Archives mensuelles : août 2012

Le jerrycan et la cravate

En face du PaysDesRêves, il y a le MerdierIntégral. Un paradis sur terre où même avec Bac+14 GéopolitiquePaysEnVrac ou ConflitComplexeNiveauExpert, on ne comprend que, allez, 10% de ce qui s’y passe. Alors prévoir ce qui va arriver dans une semaine, hein, faudrait pas rêver non plus. Les combats ont repris et des habitants du MerdierIntégral, […] Continuer la lecture

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Dépistage des IST

1/VIH [En cas de prise de risque et dans les 48 premières heures, il est possible de bénéficier d’un traitement post-exposition (durée 4 sem) en s’adressant à un service d’urgence […] Continuer la lecture

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De l’importance du chiffre

A une autre époque, l’Homme ne savait pas compter. Ou plus ou moins jusqu’à trois. Toi, moi et l’autre. L’année de naissance, l’année de la marche, l’année du sevrage*. Depuis, on a sacrément évolué.
L’Homme a découvert/crée/inventé les chiffres, puis les nombres.
Il a chiffré les secondes, les heures et les années. Ses années.
Depuis, on a un peu dérivé mais ce n’est pas le sujet.
Alors maintenant, on compte.
Et c’est devenu un élément clé de notre identité. Sur les étiquettes, sur les fiches de transmission, en première ligne des comptes-rendus… A l’hôpital, les patients se définissent par un nom, un genre, un âge et une pathologie. Comme un tableau vivant, que quelques esquisses de trait suffiraient à compléter. 
Un tableau d’un patient.
Cela suffit-il pour autant à deviner vraiment qui il est ?
Cela suffit-il à entre-apercevoir l’individu derrière le malade ?

Depuis quelques mois, j’ai l’impression qu’il y a un problème dans l’affaire.
Etienne a 88 ans et un cancer pulmonaire multi-métastasé de découverte quasi-fortuite. Annoncé. Lui et sa famille sont dévastés. Ce banal essoufflement à l’effort, ils croyaient que c’était la vieillerie. En réalité, c’est la fin qui frappe à la porte. Etienne est en pleine possession de ses moyens. Un homme jusqu’à présent dans la force de l’âge, moins vingt ans. Qui aime tendrement son épouse, ses enfants, ses petits-enfants. Autonome, hyper-actif, plus sportif et endurant que moi.
Avant d’avoir un cancer, Etienne a 88 ans. Et à 88 ans, un méchant cancer comme celui-là, on n’y touche pas. Etienne, en moins d’un mois va mourir à l’hôpital. Le cœur dans la gorge à cause de cette chienne de vie qui lui pourrira un départ qu’il espérait doux. Un départ dans la douleur et sous les yeux de sa chère épouse, compagne de 60 ans d’instants à deux.
Et Etienne n’accepte pas. A l’hôpital, on trouve ça moche son histoire.
C’est moche mais bon, il a 88 ans. Alors ça va. Enfin c’est moins pire. Enfin…
J’ai mal à mon cœur.
Le cancer d’Etienne est-il moins méchant parce qu’il a déjà 88 ans ?
Être un vieux très vieux l’aidera-t-il à accepter que les médecins ont décidé de ne pas le soigner son cancer ? Acceptera-t-il cet avis qu’au jeu du bénéfice/risque, il y a plus de risques à tenter quelque chose pour sauver l’homme de 88 ans de l’étiquette ? Ce même homme qui pourtant donne l’impression à tous et à lui-même, surtout à lui-même de n’avoir pas dépassé les 70 ans. Est-ce un lot de consolation de savoir que d’autres n’ont pas eu la chance de vivre aussi longtemps ? Se sentira-t-il mieux, lui, pour autant ?
Et que dire de Suzanne, doit-elle s’accrocher, elle que la vie a vilainement amochée ? Grabataire à 70 ans, en rupture de tous ses loisirs, elle qui n’a plus de famille, qui ne voit plus personne. Elle, devant qui on fuit le regard quand elle évoque son envie de mourir. Parce qu’à 70 ans « seulement », elle se sent plus vieille qu’une bicentenaire.
Et si quelqu’un là-haut, dans son bureau du sommet de la pyramide, a décidé que 70 ans, c’était jeune, doit-elle pour autant accepter les remontrances des soignants choqués par sa tentative de suicide sur son lit d’hôpital. Doit-on se sentir fiers de l’avoir « récupérée », elle qui avait le sourire en se croyant partir enfin ?
Quand est-ce qu’on devient vieux ? Quand est-ce qu’on n’est plus jeune ? Jusqu’à quel âge la vie vaut-elle d’être vécue ? Est-ce qu’on peut vraiment juger de ça avec des chiffres ?
Hier, un monsieur de 90 ans s’est excusé d’avoir encore de l’humour en riant. Et d’être encore un incorrigible gourmand. Et il est sacrément bien conservé.
Y a forcément un lien de cause à effets. Niveau de preuve moi-même.
Conflits d’intérêts : Les macarons du deuxième tiroir de sa table de nuit.
Y en aurai des tas, des façons de compter son âge. 
Suffit de choisir celui qui nous va.
Le corps, la tête, les souvenirs, la joie, l’allant, la tristesse, les amis, les amours, les fous-rires, la passion, la gourmandise, les siestes crapuleuses, le charme, la drague, la retenue…
On pourrait avoir le droit d’être vieux à 20 ans, jeune à 80.
Éviter la déprime des quarantenaires qui voient la bouteille de vie à moitié vide.
Une personne, c’est plein de choses, ça prend plein de place à décrire, beaucoup ne tiendraient pas sur une feuille A4. Qu’être vieux ou jeune, parfois ça ne puisse tenir qu’à un ou deux chiffres, c’est triste.
Et si on bousculait les codes ?
Et si on arrêtait un peu de compter avec des chiffres ?
  
*Jean Mc Auel, Les enfants de la Terre.

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Certificat de non contre-indication à la pratique d’un sport

Dernière mise à jour le 14/01/2013 1/Liste des sports extrêmes nécessitant un examen spécifique (code du sport) « Article A231-1 Créé par Arrêté du 28 février 2008 – art. (V) En […] Continuer la lecture

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Le Dr Ventouse recherche l’information sur Internet en 2003

Ces chroniques ont été écrites entre 2000 et 2004 pour […] Continuer la lecture

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I need a Doctor

 Parce que j’ai un poil trop de boulot en ce moment, et que je passe actuellement mes soirées à combler une grosse lacune dans ma culture générale britannique (j’en suis à la saison 2), un petit fan-art pour le plaisir!

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Le Dr Ventouse cherche désespérément un nouveau logiciel

 Ces chroniques ont été écrites entre 2000 et 2004 pour […] Continuer la lecture

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Jachère

De la fatigue. Beaucoup. Des réveils trop matinaux.

Des journées de boulot courtes mais trop longues.

Un grand manque de motivation.

Des posts en cours qui ne se finissent pas.

Des journées qui ne font toujours que 24 heures.

Des palpitations. Des cernes.

Des réflexions désagréables qui sortent seules de ma bouche.

Un gros besoin de vacances.

Une envie de fermer le blog.

 

 

Jachère [ʒaʃɛʀ]

Etat d’une terre qu’on ne cultive pas volontairement.

 


Mais.

Des piles de romans à lire.

Des travaux à finir.

Un autre blog en construction.

Un gros besoin de prendre soin de nous.

Un coup de fil important à passer.

Des morceaux à jouer.

Des week-ends en perspective.

Un projet, peut-être.

Un frère en vacances.

Un voyage en préparation.

 

 

Jachère [ʒaʃɛʀ]

Terre labourée qu’on laisse reposer.

 


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Cultivez votre jardin

« Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !  Suspendez votre cours » (Alphonse de Lamartine)

Nous sommes tous pressés. Par le temps, par l’envie…
Pressés d’atteindre un but, ou tout simplement impatients.

Dans notre société dite « de consommation » tout nous y pousse.
Tout comme la mort est devenue le grand tabou voire l’interdit de nos sociétés occidentales, l’attente lui emboîte le pas.

