Archives mensuelles : mai 2012

Volontaire

T’es bizarre, toi.
Tu veux une rachianesthésie pour une grossesse arrêtée à cureter de 10 semaines, c’est pas franchement banal.
Oh moi je m’en fous tu sais, c’est même plus simple à penser qu’une anesthésie générale. Mais c’est pour toi que j’insiste, vraiment. Pour la… Continuer la lecture

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Poulette

« Arrête, arrête, mais continue encore, je veux sentir, le souffle de la mort… »   Baba love, Arthur H Je le vois bien quand il entre, qu’il a une sale mine. Il marche lentement, un peu courbé, son teint est gris, son visage émacié, il a l’air fatigué. Je ne sais pas encore pourquoi il […] Continuer la lecture

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Naissance

Vêlage

Un grand, grand merci à la photographe.

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Thèse 12

Voici l’avant dernier épisode de la saison 1 des aventures de Georges Zafran.

Nous sommes le surlendemain de ma course de fous. Je ne peux pas marcher, ou alors en canard avec les genoux raides, d’une part parce que j’ai une rotule HS et d’autre part parce que j’ai la peau du scrotum à vif. En plus, il faut que je me tienne un peu courbé pour pas que mes croutes de tétons ne frottent contre mon Continuer la lecture

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Cherche pas, elle est psy. La suite

Évidemment, on ne gagne pas à tous les coups.

Dans cette histoire, l’examen est un bonus. Il n’arrange ni moi ni la patiente. Je refuse de recevoir les honneurs pour avoir hypothétiquement résolu la situation. Je n’estime pas avoir gagné. Parce que ce n’est pas le cas. Parce qu’avant que le couperet ne tombe, il n’y avait pas de problème à résoudre. C’était la deuxième patiente de ma carrière avec ce type de fracture. Je n’avais aucun recul et une base d’apprentissage extrêmement maigre. J’avais accepté la douleur de Marina comme liée à la fracture connue. J’ai causé au chirurgien dans l’unique but de savoir si à l’avenir, je devais accepter de voir des patients semblables souffrir ainsi parce que c’est normal avec un gros os en miettes ou finalement pas tant que ça. J’ai juste égoistement voulu savoir si l’échec de la rééducation était inhérent à un fait indépendant de ma volonté ou s’il fallait que je me remette un peu plus en question. Et finalement, effectivement, la prise en charge a pu être adaptée avant que la situation ne s’aggrave.

Que l’examen ait été réalisé ou non, qu’il soit revenu positif ou non, je ne comprend pas la négation de la douleur de cette patiente au cas plutôt simple, sans antécédents psy avec une pathologie à priori purement orthopédique. La patiente a été cataloguée « psy » parce qu’elle s’inquiétait de savoir si une telle douleur était normale, parce qu’on a considéré à son âge, elle aurait du être plus résistante, moins plaintive.

Mais on ne gagne pas à tous les coups.

Le psy c’est insidieux.

La colopathie, j’ai connu, j’ai vécu. A cette époque la coloscopie j’en aurai presque rêvé. L’hypochondrie c’est ma copine, je rêve d’un check-up complet pour vérifier je ne vais pas mourir dans l’année d’un vilain cancer bien caché, celui où l’on se dit toujours « et si j’avais consulté plus tôt même si j’avais rien ». Je SUIS une patiente psy, j’accepte qu’on me traite comme tel et je remercie de tout cœur ma médecin généraliste de ne pas me foutre à la porte. Je la maudis quand je ne me sens pas assez écoutée et je suis reconnaissante quand le coup de stress est passé parce qu’elle a su me tenir tête et qu’encore une fois, elle a eu raison. Elle me recardre. En ne me cédant pas ou pas toujours, elle m’énerve, je l’énerve mais j’avance.

Je ne souhaite pas parler de ces situations là parce qu’elles sont complexes, uniques et extrêmement difficiles à démêler. Parce que quand on s’est donné les moyens, qu’on pense avoir fait son maximum mais qu’on n’a toujours rien à se mettre sous la dent, la part psy peut expliquer une partie du problème et doit être évoquée. 

Et dans un cas comme celui-ci, j’aurai probablement rejoint à tord ou à raison l’avis général.

Dans le cas de Marina, j’ai osé juger que c’était trop simple, trop mécanique pour être psy. J’aurai pu être complètement à côté de la plaque et je le serais probablement souvent dans ma carrière. Parce qu’encore une fois, ce n’est pas si simple.

En Médecine, c’est en se posant des questions qu’on avance.

Respecter le patient, respecter ses plaintes et écouter pour pouvoir comprendre, démêler ces nœuds parfois inextricables, c’est le plus difficile à faire dans ce milieu. Parce qu’il faut faire un effort, prendre sur soi, accepter de se remettre en cause, accepter d’être faillible, de ne pas savoir.

Je ne savais pas vraiment ce qu’était un patient le jour de mon diplôme.

A l’école, j’ai appris à soigner mais je n’ai pas appris à écouter.

Et comme on est nombreux dans ce cas, trop souvent, ça coince.

Et ça coincera encore.

Mais je me soigne.

Pensées pour ma Biche qui, pendant ce temps là, souffrait aussi de cette incompréhension mutuelle patient-soignant qui l’explique très bien dans cet article, attention ça fait mal au coeur.

Un grand merci à tous pour avoir fait vivre le précédent article. 

Je suis vraiment touchée. 

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Un étonnant journal médical québécois

Une publication professionnelle québécoise montre qu’il reste possible de conjuguer la présence de publicités et un rédactionnel de qualité. Cette coexistence inhabituelle repose sur les hommes ou les femmes et non sur les structures. J’ai été contacté en mars 2012 par une journaliste québécoise, Fabienne Papin, qui réalisait un dossier sur les conflits d’intérêts et les médecins. Je ne connaissais pas son journal « L’Actualité Médicale », bimensuel professionnel (…)


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Les USA rejettent définitivement le dépistage du cancer de la prostate par dosage des PSA

Le dépistage du cancer de la prostate est un sujet très polémique. Il est fortement encouragé par les urologues et les radiothérapeutes. L’US Preventive Service Task Force vient de rendre un avis définitif et négatif à son sujet, après 6 mois de débat contradictoire.


