Archives mensuelles : février 2012

Médecine, cuisine et musique

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Publié dans histoires de coeur, musique, premières fois | Commentaires fermés sur Médecine, cuisine et musique

ACTA au pays des rameurs

Je cherchais une occasion pour évoquer mon livre sur Atoute en évitant de rédiger un article purement promotionnel. L’occasion m’en a été donnée samedi par Jérémie Zimmerman et Xavier de la Porte et je les en remercie.


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Vivre ou survivre ?

Vivre ou soigner, pourquoi choisir ?
Je crois que mon premier médecin traitant, qui m’a suivi pendant plus de vingt ans appartenait à une espèce en voie de disparition. Sans secrétariat, il était toujours disponible pour répondre à n’importe laquelle de mes interrogations sans interruption de 9h à 19h30, 5 jours sur 7, même à l’heure du déjeuner. En échange, je ne lui tenais pas rigueur de répondre au téléphone lors de mes propres consultations. Œil pour œil, dent pour dent. Je ne l’ai jamais vu perdre le fil malgré une interruption de consult. A mon sens, c’était rare et précieux. Ça l’est toujours.
De plus, chaque fois où pauvre inculte, je l’ai appelé pour une grosse rhino J2, il me trouvait miraculeusement une place dans la journée.
Mon nouveau médecin généraliste, pétillante, piquante, rigolote a la quarantaine, au moins deux gamins, un secrétariat téléphonique et des horaires limités. 8h30-11h30 14h-18h, 4 jours sur 7. Injoignable. Après une longue attente et d’âpres négociations, une secrétaire au ton revêche consent à lui laisser un message. « Le docteur vous rappellera ».
Quand elle veut. Quand elle aura le temps.
Je crois que faciliter l’accès au soin a eu l’effet pervers de renforcer l’égocentrisme de tout un chacun. On s’écoute plus et quand quelque chose va de travers, on consulte tout de suite. Des fois que ça soit un cancer cette douleur dans la fesse quand j’ai éternué, je vais aller demander au docteur, ce fainéant qui ne peut me recevoir que demain, ce qu’il en pense.
Alors oui, la mortalité a baissé en parallèle, l’espérance de vie en bonne santé a explosé. Combien consultent pour un truc insignifiant auquel leurs grands-parents n’auraient pas prêté attention ? Combien engorgent les cabinets médicaux et les urgences pour des problèmes qui trouveraient leur solution ailleurs, plus tard, ou pire qui pourraient guérir tout seul ?
L’hyper-consumérisme qui nous contamine petit à petit – quel est ce ringard qui n’a pas changé de téléphone depuis deux ans, DEUX ANS – s’étend à la santé. Et c’est dangereux.
La notion d’urgence est totalement détraquée. On veut tout, tout de suite.
Une collègue :« Max et moi on avait la grippe, on est allés aux urgences dimanche, le médecin il a jamais de place, et puis il est toujours en retard, si tu voyais ce qu’on a attendu, jamais organisés aux urgences ». Je la renie ou pas ?
3 heures d’attente aux urgences pour du doliprane et du sirop, ça valait le coup chère amie, je comprends que tu sois fière.
Et personne ne nous éduque. Ce mot affreux, comme si nous pauvres moutons avions besoin d’être dressés à la santé. On a juste besoin de comprendre. De comprendre qu’avant quelques jours de fièvre et de nez qui coule chez un individu en bonne santé, pas la peine d’aller voir le docteur, la pharmacienne peut vous délivrer le seul truc qui vous sauvera, du paracétamol et du sirop, si vraiment vous vous mourrez d’un mal de gorge. Votre docteur ne fera pas mieux. Et vous lui laisserez le temps de faire mieux avec d’autres. De l’altruisme en somme.
En vacances dans un pays étranger, je me suis fait jeter en appelant un service de garde pour ma grand-mère de 80 ans terrassée hors territoire français par un bon 38,5°C depuis 48h.
« Avant 5 jours de fièvre simple, pas la peine de consulter ».
Toujours plus de boulot, toujours plus de départ en retraite non remplacés par un numerus clausus qui aurait dû augmenter depuis des années, ne nous étonnons pas que nos médecins souffrent. Et soutenons-les un peu plutôt que de leur cracher dessus pour les délais, le retard et le manque d’attention, après 12h de boulot et un sandwich au jambon trempé dans le thé à 15h (l’histoire complète ici ), sauver des vies, c’est pas évident.
Je regrette parfois mon ancien docteur. Les délais d’accès au soin sont plus longs, les détours administratifs plus chiants et le niveau de retard pas meilleur. J’adore la nouvelle et je ne peux plus lui en vouloir. Parce que maintenant moi aussi j’ai goûté au libéral.
Je croyais que ça serait simple, sombre idiote.
Moi ou eux. Le chantage affectif permanent.
Con pour une fille qui n’a jamais appris à dire non.
Mon collègue frappe, « une kiné respi, tu prends ? » et me tend le téléphone, oui, j’ai un planning assez souple, j’adore ça, ça devrait le faire.
« Je ne peux être là qu’à partir de 19h45 ».
Merde. Je finissais à 18h45 ce soir et les suivants. Tous mes collègues du cabinet sont occupés, la dame est au téléphone depuis plusieurs minutes maintenant, tant pis, je prend.
Y a un bébé pas en forme en jeu derrière. 
Évidemment, le dernier patient me pose un lapin, 18h10, prochain patient à voir dans plus d’une heure trente, la compta est à la maison, si je rentre, je ne pourrais plus me garer en revenant. Tentons le défi, faire un max de sudoku hard core d’ici là.
Évidemment, ce soir, ça bouchonne. La dame arrivera à 20h30, le bébé trop mal en point pour ne pas être revu le lendemain, je rentrerais à 21h ce soir là et les suivants.
Partie 12h de chez moi seulement 8h sur les 12 de rémunérées (lapins, creux…). Crevée, mauvaise, mal au crâne (le fameux sudoku) Chéri se demande si je n’ai pas mes règles.
« Vous ne pouvez pas un peu plus tard ? »
J’avais prévu de finir à 16h mais soit, venez à 16h après tout, ce n’est que 30mn de plus. Il est encore tôt. Je ne sais pas dire non, je m’incline, leurs desiderata horaires contre mon temps libre. « je vais pas chipoter pour 30mn ». Bah si, je devrais, mais je n’y arrive pas.
J’en ai parlé à mon docteur, je lui ai dit combien je me sentais fragile, que je me donnais trop pour ce boulot, que à toujours choisir lui au détriment de moi, la petite flamme qui me pousse dans la vie s’amenuisait, insidieusement. En quelques mois seulement. Ce goût si amer dans la bouche, déjà. Elle m’a parlé d’elle, de sa difficulté aussi à cloisonner au début, de l’importance de ce geste. Fermer la porte le soir, avec un retard raisonnable, la fermer bien étroitement et laisser tout derrière pour se retrouver soi.
Sans le docteur avec.
Je n’ai pas su décoller la kiné qui s’accroche à mes basques.
Elle m’a piqué le temps que j’avais pour moi, pour nous.
Depuis, je me suis trouvé un hôpital à taille humaine, un CH sans U à la fin. Pour faire une pause avec le si envahissant exercice libéral. 
J’ai sorti la tête de l’eau.
Et je ne peux que le souhaiter à ceux que je vois souffrir, qui me serrent la gorge avec leur détresse de vrais soignants, ceux qui veulent aider et qui se noient dans ce boulot si prenant, si envahissant. Je culpabilise de pouvoir si facilement changer de boulot contrairement à eux probablement. Culpabilité qui ne sert strictement à rien, un truc de plus à travailler
Fluorette, je pense à toi, aux autres. Tenez bon. Ou ne tenez pas.
Mais cherchez l’équilibre.
Facile à dire.