« Comment ?! Attendre demain pour un rendez-vous ? Mais je VEUX être reçu aujourd’hui ! »

« Docteur, je suis malade depuis ce matin, mais vous DEVEZ me remettre sur pieds pour demain ! »

Cette impatience, subjectivement légitime quoiqu’elle ne le soit que rarement objectivement parlant, est auto-entretenue notamment par la sphère médiatique.

Elle me fait peur, j’avoue.
Peur parce qu’à mon avis, elle n’a pas encore atteint son apogée. Le pire est devant nous.
« Commandez votre article sur internet et recevez-le dans la journée » va être le futur leitmotiv du e-commerce…
Ce n’est pas tant le fait de commander et de pouvoir profiter immédiatement du bien qui me fait peur. Je pourrais presque trouver cela intéressant..

Non, ce qui me fait peur, c’est la transposition de ce principe de commerce, discutable mais qui peut trouver justification, à notre pratique médicale.

Parce que, les patients, à force d’entendre qu’ils peuvent ne plus attendre, vont avoir de plus en plus de mal à accepter nos demandes répétées de laisser du temps au temps.

Un rhume soigné guérit en 7 jours. Un rhume non soigné en une semaine…
Tout comme une infection virale respiratoire peut entraîner une toux pendant 3 semaines, sans que celle-ci soit pathologique. La toux sera d’abord sèche, puis très grasse, puis sèche puis disparaîtra… jusqu’à l’infection suivante.
De même, un enfant en bas âge risquera de faire 7 à 8 épisodes infectieux ORL par an, tous concentrés entre l’automne et le printemps.
Autant dire que certains enfants peuvent être « tout le temps » malades, sans que cela ne soit franchement pathologique.
Et tout comme les patients finissent par ne plus trouver normal d’attendre, ils ne trouvent plus normal d’être malades. Ils ont tous leurs raisons. Et je connais personne qui soit content d’être malade finalement…

 Alors, aux patients non patients, je parle de jardinage.
La première réaction est toujours la même : Mais qu’est-ce qu’il me raconte le docteur ?!?
Et bien je leur raconte l’histoire de mes fleurs ou mes légumes. Comment je sème les graines, attends qu’elles germent.
Comment parfois le germe est fragile et finit par mourir.
Je leur raconte aussi que j’ai beau leur répéter de se dépêcher, de pousser plus vite, parce que je suis pressé, mes cultures n’en font qu’à leur tête. Elles n’écoutent qu’une seule personne : la nature.
Je leur parle aussi de certaines promenades en forêt, au contact plus étroit de cette nature. Ces moments où j’ai l’impression qu’elle me donne une leçon d’humilité en me disant :
« Je ne t’ai pas attendu pour faire tout cela, et tu seras déjà six pieds sous terre depuis un moment que je n’aurai pas encore fini mon ouvrage ».

Alors, j’espère faire comprendre à mes patients qu’il faut savoir attendre, que la nature prend son temps.
Qu’il est normal que nous tombions tous malades. Que mon rôle de médecin est de les soigner aussi bien que possible, mais que je ne possède pas de baguette magique.
Je ne pourrai pas aller contre-nature. Les soigner prendra un temps plus ou moins long selon la pathologie.
Et ce temps doit être un allié précieux plutôt qu’un adversaire. Continuer la lecture

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Fiche-patiente: que faire en cas d’oubli de pilule?

1/ fiche n°1 2/ fiche n°2 Pour les pilules OP seulement, une fiche à consulter sur le site du CLGE (collège lyonnais des généralistes enseignants). -version couleur -version niveaux de […] Continuer la lecture

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Alfred, 84 ans

Il fait beau. La route pour aller chez Alfred est longue mais belle. Traverser les petits villages. S’arrêter pour observer un rapace blanc sur un poteau de
signalisation. Se faire klaxonner, évidemment. Rouler à travers les champs. Passer entre les arbres centenaires. Profiter de la vue sur les vallons. Autant de paysages inondés de soleil
surgissant à chaque virage. Une longue route, mais un joli moment.


Souvent, j’arrive tard parce que c’est loin et que je fais toutes les autres visites avant. Dans ces cas-là, il est devant la télé. Si j’y suis plus tôt, il est
dans le jardin, il s’occupe des haricots, des tomates, etc. Aujourd’hui, il était à table et mangeait déjà.


Alfred me demande de venir tous les mois. Tous les vingt-huit jours exactement. Pourtant
Alfred n’est pas vraiment malade. Certes, il a eu un cancer mais ça fait un bout de temps. Il a toujours une chambre implantable. Je propose à chaque fois de la faire retirer. Il refuse toujours.
Ca me semble dangereux de laisser ça, mais ça fait déjà tellement d’années. Je ne peux pas l’obliger et c’est quand même pas moi qui vais la retirer. C’est comme son cancer, il y a cette boule
que je vois, et qui ne grossit pas. Il ne veut pas voir de spécialiste, il ne veut voir personne. Il ne veut pas d’examen complémentaires. Cette boule, elle ne le gêne pas, elle ne change pas, il
va bien. Et mon inquiétude le fait rire.


Alfred a toujours le sourire, il ne me reproche jamais l’irrégularité de mes horaires de passage, contrairement à certains. Il a des mouvements bizarres, dont il
n’est jamais fait mention dans son dossier et qui n’inquiètent personne. Il a des difficultés d’élocution, qui ne sont pas non plus dans son dossier. M’enfin, son dossier c’est un peu le vide
sidéral… Lui, quand il parle, je ne comprends pas tout, mais il n’a pas d’explications, il dit qu’il parle bien. Bon.


L’examen est toujours le même. Les traitements aussi.Des médicaments loin d’être vitaux.

Je pourrais faire le renouvellement pour trois mois. J’ai bien essayé. Il rappelle toujours.

Je ne sais pas pourquoi c’est si important pour lui.

Alfred a des enfants, qu’il voit souvent. Alfred a l’air heureux.

Moi je ne sais pas bien pourquoi je suis là et j’ai l’impression de voler de l’argent pour une visite inutile.

 

Il y a quelquechose qui m’échappe dans cette histoire et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.


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Le Dr Ventouse voudrait changer de logiciel

Ces chroniques ont été écrites entre 2000 et 2004 pour […] Continuer la lecture

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Paiement à l’acte ? Salariat ? Capitation ?

Alors que rien se semble pouvoir enrayer la chute de la médecine générale, la blogosphère médicale bruisse de mille bruits.
Gelule raconte le quotidien d’un médecin de campagne et s’indigne qu’on puisse à ce point dénigrer la médecine générale.
Borée parle de la sortie de son livre, que je n’ai pas encore lu, et s’exprime avec intelligence sur la certification en médecine générale.

Le conseil national de l’ordre des médecins jette un pavé dans la mare, en donnant blanc-seing au nouveau gouvernement pour forcer les jeunes médecins à aller exercer dans les déserts médicaux, tandis qu’il déclare acceptable pour le secteur 2, des honoraires allant jusqu’à 4 fois les tarifs conventionnels.
Sans doute faut-il comprendre là que les membres du conseil national sont urbains, âgés et en secteur 2 (c’est le cas du Dr Legman, président du conseil national, qui applique des tarifs allant jusqu’à 3 fois le tarif conventionnel, si l’on en croit simplement l’assurance maladie).

Dominique Dupagne aborde la possible fonctionnarisation de la médecine de premier recours, comme je l’avais d’ailleurs fait il y a quelques mois.
C’est d’ailleurs un sujet sur le point de devenir un marronnier.

