Archives mensuelles : avril 2012

4 minutes par jour.

C’est l’histoire de monsieur X qui est hospitalisé dans mon service. Il est arrivé à 10 heures aux urgences parce que depuis quelques jours il avait du mal à respirer. C’est le médecin traitant qui l’a envoyé ici, et puis il lui a dit de se dépêcher, parce qu’il y a de l’eau dans les […] Continuer la lecture

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Vous verrez quand vous aurez mon âge

Fanette a 92 ans, veuve depuis 30 ans au mois. Elle va bien, de façon chronique. Elle vient au cabinet, tous les 3 mois, pour renouveler son traitement pour la tension, équilibrée avec un comprimé de diurétique dosé faiblement. Elle habite à 1 km du cabinet, alors elle vient à pieds, comme elle le fait […] Continuer la lecture

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Une position sociale élevée est associée à des comportements contraires à la morale

Une étude récente publiée dans la revue de l’Académie des Sciences américaine (PNAS) s’est intéressée aux liens entre les comportements contraire à la morale et la position sociale.


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« Un divan sur le Danube » : 9ème colloque européen de psychiatre indépendant

C’est maintenant une habitude. L’Association Piotr-Tchaadaev tiendra la neuvième édition de son Colloque Européen de Psychiatrie et de Psychanalyse à Budapest du 15 au 18 mai 2012. Et c’est toujours remarquable. Alors que les firmes pharmaceutiques se déploient de plus en plus dans cette partie (…)


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Esprit tordu

On peut pas savoir ce que c’est les représentations des gens, par où ça passe, l’esprit, des fois. C’est tordu, imprévisible. Même pour soi-même. Mon frère est mort. Et pour moi, une des choses les plus difficiles dans mon stage … Lire la suite Continuer la lecture

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Première fois

* Avertissement *
* Âmes sensibles s’abstenir * 
Il fait froid, il pleut, tout est gris dehors et j’ai la trouille.
Je suis sur le point d’entamer mon tout premier stage à l’hôpital.
Et je vais pouvoir faire mes premières séances de kinésithérapie respiratoire.
J’ai le ventre noué par une peur irrationnelle et incontrôlable.
Un Homme qui ne respire pas est un Homme mort.
Je ne veux pas voir ça, je ne veux pas en entendre parler, je ne veux même pas y penser et surtout je n’ai aucune envie d’y participer.
Et pourtant, pourtant, il va bien falloir que je le passe ce cap de la première fois.
Et ça sera avec Jeremy.
En réanimation pédiatrique.
Les portes du service sont couvertes de dessins, de petits mots. C’est irréel. Le temps est dégueulasse dehors, ici il fait chaud, la lumière, les couleurs chassent le terne de cet hiver interminable. Le calme est brisé par le bipbip incessant des machines. Je resterai bien dans le couloir en fait.
Jeremy gît dans son lit maintenu en vie par des appareils bizarres dont j’ignore encore tout. Adolescent, impliqué dans un accident domestique bête et méchant, Jeremy a un doigt cassé et une seule égratignure. Seulement, coup du sort oblige, au fond de cette petite plaie de deux centimètres de long, il y avait une artère. Une grosse. Sectionnée dans l’accident. Qui a privé son cerveau d’irrigation pendant de trop longues minutes. Une blessure ignoble quand on sait qu’à 5 centimètres près, Jeremy n’aurait écopé que de points de suture.
Avant, je me disais que ça n’arrivait qu’aux autres, que le hasard ne pouvait pas se montrer si cruel. Depuis Jeremy, j’ai peur. Je suis sûre qu’il pensait comme moi. Avant.
J’ai posé mes mains sur lui, mon tuteur ses mains sur les miennes et il m’a montré doucement. Il m’a guidé et j’ai suivi le mouvement, bercée par la musique douce de ses mots et le ronron du respirateur. Il m’a expliqué le pourquoi de chaque geste et m’a appris à détecter les signes de douleur et d’amélioration chez les patients non communicants.
Car Jeremy est dans le coma.
A la séance suivante, nous nous sommes placés chacun d’un côté pour un quatre-mains. J’avais une main en appui abdominal qui reposait sur quelque chose de dur sans qu’aucun câble ou tube ne soit visible. C’était bizarre. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas osé demander. Enfin pas cette fois. Plus tard, j’apprendrais pourquoi cette bosse sur son crâne n’était pas juste une erreur de croissance, ce qu’est un « volet crânien » et à quoi sert le principe de « mise en nourrice ». Et j’aurais des frissons en touchant ce truc dur la fois suivante.
J’ai appris à aspirer. A enfoncer un tube dans le tube qui passait dans sa trachée pour lui permettre de respirer. A aspirer les sécrétions qui se trouvaient là pour le soulager. Mon mal-être à cette époque, je n’avais pas de mots pour le concrétiser. Aujourd’hui je sais. Ce tube dans cet autre tube dans sa trachée, c’est un viol de son intimité, de sa bulle. Jaddo a si bien su la décrire ici, cette fameuse bulle. La mienne est bien large, j’ai horreur qu’on en franchisse la limite. Je suis bien dedans et j’évite de la mélanger à celle des autres. Toucher, ça va mais m’introduire, par extension, dans la trachée d’un autre, c’était pour moi symboliquement un acte insupportable. Je n’avais rien à y faire. Je n’avais qu’une hâte, en sortir.
J’ai vu mon premier IRM cérébral. « En général, c’est noir, les tâches blanches, ce n’est pas normal ». Je me souviens avoir cherché le noir. Il y avait plus de blanc que de noir dans son cerveau. Plus de tissu mort que vivant.
Je me suis pris une grosse claque avec Jeremy. Ma première kiné respiratoire aura été l’une des plus dures de ma carrière, techniquement et émotionnellement.
J’ai su que ça allait être difficile pour moi. De guérir cette peur ou tout du moins de l’apprivoiser. J’ai su que la kiné respiratoire et moi, on n’allait pas être copines, pas tout de suite. J’étais jeune, trop jeune pour cette charge émotionnelle et cet enjeu vital, respirer. Mais j’ai su aussi que plus tard, un jour, je saurai les gérer. Ce jour n’est pas encore complètement arrivé. Mais j’y travaille.
Je ne sais pas ce qu’est devenu Jeremy après sa sortie du coma. Je ne suis pas sûre de vouloir le savoir. Tout au long, j’y ai cru. Je n’ai jamais vraiment réalisé la gravité de la situation. Comme dans les livres, envers et contre tout, Jeremy allait se réveiller et reprendre le court de sa vie d’avant. J’en était persuadée. Qu’il redeviendrait ce jeune garçon que je n’arrivais pas à reconnaître sur les photos, parce qu’après tout ce n’était qu’une égratignure.

La vie peut être si cruelle. 

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Announcement:

Face à un cas clinique, vous vous posez des question sur la validité de vos décisions ? Vous êtes isolés ? Vous voudriez faire le point sur les « données de la science » ?Alors rejoignez notre « e- groupe de pairs » ! Il suffit d’exposer un cas clinique de pratique courante en médecine générale et d’y apporter des réponses argumentées. […] Continuer la lecture

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On ne parle que de ça.