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Chroniques de la folie ordinaire

Je n’avais pas souvenir d’une période de février aussi chargée. Cela fait pourtant 5 ans que je bataille ici.
Et là, le mot « batailler » prends tout son sens.
40 à 50 personnes par jour et par médecin dont 15 cas de traumato, des grippes comme s’il en pleuvait, des rougeoles à la pelle et pour faire bonne mesure, des « petites » urgences de médecine générale de montagne : gelures des orteils, douleurs thoraciques, polytrauma, coliques néphrétiques…
13 jours d’affilé, à travailler 14 h par jour, plus 4 nuits d’astreinte, évidemment loin d’être calmes.
Cette fois, j’ai vraiment cru ne pas y arriver.

Il y a eu ce jour, par exemple où nous avons enchaîné les grippes et les fractures de 8 h du matin à 15 h et où nous avons brutalement reçu en même temps une jeune femme atteinte de coliques néphrétiques hyperalgiques, un artisan local avec une luxation de l’épaule, et un homme de 50 ans avec état de mal asthmatique.
A ce moment, j’étais en train de tenter d’enlever la chaussure de ski d’un ado qui s’était à l’évidence cassé tibia et péroné sur les pistes, avec l’aide de mon associé. Il tenait la jambe, j’écartais la chaussure au maximum et commençais à la faire pivoter vers le bas. Nous lui avions déjà posé une voie veineuse et fait une ampoule de morphine. La maman tenait le masque de protoxyde d’azote.
Pauline, la secrétaire, est entrée en salle de radio et nous a annoncé la situation. Elle avait installé les gens au milieu de la salle d’attente. Le box de trauma était déjà occupé. Nos regards se sont croisés, accablés.
Pour faire ce type de médecine, il faut aimer les challenges et l’action, un peu comme un vrai urgentiste, dopé à l’adrénaline, et il est assez vrai que l’on se sent vivre pleinement quand on maîtrise des situations un peu tendues.  Un peu d’orgueil sans doute, ou l’impression grisante d’être réellement utile de temps en temps, plus utile que lorsque l’on prescrit du paracétamol et du sérum physiologique à des rhino-pharyngites banales.
Mais il vient un moment où l’on a l’impression de ne plus rien contrôler du tout. Il n’y a plus d’ambulances disponible sur le secteur pour descendre les plus malades à la ville. Les pompiers sont occupés. Le SAMU, visiblement débordé lui même régule « à l’arrache » en nous envoyant des patients qui n’ont rien à faire dans nos cabinets, l’un gémit sur son brancard, l’autre soutient son bras, une femme pleure bruyamment (la colique néphrétique ?), un homme tousse,  la salle d’attente est pleine de cris d’enfants, le téléphone sonne sans arrêt, un gyrophare devant la porte d’entrée annonce l’arrivée d’un autre blessé, et une sourde colère qui monte en moi me rappelle que je suis en pleine hypoglycémie. D’ailleurs, j’aperçois mon sandwich au jambon, à peine entamé abandonné sous le négatoscope, hors d’atteinte…
Si seulement je n’avais pas si mal au dos! Une vilaine dorsalgie, pas vraiment étonnante dans le contexte.
Finalement, nous nous en sommes sortis, cette fois encore, avec l’aide d’Emilie, notre interne qui c’est vraiment, mais alors vraiment, sorti les doigts du c…si vous me permettez cette expression triviale. Merci Emilie !
La jambe a été radiographiée et immobilisée dans une attelle pneumatique, puis le jeune calmé, mis de coté 2 ou 3 h en attendant un transport disponible.
La colique néphrétique a été perfusée et calmée.
L’épaule a été réduite, difficilement, sous morphine/hypnovel heureusement bien supportés.
La crise d’asthme a cédé sous aérosols, bricanyl et solumédrol.
Les poignets ont eu leur résine, les clavicules leurs anneaux, et les dizaines de « grippe » ont été vues… (il y avait quelques rougeoles et une pneumopathie au milieu).
Ouf ! Cette fois encore, c’est passé in extremis.
Il y a eu aussi ce jour de week-end ou nous avons reçu ce patient, adressé en ambulance par le SAMU. 4 h plus tôt, il avait fait une chute lors d’une ballade en raquettes, tout seul dans la montagne. Selon lui, 30 à 40 m de glissade sur la neige gelée, suivi d’un arrêt (brutal !) dans les sapins. Après avoir vainement appelé à l’aide, il est reparti en marchant péniblement pendant une heure, dans la neige, bizarrement essoufflé, jusqu’au chalet du bas des pistes de ski, où il s’est effondré. Premier bilan des pisteurs secouristes : Luxation d’une épaule et d’un pouce, douleurs aux cotes, large plaie de la face interne de la cuisse et SpO2 à 71 % en air libre à 1800 m d’altitude. (pour les non médecins, la SpO2, c’est la saturation percutanée en oxygène, le reflet de l’oxygénation du sang, en quelque sorte. Et la normale est autour de 94 % pour un homme de son age à cette altitude, 90 % étant habituellement le niveau où l’on commence à administrer de l’oxygène aux insuffisants respiratoires).
Et bien non. C’est chez nous que le SAMU a décidé de le diriger. Mais ça tombe bien, nous n’avions rien à foutre. Nous étions seulement en train de conditionner un polyvasculaire souffrant de douleurs thoraciques (Syndrome coronarien Aigu à ST -) tout en gérant les inévitables fractures de poignet des snowboarders, les gastro entérites avec déshydratation…
Le polytrauma a été perfusé, calmé, et il est parti en ambulance pour l’hopital sous 6 litres d’oxygène par minute. Volet costal  (10 côtes cassées quand même!) avec hémo-pneumothorax. Son épaule et son pouce n’ont pu être réduits que sous anesthésie, à l’hôpital.
L’infarctus, lui, est parti en hélicoptère.
C’est passé encore cette fois là.
Chacune de ces putain de journées a été une putain de bataille, dont on n’est jamais sûr de sortir vainqueur.
Le travail, nous sommes bien obligé de le faire nous même, avec la seule aide de nos précieuses secrétaires et des associés/amis/frères d’arme. Pas de manipulateur radio, pas d’infirmière, pas de brancardier.
Les ambulanciers, aussi débordés que nous, et les pompiers, de temps en temps.