Nos internes sont étonnés et intéressés par notre pratique de médecins « couteaux suisses », mais quant à venir travailler avec nous, ils plébiscitent tous le salariat, et particulièrement  en médecine d’urgence à l’hôpital. C’est d’ailleurs bien compréhensible. Si j’ai bien compris, une seule garde hebdomadaire de 24 h leur permet de gagner sur 50 jours/1200 h (comptons 100 jours si l’on tient compte des récupérations), et en débutant, environ 65% de mon revenu de médecin rural travaillant 260 jours par an (environ 2500 h/an sans compter les astreintes nocturnes) et ayant 20 ans d’ancienneté.
Un rendement horaire largement supérieur…     Comment attirer des jeunes avec ça…
Avec des MSP ? 
Avec des subventions publiques ?
Au delà du revenu horaire qui est plutôt plus intéressant en salarié, il y a aussi bien sûr les horaires de travail qui sont perçus comme trop contraignants en médecine libérale rurale. Forcément si on est de moins en moins nombreux…
Mais je perçois un désamour profond pour le paiement à l’acte. Un dédain pour ce type de rémunération qui me semble largement irrationnel ou sciemment implanté dans l’inconscient collectif, et qui parait s’apparenter aux commentaires peu réfléchis de certains commentateurs de ce blog ou à certaines considérations actuellement en vogue dans le monde politique, tant à droite qu’à gauche : « le libéral, c’est le Mal ! »  » les médecins libéraux sont des cupides »…
Tous, même les jeunes médecins, semblent s’accorder sur le fait que le paiement à l’acte serait dégradant pour le médecin et pourvoyeur de médecine à 2 ou 3 vitesses, tandis que le salaire serait le « nec plus ultra » des modes de rémunération possibles. Le plus vertueux. Le plus égalitaire…
C’est, à mon avis, un raccourci abusif qui tient davantage de l’expression d’une certaine pensée unique et d’un formatage idéologique que d’une réflexion étayée.
Si le paiement à l’acte n’est certainement pas la panacée, il présente un certain nombre d’avantages, pour le médecin et pour le patient, que je vais développer ici. 

1989. J’ai 24 ans. 7ème année de médecine (sur 8). Je fais mes premiers remplacements, et comme je travaille dans un hôpital périphérique, ce sera en rural. Des débuts stressants, qui ressemblent à ce que Gélule le décrit dans son blog, Sauf que je ne sais rien ! pas de stage en MG, pas d’internet, bien sûr. Je consulte avec le « guide des premières ordonnances » sur les genoux. Je mens sur mon age en disant que j’ai 28 ans. Je suis lent, hésitant. Je compense avec la relation humaine. Fréquemment, le soir, ou le matin tôt, je passe au domicile des patients qui m’ont posé problème, pour me rassurer, pour vérifier que cela ne tourne pas en péritonite ou en méningite… gratuitement bien sûr.
Sur le tas, finalement, c’est là qu’on apprends le plus. 
J’aurais bien accepté un salaire pour faire ce métier, mais je n’ai pas eu le choix. C’était libéral ou rien. Tant pis. Je trouve difficile de demander les 90 FF de la consultation aux patients et je suis toujours surpris de leurs réactions. Ils préfèrent payer. Je pense même que pour beaucoup c’est un symbole important dans leur relation au médecin. une sorte de contrepoids.
– « faites vous payer, vous serez respecté ! » me répète-t-on plusieurs fois par jour.

1994. La consultation vient de passer à 115 FF. Je suis installé depuis 1 an et je me suis associé avec un généraliste de 20 ans mon aîné. Nous avons créé notre petit centre médical rural de 2 médecins, adossé à la pharmacie du village.
Bien sûr, je suis en secteur 1. Je n’ai pas eu le choix, mais l’aurais-je eu que j’aurais choisi le secteur 1, pour raisons idéologiques. Le secteur 2, c’est mal ! cela empêche les gens de consulter quand ils en ont besoin. Du moins, c’est ce que je crois
Nous sommes en SCM et en partage d’honoraires. Une fois les frais payés, nous partageons les bénéfices en deux parts égales. C’est une manière d’éviter le « vol de clientèle ».
Je suis resté lent. On ne se refait pas. Je traque la pathologie sévère, fais mes enquêtes alimentaires, passe des heures à écouter, à essayer de dénouer les situations compliquées, fais beaucoup de renouvellement à 3 ou 6 mois…
Mon associé est plus expéditif. A 50 ans, il a l’oeil rivé sur la ligne bleue du MICA qu’il espère rejoindre bientôt (il ne sait pas encore que celui ci reculera à chaque fois qu’il avancera…). Il travaille vite. Ses patients y sont habitués. Ceux qui veulent plus d’écoute prennent l’habitude de venir me voir. Certains de mes patients changent pour lui…
Mes journées sont bien plus longues que les siennes, mais je ne fais que 5 à 10 % de chiffre d’affaire de plus que lui. Comme nous travaillons en partage d’honoraires, je perds un peu d’argent. C’est le jeu. Je gagne quand même un certain confort de vie.
J’observe autour de moi des collègues qui font 70 ou 80 actes par jour. Certains sont de bons cliniciens qui travaillent jusqu’à 15 ou 16 heures par jour et ont une énorme patientèle . Quelques uns, peu nombreux, font objectivement un peu n’importe quoi, font revenir 3 fois une angine, se font une patientèle en distribuant les arrêts de travail, font de la « repasse »…
Je trouve injuste que leur revenu soit 2 ou 3 fois supérieur au mien.
Ce paiement à l’acte, décidément, n’est pas adapté à une médecine de qualité. C’est plutôt une prime à la « non-qualité ».

2002.  Je suis épuisé. La consultation est toujours à 115 FF (17,53 €) depuis 9 ans maintenant.
Chaque année a vu surgir de nouveaux postes de dépense (informatisation, télé transmission, évacuation des déchets médicaux, URML, cotisation à la formation médicale continue obligatoire (la cotisation, pas la formation !)…
Mon revenu s’effrite chaque année alors que mon chiffre d’affaire est 50 % plus élevé qu’en 1994.
Le plan Juppé m’a cassé. Les punitions collectives en cas de dépassement de l’ONDAM sont un déni de droit et une insulte à la profession. Ces mesures totalement injustes ont été parfaitement bien acceptées par la population. C’est ce qui me fait le plus de mal.
Koushner, ministre de la santé, en a rajouté une louche en critiquant les médecins généralistes qui ne s’impliquent pas dans la permanence des soins. Me dire ça à moi qui enchaîne régulièrement des gardes de 60 heures d’affilée, sans régulation, en ne dormant pas plus de 2 h par nuit !
Je comprends que le médecin est vu comme un nanti et qu’en France, on déteste les nantis. 
Si les relations humaines de gré à gré sont chaleureuses, l’inconscient collectif des français souhaite cette paupérisation des « riches » médecins. 
J’ai compris depuis quelques années que la médecine libérale, telle qu’elle existe encore est condamnée par les élus et les hauts fonctionnaires.
Qu’à cela ne tienne, puisqu’ils détruisent la médecine libérale et le paiement à l’acte, ils vont être forcés d’ouvrir des centres de santé avec des médecins salariés, ou payés à la capitation. 
Cela fait plusieurs années que je suis prêt à changer de mode d’exercice et de rémunération, mais je ne vois rien venir.
Bizarre non ? 
Non, pas si bizarre si l’on considère que les libéraux, quoi qu’on en dise abattent un travail de fou, pour une rémunération somme toute assez modérée. Les remplacer par des salariés coûterait beaucoup plus cher, d’autant plus que nous sommes passés aux 35 h. 
Oui mais si l’on considère les abus de prescription et les consultations évitables, secondaires aux dérives de l’exercice libéral, peut-être que les économies potentielles compenseraient le surcoût des médecins salariés. 
En regardant autour de moi, je me rends compte que les comportements sciemment malhonnêtes, des médecins et des patients sont relativement marginaux. Conséquemment, les économies possibles sont vraisemblablement anecdotiques.
Je poste une annonce sur « annonces-médicales.com ». Les propositions affluent. Je ne choisirai pas la plus rémunératrice, mais celle qui me parait le plus en accord avec ce que j’ai envie de faire de ma vie. Un poste salarié en clinique de réhabilitation. 
Je comprends aussi que ma vraie richesse, ce sont mes compétences. Et on aura toujours besoin de médecins compétents.