Il arrive un jour, un malheureux jour, où on se rend compte. On fait intérieurement le point sur toutes les dérives qui nous entraînent depuis le début, et dont on ne peut saisir l’intensité croissante au vu de la lente cinétique de leurs inerties. J’ai perdu toute notion d’attachement. Trop, pas assez, pas du tout, […] Continuer la lecture

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Chouette c’est pas toujours les mêmes qui morflent

 

L‘ultra-milliardaire Warren Buffett, victime du lobby de la prostate. 

Gnarf, gnarf… On croit rêver.
Dépisté jusqu’à ce que mort s’en suive les potes…

Zyeutez donc moi ça :

What We Can Learn From Warren Buffett’s Prostate Cancer  

Dans le même registre, j’ai rencontré récemment une journalisse parisienne branchée, de celles qui révèle les scandâles, prout-prout, fréquente les hauts sommets de la médecine –  ceux qui savent – .  

Elle se vantait la garce de se faire irradier le nibard avec conviction tous les ans… chez le meilleur bien sûr, l’amputologue à miches trois mamelles du Guide Miche-fin…  « On ne sait jamais Julien ! » 

Elle avait pas eu le courage d’ouvrir le livre de Rachel Campergue que je lui avais pourtant refourgué, la journaleuse. La vérité, parfois dure à lire, c’est vrai. 

LE critère de la qualité des soins, c’est l’indépendance des prescriptions et pas le niveau des dépassements d’honoraires du notable avarié. 

L’indépendance de la prescription c’est d’abord et avant tout chez les petits généralistes de merde sans intérêts qu’on la trouve. 
Du moins ceux qui conpissent les foires aux labos. Comme l’incroyable congrès de la merdrecine générale de Nice, si courageusement promu par les collabolabos. La culture de congrès rien que ça !… Et puis quoi encore… C’est à ça qu’on les reconnaît, les cultivés du congrès. Quand le ridicule leur sert de carrière.

L’indépendance de la prescription, c’est quand les pauvres, au moins une fois dans leur putain de vie à la con, ont une chance de clamser après les riches.

L’indépendance de la prescription, c’est ça la vraie révolution !… ¡ Arriba !… 


Allez voter !

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Année sabbatique 6

Ce billet est la suite directe de celui-ci. Mais, genre, à la seconde près.

"Allo Élodie ?
_ Euh…oui ?
_ C’est Georges. On s’est vu à …
_ Oui Georges ! je me rappelle très bien. Ça va ?
_ Oui ça va bien. Je devais passer pas loin de chez toi alors je me suis dis que ça me ferait plaisir de te revoir.
_ Carrément ! tu passerais quand ?
_ Demain par exemple.
_ Ah oui quand même ! C’est Continuer la lecture

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Le discours d’un président

Je ne sais pas pour qui voter au premier tour. À force de chercher ce qui manquait dans les discours des candidats pour me décider, je me suis dit que je pourrais au moins l’écrire, le mettre en forme en quelques phrases.


Coups de coeur, coups de gueule

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Announcement:

Et là ? Comment ferais-tu ? Accumulée au fil des ans, apprise de la bouche des collègues, de celle des patients, acquise par l’observation, par les échecs, les erreurs, les succès … l’expérience est quelque chose d’hétérogène, d’impalpable, de fragile, de difficile à définir mais pourtant si riche. La vocation de cette rubrique est de […] Continuer la lecture

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Le syndrome de superman.

Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais quand j’étais encore jeune et insouciant, et que je pensais passer les ECN en juin 2012, en non en juin 2013, j’avais pris mon mois sans solde. C’est-à-dire, ne pas travailler en avril (et ne pas être payé), et ne pas travailler en mai pour […] Continuer la lecture

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Edith

Il est 20h, je sors du cabinet, sacoche à la main. Je ne suis pas de garde ce soir, mais la journée a été chargée, j’ai encore une visite à faire. Ce n’est pas loin, à quelques rues seulement, mais refaire une visite après les consultations du soir, c’est le petit poids en plus sur […] Continuer la lecture

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Où va la psychiatrie ?

Les bouleversements sociaux et économiques de ce début de millénaire interrogent sur les capacités d’adaptation des êtres humains. Quelles limites devons-nous respecter pour cesser de nous mettre à mal ? Quelle santé mentale et publique, quelle politique alternative de psychiatrie promouvoir contre une pression normative croissant dangereusement, qu’elle soit scientiste, sécuritaire ou gestionnaire ?
En premier lieu, nous attendons avec impatience l’abrogation de la (…)


Textes concernant le lien social Continuer la lecture

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Retirer ses bottes

Il est 6h30, un dimanche matin. C’est une vieille ferme à flanc de montagne, avec une étable à l’ancienne, quatre vaches plus toutes jeunes, un petit troupeau de moutons et un couple d’éleveurs retraités.

C’est une étable propre, qui sent bon la vache, la paille, le foin. Avec des poules sur la crèche et un border collie sur une boule de foin. Un tracteur plus âgé que moi. Un Massey. Rouge.

C’est une maison avec, en façade, une porte d’entrée qui ne sert que le dimanche, et encore : on passe dans l’étable, il y a deux marches, sous l’escalier qui monte à la réserve de foin au-dessus, et ces deux marches permettent d’entrer directement dans la cuisine.

Il est 6h30 et le vieux bonhomme, un genre de Clint Eastwood, grand, mince, avec son béret et ses bretelles, m’a appelé parce que sa vache tourne et retourne, se dilate mais ne fait rien.

– Vous vous levez tôt ! lui ai-je dit au téléphone.
– Mais non, j’y ai passé la nuit !
– Outch, mais vous vous couchez tard ! Enfin j’arrive !

Il ne m’avait pas appelé plus tôt parce que bon, c’était la nuit, mais à force d’attendre, hein, il allait finir par risquer de mourir, le veau.

La vache est une grande blonde. Elle est immense. Placide. Un flegme de break Volvo. Avec un coffre à faire passer n’importe quel veau.

J’enfile ma chasuble, mes gants, je fuis la pluie et me réfugie dans l’étable. Il ferme la porte, celle du bas, pas celle du haut, et nous mettons la bête dans l’axe. Premier bras. la poche des eaux n’est pas percée, je sens un antérieur. Jolie bestiole. Je farfouille un peu, trouve le second, puis la tête. En bas. Et surtout, une jolie torsion, à 180°. L’utérus et le vagin tournent sur leur axe, un demi-tour, et la vache a beau pousser, le veau ne peut pas passer, car les tissus ne peuvent assez se dilater. Le veau est bien vivant, mais, comme d’habitude, je ne dis rien, d’autant que l’on ne me demande rien.

Derrière moi, j’ai entendu la porte de la cuisine s’ouvrir. Madame a refermé derrière elle, elle attend sur la première marche. Elle a son tablier, sa robe qui lui va si bien mais que personne d’autre ne pourrait porter, ce genre de robe et de tablier qui sont comme des uniformes, naturels, évidents. On pourrait se moquer du monsieur, avec son béret et ses bretelles, avec sa chemise à carreaux. On pourrait se moquer de madame, avec ses petites lunettes à cordon et sa robe imprimée. Je crois que j’enverrais sans hésiter le moufle métallique de mon palan dans la figure du premier qui se rirait. Je me sens tellement bien, ici, dans cette petite étable, les bras dans le vagin d’une blonde, un peu de paille dans les cheveux, au chaud, avec ces deux vieux, alors que dehors, il pleut.