Nous avons depuis longtemps dépassé la côte d’alerte. La sécurité ne me parait plus réellement assurée lors des périodes touristiques.
Pour ma part, ce sont de plus en plus, des semaines de folie furieuse, dont je sors comme un zombie, avec l’impression pénible de ne plus maîtriser les choses, avec l’angoisse d’être passé à coté d’un diagnostic grave, d’avoir fait une erreur aux conséquences funestes, mais comment se dérober lorsque la détresse est réelle, lorsque l’urgence est là ?
Un peu de burn out sans doute, ou je suis trop vieux pour ce genre de bêtises !
Pourtant la saison n’est pas finie. La deuxième mi-temps des vacances de février commence demain. De nouveau 2 semaines de folie et le WE de garde entre les deux. La deuxième semaine sera peut-être plus calme avec une seule zone sur les pistes. Puis il restera encore un mois et demi en pente douce jusqu’à la fermeture, fin avril.
Et les gens du crus nous attendent après le rush. Nous recommencerons alors à pratiquer exclusivement la médecine de campagne…
Une autre aventure avec notre nouvel échographe qui devrait être là…

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Saturday night fever

Week-end de garde.   Matinée à thème « il a 5 ans et 40° de fièvre, qu’est-ce que vous allez lui donner comme antibio? » C’est la grippe, ma pauvre Simone, je sais bien qu’elle est tardive cette année, elle n’en nécessite pas pour autant des antibiotiques, et il te faudra patienter quelques jours avec Enzo/Lucas/Mathis qui […] Continuer la lecture

Publié dans Etrangers, Garde, La vie n'est pas un long fleuve tranquille, Maltraitance | Commentaires fermés sur Saturday night fever

Mon année sabbatique 2

Les événements relatés ici suivent directement les événements d’ici.

Je viens de finir une semaine de remplacements, j’ai le sentiment d’avoir fait du bon boulot, j’ai travaillé une semaine et gagné autant qu’en un mois de salaire d’interne…où est l’erreur ?
J’ai passé une semaine de vacances à marcher dans les montagnes du Maroc, très très bien et je suis en train de me préparer mon prochain Continuer la lecture

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Pour rouler en ferrari, faites kiné

Vous ne m’avez pas encore vu passer dans ma Porsche ? C’était peut-être dans ma Mustang alors. Parce que c’est connu, les kinés, ils gagnent bien leur vie.
« Ils font tous pas moins de 18000€ par mois, qu’ils arrêtent de se plaindre ».
Le net foisonne de ces petites remarques piquantes, empreintes de jalousie, de mépris voir de condescendance pour ces nantis que nous sommes qui osent parfois se plaindre de leurs conditions de travail.
J’aimerais clarifier certains points sur notre rémunération, histoire qu’on arrête de toujours généraliser dans le sens des pourris. Ça suffit de toujours mettre tout le monde dans le même bateau, surtout quand c’est celui à la coque rouillée qui pue le fioul.
1-     En salariat
Jusqu’à il y a très peu de temps, le masseur kinésithérapeute salarié était reconnu Bac+2. Oui, bac +2 car les trois ans d’études ne forment que deux cycles et que l’année de sélection n’étant pas uniforme en France, elle ne peut être comptabilisée.
Allez, une première année de médecin gratis ! Vive la France !
Considérés comme cadres de catégorie B, le salaire à l’embauche dans la fonction publique est de 1380€ net pour un débutant. Pour 4 ans d’études et un métier à responsabilités.
Même combat que pour les infirmières et les sages-femmes. Valorisation zéro.
Grande révolution en 2011, notre diplôme a été revalorisé Bac + 3 et nous devrions pouvoir accéder en 2012 à la catégorie A de la fonction publique. Reste à savoir quel avantage financier nous allons pouvoir retirer de cette réforme.
1380€ ? Elle est loin la ferrari.
Contractuel de la fonction publique ou salarié du privé, les salaires net sont plus élevée mais dépassent rarement les 1800€ net à l’embauche.
2-     Le libéral
Parlons-en du libéral.
L’énorme avantage de la kiné, c’est d’être un domaine où la rémunération et les conditions de travail sont extrêmement variables, tout dépend du professionnel de ses choix de carrière et de vie.
EN THEORIE
Pour donner lieu à remboursement par l’assurance maladie, les actes doivent impérativement figurer et se conformer à la NGAP : nomenclature générale des actes professionnels. (1)
Pour les kinésithérapeutes, vous pouvez vous reporter aux pages 70 à 80.
La NGAP définit la séance de kiné en ces termes :
« Sauf exceptions prévues dans le texte, la durée des séances est de l’ordre de trente minutes. Hormis les modalités particulières de traitement prévues par le chapitre III, le masseur-kinésithérapeute se consacre exclusivement à son patient. »

