir LA l’archive INA). Mais, malgré l’évidence des faits, les sinologues distingués et académiques (je ne parle même pas des intellectuels qui s’étaient entichés de la Chine pour des raisons qu’ils minimisèrent ensuite et qui, de toute façon, ne pouvaient qu’obscurcir l’ensemble de leur oeuvre) continuèrent de discourir sur la révolution culturelle (après que Leys eut fait paraître Ombres chinoises en 1974 et Images brisées en 1976) et trouvèrent toujours des raisons pour ignorer les 50 millions de morts de cette désatreuse imposture (6) et de tenter d’entraver la carrière de Leys.

A propos de son « amie » italienne, voici ce qu’il lui dit, entre autres, à « Apostrophes ».

Je pense que les idiots disent des idioties. C’est comme les pommiers produisent des pommes. C’est dans la nature, c’est normal. Le problème c’est qu’il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux… L’ouvrage de madame Macciocchi, De la Chine, ce qu’on peut en dire de plus charitable, c’est que c’est d’une stupidité totale, parce que si on ne l’accusait pas d’être stupide, il faudrait dire que c’est une escroquerie.

La mer fut un autre morceau de choix pour Simon Leys.
Il réussit à écrire un livre, Les naufragers du Batavia, qui allie son intérêt pour la mer et pour le totalitarisme en tentant de décrire comment un homme non prédestiné à cela, avait mené une entreprise totalitaire et criminelle sur une petite communauté de naufragés. Il a surtout écrit une monumentale istoire de La mer dans la littérature française : de François Rabelais à Pierre Loti.

La lecture de cette biographie ne peut que rendre humble tant Leys a été brillant en tous domaines et ne peut qu’engager les lecteurs à lire encore plus, à prendre des notes, à parler avec des amis des lectures que l’on fait, à réfléchir, à s’instruire, à se donner une discipline de pensée qui ne s’attache, au delà des apparences, des amitiés ou des modes, surtout des modes, qu’à rechercher la vérité ou ce qui peut apparaître être la vérité et à ne pas suivre les sots et les experts (et les copains).

Comme on dit, ce fut un homme protéiforme, qui changea de nom pour pouvoir entrer en Chine (et on ne peut que penser à Eric Blair/Georges Orwell), qui ne devint Australien que lorsque la Belgique accepta la double nationalité, qui revendiqua son catholicisme au point de défendre Mère Teresa de façon moins adroite que d’habitude, qui défendit la prise du pouvoir par Mao puis le combattit au nom de son amour pour le peuple chinois, qui passa de longues années de sa vie à écrire des livres savants qui ne pouvaient intéresser que quelques dizaines de lettrés de par le monde, qui continua de défendre la dissidence chinoise, qui lutta contre la privatisation des universités.

Il ne vous reste plus qu’à lire cette biographie ou, plus sérieusement, à lire Simon Leys (voir LA pour la liste des oeuvres).

Une dernière citation de Claude Roy qui écrivit (bien) sur la Chine et qui défendit Leys au pire de la cabale maoïste.

Quel est le dénominateur commun des incarnations de ce personnage en apparence multiple qui s’appelle tour à tour Pierre Ryckmans et Simon Leys ? La première vertu que propagent ces gémeaux surdoués saute aux yeux et à l’oreille : c’est d’abord le style, une écriture serrée, vive, élégante sans être guindée, fine à l’extrême dans l’analyse et précise dans l’érudition, claquant comme un fouet de dompteur dans le combat contre les faussaires.

Notes : 
(1) Milan Kundera déteste les biographes : « Ils ne connaissent même pas la vie sexuelle de leur femme et présupposent celle des personnages qu’ils décrivent »
(2) Cioran : « On est étonnés que tant de personnes ne renoncent pas à vivre sachant qu’ils auront un jour affaire à un biographe »
(3) Rappelons Proust se moquant de la marquise de Cambremer clamant partout qu’elle n’aimait pas Poussin mais, apprenant par le narrateur que la duchesse de Guermantes appréciait les Poussin de Chantilly, se mettait déjà à changer d’avis avant même que de les avoir vus.
(4) Il n’aimait ni Gide ni Malraux. Je ne parlerais pas des contemporains qu’il a épinglés, ce serait leur faire de la publicité… Mais il aimait Hugo plus que tout « le plus grand écrivain de la mer ».
(5) Le 18 novembre 2005 : « En fait, je rêve d’une université idéale : les études n’y mèneraient à aucune profession en particulier et ne feraient l’objet d’aucun diplôme. » Et ceci : « Une éducation vraiment démocratique est une éducation qui forme des hommes capables de défendre et de maintenir la démocratie en politique ; mais dans son ordre à elle, qui est celui de la culture, elle est implacablement aristocratique et élitiste ».
(6) Je me suis toujours demandé si, à propos des morts du goulag ou de ceux du maoïsme, les communistes, les staliniens (et je dois dire que j’ai un peu de mal, comme Orwell, à faire la distinction, voire à distinguer les trotskystes des précédents), ne faisaient pas preuve d’une forme subtile de négationnisme, non pas celui des antisémites qui nient Auschwitz, mais celui de considérer les victimes comme un simple détail dans l’histoire du communisme… Comme l’a écrit Leys : « Les maoïstes ont cassé des oeufs sans faire d’omelette… » 

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Trois coups de fil pendant la consultation. Un samedi.

Le samedi, après 11 heures et demi, je suis seul au cabinet. J’ai commencé mes rendez-vous à 8 heures trente, un patient par quart d’heure, et mon dernier patient, je le vois à 14 heures trente. Demi journée continue.
Dans l’intervalle il y a des appels filtrés par ma secrétaire parmi lesquels certains me sont passés, un résultat d’INR (conseil téléphonique), un muguet chez un nourrisson (conseil téléphonique), une prétendue otite chez un enfant (conseil téléphonique), et cetera. Sans oublier une erreur de date sur un arrêt de travail.
Je reçois ensuite, une fois la secrétaire partie, plusieurs appels dont trois que je vais détailler. 
Appel 1. (Une voix de femme) « Ma maman âgée est tombée à son domicile, son médecin traitant est absent le samedi. Est-ce que vous pouvez passer ? » J’explique à la dame que ce n’est pas de mon ressort. Je ne suis pas le médecin de garde. Il n’y a d’ailleurs pas de médecin de garde à 13 heures le samedi. Je l’interroge (et je vous rappelle que je suis en consultation, que j’ai un patient en face de moi, qui a pris rendez-vous, qui pourrait se fâcher que je réponde, longuement, au téléphone en sa présence…) et j’en conclus qu’il est possible, c’est une très vieille dame, qu’elle ait pu se casser quelque chose. « Vous avez deux solutions : soit, si elle peut se déplacer, vous la mettez dans votre voiture et vous l’emmenez aux urgences, soit vous appelez le 15. » Elle n’est pas contente que je ne passe pas.
Appel 2. « Est-ce que vous consultez cet après-midi ? – Vous ne vous êtes pas présentée… – Oui, je ne suis pas une malade du cabinet. Mon médecin est absent. – Qu’est-ce que vous avez ? – Ce n’est pas moi, c’est mon mari. – Ah… – Il a une angine. – Hum. Je n’ai pas de place. – Je fais comment ? – Vous lui donnez du paracetamol et vous appelez le 15 vers 19 heures trente afin que la personne de permanence vous donne le code pour aller à la Maison Médicale de Garde qui ouvre à 20 heures… – A 20 heures ? – Oui. – Mais il lui faut un médecin tout de suite. – Si c’est le cas, vous pouvez toujours aller aux urgences de l’hôpital. – Mais il y a trop de monde… – Je suis désolé mais je ne vois pas d’autre solution. – Merci docteur. »
Appel 3. « Allo, bonjour, est-ce que vous faites des visites à domicile cet après-midi ? – Non. Jamais. – Mais ma femme souffre énormément. – Vous êtes des patients du cabinet ? – Non, nous venons d’arriver dans la région. – Qu’est-ce qu’elle a, votre femme ? – Des douleurs de règles. – Des douleurs de règles ? Je ne pense qu’aucun médecin ne se déplacera pour des douleurs de règles un samedi après-midi. – Je ne vous demande pas de me juger, je vous demande si vous pouvez passer… – Non. – Mon ancien médecin passait, lui… – Ce n’est pas mon cas. Mais il y a des solutions. – Lesquelles ? – Eh bien, si elle a vraiment trop mal, les urgences, si elle peut attendre un peu la maison médicale de garde… – Mais je n’ai pas de moyen de transport. – Appelez un taxi. – Vous pourriez mieux me parler…  – Un médecin n’est pas un chauffeur de taxi. Bonne journée. »
J’ai essayé de faire court.
Imaginons maintenant les réactions.
Qui pourrait bien réagir ?
  1. Une association de patients.
  2. Une revue de consommateurs.
  3. Une association d’urgentistes.
  4. Un syndicat médical.
  5. Un journal grand public.
  6. Un blog citoyen.
  7. Un blog médical.
  8. Monsieur/Madame Tout le Monde
  9. Un homme/femme politique

Quelques éléments de langage et vous brassez.
  1. On peut mourir.
  2. Les inégalités de l’accès aux soins.
  3. Les médecins libéraux de ville ne font pas leur boulot.
  4. Le système de garde est déficient.
  5. Que fait le conseil de l’ordre des médecins ?
  6. Il devrait y avoir un système de garde de ville 24/24 et 7/7
  7. De mon temps…
  8. C’est un cas typique de refus de soins.
Des commentaires ?