Il faut tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Positionner le bras droit est plus facile, mais je manque de force, et ça me casse le poignet. Je ne me suis pas échauffé. Bras gauche, tournant presque le dos à la vache, avec une grande torsion de l’épaule et du dos : oui, mais le poignet souffre encore. Cela dit, dans cette position, je suis plus fort. Bras gauche, retour au droit, par à-coups, tranquillement. Le veau est toujours dans sa poche, et je sais que j’y arriverai. J’alterne, je pousse, je tourne, je bouge. A peine 5 minutes, petit à petit, je trouve le bon rythme, la bonne impulsion, discontinue cette fois-ci. Mon poignet gauche me fait mal. Ça tire sur mes côtes, à droite, dans le dos.

Le veau est revenu dans l’axe, je respire un peu.

On a le temps.

Tout est en place. Monsieur installe le palan, madame va chercher une casserole d’eau. En inox. Pas en cuivre. Ma boîte de réa est là, avec le bazar à césarienne, qui ne servira pas. J’ai mes cordes de vêlage. La vache se remet à farfouiller dans son foin.

Je pourrais m’arrêter là et rentrer chez moi : elle n’a plus besoin de moi. Mais d’une, l’éleveur ne comprendrait pas. De deux, je me boufferais les ongles sans savoir si j’avais raison. De trois, j’ai envie de sortir ce veau.

Alors je replonge mes deux bras jusqu’aux épaules. Chaud, glissant, confortable, avec ce doux et écœurant parfum d’amnios. Je me sens bien. A ma place, à 7h00 un dimanche matin. Dehors, le soleil se lève derrière la pluie. Le border remue sur sa botte de foin.

Un membre, deux membres. Je les saisis fermement, les amène à moi, la maman pousse, sans plus. Tout est en ordre pour la sortie. Le veau est gros, mais il y a la place. La poche des eaux est maintenant percée, elles ruissellent sur la chasuble, coulent sur mes bottes, noient la paille qui emplit le fossé d’évacuation. Tout va bien.

Seconde poche, les glaires, épaisses, filantes, de ce blanc indéfinissable, qui coulent la vie.

J’amène les pieds vers moi, la tête suit gentiment, le front du bébé bloque sur le bassin. Ça va passer, il faudra tirer un peu.

Madame m’apporte les cordes, mes bonnes grosses vieilles cordes de vêlage, passées 100 fois à la machine et à la javel. Je les place autour des canons du veau, bien au-dessus des boulets, et je me suspends, le corps presque à l’horizontal, basculant mon poids vers la gauche, puis vers la droite, les pieds calés dans la rigole. Le veau a tant de force qu’il parvient à me remonter en rétractant son antérieur gauche. Mon poids contre le sien, mes appuis contre les siens. Mais moi je ne suis pas enduit de glaires de vêlage, ou pas trop, et j’en ai eu d’autres avant lui.

La vache est assez dilatée, largement. L’éleveur a pris son temps avant de m’appeler, il n’y a aucun risque d’épisiotomie.

Tout va bien.

Nous accrochons le palan. La vache se couche, pile comme il faut. Monsieur tire, madame fait basculer les cordes, j’accompagne la sortie du « petit ». Tout en force, en puissance, une douce violence. Confiance absolue.

Le, ou plutôt la pitchoune finit de sortir, toute étonnée. Couchée sur l’allée centrale, elle respire, un peu sonnée. Sa mère commence déjà à l’appeler, mais reste couchée. Un peu d’eau derrière les oreilles, une grande inspiration, une respiration très bruyante, beaucoup de glaires. Par prudence, on va la pendre. Elle est restée longtemps à l’envers, là dedans. Je noue une corde autour de ses jarrets, monsieur envoie madame chercher une chaise pour pouvoir passer la corde par-dessus une poutre de l’étable. J’enlève, à la main, quelques glaires de la bouche de la vêle.

Elle pose la chaise.

Il prend le temps de retirer ses bottes, et monte sur le siège. Chasse quelques araignées, passe la corde. Je soulève le beau bébé… 50 kg ? Il assure sa prise, fait un tour avec sa corde. Le nez du veau se vide de ses glaires, elle respire bien, nous la redescendons. J’accompagne sa chute sur un matelas de paille, l’éleveur en disperse un peu sur son dos avec sa fourche, pour qu’elle ne prenne pas froid.

Nous relevons la mère, et je réenfile des gants, pour contrôler que rien n’est déchiré.

Tout va bien.

– Vous voulez prendre un café ?
– Ah oui alors, mais d’abord, je vais prendre quelques photos. C’est heuuu… c’est ma sœur qui adore les photos de bébé, c’est bête hein ?
– Oh si j’avais su je n’aurais pas mis de la paille, hein !

Il sourit.

Je mitraille.

On peut avoir 75 ans et apprécier cet instant.

Et ensuite, oui, ensuite, on va aller prendre un café. Mais avant de monter les deux marches vers la cuisine, avant de franchir le seuil, surtout, surtout, je n’oublierai pas de retirer mes bottes. Même si, je le sais, il protestera que ce n’est pas la peine.

Veau nouveau-né

Veau nouveau-né

J’ai laissé quelques photos de plus par ici.

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Poil à gratter

A quoi sert un anesthésiste? Je me la pose souvent, cette question. Et hier d’autant plus, ayant quitté ma maternité chérie pour filer un coup de main au bloc dans un secteur qui crie à l’aide. Première réponse possible: à pousser des seringues. C’est la réponse de tous les connards qui… Continuer la lecture

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Conférence gesticulée le 25 avril 2012 à Lyon : « De l’idéologie médicale aux normes sociales… ou comment la santé m’a rendu malade »

Bon d’accord ! Avec un sujet pareil, une conférence pourrait être austère et ennuyeuse. Mais agitez-là un peu et désordonnez-là avec un conférencier gesticulant comme Benjamin COHADON, ancien étudiant en médecine, fervant militant d’une éducation populaire du soin, et je suis sûr que vous passerez trois (…)


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Création d’un patient virtuel dans SL (I)

Je ne pensais pas avancer si vite après mon dernier post!

De fait, la programmation de scripts dans Second Life n’est pas une épreuve si pénible et les gratifications de voir s’animer progressivement le monde figé auquel on s’était habitué compensent largement les heures passées dans les tutoriels et manuels de référence.

Je me suis donc lancé dans la création d’un "mannequin" utilisable Continuer la lecture

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Vétérinaire, médecin

Je suis vétérinaire.

Beaucoup généraliste, pas mal obstétricien, chirurgien, un peu ophtalmo, un peu dermato, un peu anapath, un peu cardio. Certains de mes confrères se spécialisent, formations complémentaires, diplômes ou expérience.

Certains amis me disent : « je préfèrerais être soigné par toi que par mon médecin. »

Parce que moi, contrairement à leur médecin, j’explique.

Parce que moi, contrairement à leur médecin, je m’implique.

Mais suis-je plus compétent ? Qu’un médecin généraliste ? Non. Autant, peut-être, si la comparaison a un sens.