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Tiens, si on se donnait rendez-vous…

2 novembre 2000 Je grimpe dans ma 306, première voiture achetée avec mes propres sous. Je l’ai depuis une semaine à peine, peinture vert anglais, j’en suis très fier. Sauf que ce matin là, il est 7h, je prends la route pour rejoindre un hôpital à 100km de là, pour entamer mon premier stage d’interne. […] Continuer la lecture

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Cherche pas, elle est psy

Marina a 18 ans. Elle pose sur moi un regard timide, interrogateur et plein d’appréhension. Hier, elle ne se souvient pas bien des détails, mais c’est sur, c’était hier. La voiture de devant qui s’arrête brutalement, les mains de son frère sur le volant, le virage brutal, le bruit assourdissant, le paysage qui se met à tourner autour d’elle et la douleur, fulgurante, qui lui étreint les hanches avec une violence qui lui coupe le souffle. Le bassin. Double trait de fracture.

On ne plâtre pas un bassin. Quand la fracture est simple, il n’y a rien à faire. Se calquer sur le rythme de la douleur, l’esquiver en diminuant ses activités, l’atténuer avec des antalgiques adaptés et attendre. Attendre…

Marina n’a pas trop le moral quand j’arrive. Il y a de la lassitude dans ses yeux. Une nouvelle tête, encore, ce lit et ce corps contusionné qui l’emprisonnent, les mains d’autres qui se posent sur elle pour la laver, lui tendre un bassin, autant de supplices quotidien qui minent la jeune fille timide et introvertie.  

Après 48 heures couchée, Marina est autorisée à se lever et j’interviens pour l’accompagner et faciliter au mieux cette première tentative. Mais Marina hurle de douleur. Elle a senti l’os bouger, elle est à peine assise dans le lit qu’elle se sent mal. Je la recouche, je la rassure. Je vais chercher une collègue. A deux, c’est plus simple et le transfert se fait pratiquement en passif. Marina souffle très fort pour contenir la douleur. Ses yeux se remplissent de larmes qu’elle chasse d’un battement de cils rageur. Je pense que c’est trop. Trop tôt. C’est trop lui demander. Malgré la morphine, la douleur est encore trop présente.  Mais ma collègue insiste. Marina va faire un quart de tour, orteil par orteil en gémissant quand la douleur se fait plus violente. Il nous aura fallu une bonne demi-heure mais Marina s’est levée et est assise au fauteuil.

Je suis émue, c’était loin d’être gagné. Je n’y croyais pas. J’aime quand ils me font mentir ainsi. En sortant, ma collègue lève les yeux au ciel. Elle me fait comprendre qu’elle trouve cette patiente douillette, qu’il ne faut pas que je me fasse avoir et que je reste ferme avec elle si je veux faire du bon boulot. Les mots me manquent. Je ne comprend pas. Ses paroles me choquent. Je n’ai rien vu.

Enfin si. Moi ce que j’ai vu c’est une jeune fille courageuse. Qui a serré les dents pour contenir sa douleur. J’ai vu ses yeux se mouiller, je l’ai vu inspirer profondément, rejeter la tête en arrière, serrer les doigts sur les poignées du déambulateur et faire un pas. Suis-je donc si naïve ?

Je suis mal à l’aise. La faille de perception vient-elle vraiment de moi ? Oui, je suis jeune, j’ai une expérience très limitée, est-ce qu’en plus je serais incapable d’appréhender la douleur de l’autre ?

  
Je décide de travailler seule avec elle. L’intervention d’une tierce personne dans la relation soignant-soigné avec Marina me perturbe et m’empêche de construire un projet de soin solide. Avec mon aide, elle tente quelques pas. Chaque mouvement lui arrache un cri de douleur. Elle serre plus fort les dents. Elle s’effondre dans mes bras au troisième pas. Alors on négocie avec la douleur. On esquive. « La marche, pas tout de suite. On va déjà essayer de trouver des solutions, pour vous asseoir plus facilement, vous lever seule… ». Je passe deux fois par jour. Mais ça coince. La douleur est toujours là. Violente. Invalidante. Je ne comprends pas.

Et en même temps, c’est ma première fracture de bassin. Expérience zéro. Cours zéro. Vagues souvenirs de P1. Et les convictions de mes collègues kiné-IDE-AS qui pratiquent depuis plus longtemps que moi pour qui tout semble suivre son cours. Un bien long cours je trouve, pour une jeune fille de 18 ans qui après trois semaines d’acharnement est toujours incapable de se lever seule sans hurler de douleur.

En transmission quelques jours plus tard, j’aborde les difficultés de Marina à se déplacer. J’ai besoin de savoir comment ça se passe avec l’équipe. Envie de leur parler de ses rares progrès, les stratégies qu’on a trouvé pour lui permettre de moins souffrir.

« De toute façon, elle est bizarre cette fille, elle doit être psy, tu la verrais se traîner pour bouger et faire son cinéma là comme ça  aaaiiieeeuh » singe une infirmière avec un rire gras.

Faille spatio-temporelle. Non. Ce n’est pas possible. J’ai du mal entendre. Y a un neurone dans ma tête qui décompense. Je bosse depuis plus d’un an avec cette équipe. Plusieurs hochent la tête en riant. D’autres soupirent. « La charge de travail est suffisamment importante en ce moment, ces patients chouineurs, ils demandent trop de temps, c’est pénible ».

Je regarde autour de moi. Blouses blanches, badges, sparadrah, ciseaux et huile de soin dans les poches. On est bien à l’hôpital. Soigner les malades les plus graves. Ou pas. Mais qu’est-ce que je fous là ?

Cette infirmière me donne l’impression d’être une sombre idiote. Ils ont mal et tu oses les croire ? Pauvre fille que tu es. Je suis vraiment has been en fait. Tout le monde ment. Tout le monde simule. Et toi tu marches. Bourrique.

Oui, certains mentent. Certains simulent. Une douleur, un essoufflement, une fatigue inventés pour masquer la lassitude de l’exercice physique quotidien…

Quand un patient me dit qu’il a mal, je le crois. Je sais que certains exagèrent, je sais que certains me testent. Je sais que certaines douleurs n’ont pas d’origine physique, qu’il faut creuser ailleurs, que la douleur psychiatrique est une plaie à soigner. Et si je commence à les traiter tous comme des enfants menteurs, je trahirais le cœur de ce que j’aime dans ce métier…
 « Elle est psy, je te dis ». 

Et je ne sais plus où me mettre. 