Un peu de lecture : Des données sur l’inverse care law (LA) et un commentaire humoristique : ICI.

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Publié dans APPELS TELEPHONIQUES, centre 15, Maison Médicale de Garde, ON PEUT MOURIR, Urgences | Commentaires fermés sur Trois coups de fil pendant la consultation. Un samedi.

Trois coups de fil pendant la consultation. Un samedi.

Le samedi, après 11 heures et demi, je suis seul au cabinet. J’ai commencé mes rendez-vous à 8 heures trente, un patient par quart d’heure, et mon dernier patient, je le vois à 14 heures trente. Demi journée continue.
Dans l’intervalle il y a des appels filtrés par ma secrétaire parmi lesquels certains me sont passés, un résultat d’INR (conseil téléphonique), un muguet chez un nourrisson (conseil téléphonique), une prétendue otite chez un enfant (conseil téléphonique), et cetera. Sans oublier une erreur de date sur un arrêt de travail.
Je reçois ensuite, une fois la secrétaire partie, plusieurs appels dont trois que je vais détailler. 
Appel 1. (Une voix de femme) « Ma maman âgée est tombée à son domicile, son médecin traitant est absent le samedi. Est-ce que vous pouvez passer ? » J’explique à la dame que ce n’est pas de mon ressort. Je ne suis pas le médecin de garde. Il n’y a d’ailleurs pas de médecin de garde à 13 heures le samedi. Je l’interroge (et je vous rappelle que je suis en consultation, que j’ai un patient en face de moi, qui a pris rendez-vous, qui pourrait se fâcher que je réponde, longuement, au téléphone en sa présence…) et j’en conclus qu’il est possible, c’est une très vieille dame, qu’elle ait pu se casser quelque chose. « Vous avez deux solutions : soit, si elle peut se déplacer, vous la mettez dans votre voiture et vous l’emmenez aux urgences, soit vous appelez le 15. » Elle n’est pas contente que je ne passe pas.
Appel 2. « Est-ce que vous consultez cet après-midi ? – Vous ne vous êtes pas présentée… – Oui, je ne suis pas une malade du cabinet. Mon médecin est absent. – Qu’est-ce que vous avez ? – Ce n’est pas moi, c’est mon mari. – Ah… – Il a une angine. – Hum. Je n’ai pas de place. – Je fais comment ? – Vous lui donnez du paracetamol et vous appelez le 15 vers 19 heures trente afin que la personne de permanence vous donne le code pour aller à la Maison Médicale de Garde qui ouvre à 20 heures… – A 20 heures ? – Oui. – Mais il lui faut un médecin tout de suite. – Si c’est le cas, vous pouvez toujours aller aux urgences de l’hôpital. – Mais il y a trop de monde… – Je suis désolé mais je ne vois pas d’autre solution. – Merci docteur. »
Appel 3. « Allo, bonjour, est-ce que vous faites des visites à domicile cet après-midi ? – Non. Jamais. – Mais ma femme souffre énormément. – Vous êtes des patients du cabinet ? – Non, nous venons d’arriver dans la région. – Qu’est-ce qu’elle a, votre femme ? – Des douleurs de règles. – Des douleurs de règles ? Je ne pense qu’aucun médecin ne se déplacera pour des douleurs de règles un samedi après-midi. – Je ne vous demande pas de me juger, je vous demande si vous pouvez passer… – Non. – Mon ancien médecin passait, lui… – Ce n’est pas mon cas. Mais il y a des solutions. – Lesquelles ? – Eh bien, si elle a vraiment trop mal, les urgences, si elle peut attendre un peu la maison médicale de garde… – Mais je n’ai pas de moyen de transport. – Appelez un taxi. – Vous pourriez mieux me parler…  – Un médecin n’est pas un chauffeur de taxi. Bonne journée. »
J’ai essayé de faire court.
Imaginons maintenant les réactions.
Qui pourrait bien réagir ?
  1. Une association de patients.
  2. Une revue de consommateurs.
  3. Une association d’urgentistes.
  4. Un syndicat médical.
  5. Un journal grand public.
  6. Un blog citoyen.
  7. Un blog médical.
  8. Monsieur/Madame Tout le Monde
  9. Un homme/femme politique

Quelques éléments de langage et vous brassez.
  1. On peut mourir.
  2. Les inégalités de l’accès aux soins.
  3. Les médecins libéraux de ville ne font pas leur boulot.
  4. Le système de garde est déficient.
  5. Que fait le conseil de l’ordre des médecins ?
  6. Il devrait y avoir un système de garde de ville 24/24 et 7/7
  7. De mon temps…
  8. C’est un cas typique de refus de soins.
Des commentaires ?

Un peu de lecture : Des données sur l’inverse care law (LA) et un commentaire humoristique : ICI.

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Attention, phrase culte : « Chaque euro dépensé par les soignants est à 99 % bon pour le pays (0,1 % de fraude et encore je suis large). »

La vision de Saint Jérôme. Louis Cretey (1635-1702)
C’est la phrase du siècle.
Par qui a-t-elle été prononcée ?
1) Marisol Touraine
2) Etienne Caniard
3) Jérôme Marty
4) Le LEEM

Ainsi, les soignants sont des saints.
Ainsi soit-il.
Tout irait mieux dans le meilleur des mondes si les soignants étaient au pouvoir.
Monsieur Jérôme Marty, puisque c’est l’auteur de cette phrase historique qui mérite d’être gravée dans le marbre, doit vivre sur une autre planète. 
Bon pour le pays ou bon pour les citoyens ou les patients ?
A-t-il entendu parler des 30 (selon Prescrire) à 50 % (selon Peter Gotzsche) de sur diagnostics dans le cancer du sein ? 
A-t-il entendu parler de la façon dont le prix des médicaments est fixé ?
Sait-il les largesses de l’industrie pharmaceutique à l’égard des médecins ?
Sait-il que seules des mesures réglementaires ont permis de diminuer voire de tarir la prescription de médicaments inutiles et/ou dangereux et non le bon vouloir ou la résistance des médecins ?
Sait-il la sur prescription de médicaments liés à la réception de la visite médicale (par 70 à 80 % des médecins généralistes, par exemple) ?
J’arrête là car notre docteur pourrait dire que la fraude dont il parle n’est pas celle que je cite de façon aussi peu exhaustive. Mais je conseille de lire le blog.
Il parle sans doute de sur facturation, de dissimulation fiscale, de paiements en espèces, de prescriptions irraisonnables et irraisonnées, de faux actes de faux arrêts de travail, de trafics en tout genre…
ICI pour le texte complet de Jérôme Marty.
Le pire vient de ce qu’il répond à une (mauvaise) étude de l’UFC – Que Choisir sur les déserts médicaux dont on ne peut pas dire que la rigueur soit la méthode et les propositions l’intérêt. Alain Bazot dit ceci : « On est dans un état d’urgence sanitaire. » De qui se moque-t-il ? L’association parle de fracture sanitaire et propose une carte interactive LA que j’ai regardée pour mon coin, Mantes-La-Jolie, et qui ne dit pas grand chose de très convaincant. Faire notamment de l’accès aux pédiatres un facteur anti fracture sanitaire me laisse rêveur.
Dans les deux cas, celui d’une association de médecins et celui d’une association de consommateurs, on passe, à mon avis, à côté du problème central. Car médecins comme consommateurs ne peuvent qu’encourager la consommation.
Je ne vais pas vous sortir la balle magique mais, malheureusement, me répéter.
La refondation du système de santé passe par moins de médecine pour ceux qui disposent de conditions socio-économiques favorables, plus de services de santé pour ceux qui n’ont pas un niveau socio-économique favorable et une meilleure clairvoyance dans ce qui est médical et ce qui ne l’est pas. Mais cela suppose une réflexion globale sur la prévention, le dépistage, la gestion des maladies chroniques. Cela suppose que les études de médecine soient elles-aussi refondées (je n’y crois pas une seule seconde) et que les représentations collectives de la santé soient modifiées (cela n’en prend pas le chemin). Moins de médecine en général signifie plus de médecine en particulier. Plus de services de santé signifie certes plus d’intervenants mais aussi des politiques générales de Santé publique qui ne soient plus au service des industriels mais des citoyens.
Fini le rêve.
Il faut en finir avec l’Inverse Care Law ou Loi Inverse des Soins. La disponibilité de soins médicaux de qualité est inversement proportionnelle aux besoins de la population desservie (Julian Tudor Hart – 1971). Voir LA
  

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Ce sont des raisons non administratives qui vont me faire cesser de pratiquer la médecine.

Je pense prendre ma retraite en juin 2018 avec tous mes trimestres (cela fera 39 ans d’exercice).