Qu’un médecin spécialiste ? Non, certainement pas. Et mes confrères spécialisés, dans leur domaine, sont certainement moins compétents que les spécialistes « correspondants ».

Je ne parle là que de compétence, de savoir, de précision du geste, de possibilités diagnostiques et thérapeutiques. Je ne parle pas de qualités humaines, car il y a de tout partout. Vous allez me dire que votre médecin est nul, alors que votre véto est génial. OK, mais l’inverse est sûrement vrai pour quelqu’un d’autre. Je ne parle pas de cas particuliers.

Nous sommes moins bons, parce que nous avons moins de moyens, et parce que nous faisons trop de choses.

Moins de moyens parce que le portefeuille bloque forcément les possibilités diagnostiques et thérapeutiques.

Moins de moyens parce que la recherche en médecine vétérinaire, même si elle a fait des pas de géant depuis trente ans, est en retard, très en retard. Moins de moyens, moins de chercheurs, moins d’enjeux. C’est normal !

Pour autant, dois-je en conclure que je fais de la moins bonne médecine que les généralistes de mon village ? Et puis d’ailleurs, cette question est-elle pertinente ? En tout cas, elle est régulièrement soulevée par mes clients, qui sont aussi leurs patients.

J’ai eu la malchance d’être emportée dans un tourbillon médical, lors d’une urgence. D’être aux premières loges, avec la possibilité de saisir et comprendre tout ce qui se disait ou se faisait autour de moi. Je suis admiratif. Pas forcément envieux, parce que je doute de la pertinence d’une telle qualité de soins pour nos animaux, avec tout l’amour et le respect que j’ai pour eux. Être vétérinaire m’a permis, très tôt, de sortir des réflexions binaires d’ado sur le thème « une vie animale vaut autant qu’une vie humaine ». Évidemment je caricature mon propos, mais c’est essentiel. Ne jamais perdre de vue que les animaux sont… des animaux ! Qui souffrent, qui ont des émotions, leur connerie, leurs qualités, mais des animaux.

Je ne suis pas envieux, donc, mais admiratif. J’aimerais en savoir autant, j’aimerais avoir accès à ces médicaments, à ces techniques d’exploration. J’aimerais disposer d’un tel réseau. Les possibilités se multiplient depuis des années, mais nous jouons si souvent aux devinettes, quand les médecins peuvent confirmer ou infirmer leurs suspicions avec une infime marge d’erreur.

Alors je complexe. Comme beaucoup de vétérinaires. Mais je me révolte lorsqu’on me prend pour un con, et j’ai un sourire dépité lorsqu’un médecin sort une énormité. Surtout si je sais qu’il a tort, pour la toxoplasmose ou un cas de dermato soit-disant parasitaire. Ou autre chose. Surtout si il ne m’écoute pas parce que, après tout, je ne suis qu’un vétérinaire.

Ducon.

D’autant que j’ai quelques beaux souvenirs de collaborations inopinées avec des médecins. Une suspicion de tuberculose sur une personne âgée déclenchée par une suspicion sur son chat. Une teigne, lorsque les pièces de puzzle s’assemblent pour moi en consultation, quand le médecin n’a vu que l’enfant. Une intoxication.

Et je m’énerve aussi lorsque quelqu’un refuse une possibilité pertinente proposée par son médecin ! Le plus souvent par méfiance ou manque d’information, quand c’est, à long terme, une question de santé essentielle, voire de vie ou de mort. Remise en cause de traitements pourtant cohérents, d’examens peu invasifs, de diagnostics, même. On peut, on doit être critique envers son médecin – comme envers son vétérinaire. Évidemment, c’est difficile, car cela nécessite des connaissances et des modes de raisonnements qui ne s’apprennent pas sur internet ou dans la salle d’attente du coiffeur. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille refuser une prise en charge « parce que ces toubibs, ils n’y connaissent rien ». « Parce que ces toubibs, ils sont tous pourris. » « Parce que les médicaments, c’est juste du poison, c’est juste pour le pognon. » Cela me frustre et me met en rage, même. Principe de précaution, superstition, biais de confirmation. J’abhorre ces barrières. Alors parfois, un client me pose une question sur son propre cas. Et parfois, je suis un déclic pour l’acceptation d’un traitement. Je n’aime pas cette position, même si elle peut être très satisfaisante, quand on a l’impression d’avoir aidé. Mais qui suis-je pour conseiller, quand je ne connais pas le dixième du dossier ? Alors je rassure, avec beaucoup de conditionnel. Je renvoie vers le médecin. Parfois, c’est utile.

Eolas dit que le pire ennemi d’un avocat, c’est son client. J’ai souvent l’impression que le pire ennemi d’un médecin, c’est son patient. Et ne venez pas me parler d’acharnement thérapeutique ou autres problématiques extrêmes, c’est de la médecine de tous les jours que j’évoque.

J’aimerais tant être aussi fort que ces docs de l’hôpital, que ces généralistes qui parlent de pathologies que je comprends à peine. Je ne peux pas, je fais trop de choses, et puis, je n’en ai pas les moyens.

Alors je continue à faire ce que je fais le mieux : écouter, diagnostiquer, traiter, expliquer. Un service de proximité, de qualité. Nous nous formons. Nous embauchons, nous nous équipons, nous nous donnons autant de moyens que possible pour servir une clientèle toujours plus exigeante, pour le meilleur et pour le pire. Je dis « nous » parce que cette progression passe forcément par des moyens humains et financiers qu’un véto solitaire ne peut s’offrir.

Alors pourquoi complexer ?

Parce qu’il y a des Jaddo, des Borée, des Stockholm. Ils sont sans doute compétents, ils sont certainement d’excellents soignants. Ils se remettent en question, ils disposent de réseaux plus ou moins formels pour ce faire, ils ont Prescrire. C’est ce que j’admire le plus, au-delà de l’excellence, en médecine humaine.

Moi j’ai mes bouquins, mes experts, un pauvre dico des médicaments vétérinaire, une pharmacopée qui oscille entre l’excellent et l’inutile… sans que ce dernier ne soit suffisamment remis en question.

Mais j’ai quand même mes avantages ! Je ne suis pas contraints par des protocoles de soins écrits par des obtus, mais je peux en trouver de bons si je cherche. Je n’ai pas la pression de la vie humaine sur les épaules, et cela m’offre une liberté inespérée. J’ai le droit de bricoler, j’ai le droit d’essayer, parce que de toute façon, personne ne le fera à ma place. La fierté lorsque j’ai refait – et proprement s’il vous plait – une mandibule fracturée avec un vieux mandrin, un fil de fer et deux pinces !

Alors je guette, je lis, je cherche. Des sites vétos, des sites médicaux. Je discute, j’enrichis mon réseau de spécialistes, les mails fusent, les dossiers se promènent.

Pour mon plus grand plaisir.

Et lorsque je regarde le chemin parcouru depuis que j’ai commencé à travailler, je me dis que mon métier a bien changé. Pour le meilleur.