2004 : Je suis salarié depuis 2 ans. Au début, mes revenus étaient assez faibles et puis ils ont évolué. A l’heure actuelle c’est correct, sans plus, mais l’argent n’est pas le plus important. 
J’ai épousé le projet médical de la clinique et le travail en équipe. Au début, cela a surpris la direction et les membres du personnel. Un « libéral » qui s’adapte au salariat et au travail en équipe ! WTF !
Mes confrères changent souvent.  Beaucoup ont des difficultés à s’adapter à ce mode de travail où le médecin n’est qu’un membre de l’équipe soignante. Du coup, il y a un turn-over important, je suis rapidement devenu le plus ancien et un peu le référent médical. J’ai même le titre de « chef de service » (un des 4 services – nous sommes tous « chefs de service »). Bien sûr, c’est essentiellement « honorifique ». Je n’ai aucune latitude dans mon travail, et en tant que généraliste, je n’occuperai jamais une place de direction. Je m’en moque. 
Au début, le travail salarié m’est apparu comme une vraie sinécure, mais je n’ai pas vraiment changé de façon de travailler, finissant tard, faisant beaucoup d’astreintes. Comme je suis globalement moins caractériel (si si !) que certains de mes confrères c’est moi qu’on vient voir en cas de problème, en cas de travail supplémentaire. 
Je suis le plus (un des plus) impliqué, mais le moins payé… 
Parfois cela me fait un peu « tarter », mais c’est ainsi… Pas bien grave tant que le travail reste épanouissant. 

fin 2007 : 5 ans et demi que je suis salarié. Ce qui est vraiment pénible, ce sont toutes ces réunions d’accréditation et les changements qui en découlent. 
Je suis intuitivement violemment opposé à la plupart des changements liés à l’accréditation…  … mais je n’ai pas le choix. Je suis OBLIGE d’appliquer la politique de la direction. En tant que manager, je suis même obligé de motiver les autres. Le boss m’a bien fait comprendre que mon rôle de chef de service était d’entraîner les membres de l’équipe. 
Cela me met dans une situation intenable, écartelé entre mes convictions intimes et ma loyauté vis à vis du groupe qui m’a donné ces opportunités de carrières et qui me paye. 
Qui plus est, la politique du groupe évolue au gré des tractations avec l’ARH. Le beau projet médical du début est de plus en plus régulièrement foulé au pied des contingences matérielles. Il faut remplir ! Je peux comprendre cela, et en tant que « chef de service » j’assume, en tampon entre l’équipe et la direction. Je me retrouve à devoir justifier des choses peu justifiables devant les patients ou devant les membres de l’équipe. 
Pourtant, mon opinion est claire. Notre éthique a tendance à foutre le camps. 
La direction veut maintenant nous imposer des contraintes supplémentaires pour les dates de nos vacances. Cela devient injouable pour moi, entre les astreintes, les congés scolaires de nos enfants, les impératifs de mon épouse, ceux de mon ex, ceux de l’ex de mon épouse, ceux de l’époux de mon ex et de l’épouse de l’ex de mon épouse… si en plus, la direction impose des dates, ça ne va pas le faire…
Je suis de moins en moins sûr que le salariat soit un vrai confort !  
Au bout du compte, c’est mon confort moral qui a le dessus sur mon confort matériel, et je démissionne, à la surprise générale. Je suis prêt à tout recommencer à zéro pour la troisième fois.

Aujourd’hui je suis à nouveau libéral. Je ne considère pas pour autant que le paiement à l’acte soit parfait. 
Le salariat est un mode de rémunération qui parait attractif comparé à ce que les pouvoirs publics et les syndicats de médecins ont fait du libéral. L’hypothèse d’un passage généralisé au salariat n’est plus considérée comme farfelue.
Une récente réunion avec des membres du CDOM de mon département et l’ARS à propos du tableau de garde que nous avons de plus de mal à remplir, a été assez éclairante à ce sujet.
Alors que la discussion avait dérivé sur les différents projets de MSP et les inextricables complications administratives venant entraver le versement des indispensables subventions publiques nécessaires aux projets, j’ai déploré le bon vieux temps où l’acte était assez honoré pour que les médecins assument l’ensemble du coût de la construction de leurs centres médicaux sans que les administrations s’en mêlent. 
Le président du CDOM m’a aussitôt coupé : 
« Cette médecine que tu as connu, elle est morte et elle ne reviendra plus ! le paiement à l’acte, c’est fini ! Maintenant, il faut faire avec les administrations ! Maintenant ce sont eux qui décident ! « 
Silence approbateur des membres de l’ARS.
Au moins, c’est clair.
Les autorités rêvent d’un système où les médecins seraient salariés, où ils seraient contraint par leur hiérarchie (oui, car un salarié a toujours un patron) a appliquer les procédures élaborées par l’HAS par exemple, ou par la sécurité sociale, ou par le ministère, ou par le CISS, pourquoi pas.
 Plus étonnant, nombre de jeunes médecins souhaitent cela.

Que reproche-t-on exactement au libéral et au paiement à l’acte ?

– Le paiement à l’acte met le médecin dans une position de sujétion vis à vis des patients, qui est parfois difficile à gérer pour le médecin.
Sans doute, mais à l’heure où l’on dit vouloir remettre le patient au centre du système de soin, n’est-il pas naturel que ce fameux patient soit détenteur d’une part de pouvoir dans la relation thérapeutique ?
N’est il pas naturel dans une relation, fut-elle thérapeutique, que chacun des protagonistes ait une forme de « pouvoir » sur l’autre. La connaissance médicale constitue une forme de pouvoir du médecin sur le patient, une asymétrie dans la relation. Au nom de quelle « pureté » devrait on refuser au patient la parcelle de pouvoir que représente son paiement et la relative sujétion du médecin qui en découle.
Du coté du médecin, cette dépendance relative vis à vis du patient, n’est elle pas une incitation à une certaine humilité et surtout une certaine qualité du « service » ?
Enfin, ne vaut-il pas mieux dépendre du patient directement que d’une administration ou d’un pouvoir hiérarchique.
En tant que « libéraux » nous avons encore (pour combien de temps) une certaine liberté de prescription. Comment vivrons nous les objectifs de santé publique lorsque des administrateurs viendront critiquer nos taux de réalisation de mammographie de dépistage ou nos taux de prescription d’antibiotique, ou nous forcerons à augmenter le taux de vaccination contre l’hépatite B…
Les objectifs ne seront sans doute plus incitatifs. Il y a fort à parier que dans un système salarial, ses critères deviendront contractuels pour le médecin…
J’ai connu des situations approchantes et je préfère encore le paiement à l’acte, tout imparfait qu’il soit.

– Le paiement à l’acte est inflationniste en ce sens qu’il pousse le médecin à augmenter le nombre des actes pour augmenter son revenu, ou pour qu’il se maintienne.
C’est sans doute un peu vrai, d’autant plus vrai que le médecin n’est pas libre de ses tarifs (en secteur 1) et que la valeur des actes ne suit pas l’inflation depuis de longues années. 
La pseudo-gratuité des actes médicaux constitue un autre facteur de multiplication des consultations inutiles qu’il n’est pas politiquement correct d’évoquer publiquement, mais qui existe bel et bien. Le patient n’est statistiquement pas plus ni moins vertueux que son médecin…
Ceci dit, la désaffection profonde des médecins pour l’exercice libéral contrecarre largement cet effet pervers. En effet, pourquoi faire revenir les patients quand on pas assez de temps pour recevoir tous les patients qui se présentent spontanément. 
Ce comportement non-vertueux de certains médecins, déjà très minoritaire il y a 20 ans, me parait avoir quasiment disparu aujourd’hui. Une revalorisation substantielle des actes, ou,mieux, la réintroduction d’une certaine dose de liberté tarifaire le ferait disparaître complètement.
Que se passerait-il dans un système salarial ? 
Le médecin serait payé pour un service, avec des heures de présence à accomplir. Passés ces horaires, il serait sûrement difficile d’obtenir un rendez vous ou une consultation en urgence. 
Certains travailleraient largement au delà de leurs horaires, d’autres en feraient le minimum. Au bout du compte, l’efficacité du système chuterait et je crains la création rapide de files d’attente longues en médecine générale, ou un engorgement encore plus important des services d’urgence.