Je pensais continuer de travailler ensuite trois jours par semaine pour assurer la continuité des soins au cabinet, pour conforter l’avenir du dit cabinet et pour ne pas « abandonner » en rase campagne les patients que, pour certains et à cette époque, j’aurais connus depuis 39 ans…
Croyez-vous que je vais vous parler d’honoraires ? Croyez-vous que je vais vous parler de cette méchante Assurance maladie ? De la CARMF (la caisse de retraite des médecins) ? De l’URSSAF ? Du Trésor Public ?
Non.
Je vais vous parler de la médecine que je ne peux exercer. Ou que je ne peux exercer qu’au prix d’efforts surhumains
Ne croyez pas que je sois blanc bleu, que je fasse pas perdre de temps à mes collègues. C’est loin d’être le cas. Interrogez mes collègues dans le voisinage, ils auront des choses à dire sur moi. Interrogez mes patients ils auront aussi des histoires à raconter. J’ai déjà fait assez d’autocritique pour ne pas en rajouter. Pour faire le malin ou pour montrer combien je sais reconnaître mes erreurs.

Voici un aperçu minimaliste de mes petites peines de médecin. Je dis « petites peines » car ce ne sont que des petites peines comparées à celles qu’endurent les patients.

  1. Parce que je passe trop de temps à informer les patientes (et certainement pas assez), quand elles ont reçu la convocation de l’ADMY (l’association des médecins des Yvelines qui gère l’affaire), sur le rapport bénéfices/risques du dépistage organisé du cancer du sein (ce qui, en toute logique, et dans un pays démocratique devrait incomber aux promoteurs de ce dépistage et non aux médecins traitants, surtout quand ils doivent dire la médecine en  contradiction avec ce qui est raconté partout dans les media grands publics)… Et que les documents d’information, au lieu d’être le fait de la puissance publique, sont produits par des médecins indépendants (voir ICI par exemple).
  2. Parce que je passe trop de temps à informer les patients (et certainement pas assez), quand ils ont reçu la convocation de l’ADMY (l’association des médecins des Yvelines qui gère l’affaire), sur le rapport bénéfices/risques du dépistage organisé du cancer colorectal (ce qui, en toute logique, et dans un pays démocratique devrait incomber aux promoteurs de ce dépistage et non aux médecins traitants)… Et que les documents d’information, au lieu d’être le fait de la puissance publique, sont produits par des médecins indépendants (voir ICI)
  3. Parce que je passe trop de temps, en  contradiction avec ce qui est raconté presque partout dans les media grands publics, à informer les patients qui désirent que je leur prescrive un dosage de PSA… sur le rapport bénéfices/risques de cet examen qui n’est pas recommandé comme dépistage systématique. Et que les documents d’information, au lieu d’être le fait de la puissance publique, sont produits par des médecins indépendants (voir ICI)
  4. Parce que je me lasse de découvrir que l’on a dosé le PSA à l’un de mes patients (à l’insu de son plein gré) lors de son passage à l’hôpital ou chez un spécialiste bien intentionné (je ne parle pas des urologues dont le métier est de doser le PSA), ou à la médecine du travail, ou dans les centres d’examens périodiques de santé, pour un cor au pied, un rhume, voire une spondylarthrite ankylosante, que l’on a fait doser le PSA, comme ça, sans prévenir le patient… et sans l’informer du rapport bénéfices/risques de cet examen (cf. supra).
  5. Parce que j’en ai assez de constater que nombre de patientes sont convoquées tous les trois mois par leur gynécologue pour renouvellement de pilule et tous les ans pour frottis du col utérin contrairement à toute logique et à toute preuve scientifique. Et de devoir leur expliquer (perdre mon temps) que l’on peut prescrire la pilule pour un an et que le délai entre deux frottis est de trois ans.
  6. Parce que j’en ai assez que les consultations de mémoire aboutissant à un diagnostic d’Alzheimer chez « mes » patients se terminent dans 99,9 % des cas par la prescription d’un prétendu médicament anti Alzheimer par les spécialistes de la question… (on me dit dans l’oreillette que pour cause de trop grande efficacité ces médicaments sont sur le point d’être déremboursés).. et parce que je passe trop de temps à expliquer la famille, le plus souvent en vain, que les médicaments prétendûment anti Alzheimer sont à la fois inefficaces et potentiellement dangereux. « Vous en ont-ils parlé quand le médicament a été prescrit ? – Non. »
  7. Parce que j’en ai assez que les patients soient obligés, au décours d’un passage aux urgences, chez le dentiste, chez le dermatologue, le cardiologue ou le rhumatologue, de venir me voir parce qu’on leur a dit que ces professionnels de santé ne faisaient pas d’arrêt de travail et qu’ils devaient aller en demander un à leur médecin traitant, ce qui nous gâche la vie
  8. Parce que j’en ai assez que les patients, après avoir consulté les centres anti douleurs où ils ont à peine été interrogés/examinés, ressortent avec des ordonnances stéréotypées de pregabaline et consorts.
  9. Parce que j’en ai assez de constater que les patients sortant des centres de cardiologie post infarctus soient (encore) traités par procoralan, crestor, tahor, exforge, c’est à dire passer du temps à aller à l’encontre de la  prescription d’un de mes confrères. Lassitude.
  10. Parce que j’en assez de devoir surveiller les INR flottants de patients qui ont reçu du sintrom ou du previscan à la sortie de l’hôpital au lieu de la bonne vieille coumadine, produit le plus prescrit dans le monde.
  11. Parce que j’en ai assez que des patients étiquetés BPCO par des pneumologues n’aient pas de BPCO et que je doive supprimer des traitements inefficaces, c’est à dire passer du temps à aller à l’encontre de la  prescription d’un de mes confrères.
  12. Parce que j’en ai assez que le pharmacien ou le médecin du travail (le docteur S sur twitter se reconnaîtra) dise qu’il est nécessaire de prescrire un de mesure de glycémie capillaire à un patient diabétique non id.
  13. Parce que j’en ai assez que les consultations de cardiologie passent presque systématiquement par la case échographie, épreuve d’effort, voire scintigraphie d’effort, voire coronarographie, voire dilatation, voire stents, voire… chez des patients qui ne le méritaient pas.
  14. Parce que j’en ai assez que la prévention des risques évitables soit en France aux abonnés absents (alcool, tabac, junk food, par exemple) et que je doive passer mon temps à lutter, en mon cabinet, contre les différents lobbys qui ont pignon sur rue dans tous les media… et au risque de passer pour un ringard…
  15. Parce que j’en ai assez de devoir me désoler que… mes confrères, mes consoeurs, et cetera…
  16. Et je n’ai pas parlé de l’oncologie, des soins dits palliatifs, de l’hospitalocentrisme et de l’excès  de lutte contre l’incertitude. Voir le blog….
Je remercie ici tous les médecins qui m’ont permis de me délivrer un peu de la gangue de l’enseignement de la faculté de médecine qui m’a appris des choses capitales mais qui m’a aussi appris à ne pas exercer mon esprit critique et à croire à l’enseignement descendant, paternaliste, et cetera. Mais c’était sans doute il y a longtemps. Et je remercie aussi La Revue Prescrire.
Je ne les remercie pourtant pas car ils ont rendu l’exercice de la médecine générale impossible car je dois passer mon temps à dire le contraire des avis autorisés des autorités de santé et, finalement, à faire le travail de ceux qui sont payés, par l’industrie et par leur ego démesuré (le pouvoir, le pouvoir),  pour dire une médecine qui va à l’encontre, selon moi, de l’intérêt des citoyens.

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Publié dans CANCER DE LA PROSTATE, CANCER DU COLON, CANCER DU SEIN, dépistage organisé, EGLISE DE DEPISTOLOGIE, psa | Commentaires fermés sur Ce sont des raisons non administratives qui vont me faire cesser de pratiquer la médecine.

L’oncologue est un nouveau barbare. Histoire de consultation 192.

Il y a une quinzaine de jours, je reçois l’appel d’un oncologue à mon cabinet (la première fois sauf erreur en 37 années de vie professionnelle). Il m’informe que le patient dont je suis le médecin traitant (Monsieur B, 66 ans) ne se présentera pas demain pour la chimiothérapie. Il serait utile, me dit-il, que je le convainque. Il me raconte ce qui se passe (et j’ai reçu plusieurs courriers dont un compte-rendu de Réunion de Concertation Pluridisciplinaire où la recommandation était cisplatine-doxetaxel) : « Nous disposons d’un nouveau traitement dans ce cancer », docteurdu16 : « dont le pronostic est catastrophique », « et les résultats sont assez extraordinaires » poursuit l’oncologue. Il s’agit d’un nouveau traitement immunothérapeutique.

L’institut Curie, machin qui ne vit que des essais cliniques et de l’argent public, écrit des articles dithyrambiques en son site, sur l’immunothérapie dans le cancer du sein (voir LA), tandis que les émissions télévisées grand public font de même Allodocteurs), et alors que l’on vante le 3 juin 2016 (ICI) les mérites d’une autre molécule (erlotinib ou Tarceva) prônée dans des indications similaires et qu’on apprend le 6 juin (mais pas par les mêmes canaux) que les laboratoires qui le promeuvent sont condamnés par la justice américaine à 67 millions de dollars d’amende pour avoir menti sur les durées de survie et pour avoir tant vanté ses effets que des praticiens, des concologues, l’ont prescrit en première intention et non en deuxième intention comme l’AMM le préconisait (voir LA). Pour les grincheux, pour ceux qui pensent que La Revue Prescrire est un nid de gauchistes, d’ayatollahs, d’anti capitalistes, je ne peux m’empêcher de citer la revue qui écrivait en 2007 (!) combien cette molécule était surévaluée et combien les experts étaients sous influence : LA.