J’en ai parlé à d’autres, aux collègues qui ont déjà croisé des cas similaires. J’ai scruté la radio, en long, en large, en travers. On m’a dit qu’il y avait peut-être autre chose à creuser, un truc qui ne se verrait pas à la radio. J’ai timidement – et pas seule – demandé son avis au chirurgien, en lui expliquant les difficultés de Marina à progresser. Il a prescrit un examen supplémentaire. 

Il y avait un troisième trait de fracture invisible à la radio. Plus grave.

Marina est consigné au lit. Elle m’a quand même dit merci. J’ai remercié ma collègue. Ce n’était pas psy.

Mais peut-être que ça le sera la prochaine fois parce …

« Mouais. Elle fait quand même beaucoup de cinéma cette fille ».

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Une course de fous

J’arrive sur mon ile tropicale avec 2 objectifs bien précis : engloutir des kilomètres dans une course de tarés et finir la rédaction de ma thèse. Ce deuxième point sera l’objet du prochain billet. Nous sommes en octobre et je dois rendre ma thèse dans 15 jours et moi, je prends l’avion pour aller suicider mes pieds dans la course la plus longue que j’ai jamais fait de ma vie. Super logique.

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CONCORDANCE DES TEMPS

« Le temps tue le temps comme il peut » G.Brassens, Saturne Une seconde c’est le temps d’un battement de cœur tranquille, au repos. Ça fait soixante battements par minute, « comme une horloge » je dis à mes patients. J’ai l’impression que ça les rassure, cette régularité paisible, que ça leur donne un sentiment d’immuabilité. Ça me rassure […] Continuer la lecture

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Lettre au nouveau Président de la République et aux futurs élus de l’Assemblée

Monsieur le Président, chers candidats,
C’est avec émotion que je m’adresse à vous, avec émotion et espoir, l’espoir du professionnel et du citoyen qui a assisté impuissant dans le dernier quinquennat à la déconstruction du plus bel outil façonné patiemment depuis des décennies dans la Résistance par la psychiatrie française : la psychiatrie de secteur.
L’émotion est celle d’un citoyen espérant pouvoir enfin redevenir fier de son pays et de la façon dont il (…)


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Histoire de la maladie

C‘est mon père qui m’a transmis l’amour des patates. Avec lui je les ai d’abord mangées, à toutes les sauces, puis plantées, observées en train de pousser, récoltées et remangées, à d’autres sauces. Mon père est polonais, et il paraît que là-bas on en mange des tas. Je ne l’ai jamais vérifié, je ne suis jamais […] Continuer la lecture

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MODE DE VIE

-♀. -mariée avec un ♂. -3 filles parce que les spermatozoïdes du ♂ sont  classés X. -médecin généraliste (parce qu’elle aime bien les pantalons en velours côtelé) remplaçante (comme ça quand sa fille s’installera, elle en profitera peut-être) . -vit en milieu rural sinon elle meurt. -alimentation approximativement équilibrée avec 70% glucides, 15% protides, 15% […] Continuer la lecture

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ANTÉCÉDENTS

ATCD PERSONNELS MÉDICAUX -née à terme d’une grossesse non désirée ; a longtemps pensé être née pendant un accident de voiture avant de comprendre que la voiture n’avait rien à faire dans cette histoire d’accident. -GEA vers 4-5 mois, avec refus alimentaire et hydrique permettant de gagner définitivement l’amour paternel, ce dernier ayant été convaincu de […] Continuer la lecture

Publié dans allergie, Antécédents, appendicectomie, asthme, ATCD, avp, bipolaire, carie, chirurgie, dermographisme, enfance, familiaux, famille, fracture, gynéco-obstétrique, GYNECOLOGIE, HTA, hypercholestérolémie, intoxication, médicament, médicaux, mère, naissance, OBSERVATION, Ordonnance, père, pharmacie, psychisme, traitement, traumatisme | Commentaires fermés sur ANTÉCÉDENTS

Pourquoi les généralistes sont-ils autant maltraités en France ?

Si les médecins généralistes deviennent rares en France, c’est en partie à cause du sort que leur réserve notre système sanitaire. Mais d’où vient cet ostracisme, ce mépris pour une spécialité qui jouit pourtant d’une forte considération dans d’autres pays ? Je pense avoir trouvé un élément de réponse dans une revue professionnelle. Pendant près de deux siècles, la formation des médecins français est restée très élitiste. Le concours de l’internat permettait (…)


Avenir de la médecine générale

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Lettre ouverte à ma CPAM.

La permanence des soins est de plus en plus compliquée dans notre coin et en plus, la CPAM oublie de verser les indemnités d’astreinte.
Je me suis donc fendu d’une petite missive enjouée que je me réserve la possibilité d’envoyer prochainement.


« Ma chère petite CPAM


Tu n’es pas sans ignorer de savoir que le pouvoir politique vient de changer de main. Nous nous promenons donc maintenant en dansant, vers des lendemains qui chantent et sur des chemins jonchés de pétales de rose.
Pour preuve de ce changement profond de paradigme, j’ai décidé que nos rapports s’inscriraient désormais sous le signe de l’égalité et de la fraternité. (pour la liberté, ce n’est pas encore l’heure)
Tu connais la vilaine propension de ta soeur jumelle, l’URSSAF, à vouloir me prélever 10 % de majoration dès que j’ai un jour de retard dans le paiement des sommes que je lui dois. Elle est taquine ! 
Je vais donc faire de même avec les sommes que tu me dois. C’est normal. Cela constitue une mesure d’égalité de traitement entre toi et moi, et cela est nécessaire pour que nos rapports restent fraternels. 
Or, l’examen de mes comptes laisse apparaître qu’au 10 mai 2012, tu me dois toujours le paiement des astreintes des mois de février et de mars 2012, c’est-à-dire respectivement les sommes de 7×150 et 6×150 euro, soit 1950 euro. Tu comprendras peut-être que pour moi, c’est une somme conséquente qui me permet  par exemple de payer mes secrétaires, mais si tu ne le comprends pas, ce n’est pas grave. 
Tu n’ignores pas non plus que la convention médicale stipule bien que ce paiement doit intervenir dans le mois qui suit l’astreinte. 
Je vais donc te demander 10 % de majorations de retard, soit 195 euro de bonus que tu seras bien gentille d’ajouter aux 1950 euro déjà dus.
J’attends donc ton chèque de 2145 euro que tu enverras à l’adresse habituelle. Tu peux également payer par virement bancaire, mandat cash, ou par Paypal. (je n’accepte pas le paiement en nature, ma femme s’y oppose).
Tu remarqueras également que je ne te demande pas le paiement des innombrables impayés qui émaillent ma comptabilité (AT – CMU – Tiers Payant…) Je ne suis pas ratasse à ce point.
Et puis, c’est pour le principe, hein ?  je suis sûr que tu comprendras. 
Sinon, ici, il fait beau. Je m’amuse bien à la montagne. Hier j’ai mangé une raclette. Miam.
Au plaisir de te lire. 
Bisous. 