« Si le praticien choisit d’accueillir deux ou trois  patients (le nombre de malades pris en charge simultanément ne peut excéder trois), le temps consacré individuellement à chaque patient par le praticien doit être de l’ordre de trente minutes, par période continue ou fractionné »
En théorie donc, les MK qui ne respectent pas ces règles sont passibles d’un déconventionnement, ne pourront plus prétendre à un remboursement de leurs actes.
Aheum.
Question rémunération, nos actes s’échelonnent de 12€ (aaargh tuez nous de suite) à 20€ selon la pathologie aux tarifs de la sécurité sociale et ce pour des « séances de l’ordre de 30 minutes ». Le tarif le plus courant est de 15€30 la séance.
Imaginons un kiné « raisonnable » qui travaille selon les règles de la NGAP, de 9h à 19h, 5 jours sur 7 avec 30mn de pause déjeuner. Un patient par demi-heure soit 19 séances par jour. Partons sur une base de 12 séances à 15€30 et 7 à 19€30, deuxième cotation la plus utilisée.
Chiffre d’affaire (CA) quotidien : 320€
CA mensuel : 6400€
Mais on parle de CHIFFRE d’AFFAIRE ! Auquel il faut retirer toutes les charges professionnelles, immobilier, matériel, URSSAF (mon amour), caisse de retraite…
Grosso modo vous pouvez enlever 50%. Et encore, c’est gentil.
Donc un salaire net de 3200€.
Rémunération horaire nette de 15 à 20€ l’heure selon les pathologies en question.
Oui mais pour plus de 47h de travail hebdomadaire. Ce qui est le principal problème du libéral, on peut bien y gagner sa vie mais pas sans compromis sur le temps de travail. 
Ramené aux 35h, on avoisine les 2400€ mensuels. Ce qui correspond à un bon revenu, je ne vais pas cracher dessus évidemment, mais rien à voir avec les 18000€ promis. Dommage.
Trop tard pour changer de voie ?
N’oublions pas non plus que le professionnel libéral ne dispose pas de congés payés ! Que partir en vacances compte double avec avant même le coût des vacances, la perte de revenus liée à l’arrêt temporaire de l’activité. Le remplaçant n’est pas là pour payer les vacances du kiné mais plutôt pour aider à payer les charges du cabinet qui ne s’arrêtent pas en même temps que vous. Malheureusement.
EN PRATIQUE :
Pour info, le revenu moyen net annuel avant impôt des masseurs-kinésithérapeutes libéraux en 2010 s’élève à 38700€, soit 3200€ par mois. Quelle surprise.
[Phrase rajoutée après la petite simulation maison, je m’auto-épate d’être tombée juste]

Alors oui, certains s’en font des couilles en or. Mais pour un qui frime en Lamborghini, y’en a plein qui triment pour pas cher pour qu’on ait une moyenne si basse.
« De l’ordre de 30mn »
On peut déjà imaginer inclure dans cette définition des séances de 20mn. Mieux vaut 20 minutes complètes avec le kiné que 30mn tout seul dans son coin. Ce qui permettrait d’augmenter son chiffre d’affaire de 30% mais attention, l’organisation est cauchemardesque. 20mn, c’est court, surtout si mamie est lente à se déshabiller et qu’il faut faire le chèque à la fin. On peut vite se retrouver à ne faire que 10mn de papouilles et ne plus rentrer dans le cadre. Conscience professionnelle, tu me tueras.
Les contrôles de la sécurité sociale sont assez rares et permettent certaines libertés.
Il ne faut pas se leurrer, le matériel ça aide. Le jeune sportif qui vient faire 15 minutes de vélo, je ne vais pas lui tenir la main et le regarder pédaler dans le blanc de l’œil. Quoique, selon le gabarit et le sex-appeal… Et avec deux vélos, on peut mettre une mamie aussi en même temps que le petit jeune et les laisser faire connaissance pendant qu’on va masser un troisième patient. Mais là encore, vive l’organisation de fou.
Rien ne vous empêche de recevoir 12 patients par heure. Lui – ou elle, ne soyons pas sexiste –  gagne probablement 18000€ bruts mensuels soit 9000€ nets et se paye peut-être même le luxe de finir plus tôt.  Mais si vous êtes kiné, que vous le faites et que vous conservez la sensation de bien soigner, il faut qu’on se parle. Je ne comprend pas comment logistiquement c’est possible. M’enfin je débute. On verra d’ici 10 ans.
Oui, comme partout, certains profitent. Et ils ont raison puisque le système leur permet et les y encourage presque. Nous envoyer toujours plus de patients sans former suffisamment de professionnels et râler après qu’on soigne mal parce que débordés, c’est quand même culotté.
Ce qui est cruel, c’est ce choix perpétuel à faire, profiter au détriment du patient en condensant les séances ou au détriment de soi en étalant ses horaires.
Un ami gagne 4300€ net par mois pour 56 heures effectives de travail/semaine sans pause déjeuner. Et encore heureux qu’il gagne bien sa vie. Il prend un patient par demi-heure, jamais plus de 3 par heure, il soigne bien, il est à l’écoute. C’est un bon kiné, il mérite son salaire, lui. Dommage car je serais surprise que dans deux ans, il ne se soit pas suicidé.
Il gagne bien mais il n’a plus le temps de vivre. C’est con hein.
Moi je ne veux pas choisir entre moi et eux.
Alors pour un temps, le libéral, j’ai arrêté
PS : Si vous avez eu pitié, c’est bientôt mon anniversaire, y a une idée toute faite Ici (Click!)