–   Le paiement à l’acte ne permettrait pas une répartition satisfaisante des médecins sur le territoire français, alors qu’un paiement salarial permettrait aux autorités de bien répartir les praticiens en fonction des besoins. 
Allons bon ! pendant des dizaines d’années les médecins se sont spontanément installé là où il y avait des besoins, mais maint’nant ça marche pu ma bonne dame ! 
Et pourquoi que ça marche pu siouplait ? 
Eh bien je vous le donne Emile, ça ne marche plus parce que ce n’est tout simplement plus rentable de s’installer à la campagne ! Là ! tout simplement ! 
Et ça n’est plus rentable parce que les honoraires sont fixés autoritairement sans tenir compte du coût réel d’une médecine générale moderne, en particulier en zone isolée.
Revalorisons l’acte, ou rendons une part de liberté au médecin et la pseudo pénurie disparaîtra purement et simplement.  
Enfin, quand je vois les choix faits par mon ARS pour l’implantation d’une MSP dans nos hauts cantons, j’hallucine ! C’est Ubu roi et messieurs les ronds de cuir associés ! 
Des choix abérants pris à 250 km d’ici dans un bureau, par des gens ne connaissant rien à la réalité locale,  en raison d »un zonage débile, mais impossible à remettre en cause avant de nombreuses années. 
L’assurance d’un plantage en règle. 
Alors je ne peux, en aucun cas, croire que les mêmes personnes seront bien inspirées lorsqu’il s’agira de décider où implanter les médecins. 

– Le paiement à l’acte est inadapté au suivi des maladies chroniques. 
– Tient donc. Pourquoi ? 
– PARCE QUE !!!
– Mais encore ? 
– Les maladies chroniques nécessitent un suivi constant, des renouvellements d’ordonnance, de la prévention, de l’enseignement thérapeutique… 
– Et alors ? ai-je envie de dire. 
– Et alors, le paiement à l’acte n’est pas adapté !
Encore un mantra, que l’on répète en boucle. Pourtant cette explication me parait un peu courte. Il n’y a pas de raison majeure pour qu’un médecin (ou un autre soignant) ne puisse pas se faire rémunérer par un patient qu’il reçoit pour l’aider à gérer une pathologie chronique. 
De plus, comme le rappelle Dominique Dupagne dans la revanche du rameur, le médecin doit ici faire preuve de la plus grande humilité. De nos jours, les patients connaissent de plus en plus souvent, mieux leur pathologie que leurs médecins. Web 2.0 oblige. 

Cette liste de critiques faites au principe du paiement à l’acte pourrait être poursuivie à l’envie.
Il ne me parait pas utile de continuer à mettre en évidence les idées reçues et les à-priori qui minent le discours sur le paiement des médecins.
J’avais déjà pointé du doigt la volonté politique de mettre au pas le corps médical avec les maisons de santé et avec le P4P.
Cette critique permanente du paiement à l’acte me parait être un nouvel avatar de la volonté forcené de pouvoir de l’oligarchie dominante évoquée par Dominique Dupagne toujours dans la revanche du rameur.

Par conséquent, et pour paraphraser Churchill, il me semble que le paiement à l’acte est certainement le plus mauvais système de rémunération d’un médecin…  … à l’exception de tous les autres.

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Les dangers d’Internet

 Ces chroniques ont été écrites entre 2000 et 2004 pour […] Continuer la lecture

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Réflexions autour d’une histoire de fesses.

[Je rappelle que l’article initial, Dignité mes fesses, est à lire ici]

Ce jour là, je lis le livre de Jaddo. Une histoire en particulier s’accroche. Celle-ci. Pendant des heures, elle me trotte dans la tête, faisant affluer son lot de souvenirs. Des expériences lointaines mais aussi proches, comme ce jour-là, avec Jeanne. Qui restent. Ces sentiments me pèsent. J’ai besoin d’écrire, besoin de coucher sur le papier pour le comprendre, le malaise que j’éprouve. Alors j’écris.
Je soumets mon oeuvre à l’homme, qui ose un commentaire : « Tu fais encore ta mégère, toujours râleuse, et puis les gros mots, franchement… ». La colère nourrie de l’écriture explose. « Jaddo, elle en dit des gros mots ça ne l’a pas empêcher d’écrire un livre ». Je vais bouder un moment. Et je reviens, je relis. Oui, parfois c’est limite.
Je publie ce soir là. En une nuit, 200 personnes sont passées voir. Je suis sous le choc. C’est énorme pour la petite bloggeuse que je suis. L’histoire de Jeanne a fait écho des deux côtés de la barrière, soignants, patients ou les deux se souviennent que oui, souvent, cette blouse fait tache.
Farfadoc prend alors une initiative de génie. Publier une pétition pour essayer de faire changer ces blouses qui font râler tout le monde mais qui sont toujours là, après tant d’années. C’est le début, je n’y crois pas. Je ne vois pas comment ça pourrait changer quoi que ce soit.
Aujourd’hui, la pétition a déjà recueilli plus de 9000 signatures. Des milliers d’anonymes se sont succédés sur les blogs qui ont relayés cette formidable initiative. La ministre de la santé elle-même s’intéresse au dossier. Les médias aussi sont à l’affût. Des journalistes veulent me parler, savoir ce que je propose pour que ça change. Moi. Si ce n’était pas sérieux, ça pourrait me faire rire. Moi. Et puis quoi encore ?
C’est le temps d’un bilan, que j’espère de mi-parcours.