                                                              Ton Doc de Montagne qui t’aime




PS : Comment ? qu’apprends-je ? il paraîtrait que dans les couloirs des organismes sociaux, les médecins libéraux sont communément surnommés : « les cupides ». 
Cela me fait de la peine ! 
Pour te montrer que je ne suis point si cupide, je te fais grâce des 10 % de majoration, mais paye moi quand même ce qui m’est du, s’il te plait. Il faut rendre à César ce qui est à César, non ? 
Re-bisous. « 

Bon, je sais, c’est puéril. Mais moi, ça m’amuse, et j’en avais besoin ces derniers temps, alors tant pis.

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Inspirez, inspirez, inspirez….. bloquez!

Je pratique l’apnée quotidiennement et tout à fait  involontairement, retenant mon souffle à la moindre variation de température, au plus petit soupçon d’émotion, à chaque  discussion. Une bonne partie de ma vie se déroule ainsi en l’absence totale de ventilation efficace. Je devrais certainement envisager de tester mes capacités en milieu aquatique, avant que cette […] Continuer la lecture

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ORDONNANCE N°1

« Inspirez….Expirez….Inspirer….Expier….Inspirée….Exister….Inspirez…«  « Faire pratiquer par un Kivouvoulez, mais diplômé d’état, à domicile ou pas, tous les jours y compris week-end et jours fériés, plusieurs séances d’assistance respiratoire et expiatoire, afin d’améliorer conjointement les fonctions ventilatoires et la fluence cérébrale. » Posologie recommandée: 1 bouffée matin et soir Classé dans:OBSERVATION, Ordonnance Tagged: air, blog médecin, bouffée, expiration, inspiration, […] Continuer la lecture

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Dimanche

Aujourd’hui, c’est dimanche. Je suis d’astreinte : de garde, avec mon téléphone portable même aux toilettes, mais chez moi. Je suis d’astreinte en continu depuis deux jours, mon après-midi de repos précédente, c’était jeudi. La prochaine, mardi. Les journées ont été chargées. Les nuits, moins.

Il est 7h30, je suis dans mon lit, et mon téléphone sonne. Volume à fond, branle-bas de combat. Une voix de femme. Jeune.

– Service de garde.. bonjour ?
– Docteur c’est affreux mon cochon d’Inde a une tique, j’ai peur !
– Zgrmfl mais c’est pas grave, il suffit de l’enlever…
– Mais comment ??? Et puis, il y a les enfants !
– Pfff attendez je vais prendre votre téléphone, je vous rappellerai quand je serai à la clinique…

Suit une séance titubante pour trouver un stylo et un papier, noter le numéro.

– Merci docteur !

7h30. Là, c’est sûr, je suis réveillé maintenant. J’aurais pu l’envoyer chier. Même pas le réflexe. On ne me réveille jamais en semaine pour des conneries pareilles. C’est uniquement les dimanches et jours fériés.
Et moi j’envoie pas chier. Et tout à l’heure, quand je serai à la clinique pour gérer mes hospitalisés, je vais l’appeler pour enlever la tique de son cobaye. Lui montrer comment on fait, lui vendre un crochet à tiques, et même pas lui faire payer le tarif de garde. Mais quel con.

Foutre les chiens dehors, petit dej’, twitter, café. Je vais partir assez tôt à la clinique, j’ai des trucs très lourds dans mon chenil, pas que ce soit urgent mais là, tout seul chez moi, je stresse et tourne en rond. Je bouquine un chapitre de mon Ettinger, n’en retiens rien, prends mes clefs et ferme la porte. Je vais aller voter en vitesse, pas sûr que j’aurais le temps plus tard. Au bureau de vote, il y a quelques vieux du village et une assiette de crêpes. Je serre quelques mains en vitesse, engloutis une crêpe tendue par madame le maire, et file en montrant mon téléphone comme une excuse.

« Les urgences, tout ça. »

Il est 9h lorsque j’ouvre la porte de la clinique. Le chien qui devrait être mort depuis trois jours va bien. Très bien. Le téléphone sonne, un chien qui refuse de manger, pas joyeux, pas en forme. Alerte piro. Ce n’est peut-être pas ça, mais on ne va pas prendre de risques. En attendant qu’il arrive, j’appelle la propriétaire du cobaye, et administre ses traitement à mon hospitalisé lourd. Le chat opéré hier soir va très bien, pas d’inquiétude, il ronronne peinard dans sa cage avec ses morphiniques, sa litière, sa gamelle et son coussin. N’a pas touché à sa perf’, comme souvent les chats. Je lui fous la paix. Il est apaisant.

Le propriétaire du jeune chien pas en forme arrive vite, pas le temps de promener le chien hospitalisé. On verra après. Un jeune lab’, qui remue à peine la queue alors que d’habitude, rien ne le démonte. Son maître a eu raison de me l’amener. Il n’a pas de fièvre, l’examen clinique est normal, le frottis piro négatif, il n’est même pas franchement malade, mais il y a un truc.

Il a mal, forcément. Le ventre est souple mais il me regarde d’un air accusateur lorsque je le palpe.

« Il a tendance à manger des conneries, ce loulou ?
– Heu, non, ça lui a passé depuis quelques mois déjà. »

J’enfile un gant, que je fais claquer comme dans les séries. Un doigt dans le rectum, des fragments durs, des gouttes de sang. Qu’est-ce qu’il a mangé ce con de chien ?

Des morceaux de bois.

Antalgiques, antibiotiques en couverture, paraffine, on revoit demain si ça ne va pas mieux : m’étonnerait qu’il faille lui ouvrir le ventre, à celui-là.

Pendant la consultation, la dame au cobaye est arrivé. J’ai enlevé la tique avec le petit crochet qui va bien, je lui ai montré comment faire. Quatre euros cinquante, le prix du réveil le dimanche, le prix pour être rassurée même si ce n’était rien du tout. Je trouve ça très con, et je ne vois pas comment faire autrement, là. Je renvoie la dame chez elle avec son cochon d’Inde. Il n’y a pas à dire, je sauve des vies. Je me dis que je comprends les généralistes qui n’assurent plus leurs gardes, vu que de toute façon les vraies urgences filent aux urgences, et qu’il ne reste que ce genre de conneries.