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Réunionite

Définition : nom féminin malheureusement souvent pluriel, réaction inflammatoire allergique, pustuleuse, prurigineuse, nauséeuse et gerbative à un excès de réunions en tout genre. A ne pas confondre avec le syndrome de manque de l’ile de la Réunion…rien à voir.

Il était vraiment temps que je parte. L’histoire se situe entre "thèse 7" et "mon année sabbatique 1".

Un de mes premiers stages Continuer la lecture

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Mon année sabbatique 1

Les événements que je vais relater ici se déroulent entre "Thèse 7" et "Thèse 8". C’est un spin-off en quelque sorte (pour les habitués des séries télé).

Je résume un peu la fin de mon internat : 2 semestres en périphérie, très bien, j’avais une vie. Puis 4 semestres en CHU où je n’avais pas assez de temps pour dormir. Suivis de 2 semestres en périphérie où il fallait que je fasse le recueil de Continuer la lecture

Publié dans année sabbatique, CHU | Commentaires fermés sur Mon année sabbatique 1

Thèse 7

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Hiver

J’ai perdu mon premier patient un matin d’hiver.

C’était une matinée de week end, où on fait la visite en espérant partir au plus vite. D’ailleurs j’étais venue tôt, ma visite était finie, je n’attendais plus que les résultats des bilan bios avant de partir. Ma chef donnait un avis aux urgences, je buvais un café avec l’équipe, à discuter de ces choses banales qui bercent le quotidien des équipes. Une chambre a sonné. « M. Pierre vomit encore ».

Pourtant, M. Pierre va bien. Il est aphasique et n’attend plus qu’une place en rééduc, mais il va bien. Je l’ai vu tout à l’heure à la visite, ça allait ; je retourne le voir. Ce matin, M. Pierre en bon aphasique qu’il est ; est incapable de m’indiquer ce qui ne va pas, s’il a mal et où. Alors je palpe, j’ausculte, je contrôle l’ECG. Je sors de la chambre, et écris un mot rassurant dans le dossier « examen clinique rassurant, abdomen souple, auscultation cardiopulm et ECG RAS. Bilan de principe car vomissements itératifs inexpliqués ». Je demande à l’infirmière de prélever M. Pierre.
Soudain, on vient me chercher : Dis, Maud a besoin de toi TOUT DE SUITE. Ça sent mauvais ça. Dans la chambre, Maud est figée, son plateau de prélèvement à la main, et M. Pierre est livide. J’échange un regard avec Maud, la jeune infirmière qui a pris son premier poste en même temps que j’entamais mon premier semestre de ma vie d’interne. Ensemble,  on a fait notre première transfusion  et géré notre première complication transfusionnelle ; ensemble on affronte les doutes de toutes jeunes professionnelles, chacune dans son métier.

Mais là, de doute, il n’y en a plus. M. Pierre est en arrêt cardio respiratoire. Je cherche rapidement un pouls, évidemment absent. Je jette « cherchez le chariot d’urgence appellez les réa ». Maud réagit soudain, abaisse la tête de lit, débranche le matelas anti escarre pendant que je commence à masser. Il se passe une chose étrange pendant les premiers instants de massage cardiaque ; oxygéné, le visage se recolore, et on a l’impression que ça y est, c’est bon, la vie est revenue ; mais non. Non.
On s’est relayées pour masser comme on pouvait en attendant les réa. C’était la toute première fois de ma vie que je le faisais en vrai. Je me souviens du matelas anti escarre qui se dégonflait à chaque impulsion, d’avoir massé jusqu’à épuisement, « Un putain bordel Deux putain merde Trois », de mon sentiment d’incongruité. Je me souviens ne m’être rendu compte qu’avec retard que le voisin de chambre, un petit papito dément était là et nous regardait avec effarement. Tout cela n’avait rien de glorieux. Pas de révélation transcendante sur la meilleure façon de réanimer. Uniquement l’énergie du « oh putain, c’est pas vrai c’est pas vrai ». Le défibrillateur refusait de choquer. Rythme plat.

Les réas sont arrivés, et quelques ampoules d’adré plus tard, le décès était prononcé.

 

On s’est regardé avec la sénior. On a appelé la famille, pour leur dire de revenir, vite. La sénior m’a dit « rentre chez toi, tu as finis ta visite et il n’y a plus rien à faire, je verrai les bio ».
Je me souviens que dans le RER, j’ai pleuré. Ca a explosé d’un coup, quelque part après denfert, alors que je repensais au dernier mot que j’avais écrit dans le dossier « Examen clinique rassurant ». Tu parles. Putain de sens clinique.
La culpabilité et la peur m’ont prise à la gorge, et les larmes ont jailli. Pas la petite larmichette des séries TV où le héros pleure un peu parce que c’est dur mais pas trop parce qu’il est fort. Non. Des gros sanglots de mioche inconsolable qui pleure jusqu’à l’endormissement. J’avais l’air d’une échappée de l’asile, pleine d’eau et de morve.

 

Aujourd’hui encore, en y repensant la culpabilité me ronge. Qu’ai-je loupé ? Il n’y a pas eu d’autopsie, pas de RMM, rien. J’aurai préféré.