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Thèse 11

Je me retrouve donc avec un recueil de données à poursuivre, une thèse coupée, une date de soutenance décalée (hihihi, coupée-décalée, comprenne qui pourra), une première embauche repoussée et toujours pas l’ombre d’un jury. C’est le calme plat dans mes histoires de cœur et ça fait 6 mois que je n’ai pas vu mes amis avec les remplacements et la thèse à taper. Le bon côté des choses, c’est que Continuer la lecture

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Trop bonne, trop conne

Aristide a 80 ans bien cognés et comme beaucoup de mes vieux patients à domicile, c’est un miraculé. Il a failli mourir 10 fois sur une seule table d’opération mais il s’accroche, une vraie bernique. Aristide est en forme à 15 jours d’une opération à cœur ouvert. Il marche comme s’il s’était enfilé deux bonnes pintes avant midi, mais il pète le feu.
Je viens chez lui pour corriger un trouble de marche neurologique bénin suite à une erreur au décours d’un banal examen de contrôle.
J’essaie, tout du moins, Dieu m’a donné 25 séances.
Après 9 séances, Aristide va mieux. Assez pour voler de ses propres ailes et finir de se rééduquer tout seul. Aller chercher le pain tous les jours, lui fera le plus grand bien et c’est meilleur, à effets égaux, pour les dépenses de la sécurité sociale.
Et puis, entre nous, je commence à m’ennuyer, et ça veut dire qu’on est arrivé au bout. Essayer de trouver des exercices pour meubler 20 à 30 minutes de séance en étant persuadée que c’est maintenant inutile, c’est hyper dur et franchement emmerdant.
Halte au faux-culs Power « Y a encore quelques progrès à faire ».
« Vous vous en sortirez très bien sans moi ».
9 séances sur 25.
Jacqueline a 65 ans et une étiquette un peu chiante sur le dos. MPI. Maladie de Parkinson Idiopathique. Elle venait trois fois la semaine pour se faire mobiliser et étirer de partout et avec en prime, des exercices d’équilibre, en salle, devant d’autres patients. Jouer le flamand rose sur une patte et l’otarie en même temps à essayer de ne pas se rétamer la tronche en rattrapant – toujours à une patte – un vieux ballon tout crade, c’est pas franchement la classe à mon goût.
Sa maladie est encore peu avancée.
Depuis quelques mois, j’ai donné à Jacqueline un petit livret d’exercices home made avec les bases. Histoire qu’elle participe à la prise en charge de sa maladie. C’est une part d’éducation thérapeutique, si elle maîtrise ses exercices, nul besoin de venir trop souvent, ça fait « malade ».  Évidemment, ça n’a pas été facile ni pour elle, ni pour moi.
Aujourd’hui, Jacqueline fait 30 minutes d’exercices seule, chaque matin. Elle est contente de s’être « reprise en main ». Je ne la vois plus qu’une fois par semaine histoire de surveiller les évolutions éventuelles de sa maladie, corriger quelques défauts dans ses exercices et papoter.
52 séances par an contre 156 
Léo, 6 mois. Vient pour « début de bronchiolite » avec 8 belles séances. Déjà, « début » j’aime pas. Souvent, ça traduit un pédiatre débordé en crise d’épidémie, qui a déjà ses ordonnances de kiné toutes prêtes « au cas où ». Et qui m’envoie tous les petiots pour rassurer maman au cas où ça tomberait sur les bronches.
C’est déjà sa troisième alors maman s’y connaît.
Bon, il ne pleure pas, il ne renifle pas, il a la forme.
Le nez est propre, j’ai beau me tordre le cou, pas l’ombre d’une huître dans les narines. Il mange bien, dors bien, et puis il ne tousse même pas. Nan Mais Dis-donc ! Bon, j’ai rien au bilan. Rien. Queue de chique.
Heu.
Je tente une série de manœuvres, rien.
Il tousse sec. Allez, je remballe. Je contrôle dans 48hrs et basta.
2 séances sur 8
J’adore mon métier. Ce n’est pas un chiffre sur l’ordonnance qui va modifier ma pratique. Je suis pragmatique, s’il y a un besoin réel – objectif ou non, je continue les séances. Si le trouble initial s’est corrigé, si le projet du patient est réalisé, si le bilan global est satisfaisant, j’arrête. On oublie trop souvent que c’est une contrainte pour le patient de venir chez le kiné, sauf quand il est persuadé que c’est nécessaire, « pour son bien ».
Et à ce petit jeu là, je suis trop bonne trop conne.
Je ne sais pas jouer le jeu du business. Je ne sais pas faire semblant quand je sais que ce n’est plus nécessaire ou bénéfique de continuer les séances. Je ne suis pas capable, contrairement à certains collègues d’entretenir chez mes patients, au nom de mon titre honorifique, l’illusion de mon efficacité. « Vous n’êtes pas assez patient, il faut attendre encore un peu ».
« Normalement ça marche très bien, mais pas chez vous, je ne comprend pas ».
La classe ultime. Être mauvais et réussir à persuader le patient que c’est de sa faute. Parce qu’il a des particularités intrinsèques qui font que… Et ce n’est pas rare. On vous dira rarement qu’un kiné est mauvais mais plutôt qu’il a fait de son mieux, que c’est moi, le patient qui a mal réagi ou qui n’a probablement pas fait les exercices vraiment comme il fallait.
Trop bonne, trop conne. Oui parce qu’en plus, dans tout ça, c’est moi qui y perds.
Je fais économiser des sous à la sécurité sociale (presque 2000€ par an, rien qu’avec ces trois patients), je fais de la prévention, de l’éducation qui sont pour moi les bases de mon travail. La santé coûterait moins cher si les gens se prenaient en charge en amont, connaissaient leur pathologie, si on leur donnait les armes pour se battre.
Je combats mes valeurs, je travaille pour être meilleure chaque jour et j’y perds de l’argent ? Je l’avais dit, trop bonne, trop conne.
Et fière en plus. 

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Enfance Afrique

Il s’appelle Tushime et il a quatre ans. Il est perdu. Seul dans cette jungle de quatre cent mille habitants, avec pour simple compagnie son petit sac de papier froissé contenant les trois friandises qu’il était venu glaner avec son grand frère. Ce dernier, de cinq ans plus âgé, a préféré… Continuer la lecture

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De l’échographie en médecine générale.