Il est 11h00, et le voisin arrive avec son chien. C’était prévu depuis hier. Ce papy setter s’est descendu une bassine de gras l’avant-veille, et ça a du mal à passer. Je préfère jeter un œil, même si les choses semblaient se dérouler normalement, hier. Il nous a déjà fait une hépatite, une pancréatite, une prostatite, une uvéite, manquerait plus qu’il nous refasse un joyeux mélange de tout ça sur son indigestion carabinée. Pas de selles depuis la veille, mais plus de vomissements non plus. Je fais une radio, histoire de vérifier l’absence d’image d’iléus. RAS en dehors de son arthrose et des plombs qu’il a pris il y a des années. Je remets des antalgiques, on verra demain.

Je promène le chien hospitalisé, renseigne un quidam qui a trouvé un chien, pucé heureusement, renvoyé dans ses pénates immédiatement. Ça aussi c’est du service public : je ne facture jamais rien pour ce genre de trucs, sauf si je garde le chien le temps que le maître puisse le récupérer…

Enfin, il est midi et j’ai fini mes urgences. Je vérifie mes perf’, fais le tour de la clinique, ferme la porte.

Devant la mairie, les gens sont attroupés au soleil. Il y a la queue entre la boulangerie, le tabac et la mairie. Mais ici, ils n’ont pas de crêpes.

Deux heures moins dix, j’ai eu le temps de manger, cette fois. Le téléphone sonne à nouveau.

Un vêlage. A l’autre bout de la clientèle. Je choppe une chupa au passage, en guise de dessert. Pastèque, ma préférée.

Vingt minutes de route, je fais un détour par la clinique pour attraper l’embryotome, au cas où.

Le téléphone sonne, sur la route. Un chien qui s’est arraché une griffe. Il a mal, forcément, mais ce n’est pas grave. Je donne quelques conseils à la dame, qui voudrait quand même me le montrer. Je lui explique que je pars sur une grosse urgence, que j’en ai peut-être pour une heure ou deux. Je la rappellerai.

La petite étable est ouverte aux quatre vents. Il fait un froid glacial malgré le soleil, mais ma chasuble de vêlage coupe bien le vent. Le gars n’est pas trop habitué à me voir dans ce rôle. Avec ses 15 salers, on ne fait jamais d’obstétrique chez lui. Il a eu un bon réflexe : repérer la bête « malade », la remonter à « l’étable », repousser le veau déjà à moitié engagé. J’enfile mes gants, plonge mes bras dans la chaleur de la matrice. La jeune vache n’apprécie pas, mais ne dit rien. Le veau est là, présentation antérieur. D’après l’éleveur, il avait une patte pliée. Une bricole, mais bon, quand on n’a pas l’habitude…
Le souci, c’est cette sensation de vide, d’air dans l’utérus. Normalement, l’utérus, même atone à cause de l’épuisement, ça colle fort au veau, il n’y a pas des masses de place. Là, j’ai l’impression de balader mes mains dans une cathédrale de muqueuses. Et de sentir trop bien le rein gauche, la panse, là en bas. Percée. J’enlève mes gants pour en voir le cœur net, sentir les détails : une vraie catastrophe. Elle est déchirée, depuis le vagin jusqu’à, sans doute, la moitié de l’utérus, avec, évidemment, le col en vrac au milieu. Coup de bol, les artères n’ont pas pris, et le veau est encore en vie. Je glisse mes doigts sur les limites de la déchirure, sens passer un ovaire.

Et après tout, pourquoi pas ?

Je fais une tronche d’enterrement, l’éleveur et sa femme ont changé de visage en voyant le mien.

« Bon, votre veau a tenté de sortir par césarienne, mais tout seul. Il a bien réussi l’ouverture de matrice, même si ça fait plutôt incision de débutant, mais pour le péritoine, les muscles et le cuir, il a merdé. Je vais finir le travail : ouvrir là (je monter le flanc), on sort le veau par le trou qu’il a fait, et je referme tout le bordel. C’est un foutu chantier, il y en a pour deux heures sinon plus, ça peut rater, elle peut mourir de choc (elle fait déjà bien la gueule), ou faire une péritonite dans les jours qui suivent. Le veau, ça devrait aller. Il me faudrait deux seaux d’eau, froide ça ira. »

Ils hésitent. A la fois choqués – ils n’ont jamais vu un truc comme ça – et rassurés par mes tentatives humoristiques. Je sais ce que j’ai à faire, je suis sûr de moi, et ils le sentent. Ils me font confiance. Il y a une sensation de puissance étrange dans ces instants. Ce genre de chirurgie, tous les vétos ruraux s’y sont essayés. Avec, je suppose, des succès variés. Ça ne s’apprend pas à l’école, ça ne s’apprend pas tout court. C’est le bordel, on ne sait pas ce que l’on va trouver en ouvrant, on a notre petite boîte de chir’ et nos mains, on est tout seul. C’est exaltant. Surtout quand on l’a déjà fait et que l’on sait que ça peut marcher. La première fois que cela m’est arrivé, j’ai du « inventer » cette chirurgie. Depuis, j’ai un peu peaufiné. Ce matin, j’ai enlevé une tique du cou d’un cobaye. Là, la vie d’un veau et d’une vache dépendent de ce que je vais faire. Non que seule ma compétence compte : même en travaillant bien, elle peut y rester. Mais si je ne fais rien, elle mourra.

Le temps que je savonne la bestiole, anesthésie le flanc, ligote les postérieurs et pose une mouchette (dans le désordre), madame est revenue avec des seaux. Je dispose ma boîte de chir’, sors mes fils, ma lame. Je me désinfecte les mains, les bras. Explique au monsieur comment tirer le veau, quand je le lui présenterai. Il est nerveux, se roule une cigarette, qu’il rallumera 100 fois pendant la chirurgie, vu le vent.

J’incise, esquive un coup de pied pas trop vaillant et de toute façon bridé par mon huit aux jarrets. Ça a le cuir épais, une salers. je crois que c’est la première fois que j’en ouvre une. Dessous, deux fines couches musculaires, puis la cavité péritonéale. Je repousse la panse vers l’avant, glisse mes bras derrière. L’ouverture est là. Depuis le milieu de la corne gauche jusqu’au vagin. Plutôt rectiligne. Le veau n’est pas trop mal placé pour une extraction. Je sors ses pieds, les tends à l’éleveur, qui place les lacs et, avec mon aide, extrait facilement le bestiau. Le veau est secoué, a du mal à respirer. Un coup d’analeptiques, et ça repart. Je le surveille trois minutes avant de retourner me laver puis désinfecter les mains. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent.