Dans mon article du 27 juillet, je n’incriminai pas volontairement la blouse d’hôpital.
Relisez bien, à aucun moment je ne parle d’en changer, à aucun moment je me dis choquée de la nudité de Jeanne. Je suis un peu déçue du message globalement retenu parce que j’espérais amener une réflexion plus profonde qu’une simple histoire de fesses à l’air.
Jeanne n’a pas réagi au fait d’être nue devant moi, il y a plusieurs explications :
         Qu’elle ne soit absolument pas gênée, oui, ça arrive
         Qu’elle soit gênée mais qu’elle fasse de son mieux ne pas le montrer
J’en ai discuté avec elle. La première hypothèse est fausse. Jeanne EST gênée. Mais elle a l’impression que c’est normal. Les blouses blanches défilent, les têtes changent, les titres aussi, leur noms, elle ne sait pas, elle ne voit pas assez clair pour lire sur les blouses. Comme tout le monde voit mais que personne ou presque ne réagit, Jeanne se dit que c’est normal. Alors elle serre les dents et se sent un peu bête d’être si pudique.
Et c’est ça qui me fait mal au cœur. Mille fois plus qu’une paire de fesses à l’air.
Quand Jeanne s’excuse, c’est peut-être qu’elle croit me gêner moi. Qu’elle efface sa gêne au profit de la mienne, pauvre jeune ingénue choquée devant un peu de peau nue. Jeanne a tellement bien appris la leçon qu’elle a du mal à penser d’abord que je le fais pour elle. Mon simple geste lui paraît presque déplacé tant il lui semble inhabituel. Et puis, elle le savait en venant ici, la dignité et la pudeur devraient rester au placard. Et ça aussi, ça me fait mal au cœur. Parce que ça en dit long sur l’image de l’hôpital que je défend et ce n’est pas très reluisant.
Cette blouse n’est qu’un morceau de l’iceberg. Je préfère peut-être une Jeanne parfois nue mais qu’on se soucie de couvrir à une Jeanne couverte mais qu’on traite encore comme un peu moins qu’humaine. Juste malade.
Parce que j’ai appris qu’il existe des alternatives. J’espère qu’à la prochaine commande, quelqu’un, quelque part, pensera à changer le modèle actuel. Pour l’un de ceux brevetés, économiquement similaires, plus couvrant et qui se veulent équivalents sur le plan pratique.
Mais pour le pratique, je laisse les professionnels plus concernés que moi choisir.
Je n’ai aucune légitimité pour en juger puisque j’arrive pour ainsi dire après la bataille, quand les patients ont fait leur toilette, que les pansements sont faits et que l’aspect pratique de la blouse a déjà bien servi aux IDE et aux AS.
Une histoire de point de vue
Chaque témoignage reflète des expériences individuelles qui ne sauraient faire force de loi.
Je soutiens cette pétition car dans l’hôpital où je travaille, il m’est extrêmement rare de soigner des patients vêtus de leurs propres effets. La blouse en question est légion. Pas que aux urgences ou en orthopédie comme certains ont pu le souligner. En pneumologie où les patients restent relativement autonomes, en neurologie, en oncologie etc… Elle est là partout.
Pourquoi ? Bonne question.
Pour certains, simplement parce qu’ils n’ont plus de famille ou que leurs proches sont loin, que leur linge personnel est sale et qu’il faut bien les couvrir avec quelque chose. Et pour ça, heureusement qu’on a des blouses. 
Pour les autres, je ne sais pas. Est-ce une acceptation tacite des patients qui prennent ce qu’on leur donne ? Qui n’osent réclamer leurs propres effets ? Est-ce par habitude, parce qu’hier déjà, ils avaient une blouse ? Est-ce parce que personne n’a le temps ou ne pense à regarder pour eux, dans le placard, moi y compris ? Je ne sais pas.
Mais cette blouse est partout ici. Beaucoup de patients en souffrent. Pas parce qu’ils voient passer une farandoles de culs « moches et vieux » dans le couloir comme certains ont pu le suggérer mais parce qu’ils sont à demi nus, exposés aux regards (portes ouvertes) ou esquissés derrière un pan de tissu insuffisant dans le couloir. Ce n’est pas les fesses des autres qui les gênent, c’est de devoir partager les leurs, un peu malgré eux.
Un impact important dans mon travail
L’hospitalisation est un traumatisme. Parce qu’elle est urgente, parce qu’on craint parfois pour sa vie, que les proches s’inquiètent. Et surtout parce qu’on perd le contrôle de soi. Être patient, c’est prêter un temps le volant pour que d’autres plus compétents dans leur domaine puissent vous remettre sur les rails.
Les patients que je rencontre ont souvent quelque chose de changé. Une hanche neuve, un pied qui n’a plus le droit de toucher le sol, une tumeur et quelques ganglions de moins… Quand matériellement, rien n’a officiellement bougé, ils sont souvent restés quelques temps alités, un désastre pour des gens dont l’état général laisse un peu à désirer. J’interviens pour les accompagner vers la reprise de leur autonomie.
Je ne suis pas une technicienne. Je suis un guide. Sans prétention, vraiment. Ce n’est pas grâce à moi qu’un patient remarche. C’est grâce à lui, avec un petit coup de pouce (ou pied) de ma part. Si le patient ne veut pas marcher, ne veut pas travailler, ma science et moi, on reste sur le carreaux et rien n’avance.
Et je suis convaincue que pour avoir envie de marcher, pour vouloir retrouver son autonomie, il y a un postulat de base essentiel. Sentir qu’on reprend le contrôle. Le problème aigu est en cours de traitement, il est temps pour le patient de reprendre le relais. Se reconquérir, dans son entier. Se sentir à nouveau soi-même après parfois des jours de pilote automatique, c’est dur. Et ça commence par l’effort de se sentir humain de nouveau. Cesser de penser « maladie, médicaments, docteur » pour revenir à « sourire, prestance, fierté, moi ». C’est avec ces drogues là que mes patients avancent le mieux, au propre comme au figuré.
Cette blouse, c’est l’image même du malade. Comme une boîte dans laquelle on vous mettrait d’office dont il est parfois difficile de sortir. Tout au long du séjour, elle entretient cette dépendance. Ce n’est pas qu’une histoire de fesse. C’est une histoire d’estime de soi, de dignité.
Et oui, un sparadrap ça peut suffire pour les couvrir, mais c’est moche. Ça fait bricolage approximatif, et ça fait cheap. Dans un monde où on peut reconstruire le visage de bébé dans le ventre de sa mère par imagerie, il faut encore qu’on ferme les blouses avec du sparadrap. Splendeur et décadence.
Certains patients refusent de sortir de la chambre. D’autres acceptent de m’accompagner mais ne peuvent lâcher prise totalement. Ils font ce que je dis, sont appliqués mais il manque l’étincelle. Parce qu’une partie d’eux ne peut s’empêcher de penser à l’image qu’ils renvoient. Et leurs pieds tricotent parce que le moral flanche. Qu’être malade c’est dur, c’est usant et que cette tenue, c’est le truc de trop. Et que putain, bordel, quand est-ce que ça va s’arrêter ce cauchemar ?
Je rêve d’une blouse qui en plus d’être pratique, aiderait les gens à retrouver le contrôle. Qu’ils puissent la fermer – vraiment – et seuls. Alors oui, avant de pouvoir enfiler leurs vêtements, ils auraient toujours l’étiquette « malade » sur le dos. Mais un malade de digne. Qui pourrait sortir seul dans le couloir sans quémander un bout de scotch. Et sans courant d’air indiscret.
Pas une priorité pour l’hôpital
Non. C’est une évidence. Résoudre les problèmes de l’Hôpital et de la santé en général ne se fera pas en un jour.
Il y a des millions de combats à mener, des petits comme des plus grands.
D’essentiels, des secondaires. Il faudra bien comme le dit si bien Biche ma consoeur, commencer un jour par l’un des nœuds du problème. Si petit soit-il tant qu’il permet d’avancer.
Pourtant, ce n’est pas une lutte futile.
Je défends l’hôpital public parce qu’à mon goût, la santé ne devrait pas être régie principalement par des considérations financières. Dans le monde naïf et optimiste où je me complais, où je m’efforce de travailler, la qualité serait l’objectif premier.
Mais entre un hôpital A et un hôpital B qui vont tous les deux remplir l’objectif initial, à savoir, traiter votre problème, lequel conseillerez-vous à vos proches ? Sur quels critères allez-vous vous baser ? 
Et bien je crois que les patients en général, choisissent sur de tous petits détails. Ces moments où ils ont senti qu’en plus de les guérir, on s’est soucié d’eux. Que même s’ils n’étaient pas tant gênés, quelqu’un a eu la prévenance de les couvrir et que ce geste humain, fait du bien au milieu de tant de technique. Que quelqu’un a vraiment cherché à savoir si oui ou non ils tiennent le coup et a pris du temps pour écouter. Simplement. Même si, sous la pression, aujourd’hui, beaucoup de soignants n’ont plus ce temps.
Parfois, les patients retiendront simplement l’hôpital où la nourriture était mangeable, rien que ça. C’est aussi un petit combat, le bien manger à l’hôpital. Parce que ça aiderai les patients que qui essaient d’avancer, d’avoir autre chose que des yaourts et de la compote dans le ventre, le reste étant bien souvent immangeable. Parce que ça aide aussi à reprendre le contrôle de prendre du plaisir simplement à manger, sans avoir à se forcer. 
Pour bien prendre soin des gens, il faut du temps, il faut l’envie. Moi je l’ai ce temps, alors c’est plus facile d’avoir l’envie. Pour que ça change à une grande échelle, pour prendre soin des gens, il faut d’abord et avant tout prendre soin des personnels.  Soigner leurs conditions de travail. Leur donner le temps et l’épanouissement dans leur travail pour que l’humain ait le temps de reprendre le dessus. Ça, c’est un chantier monstrueux, que je laisse volontiers à Madame la ministre.
On veut redorer le blason de l’hôpital public ? On veut recréer de l’activité ?
Commençons par prendre soin de nos patients dans la mesure de nos possibles.
Le changement de blouse est un premier pas dans ce sens. Oui, on se soucie aussi de votre bien-être. Parce guérir ou accepter la maladie, c’est plus facile quand on se sent bien. Ou au moins un peu moins mal. 