Bien entendu, ces nouveaux produits, et l’Institut Curie, qui annonce une survie médiane augmentée de trois mois (merveilleux résultats), n’ont pas d’effets indésirables. A propos d’effets indésirables graves l’oncologue à la voix douce ajoute : « De toute façon le produit est bien toléré, donc, si ça marche ce sera tout bénéfice, et si cela ne marche pas le malade n’aura pas souffert ». Je réfléchis à toute allure et je lui dis que je vais voir avec la famille. J’ajoute : « Vous êtes drôlement optimiste » et lui de me répondre : « C’est mon métier qui veut ça ». Je ricane sous cape. J’apprendrai plus tard que l’oncologue me téléphonait en présence du patient et de sa famille, ce qu’il avait omis de me dire.

Ce que ne m’a pas dit non plus l’oncologue à la voix doucereuse c’est que le traitement proposé se fera dans le cadre d’un protocole thérapeutique. Si j’avais convaincu le patient je n’aurais même pas reçu une prime…

Les protocoles thérapeutiques sont l’alpha et l’omega de la « recherche  » en cancérologie. Je ne me rappelle plus quel grand ponte oncologue (sans doute membre de l’INCa) avait annoncé que son ambition était que 90 % des patients soient protocolisés. Protocoliser les patients signifie essais en double-aveugle ou essais produit(s) actif(s) versus produit(s) actif(s), mais surtout : rares essais nécessaires, cadeaux déguisés, essais d’implantation (seeding), essais renvois d’ascenseurs, essais bidons pour remerciements… Et le patient dans tout cela ? 

J’appelle la famille pour l’informer et c’est la femme du patient qui répond (le patient parle très mal le français) et elle doit se demander pourquoi je l’informe de faits dont elle est au courant. Je lui fais part de ce que m’a dit l’oncologue. Une longue conversation s’ensuit. 
Je vous résume la situation telle qu’elle a été perçue par Madame B. Attention, je ne dis pas que ce que dit la femme du patient est « vrai », je vous rapporte seulement des propos qui sont, selon la formule de prudence consacrée, soit une invention, soit le ressenti, soit la vérité.

Mais ces propos m’ont été confirmés ensuite par le reste de la famille…

Puis la femme du patient est passée au cabinet pour qu’on en parle vraiment (elle m’a répété ce qu’elle m’avait dit).
L’histoire racontée est la suivante (je ne garantis donc pas la véracité des faits, j’écris sous son contrôle) : « On a dit à mon mari, j’étais là, qu’il allait mourir à 99 % »
Je continue ?
« Ils vous ont dit ça ?
– Je vous jure, docteur, mon fils A était là… »
Je continue ?
Donc, je résume encore, on a dit au patient et à sa famille qu’il allait mourir à 99 % et on lui a posé une chambre implantable. Pour la chimiothérapie. Sans lui demander son avis. On a d’abord posé une chambre avant de savoir s’il allait faire la chimiothérapie.
« Vous confirmez ?
– Je confirme. »

Le patient a accusé le coup. Mourir à 99 %, comment ne pas accuser le coup ?
Il ne voulait plus parler au médecin qui lui avait annoncé la mauvaise nouvelle.

Mais ce n’est pas fini.

La femme du patient ajoute : « Le docteur a dit qu’avec le nouveau traitement mon mari pouvait vivre entre trois et neuf mois de plus et que s’il le refusait il pouvait mourir dans une semaine ou dans un mois. »

Mais ce n’est pas encore fini.

La femme du patient : « Le docteur a dit que puisqu’il refusait le traitement il n’avait pas besoin de le revoir. »

Je suis effondré. Comment peut-on prononcer une phrase pareille ? Comment peut-on se comporter aussi mal  à partir du moment où le patient (qui va mourir) décide de ne pas se traiter ? Cet oncologue ne connaît ni l’EBM, ni la décision médicale partagée, ni la prise de décision partagée (shared decision making). Cet oncologue est un oncologue, c’est à dire qu’il traite des cancers, pas des patients qui souffrent d’un cancer.

Nous organisons à domicile une réunion pour mettre en place les soins palliatifs à domicile. Le patient est allongé sur un fauteuil, il écoute, il entend, on lui explique, il semble d’accord. On pourrait dire qu’il est résigné mais non, il accepte sa fin prochaine.

Les propos du cancérologue sont rapportés et nous les commentons (mais je ne rapporte pas les conversations pour ne pas impliquer les différents participants).

Puis, quelques jours après, le patient est hospitalisé en pleine nuit car il étouffe.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. L’un des fils du patient me parle de l’attitude arrogante du personnel soignant. Au point que le patient souhaiterait être transféré dans un autre hôpital.

Mais il n’en a pas le temps : il meurt quelques jours après.

En préparant ce billet, et non sans avoir demandé à la famille s’il fallait que je ne l’anonymise plus, je relis le dossier (je n’ai toujours pas reçu de compte rendu final), et je découvre cette phrase ahurissante de l’oncologue dans le dernier courrier qu’il m’a adressé : « Puisque le patient ne souhaite pas de soins carcinologiques, je ne sais pas ce que je peux faire de plus pour lui.« 

Cet homme n’aurait pas dû faire médecine. Et d’ailleurs il ne fait que de l’oncologie.

Cet homme n’est pas médecin non plus. c’est un monstre.

Pierre Desproges proposait ceci il y a quelques années : Je vous dis trois mots, quel est l’intrus ? Schwartzenberg, cancer, espoir.

PS.
Voici ce qu’écrit Richard Lehman en son blog et quand on dit que je fais de l’oncobashing, je suis loin du compte LA

« Atezolizumab in Oncoland1909 When I began writing these reviews in 1998, I took a generally positive tone with oncology trials. The history of cancer showed that incremental progress over decades was the norm. But I was a victim of retrospective optimism bias: history records the path to success as a single road, ignoring all the dead ends in which people died miserably for no gain. Gradually I began to realize that standards of proof in cancer trials were declining while drug prices were rocketing. Oncology researchers might still be honestly pursuing the best hope for patients, but pharma companies seemed to be intent on a no-lose game. The conclusion of this latest Lancet single-arm phase 2 trial reads: “Atezolizumab showed durable activity and good tolerability in this patient population. Increased levels of PD-L1 expression on immune cells were associated with increased response. This report is the first to show the association of TCGA subtypes with response to immune checkpoint inhibition and to show the importance of mutation load as a biomarker of response to this class of agents in advanced urothelial carcinoma. Funding F Hoffmann-La Roche Ltd.” Let’s unpack that a bit. The overall response rate was 15% in a relatively uncommon cancer, so 85% of patients had no benefit. Testing for PD-L1 activity may soon be possible but it won’t help the great majority of patients. Most of the (few) responders were still responding at a median 11.7 months. So at best this treatment may delay death in 3 out of 20 people with advanced urothelial cancer: we don’t know by how much. I’m all for continued research and finding out what happens to the 15%. But bringing the drug early to market? The FDA has already given this drug accelerated review status for this indication.« 

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Homophobiol, le premier traitement contre l’homophobie : une campagne idéologiquement déplacée.

Une campagne publicitaire de l’association AIDES (LA) contre l’homophobie excite l’association et la fait s’auto congratuler par des gens qui trouvent cela génial, ce dont elle ne manque pas de s’en faire le relais.

Je trouve cette campagne terriblement déplacée.

Les campagnes de publicité servent en théorie à vendre des produits. Quand une campagne de publicité est « bonne », cela ne signifie pas qu’elle est acceptée par le milieu publicitaire ou qu’elle fait le buzz ou qu’elle est détournée sur you tube, cela signifie que la courbe des ventes est en train de monter. L’important d’ailleurs n’est pas que la courbe des ventes monte en trois jours (mois) et retombe en deux, l’important est que le produit (ou la marque) monte progressivement, atteigne un plateau et continue de se vendre pendant des mois (années) en profitant de la forte image que la campagne a produite pour que le consommateur désire le produit.
Mais ne faisons pas du marketing pour classe maternelle. posons-nous la question ? Combien d’homophobes auront changé d’avis en voyant la boîte ?
Non, je pense que cette campagne est déplacée et inappropriée (nonobstant le fait que ses créateurs affirment que cela fait en parler, de l’homophobie, et que c’est toujours cela), pour des raisons idéologiques.

D’abord, utiliser la publicité, le procédé le plus hideux du consumérisme et de la société de consommation en général, et nul doute que de nombreuses associations qui luttent contre l’homophobie luttent aussi contre la publicité, et les procédés de la publicité (on me rétorquera : utiliser les armes de l’adversaire pour le combattre est souvent une bonne chose, hum…), les procédés les plus infâmes, les faux témoignages, les études bidons, même avec humour.