Nous sommes sur une petite route de campagne, et l’étable est ouverte du côté de la route. Il y a un passage monstre, avec les élections. Les gens s’arrêtent comme ils s’arrêtaient à la sortie de la mairie, discutent. Il y a des voisins, des vieux, des jeunes, une petite fille de six ans qui voudrait savoir si ça fait mal, et pourquoi le veau tremble comme ça. Elle aussi, elle a froid. Une dame sort une couverture du coffre de sa voiture pour abriter le veau, et enfile son blouson à la petite.

Je suis dans ma chasuble vert poubelle, les bras jusqu’aux coudes dans l’abdomen de la vache. Suture intégralement à l’aveugle, pas moyen d’extraire la matrice, même partiellement. J’appelle ça la suture au doigt : je me pique régulièrement pour bloquer la pointe de l’aiguille. Je serre mon surjet sur mes phalanges, me scie les articulations. Alors que j’écris ce billet, je compte douze coupures et piqures sur mes doigts. Les seules douloureuses sont celles de la deux-trois phalangienne de chaque index. Là où le fil passe quand je serre. Le premier surjet est le plus hasardeux. Le ligament large et les débris de placenta me gênent. La coupure est mal foutue. Con de veau. Il me faut pas loin de trois quart d’heure pour finir ce premier surjet. Pas parfaitement étanche, mais pas loin. Le second, enfouissant, me prendra une petite demi-heure. Du plaisir de faire un surjet en ne prenant que la séreuse et la musculeuse, sans traverser la muqueuse, lorsqu’on ne voit rien et qu’on a les deux bras dans la vache…

Une vieille dame me regarde travailler, souriante. Elle avait des vaches, avant, je ne les ai jamais connues. Ils ne parlent pas politique, aucun. Ils discutent, de la petite du voisin, des brebis, de la pluie, du beau temps, d’un baptême, de l’herbe qui pousse et du veau qui est gros, mais pas tant que ça. Ils parlent de tout, ils parlent de leur essentiel. Ils évoquent le véto qui était là avant moi, et qui est mort. Les Pyrénées sont splendides sous le soleil.

Je me sens utile, même si, finalement, ils ne s’intéressent pas tant que ça à moi.

J’ai fini mes surjets. Un monsieur, le père de l’éleveur, je crois, veut savoir quelle longueur de fil a été nécessaire : 2m50. Il n’en revient pas. Quelqu’un que je n’ai vu ni arriver, ni partir, vient de revenir avec une bouteille de colostrum empruntée au voisin laitier. Sortie du congel’ et réchauffée au bain-marie.

Je fais vider un flacon de pénicilline dans l’abdomen de la vache. Plus par habitude que par réel souci d’efficacité, mais ça « parle ». Ça aurait aussi bien marché en intra-musculaire. Premier surjet musculaire, second surjet musculaire. Cette fois, ça va très vite. Je suture le cuir, un joli montage à points passés. en esquivant les savates – la peau est toujours mal anesthésiée en fin de chirurgie…

J’ai terminé.

Reste à faire le ménage, m’enlever le sang de tout partout. L’eau des seaux n’est pas froide, elle est chaude. J’en pleurerais de plaisir, moi qui ne suis pourtant pas frileux.

Dans ma voiture, le téléphone chante les messages sur le répondeur.

Les gens sont partis. Mais le veau a toujours sa couverture.

J’explique un peu le post-op’ à l’éleveur et à son épouse. Rien de bien compliqué. Ils sont dramatiquement confiants.

C’est une belle journée, même en plein vent.

Sur mon répondeur, un message, un chat blessé. Je pense à la dame avec son chien a la griffe arrachée, quand un chasseur m’appelle : il vient de faire ouvrir un chien au parc… Je donne rendez-vous aux deux en même temps. Le premier arrivé passera le premier sur la table de chir’, le second sera hospitalisé. Je rappelle pour le chien avec sa griffe, m’excuse et explique à sa propriétaire que j’ai d’autres animaux à prendre en charge en priorité. Elle l’admet très bien, me demande quelques conseils. Elle ira le lendemain chez son vétérinaire habituel (qui ne fait pas ses gardes…).

A la clinique, je patiente un peu, range quelques papiers, regarde de loin ma 2035. Je me connecte sur Twitter. #radiolondres, et le gazouillis habituel. C’est le printemps.

Le chasseur arrive le premier. Un bon gros chien de chasse qui en a vu d’autres, une belle ouverture à la cuisse. Un petit trou sur l’abdomen. Largement de quoi justifier une anesthésie générale. J’ai le temps de poser mon cathéter et brancher ma perf’ quand le chat arrive. Un gros matou manifestement plus qu’à moitié sauvage, avec une vilaine blessure au cou, probablement un vieil abcès percé. Bien dégueulasse. Je discute trois minutes, propose de le castrer en profitant de l’anesthésie. La dame est d’accord – ça lui apprendra à se battre, comme elle dit – j’hospitalise, elle le reprendra le lendemain.

Il est 17h passées et j’ai deux chirurgies qui m’attendent.

J’endors rapidement le gros chien. La plaie à la cuisse ne nécessite presque pas de suture musculaire, mais un drain ne fera pas de mal. Le trou abdo, finalement, ce n’est rien. Une demi-heure de boulot, et je laisse le chien se réveiller en expliquant les traitements et consignes pour la suite.

Il est 18h lorsque je tente d’endormir le chat. Je réussis mon injection, mais en bon gros matou costaud et à moitié sauvage, il essaye de me bouffer, m’échappe et ravage ma salle de préparation, avant de se réfugier sous une armoire. Nous avons laissé exprès l’espace nécessaire à un chat pour se planquer là, pour ce genre de cas. Je tue le temps de l’induction en faisant les soins à mon gros chien hospitalisé, qui continue de défier les pronostics, et en babillant sur twitter.

Pose de cat’, perf. Le téléphone sonne à nouveau. Un veau, très mal. J’indique à l’éleveur que je passerai après avoir fini ma chirurgie. Le parage de l’abcès me prends une grosse vingtaine de minutes, la castration cinq de plus. Je remets le chat en cage, vérifie que tout va bien, et je repars.