 

 A mon entrée chez mes parents, tout le monde s’est tourné vers moi. « Aaaah, enfin, on t’attendait pour les cadeaux ».

Noël, j’avais oublié.

 

Comme dit Mike ; On est bien seuls.

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Hiver

J’ai perdu mon premier patient un matin d’hiver. C’était une matinée de week end, où on fait la visite en espérant partir au plus vite. D’ailleurs j’étais venue tôt, ma visite était finie, je n’attendais plus que les résultats des bilan bios avant de partir. Ma chef donnait un avis aux[…] Continuer la lecture

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L’amor y a

Je sais pas bien pourquoi je suis amoureuse comme ça des Martin. Ils n’ont rien d’exceptionnel, les Martin, et pourtant à chaque fois que j’arrive au cabinet du Dr Carotte et que je les vois sur le trottoir, j’ai le petit chaud au cœur d’une journée qui commence bien. Faut dire qu’ils m’aiment bien aussi […] Continuer la lecture

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Thèse 6

Previously on "Thèse" : episodes 1, 2, 3, 4 and 5.

Que faire ?

Bon, réfléchissons. L’ambiance aux soirées internat ne démarre vraiment qu’à partir de minuit, il me reste encore 1h de boulot. J’accélère, je finis 5 dossiers en 1 heure et je m’arrache. Comme ça il m’en restera 15 pour demain. Je reviendrai à 5h du matin, je bosse 3h et c’est bon, je serai prêt pour le rendez-vous à 8h30. Ça va Continuer la lecture

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Le verre à moitié vide

Une banale histoire où tout n’est que question de point de vue. 
Noël est un de mes patients réguliers. Très régulier, le genre ad vitam aeternam. Et heureusement, entre nous le courant passe. Parce qu’à raison d’une heure trente par semaine, mieux vaut qu’on se supporte. Sinon je ne suis pas sûre d’être capable de faire du vraiment bon travail.
Noël approche les 90 printemps dont 20 sous l’étiquette de bronchiteux chronique. Une BPCO. Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive. Chronique. La tuile.
Détérioration lente, progressive et inévitable de la fonction pulmonaire.
Bon à jeter ?
Le but du masseur-kinésithérapeute dans ce type de cas n’est pas celui qu’on croit. Aider au désencombrement si nécessaire oui, mais ce n’est pas la priorité n°1. Avant tout, il faut bosser sur l’auto-prise en charge. Un patient qui comprend sa maladie et le pourquoi de ses traitements, c’est déjà la moitié du boulot de fait. S’il prend bien ses aérosols et qu’en plus il les fait suivre d’un bon auto-drainage alors là, chapeau. Et s’il a compris l’IMMENSE intérêt d’un exercice physique quotidien et bien c’est que votre kiné est un pro. A partir de là, le boulot restant va plus être du contrôle de ce qu’il fait au quotidien, discussion, évaluation, adaptation… Et si jamais il se noie dans ses sécrétions, alors oui, j’aide au drainage.
Bon à jeter ?
Oui parce que 20 ans de BPCO, ça laisse des traces. Noël est a minimum 4 sur 5 à l’échelle de dyspnée de Sadoul. En clair, il a du mal a respirer et se fatigue même à la marche lente.
Bon à jeter ?
Moi Noël, il me plaît, il en veut, toujours, tout le temps, il n’arrête jamais. Il tond sa pelouse, taille ses haies, va chercher le pain tous les jours, marche une heure ou deux quand il fait beau. Essoufflé, certes, mais il gère. Il m’impressionne. La moitié de mes patients du même âge moins malades n’en font pas autant.
Alors non, pour moi, Noël n’est pas à jeter. Au contraire. Il s’auto-conserve grâce à son caractère, qu’il continue, je ne vais pas l’en blâmer. Je vais le guider pour optimiser tout ça  et il va recommencer à galoper d’ici peu.
Moi j’y crois, Noël c’est mon champion à nous deux, on va faire du bon boulot.
Noël fait partie de ces patients qui me tirent en avant. Il est en demande et ça me pousse à m’investir d’autant plus. Et plus je suis investie, en général, meilleurs sont les résultats.
J’ai appelé le service spécialisé qui le suit. Aller plus loin, bien le connaître sur le plan physio, les détails de SA BPCO et peut-être qui sait discuter pour mettre en place la meilleure des stratégies. Permettre à Noël d’optimiser au top ses capacités pour vivre au mieux le plus longtemps possible. Encore un challenge qui efface les petites contrariétés du quotidien.
Ah oui, Noël.
C’est bien ce que vous faites avec lui
C’est un cas grave hein, très grave.
De toute façon, hein…
A l’hôpital, il est le pire de tous. Le plus mal en point. Celui pour qui ils sont en impasse thérapeutique. Celui qui est mourant. Même si c’est depuis quelques années maintenant. Chez moi, c’est le seul. Donc au choix, pire ou meilleur, on a décidé tous les deux, Noël sera mon meilleur. 