Voici quelques perles :
Homophobiol est le nouveau médicament lancé par AIDES et Ex Aequo, deux ONG qui luttent contre le sida. Son principe est simple : à l’aide de comprimés ou de patchs, le traitement est censé combattre l’homophobie, de la plus petite à la plus importante (ICI).
On a même réalisé de faux témoignages (sic) pour montrer l’efficacité du produit : comme si la publicité n’utilisait pas, toujours, de faux témoignages (voir LA).
On a aussi cela :
Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, des associations proposent avec légèreté un traitement médical imaginaire: une pastille contre les insultes et les violences envers les homosexuels (LA).
Ensuite : 
J’ai longuement développé sur ce blog, en me fondant sur Ivan Illich (La Nemesis médicale dénonçant : la médicalisation de la société,  l’hétéronomie de la santé, la perversion et les dangers de l’institution médicale, et cetera, voir LA et ICI) et sur Thomas Mckeown (The role of medicine précisant : les rôles respectifs de la médecine et de l’hygiène, les actions respectives des médecins et des institutions de santé, ce que l’on devrait attendre des uns et des autres, les illusions sur la médecine inventées par les médecins, l’industrie pharmaceutique, et cetera), par exemple mais la liste des bons auteurs n’est pas limitative, que les croyances mythiques en la médecine passaient par la médicalisation de la société, la médicalisation de la vie, et, par conséquence, la médicamentation de la vie publique et privée, la pilule du bonheur des années soixante, et voilà que d’un seul coup d’un seul les deux associations entérinent ces faits.

Encore : 
Qui peut penser une seule seconde que l’homophobie (qui est une variante de la peur de l’autre mais, bien entendu, beaucoup plus, mais parler d’analyse freudienne est devenu incongru, voire réactionnaire, et ce, d’autant, que les freudiens ou ce qu’il en reste ont des comptes à rendre avec l’homosexualité, c’est ce que disent les LGBT, puisqu’ils résistent…) pourrait être vaincue par une pilule ou par un patch ? De qui se moque-t-on en prétendant qu’un médicament, fût-il humoristique, pût lutter contre des préjugés ou des attitudes éthiques, moraux, sociétaux, anthropologiques, sociologiques ? Qui pourrait s’imaginer que le cerveau humain, qu’il fût reptilien ou non, pût être durablement influencé par la prise d’une drogue, d’un poison (le nom grec de médicament) et qu’ainsi, passez muscade, le monde serait peuplé de gens bons et moralement bien formatés à la construction à la mode ? Non, l’homophobie est, au même titre sans doute, que le racisme ou la simple peur de l’autre, une donnée construite, construite par l’histoire, la culture, la sociologie, l’anthropologie, la médecine, et j’en oublie, et elle s’exprime de façon différente selon les coutumes, les climats, les sociétés, les régimes politiques…

C’est donner l’idée que l’homophobie est une maladie alors que le principal combat de ces dernières années était de combattre l’idée que l’homosexualité en était une. Cela n’a pas de sens.

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Une maladie d’Osggood-Schlatter rétrospective. Histoire de consultation 191.

La jeune A, 14 ans, consulte pour une allergie (saisonnière).

Blablabla.
Son dossier indique qu’elle a consulté trois fois pour des douleurs que j’ai attribuées trois fois à un Osggood-Schlatter (voir Wikipedia : ICI).
On parle de son allergie saisonnière qui réagit très bien à la cetirizine.
La maman parle de désensibilisation.
Blablabla.
On blablatte donc comme on le fait dans les bons cabinets de médecine générale (la désensibilisation, je n’en pense que du mal en ce cas et je songe déjà aux commentaires dans le genre « pour mon fils cela a bien marché » et aux allergologues qui vont me tomber sur le rable, mais j’ai l’heur de connaître leurs arguments).

La maman me dit ceci, après que j’ai demandé des nouvelles des genoux de sa fille, ben oui, le smédecins généralistes ont plusieurs motifs d’intérêt pour leurs patients, la fille qui, en passant, ne se rappelle plus qu’elle a eu mal bien qu’elle ait consulté trois fois…) : « Nous sommes allés voir l’orthopédiste, tiens, j’ai oublié de vous le dire, il a fait faire des radios et une IRM… – Oups… – Vous avez l’air surpris. – Oui, plutôt. Il a donné un traitement ? – Non. Enfin si, de l’ibuprofène. »

J’ai raconté à cette jeune fille et à sa maman l’histoire suivante :
« Quand j’étais adolescent j’avais mal aux genoux quand je faisais du sport, ce n’était pas insupportable mais je devais m’arrêter de courir, de faire du basket, j’en ai parlé à mes parents (qui n’étaient pas médecins) qui m’ont rassuré en me disant que c’étaient des douleurs de croissance et que ça passerait. Je n’ai pas vu de médecin. J’ai souffert (le mot est fort) et c’est passé. Plus tard, des années plus tard, en assistant à un cours à la Faculté de médecine j’ai compris que j’avais fait un Osgood-Schlatter… »

C’est tout.

Je pourrais en faire des tonnes.

  1. Médicaliser la vie est l’objectif des médecins, des patients, des politiciens, des marchands et des  gourous
  2. Traiter toute douleur dès qu’elle apparaît n’est as toujours une bonne idée
  3. Ne pas accepter l’incertitude est un dfaut des non médecins généralistes
  4. Ne pas savoir « bien » expliquer à une famille que quand c’est rien, c’est rien, et que ce n’est pas nécessaire de faire de l’imagerie pour de l’imagerie, est désastreux
  5. Promouvoir l’autonomie illichienne est une pratique rentable : mes parents n’ont pas jugé bon (nous n’étions pas à la même époque) de m’envoyer chez le médecin
  6. Faire des examens complémentaires inutiles est un passe-temps médical coûteux
  7. Consulter un médecin spécialiste sans passer par le médecin de famille est souvent une perte de temps
  8. Ne pas oublier que les maladies bénignes guérissent toutes seules et que les traiter ne rend pas le médecin meilleur mais améliore les statistiques de guérison médicalisées
  9. Ne pas méconnaître l’rreur fatale du docteurdu16 qui se « livre » en parlant de lui-même alors qu’il aurait pu raconter une histoire d’Allan dans le style : « Il est arrivé ceci à l’un de mes amis médecin… »
  10. L’allergologie est une spécialité qui me fait me poser presqu’autant de questions que l’homéopathie
  11. Même les consultations les plus « simples » nécessitent un background (un arrière-plan) conséquent
PS – Il n’est pas aisé de trouver des informations claires et précises sur les deux orthopédistes.
Vous trouverez la biographie de l’Américain Robert Osgood ICI et  quelques informations sur le Suisse Carl Schlatter LA mais pas de photographie.

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Brève. De l’art d’être proche et distant.

Je rencontre en ville un patient avec lequel nous parlons de la pluie et du beau temps. C’était hier.
Puis il me dit : « Vous avez vu, Monsieur A est parti il y a quinze jours. »
« Parti ? »
« Sa famille ne vous a pas prévenu ? »
Monsieur A, 97 ans, en pleine forme physique et intellectuelle (quelques douleurs pourtant), je le connais depuis 9 ans (je suis allé regarder dans le dossier) et j’allais le voir à domicile une fois tous les deux mois environ, un peu plus parfois quand il avait fait une chute, quand une plaie sur le tibia avait eu du mal à cicatriser, quand il s’est mis à avoir des palpitations. Il était charmant, agréable, c’était un plaisir d’aller le voir malgré tout ce que certains pensent des visites à domicile (du temps perdu, et cetera…). Nous avions discuté ensemble de l’établissement de directives anticipées (voir LA).
Ainsi Monsieur A s’en est-il allé et personne de sa famille ne m’a appelé pour me prévenir.

Peu importe : je garderai le souvenir d’une relation (vraiment non médicale : je tentais de le préserver contre les tentations des médicaments) qui nous faisait plaisir. Nous parlions de l’Italie, des pizzas, du tiramitsu, du valpolicella et du temps de cuisson des pâtes. Il avait été cuisinier. Et il était d’origine napolitaine.

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Une petite matinée de médecine générale comme les autres avec peu de médecine mais de l’empathie, du sociétal, de l’expérience interne, un peu de médecine quand même.