Le veau est à dix minutes de route de là. Il est 19h20 lorsque je l’examine. Douleur majeure, à en claquer. Une vilaine diarrhée hémorragique, une bonne fièvre. Coli, salmo ou coccidies ? Je pense pour les dernières, mais les fragments de fibrine et de nécrose dans la diarrhée me font douter. Le veau est mal, en tout cas. Dans le doute, je traite pour les bactéries comme pour les protozoaires, prends un échantillon, et surtout, je soulage la douleur. A 19h45, je suis de retour à la clinique, je mets la diarrhée à décanter pour une coproscopie. J’ai le résultat à 20h00. Normal. Coccidiose massive. Jamais vu autant de ces saloperies par champ (zone éclaircie, là, pas moyen de prendre la photo avant d’avoir dilué, ça ne rendait pas, mais l’idée était un peu la même que pour ces coccidies de lapin).

Eimeria bovis

Je ne rappelle pas l’éleveur, de toute façon il viendra demain pour la suite du traitement, si le veau a survécu, ce qui est loin d’être gagné.

Moi, je promène le chien hospitalisé. Un gros cœur de malamut. Nous avons un nouveau président de la république, twitter gazouille tant que je n’arrive plus à suivre, et mon chat opéré de la veille est toujours là, et pète le feu. Celui à qui je viens de parer l’abcès et couper les roubignolles se réveille gentiment.

Je laisse un message aux propriétaires du malamut, et la salle de préparation à la femme de ménage. Dans un état lamentable, j’en suis désolé pour elle, mais je n’en peux plus.

Je referme la porte. Klaxons de joie dans le lointain.

Il est 20h40 quand j’arrive chez moi. Je vais me coucher tôt. Une grosse journée m’attend demain.

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Roule ma poule

– Allô, la réa? Boujour! J’ai une patiente au bloc en ce moment, je voudrais en discuter avec le réa de garde… – C’est moi. Qu’est-ce que c’est? – Une gamine, bientôt seize ans. Une rupture de kyste de l’ovaire hémorr… – … Je te coupe de suite, on fait pas de pédiatrie. – Oui mais notre… Continuer la lecture

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Votons!

Il n’a échappé à personne que l’imminence d’une échéance présidentielle entraine toujours les campagnes électorales, surtout si celles-ci brillent par l’absence de débat de fond, vers des plateaux abyssaux insoupçonnés jusqu’alors. Notre pain quotidien consistera donc, jusqu’au jour du… Continuer la lecture

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Tonton chez les soviets

Quand j’étais adolescent, Tintin m’impressionnait car, où qu’il aille pendant ses vacances, il rencontrait toujours une « affaire » à résoudre. Vous me pardonnerez de me comparer au célèbre reporter, mais c’est exactement ce qui m’est arrivé pendant mes vacances.


Coups de coeur, coups de gueule

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Mes patients

Il y a Monsieur Z constamment en retard à ses rendez-vous, qui inventait des accidents de travail (tous refusés par la sécu) pour se venger de son employeur, qui a fini par demander son dossier tellement je lui ai fait sentir ma désapprobation quant à son attitude. Il est allé embêter un autre confrère. Il Continuer la lecture

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Pot-pourri de printemps (vraiment pourri)

L’actualité est désespérante.
En Polynésie la situation s’est enlisée sur une demi-victoire (ou une demi défaite) des médecins avec la hausse administrative du tarif d’autorité. 90 % des libéraux sont toujours non conventionnés. Les patients sont désormais remboursés sur la base d’un tarif équivalent à environ 80 % du  tarif conventionnel.
C’est comme si en France le tarif de la consultation du MG était laissé libre et remboursé sur la base de 19 euros.

La hausse du tarif d’autorité a été assortie par le gouvernement d’une obligation de négociation entre les médecins et la caisse (CPS) et d’une date butoir au 30 juin pour cette négociation.
Les patients sont plus mal remboursés qu’avant et ne récupèrent pas pour autant la liberté de disposer de leurs cotisations sociales. Malgré cela, la grogne sociale s’est quelque peu calmée…
Les assurés se taisent. Les médecins survivent en diminuant fortement leur revenu et La CPS rembourse moins qu’avant et fait traîner les négociations. C’est bien normal, elle a tout à gagner à faire cela. elle fait des économies sur le dos des patients et des médecins, tout en continuant à se présenter comme le garant de l’accès aux soins pour tous…
Je parle de demi victoire pour les libéraux, car ils ont au moins retrouvé une parcelle de liberté et font moins de paperasse, même si c’est au prix d’une diminution importante de leur revenu. Quand on retrouve un peu de liberté, j’ai toujours tendance à considérer que c’est une victoire. Mais cette victoire a un goût un peu amer et parait cher payée. Et surtout, elle restera symbolique tant que les patients n’auront pas retrouvé leur liberté de cotisation.
Certains libéraux quittent le territoire. D’autres semblent prendre goût à cette liberté.
Et les négociations piétinent…

Ici aussi, la situation s’enlise.
Troufignan a obtenu le classement en zone déficitaire, de même que la vallée de la bidouille. St Frusquin, entre les deux, à quelques km à peine de Troufignan, a été classé en zone fragile, ce qui ne permet pas aux médecins qui y exercent d’obtenir les avantages tarifaires afférents aux zones déficitaires.
Quelle ironie, lorsque l’on pense que plus de la moitié de nos patients viennent de Troufignan et que nous soignons également nombre de personnes  de la vallée de la Bidouille.
Dommage, car des trois projets de MSP qui se construisent, le projet de St Frusquin, que nous soutenons est de loin le plus abouti. Trois médecins, une équipe para-médicale et médicale constituée et volontaire, un conseil municipal dynamique, ayant compris les problématiques des professionnels de santé, un terrain magnifique et extrèmement bien situé, un plan de masse accepté…
Mais voilà, politiquement, ce n’est pas le bon projet.
Je crois savoir que des personnes dolichobraches (au bras long) ont agit en haut lieu pour torpiller St Frusquin et ses médecins un peu trop indépendants.
En conséquence, si nous voulons un jour percevoir des nouveaux modes de rémunération nous permettant de poursuivre notre pratique de médecins de montagne, au service des populations locales et touristiques, nous voilà contraint de trahir à notre tour la confiance des élus de St Frusquin et de rejoindre le projet mal ficelé de Troufignan. Pas de terrain, pas de budget, conseil municipal atone et un vague projet de réhabilitation d’un batiment public, pas encore libre. Evaluation du projet : 2,6 M€ ! vous avez bien compris : 2 600 000,00 € !
Au delà du caractère profondément immoral d’un comportement qui consisterait à planter les élus de St Frusquin et les paramédicaux de l’équipe, pour quelques brouzoufs et les beaux yeux de l’ARS, il me parait évident que le projet de Troufignan va encore errer de nombreuses années avant de voir éventuellement le jour.
Allons nous lâcher la proie pour l’ombre, et lâcher les gens qui nous font confiance ?
En mon fors intérieur, ma religion est faite !
Nous ne toucherons donc pas les aides et finalement, c’est sûrement mieux ainsi.