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Histoire de bronchiolite

Histoire de bronchiolite n°1 : Réaliser une auscultation utile
Mon plus grand fantasme professionnel.
    Mattéo 9 mois arrive, 6èmebronchiolite (déjà j’aime moyen, mais on en reparlera).Il écarquille les yeux dans le hall d’entrée du cabinet, plisse les yeux, ouvre la bouche et se met à hurler. Bon. Bisous hein, on se voit plutôt demain, je viens de passer 10 heures à bosser, je suis crevée, je voudrais rentrer avec mes oreilles, Mattéo merci pas ce soir.
Crédit temps : 20 minutes
    Evidemment, ça ne se passe pas comme ça. Je connais Mattéo, j’ai pris un peu de marge. Maman enlève le manteau, le sur-pull, le pull, les deux sous-pulls et garde son môme dans les bras le temps qu’on discute de comment il va, le môme en question.
Crédit temps :13 minutes
    Mattéo se calme, regarde le mur alors, ni vu ni connu, je m’approche avec mon stétho. Il reste à Mattéo son Tshirt et le body, mais qu’importe, je suis une aventurière, j’essaie. Évidemment, j’entends plein de trucs, avec le nez tout crado qu’il a, on pouvait s’en douter. Manque de pot, quand le nez qui joue les moteurs de ferrari, moi, je suis incapable de distinguer dans tout ce barouf ce qui est pulmonaire de ce qui ne l’est pas. Bon, de toute façon, Mattéo a du sentir ma présence, il a tourné un œil, il hurle. Bingo.
    Le Tshirt a été enlevé, le body dégrafé, j’inspecte le thorax. La fréquence respiratoire et cardiaque, avec Mattéo m’embêtent systématiquement. Je n’ai rien fait, il est déjà rouge de colère, tachycarde et polypnéique. Quid de la bronchiolite et/ou de la colère ? Mystère.
Quelle urgence alors ?
    Dois-je préciser l’intérêt d’une tentative d’auscultation à ce stade ? J’essaie parfois mais c’est rarement concluant, les pleurs, tout ça, d’où l’essai systématique avant déshabillage complet.
    Le nez m’empêche d’entendre clairement ? Qu’à cela ne tienne, suffit de le moucher Mattéo. Avec un peu de chance et si la pêche est bonne, j’aurais moins de parasites sur la ligne.
Oui mais non. Vous croyez vraiment qu’après avoir reçue une giclette d’eau salée dans chaque narine de la part d’une parfaite inconnue Mattéo va se laisser ausculter tout sourire ? Quel optimisme…
   Non, Mattéo respire à peine tellement il hurle de colère, Maman lâche une larmichette – Mon enfant souffre, aidez-le. Il pleure avec des grosses larmes de crocodiles. 12 secondes 8, le nez est de nouveau plein .Comme dans mission impossible, la fenêtre de tir est passée, encore une fois, je n’aurai pas d’auscultation claire à renseigner dans le dossier de Mattéo.
Crédit temps : 9 minutes
    Il me reste, le désencombrement des voies aériennes inférieures, le temps de retour au calme – pour essayer d’écouter après pour voir si ce que je n’ai pas entendu avant au stétho aurait par hasard diminué – et le rhabillage. Un deuxième mouchage. Si j’étais kamikaze.
Crédit temps : Prépare les excuses pour le prochain, ma fille, tu es en retard.
    Heureusement que les ronchi sont perceptibles à la main et que les sibilants couvrent le bruit du frottement sur le Tshirt, les pleurs et les ronrons du nez. Heureusement que les signes cliniques sont généralement – y en a toujours un pour être à côté – corrélés à l’encombrement.
Les manœuvres « test » me permettent également de préciser ce bilan et l’intérêt de prolonger la séance, si je n’avais qu’un stétho, je ne m’en sortirais pas je crois.
Sinon, j’adore la kinésithérapie respiratoire pédiatrique. Vraiment.
PS : Par souci de respect du secret médical, tous les noms, prénoms, lieux et circonstances seront bien évidemment modifiés. Impossible donc de se reconnaître clairement dans une situation donnée. 

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« La science, c’est cool ! »

La science bouge. Elle sort des laboratoires pour associer avec succès les internautes à ses recherches. Les invités de Mathieu Vidard (La Tête au Carré) commentent les exemples passionnants rapportés par Claudie Haigneré. La spationaute et ex-ministre conclut en citant la réaction de jeunes « serious gamer » fiers d’avoir participé à une découverte en biologie moléculaire : « La science, c’est cool ! »


Médecine 2.0

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Brève rencontre

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Faites pas ci, faites pas ça…