Rien que de très banal. Matinée calme entre 8 H 15 et 12 H. J’ai décidé de l’écrire car j’avais un peu de temps et que j’avais fini mon travail administratif au cabinet avant de partir en visites.
  1. Le premier rendez-vous de huit heures trente n’est pas venu : c’est plutôt inquiétant car j’aurais préféré que cette malade (très) fragile se présente en consultation.
  2. J’apprends par une patiente qu’une de mes patientes (très) âgée et suivie à domicile pour polypathologie va cet après-midi aux urgences sur les conseils d’une des IDE qui s’occupe d’elle (et qui ne me prévient donc pas ; IDE pour laquelle je suis patient car la patiente l’aime beaucoup bien qu’elle lui parle mal et qu’elle reste trois minutes montre en main à son domicile tous les jours) et du voisin de palier. C’est un deuxième avis après que j’avais déjà adressé la patiente au service ad hoc (pour la pathologie dont elle souffre).
  3. La famille d’un patient m’appelle à huit heures quarante-six parce que le patient en question est hospitalisé en USIC au décours de douleurs abdominales. Il ne veut pas prendre son (nouveau) traitement parce que ni son médecin traitant ni son cardiologue n’ont été prévenus. J’appelle l’USIC, je parle à l’IDE qui s’occupe de lui, je comprends la situation, il veut quitter la réanimation et revenir chez lui, je demande que le médecin me rappelle, j’appelle le patient sur son portable et je le convaincs de prendre son traitement et lui précise que je vais parler aux médecins qui s’occupent de lui. Le médecin du service de réanimation ne m’a toujours pas rappelé (il est 12 heures).
  4. Pendant ce temps les rendez-vous continuent, le téléphone sonne, la secrétaire répond, me passe parfois un appel, tranche, décide, évalue, temporise, dit non, dit oui, pondère, remplit mon carnet de rendez-vous, donne une information, un conseil, se tait, sourit, rigole…
  5. Une de mes patientes (âgée) part en Inde. Les informations fournies par l’agence de voyage, par le gars qui a vu le gars et par la crémière sont assez erronées. Je lui explique l’affaire et lui dit qu’effectivement, à Jaïpur, on peut acheter des tapis. Cette discussion extra médicale peut être interprétée de différentes manières — voir de nombreux billets sur ce blog : incongrue, inutile, empathique, dangereuse, inconsidérée, paternaliste, pratique, égoïste, vantarde… Elle est aussi métaphorique des recommandations et des guide-lines : la patiente part au Rajasthan et, pendant la consultation, le médecin peut consulter des conseils aux voyageurs, le site de l’Institut Pasteur Paris, Lille ou je ne sais où, regarder ses notes mais qui mieux que quelqu’un qui connaît le Rajasthan, pourra dire à cette patiente âgée, non fragile, peu traitée (elle prend un anti hypertenseur et c’est tout), ce qu’elle devra éviter là-bas, quels sont les vrais dangers, et cetera ? C’est à dire que l' »expertise » individuelle, hors études, hors recommandations, au delà de l’avis d’expert, peut, dans une relation duelle et forcément multiple avec un patient, être d’un grand apport, ce que l’EBM appelle l’expérience interne du médecin.
  6. Je rédige une ordonnance « unifiée » pour un patient polypathologique qui est suivi par le cardiologue, le gastroentérologue, l’endocrinologue et le pneumologue et je m’arrache les cheveux. Mais le médecin généraliste est la bonniche de tout le monde et la CPAM n’en a rien à cirer. Une autre interprétation pourrait être celle-ci : seul le médecin généraliste, peut, s’il le souhaite, s’il en a les capacités, l’envie, les connaissances, le sens de la gestion du risque, le courage, l’immodestie, la faiblesse, le découragement, la décence, la conscience professionnelle, garder le contact avec la réalité, c’est à dire l’unité du patient écartelé entre ses différents organes, ses différentes fonctions, ses différents traitements, désorienté par tous les avis qu’il reçoit sur ce qu’il devrait faire, ne pas faire, sa voisine de palier, l’ostéopathe qui passe à la télé, le professeur Vallancien qui péessaïse, Marisol Touraine qui communique sur des sujets dont elle ne connaît ni l’alpha ni l’omega, Madame Buzyn qui monte en chaire pour prôner le dogme indéfectible de l’Immaculée Dépistologie, ou Michel Cymes baissant son pantalon sur des affiches, c’est le sens de la médecine générale rêvée ou idéale. Mais tout comme les quincailleries ont disparu, les cabinets de médecine générale vont s’éteindre. Tout le monde s’en moque : le vieux monde disparaît. Et ainsi, tel le quincailler du coin dans sa boutique foutraque, avec des objets qu’il vendait et qu’il avait utilisés lui-même, il en connaissait le bénéfice/risque, qui, pour gagner sa vie a dû émigrer chez Bricorama ou Leroy-Merlin, le médecin généraliste se retrouvera vendeur chez Maison de Santé Pluridisciplinaire. Mais il est vrai qu’une profession résiste : celle des coiffeurs indépendants. Certains médecins qui se réfèrent pour prouver la déliquescence de leur profession (due bien entendu aux méchants syndicats, aux corrompus syndicalistes, à l’Etat, aux énarques, aux économistes, à la loi Santé, que sais-je ?) à la valeur d’une coupe homme par rapport à celle d’une consultation de médecin généraliste, devraient méditer sur le fait que les grandes chaînes de coiffure n’ont pas encore mangé la profession, sans aides, sans subventions, sans remises sur les frais, sans protection fiscale… Comment ont-ils fait ?
  7. Je passe un temps fou à expliquer à une patiente les tenants et les aboutissants de la recherche de sang dans les selles à la fin de consultation dont le sujet principal était autre chose (des lombalgies), je veux dire évoquer le rapport bénéfices/risques de ce truc auquel je ne suis pas favorable. Ne serait-il pas possible que les gens qui envoient les lettres de convocation aux patients fassent une partie du boulot et informent vraiment ? Et nous ne sommes pas rémunérés pour faire un geste de dépistage qui demande du temps et m’oblige à manger mon chapeau. Et c’est la même chose pour le PSA (non recommandé officiellement mais imposé officieusement par les urologues), pour le dépistage du cancer du sein (le manque d’informations « balancées » à l’intention des citoyennes, cette crainte des autorités que le dépistage n’atteigne pas ses objectifs — non pas diminuer la mortalité mais faire du chiffre, cette trouille de devoir expliquer des choses que les responsables de ce mensonge organisés ne comprennent pas eux-mêmes).
  8. Je m’interroge encore une fois à propos de ce patient sur l’intérêt des séances de kinésithérapie dans nombre d’indications, je me rappelle que mon ami twittos du nord m’a dit que sa femme allait nous faire un cours de posturologie ergonomique et j’attends toujours. L’auto kinésithérapie devrait être enseignée par la Faculté et s’il existe des formations ad hoc, je prends. Mais ce n’est pas à mon âge que je vais révolutionner la prise en charge en ville des patients qui nécessitent vraiment des séances de kinésithérapie. Profits et pertes des connaissances en médecine générale.
  9. J’écris un courrier pour le médecin du travail de PSA qui recevra lundi le patient lors d’une visite de pré reprise qui va être très importante. Je soigne mon style et je tente de flatter mon confrère en soulignant l’étendue de ses compétences afin qu’il fasse au mieux pour mon patient.
  10. Une de mes (nouvelles) patientes me fait un cours animé sur la Transylvanie dont elle est originaire, elle a bien entendu vu le film de Roman Polanski, Le bal des vampires, et elle m’explique que sa région d’origine, très liée aux Habsbourg, est beaucoup plus riche en histoire et en culture que le sud de la Roumanie. Je pose deux ou trois questions d’intérêt général. 
  11. Par paresse, chez cette autre patiente, je mesure la presion artérielle sans aller chercher mon brassard pour « gros » bras (ça fait grossophobe, hein ?), eh bien, même à l’avant-bras le brassard « normal » n’est pas suffisant. La dame dépasse aussi les possibilités de ma balance. Une étude américaine montre que l’IMC chez l’adolescent permet de prédire la survenue des événements cardiovasculaires à l’âge adulte : à cacher pour ne pas être taxé de grossophobie la nouvelle insulte anti médecins (cf. figure infra tirée de LA).
  12. Bon, je vais aller faire deux visites, l’une moyennement justifiée, et l’autre franchement (presque) abusive. Deux femmes de plus de 80 ans vivant seules à domicile, mais la neuvième décennie, mon brave Monsieur…

J’ai téléphoné à un patient pour savoir si je pouvais publier son histoire et il m’a dit qu’il allait réfléchir. Dommage s’il refuse. C’est particulièrement intéressant.

Illustration : Maximilien Luce (1858 – 1941) : Le Pont Neuf. La Seine. Petit bras (1900)

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Publié dans AUTO KINESITHERAPIE, Dépistage, EXPERIENCE INTERNE, GROSSOPHOBIE, MEDECINE GENERALE | Commentaires fermés sur Une petite matinée de médecine générale comme les autres avec peu de médecine mais de l’empathie, du sociétal, de l’expérience interne, un peu de médecine quand même.

Code de bonne conduite en médecine (générale).