« C’est sûrement mieux ainsi ». C’est la conclusion que j’ai tirée d’une réunion avec un confrère de l’URPS et une juriste, venus tâter le terrain, essayer de comprendre pourquoi chaque village tire ainsi la couverture à soi. Non ce n’est pas un problème de médecin. L’entente est réellement bonne entre nous. C’est un problème de rivalité entre St Frusquin et Troufignan qui partagent pourtant la même station de ski. De sombres histoires de partage inégal des revenus et des frais de la station…des histoires anciennes qui ont appris à St Frusquin à se méfier de sa prestigieuse mais perfide voisine…
Au cas où les professionnels de santé parvenaient à se regrouper sous une forme juridique commune, un pôle de santé par exemple, et si ce pôle de santé était situé en zone déficitaire, il faudrait alors engager les démarches nécessaire à la perception des fameux nouveaux modes de rémunération. Paiements forfaitaires pour la coordination des soins et pour l’enseignement thérapeutique…
Et ces démarches, croyez moi, ce n’est pas de la tarte ! A tel point que nos confrères de l’URPS nous conseillent d’embaucher quelqu’un pour les faire. Une personne que l’on pourrait par exemple partager avec une autre maison de santé, qui convoquerait les patients, réserverait les salles, remplirait les dossiers de subvention (pardon, NMR), vérifierait la perception des sommes, partagerait ces sommes entre les différents intervenants …
Au secours ! ils sont devenus fous !
Encore de la paperasse. Encore des démarches administratives. Encore des frais de personnel supplémentaires et des paiements dont la pérennité n’est absolument pas assurée.
Quand je pense qu’au 4 mai, après deux coups de fil, je suis encore en train d’attendre le paiement de mes astreintes des mois de février  et de mars (7 x 150 € et 6 x 150€, quand même) je me dis que ça va être « trop de la balle » lorsque la moitié de notre chiffre d’affaire sera constitué de forfaits ou de capitations…
« non, chuis pas au courant. La personne qui s’en occupe est en congé maternité ! »
« pas payés ? c’est normal,   vous n’avez pas renvoyé le formulaire F 2548-c, on n’a que le F 2548-b ! »
« Non, c’est pas not’faute ! on n’a pas reçu votre dossier, et puis maint’nant c’est trop tard ! »
Vraiment, je sens qu’on va se RE-GA-LER !
Ce n’est pas mon genre, mais en quittant cette réunion, j’étais d’humeur sombre !
Pas l’ombre d’une lumière au bout du tunnel. La certitude de bosser comme un damné, et de batailler pendant encore des années contre une armée de jean foutres armés de formulaires et de taxes.
Finalement, tout se passe comme si l’argent public était toujours capté par les plus influents et pas par les plus méritants, pour être investi non pas sur le meilleur projet mais sur le projet le plus en vue au point de vue politique !
Dans ce système, les seules choses qui soit pérennisées, ce sont la gabegie et la spoliation.

Et ce n’est pas la prochaine élection de François Hollande qui  me met en joie. Les quelques propositions de son programme santé sont à pleurer pour qui connait un peu le terrain. Aussi déprimantes que celles des autres candidats…

Comme disait Jean Michel, un de mes patients que j’aime bien, avec son humour de biker :
–  » Dans la vie il y a deux types de gens. Les gnous et les playmobils »
–  » C’est à dire ? »
–  » Ben les gnous, ils sont champions du grégarisme. Ils traversent chaque année le Serengeti de long en large, en un troupeau immense. Ils traversent les rivières, se font piétiner, bouffer par les crocos.. La moitié meurt de faim… mais chaque année, comme des cons, ils recommencent. Et puis il y a les playmobils. Ceux qui font du ski par exemple. Ils montent, et ils descendent. Ils montent, et ils descendent, ils montent, et ils descendent… Y’a rien de plus con quand même ! »
– « OK, mais elle est où la différence entre les gnous et les playmobils ? »
– « Ben justement, y’en a pas, de différence ! »
J’ai peur qu’il ait un peu raison. J’ai l’impression de vivre dans un troupeau de gnous ou entouré de playmobils.
Pas l’ombre d’une réflexion critique. Pas un soupçon de sens moral. Juste des murmures compassés, des ronds de jambe, des courbettes serviles (avec des dollars dans les yeux), des tractations en coulisse, des intrigues. La cour de Louis XVI.
Et le bon peuple des moutons de Panurge qui continue à se faire tondre la laine sur le dos en regardant les jeux du cirque et en espérant que le prochain berger soit plus tendre…
Il faut être con, quand même !
DEPRIMANT !

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Acharnement psychiatrique sur une camarade

Note de Textes PSY : Nous n’avons pas assez de recoupements nous permettant de garantir les faits racontés ci-dessous. Néanmoins, cet appel manifeste une inquiétude qui grandit, pas seulement chez les adversaires de la psychiatrie, mais aussi chez les professionnels mêmes de la psychiatrie. Nous le diffusons donc en ce sens.
Depuis vendredi 20 avril Christine est internée de force au centre hospitalier Le Valmont (Montéleger), près de Valence. Elle est depuis lors à l’isolement (…)


Textes concernant le lien social Continuer la lecture

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Monsieur le doyen, cher maître.

Un billet de mon ancien blog Monsieur le Doyen, cher Maître, Malgré le courant de pensée actuelle, j’ai toujours prôné la présence en cours, qu’il soit de plus ou moins bonne qualité, plus ou moins dans l’axe que l’ECN nous impose, même si, j’en conviens, aucune connaissance n’est superflue. Que nous les préparions ou non, […] Continuer la lecture

Publié dans chir pédia, D4, doyen, ECN, j'en peux plus, Perso, Stage | Commentaires fermés sur Monsieur le doyen, cher maître.

ECG presque normal.

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ECG presque normal.

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