Parce qu’en sortant de l’école, j’avais des principes.
Prétentieusement peut-être, on m’a appris ce qui était bon pour les patients. Sous le terme parfois pompeux d’éducation (domaine hyper-intéressant cela dit), mes professeurs ont trop souvent listé ce que le patient pouvait faire ou non en fonction de sa pathologie. Liste que nous devions retenir afin de lui transmettre. Nous étions nous-même persuadés du bien fondé de ces conseils. Jamais le mot négociation n’aura été employé, nous ne sommes pas des commerciaux et pourtant….
Persuader plus que convaincre. Moi je sais et pas toi, fais ce que je dis.
Mais ce qui me semblait logique au moment de mon diplôme a vite été rattrapé par la réalité du quotidien de tout ces gens à qui je dois dire quoi faire ou ne pas faire.
Ça a vite coincé. 
Principe 1 : Il faut à tout prix éviter aux personnes âgées de tomber.
Ma petite Léa, 82 ans au compteur, c’est ma chouchoute. Une vieille dame qui a failli mourir 10 fois au cours des trois dernières années. Elle vit seule dans une petite maison avec beaucoup de famille a proximité. Elle s’est battue pour revenir, pour garder ses dizaines de tapis, qu’elle a scotché à la moquette pour avoir la paix. Léa est une miraculée, elle a cru ne jamais remarcher. Cependant, sa famille souhaiterait la voir plus souvent dans son fauteuil. Pas dans le canapé non, dans ce fauteuil qui lui crie sans arrêt qu’elle est vieille, veuve et handicapée « On t’a dit que tu devais rester tranquille quand tu es seule ».
En gros, elle aura deux fois plus envie de mourir mais AU MOINS elle ne tombera pas.
J’ai vite pris le parti de Léa.
Certes il vaut mieux éviter les chutes chez les personnes âgées mais pas en les privant de vie. Avec Léa, on a choisi la vie.
Nous travaillons ensemble – Léa est une très bonne élève – pour minimiser au maximum les risques que je lui laisse prendre, d’abord avec moi puis seule. Tant pis si sa famille tremble de la voir à nouveau dans son canapé et non dans son fauteuil mouroir. Léa en est si fière.
Principe 2 : Pour sauvegarder son dos, il faut adapter/supprimer certains gestes
Stéphane a 45 ans. Et une belle hernie discale découverte suite à des lumbago successifs. Stéphane est costaud, pas que de muscle, il faut dire que madame cuisine bien, qu’il a un travail stressant, précaire. Stéphane grignote pour être plus zen.
Hernie discale, je connais mal. Mais je sais que le traitement repose principalement sur une éducation béton en gestuelle et hygiène de vie.
« Y a pas de mystère, faut qu’il maigrisse, t’as vu comme il a pris du poids encore pendant les fêtes ?? » Dixit un confrère qui m’a remplacé. Pan ! Dans la gueule.
Du coup, j’ai moins envie d’insister. Nous en avons déjà parlé avec Stéphane, il fait de son mieux, il a compris le problème, est-ce mon rôle de remuer le couteau dans la plaie ?
Après des mois de bataille pour réduire les douleurs résiduelles du dernier lumbago, apprentissage d’exercices quotidiens, discussions interminables sur l’adaptation des gestes, Stéphane revient après un mois au top de sa forme. Il a de nouveau mal.
Il a fait des travaux chez lui. Je lui avais pourtant dit d’arrêter tout geste dangereux et notamment le port de charge trop lourde. Il ne m’a pas écouté.
Bien fait pour lui, semble penser mon collègue quand je lui fais part de mon désarroi.
En fait, Stéphane m’a écouté. Il a compris mes arguments mais n’a pu tous les mettre en application. Parce que Stéphane a quatre enfants qui lui sautent dessus tous en même temps quand il rentre de ses voyages d’affaires et que pour rien au monde il ne raterait ce moment. Parce que comme moi, l’épouse de Stéphane est bien contente quand son homme se charge de sortir les packs d’eau et les cartons d’IKEA du coffre. Surtout qu’avec l’arrivé du quatrième, des travaux sont à prévoir dans la maison et qu’elle déteste le bricolage.
Stéphane et Léa ont une vie propre qui se heurte à mes connaissances de soignant. J’ai appris les principes à retransmettre aux patients selon les circonstances. J’ai souvent eu une impression d’échec quand les patients ne suivaient pas mes conseils. Je sais aujourd’hui que ça n’en est pas. J’ai appris à faire des compromis, le « pas de sport » véhiculé par certains collègues eux-mêmes drogués au footing devient chez moi « bon, si vous pouviez lever le pied sur les raids ça serait déjà bien ».
C’est si facile de dire qu’il ne faut surtout pas faire de sport sans se mettre à la place des gens. A l’hôpital, où tout est standardisé, aseptisé, il est facile d’oublier que les patients ont une autre existence, ailleurs. Ici, en libéral, je sais beaucoup d’eux. Et je sais que Léa ne survivra pas en se privant de ses petites promenades quotidiennes, qu’il faudra du temps à Stéphane, beaucoup de temps pour adapter sa vie à ses problèmes de dos.

Alors je fais de mon mieux pour qu’ils m’écoutent, qu’ils comprennent la situation, j’ai transmis le message, à eux de transformer l’essai. Tant pis si ce n’est pas exactement comme il faudrait ou s’ils continuent à prendre certains risques, tant qu’ils trouvent leur équilibre dans la vie sans trop pâtir de la présence d’un problème de santé, je suis contente. 

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Grippe saisonnière : 7000 morts d’après les organisateurs, 500 d’après la police

L’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) a publié le 28 septembre 2010 un article laissant entendre que la vaccination antigrippale avait permis de diviser par dix la mortalité liée à cette maladie. L’information, reprise par l’AFP, a fait la une de nombreux médias. Pourtant, cette affirmation est bien fragile si l’on se donne la peine de regarder les données d’un peu plus près. France Meslé est signataire d’un article dont le titre (…)


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De la lecture!

Une fois n’est pas coutume, voilà une petite note non dessinée, histoire d’attendre que j’aie le temps de faire autre chose que d’écrire ma thèse.
J’avais tout de même réservé trois jours pour aller profiter du festival BD d’Angoulême. Une fois de plus un très bon moment, de très belles expositions, des rencontres, des gens passionnés, des dessins partout.
J’en ai rapporté (entre autres) deux découvertes.

La première est une BD tout juste sortie, « Sous l’entonnoir », de Natacha Sicaud et Sybilline (Delcourt). Une jeune fille de 17 ans fait une tentative de suicide médicamenteuse et se retrouve hospitalisée à Saint-Anne. Au travers du récit autobiographique de Sybilline, extrêmement touchant, c’est un regard fin qui est posé par une jeune patiente sur le temps de l’hospitalisation et sur le monde de l’hôpital psychiatrique.

La deuxième est un ensemble de courts récits, sous forme de narration décalée, « Bonne santé » de Charles Masson (Castermann). L’auteur est lui-même médecin ORL. Ces nouvelles parlent du monde de l’hôpital du côté médical, notamment en chirurgie. L’externat, les humiliations, la dureté du monde hospitalier, la mort, la souffrance, la maladie, les patients, si compliqués, si attachants. C’est très cru, noir comme le dessin de l’auteur, et très juste.
En bonus, les lyonnais apprécieront les vues de la Croix-Rousse et de son hôpital 🙂

Et sinon, dans la catégorie « vous étiez déjà au courant mais parlons-en car c’est quand même très bon », j’ai retenu :
– l’excellent « Tu mourras moins bête » de Marion Montaigne (Ankama). Instructif et drôle, le tout complètement décalé. Avec des démonstrations brillantes sur « pourquoi la médecine dans les séries télé c’est n’importe quoi ».
– le nouvel opus de Boulet et Pénélope Bagieu, « La page blanche » (Delcourt). Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc, elle a tout oublié. Une histoire d’amnésie, de mémoire, mais surtout une quête de ce qui fait notre identité.

Voilà!

J’avoue que je ne sais pas quand sera la prochaine « vraie » note, même si j’ai plein d’idées et envie
de dessiner tout mon temps libre est dévolu à ma thèse.

D’ici là donc, bonne lecture et à bientôt! Continuer la lecture

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