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Marie-Rose

Marie-Rose a 16 ans. Seize années sur un fil. Très fragile ce putain de fil. Ses deux parents et frères et sœurs ont été tués sous ses yeux, dans un massacre organisé dans leur village. Elle avait neuf ans. Depuis elle vit avec sa grand-mère, sa VieilleMaman comme on dit au PaysDesRêves, dans un coin […] Continuer la lecture

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Zoo

Faire des photos d’animaux sauvages n’est p […] Continuer la lecture

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Le Docteur Ventouse et le mail

Ces chroniques ont été écrites entre 2000 et 2004 pour une revue médicale maintenant disparue. Il m’avait été demandé de faire des articles sur l’informatique médicale du généraliste. Après une dure journée de labeur, le Docteur Ventouse rentre de ses visites et se dirige vers son domicile. C’est l’espoir du soir : revoir ses enfants, […] Continuer la lecture

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Comprendre les mesures de protection juridique des personnes: sauvegarde de justice, tutelle, curatelle…

C’est ICI sur service-public.fr à noter que « Pour être valable, toute demande auprès du juge d’ouverture d’une mesure de sauvegarde de justice, de curatelle ou de tutelle doit être obligatoirement […] Continuer la lecture

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SOINS DE BOUCHE en soins palliatifs

1-Mémo édité par l’ASPAN(Accompagnement et Soins Palliatifs Alsace Nord) en 2009 2/Les différents documents relatifs aux soins de bouches édités par l’ASPAN (livret patient, document complet, mémo) ICI 3/plaquette éditée […] Continuer la lecture

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Le cordonnier aussi s’enrhume.

Je m’occupe de Léa depuis le désir de grossesse de ses parents. Je ne me souviens pas qu’il y ait eu de soucis particuliers pendant cette première étape intra-utérine, c’était  un bébé très attendu. Elle a franchi la ligne d’arrivée à temps et en parfaite santé. Ses tous premiers mois furent exemplaires, mis à part […] Continuer la lecture

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recommandations canicule

Recommandations canicules sur santé.gouv Page d’accueil Les Outils de communication Les recommandations par population Pour le grand public/populations spécifiques/professionnels de santé avec notamment: prise en charge du patient âgé à […] Continuer la lecture

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De l’eau et des larmes

 

Tu entres dans la salle de bains, tu enlèves tes vêtements. Tu te regardes dans la glace, tu as l’air si fatiguée.  

Tu cherches à te rappeler. Combien tu en as vu ce matin? Vingt-quatre. Déjà, comment t’as réussi à en voir vingt-quatre? Mystère… D’accord, t’as commencé tôt
et mangé très tard. Mais quand même vingt-quatre. D’accord, il y a eu quelques certificats de sport et quelques prises de sang. C’est sûr que ça prend pas des heures. Mais t’en as hospitalisé
deux. Et t’as appelé un spécialiste. Vingt-quatre, sérieusement? Dans ces cas-là, tu ne fais pas du bon travail. Tu classes vite dans ta tête : grave et urgent / pas grave et pas urgent. Et si
pas grave on reverra. Sinon comment faire? Ils racontent tous à la secrétaire qu’ils vont mal et que ça ne peut pas attendre. Et finalement, c’est rarement vrai.

Tu ouvres la porte de la douche puis le robinet. L’eau commence à couler, tu mets ta main sous le jet, elle est froide, ça fait du
bien, il fait si chaud. Quand elle est suffisamment tiède, tu entres. Tu sens l’eau ruisseler dans tes cheveux, le long de ton cou, de ton dos, sur tes fesses. C’est si
agréable.
 

Tu ne sais même plus ce que tu as mangé. Ah si, Associé t’a apporté une salade. C’était tellement gentil. Justement ce matin, t’étais partie sans pique-nique de
la maison. Première fois que tu te trompes dans l’heure du réveil matinal. Associé a un sixième sens. Et il sait que t’es un peu goinfre.

Tu verses un peu de shampooing dans le creux de ta main et tu l’étales dans tes cheveux. De semaine en semaine, c’est de plus en plus
difficile, ils sont de plus en plus longs.
 Tu masses doucement. 
Tu fermes les yeux, ça sent la
papaye. 

Cette pile de paperasses à remplir. Ces courriers à lire. Toutes ces mauvaises nouvelles, tous ces gens à convoquer. Toutes ces explications à donner. Sur des
maladies à la con. Graves. Ces deux cancers à annoncer demain. Pas envie, non, vraiment pas envie mais c’est à toi de le faire. Ces demandes d’ALD à remplir pour eux.

Tu penches la tête en avant pour étirer le cou, tu as tellement mal. Tu masses tes trapèzes avec tes mains. C’est raide, et sensible. Tes jambes sont lourdes. Tes
larmes coulent.

Tu es montée dans la voiture. En pilote automatique. Tu t’es assise chez Bernadette, tu l’as écoutée, les mêmes histoires que d’habitude, la même angoisse. T’es
allé voir Georges qui ne se sentait pas bien, mais mieux finalement. T’es passée à l’EHPAD, t’as appelé le DrBiologiste parce que quand même ils sont bizarres tous ces résultats. T’as hâte
d’avoir les nouveaux prélèvements réalisés sur ses conseils. T’es allée en urgence voir Georgette pour une douleur apparue brutalement. T’as plus de recul maintenant, tu la connais. Tu penses
avoir mieux géré que d’autres fois. T’as vu Marthe, rentrée de l’hôpital, t’avais hésité à l’y envoyer, tu ne regrettes pas aujourd’hui.

Quand tu rouvres les yeux, la mousse qui s’écoule le long de ton corps est rosée. Tu rinces tes
cheveux. Tu prends un peu de pâte rouge et tu l’étales rapidement, pour vite laver tes mains au savon. Elles restent toujours un peu rouges après. Tu laisses poser. 
Tu attrapes le
savon, ou plutôt ce qu’il en reste et tu frottes partout, comme si ça pouvait enlever ce qu’il y a dans ta tête. Tes larmes se mélangent avec l’eau et s’en vont. Tu penches la tête en arrière,
l’eau qui s’accumule dans le bac est rouge, un peu comme du sang. 

En repassant au cabinet, tu as appelé ceux dont les résultat d’anticoagulation étaient mauvais. T’as regardé la pile de feuilles confirmant les tiers payants
réalisés par la sécu. Et tu l’as délicatement replacée sous le bureau. A vérifier un autre jour… Tu étais déjà en retard pour ce soir.

Tu coupes l’eau, tu attrapes la serviette, rouge elle aussi, décidément.

Tu te regardes à nouveau dans le miroir. Tu sembles toujours aussi lasse. Les doutes du jour et l’appréhension de la journée de demain ne sont pas partis dans les
canalisations, eux.


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La ceinture

Il a la cinquantaine, une paire de rangers et un treillis. Je le vois souvent.

Il a une grosse meute.

C’est un chasseur de sanglier.

Il est assis, presque effondré, devant mon bureau. La tête dans ses mains, il ne me montre pas ses yeux.

Il mange ses mots. Il s’étouffe.

Son chien est sur ma table. Il est mort.

« Vous savez, vous savez, ce chien… Ce chien je l’avais recueilli, il avait juste débarqué chez moi. Et je l’ai gardé.
Et…
Et ce chien c’était…
Et vous savez, ce chien, un jour, j’ai enlevé ma ceinture.
J’ai enlevé ma ceinture, j’ai enlevé ma ceinture, comme ça, et vous savez, il me faisait toujours la fête, il était…
Et là il a hurlé, et il s’est caché sous la table.
Et vous savez…

Et putain vous savez, j’en chiale encore. »

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Examens sytématiques et dépistage en pédiatrie

1-Guide méthodologique : protocole d’examens sytématiques des enfants de 9, 24 et 36 mois Suite et grâce au billet de Docteur Milie : « Un peu de médecine pour une fois »  […] Continuer la lecture

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Une vingtaine de CHU français ont perdu leur triple A…

En 2009, pour financer leur projet à long terme,  une vingtaine de centres hospitaliers universitaires français ont réalisé des emprunts sur les marchés financiers donc  directement auprès des investisseurs comme le font régulièrement les e… Continuer la lecture