Comme je le laissait entendre récemment, j’ai été percé à jour.
Certains de mes confrères, conventionnophiles convaincus, m’ont reprochés, en des termes euh… plutôt vindicatifs et peu confraternels, d’écrire sur les maisons de santé pluri-professionnelles, des billets incendiaires qui sèment la m… et les handicapent dans leur quête de financements publics.
Ils me reprochent de ne pas, comme eux, être un « intrépide chasseur de subventions », et même, de faire fuir le gibier…
Rhooo.. c’est même pas vrai !
Mais bon, comme je commence à avoir peur pour ma vie, comme je ne veux pas que mon cadavre soit retrouvé au petit matin, un stéthoscope encore noué autour du cou, une fois n’est pas coutume, je vais donc écrire aujourd’hui, un billet PO-SI-TIF, un billet gentil qui ne dit de mal de personne. Bien sûr, ça risque d’être un peu ennuyeux, mais tant pis. Mon e-réputation est à ce prix. Que dis-je, ma VIE est à ce prix !
(Et puis bien sûr, il sera toujours temps de reprendre les bonnes vieilles habitudes un peu plus tard, non ?)
Le sujet est tout trouvé : Nous avons maintenant reçu notre échographe et il fonctionne à plein régime. Il est largement temps de rendre compte de cette formation en échographie adaptée à la médecine générale que nous suivons, mon associé et moi même depuis quelques mois, et de l’usage qu’un généraliste peut faire d’un échographe.
En septembre dernier, je reçois un mailing du CFFE (centre français de formation en échographie) : Une formation en échographie adaptée à la médecine générale ! Cela fait des années que j’y pense et je n’ai pas encore trouvé la bonne formation. Celle ci est adaptée à la médecine générale, basée sur des « situations clinico échographiques ». En clair, il s’agit de partir d’une situation clinique habituelle en médecine générale et d’y apporter une réponse claire grâce à l’échographie sans prendre de risque inconsidéré, ni en faire prendre au patient bien sûr. (affirmer ou exclure une appendicite, une cholécystite, un polype vésical. Affirmer une stéatose hépatique ou une cirrhose du foie, affirmer une thyroïde normale, ou un goitre multinodulaire. Dépister un anévrysme ou une ectasie de l’aorte abdominale, affirmer une grossesse évolutive intra-utérine, dater une grossesse débutante… etc. etc.)
Banco. Voilà la formation que j’attends ! Je fonce.
Lorsque j’en parle à mon associé, il sort le même mailing de sa poche. Il voulait m’en parler. Si j’envisage cette formation comme une aide au diagnostic en médecine générale, il y voit également un avantage non négligeable dans sa pratique de médecin du sport.
Cela s’est donc décidé en quelques minutes, comme souvent. Nous assisterons à la première journée de prise de contact en octobre 2011. Si le contact est bon, si la formation est intéressante, alors, nous nous engagerons pour l’ensemble de la formation, qui comporte 7 journées de formation théorique et pratique à Nimes, 15 à 20 minutes de formation quotidienne sur internet, le prêt d’un échographe pendant un mois et un « coaching » continu en ligne.
Avant de s’attaquer aux généralistes, le CFFE a successivement formé (et continue de former) des gynécologues, des gastro, des cardio et des rhumatologues, des urgentistes…
Nous nous sommes donc retrouvé avec une vingtaine d’autres généralistes un beau jour d’octobre 2011 au centre francophone de formation en échographie, une association à but non lucratif destinée à enseigner l’échographie aux médecins.
Ce jour-là, il y avait donc des médecins des villes et des médecins des champs, des salariés et des libéraux, des jeunes et des vieux médecins, mais tous partageant une certaine idée de leur métier, une volonté d’acquérir de nouvelles compétences à mettre au service de leurs patients.
Et il y avait celui qui a monté le CFFE et qui reste au centre du projet, le Pr Jean Marie BOURGEOIS.
On ne peut pas rester indifférent à la personnalité du Pr Bourgeois. On ne peut qu’être fasciné par le personnage.On l’aime ou… on le déteste l’aime !
Sans flagornerie, il se dégage de cet homme une impression d’intelligence aiguë servie par un verbe chatoyant et mis au service d’un humanisme que j’oserais presque qualifier d’un autre âge et qui force le respect. Son discours est foisonnant, imagé, riche en digressions toujours utiles, jamais ennuyeux…
Pourtant, rien n’est plus rationnel et pratique que son enseignement.
Les bases de l’échographie sont amplement expliquées. Les aspect normaux et anormaux des différentes structures sont explicitées en détail avec d’infinies précautions.
Les cours théoriques et les séances de manipulation se succèdent toute la journée, dans une bonne ambiance.