Antoine Deltour

Raphaël Halet
Le procès LuxLeaks est en cours au Luxembourg.
On accuse les deux lanceurs d’alerte, Antoine Deltour et Raphaël Halet, de vol, violation du secret professionnel et du secret des affaires, accès ou maintien frauduleux dans un système informatique, blanchiment et divulgation de secrets d’affaires.
Cela m’a fait penser à la médecine.
Pas ces accusations.
La suite.
La société PricewaterhouseCooper (PwC), dont ils étaient les salariés, avait édicté un code de bonne conduite (ICI). 
Ce code est assez surréaliste mais il faut se rappeler quand même que les activités de PwC étaient, semble-t-il, conformes au droit luxembourgeois.
Nous n’entrerons donc pas dans des discussions philosophiques portant sur les questions de respecter ou non une loi injuste ou de pouvoir être juste dans le respect de l’injustice, nous ne soulèverons pas non plus le problème de la banalité du mal (Hannah Arendt) ou nous ne nous demanderons pas Comment peut-on être luxembourgeois ?, mais nous nous amuserons en lisant le code PwC qui ressemble à de la banale novlangue.
Nous n’entrerons pas non plus dans le débat classique entre éthique et morale.
Je rappelle la phrase extraordinaire de René Girard : « L’éthique se résume au choix cornélien entre le sacrifice de soi et le sacrifice de l’autre. » Et je retiens pour ma part le fait que la morale est ce qui régit nos rapports avec l’autre et l’éthique ce qui régit nos rapports avec nous-mêmes. »
Voici donc, en anglais, les bases de ce que demande PwC à ses collaborateurs au moment de prendre une décision (l’éthique est pour PwC ce que j’ai appelé la morale).
Recognise the event, decision or issue. Are you being asked to do something that you think might be wrong? Are you aware of potentially illegal or unethical conduct on the part of others at PwC or a client? Are you trying to make a decision and are you unsure about the ethical course of action?
Think before you act. Summarise and clarify your issue. Ask yourself, why the dilemma? Consider the options and consequences. Consider who may be affected. Consult others.
Decide on a course of action. Determine your responsibility. Review all relevant facts and information. Refer to applicable PwC policies or professional standards. Assess the risks and how you could reduce them. Contemplate the best course of action. Consult others. 

Test your decision. Review the “ethics questions to consider.” Apply PwC’s values to your decision. Make sure you have considered PwC policies, laws and professional standards. Consult others–enlist their opinion of your planned action.
Proceed with confidence. Communicate decision and rationale to stakeholders. Reflect upon what was learned. Share your success stories with others. 
.
Et en voici le résumé en français  des questions éthiques à considérer lorsque l’on agit et que l’on travaille pour PwC :
  1. Est-ce cela s’oppose à PwC ou aux bonnes pratiques professionnelles ?
  2. Est-ce que cela vous paraît juste ?
  3. Est-ce légal ?
  4. Est-ce que cela pourrait se retourner contre vous ou contre PwC ?
  5. Qui d’autre pourrait être affecté par cela (collègues, clients, vous, et cetera)?
  6. Seriez-vous gênés si d’autres savaient que vous faisiez cela ?
  7. Existe-t-il une autre façon de faire ne posant pas un conflit éthique ?
  8. Comment cela pourrait apparaître dans la presse ?
  9. Qu’est-ce qu’une personne raisonnable pourrait en penser ?
  10. Pouvez-vous dormir la nuit ?
Cela me fait penser furieusement à notre pratique médicale et aux questions que nous nous posons chaque jour (que nous devrions nous poser chaque jour) en consultation ou, plus précisément, chaque fois que nous nous trouvons en position « morale » avec des patients.
On voit que le code de bonne conduite de PwC est, dans le cas de cette société dont le rôle est l’optimisation fiscale dans le respect des lois luxembourgeoises, une vaste rigolade éthique mais comment ne pas se poser de questions sur la possibilité qu’au sein de ce système créé pour corrompre la fiscalité et fonctionnant en ce sens, il n’existe pas des personnes honnêtes, je ne parle pas des deux lanceurs d’alerte en procès, des personnes qui soient vraiment honnêtes et qui, pour autant, ne soient pas des lanceurs d’alerte ? Et ne pourrait-on pas penser que les deux lanceurs d’alerte, avant d’être vertueux, étaient forcément déjà malhonnêtes puisqu’ils travaillaient chez PwC ? Et ne peut-on envisager que certains ou la plupart des employés de PwC se sentent vertueux en travaillant dans cette entreprise car ils pensent que l’optimisation fiscale est une forme de résistance contre le méchant Etat, un mécanisme de survie pour les riches ou, plus prosaïquement, parce qu’il faut bien gagner sa vie ? Ne sommes-nous pas, les uns comme les autres, immergés dans un système ou ligotés dans un réseau qui fait de nous, quoi que nous fassions, avoir un compte bancaire, posséder un smartphone, utiliser internet, des complices ? 

Revenons à la médecine.
Je me rappelle un de mes amis me disant ceci : « C’est drôle, tous les médecins ou pharmaciens qui travaillent pour les agences gouvernementales (l’HAS par exemple) sont à leurs propres yeux des gens vertueux et pourtant les décisions qui sont prises dans ces agences sont souvent immorales et erronées. »
Je rappelle cette phrase de Pierre Bourdien tirée de Les modes de domination (Actes de la recherche en sciences sociales, n° 2-3, juin 1976, p 125) qui me semble particulièrement appropriée : « les effets idéologiques les plus sûrs sont ceux qui, pour s’exercer, n’ont pas besoin de mots, mais du silence complice) ».
Je me pose tous les jours ce genre de questions.
Pas vous ?

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Un coup de gueule inacceptable. Histoire de consultation 190.

Les deux Frida. 1939. Frida Kahlo (1907-1954)

Madame A, 92 ans, vit seule dans un pavillon biscornu où les transferts sont difficiles. Elle est fragile.
Son traitement de base est : levothyrox, ramipril, forlax. Plus quelques babioles dont des plantes pour dormir.

Elle est tombée l’autre soir.
Grosse chute.
Son alarme de poignet a fonctionné.
Elle a été emmenée aux urgences par sa fille (59 ans) qui habite à 10 minutes de chez elle en voiture. Elle est restée au service porte une douzaine d’heures puis elle est revenue à son domicile.

Je viens la voir deux jours après.
La situation n’est pas fameuse : la patiente ne va pas bien, elle a mal au moindre mouvement, ne peut plus, dit-elle, dormir dans son lit à cause des douleurs et s’installe la nuit dans un fauteuil au rez-de-chaussée.
Il y a un monstrueux hématome qui est en train de descendre, les lombes sont très douloureuses, les côtes très sensibles. J’apprends ensuite que des radiographies ont été faites et qu’il n’y avait pas de fracture.
Pas de troubles sensitivo-moteurs des membres inférieurs.
Elle est affaiblie.

« Docteur, faites quelque chose, je souffre tellement. »
Le traitement des urgences : 4 g de doliprane et 2 comprimés d’ibuprofène 400.

J’ai noté quelque part dans son dossier qu’elle ne supporte pas les opiacés.
Je suis toujours circonspect en cas de douleurs lombaires très intenses chez les personnes âgées dont le rachis est fragile et j’ai eu le cas d’une fracture sans déplacement d’une vertèbre lombaire dont le diagnostic avait été fait au scanner après que le patient était devenu parétique.

« Je pense que vous pouvez rester seule chez vous.
– Je ne veux pas être placée. »

En fin de visite et comme il était prévu la fille de la patiente arrive (ce qui rallonge bien entendu le temps de visite).
« Qu’est-ce que vous en pensez ? »

On reprend depuis le début.

Entre temps j’avais donc eu la fille au téléphone et lui avais conseillé de reprendre contact avec l’assistante sociale du centre de gérontologie qui était venue il y a deux ans pour déterminer le degré d’autonomie de la patiente. Ce qu’elle a fait.

Nous faisons l’inventaire des aides dont la patiente dispose, soit surtout une femme de ménage qui vient deux fois la semaine. Pas de portage de repas, elle se fait à manger toute seule.

J’essaie de convaincre la patiente de dormir dans son lit si on le descend dans une des pièces du rez-de-chaussée. Je prescris un lit médicalisé.

Le lendemain la situation s’est aggravée. Je repasse au domicile non sans avoir appelé une structure aiguë pour personnes âgées. Ils sont décidés à l’accueillir mais ils n’ont pas de place avant trois jours.

La fille est catastrophée. « Comment allons-nous faire ? »
Je la regarde et je lui dis : « Vous allez coucher ces trois nuits auprès de votre mère. – Je ne peux pas, mon mari, mon travail. Il faut trouver une garde de nuit. – Ce n’est pas possible en si peu de temps. »
Je tente d’être calme : « Votre mari est valide ? – Oui. – Peut-il manger seul trois soirs de suite et dormir sans vous dans un grand lit ? – Oui, mais… »
Pas calme : « Donc, vous me cassez les couilles, vous n’avez qu’une mère après tout, vous allez dormir ici et vous verrez après pour les conséquences. »
La fille est choquée par mon langage (et moi aussi) mais elle dormira trois nuits avec sa mère. En fait, deux, car une place s’est libérée plus tôt.
Mon coup de gueule était inacceptable mais cela m’a échappé.

Epilogue.

Madame A a passé huit jours en soins de suite où les choses se sont remarquablement passées contrairement à ce que je craignais : elle a dormi, elle a mangé, elle a repris des forces et… elle a râlé.
Elle est revenue chez elle, un lit médicalisé installé dans une chambre du rez-de-chaussée, une femme de ménage est passée trois fois par semaine, sa fille venait deux fois par jour, un service de portage de repas avait été institué, les enfants de la fille venaient voir leur grand-père (le mari, je l’ai vu une fois, il avait l’air charmant, attentionné… je lui ai demandé s’il avait survécu à deux nuits sans sa femme, il a rigolé, et il vient voir sa belle-mère régulièrement), et un médecin traitant qui surveille de loin et qui fait plus du social et de la réassurance que de la médecine.