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Comment le lobby du pétrole subventionne des medias français, et comment ils s’y engluent honteusement

paysage médiatique


Acte 1
« Comment le lobby du tabac a subventionnée des labos français » tel était le titre d’un dossier du Monde du 1er juin 2012.
Dossier qui révélait les liens passés des chercheurs sur le tabagisme en France avec les cigarettiers. C’est dans ce dossier que le Monde relevait l’inexactitude de la déclaration d’intérêts du professeur Molimard sur le site du Formindep. Sur le site du Formindep le Professeur Molimard s’en expliquait, et le Formindep en tirait les leçons : voir et là. On jugera de la dignité de la réaction de l’un et de l’autre.
Acte 2
Quelques jours plus tard, le 22 juin sur France Inter à l’émission la Tête au Carré, Stéphane Foucart, un des journalistes du Monde auteur de ce dossier, attaquait publiquement le Formindep en mettant en doute la crédibilité de ses informations à partir de cette affaire de la déclaration d’intérêts de Robert Molimard.
Acte 3
Le 26 juillet, le site Arrêt Sur Images publie une enquête  révélant que Jean-Michel Bezat, journaliste au Monde, qui avait publié la veille un reportage favorable à l’exploitation du gaz de schiste intitulé : « Bienvenue à Fort Worth, Texas, la capitale du gaz de schiste », avait bénéficié pour ce reportage d’un voyage de presse financé par Total. Sans compter l’éditorial du Monde du même jour intitulé : « n’enterrons pas le débat sur le gaz de schiste« …
Au Total (si j’ose dire) :
 – Je n’ai trouvé sur le site du Monde aucune déclaration de liens d’intérêts du journaliste Bezat auteur de la quasi publi-rédaction révélée par Arrêt sur Images. Aucune déclaration d’intérêts, même pas fausse,  inexacte, ou partielle. Aucune. Pas davantage d’ailleurs des autres journalistes du Monde, ni de la presse en général. Dans « des » medias français, comme en médecine, la confiance repose sur l’opacité.
Rappelons quand même que si les conflits d’intérêts de Robert Molimard avec les cigarettiers remontent à plus de 15 ans, ceux de Bezat avec les pétroliers datent de juillet 2012. 
Le Formindep publie les déclarations d’intérêts de ses auteurs et reconnaît ses erreurs. Le Monde lui cache les conflits d’intérêts de ses journalistes.
– Suite à la révélation d’arrêt sur Images, je n’ai trouvé de la part du Monde ou du journaliste gazéifié par Total, aucune déclaration pour s’expliquer, s’excuser, proposer sa démission, remettre en question la gestion des conflits d’intérêts, ou plutôt leur absence de gestion des conflits d’intérêts. Rien. Nib. Que dalle. Le Formindep lui tire les leçons.
– Stéphane Foucart, journaliste déjà nommé, ne s’est répandu dans aucun media, radio, télévision, Internet, pour remettre en question la crédibilité des infos du Monde. Pas plus lui d’ailleurs qu’aucun autre journaliste de la médiasphère. Pas plus de remise en question que de gaz de schiste au fond de mon slip après un copieux cassoulet.
Par contre le lendemain de la quasi publicité rédactionnelle de son confrère, il tentait lamentablement de ramer à contre-courant en publiant un article révélant (sans rire) les liens d’intérêts d’un rapport US favorable aux gaz de schiste : « aux Etats-Unis, un rapport douteux sur les gaz de schiste » s’intitulait l’article. Par contre, pas vu l’article intitulé : « au Monde, un reportage douteux sur les gaz de schiste« . S’agirait pas de cracher dans la cuve à fuel quand même. Reste à savoir si l’éthique, la honte et le ridicule se dissolvent dans l’huile de goudron.
journaliste en plein conflits d’intérêts
Im(moralité)
Le Monde, mais pas que le Monde car en règle générale les journalistes français n’ont hélas rien à envier aux médecins en matière de soumission aux lobbies et de corruption, continue à utiliser avec brio les outils traditionnels de la presse française pour gérer ses conflits d’intérêts : opacité, copinage, hypocrisie, silence, tentatives d’enfumage, dénigrement public des rares acteurs de l’indépendance de l’information, etc. 
Rien de tel en effet que les bons vieux instruments de la manipulation de l’information ayant fait leur preuve et amoureusement peaufinés au fil du temps et de l’histoire. 

Ce vieux monde, celui du siècle dernier,  pue vraiment trop. Vivement le nouveau, celui d’une information transparente et humble.

PS : Mieux vaut lire en effet les infos scientifiques du Formindep que du Monde, en particulier l’extraordinaire lettre de Robert Molimard à la HAS, pour réclamer une expertise indépendante lors de la réévaluation de la reco sur l’aide à l’arrêt du tabagisme : Le mythe de l’addiction à la nicotine.
Un document de formation que tout prescripteur, vendeur et utilisateur de patch nicotinique devrait lire.

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Publié dans conflits d'intérêts, déontologie, désinformation, formindep, le Monde, Robert Molimard, Stéphane Foucart | Commentaires fermés sur Comment le lobby du pétrole subventionne des medias français, et comment ils s’y engluent honteusement

Civières, bouclettes et caniveaux

Parfois, c’est troublant comme certaines situations frustrantes peuvent finalement trouver un dénouement inespéré. Même avec une vie spirituelle en grêve illimitée, j’y verrais presque un miracle. Par nature, mon activité est imprévisible. Et je peux invoquer tous les grands dieux de l’obstétrique ou des causes difficiles, ça a finalement un impact nul sur l’arrivée dans […] Continuer la lecture

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Jouez au médecin généraliste !

Test pour les vacances : jouez au médecin généraliste qui remplit des formulaires et chronométrez vous ! Le concours est ouvert.


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Présumé coupable

Il fait chaud. La journée tend mollement jusqu’à sa fin qui arrive inexorablement vers dix-huit heures sous ces latitudes. Il fait lourd.  C’est bientôt la saison sèche, mais pas encore tout à fait. Alors il pleut quand même un peu tous les jours. Tous les jours à la même heure. Bientôt…. Continuer la lecture

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modalités d’admission des personnes accueillies dans les établissements publics de santé : code de la santé publique

  Consulter directement sur Légifrance les articles R1112-11 à R1112-23 Reproduction du texte en vigueur au 01/08/2012 ci dessous: Chemin : Code de la santé publique Version à venir au […] Continuer la lecture

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Et mon cul, c’est du poulet.

Il protesta : « Un seul vœu ? Mais d’habitude c’est trois ; ça a toujours été trois vœux !  » « Oui, mais y a eu réduction de budget » , dit le Génie. L’homme se pinça le menton, réfléchit quelques minutes et dit : « Alors, je voudrais la paix et le bonheur pour tous les êtres […] Continuer la lecture

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Pour des chemises d’hôpital respectant la pudeur et la dignité des patients (Striptease 2)

Il y a longtemps (quand je ne savais pas me servir de Photoshop), j’avais fait cette note intitulée « Striptease ».
On avait bien parlé d’une pétition, pourquoi pas, tout ça, et puis c’était tombé dans l’oubli.
Et puis Lea MK a fait cette note.
Ca a enflé sur Twitter, et Farfadoc a lancé une pétition.
Vous pouvez la signer ici
Moi aussi parmi d’autres je suis passée à l’hôpital comme patiente. Moi aussi on m’avait fait enfiler cette blouse-ouverte-aux-fesses alors que je n’y allais que pour des examens ne nécessitant en aucune façon que tout l’hosto voie mon postérieur. J’ai exagéré mon dessin : j’avais décrété que je garderais mon pantalon un point c’est tout. Rien que le fait que j’aie du râler est anormal.
Relayez, signez. 
C’est pas gravissime, ce ne sont que deux boutons qui manquent, mais quand on est hospitalisé, c’est le genre de détail qui arrange pas les choses.
Ca pourrait tous vous arriver.

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Stratégie de dépistage précoce des mélanomes

1-Quelques données a-Le diagnostic précoce est essentiel en terme de survie : 95% de survie à 5 ans pour 1 stade T1  avec une faible épaisseur (indice de Breslow)non ulcéré […] Continuer la lecture

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