Il ne s’agit surtout pas de nous pousser à l’erreur de diagnostic. Une erreur rejaillirait aussitôt sur le CFFE et sur la personne du Pr Bourgeois qui, j’en suis certain, ne doit sûrement pas s’être fait que des amis en ouvrant ainsi l’échographie à la médecine générale…
Au bout du compte, c’est le genre de professeur, que l’on a envie d’appeler Maître, et qui s’engage tellement dans son enseignement que vous ne voudrez pas le décevoir et qu’en dépit de votre fainéantise naturelle et de vos journées à rallonge, vous trouverez le temps de vous acquitter de vos devoirs, fut-ce au coeur de la nuit.
Depuis octobre dernier, nous faisons donc partie du premier groupe de généralistes formés à l’échographie générale par le Pr Bourgeois.
Et comme beaucoup de membres du groupe, nous avons finalement craqué et décidé de l’acquisition d’un échographe portable SONOSITE MTurbo. Nous l’avons acquis en leasing grâce aux efforts du Pr Bourgeois qui, là encore, a usé de ses relations pour négocier directement avec les fabricants, des tarifs extrêmement avantageux pour ses élèves. Naturellement, subodorant le marché émergeant « juteux », les fabricants ont fait de gros efforts. Nous avons donc pris une échographe neuf avec son chariot et son triple connecteur, une sonde courbe « basses fréquences » et une sonde linéaire « hautes fréquences ». L’échographie endocavitaire nous rebute un peu pour l’instant. Nous n’avons donc pas encore acquis la sonde correspondante… à voir plus tard.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça décoiffe !
Cela fait à peine un mois que l’appareil est arrivé et il doit bien servir 10 fois par jour.
Mme A. 51 ans, est fatiguée. Elle a grossi et souffre de constipation opiniâtre. Un coup d’écho rapide sur sa thyroïde confirme une thyroïde de petite taille, très hypoéchogène. L’hypothyroïdie par thyroïdite est dès lors, d’ores et déjà quasiment confirmée.
Mme B. 32 ans, est amenée à 20 h par les pompiers, pour une violente douleur abdominale épigastrique. A son arrivée, elle ne souffre plus. La palpation abdominale est sensiblement normale, ne montrant qu’une discrète sensibilité épigastrique. Tout cela est plutôt évocateur de colopathie fonctionnelle et le tableau n’est pas très inquiétant. Un examen échographique abdominal, pour le principe montre une vésicule biliaire pleine de lithiases. On est donc devant une très probable colique hépatique qui nécessitera une cholécystectomie. Le diagnostic n’errera pas plus longtemps.
M. M., 63 ans, vient de se faire un « claquage » du mollet, au tennis. L’écho confirme une volumineuse désinsertion aponévrotique avec un hématome de plus de 10 cm de long. La confirmation échographique de la lésion permettra un suivi optimal du patient, sans délais et sans allers et retours au centre de radiologie à 20 km.
Mme V. 52 ans, souffre depuis plusieurs années de douleurs à l’épaule droite. L’écho montre de suite une importante bursite sous acromio deltoïdienne et un tendon du sus épineux remanié…
Mme F. 55 ans, présente une choléstase biologique importante de découverte fortuite en dépit d’une cholécystectomie ancienne. A l’écho, son parenchyme hépatique apparait un peu hétérogène et hyperéchogène. Les voies biliaires ne sont pas dilatées. Elle sera de suite adressée au gastro entérologue pour suspicion de cirrhose biliaire primitive.
Mlle L. 26 ans, n’a plus ses règles depuis presque deux mois… Elle ne pense pourtant pas être enceinte. L’échographie sus pubienne, pratiquée immédiatement montre une grossesse de 5 semaines, intra-utérine. Elle est fixée dès la consultation avec son médecin généraliste.
Mme F. a un goitre hétéro multinodulaire ancien régulièrement suivi. Enfin, régulièrement n’est pas le bon mot. Très occupée, elle n’a pas trouvé le temps de prendre une journée de congé pour aller faire son écho de contrôle à la ville. Qu’à cela ne tienne. RdV est pris ici à 18 h. Sa thyroïde est vérifiée. Les nodules sont stables, inchangés par rapport au dernier contrôle, il y a 3 ans.
M. X a fait une chute au boulot. Il souffre des cotes. la radio ne montre rien, mais l’écho met en évidence une fracture costale. l’écho est plus fiable que la radio pour cela.
Mme S. arrive le vendredi soir avec une douleur du mollet persistant depuis une semaine. La clinique est fruste. L’écho montre l’absence de phlébite fémoro-poplitée. On ne peut pas exclure la phlébite surale, mais l’absence de thrombose fémoro-poplitée nous permet de passer le WE sans craindre l’embolie pulmonaire. « C’est EBM !  » comme se plait à le rappeler le Pr Bourgeois. La patiente fera son écho-doppler lundi matin, sans urgence chez un confrère angiologue…
En quelques jours, l’échographie s’est imposée dans notre pratique de la médecine générale comme un outil irremplaçable. Dans la plupart des cas, en tous cas jusqu’à aujourd’hui, elle nous a servi essentiellement à poser un diagnostic que la simple clinique ne pouvait pas poser. Elle permet d’aller plus loin que les renseignements fournis par le brassard à tension, le stéthoscope, l’otoscope, les bandelettes réactives…
Certes, elle ne répond pas à toutes les questions. Comme tous les outils, elle a ses limites. Des limites liées à la technique et bien sûr, des limites liées à l’opérateur, votre serviteur, qui débute encore.
Mais je suis assez surpris de voir qu’avec la répétition des examens, il me parait de moins en moins complexe et de plus en plus naturel de prolonger la palpation thyroïdienne par un « p’tit coup d’écho ».
Une douleur abdominale? une suspicion d’ascite ? une palpation abdominale anormale ? après l’interrogatoire et la palpation, un coup d’écho s’impose là aussi.
Une épaule douloureuse ? une entorse de cheville ? un « kyste ». Même chose.
Avant cette formation, l’échographie me paraissait compliquée et pour tout dire réservé aux radiologues, ou aux gynécologues, aux gastro-entérologues, aux cardiologues. Bref, c’était un outil de Spécialiste !
Je suis en train de découvrir que même moi, petit généraliste de campagne, je suis capable d’apprivoiser ce « stéthoscope du 21ème siècle » (copyright : Pr J.M. Bourgeois  ;-)).
Je commence à comprendre l’écho-anatomie. Les structure apparaissant sur l’écran de l’appareil me deviennent rapidement familières.
Si certains de nos internes sont un peu habitués à l’échographie, je n’avais personnellement jamais pris en main un de ces appareils. La radiologie standard m’est familière depuis mes études. L’écho ne faisait pas partie des outils que je manipulais. C’est donc toute une sémiologie à apprendre. mais c’est un monde qui s’ouvre, une vraie révolution de la pratique…
Il faut parler du prix de la formation et  de celui de l’appareil.
Pour la formation, j’aurai tendance à dire que l’on n’a rien sans rien. Le rapport qualité/prix est excellent. Le Pr Bourgeois ne se fait pas payer pour ses prestations qui sont pourtant de très haute qualité. Le prix de la formation sers à entretenir la structure CFFE, à payer les employés qui font preuve d’un dévouement, d’un professionnalisme et d’une gentillesse extraordinaire.
Quant à l’appareil, il nous revient à 440 euro par mois, soit 220 euro par médecin et par mois. Certes, cela renchérit un peu les charges de cabinet, mais ce n’est pas rédhibitoire et pour un groupe de 3 ou 4 médecins cela deviendrait finalement peu cher.
Enfin, il est possible, après quelques mois de pratique, de coter certains examens. Ceux que l’on aurait de toute manière demandé au radiologue, par exemple. Ceux pour lequel le service rendu par le MG est finalement devenu équivalent à celui qu’aurait rendu un radiologue.
5 à 6 examens cotés par mois amortissent l’appareil…
D’ici la fin de l’année 2012, je pense pouvoir compenser le coût mensuel de l’appareil sans augmentation globale des dépenses de santé pour la sécurité sociale. (avec peut-être même des économie de transport à la clé)
Mes correspondants radiologues, débordés, ne m’en voudront sans doutes pas. Ou alors on retrouvera mon corps, au petit matin, une cassette radiologique enfoncée dans la gorge… 😉
Les patients y gagnent un meilleur service en terme de diagnostic, de sécurité et de proximité.

Au bout du compte, j’ai également l’impression que c’est aussi la Médecine Générale qui profite de la pénétration de l’échographie dans les cabinets de ville et de campagne.
C’est à mon avis un virage que les généralistes ont tout intérêt à prendre et qui revalorisera l’exercice de la MG bien plus que les mesures liberticides de la convention 2011. Continuer la lecture

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Kiné : Le métier idéal pour palper du Mâle ?

Petite cochonne va !

Plus sérieusement, WHAT THE F**CK ?
Ma fille, si c’est ce que tu penses vraiment, tu crains.
Si tu crois être sûre de ton choix, renseigne-toi. 
Et je vais te montrer pourquoi.
Les mecs aux 12 carrés de chocolat dans le bide et petit boxer bien moulant en soie dans un petit cul du feu de dieu ne viennent pas chez le kiné lambda. Ils ont leurs adresses, à la capitale, madââme. Si par chance y en a un qui vient, ça sera forcément pour une cheville ou un truc qui ne nécessite aucun déshabillage, vive la frustration.
Bizarrement, aucun dessin d’un kiné qui traite un pied ou une épaule avec l’aisselle à l’air. Les jeunes hommes, une demi-tablette de chocolat sous un nombril imberbe, ça ne pue pas des pieds, ça ne sent jamais la sueur rance de la veille, on le sait ça, aussi vrai que toutes les filles sont des princesses qui ne font jamais un seul vilain caca qui pue.
En libéral comme  à l’hôpital, hors spécialisation pédiatrique ou sport, les tablettes de chocolat ont souvent disparu depuis longtemps pour une belle bidoche de mousse bien tendre. Quelques poils poivre et sel, 5cm de longueur, bien frisés dépassent d’entre les mailles du slip kangourou élimé aux fesses. Même pour la kiné, il n’aurait pas mis son slip du dimanche celui-là.
Des hommes comme ça, je n’en ai pas vu beaucoup dans ma courte carrière. Et encore heureux, c’est tellement rare que quand ça arrive, je ne sais plus ou me mettre, parce que regarder, ça ne fait de mal à personne hein ?
Chéri si tu me lis, gueule pas, c’est pour les besoins du blog que je dis ça XD
Moi, je rougis tout de suite alors c’est pas discret, mieux vaut que j’évite.
J’ai déjà joué, à table, à celui qui décrira son crachat le plus moche de la matinée.
Mon best restera « la quenelle de steak mi-cuit en gelée ».
Quand le patient n’a pas vomi au lieu de cracher.
En kiné, on travaille avec des gens. Et chacun est unique. Il y a des gens beaux, moches, minces, grassouillets, obèses. Il y a ceux qui ont appris à se laver tous les jours, ceux à qui on a toujours dit de ne jamais gaspiller l’eau et qui se lavent de temps en temps. Il y a les chanceux qui sentent bon naturellement, qui suent très peu et qui ont la peau douce. Et puis ceux qui sentent, manque d’hygiène ou non – quand on lave le pied mais qu’on le remet dans une chaussure qui a 10 ans d’âge, autant ne pas le laver du tout. Ces odeurs naturelles pourtant mais qui foutent la honte aujourd’hui. Et tout ça, il faut être capable de l’accepter.
Pourquoi cette publicité me gêne ?
La profession de masseur-kinésithérapeute a bien évolué ces dernières années et le fantasme du kiné costaud avec des grosses mains bien poilues s’est un tantinet raréfié.
La féminisation des promotions atteint pas loin des 50-60% dans certaines écoles.
Y a assez de gros lourds aux blagues vaseuses qui courent la campagne, assez de cons assez confiants pour foutre leur paluche au cul de leur kiné(e) – vécu par une colègue – parce que « j’ai senti dans son massage qu’elle en avait envie la cochonne ».