Aujourd’hui, c’est à dire trois mois après, les douleurs ont presque disparu (les AINS ont été arrêtés depuis belle lurette et la créatinine a tenu le coup), la femme de ménage ne passe plus que deux fois par semaine, et Madame A est un peu plus constipée que d’habitude.

Quant à la fille de la patiente, malgré mon coup de gueule, elle semble bien aller et j’aimerais être petite souris quand elle parle de moi et de mon langage de charretier.

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Penser à Manuela Wyler et ne pas courir pour elle.

Au moment où j’écris ces lignes une certaine Sophie Moreau dit avoir retiré sa plainte contre Manuela Wyler qui demandait des comptes sur l’association dirigée par la dite Sophie Moreau, Courir pour elles, toutes solidaires.
D’autres informations disent qu’elle ne l’a pas encore fait.

Tout a commencé par un billet de blog de Manuela Wyler, Les courses roses encore !, dans laquelle la blagueuse dénonçait l’opacité des comptes de l’association pink. Voir LA. Et demandait des explications.

Voici le billet de blog de Manuela Wyler à la suite de la plainte de Sophie Moreau : ICI.

Nous savions déjà grâce à Rachel Campergue ce qu’était le business rose, elle qui avait démonté ce qui se passait aux USA dans No mammo !, ouvrage de référence s’il en est : ICI.

Mais, parce que Manuela Wyler a d’autres chats à fouetter et que le côté dégueulasse de la plainte saute aux yeux de tout le monde, j’ai mené une brève enquête sur le côté « scientifique » de l’affaire.

Diminuer le nombre de victimes des cancers féminins en promouvant la prévention par l’activité physique, c’est le slogan de l’association Courir pour elles, toutes solidaires : voir ICI.

J’ai pensé immédiatement que ce slogan était plus mensonger que n’importe quel slogan publicitaire pour une lessive, pour des céréales au petit déjeuner ou pour l’éducation à la santé qui serait patronnée par McDo ou Coca Cola.

J’ai donc cherché des références bibliographiques qui auraient pu étayer de pareil propos. Dans Modes et Travaux, dans Le Chasseur français, dans Closer. Rien de bien convaincant.

Eh bien non : c’est l’Institut national du Cancer (LA) qui publie de pareilles balivernes et c’est grâce aux liens fournis par le site de Sophie Moreau. Vous savez, cet organisme qui ne sait pas ce qu’est le sur diagnostic dans le processus de dépistage du cancer du sein… Et qui donc édite des recommandations sur les dépistages des cancers sans parler de ses risques…

L’association rose justifie donc son action en se fondant sur des documents officiels émanant de l’INCa, c’est plus prudent.

Je vais faire un tour sur la référence citée par le site rose : un ramassis d’assertions présenté comme de la science… Voir LA.

« L’activité physique est associée à une diminution du risque de plusieurs cancers, avec un niveau de preuve « convaincant » pour le risque de cancer du côlon et un niveau de preuve « probable » pour les risques de cancer du sein, de cancer de l’endomètre et de cancer du poumon.« 

Pour le cancer du colon, la référence 9 de l’INCa prise au hasard est ICI et en voici la conclusion :
« The effect of physical activity on the risk of breast cancer is stronger in specific population subgroups and for certain parameters of activity that need to be further explored in future intervention trials.« 

On ignorait par ailleurs que le cancer du colon fût un cancer féminin…

Pour le cancer du sein, voici ce qu’écrit l’INCa :
« Les études de cohortes récemment publiées sont en faveur

d’un effet protecteur de l’activité physique chez les femmes
en postménopause, quel que soit le type d’activité physique
considéré [7]. La diminution du risque de cancer du sein chez
ces femmes a été estimée à 3 % pour une augmentation de
l’activité physique de loisirs de 7 MET-heure/semaine selon
une méta-analyse dose-réponse réalisée sur les études de
cohorte. Cet effet protecteur n’a pas été observé chez les

femmes en préménopause [2].« 

On est bouleversés par l’efficacité de l’activité physique !

Je peux écrire ceci : le document de l’INCa est de la daube en boîte.

On peut éventuellement faire bénéficier Sophie Moreau du doute : elle ne sait pas lire la prose endormante de l’INCa, agence officielle de la République Française, et, de bonne foi, organise des courses pour que les femmes qui y participent aient moins de cancers. Mais j’en doute.

Pour le reste :

On ne peut reprocher à Courir pour elles, toutes solidaires de ne pas fonder son action sur des recommandations « officielles » mais malheureusement ces recommandations n’ont aucun fondement scientifique.

Sophie Moreau menace un blog de fermeture et profère des menaces à l’égard d’une femme atteinte d’un cancer, sans doute une femme comme les autres, à ceci près qu’il lui serait assez difficile de courir en ce moment

Sophie Moreau finit par publier ses comptes et on se rend compte que cela profite peu aux femmes atteintes de cancer. ICI

D’autres que moi, Manuela Wyler et d’autres, ont analysé le peu de retour vers les cancéreuses que l’association prodigue.

Et ainsi, pour 100 euro de recettes, l’association de Sophie Moreau reversera au mieux 48,30 euro aux associations de lutte contre le cancer (selon @improbabologue).

Sophie Moreau a aussi des partenaires, voir LA, et Manuela Wyler a souligné aussi en son blog que les alcooliers avaient droit à un stand, sans doute pour prévenir le cancer des femmes.

Sophie Moreau écrit également :

« Je me suis peut-être emportée mais je n’ai pas accepté qu’on critique MES bénévoles et tout le travail fourni au quotidien volontairement. […] LE MARKETING ROSE M’ÉCOEURE TOUT AUTANT QUE MADAME WYLER  » Sophie Moreau : dame patronnesse du 21ème Siècle… »

Ses gens bénévolent pour elles…

Elle écrit aussi cela en son site :

« Tant que les chiffres du nombre de victimes du cancer ne baissera pas, nous resterons en action, motivés, engagés à nous battre POUR ELLES et contre le cancer… « 

Elle ne doute de rien…

N’allez pas courir avec cette association, courez tout et toutes seules ou en bonne compagnie et pensez avec Manuela Wyler aux vrais combats des femmes cancéreuses.

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Publié dans CANCER FEMININ, COURIR POUR ELLES, INCa, MOREAU SOPHIE, WYLER MANUELA | Commentaires fermés sur Penser à Manuela Wyler et ne pas courir pour elle.

Jim Harrison (11 décembre 1937 – 26 mars 2016)

Du café chuinte dans une cafetière
Une cigarette brune se consume
Dans un cendrier publicitaire

Un journaliste de la radio dit les nouvelles
D’une nuit banale
Pour un homme jeune assis en caleçon
Le torse nu
Dans sa cuisine

Un homme qui lit un livre de Jim Harrison
Avec avidité
Comme si quelqu’un le regardait
En train de lire un livre de Jim Harrison

Un homme assis
Quelque part dans Paris
Devant une table recouverte
D’une nappe à carreaux blancs et bleu pâle
Sur laquelle sont posés
Un plateau, une bannette en osier
Deux bols, deux couteaux, un beurrier
Trois petites cuillères
Et un pot de confiture d’abricot

Un homme jeune
Assis sur un tabouret en plastique
L’air presque désinvolte
Attend que le café passe
En lisant Jim Harrison
En écoutant les nouvelles
Tandis que du pain grille dans le toasteur
Et que la pièce se remplit
Du bruit et de l’odeur
D’un jour de repos qui s’éveille

Plus à l’ouest
Dans la nuit d’avant
Un homme pas seul du tout
Epais
Habillé d’un jean et d’une chemise à carreaux
Les cheveux épars
Une moustache fournie collée au dessus de la lèvre supérieure
Regard grisé par l’alcool
Une bouteille de bourbon aux trois-quart pleine
Des cigarettes entassées dans un cendrier et une cigarette dans la bouche sur laquelle il tire avec force
Un homme massif qui s’appelle Jim Harrison

Pense
En plein Montana
Non loin de la frontière canadienne
A la campagne
Dans une cuisine immense et américaine
Sans ordre
Remplie d’odeurs
Terre et chiens mouillés
Alcool
Plats gras trempant dans l’eau de l’évier
Mélange de fumée de cigarette, de tabac froid et d’air tiède du poêle à charbon
Pense aux lignes qu’il a laissées sur son bureau dans la pièce à côté
La tête droite
Les avant-bras reposant sur la table qu’il a débarrassées de ses miettes d’un revers de la main

Jim Harrison est tendu
Comme le premier homme
Celui qui lit une nouvelle de Jim Harrison
Dans la collection Domaine étranger
Très loin vers l’est
Dans le jour d’après

Une nouvelle qu’il a écrite

Deux hommes
Qui ne se connaissent pas
Sans ressemblance physique
Celui qui a écrit la nouvelle
En américain
Et celui qui la lit
En français
Apparemment calmes
Mais terriblement inquiets

Au même moment inquiets

Deux hommes
Qui n’ont pas le même âge
Inquiets de savoir
Si les femmes qu’ils aiment
A l’aube ou au crépuscule
A  Paris comme non loin de Great Falls
Allongées dans leur lit
Sauront
Tout à l’heure
Quand ils iront les rejoindre
Leur faire juste un sourire

Zak Menkiewicz
(octobre 1993)

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