Il est déjà  difficile dans ce boulot de se faire accepter et reconnaître en tant que professionnelle pour qu’une campagne de pub nous en remette une couche sur le dos. J’aimerais pouvoir être une kiné avant d’être une femme quand je bosse.
Le petit reluquage en coin, ça suffit hein.
J’aimerais croire qu’aucun de mes patients ne ressentira la moindre petite pointe d’excitation à l’idée que je le masse. Moi je dis, avec une pub pareille et une kiné bombasse en nuisette de diablesse :
Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ?

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Influence de la visite médicale sur les prescriptions des médecins

L’influence de l’industrie pharmaceutique et ses conséquences sur les prescriptions des médecins sont l’objet de vifs débats depuis plusieurs années. Que sait-on de manière objective sur ce sujet ? Si un certain nombre d’études ont été réalisées à l’étranger, très peu ont été conduites en France.


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Touche pas à ma prostate !

Je republie cet article de 2008 à l’occasion de la mise au point de la Haute Autorité de Santé du 4 avril 2012, qui confirme l’absence d’intérêt du dépistage du cancer de la prostate, y compris chez les sujets à risque. Ajout du 22 mai 2011 : pour des données à jour, écoutez plutôt l’émission du 20 mai 2011 : la Tête au Carré sur France-Inter. L’USPSTFa confirmé son avis le 21 mai 2012 Le dépistage systématique du cancer de la prostate n’est pas une (…)


Désinformation

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Coming Out

Il fallait que j’en parle à quelqu’un, quelque part. Je le sentais venir depuis quelques temps et ça s’est concrétisé depuis quelques mois. Je suis passée de l’autre côté de la barrière.
J’ai arrêté le libéral.
Je pense à Lucien et Renée, 87 et 80 ans, qui m’ont si vivement encouragée à sauter le pas. Ces inconnus chez qui je débarquais pour faire mon travail. Comme une grande. Un travail qui est devenu un plaisir, une joie. De passer, juste m’assurer que tout allait bien et m’asseoir pour discuter. C’est Renée, la première de toutes qui a senti ma carapace se fissurer, qui a bien vu le dilemme qui m’étreignait. J’ai vu leurs efforts pour me soutenir et ce que ça leur a coûté de ne pas me décourager juste pour le plaisir de me garder auprès d’eux.
J’ai aimé intensément ce bref passage en libéral. J’ai plus grandi, appris en 6 mois qu’en 4 années d’études. J’ai fait un nombre incalculable de rencontres fortes et enrichissantes. Je me suis jetée dans ce boulot avec tout mon coeur. Toujours intéressée, toujours en train de me remettre en question pour avancer, pour aider les autres. Ce métier, j’en ai fait une passion. Ça a dépoté. Je suis immensément fière de ce que j’ai pu construire avec certains. Je me suis sentie par moment, reconnue, définitivement à ma place. Pas pour mes multiples publications (aheum) mais dans ces petites choses simples et pragmatiques qui font de moi une soignante différente. Meilleure. J’espère.
Chaque échec me prenait aux tripes, violemment. J’avais toujours du mal à m’en relever et en même temps, ça me tirait d’autant plus en avant. Parce que je me démenais d’autant plus pour passer au-delà. J’étais fière de dire aux patients que je ne savais pas et leur montrer combien je m’investissais pour le savoir. Il n’y a qu’avec les cons que je galérai de bout en bout.
Je m’y suis sentie terriblement vivante.
Sans voir au début cette ombre qui grignotait progressivement tout le reste. Cet ultra-investissement qui rendait mon boulot si passionnant a fait son trou au détriment de ma vie privée. Les horaires, la frustration de rentrer tard qui s’ajoutait à la fatigue. La course aux honoraires qui me réveillait la nuit, choquée qu’on puisse ne pas vouloir me payer une prestation 100% remboursée. L’éternelle bataille perdue d’avance avec les trente-six mille instances (urssaf, sécu, mutuelles) où rien ne peut se régler simplement sans trois courriers, deux appels, deux recommandés et un appel de confirmation. 65 jours pour ma CPS. Si j’avais su qu’en chialant au tel ça se résoudrait en 5jours, ça n’aurait pas autant traîné. Multiples combats à mener sur mon maigre temps libre. Bien sûr.
Il y a eu ces mots, ce ton qui s’est aigri quand je réalisais que Chéri venait de me bousiller ENCORE une paire de chaussette (mettre un 45 dans mon 37, on n’a pas idée) ou que lui venait la bonne idée de passer l’aspirateur. Une vraie mégère. Ces câlins, ces gestes tendres qui se sont clairsemés parce que toujours sur les dents, toujours énervée. Cette impression insupportable de ne plus avoir le temps ou l’envie d’accorder mon attention à l’autre.
Et puis mon contrat s’est terminé. Il y eu cette ville, pratique pour Chéri, moins chère, où nous avons déménagé. Cette ville avec l’hôpital d’à côté qui cherchait un kiné.
Voilà, tout est dit.
C’est plus physique, les patients ne font que passer alors les liens sont moins forts, le suivi au long cours me manque mais l’ambiance d’équipe, j’adore. Je masse moins au boulot, c’est Chéri que je masse maintenant. Mon salaire se calcule et se vire tout seul sur mon compte. Je croise le docteur tous les jours et même que y a pas de secrétaire pour m’empêcher de lui parler J’ai du temps pour moi , du temps pour déconnecter. Quand je sors, que je claque la porte de la voiture, je claque aussi celle derrière laquelle s’accumulent les soucis.
Le prochain beau week-end home sweet home, on ira boire un verre dans le jardin, chez Lucien et Renée.

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Lettre ouverte au président de la Haute autorité de santé (HAS)

Une Recommandation utile aux parcours des autistes, sous réserve qu’on ne confonde pas l’accompagnement des personnes avec des procédures


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